Partage Noir

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Malatesta sur son lit de mort.

Doc. Heiner Becker



Errico Malatesta

Par Paul Reclus

Domaine public

Malatesta est mort le 22 juillet [1932]. Quelle vie était la sienne depuis l’établissement du fascisme ! Il ne s’agit pas tant des conditions matérielles qui lui étaient imposées par la surveillance de la police, mais surtout des souffrances morales dues à la nécessité de s’isoler absolument. Peut-être le Duce qui le connaissait bien, conservait-il une sorte de respect pour le vieillard, mais il cherchait aussi à s’en servir comme d’un appât pour débarrasser le pays de ses éléments nocifs. Aucun ami autorisé ; aucune visite, aucun signe de reconnaissance dans la rue, aucune lettre écrite ou reçue qui n’eussent désigné une victime aux sbires gouvernementaux.

Il pouvait correspondre avec des amis de l’étranger, leur envoyer des articles, mais les réponses devaient être singulièrement anodines pour qu’elles lui fussent remises. Enfin, le gouvernement est soulagé, le cadavre de son ennemi sent bon !

Malatesta fut le type de l’homme qui subordonne la totalité de son existence à l’idée. Né dans la bourgeoisie, étudiant à l’Université de Naples, il abandonna tout quand vint le moment de choisir sa voie. Aucun lien de famille que je sache, aucune aspiration vers le bien-être bourgeois, aucun besoin matériel. Il fit cadeau des petites propriétés dont il avait hérité, à des paysans, ses voisins. C’est toujours comme ouvrier qu’il gagna sa vie, débardeur, mécanicien, surtout électricien ; partout il sut se rendre utile. Malatesta fut l’abnégation fait homme. Au point de vue de l’élaboration des idées qui se cristallisèrent en « communisme anarchiste », Malatesta représentait la facette proprement dite « révolutionnaire ». Indépendamment d’une évolution qui se produisait à la même époque (1875) en Suisse, autour de Dumartheray, Malatesta et ses amis intimes décidèrent d’abandonner le terme « collectiviste » pour arborer celui de « communiste », le qualificatif « anarchiste » étant le fossé qui séparait ces précurseurs des conceptions d’un Cabet (et du Bolchevisme actuel). Mais la tournure d’esprit des anarchistes italiens de cette période était de considérer la nécessité des insurrections en elles-mêmes, comme d’une œuvre d’éducation des masses : le Communisme, la Propagande par le fait, l’abolition de l’État, étaient les trois tendances de l’époque, et Malatesta n’était pas homme à se contenter de parlotte. Déjà, il avait à son actif le soulèvement de Caste del Monte, près de Tarente, où avec cinq camarades, il avait vainement tenté d’entraîner des paysans (11-14 août 1874). Le plus connu de ces mouvements est l’insurrection de Benevento (6-10 avril 1877). Au nombre de 40 à 50 — 27 à vrai dire au moment critique —, les révolutionnaires parcoururent des villages avec quelques succès de sympathie, mais il y avait eu un traître, et il fallut se disperser.

Les idées jaillissent des actes, et non pas les actes des idées disait, en 1857, l’insurgé Pisacane, qui trouva la mort dans la région où trois ans plus tard Garibaldi triompha... Raconter en ses détails l’expédition de Benevento, serait à la fois en montrer la grandeur et en faire la critique. Étant donné d’intrépides éléments, intrépides et avisés, les aspirations du milieu général à l’époque considérée forment, sans doute, le principal facteur pour ou contre l’utilité de ces soulèvements.

Dans la vie de Malatesta, aucune complication métaphysique, aucune subtilité de pensée ; son sentiment, son idée, sa volonté donnent une vie toute simple, toute droite, aussi limpide que de l’eau de roche. Aussi était-il aimé comme un frère, par Kropotkine entr’autres, malgré de fréquentes divergences d’opinions.