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Émilie Lamotte
Dessin des bâtiments de la Colonie communiste de St-Germain-en-Laye. Milieu-libre créé par André Lorulot et Émilie Lamotte en 1906. Source : Cartoliste
vendredi 30 janvier 2026, par (CC by-nc-sa)
Émilie Lamotte, née le 21 juin 1876, à Paris, a été une active propagandiste anarchiste, conférencière appréciée et collaboratrice régulière de la presse libertaire. Son nom apparaît dès 1905 dans les colonnes du Libertaire et dans celle de l’anarchie. Ses textes ont, comme ses interventions orales, une tonalité néo-malthusienne et antimilitariste, mais ils s’attaquent surtout à l’école laïque qu’elle juge aussi sévèrement que l’école confessionnelle au sein de laquelle elle a enseigné.
Selon elle, l’une comme l’autre imposent à l’enfant une discipline aussi nocive pour le corps que pour l’esprit et tarissent sa curiosité native. De l’enfant impétueux, libre et volontaire, on va faire la matière inerte et docile, propre à tous les esclavages et toutes les résignations
écrit-elle dans L’éducation rationnelle de l’enfance, une brochure dans laquelle elle expose ses conceptions pédagogiques. Elle y plaide en faveur des méthodes de pédagogie active : L’éducateur libertaire doit bien être pénétré de ce principe que l’enseignement où l’enfant n’est pas le premier artisan de son éducation est plus dangereux que profitable. On doit considérer l’enfant hardiment comme un génie auquel on doit fournir la matière de ses découvertes et les instruments de son expérience
.
Elle s’intéresse de près aux expériences pédagogiques initiées par des libertaires, en particulier celle menée par Sébastien Faure à La Ruche mais elle récuse le modèle de l’internat. En faisant vivre les enfants dans un cadre artificiel, il les isole des autres classes d’âge alors qu’ils devraient pouvoir apprendre au contact des adultes au travail en les observant, en les questionnant, et en les imitant. Consciente de l’impossibilité de créer, sans moyens financiers, des écoles alternatives à l’école communale, elle encourage les libertaires, pour contrebalancer son influence pernicieuse
à organiser dans les quartiers où ils résident des études anarchistes fonctionnant après la classe pour offrir aux enfants du peuple une éducation complémentaire fondée sur l’expérimentation, et développant l’esprit critique.
Elle-même parvient à mettre en pratique ses conceptions pédagogiques au sein du milieu de vie qu’elle fonde avec quelques compagnes et compagnons dans une ferme de Saint-Germain-en-Laye en 1906. Elle y fait la classe aux six enfants qui y vivent dont quatre sont les siens. Son ambition était de pouvoir accueillir des enfants du voisinage car elle concevait le milieu libre comme un centre de propagande, et non comme un lieu replié sur lui-même. Mais elle ne put réaliser ce projet.
À la fin de l’année 1908, décidant de faire l’expérience de la vie nomade, elle achète une roulotte, et part pour une tournée de conférences dans le Midi avec André Lorulot, son dernier compagnon, cofondateur du milieu libre de Saint-Germain. Leur but est d’aller jusqu’en Algérie mais tombée malade en chemin, elle meurt quelques mois après son départ, le 7 juin 1909, non loin d’Alès, dans le Gard.
Voir en ligne : Le calendrier du CIRA 2016
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Plusieurs textes d’Émilie Lamotte sont disponibles sur Internet, notamment sur Infokiosques, Atramenta et Gallica.
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