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Les Coupables - Avertissement

mardi 22 août 2023, par André Arru (CC by-nc-sa)

Cette brochure (Les Coupables), écrite par André Arru et révisée par Voline, fut publiée en 1943 par une « fantomatique » Fédération internationale syndicaliste révolutionnaire et imprimée par les frères Lyon , libertaires et résistants connus de Toulouse [1].

Cette brochure n’est pas une collection de fleurs de rhétorique ni même d’accord grammaticaux irréprochables. Nous le savons et ne nous en excusons pas ; car nous avons cherché à donner, non pas un divertissement littéraire, mais matière à réflexion sur l’organisation sociale. La beauté du style a, pour les mêmes raisons, cédé la place à la clarté : on y trouvera donc des répétitions voulues d’idées et de mots. Nous avons cherché, simplement, à bien nous expliquer, à bien nous faire comprendre.

Dans ce petit opuscule, beaucoup de questions sont agitées ; plusieurs sont traitées en une phrase ; quelques exemples sont donnés globalement ; certaines affirmations sont faites sans précision. Nous ne pouvions traiter à fond, dans l’exiguïté d’un aussi petit format, un sujet aussi formidablement vaste. Nous pensons que ceux qui nous liront, complèteront notre travail en allant chercher, quand ils auront des doutes sur nos dires, les documents nécessaires. Il faut que chacun fasse ce travail pour acquérir une certitude personnelle et se rendre vraiment compte de l’intérêt humain de notre lutte. Nous sommes les seuls à ne pas vouloir convaincre par persuasion seule : nous voulons que chacun se fasse une opinion lui-même, par l’étude exacte des faits, et qu’il cherche la solution raisonnable. Nous sommes les seuls à ne pas nous proposer en guides, en supériorités, en chefs. Nous savons que tout le monde fait partie de l’élite à un moment de sa vie, et que tout le monde se ravale au dernier rang de l’humain à d’autres moments de l’existence. Qui n’a pas ses heures d’héroïsme ? Qui n’a pas ses heures de lâcheté ? Qui n’a pas ses heures de raison lucide ? Qui n’a pas ses heures de folie ou d’inconscience ?

Nous luttons donc sans aucun parti pris, sous aucune bannière.

Nous luttons parce que nous trouvons stupide que le genre humain vive si mal quand il pourrait vivre presque idéalement. Nous luttons aussi parce que nous avons découvert des faits qui nous permettent de conclure, avec une certitude d’expérimentateurs absolument désintéressés, aux mensonges des conducteurs de peuple, à leurs vilenies, à leurs hypocrisies. Nous luttons enfin parce que nous avons compris qu’au-dessus des hommes la routine régnait et les tuait.

Le Pouvoir, c’est la forme coupable d’incohérence.

Le Pouvoir, c’est : la « politique », l’armée, la police, la magistrature, le fisc, toutes fonctions dévoratrices, exercées par des fonctionnaires dévorateurs, tous non producteurs, évadés de la production ou n’y ayant jamais appartenu, mais tous prétendant à l’organiser et à la diriger. Dans presque tous les cas, le producteur véritable : ouvrier, paysan, savant, etc., est écarté de l’organisation ou y remplit un rôle de troisième plan.

Le pouvoir étant une idée fausse, ceux qui s’en servent, ceux qui en usent, ne peuvent être qu’à la hauteur de l’idée qu’ils défendent.

Voir en ligne : Archives André Arru


[1Henri et Antoine Lion, imprimeurs à Toulouse, rue Croix-Baragnon, travaillaient activement pour la Résistance (mouvement « Combat »). Ils furent arrê­tés, déportés et moururent à Mauthausen. Pour le groupe de Marseille, ils imprimèrent affiches, tracts, une brochure de 45 pp. intitulée Les Coupables et le numéro 1 d’une revue dénommée la Raison (Itinéraire n°13, page 78).