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Prison de Vladimir

[14] Augustin Souchy - Le pays de la Révolution expulse les révolutionnaires

Par Augustin Souchy

CC by-nc-sa

Je tiens à reproduire ici, à titre d’exemple, l’un des nombreux documents sur la terreur de ces années-là. Il s’agit d’une lettre de prisonniers politiques à la prison provinciale de Vladimir, datée du 30 avril 1921 :

Au présidium du comité exécutif de la province de Vladimir : au comité central exécutif de toute la Russie ; au commissariat du peuple à la Santé ; au commissariat du peuple à la Justice ; au commissariat du Peuple à l’Inspection ouvrière et paysanne.

Nous,sociaux-démocrates, socialistes révolutionnaires et anarchistes détenus la prison du district de Vladimir, nous adressons à vous, pour vous décrire la situation sanitaire déplorable qu’il nous faut endurer dans notre prison.

1. Beaucoup d’entre nous ont, au cours de nombreuses années d’activités révolutionnaires [1], été traînés de prisons en prisons, mais nulle part nous n’avons trouvé une situation aussi incroyable qu’ici.

2. Les latrines sont fermées. Jusqu’à ces derniers temps, les détenus ont dû faire leurs besoins urgents dans la cour. Il y a 10 jours, deux fosses ont été creusées au milieu de la cour, sans aucune superstructure, des fosses à ciel ouvert, qui au bout de quelques jours débordaient et répandaient une puanteur insupportable dans toute la cour.

3. L’eau potable sera bientôt polluée par le purin qui suinte des fosses d’aisance situées à seulement 35 mètres du puits. Le puits est d’ailleurs un trou à ciel ouvert dans lequel tombent la poussière et la crasse soulevées par le vent.

4. Il n’y a aucun aménagement pour la toilette. Si l’on se lave au puits — dans le cas où l’eau est accessible — un prisonnier doit verser l’eau dans les mains de l’autre. La cour est souillée par l’eau sale et savonneuse.

5. Pour manger, il y a chaque jour une livre de pain (à 450 grammes). Le repas de midi se compose d’un peu de choucroute baignant dans une eau trouble et de pommes de terre avariées sans aucune matière grasse. De temps en temps, mais très rarement, nous avons droit à trois grammes de sucre.

6. Il n’y a pas de lampes dans les cellules.

7. Les dispositifs pour le bain et le lavage ne fonctionnent pas. Nous n’avons ni eau ni savon pour laver notre linge. A l’infirmerie, où il y a déjà 10 malades du typhus, l’eau et les médicaments de première nécessité manquent tout autant.

La police secrète, la Tcheka, nous a envoyés, nous, sociaux-démocrates, socialistes révolutionnaires et anarchistes, dans cette prison, qui constitue une honte pour le régime pénitentiaire de la Russie soviétique, dans le but évident de nous livrer à une mort cruelle par la maladie et l’épuisement.

Nous protestons contre des méthodes aussi barbares, qui ne parviendrons pas, en dépit de tout cela, à briser nos convictions révolutionnaires, pour lesquelles plusieurs d’entre nous se sont battus depuis 10 ou 15 ans (sous le tsarisme).

Vladimir, le 30 avril 1921.

Suivent les signatures de cinquante-cinq sociaux-démocrates, sept socialistes révolutionnaires et trois anarchistes. Nous sommâmes le gouvernement russe, au nom du socialisme, de libérer les détenus sociaux-démocraties, socialistes révolutionnaires et anarchistes. Comme nos démarches restaient vaines, nous organisâmes des pétitions publiques et dénonçâmes dans notre presse le cours réactionnaire qu’avait pris la Révolution russe sous la domination du parti communiste.





[1Sous le régime tsariste.