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Élisabeth Eidenbenz et la Maternité d’Elne

jeudi 26 février 2026, par Azucena Rubio (CC by-nc-sa)

J’espère que notre avenir sera plus à l’image de ces brefs moments de solidarité qu’à celle des guerres interminables. (Howard Zinn)

Nous sommes en Suisse, à Wila dans le canton de Zürich. C’est là qu’Élisabeth voit le jour, le 12 juin 1913, dans une grande fratrie, dont elle est parmi les plus jeunes. Son père est pasteur. Elle aura une éducation protestante. Pendant trois ans, elle sera institutrice. Puis lors d’un séjour au Danemark, dans une école pour enseignants adultes, la proposition lui est faite, qu’elle accepte, d’aller en Espagne. Elle s’y rend en 1936 pour les vacances, mais ne reviendra pas en Suisse. Elle s’engage dans le camp républicain, distribue des vivres dans les cantines pour personnes âgées, souvent près des lignes du front. Pendant son temps libre, elle parcourt l’Espagne et rapporte des témoignages photos uniques de la guerre civile. Le 5 février 1939, quand les franquistes entrent à Barcelone, elle rejoint la Suisse. Elle ne retournera pas au Danemark, mais répondra à l’appel de Karl Ketterer de l’Aide suisse [1], qui demande de l’aide pour les enfants et les femmes de la Retirada.

Sans formation de puéricultrice, elle s’investit cependant dans la maternité de Brouilla (Pyrénées-Orientales) et assiste à la naissance de son premier bébé.

La survenue de la Seconde Guerre mondiale l’oblige à fermer cette maternité, les femmes étant renvoyées aux camps. Elle fondera la Maternité d’Elne (Pyrénées-Orientales) qui ouvre le 5 décembre 1939, accueillant, dira-t-elle à un journaliste les femmes de n’importe quelle nationalité, […] car la misère n’a pas de patrie.

Dans les premiers mois, sont prises en charge les femmes internées à Argelès, Saint-Cyprien, Bram, pour un séjour d’environ trois mois. Certaines y accouchent [2], d’autres, déjà mères de très jeunes enfants [3], bénéficient de la pouponnière. S’y côtoient des réfugiées du nord de l’Europe, des Israélites, des Tsiganes... et bien sûr les Espagnoles. De 1940 à 1942, la maternité connaît une grande activité (vingt-cinq naissances par jour) et la durée du séjour est réduite à quinze jours. L’occupation de la zone libre se traduit par une activité accrue et le 9 mai 1943, on célèbre la 500e naissance. Une annexe fut créée au camp d’Argelès, qui connaît des conditions sanitaires bien pires que les autres camps. Parallèlement, avait été organisée une distribution de lait en poudre (Guigoz) dans les camps et un goûter sera offert trois fois par semaine aux enfants de deux à seize ans, à Argelès [4].

À Pâques 1944, le château abritant la maternité est occupé pour loger les officiers allemands et la Gestapo somme Élisabeth d’évacuer l’établissement, sous 72 heures. Dramatique départ. À un certain moment, femmes et enfants expulsés du train qui les conduisait à Montagnac (Aveyron), doivent continuer leur route à pied.

À la fin de la guerre, Élisabeth, dans un grand état de fatigue, retourne en Suisse. En 2002, elle reçoit la médaille des Justes. Elle décède le 23 mai 2011, à Zürich, à l’âge de 98 ans.

La Maternité d’Elne est désormais un lieu de mémoire vive et citoyenne.

 

Femmes en exil, mères des camps : Élisabeth Eidenbez et la Maternité suisse d’Elne (1939-1944) par Tristan Castanier i Palau. Trabucaire, 2008. 198 pages. 28 euros.
La Maternité d’Elne réalisé par Frédéric Goldbronn. Doc Net films, 2007. 56 minutes. 17,95 euros.

Voir en ligne : Le calendrier du CIRA 2016


Programmes de Radio Libertaire du 23 février au 1er mars 2026  



[1Ayuda suiza a los niños de España, de Zürich.

[2C’est là que naîtra mon ami Serge Barba.

[3Mon amie, Maria Vila, qui avait traversé les Pyrénées avec nous, et son petit Toni âgé de quelques mois (voir photo) y séjourna avant de revenir au camp d’Argelès.

[4J’en ai moi-même bénéficié