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Maurizio Garino

Conseils à Turin (1919-1920) - Préface à la première édition italienne (1951)

Par Maurizio Garino

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En présentant aux travailleurs italiens, et en particulier aux anarchistes, l’étude que Pier Carlo Masini a bien voulu consacrer au mouvement des Conseils d’usine de l’après-guerre « rouge » 1918-1922, je souhaite qu’à une vaste diffusion corresponde de la part des lecteurs un vif intérêt pour cet organisme typique aux grandes possibilités révolutionnaires, qui a été au cours de ces années l’instrument essentiel et caractéristique de notre lutte.

Le clair exposé et la vaste documentation témoignent de la précision et de l’objectivité de cet exposé qui raconte aux jeunes camarades surtout, ce que le mouvement anarchiste a pu exprimer à l’époque de plus concret, pour accroître, sur notre propre terrain, les aspirations d’émancipation des travailleurs.

De plus, l’idée de l’auteur de reproposer le thème des Conseils me semble extrêmement utile, en un moment où la situation politique d’un monde hanté par ses propres contradictions, plus que par la volonté des hommes, pourrait ouvrir des possibilités révolutionnaires inattendues.

Il me semble surtout opportun de soumettre à une réflexion attentive les différentes conceptions, que Masini met bien en évidence, de la fonction et du pouvoir des Conseils de la part des différents courants idéologiques.

Malheureusement, aujourd’hui comme alors, la divergence fondamentale entre les marxistes autoritaires et nous sur le caractère étatique ou libertaire des Conseils, reste inchangée.

Et il est évident désormais que, même sur le plan historique, une société de Conseils de producteurs librement élus n’est pas possible, à cause de la contradiction qu’implique un régime de dictature, même prolétaire.

Il est toutefois évident que cela n’est pas suffisant pour démonter que le système des Conseils, tel que nous le concevons, n’est pas réalisable.

Au contraire, même le danger d’une déviation autoritaire de cet instrument de lutte, cellule de la future structure sociale, ne peut nous y faire renoncer.

Nous lutterons donc, si nécessaire, aux côtés des courants politico-syndicaux les plus proches de nous tant que nous le considérerons utile pour le but commun, qui est l’appropriation collective des moyens de production et d’échange. Ensuite — comme je l’ai dit à l’époque à Gramsci lors d’une brève polémique —, une fois atteint le carrefour où se séparent les voies qui conduisent à l’autorité ou à la liberté, au Soviet d’État ou au Soviet de la libre communauté humaine, les anarchistes choisiront leur chemin.