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Gustav Landauer

Augustin Souchy 1 - Attention : anarchiste ! [05]

Par Augustin Souchy

CC by-nc-sa

Lors d’une réunion électorale dans laquelle Klara Zetkin défendait les couleurs du parti social-démocrate et Gustav Landauer exposait ses idées sur le socialisme, je me décidai pour le dernier. La personnalité de Gustav Landauer correspondait à l’idée que je m’en était faite à la lecture de ses livres et articles. Sa haute et mince silhouette, son visage finement découpé entouré d’une barbe de Christ, le front intelligent, ses yeux visionnaires semblant chercher un lointain utopique, tout cela lui conférait un charisme marquant. Deux ans et demi auparavant, il avait fondé avec des compagnons d’idées une « Fédération socialiste » reposant sur la pensée de Proudhon, Bakounine et Kropotkine, et dont le programme était de lui. Pour lui, le socialisme était une nouvelle culture qui devait s’appuyer sur une fédération de communautés économiques autonomes échangeant entre elles dans la justice, et se substituant à l’État et au capitalisme. Le but était une république socialiste, que Landauer nommait « Anarchie », compris au sens étymologique du terme comme « l’ordre des fédérations par la libre volonté ».

C’était là le socialisme vers lequel je me sentais intuitivement attiré. A la Fédération socialiste, il n’y avait pas d’adhésion formelle avec carte d’adhérent et timbres pour payer les cotisations. Le soir, j’aidais au local d’expédition – Wrangelstrasse, 135, Berlin S. O. – à l’envoi du bimensuel Le Socialiste, rédigé par Landauer. Le typographe Max Müller composait le journal contre son pain et un toit, Wilhelm Habicht, propriétaire d’une petite imprimerie le tirait à prix réduit, et Gustav Landauer, le rédacteur, ne touchait pas un pfennig. Durant nos soirées à l’expédition, le tabac et l’alcool étaient proscrits. Parmi nous, se trouvait un jeune serbe, qui nous raconta qu’il avait prêché l’abstinence dans le cabaret paternel, sur quoi son père l’avait envoyé de par le monde afin de lui apprendre à vivre.