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Séverine (1855-1929) [09]

Par Victor Méric - Flax

CC by-nc-sa

Nous ne pouvons relater ici, détail par détail, l’existence de Séverine. Nous ne pourrions que nous répéter. Nous nous trouverions constamment en face d’actes généreux et de plaidoyers ardents en faveur du peuple. Les articles publiés par Séverine ont été réunis depuis en volumes Pages Rouges, Notes d’une Frondeuse, Pages mystiques, En Marche, Vers la Lumière. On pourra suivre presque pas à pas, dans ces volumes, l’évolution intellectuelle de la jeune fille instruite et façonnée par Vallès. On y verra quels différents états d’âme a traversés Séverine. C’est ainsi que Séverine a été, tour à tour, socialiste, boulangiste, mystique, anarchiste. Mais chaque fois elle a été conduite par son sentimentalisme, poussée par sa générosité d’âme. Quelque peu déçue par le socialisme, après le Cri du Peuple, et sa séparation d’avec les guesdistes, trompée par le boulangisme, dont elle espérait autre chose, Séverine en était venue au mysticisme. L’esprit religieux qui, malgré tout, a toujours sommeillé en elle, la reprit un moment et avec violence. Elle partit pour Rome et s’en fut interviewer le pape Léon XIII, ce vieillard subtil dont elle affirma qu’il ressemblait à Voltaire, quand il souriait, et à Louise Michel, quand son visage restait calme. Cette interview fit, à son époque, un bruit énorme et souleva des polémiques.

La crise mystique dure quelque temps. Puis, pendant des années, Séverine se repose. On la voit reparaître à l’aurore de l’affaire Dreyfus. Tout d’abord, elle se méfie. Bernard Lazare commence par la convaincre à demi. Puis le procès Esterhazy entraîne définitivement sa conviction. Elle se jette résolument dans la bataille et se place naturellement du côté de la justice.