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Cuba : une nouvelle génération anarchiste
Forum social de La Havane en 2011
mercredi 13 mai 2026, par (CC by-nc-sa)
À Cuba, les trois premières générations anarchistes ont dû affronter des cycles de répression sous les dictatures de Machado, Batista, puis le régime castriste. Après la révolution cubaine de 1959, le nouvel État a rapidement détruit toutes les expressions libertaires, notamment sous l’alliance des staliniens du Parti socialiste populaire et du Mouvement du 26 juillet de Fidel Castro.
La quatrième génération d’anarchistes cubains émerge difficilement au début des années 2000, dans un contexte de surveillance policière intense et de répression sociale organisée par le Département de la sécurité de l’État. Cette génération s’est structurée autour de l’Atelier libertaire Alfredo López fondé en 2013, en hommage à une figure historique de l’anarcho-syndicalisme cubain.
Cet atelier, avec d’autres collectifs, a tenté de reconstruire la mémoire anarchiste, de surmonter l’autoritarisme internalisé par des générations et de développer des projets autogérés dans divers domaines : éducation, histoire sociale, environnement, droits des dissidences sexuelles, antiracisme, mémoire afro-descendante et culture.
Sans statut légal et sous une surveillance policière constante, « L’Atelier », a organisé les Journées Primavera Libertaria (Printemps libertaire) de La Havane de 2013 à 2024, créé un Journal Tierra Nueva (Terre nouvelle), un site écologiste Guardabosques (Garde-forestier), un groupe Arcoiris (Arc-en-ciel) luttant pour les droits des personnes LGBTQIA+ et une maison d’édition, tout en bénéficiant de soutiens internationaux. En 2018, grâce à une campagne de financement participatif, nos compagnons ont ouvert ABRA, le premier centre social libertaire à Cuba depuis plus d’un siècle. Nos compagnons ont aussi participé à la création de la Fédération anarchiste de l’Amérique centrale et des Caraïbes.
Cependant, à partir de 2019, leur activité a ralenti fortement, en raison de la pandémie de COVID et de ses conséquences dramatiques sur la société cubaine : effondrement des services publics, inflation galopante, crise alimentaire, exode massif, précarisation des conditions de vie et liquidation du système de santé publique.
Ces difficultés se cumulent à une répression policière renforcée, notamment après les manifestations massives de juillet 2021, qui ont conduit à l’exil de nombreux militants et à la détention de plus de mille prisonniers politiques.
La société cubaine est dominée par une oligarchie militaro-entrepreneuriale qui exploite et opprime la population à travers un contrôle mafieux des secteurs économiques clés, un appareil de surveillance et de répression étendu, et une gestion autoritaire du pays. Cette oligarchie agit comme un État dans l’État, sans rendre de comptes aux institutions officielles.
L’effondrement actuel de ce système s’inscrit dans une crise mondiale, mais les anarchistes cubains soulignent que la chute du régime ne sera pas automatiquement synonyme de libération. Celle-ci dépendra des volontés, des désirs et des capacités organisationnelles des cubains et des peuples du monde. Les générations d’anarchistes passées ont résisté, et la quatrième génération continue de porter l’héritage libertaire dans un contexte particulièrement difficile.
Voir en ligne : Calendriers du CIRA
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