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Madeleine Pelletier

mardi 3 février 2026, par Cédric Pérolini (CC by-nc-sa)

Madeleine Pelletier naît à Paris en mai 1874 et se révolte rapidement contre les conceptions réactionnaires de sa mère. Comme la majorité des jeunes filles pauvres, elle interrompt sa scolarité, mais obtient en candidate libre le baccalauréat en 1897 avec mention très bien. Elle commence alors de brillantes études de médecine, se dresse contre l’a priori sexiste qui reliait l’intelligence au volume crânien, et s’oriente vers la psychiatrie. En 1903, elle est la première femme interne des asiles de la Seine. Elle dénoncera les internements arbitraires dans L’encyclopédie anarchiste. Médecin des Postes, elle rejoint la Croix-Rouge pendant la Première Guerre mondiale, après avoir dénoncé l’Union Sacrée, mais son allure étrange la rend suspecte d’espionnage...

Seule femme du comité exécutif de la SFIO d’avant-guerre, elle se prononce pour l’action directe, la grève générale, l’insurrection, et les attentats, puis rejoint le PC, voyage clandestinement à Moscou et estime que la condition des femmes y est, au moins en droit, meilleure qu’ailleurs. Peu à peu, elle dénoncera ce qu’elle appelle le centralisme militaire, le fonctionnarisme et l’esprit de coterie caractérisant la bolchevisation organisationnelle.

Elle rejoint le mouvement anarchiste : Ne trouvant aucun journal où je puisse écrire, j’ai accepté de collaborer au Libertaire, avec lequel j’ai en commun les idées secondaires, antimilitarisme, néo-malthusianisme, etc., mais non le point principal, à savoir la possibilité d’une société sans État.

Madeleine Pelletier.

Le conditionnement social détermine les idées individuelles. Changer l’école, c’est donc changer les individus, et c’est changer la vie. Dans L’éducation féministe des filles (1914), elle développe son projet éducatif. Sans renoncer aux principes pavloviens de la punition et de la récompense, des notes et des remises de prix, elle défend des idées novatrices : il s’agit de préparer l’insertion professionnelle et politique des filles ; non pas de les faire bonnes à marier, mais de leur forger un caractère actif et courageux. Elle estime, en regardant jouer de jeunes enfants, que les deux sexes présentent la même mentalité, et que c’est l’éducation qui crée l’idée d’un sexe faible ; la notion de genre n’est pas loin. Il faut habiller la petite fille en garçon ; les activités physiques et sportives lui permettront de se viriliser. On proscrira les poupées, les petits mobiliers, les fourneaux de cuisine qui enseignent, dès le berceau, à la petite fille qu’elle sera ménagère, et si l’enfant administre quelques taloches aux antiféministes en herbe, il conviendra de la féliciter. Madeleine Pelletier développe un programme d’éducation sexuelle, afin que la jeune femme puisse choisir librement sa sexualité.

Avec les néo-malthusiens, elle milite pour la contraception et l’avortement, contre l’idéologie nataliste dominant au lendemain de la Première Guerre mondiale, reconstitution des stocks oblige. En 1939, après un AVC invalidant, elle est accusée du crime d’avortement sur une enfant de 13 ans violée par son frère. Condamnée à être internée, notamment à Sainte-Anne où elle avait fait ses propres études de psychiatrie, parce qu’elle représentait un danger pour elle-même, pour les autres, et pour l’ordre public, elle meurt, isolée et désespérée, le 29 décembre 1940.

Voir en ligne : Le calendrier du CIRA 2016


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