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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Marthe Pichorel -1878-1968</title>
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		<dc:creator>Roger Hagnauer</dc:creator>


		<dc:subject>Marthe Pichorel</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Marthe Pichorel est morte en novem&#173;bre 1968. Il n'est peut-&#234;tre pas trop tard pour &#233;voquer ici une figure originale et un destin hors s&#233;rie. Et m&#234;me si notre retard est anormal, il l'est moins que la d&#233;sinvolture avec laquelle on a enterr&#233; le souvenir d'une militante syndicaliste qui a incarn&#233; pendant plus de soixante ans le f&#233;minisme universi&#173;taire.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-cahiers-de-l-humanisme-libertaire-no154-mars-1969-" rel="directory"&gt;Cahiers de l'humanisme libertaire n&#176;154 - Mars 1969&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-marthe-pichorel-+" rel="tag"&gt;Marthe Pichorel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/pichorel-marthe3_copie-cffef.jpg?1774728290' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Marthe Pichorel est morte en novem&#173;bre 1968. Il n'est peut-&#234;tre pas trop tard pour &#233;voquer ici une figure originale et un destin hors s&#233;rie. Et m&#234;me si notre retard est anormal, il l'est moins que la d&#233;sinvolture avec laquelle on a enterr&#233; le souvenir d'une militante syndicaliste qui a incarn&#233; pendant plus de soixante ans le f&#233;minisme universi&#173;taire. &lt;i&gt;L'&#201;cole Lib&#233;ratrice&lt;/i&gt; a simplement re&#173;produit l'allocution du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Syndicat National des Instituteurs aux obs&#232;&#173;ques de Marthe Pichorel, sans mentionner les deux autres oraisons fun&#232;bres : celle de Belliot, au nom de la F&#233;d&#233;ration des Retrait&#233;s, et la mienne&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Rien dans les bulletins d&#233;partementaux de la r&#233;gion parisienne. La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Il serait ind&#233;cent de se plaindre, en telle circonstance, d'une blessure d'amour-propre. Mais l'insuffisance de l'allocution de Jean Daubard a doulou&#173;reusement surpris les &#171; vieux &#187; pr&#233;sents, qui furent les compagnons de Marthe Pichorel. Au reste l'orateur officiel confessa son igno&#173;rance &#8211; que sa jeunesse explique mais n'ex&#173;cuse pas &#8211;. Ainsi, le premier repr&#233;sentant d'un puissant syndicat juge inutile d'&#233;tudier le pass&#233; de l'organisation dont il a la charge. Est-ce parti pris ou n&#233;gligence ? En 1967, j'avais cru, dans ma s&#233;nile innocence, que&lt;i&gt; L'&#201;cole Lib&#233;ratrice&lt;/i&gt; serait heureuse de pu&#173;blier un papier sur le centenaire de Fernand Pelloutier, l'animateur de la F&#233;d&#233;ra&#173;tion des Bourses du Travail. On ne jugea m&#234;me pas utile de m'accuser r&#233;ception de mon envoi et de motiver le refus d'insertion...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas d'ailleurs par hasard que j'as&#173;socie au centenaire de Pelloutier, la mort de Marthe Pichorel qui fut presque sa contem&#173;poraine (elle atteignait 91 ans), car le syndicalisme des Instituteurs &#224; sa naissance se r&#233;sumait dans cette conclusion du Mani&#173;feste publi&#233; en 1905 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous voulons re&#173;joindre les travailleurs dans les Bourses du travail.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fut exceptionnel chez Marthe Pichorel c'est justement une contradiction constante entre ce que l'on pouvait attendre d'elle et ce qu'elle fit et ce qu'elle fut. Au d&#233;but du si&#232;cle, la grande majorit&#233; des ins&#173;tituteurs et institutrices &#233;tait d'origine po&#173;pulaire, surtout paysanne, aussi ouvri&#232;re. Marthe Pichorel sortait d'une famille bour&#173;geoise (son p&#232;re, commandant de marine, exer&#231;ait de hautes fonctions &#224; la Pr&#233;fecture maritime de Cherbourg). Elle b&#233;n&#233;ficia de l'&#233;ducation de jeunes filles &#171; bien &#233;lev&#233;es &#187;, d'avant 1914, pr&#233;par&#233;es &#224; tenir leur rang dans un monde o&#249; le travail salari&#233; des femmes paraissait une indigne d&#233;ch&#233;ance, et o&#249; le mariage, avec dot (souvent corrig&#233; par la pratique tol&#233;r&#233;e de l'adult&#232;re) s'im&#173;posait comme la seule issue convenable. Par vocation et volont&#233; d'ind&#233;pendance, elle s'engagea dans l'enseignement, mais pas dans ces postes o&#249; l'on est assur&#233; de la s&#233;cu&#173;rit&#233; mat&#233;rielle et du prestige dont jouit dans la bourgeoisie, l'aristocratie cultiv&#233;e et pro&#173;fessorale. Elle s'int&#233;gra dans un personnel victime d'une triple injustice : institutrices n'ayant pas encore obtenu l'&#233;galit&#233; de traite&#173;ment avec les instituteurs &#8211; institutrices d'&#201;coles Maternelles soumises encore aux servitudes tr&#232;s lourdes des &#171; asiles &#187; pour enfants d&#233;sh&#233;rit&#233;s &#8211; suppl&#233;antes de ban&#173;lieue, condamn&#233;es avant leur titularisation, aux emplois pr&#233;caires et provisoires dans des villes &#171; champignons &#187; o&#249; campait une po&#173;pulation dense et souvent mis&#233;rable, priv&#233;e &#224; cette &#233;poque de toutes les commodit&#233;s d'un urbanisme intelligent et pr&#233;voyant. Anomalie encore : titularis&#233;e, directrice d'&#201;cole maternelle, charg&#233;e de responsabi&#173;lit&#233;s nationales dans le syndicat, elle n'ou&#173;blia pas les mis&#232;res qu'elle avait exp&#233;rimen&#173;t&#233;es &#224; ses d&#233;buts et entendit r&#233;soudre les probl&#232;mes ainsi pos&#233;s, satisfaire les revendi&#173;cations dont l'expression &#233;nergiquement af&#173;firm&#233;e lui avait gagn&#233; la confiance de ses camarades.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6191 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L317xH455/pichorel-marthe2-679f2.jpg?1774698217' width='317' height='455' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Marthe Pichorel &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;F&#233;ministe, comptant parmi les fonda&#173;trices de &lt;i&gt;l'Action f&#233;ministe universitaire&lt;/i&gt;, elle n'adopta pas le parti pris &#8211;peut-&#234;tre l&#233;gitime &#8211; de celles qui entendaient, par l'habit, les habitudes, les tendances affec&#173;tives, proscrire toute &#171; f&#233;minit&#233; &#187; et pous&#173;ser au paroxysme la r&#233;volte contre les pr&#233;tentions du &#171; sexe fort &#187;. Son &#233;l&#233;gance, la distinction qu'elle affectait, sans effort apparent, dans son maintien, son compor&#173;tement, son &#233;loquence &#233;quilibr&#233;e et harmo&#173;nieuse paraissaient insolites dans les congr&#232;s, au milieu d'institutrices et d'instituteurs soumis longtemps aux servitudes des nota&#173;bles de terroirs, ou plus tard affectant, lors des escapades loin de leur &#233;cole quotidien&#173;ne, une libert&#233; vestimentaire et oratoire un peu spectaculaire. Ce qui surprenait c'&#233;tait justement qu'elle pouvait, avec une bonne gr&#226;ce souriante, se solidariser pleinement avec les f&#233;ministes les plus intran&#173;sigeantes, formuler les th&#232;ses les plus au&#173;dacieuses, exprimer les jugements et les incitations les plus &#233;nergiques. Certes elle ne ressemblait gu&#232;re &#224; une Louise Michel, survivante de la Commune de 1871, jetant &#224; la face de ses juges : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si vous n'&#234;tes pas des l&#226;ches, vous me ferez fusiller&lt;/q&gt;, ... &#224; une Rosa Luxembourg menant les spartakistes de 1919 &#224; l'assaut des citadelles de Berlin. Mais de l'une et de l'autre, elle partageait la sensibilit&#233; et la tendresse... et la volont&#233; sinc&#232;re et d&#233;lib&#233;r&#233;e&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(La tendresse de Louise Michel &#233;tait bien connue. Celle de Rose Luxembourg (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Je l'entendais en 1922, fl&#233;trir les antisyndicalistes qui devant l'administration &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;se tiennent non plus &#224; genoux, mais &#224; plat ventre&lt;/q&gt;. Je l'avais entendue en 1919, en pleine euphorie de la victoire, se glorifier d'avoir en pleine guerre, appris aux petits orphelins de son &#233;cole... &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;que des petits enfants allemands pleuraient aussi leur papa et qu'ils devaient les aimer comme des fr&#232;res&lt;/q&gt;. Je l'entendis en 1928, reprendre &#224; la tribune du Congr&#232;s du S.N., la formule de la &lt;i&gt;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, incluse dans la Charte d'Amiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 1934, alors que la tentative fasciste du 6 f&#233;vrier avait amen&#233; au pouvoir un gouvernement d'Union Nationale d&#233;cid&#233; &#224; r&#233;primer toute agitation revendicative, le Cartel des Services Publics et la F&#233;d&#233;ration de l'Enseignement lanc&#232;rent, contre les d&#233;crets-lois Doumergue, un ordre de rassem&#173;blement public autour de l'H&#244;tel de Ville de Paris &#8211; interdit et sauvagement dispers&#233; par la police. En grand deuil, ayant perdu son mari quelques jours auparavant, Marthe Pichorel se tenait avec nous, au milieu des manifestants qui tentaient de r&#233;sister aux coups de la flicaille. On vint l'avertir que la Commission f&#233;d&#233;rale se r&#233;unissait dans l'arri&#232;re-salle d'un caf&#233; proche et qu'on l'attendait pour ouvrir la discussion. Elle r&#233;pondit doucement, gentiment : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'ai sign&#233; avec les membres du bureau l'appel pour la manifestation. De nombreux camarades ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. Excusez-moi. Mais je ne vous rejoindrai que lorsqu'il n'y aura plus de manifestants dans la rue.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1934, c'&#233;tait pour elle la derni&#232;re ann&#233;e d'activit&#233; professionnelle. &#201;lue con&#173;seill&#232;re d&#233;partementale par les institutrices de banlieue en 1907, devenue membre du bureau de la F&#233;d&#233;ration des Amicales en 1909, puis du Syndicat National en 1920, seule femme repr&#233;sentante du personnel primaire au Conseil Sup&#233;rieur de l'Instruction Publique, secr&#233;taire corporative du Syndicat National,&lt;i&gt; elle n'avait jamais aban&#173;donn&#233; son poste de directrice d'&#201;cole mater&#173;nelle&lt;/i&gt;, et tout naturellement elle se retira du bureau syndical en prenant sa retraite, se refusant, malgr&#233; de pressantes sollicitations &lt;i&gt;&#224; engager des actions auxquelles elle ne pouvait plus participer.&lt;/i&gt; Mais la retraite ne mit pas fin &#224; son activit&#233; militante. Elle anima longtemps la F&#233;d&#233;ration des Retrait&#233;s, fonda la &lt;i&gt;Coop&#233;rative des Maisons de retrai&#173;t&#233;s &lt;/i&gt; qu'elle pr&#233;sidait, et dirigeait effectivement jusqu'&#224; son entr&#233;e dans la clinique d'o&#249; elle ne devait plus sortir vivante. Premi&#232;re et derni&#232;re interruption dans une vie exclusi&#173;vement consacr&#233;e... aux autres... qui ne fut pas exempte de tourments, d'&#233;preuves phy&#173;siques douloureuses, que l'on d&#233;celait mal, car elle ne se plaignait jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le miracle, c'est justement que cette femme de 91 ans restait tellement efficace que sa succession pose de graves probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela para&#238;tra bien ordinaire, presque banal a nos amis. Les enseignants ne seront gu&#232;re &#233;mus par les r&#233;sultats obtenus pendant plus d'un demi-si&#232;cle d'action corpora&#173;tive. J'ai souvent formuler ce m&#233;pris de l'histoire et ce que les existentialistes appelleraient peut-&#234;tre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; la n&#233;antisation &lt;/q&gt; &lt;i&gt;du pass&#233;&lt;/i&gt;. Et je ne suis pas hostile &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; a une philosophie qui implique la fatalit&#233; de la libert&#233;, d&#233;terminant un engagement constamment renouvel&#233;. Il est d'autre part incontestable que les vieux nostalgiques du &#171; bon temps &#187; d'autrefois, les &#171; honoraires &#187; opposant leurs exploits &#171; m&#233;morables &#187; aux pr&#233;tentions (?) des jeunes actifs, portent une lourde part de responsabilit&#233; dans la rupture entre g&#233;n&#233;rations, et justifient m&#234;me le d&#233;dain des militants d'aujourd'hui pour... &#171; les tableaux de famille &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne s'agit pas d'opposer le pass&#233; au pr&#233;sent ; au contraire, il convient de lier le pass&#233; au pr&#233;sent dans un mouvement qui engage le futur, de soumettre &lt;i&gt;l'&#234;tre &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'avant &#233;t&#233; &lt;/i&gt; au &lt;i&gt;devenir&lt;/i&gt;. M&#234;me si l'on veut faire &#171; table rase du pass&#233; &#187;, il convient de conna&#238;tre exactement ce que l'on veut abolir hors de soi et en soi. Il convient aussi d'appr&#233;cier le temps des luttes pass&#233;es et la valeur des succ&#232;s, peut-&#234;tre la permanence de questions provisoirement r&#233;solues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est justement &#233;difiant dans la vie militante de Marthe Pichorel, c'est que par son action personnelle, par l'effort des &#233;quipes dont elle fut l'une des animatrices, chaque &#233;tape fut close par un succ&#232;s in&#173;contestable : une &#233;num&#233;ration incompl&#232;te suffit pour illustrer ce propos :&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6188 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/png/pauline_kergomard_circa_1900.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH647/pauline_kergomard_circa_1900-1b1d8.png?1774728291' width='500' height='647' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Pauline Kergomard&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;1) assimilation des &lt;i&gt;institutrices d'&#233;coles maternelles&lt;/i&gt; aux institutrices primaires, ce qui assura l'efficacit&#233; p&#233;dagogique &#8211; &#224; longue port&#233;e &#8211; de l'&#233;ducation maternelle telle que Pauline Kergomard l'avait con&#231;ue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2)&lt;i&gt; &#201;galit&#233; de traitements&lt;/i&gt; entre institu&#173;teurs et institutrices, en vertu d'un principe qui est loin d'&#234;tre appliqu&#233; aujourd'hui dans toutes les administrations et dans toutes les industries de France et d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) &lt;i&gt;Reclassement des int&#233;rimaires&lt;/i&gt; &#8211; Statut du personnel auxiliaire accordant &#224; celui-ci des garanties encore insuffisantes, mais lui assurant une situation sup&#233;rieure &#224; ceux de toutes les autres administrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4)	&lt;i&gt;Reclassement de la fonction enseignante.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5)	&lt;i&gt;P&#233;r&#233;quation des pensions.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est &#233;difiant encore, ce qui n'est pas banal, c'est justement la dur&#233;e unique peut-&#234;tre d'une activit&#233; aussi pratique en 1968 qu'en 1907.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est surtout &#233;difiant pour nous c'est que, engag&#233;e toute sa vie dans l'action corporative, Marthe Pichorel s'est parall&#232;le&#173;ment engag&#233;e dans une action sociale dont des gestes audacieux, insolites, soulign&#232;rent, en des tourments d&#233;cisifs, la constance et l'originalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re avoir un jour le loisir de repren&#173;dre l'histoire du Syndicalisme universitaire depuis sa naissance jusqu'&#224; la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. En fait, au d&#233;but du si&#232;cle il y eut deux mouvements parall&#232;les entre lesquels des ponts furent jet&#233;s par une &#233;quipe de militants r&#233;alistes et convaincus. L'amicalisme, au lendemain des troubles de l'affaire Dreyfus sortait du conformisme officiel et s'effor&#231;ait vers une d&#233;mocratisation des institutions administratives et universi&#173;taires. Le syndicalisme, qui dans ses vell&#233;it&#233;s de la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle tendait surtout &#224; inclure le corporatisme dans les cadres de la loi de 1884, subissait apr&#232;s 1902 l'influ&#173;ence d'une CGT &#224; laquelle l'adh&#233;sion de la F&#233;d&#233;ration des Bourses du Travail et l'h&#233;ritage de Fernand Pelloutier conf&#233;&#173;raient son originalit&#233; et sa force de rayon&#173;nement. C'est un an avant la Charte d'Amiens, en 1905, que parut le Manifeste des instituteurs syndicalistes dont l'id&#233;e &#173;force &#233;tait bien la participation des ma&#238;tres d'&#233;cole &#224; la vie des Bourses de Travail. En 1912, &lt;i&gt;au congr&#232;s de Chamb&#233;ry&lt;/i&gt; l'adh&#233;sion au &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Sou du soldat&lt;/q&gt;, qui provoqua une campagne d'une violence inou&#239;e contre les instituteurs antimilitaristes et &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'&#201;cole sans Dieu, ni patrie&lt;/q&gt;, n'&#233;tait, dans l'esprit de ses promoteurs qu'un geste presque symbo&#173;lique confirmant la haute ambition de 1905. On sait cependant que ce fut le pr&#233;texte &#224; une action gouvernementale et juridique qui atteignit l'organisation et surtout effraya de nombreux syndiqu&#233;s, d&#233;missionnant quel&#173;quefois par t&#233;l&#233;gramme ou pneumatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marthe Pichorel avait gagn&#233; en 1907, par son action, la confiance des institutrices qui l'&#233;lurent conseill&#232;re d&#233;partementale de la banlieue parisienne. Elle fut naturellement d&#233;l&#233;gu&#233;e aux congr&#232;s successifs de la F&#233;d&#233;&#173;ration des Amicales, que dirigeaient depuis 1909 des signataires du Manifeste syndicaliste &#8211; en particulier Louis Roussel et Emile Glay. Mais malgr&#233; ses tendances nettement affirm&#233;es, elle n'avait pas encore rejoint le &lt;i&gt;syndicat&lt;/i&gt;. Dans son courrier en 1912, le secr&#233;taire du syndicat de la Seine sous un tas de lettres de d&#233;mission, d&#233;cou&#173;vrait une lettre d'adh&#233;sion. &lt;i&gt;Celle de Marthe Pichorel affirmant d&#233;lib&#233;r&#233;ment sa solidarit&#233; avec les congressistes de Chamb&#233;ry. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6189 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/jean_de_saint-prix.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH777/jean_de_saint-prix-744da.jpg?1774728291' width='500' height='777' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;On a peut-&#234;tre oubli&#233; la place importante prise d&#232;s 1915, par la &lt;i&gt;F&#233;d&#233;ration des Syn&#173;dicats d'Instituteurs&lt;/i&gt;, dans la minorit&#233; syndicale hostile &#224; la politique d'Union sacr&#233;e. On ignore sans doute que d&#233;j&#224; quelques femmes avaient manifest&#233; leur haine de la guerre et constitu&#233; le premier groupement pacifiste... &#233;videmment clandestin qui se r&#233;unissait dans une &#233;cole de la rue Fondary. Parmi elles : Berthe Duchene, Madame de Saint-Prix (la fille du pr&#233;sident Loubet, la m&#232;re de l'admirable militant libertaire Jean de Saint-Prix mort tuberculeux en 1918), Lara (soci&#233;taire de la Com&#233;die Fran&#231;aise, m&#232;re d'Autant-Lara), S&#233;verine (digne de son ma&#238;tre Jules Vall&#232;s), Nelly Roussel (la grande oratrice libertaire), Marguerite The&#173;venet (qui devint la compagne d'Alfred Rosmer)... et des institutrices : Julia Ber&#173;trand (enferm&#233;e dans un camp de concen&#173;tration, d&#232;s ao&#251;t 1914), Louise Saumoneau qui anima la minorit&#233; zimmervaldienne au sein du Parti Socialiste), Lucie Colliard, Marie Mayoux, Gabrielle Bouet, H&#233;l&#232;ne Brion, No&#233;ly Drous, Henriette Izambart, Marthe Bigot... qui presque toutes furent atteintes pendant et apr&#232;s la guerre par la r&#233;pression. Marthe Pichorel &#233;tait avec elles. Et en 1919, le petit groupe de jeunes paci&#173;fistes que nous avions constitu&#233;, rue Dupetit&#173;-Thouard, faisait appel &#224; Marthe Pichorel, apr&#232;s Marthe Bigot et H&#233;l&#232;ne Brion, celle-ci &#224; peine sortie de prison.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6190 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/helene_brion__15232341588___cropped_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH327/helene_brion__15232341588___cropped_-287c8.jpg?1774728291' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;H&#233;l&#232;ne Brion devant le Conseil de guerre, en 1918.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Marthe Pichorel avait adh&#233;r&#233; avant la guerre au parti socialiste, elle se retrouva au parti communiste en 1920 jusqu'&#224; la bolchevisation de 1924. Etait-ce par choix doctrinal ? Je n'en suis pas certain. Elle voulait surtout retrouver dans sa commune les ouvriers r&#233;volutionnaires. Au concierge de son &#233;cole, naturellement affili&#233; au parti poss&#233;dant la municipalit&#233;, un peu g&#234;n&#233; par cette &#171; dame &#187; qu'il pouvait retrouver dans les r&#233;unions de partisans, elle disait en souriant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pour vous, jusqu'&#224; 18 h, je suis la Directrice, &#224; 18 h 05, je ne suis plus que la camarade Pichorel&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La scission conf&#233;d&#233;rale de 1922 se produisit alors que l'on n'avait pas r&#233;solu le probl&#232;me de la fusion du Syndicat national (prolongement de la F&#233;d&#233;ration des Amica&#173;les) et la vieille F&#233;d&#233;ration de l'Enseigne&#173;ment. Le choix impos&#233; fut en fait assez d&#233;concertant. Le Syndicat national prit place dans la CGT dite r&#233;formiste ; la F&#233;d&#233;ration rallia la CGTU. Mais &#8211; et cela vaudrait une explication plus longue &#8211; par une anomalie paradoxale : Louis Roussel. Mar&#173;the Pichorel, Georges Lapierre, militants repr&#233;sentatifs du Syndicat national, main&#173;tinrent leur adh&#233;sion &#224; la F&#233;d&#233;ration. Nous f&#251;mes quelques-uns &#224; les imiter, r&#233;alisant ainsi l'unit&#233; syndicale... dans notre porte&#173;-cartes. La bolchevisation corrompant le vieux syndicat de la Seine, nous obligea en 1929 &#224; un choix particuli&#232;rement doulou&#173;reux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1930, la scission conf&#233;d&#233;rale prolon&#173;geait ses tristes effets, alors que les s&#233;quelles de la crise catastrophique mondiale, d&#233;cha&#238;&#173;n&#233;e &#224; New York en 1929, atteignaient l'Europe et la France. La vieille CGT dite r&#233;formiste, tr&#232;s faible dans les industries priv&#233;es, s'&#233;tait renforc&#233;e dans les services publics. La CGTU s'affaiblissait chaque jour davantage. Maurice Chambelland prit, approuv&#233; par Pierre Monatte, l'initiative d'un rassemblement de &lt;i&gt;22 manifestants conf&#233;d&#233;r&#233;s, unitaires et autonomes&lt;/i&gt; lan&#231;ant une campagne pour &lt;i&gt;l'Unit&#233; syndicale&lt;/i&gt;. Que Monatte, Chambelland et naturellement tout le noyau de la &lt;i&gt;R&#233;volution Prol&#233;tarienne &lt;/i&gt; (dont j'&#233;tais membre) fussent parmi les premiers signataires, avec les leaders de la minorit&#233; &#171; anarcho-syndicaliste &#187; de la CGTU et quelques militants de la &lt;i&gt;F&#233;d&#233;ra&#173;tion autonome des Fonctionnaires&lt;/i&gt;, c'&#233;tait normal et ne causa aucune surprise. Le &#171; sensationnel &#187;... c'&#233;tait l'adh&#233;sion d'impor&#173;tants militants de la CGT... qui gardait depuis la scission la structure d'une cita&#173;delle dress&#233;e contre les tentatives de noyau&#173;tage communiste. Deux noms significatifs, ceux de Dumoulin et de Digat... sinc&#232;re&#173;ment acquis &#224; l'id&#233;e d'unit&#233;, avec peut-&#234;tre l'arri&#232;re pens&#233;e d'&#233;branler l'autorit&#233; du pesant &#233;tat-major conf&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marthe Pichorel, tr&#232;s simplement, adh&#233;ra d&#232;s sa constitution au fameux Comit&#233; des 22... Elle n'y voyait pas autre chose que le moyen de reconstituer l'unit&#233; ouvri&#232;re. Elle voulait, comme Pierre Monatte et nous, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;l'unit&#233; pour l'unit&#233;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est peut-&#234;tre en cela qu'elle &#233;tait encore exceptionnelle. En m&#233;ditant sur la longue vie de cette amie, dont l'affection discr&#232;te et d&#233;licate nous fut si pr&#233;cieuse &#224; chaque &#233;preuve qui nous meurtrit, je me demande si une sorte de g&#233;n&#233;reuse na&#239;vet&#233; n'&#233;tait pas sa qualit&#233; dominante. De 1930 &#224; 1968, dans les trag&#233;dies que nous avons v&#233;cues, j'ai toujours rencontr&#233; chez elle, jusqu'&#224; la fin, la m&#234;me &#171; noble candeur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6192 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L192xH263/images-9813f.jpg?1774698218' width='192' height='263' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Marthe Pichorel &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;r&#233;e des pr&#233;jug&#233;s de sa classe d'ori&#173;gine, portant le poids de longues et mul&#173;tiples exp&#233;riences, servant de cible, sans que cela troubl&#226;t sa s&#233;r&#233;nit&#233;, aux impr&#233;ca&#173;tions de vieux r&#233;actionnaires, aux injures de pitres professionnels (tel ce lamentable Ren&#233; Benjamin), aux quolibets m&#233;prisables de boulevardiers d&#233;cadents, elle gardait sa confiance dans une humanit&#233; fraternelle, semblait toujours &#233;tonn&#233;e par l'hypocrisie, la fourberie, les sordides d&#233;faillances. C'est cette constante jeunesse de c&#339;ur, qui se traduisait encore, sur son lit de mort, par un sourire aimable que ses souffrances physiques ne d&#233;formaient pas. Et c'&#233;tait peut&#173;-&#234;tre, avant sa disparition, la joie tranquille de quelqu'un qui avait parfaitement rempli ,sa t&#226;che et qui &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;sortait de la vie, comme d'un banquet... o&#249; furent convi&#233;s toutes les victimes&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ayant rencontr&#233; par hasard Jehan Rictus, alors que le vieux po&#232;te des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, tous les humbles... et tous leurs amis...&lt;/q&gt; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;(Rien dans les bulletins d&#233;partementaux de la r&#233;gion parisienne. &lt;i&gt;La R&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; a publi&#233; le texte presque in-extenso de mon allocution... Seule dans la presse &#224; consacrer un article &#224; Marthe Pichorel&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;(La tendresse de Louise Michel &#233;tait bien connue. Celle de Rose Luxembourg appara&#238;t, d'une lucide et innocente humanit&#233;, dans ses &#171; Lettres de la Prison &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ayant rencontr&#233; par hasard Jehan Rictus, alors que le vieux po&#232;te des S&lt;i&gt;oliloques du Pauvre&lt;/i&gt;, oubli&#233;, d&#233;sabus&#233;, ayant reni&#233; son anarchisme de jeunesse, se tra&#238;nait vers une fin presque mis&#233;rable, elle lui apporta le r&#233;confort de son amiti&#233;, alors qu 'il demeurait isol&#233;, abandonn&#233; par tous ceux qui avaient mis&#233; sur ses succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une oubli&#233;e : Floran Tristan</title>
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		<dc:date>2025-10-07T22:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marcel Renot</dc:creator>



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&lt;p&gt;Proches ou loin de notre pens&#233;e, les &#339;uvres des savants, artistes, philosophes, historiens, etc., sont les grandes forces psychologiques de l'humanit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un de ses bons livres, Jean Rostand nous expose, comme il sait le faire, la puissance de foi des &#171; hommes de v&#233;rit&#233; &#187; (Fontenelle, La Rochefoucauld, Claude Bernard, etc.). &#338;uvres grandioses, certes, noms prestigieux sans doute. Mais il en est d'autres, oubli&#233;s aujourd'hui et qui d&#233;signent pourtant des personnalit&#233;s attachantes, voire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-cahiers-de-l-humanisme-libertaire-no96-97-novembre-decembre-1963-" rel="directory"&gt;Cahiers de l'humanisme libertaire N&#176;96-97 &#8211; Novembre-D&#233;cembre 1963&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-3-17-fb0f8.jpg?1774704382' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Proches ou loin de notre pens&#233;e, les &#339;uvres des savants, artistes, philosophes, historiens, etc., sont les grandes forces psychologiques de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un de ses bons livres, Jean Rostand nous expose, comme il sait le faire, la puissance de foi des &#171; hommes de v&#233;rit&#233; &#187; (Fontenelle, La Rochefoucauld, Claude Bernard, etc.). &#338;uvres grandioses, certes, noms prestigieux sans doute. Mais il en est d'autres, oubli&#233;s aujourd'hui et qui d&#233;signent pourtant des personnalit&#233;s attachantes, voire h&#233;ro&#239;ques, envers lesquelles les hommes ne se sont pas toujours montr&#233;s g&#233;n&#233;reux. C'est ce qui nous am&#232;ne &#224; parler de Flora Tristan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; trouvons-nous ce nom ? Les &#233;tudes biographiques consacr&#233;es aux pionniers des causes humanitaires l'&#233;crivent rarement, et c'est seulement &#224; la notori&#233;t&#233; du peintre Gauguin, son petit-fils, qu'il doit d'&#234;tre parfois cit&#233;. Mais jamais, &#224; cette occasion, il ne sera fait allusion &#224; la fanatique d&#233;votion aux devoirs que cette femme admirable s'imposa durant une vie abr&#233;g&#233;e par des sacrifices trop peu spectaculaires pour tenir une place dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La courte vie de Flora ne fut que luttes et tourments. De sa naissance &#224; sa mort (&#224; quarante et un ans), en elle comme autour d'elle, jamais la paix ne r&#233;gna. Son p&#232;re, don Mariano de Tristan, issu d'une noble famille p&#233;ruvienne, avait h&#233;rit&#233; lui-m&#234;me d'un caract&#232;re ind&#233;pendant et passionn&#233;. Colonel dans l'arm&#233;e espagnole, il connut Th&#233;r&#232;se Lain&#233;, qui, fuyant la R&#233;volution fran&#231;aise, vivait mis&#233;rablement &#224; Bilbao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des raisons assez obscures, il n'&#233;pousa jamais celle qu'il aimait, malgr&#233; la tendresse qu'il lui voua jusqu'&#224; sa mort. Mais on sait que le colonel don Mariano s'&#233;tait toujours montr&#233; rebelle &#224; toute forme de lien. Quoi qu'il en soit, la situation de ce &#171; faux m&#233;nage &#187; &#8212; comme on dit &#8212; eut un retentissement consid&#233;rable sur le destin de Flora, car plus tard, quand mourut le colonel, sa femme, Th&#233;r&#232;se Lain&#233;, ne fut pas consid&#233;r&#233;e comme une h&#233;riti&#232;re l&#233;gale. Puis, comble de malheur, un important envoi de fonds, peut-&#234;tre une fortune, avait &#233;t&#233; englouti dans le naufrage du navire qui le transportait.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5949 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/flora_tristan_par_jules_laure.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH621/flora_tristan_par_jules_laure-60551.jpg?1774783535' width='500' height='621' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Flora Tristan par Jules Laure.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;nage Tristan s'&#233;tait fix&#233; &#224; Paris un peu avant la naissance de Flora, en 1803. Don Mariano, ami de Bolivar, prit un int&#233;r&#234;t passionn&#233; aux controverses que celui-ci soutenait contre les bonapartistes. On le traitait de jacobin &#8212; comme tous les hommes oppos&#233;s &#224; Bonaparte d'ailleurs. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;D&#233;nominations encore tout impr&#233;gn&#233;es de sang&lt;/q&gt;, &#233;crira Flora plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Libert&#233;, oppression, &#233;galit&#233; &#187;, ces termes bien des fois prononc&#233;s, &#233;taient nouveaux pour elle, et son p&#232;re t&#226;chait d'en faire comprendre le sens &#224; l'enfant qu'elle &#233;tait alors. Mais cela &#233;tait bien au-dessus de sa port&#233;e, d'autant plus que don Mariano, trop fantaisiste, n'&#233;tait gu&#232;re un &#233;ducateur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il mourut en 1808, laissant ses deux filles &#8212; Flore, avait une s&#339;ur &#8212; et leur m&#232;re sans un sou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fugi&#233;e &#224; la campagne avec ses deux enfants, Th&#233;r&#232;se Lain&#233; se voit r&#233;duite, pour vivre, &#224; accepter toutes les besognes et n'eut jamais le courage ni surtout le loisir d'instruire Flora, son a&#238;n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son enfance, celle-ci sentit vivement l'iniquit&#233; de son sort et d'autant plus p&#233;niblement que son nom &#233;tait celui d'une famille de haut rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fi&#232;re, les privations de toute sorte, l'humble condition de son milieu l'humiliaient, l'irritaient. Et l'&#233;puisement de sa m&#232;re au travail l'affectait douloureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'&#234;tre sans instruction aussi la rendait avide d'acqu&#233;rir l'&#233;ducation, la science qui lui avaient &#233;t&#233; refus&#233;es ; l'orthographe, qu'elle ignora longtemps, prit pour elle une importance qui tournait &#224; l'obsession. Margaret Goldsmith, sa biographe, &#224; laquelle nous empruntons, ainsi qu'&#224; Jules Puech, des renseignements pour ce petit travail, nous dit que, jeune fille, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;elle dissimulait ses ignorances et ses incertitudes derri&#232;re un masque d'arrogance qu'elle ne d&#233;pouilla jamais enti&#232;rement, surtout en face des &#233;trangers&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distante, d'une froideur d&#233;cid&#233;e, mais d'une grande beaut&#233;, il rayonnait d'elle un charme qui, plus tard, lui permit d'exercer une emprise rare sur les auditoires populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Paris avec sa m&#232;re, en 1818 &#8212; elle avait alors quinze ans &#8212; on les trouve install&#233;es dans un quartier des plus mal fam&#233;s : la place Maubert. Il lui fallait gagner sa vie. Entr&#233;e dans un atelier de lithographie, elle en &#233;pousa le patron, un nomm&#233; Chazal, en 1821. Peut-&#234;tre voulait-elle ainsi mettre fin &#224; l'extr&#234;me pauvret&#233; dont elle avait tant souffert ? On ne sait. Mais elle ne put supporter son m&#233;nage malgr&#233; une situation mat&#233;rielle acceptable. Elle rompit et confia &#224; sa m&#232;re la garde des trois enfants qui lui &#233;taient n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traqu&#233;e par son mari, syst&#233;matiquement pers&#233;cut&#233;e, elle &#233;tait chass&#233;e de chez ses employeurs, auxquels il faisait conna&#238;tre la situation de sa femme. Renvoy&#233;e par ses logeurs, Flora doit encore soutenir une lutte implacable pour garder ses enfants, dont la derni&#232;re, Aline, future m&#232;re de Paul Gauguin, devait conna&#238;tre une enfance plus mis&#233;rable encore que ne l'avait &#233;t&#233; celle de Flora ! Contre vents et mar&#233;es, celle-ci assurait l'existence des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haine de Chazal, son mari, ne la laissant pas en paix, elle se r&#233;fugia en Angleterre, o&#249; elle resta cinq ans. C'est durant cette p&#233;riode que sa dure existence la fit r&#233;fl&#233;chir aux injustices, aux souffrances du monde. Elle commence &#224; lire, &#224; penser, &#224; &#233;tudier, incit&#233;e qu'elle y est par une large propagande des journaux anglais, comme &lt;i&gt;The Pionner&lt;/i&gt;, qui appelaient les travailleurs &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle rentra en France dans l'hiver 1829, mais ne pourra &#233;viter une rencontre avec Chazal, son mari, qui, furieux de ne pouvoir la vaincre, tira sur elle. L&#233;g&#232;rement bless&#233;e, elle se r&#233;tablit vite. Son mari &#233;copa vingt ans de travaux forc&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le drame, nous la retrouvons encore en Angleterre, o&#249; elle pense assurer l'avenir de ses enfants. Pour cela, elle tentera de nouer des relations avec la famille p&#233;ruvienne de don Mariano, son p&#232;re. Sans succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors elle se d&#233;cide &#224; partir pour le P&#233;rou, o&#249; elle ne sera pas plus heureuse, le &#171; mariage &#187; irr&#233;gulier de ses parents &#233;tant mal jug&#233;, comme aussi le voyage d'une femme seule &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours vaillante, toujours lucide malgr&#233; sa sant&#233; &#233;branl&#233;e et ses am&#232;res d&#233;ceptions, la voici de nouveau en France ; elle va publier deux brochures, ses premiers &#233;crits probablement, traitant de l'affranchissement de la femme et de la n&#233;cessit&#233; de r&#233;tablir le divorce. C'est alors qu'elle commencera &#224; envisager le probl&#232;me social, mais du point de vue f&#233;ministe. On la comprend. Elle conna&#238;t que c'est bien l'in&#233;galit&#233; impos&#233;e &#224; son sexe qui lui valut sa triste vie conjugale avec son dramatique d&#233;nouement. De plus, la mis&#232;re de l'ouvri&#232;re lui est, d'exp&#233;rience, aussi connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les saint-simoniens, elle envisage l'am&#233;lioration de l'humanit&#233; par l'&#233;galit&#233; des sexes et ne perd jamais de vue la cause f&#233;ministe, m&#234;me au plus fort de son activit&#233; dans la lutte ouvri&#232;re. Au reste, dans son livre &lt;i&gt;l'Union ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, bien oubli&#233;, sa vive critique de la morale courante parut des plus os&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle admirait Fourier, qui condamnait durement le principe du mariage, proclamant la haute moralit&#233; de l'amour libre. La faillite de son aventure conjugale n'&#233;tait sans doute pas &#233;trang&#232;re &#224; cette admiration. Id&#233;aliste par nature, les th&#233;ories humanitaires l'aideront grandement &#224; s'&#233;vader de l'impitoyable lutte pour la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chissant de plus en plus profond&#233;ment, elle se convainquit que l'int&#233;r&#234;t du travailleur exigeait autre chose que de douces r&#233;formes. Elle &#233;crit alors : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les masses ouvri&#232;res seules doivent, par une association &#233;troite, se lib&#233;rer de l'oppression et de la famine. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis le temps arrive o&#249; elle accorde moins de s&#233;rieux &#224; Fourier. Plus attentivement, elle examine les travaux de Robert Owen, dont la colonie de &#171; New Lamark &#187; l'int&#233;ressait vivement. Les m&#233;thodes pacifistes l'emport&#232;rent alors, dans son esprit, sur la violence, encore qu'elle trouv&#226;t Owen trop convaincu des &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;influences ext&#233;rieures sur l'&#233;volution de l'&#234;tre humain&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes &#224; pr&#233;sent en 1837. Elle conna&#238;t Robert Owen. Son int&#233;r&#234;t pour l'Angleterre en est &#233;veill&#233; compl&#232;tement. Elle veut y retourner d&#232;s que le grand ouvrage qu'elle projette serait termin&#233;. Un grand ouvrage : &lt;i&gt;Les p&#233;r&#233;grinations d'une paria&lt;/i&gt;. C'est le r&#233;cit du voyage au P&#233;rou. Il parut en 1838 et fut son premier succ&#232;s litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son talent d'&#233;crivain, r&#233;el, se confirme la m&#234;me ann&#233;e avec son roman &lt;i&gt;M&#233;phis &lt;/i&gt;. La voici collaborant &#224; plusieurs journaux, &#233;tendant ses relations ; son appartement, au 100 de la rue du Bac, devient un salon litt&#233;raire cot&#233;. La stabilit&#233; dans la vie de Flora semble s'&#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais attention ! &#171; semble &#187; seulement.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5951 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;115&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/flora_tristan_1838.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH519/flora_tristan_1838-afa0e.jpg?1774783535' width='500' height='519' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Flora Tristan (1803-1844), lithographie &#233;dit&#233;e chez Aubert en 1838, publi&#233;e dans &lt;i&gt;Le Charivari&lt;/i&gt; le 22 f&#233;vrier 1839.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Hant&#233;e encore une fois par un d&#233;sir de changement comme par la mission sociale qui s'imposait &#224; sa conscience dont l'appel est pour elle un devoir, elle d&#233;cide de retourner &#224; Londres, o&#249;, &#224; leurs sources, elle &#233;tudiera les travaux d'Owen, de John Grey et d'autres. Elle se met alors &#224; une &#233;tude sur l'Angleterre dans laquelle elle s'oppose syst&#233;matiquement &#224; la violence dans la guerre des classes, ce qui ne l'emp&#234;chera pas d'y placer, en exergue, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mieux vaut p&#233;rir par l'&#233;p&#233;e que mourir de faim. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle prend part &#224; des r&#233;unions secr&#232;tes, ce qui comble bien son esprit romanesque. Elle &#233;crira : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Dans le secret des cavernes, les ap&#244;tres enseignaient les cat&#233;chum&#232;nes et leurs paroles &#233;taient plus puissantes que la force des C&#233;sars.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa v&#233;ritable vocation s'affirme dans son livre &lt;i&gt;Promenades dans Londres&lt;/i&gt;, publi&#233; &#224; Paris en 1840 et qui refl&#232;te une profonde connaissance du probl&#232;me ouvrier de ce pays. On y trouve une &#233;tude peu ordinaire des conditions industrielles qui font la richesse d&#233;s uns et la mis&#232;re des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Infatigablement, Flora ira d'un bout &#224; l'autre des districts ouvriers, posant des questions aux patrons, prenant des notes, &#233;tablissant des statistiques sur les salaires et les conditions &#233;conomiques en France et en Grande-Bretagne&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. de la R. &#8212; Soulignons que cette &#233;tude remonte &#224; 1840, que d'autres furent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle connait &#224; pr&#233;sent le sort des travailleurs et, plus que jamais, est r&#233;solue &#224; faire quelque chose pour eux. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Sur le sol anglais &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#8212; &#233;crit-elle &#8212;&lt;/span&gt; vingt millions de prol&#233;taires g&#233;missent ; qui leur r&#233;v&#233;lera &#224; eux-m&#234;mes leur pouvoir et organisera l'union de leurs forces ?&lt;/q&gt; C'est ce qui lui inspirera son livre &lt;i&gt;l'Union ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; moins un livre qu'une action &lt;/q&gt;, dira-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle va partout o&#249; des &#234;tres humains sont opprim&#233;s. En Angleterre, toujours, on la verra &#233;tudiant la prostitution, visitant les ali&#233;n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fou fran&#231;ais, reconnaissant tout de m&#234;me sa langue, lui offrira une croix faite de quelques brins de paille : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Prends cette croix, lui dit-il, et va par le monde annoncer la loi nouvelle.&lt;/q&gt; Elle prend la croix et &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'accomplirai la t&#226;che que cet homme m'a indiqu&#233;e ; je d&#233;livrerai la femme de la servitude de l'homme ; le pauvre de la servitude du riche ; l'&#226;me humaine de la servitude du p&#233;ch&#233;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son &#233;motion indique-t-elle un c&#244;t&#233; mystique de son caract&#232;re ? On le dirait, car sa t&#226;che se teinte un peu de surnaturel sans pour cela que sa lucidit&#233; en soit alt&#233;r&#233;e. Paris l'attire encore. Elle y est rentr&#233;e pour &#233;crire un livre et continuer ce qu'elle consid&#232;re comme une mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, Flora organisera des meetings partout en France ; elle tentera de grouper les ouvriers en &#171; Soci&#233;t&#233; de Compagnonnage &#187; dans l'esprit de ce qui devait &#234;tre plus tard les syndicats. Elle est prise &#224; partie violemment, trait&#233;e &#171; d'ap&#244;tre en jupon &#187;, pourchass&#233;e par la police et, dans maintes villes, sa chambre sera perquisitionn&#233;e. Ses &#233;crits sont s&#233;ditieux ? Elle continuera de plus belle &#224; les diffuser. Aucun &#233;diteur rie veut publier &lt;i&gt;l'Union ouvri&#232;re&lt;/i&gt; ? elle le fera imprimer elle-m&#234;me, t&#226;che ardue quand on n'a pas d'argent ! Il faut recueillir des fonds ? Elle se met en campagne, allant jusqu'&#224; solliciter le banquier Laffite qui, furieux, la cong&#233;die. Il est vrai qu'elle n'avait qu'une m&#233;diocre confiance dans le lib&#233;ralisme de fa&#231;ade de ce bourgeois richissime. Flora avait frapp&#233; &#224; la mauvaise porte. Mais d'autres devaient s'ouvrir, plus accueillantes &#224; son courage : ce furent celles d'Eug&#232;ne Sue, de B&#233;ranger, de Ponsard, de George Sand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'aimant pas qu&#233;mander, sa nature trop fi&#232;re puisait dans sa foi pour vaincre ses r&#233;pugnances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle dira plus tard : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je vais &#224; pied, je visite vingt personnes pour n'en trouver que trois qui donnent quelque chose. Seule l'indiff&#233;rence de ceux que je veux servir, les travailleurs, m'accable, mais je sais que je fais &#339;uvre utile, qu'un grand bien en r&#233;sultera.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette visionnaire, comme beaucoup d'orateurs brillants, subjuguait moins un interlocuteur isol&#233; qu'un auditoire nombreux. Puis on n'avait pas oubli&#233; l'h&#233;ro&#239;ne d'un crime passionnel, et les esprits mal avertis ne la voyaient gu&#232;re en r&#233;formatrice sociale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, l'apparition de &lt;i&gt;l'Union ouvri&#232;re&lt;/i&gt; fut une r&#233;v&#233;lation. Son langage simple &#233;tait bien &#224; la port&#233;e de ceux auxquels il s'adressait ; les noms de Saint-Simon, Owen, Fourier, Proudhon y &#233;taient cit&#233;s. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il ne reste qu'une chose &#224; faire, &#233;crit-elle : agir. Et c'est aux travailleurs de le faire.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un biographe de Flora, Puech, dira de l'Union ouvri&#232;re : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est le plus complet r&#233;sum&#233; du cat&#233;chisme r&#233;volutionnaire paru jusqu'ici en France. Il ouvre le champ &#224; la guerre des classes sans contrarier l'altruisme et le pacifisme de son auteur.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Flora, l'aide mat&#233;rielle temporaire qu'apportaient les soci&#233;t&#233;s de secours mutuels &#233;tait insuffisante. Les causes de la mis&#232;re restaient enracin&#233;es. Elle verra se dresser les adversaires de son enseignement, c'est-&#224;-dire tous ceux pour qui les conceptions d'un avenir meilleur pour les d&#233;sh&#233;rit&#233;s &#233;taient non seulement pure folie, mais attentats aux sacro-saints privil&#232;ges de la classe riche. Il n'y avait que des malfaiteurs comme elle pour songer &#224; une coop&#233;ration entre les travailleurs eux-m&#234;mes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son id&#233;alisme, par certains c&#244;t&#233;s un peu aveugle &#8212; tout amour ne l'est-il pas ? &#8212; lui assurait que les travailleurs comprendraient qu'en donnant chacun deux francs par an ils constitueraient un fonds de soutien de quinze millions et que, ainsi, l'union ouvri&#232;re serait une force contre le patronat, qui se verrait d&#233;sarm&#233;. H&#233;las ! elle oubliait, d'abord, que bon nombre d'ouvriers sollicit&#233;s refuseraient leur obole ; elle oubliait encore que les chefs d'industries pouvaient, quand ils le voulaient, licencier les ouvriers, rien ne les en emp&#234;chant, et qu'alors la contribution indispensable cesserait &#8212; au moins pour ceux-l&#224;. L'argent n&#233;cessaire &#224; la lutte manquerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle veut r&#233;aliser l'union entre les travailleurs. Oui. Mais sans entrevoir que &#171; l'arme &#233;conomique &#187;, comme elle l'appelait, n'est pas tout &#8212; surtout &#224; cause de son instabilit&#233; &#8212; et qu'il y a, qu'il aura toujours des facteurs moraux et psychologiques qui domineront la situation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle oubliait aussi les stupides querelles entre les membres de diverses corporations. Sans rel&#226;che, on la verra adjurer, les travailleurs de tous les pays d'adh&#233;rer &#224; &#171; l'union &#187; sans distinction de nationalit&#233; ou de m&#233;tier. A cet &#233;gard, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;elle observe avec chagrin l'ostracisme de O'Connell, qui, au nom de la religion, emp&#234;chait les ouvriers d'Irlande de fraterniser avec leurs camarades anglais&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son livre paru, Flora reprendra sa propagande active, ne comptant pas que son ouvrage suffirait &#224; lui seul pour &#233;clairer les masses populaires. Alors, dans beaucoup de grandes villes de France, des auditoires &#233;mus et nombreux iront chercher dans ses &#233;loquentes paroles des rem&#232;des &#224; leur mis&#232;re, des enseignements, des consolations...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se trouvait &#224; Bordeaux en 1844 quand une h&#233;morragie c&#233;r&#233;brale la frappa. Elle en mourut, privant les pauvres qui l'aimaient de son admirable d&#233;vouement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supr&#234;me t&#233;moignage de respect et d'amour pour Flora, qui avait vou&#233; toutes ses forces &#224; leur cause, ils &#233;rig&#232;rent un monument &#224; sa m&#233;moire. Aux mots &#171; Libert&#233;, Egalit&#233;, Fraternit&#233; &#187;, grav&#233;s dans la pierre de son tombeau, ils ajout&#232;rent : &#171; Solidarit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5950 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/_127477117_14131305870_178fb3f41b_b.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH329/_127477117_14131305870_178fb3f41b_b-a5da1.jpg?1774783535' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. de la R. &#8212; Soulignons que cette &#233;tude remonte &#224; 1840, que d'autres furent aussi publi&#233;es &#224; cette &#233;poque. Et les cat&#233;chum&#232;nes enrag&#233;s de Marx pensent que c'est lui, et Engels, qui furent les r&#233;v&#233;lateurs de la v&#233;rit&#233; sur la naissance du capitalisme anglais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Anticipations r&#233;trospectives, les vues constructives de James Guillaume [02]</title>
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		<dc:creator>Julien Maillet</dc:creator>


		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour les travailleurs industriels, il distingue plusieurs cat&#233;gories. Premi&#232;rement, l'artisan, qui restera propri&#233;taire de son &#233;choppe ; deuxi&#232;mement, un certain nombre d'industries dans lesquelles la division de travail n'a pas &#233;t&#233; pouss&#233;e tr&#232;s loin : ma&#231;onnerie (&#224; cette &#233;poque), menuiserie, imprimerie ; troisi&#232;mement, la grande industrie, o&#249; la division du travail est importante, la production &#233;norme : filatures, industries m&#233;tallurgiques, houill&#232;res, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'artisan peut continuer &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-cahiers-de-l-humanisme-libertaire-no142-mars-1968-" rel="directory"&gt;Cahiers de l'humanisme libertaire n&#176;142 - Mars 1968&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH77/james-guillaume2_2-1557d.jpg?1774695089' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='77' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour les travailleurs industriels, il distingue plusieurs cat&#233;gories. Premi&#232;rement, l'artisan, qui restera propri&#233;taire de son &#233;choppe ; deuxi&#232;mement, un certain nombre d'industries dans lesquelles la division de travail n'a pas &#233;t&#233; pouss&#233;e tr&#232;s loin : ma&#231;onnerie (&#224; cette &#233;poque), menuiserie, imprimerie ; troisi&#232;mement, la grande industrie, o&#249; la division du travail est importante, la production &#233;norme : filatures, industries m&#233;tallurgiques, houill&#232;res, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'artisan peut continuer &#224; poss&#233;der son &#233;choppe, s'il peut sans difficult&#233;s &#233;changer sa production, les travailleurs des autres cat&#233;gories doivent s'organiser sur la base de l'industrie. Les ouvriers d'une industrie donn&#233;e se garantiront mutuellement la propri&#233;t&#233; de leurs moyens de production et, sur cette base de la propri&#233;t&#233; collective, s'organiseront en f&#233;d&#233;rations de m&#233;tiers ou d'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le r&#233;sultat de ce pacte de solidarit&#233; sera la constitution de tous les &#233;tablissements typographiques &#8212; d'une r&#233;gion donn&#233;e &#8212; comme propri&#233;t&#233; collective de la f&#233;d&#233;ration des typographes &#8212; de cette m&#234;me r&#233;gion &lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les pr&#233;mices du syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la gestion int&#233;rieure des entreprises et des ateliers &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;chaque atelier, chaque fabrique formera une association de travailleurs qui restera libre de s'administrer de la fa&#231;on qu'il lui plaira pourvu que les droits de chacun soient sauvegard&#233;s et que les principes d'&#233;galit&#233; et de justice soient mis en pratique&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports des diverses f&#233;d&#233;rations corporatives se feront sur la base de la plus stricte &#233;galit&#233;, les &#233;changes de produits finis et de mati&#232;res premi&#232;res s'&#233;tabliront par les communes et les divers services publics communaux et r&#233;gionaux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ORGANISATION COMMUNALE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La base de la soci&#233;t&#233; future sera la commune, qui sera form&#233;e de l'ensemble des travailleurs habitant une m&#234;me localit&#233; ; c'est la f&#233;d&#233;ration locale des groupes de producteurs. La commune comprend plusieurs services publics. Notons au passage que certains services publics sont du ressort de la f&#233;d&#233;ration de communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I - &lt;i&gt;Travaux publics.&lt;/i&gt; Tous les locaux sont propri&#233;t&#233; de la commune. Une fois la r&#233;volution achev&#233;e, chacun continuera d'habiter la maison o&#249; il logeait pr&#233;c&#233;demment, la commune installant les mal-log&#233;s dans les demeures des riches expropri&#233;s. Elle devra se mettre &#224; construire de nouvelles habitations aux frais de tous &#8212; c'est-&#224;-dire que les ouvriers du b&#226;timent recevront des bons d'&#233;change de la commune pour leur travail. Construits aux frais de tous, il est normal que les logements soient gratuits. Personne n'aura de redevance &#224; payer. Guillaume pense que les diff&#233;rends naissant de cette gratuit&#233; dispara&#238;tront dans les ann&#233;es qui suivront la r&#233;volution par la grande quantit&#233; de maisons b&#226;ties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. -&lt;i&gt; Echanges.&lt;/i&gt; Dans la soci&#233;t&#233; nouvelle, il n'y aura plus de commerce dans le sens qui est attach&#233; aujourd'hui &#224; ce mot. Il sera n&#233;cessaire de cr&#233;er un comptoir d'&#233;changes. Il remettra aux producteurs des bons repr&#233;sentant la valeur de leurs produits, les stockera puis les &#233;changera avec ceux d'autres comptoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain nombre de producteurs ne pourront apporter leur fabrication au comptoir, par exemple les ma&#231;ons ou les travailleurs intellectuels. Il faudra pr&#233;voir une tarification qui paiera ces services. Une monnaie bas&#233;e sur la valeur-travail semble &#234;tre la meilleure solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un futur lointain, Guillaume pr&#233;voit que la distribution remplacera la r&#233;partition. Il pense que cette distribution pourrait &#234;tre instaur&#233;e tr&#232;s vite pour les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; (pain, lait, charbon, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III - &lt;i&gt;Alimentation. &lt;/i&gt; Les diff&#233;rents services alimentaires (boulangerie, abattoirs, etc.) seront centralis&#233;s dans chaque commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV - &lt;i&gt;Statistique&lt;/i&gt;. Un office des statistiques sera n&#233;cessaire dans chaque commune pour pr&#233;voir et pr&#233;parer la production. Il s'occupera de l'&#233;tat civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V - &lt;i&gt;Hygi&#232;ne et sant&#233;.&lt;/i&gt; Cet office s'attachera &#224; cr&#233;er un organisme curatif parfaitement au point mais il s'occupera aussi de la distribution de l'eau potable, de cr&#233;er des bains publics, des piscines et des stades. Il verra le service des morts entrer dans ses attributions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI - &lt;i&gt;S&#233;curit&#233;.&lt;/i&gt; Guillaume pense que le bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral r&#233;duira la criminalit&#233; sans pourtant la rendre nulle. Il faudra pr&#233;voir une police communale, il imagine ce service comme une milice, c'est-&#224;-dire que tout le monde devra veiller &#224; tour de r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment seront trait&#233;s les &#171; criminels &#187; dans la soci&#233;t&#233; &#233;galitaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il faudra le priver de sa libert&#233; et le garder dans une maison sp&#233;ciale jusqu'&#224; ce qu'il puisse, sans danger, &#234;tre rendu &#224; la soci&#233;t&#233;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il insiste sur le c&#244;t&#233; pathologique du crime. Il pense que la criminalit&#233; ne sera qu'un chapitre de la philosophie m&#233;dicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux litiges entre individus, associations, communes, ils seront jug&#233;s par des arbitres d&#233;sign&#233;s par les parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le service de s&#233;curit&#233; comprendra aussi des pompiers. Dans les r&#233;pons inondables ; il faudra pr&#233;voir un corps d'entretien des digues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Un vaste syst&#232;me d'assurance compl&#232;tera cette organisation. Les corporations et les communes se garantiront un appui mutuel pour le cas o&#224; un d&#233;sastre, incendie, gr&#234;le, viendrait &#224; frapper une ou plusieurs d'entre elles&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII &lt;i&gt;- Education. &lt;/i&gt; Guillaume commence par poser le principe que : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'enfant n'est la propri&#233;t&#233; de personne, il s'appartient &#224; lui-m&#234;me&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la soci&#233;t&#233; de se charger de l'entretien de l'enfant. Il h&#233;site quant &#224; savoir s'il faut &#233;lever les enfants en commun ou les laisser &#224; leurs parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lui, le premier &#226;ge de l'&#233;ducation, cinq &#224; douze ans, doit &#234;tre celui du corps ; de douze &#224; seize ans, l'enfant acquerra les sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain nombre de communes poss&#233;deront des universit&#233;s, chaque &#233;tudiant d&#233;sirant continuer ses &#233;tudes devra s'y rendre, sans cesser le travail auquel il sera tenu, La f&#233;d&#233;ration cr&#233;era de grandes &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la p&#233;dagogie, il pr&#233;voit que les enfants devront s'administrer eux-m&#234;mes, &#233;liront leurs responsables. etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander si Guillaume ne va pas trop loin. Un certain nombre de p&#233;dagogues estiment la pr&#233;sence du p&#232;re et de la m&#232;re n&#233;cessaire &#224; l'&#233;quilibre affectif et intellectuel du jeune enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII - &lt;i&gt;Assistance&lt;/i&gt;. Il faudra pr&#233;voir un office pour l'entretien des malades, des infirmes, des vieillards. Cette assistance devra &#234;tre pens&#233;e comme une obligation de la soci&#233;t&#233; et non comme une aum&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;ORGANISATION D'ENSEMBLE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;James Guillaume imagine deux types d'organisation ne se rejoignant qu'&#224; leur sommet. Premi&#232;rement, une organisation de producteurs sur la base de l'industrie, c'est la f&#233;d&#233;ration corporative ; deuxi&#232;mement, une organisation des travailleurs sur la base de la localit&#233;. c'est la f&#233;d&#233;ration de communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;i&gt;La f&#233;d&#233;ration corporative.&lt;/i&gt; La f&#233;d&#233;ration corporative, qui groupera non seulement les ouvriers d'un m&#234;me m&#233;tier mais plut&#244;t les travailleurs d'une m&#234;me industrie, s'unit avec les autres f&#233;d&#233;rations &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;non plus pour prot&#233;ger leurs salaires contre la rapacit&#233; des patrons, mais... pour se garantir mutuellement l'usage des instruments de travail... ; en outre, la f&#233;d&#233;ration des grouses permet &#224; ceux-ci d'exercer un contr&#244;le constant sur la production... &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;D&#232;s le lendemain de la r&#233;volution, les groupes producteurs appartenant &#224; la m&#234;me industrie sentiront le besoin de s'envoyer mutuellement des d&#233;l&#233;gu&#233;s... pour se renseigner et s'entendre&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un congr&#232;s g&#233;n&#233;ral constitutif na&#238;tra de ces contacts, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ce congr&#232;s posera les bases du contrat f&#233;d&#233;ratif..., un bureau permanent, &#233;lu par le congr&#232;s corporatif, et responsable devant lui, sera destin&#233; &#224; servir d'interm&#233;diaire entre les groupes formant la f&#233;d&#233;ration de m&#234;me qu'entre la f&#233;d&#233;ration et les autres f&#233;d&#233;rations corporatives. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Une fois que toutes les branches de la production, y compris celle de la production agricole, se seront organis&#233;es de la sorte, un immense r&#233;seau f&#233;d&#233;ratif... couvrira le pays et la statistique de la production et de la consommation, centralis&#233;e par les bureaux des diverses f&#233;d&#233;rations corporatives, permettra de d&#233;terminer d'une mani&#232;re rationnelle le nombre des heures de la journ&#233;e normale de travail, le prix de revient des produits et leur valeur d'&#233;change, ainsi que la quantit&#233; en laquelle ces produits doivent &#234;tre cr&#233;&#233;s pour suffire aux besoins de la consommation&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guillaume pr&#233;cise au passage que ces bureaux n'auront qu'un r&#244;le consultatif et technique ; la d&#233;cision appartient toujours aux conseils des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le vote est un proc&#233;d&#233; propre &#224; trancher dei questions qui ne peuvent &#234;tre r&#233;solues aux moyens de donn&#233;es scientifiques et qui doivent &#234;tre laiss&#233;es &#224; l'appr&#233;ciation du nombre ; mais dans des questions susceptibles d'une solution scientifique et pr&#233;cise, il n'y a pas lieu de voter ; la v&#233;rit&#233; ne se vote pas, elle se constate et s'impose ensuite &#224; tous par sa propre &#233;vidence&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &lt;i&gt;La f&#233;d&#233;ration de communes.&lt;/i&gt; La f&#233;d&#233;ration de communes se constituera comme les f&#233;d&#233;rations corporatives par des congr&#232;s ; elles se f&#233;d&#232;rent entre elles &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;dans le but de s'entraider, pour l'institution de certains services publics d'un caract&#232;re g&#233;n&#233;ral&lt;/q&gt;, par exemple centraliser et comptabiliser les renseignements venant des comptoirs d'&#233;changes communaux, cr&#233;er, en plusieurs endroits centraux, des comptoirs f&#233;d&#233;raux charg&#233;s de stocker et de r&#233;partir les produits entre les comptoirs communaux et s'occupant des relations internationales. Un certain nombre de services, de part leur nature m&#234;me, sont du ressort de la f&#233;d&#233;ration : l'entretien et l'administration des chemins de fer et autres voies de communication, le service des postes et t&#233;l&#233;graphes, la marine, l'organisation d'un syst&#232;me d'assurance entre les communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le travail accompli par les employ&#233;s &#8212; ils se recruteront librement parmi les travailleurs que leurs go&#251;ts et leurs aptitudes porteront vers ce genre d'activit&#233;s &#8212; des divers services publics sera consid&#233;r&#233; comme l'&#233;quivalent de celui auquel sont occup&#233;s les autres travailleurs ; ils choisiront eux-m&#234;mes, par voie d'&#233;lection, ceux d'entre eux qui auront &#224; diriger et &#224; contr&#244;ler le travail. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; Il y aura lieu d'&#233;lire des commissions de surveillance, charg&#233;es de s'assurer que les choses se &lt;br class='autobr' /&gt;
passent conform&#233;ment aux d&#233;cisions prises et de faire rapport &#224; ce sujet au congr&#232;s... qui se r&#233;unira &#224; des &#233;poques fixes&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, de proche en proche, la F&#233;d&#233;ration des communes pourra s'&#233;tendre au monde entier Guillaume imagine que plusieurs f&#233;d&#233;rations pourront exister, mais pour lui &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; la r&#233;volution ne peut pas &#234;tre restreinte &#224; un seul pays : elle est oblig&#233;e, sous peine de mort, d'entra&#238;ner dans son mouvement, sinon l'univers tout entier, du moins une partie consid&#233;rable des pays civilis&#233;s&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pense que des relations harmonieuses pourront s'&#233;tablir entre les structures corporatives et la F&#233;d&#233;ration de communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur cette vision d'union et d'harmonie que Guillaume termine son livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel de ses id&#233;es constructives nous semble parfaitement r&#233;alisable ; de nombreuses r&#233;serves s'imposent sur la pratique r&#233;volutionnaire. Pierre Besnard, dont nous &#233;tudierons plus tard les th&#233;ories constructives, a pu reprendre ce sch&#233;ma pr&#232;s de soixante ann&#233;es apr&#232;s son &#233;laboration. Un seul point nous semble incomplet : un &#233;chelon nous semble n&#233;cessaire entre la f&#233;d&#233;ration et la commune. Guillaume, sur ce point pr&#233;cis, ne suit par son ami Bakounine qui, dans le &lt;i&gt;Cat&#233;chisme r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; insiste sur l'existence de cet &#233;chelon interm&#233;diaire, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;c'est qu'il y ait entre la commune et l'&#201;tat au moins un interm&#233;diaire autonome, le d&#233;partement, la r&#233;gion ou la province&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette restriction admise, le sch&#233;ma de Guillaume pourrait servir de base &#224; la mise au point d'un plan de reconstruction f&#233;d&#233;raliste de notre monde de la seconde moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle. C'est sur ce souhait que nous terminons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Synth&#232;se d'un expos&#233; fait ou Centre de Sociologie libertaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Anticipations r&#233;trospectives, les vues constructives de James Guillaume [01]</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julien Maillet</dc:creator>


		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s le congr&#232;s de La Haye (1872) o&#249; Bakounine et James Guillaume furent frauduleusement expuls&#233;s de l'Internationale, l'Internationale antiautoritaire continua ses &#233;tudes. En 1876, para&#238;t la brochure de James Guillaume sur l'organisation sociale. C'est un plan complet sur la reconstruction apr&#232;s la r&#233;volution. James Guillaume et son ami Michel Bakounine se disaient collectivistes et opposaient ce terme &#224; communisme. Ce n'est que plus tard, avec les anarchistes communistes, que l'id&#233;e du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-cahiers-de-l-humanisme-libertaire-no141-fevrier-1968-" rel="directory"&gt;Cahiers de l'humanisme libertaire n&#176;141 - F&#233;vrier 1968&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH77/james-guillaume2_1-5da05.jpg?1774695086' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='77' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s le congr&#232;s de La Haye (1872) o&#249; Bakounine et James Guillaume furent frauduleusement expuls&#233;s de l'Internationale, l'Internationale antiautoritaire continua ses &#233;tudes. En 1876, para&#238;t la brochure de James Guillaume sur l'organisation sociale. C'est un plan complet sur la reconstruction apr&#232;s la r&#233;volution. James Guillaume et son ami Michel Bakounine se disaient collectivistes et opposaient ce terme &#224; communisme. Ce n'est que plus tard, avec les anarchistes communistes, que l'id&#233;e du communisme libertaire fut adopt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre &lt;i&gt;les Syndicats ouvriers et la r&#233;volution sociale&lt;/i&gt;, Pierre Besnard se reconna&#238;t comme un disciple de James Guillaume et dit simplement avoir modernis&#233; son plan d'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux penseurs r&#234;vent de cr&#233;er un monde de producteurs dans lequel chacun participerait &#224; la production. Le th&#232;me de leur reconstruction sociale est la juxtaposition de deux organismes f&#233;d&#233;r&#233;s &#224; chaque niveau de la pyramide soci&#233;taire : localit&#233;s avec localit&#233;s, r&#233;gions avec r&#233;gions, pays avec pays&#8230; l'un r&#233;unissant les individus en tant que producteurs, l'autre les associant sous leur aspect de consommateurs et de &#171; citoyens &#187;. Les producteurs, g&#233;rant eux-m&#234;mes la production : eux-m&#234;mes c'est-&#224;-dire sans interm&#233;diaires, par conseil librement &#233;lu par tous les travailleurs de l'usine, propri&#233;taires de leur travail produit ; la production &#233;tant orient&#233;e et d&#233;velopp&#233;e dans un sens donn&#233; par l'organisme des producteurs f&#233;d&#233;r&#233;s aux mandataires des consommateurs (l'union locale des syndicats et la commune, la Conf&#233;d&#233;ration des syndicats avec la F&#233;d&#233;ration des communes), devient sociale, c'est-&#224;-dire les produits sont fabriqu&#233;s pour r&#233;pondre aux besoins de la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral et non pour &#171; faire du profit &#187; aux possesseurs de capitaux ; enfin, la commune organe de repr&#233;sentation des consommateurs et des citoyens s'occupera d'assistance sociale, de s&#233;curit&#233; ; de travaux publics, d'&#233;changes, de r&#233;partition, d'hygi&#232;ne et d'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble que ce sch&#233;ma r&#233;ussit &#224; lier les trois aspects de l'homme en soci&#233;t&#233; &#8212;producteur, consommateur et citoyen &#8212; sans les opposer.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1876, &#224; La Chaux-de-Fonds, que parut l'essai de James Guillaume &lt;i&gt;Id&#233;es sur l'organisation sociale&lt;/i&gt;. Il fut r&#233;&#233;dit&#233; en 1921 par la Biblioth&#232;que du travail. Le texte en avait &#233;t&#233; copi&#233; &#224; la main par Pierre Monatte (cela pour la petite histoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Guillaume est n&#233; le 16 f&#233;vrier 1844 &#224; Londres d'un p&#232;re suisse et d'une m&#232;re fran&#231;aise. Son grand-p&#232;re y avait fond&#233;, en 1815, une maison d'horlogerie. Il suit des &#233;tudes brillantes en Suisse, est re&#231;u professeur d'histoire &#224; 24 ans. En 1866, devenu socialiste sous l'influence des internationaux de La Chaux-de-Fonds, il fonde au Locle, avec Constant Meuron, vieux militant r&#233;volutionnaire, une section de l'Internationale. En 1869, il fait la connaissance de Bakounine qui exercera une grande influence sur lui. Jusqu'en 1878, il ne v&#233;cut que pour l'Internationale. Il r&#233;digea le journal&lt;i&gt; La Solidarit&#233;&lt;/i&gt;, organe des collectivistes de la F&#233;d&#233;ration romande, puis&lt;i&gt; le Bulletin&lt;/i&gt;, de la F&#233;d&#233;ration jurassienne. Comme &#224; cette &#233;poque un militant r&#233;volutionnaire ne pouvait vivre comme professeur, il subsistait chichement au moyen de traductions. Condamn&#233; &#224; la prison &#224; la suite d'une affaire politique, il ne trouva plus aucune occupation. En 1878, il se rend &#224; Paris ; il vivra en France jusqu'&#224; la fin de sa vie, s'occupant de divers travaux historiques et g&#233;ographiques. Sur le soir de sa vie, le syndicalisme r&#233;volutionnaire de la C.G.T. lui laissa entrevoir une r&#233;surrection des id&#233;es de l'Internationale antiautoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Guillaume pr&#233;sente sa brochure comme une synth&#232;se. C'est lui qui en a &#233;crit la trame ; puis il a fait circuler son projet parmi ses amis qui l'annot&#232;rent, le corrig&#232;rent, pr&#233;cis&#232;rent certains points. Son ouvrage est la somme de toutes ces r&#233;flexions diverses.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La r&#233;alisation des id&#233;es contenues dans les pages qu'on va lire, nous pr&#233;vient-il, ne peut s'obtenir qu'au moyen d'un mouvement r&#233;volutionnaire&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, bien que les situations sociales &#233;voluent lentement, bien que cette transformation ne s'op&#232;re que graduellement, les rapports de production ne se modifiant que progressivement, les id&#233;es nouvelles ne p&#233;n&#233;trant que lentement les masses, c'est une action brutale, brusque qui doit briser le carcan des anciennes institutions et pr&#233;luder &#224; la naissance du monde nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Au bout d'un certain temps, la contradiction devenant toujours plus sensible entre les institutions sociales, qui se sont maintenues, et les besoins nouveaux, un conflit est in&#233;vitable : une r&#233;volution &#233;clate... Il y a donc deux faits successifs, dont le second est la cons&#233;quence n&#233;cessaire du premier : d'abord, la transformation lente des id&#233;es, des besoins, des moyens d'action au sein de la soci&#233;t&#233; ; puis quand le moment est venu o&#249; cette transformation est assez avanc&#233;e pour passer dans les faits d'une mani&#232;re compl&#232;te, il y a la crise brusque et d&#233;cisive, la &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;r&#233;volution&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soulign&#233; par James Guillaume.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; qui n'est que le d&#233;nouement d'une longue &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#233;volution&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc inutile de pr&#233;parer un plan de campagne r&#233;volutionnaire ; la r&#233;volution ne s'op&#232;re pas selon un th&#232;me pr&#233;con&#231;u mais sous l'impulsion incontr&#244;lable de forces auxquelles nul ne commande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble bien qu'ici James Guillaume fasse erreur. Si les grands &#233;branlements sociaux sont &#224; peu pr&#232;s impr&#233;visibles et impr&#233;vus (f&#233;vrier 1917 en Russie, 1936 en France...), si les masses ne se l&#232;vent jamais au moment o&#249; les intellectuels le voudraient, il n'est pourtant pas inutile de pr&#233;voir des organismes de coordination et de gestion qui canaliseraient la force populaire et remplaceraient la gestion capitaliste. James Guillaume, &#224; notre avis, fait trop confiance &#224; la spontan&#233;it&#233;. Lors des soul&#232;vements, l'impact des masses reste trop n&#233;gatif ; il faut d&#233;truire mais surtout reconstruire ; il faut occuper les usines mais surtout les faire tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de pr&#233;parer les ouvriers &#224; la gestion, sinon l'&#201;tat &#171; populaire &#187; et son cort&#232;ge d'exploitation et d iniquit&#233;s appara&#238;tra et prendra la production en main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Guillaume est &#233;videmment partisan de l'action directe avant la lettre. Ouvriers et paysans ne doivent pas attendre un hypoth&#233;tique d&#233;cret d'un lointain gouvernement r&#233;volutionnaire. ll est n&#233;cessaire de d&#233;truire un certain nombre d'institutions &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;suppression radicale du gouvernement, de l'arm&#233;e, des tribunaux, de l'&#233;glise, de l'&#233;cole&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N.D.L.R. Naturellement il s'agit de l'&#233;cole officielle telle existait. On le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, de la banque et de tout ce qui s'y rattache&lt;/q&gt;. Ce sera le c&#244;t&#233; n&#233;gatif de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la r&#233;volution aura un c&#244;t&#233; positif : c'est la prise de possession des instruments de travail et de tout le capital par les travailleurs&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Guillaume commence par analyser ces diverses phases chez les travailleurs des champs. Contrairement &#224; ce que pr&#233;tend la propagande bourgeoise, dit-il, les socialistes &#8212; les &#171; partageux &#187; ne veulent nullement enlever sa terre au paysan. L'exploitant qui cultive lui-m&#234;me sa propri&#233;t&#233; n'a rien &#224; craindre. La r&#233;volution ne lui enl&#232;vera pas ses champs et ses pr&#233;s ; au contraire, elle lui en assurera la propri&#233;t&#233; et lui fournira les moyens de les cultiver&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est exactement la th&#232;se de Kropotkine dans La Conqu&#234;te du Pain. (N.D.L.R.).&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans ce domaine, il est simplement question d'exproprier &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les nobles, les bourgeois, le clerg&#233;&lt;/q&gt;, c'est-&#224;-dire essentiellement les propri&#233;taires terriens qui ne cultivent pas eux-m&#234;mes leurs domaines. Ceux-ci seront ensuite donn&#233;s aux v&#233;ritables et l&#233;gitimes propri&#233;taires : ceux qui les font fructifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une r&#233;volution bourgeoise et politique et d'une r&#233;forme agraire, le nouveau gouvernement annon&#231;ait sa volont&#233; par des d&#233;crets. Il fallait attendre son ordre et, une fois celui-ci venu, obtemp&#233;rer sans discussion ni murmure : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le d&#233;cret &#233;tait affich&#233; dans les communes et le pr&#233;fet, les tribunaux le faisaient ex&#233;cuter&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, lors de la prochaine r&#233;volution socialiste &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d&#232;s que le tocsin de la R&#233;volution aura sonn&#233;, agissez, comme l'ont fait les paysans fran&#231;ais en 1789, sans attendre les ordres de personne. Prenez possession de vos terres&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela sera &#233;galement vrai pour les ouvriers des villes ; ils ne devront pas attendre d&#233;crets et d&#233;cisions mais prendre directement possession des moyens de production et du capital.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Terre, usines, capital en main, comment s'organiseront les travailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans se trouveront dans deux positions : un certain nombre qui cultivaient auparavant un lopin de terre le conservent ; le plus grand nombre, cultivateurs de grands domaines, le cultivent en commun. L'essentiel est que la terre appartienne &#224; ceux qui la cultivent. Evidemment les agriculteurs devront se pencher sur le probl&#232;me de la meilleure exploitation possible ; c'est une question d'organisation interne de la commune. Dans une r&#233;gion qui, avant la r&#233;volution, aura &#233;t&#233; un territoire de petits propri&#233;taires et o&#249; le sol sera peu propice &#224; la grande culture, il est possible que pendant longtemps la terre reste divis&#233;e en petites parcelles. Simplement les valets de terme qui aidaient le propri&#233;taire seront devenus ses associ&#233;s. Les paysans &#233;tant organis&#233;s collectivement dans la commune, au moins pour vendre leurs produits, pour acheter ou louer des machines, s'aidant pour divers grands travaux, Guillaume pense que peu &#224; peu des habitudes coop&#233;ratives et communautaires remplaceront le vieil ordre des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, pour les r&#233;gions de grande culture, il pense qu'il faudra tout de suite appliquer les proc&#233;d&#233;s de grande exploitation en commun ; dans le futur, une sp&#233;cialisation, une industrialisation des cultures s'imposeront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation administrative de base de la soci&#233;t&#233; sera la commune, mais les travailleurs agricoles g&#233;reront &#224; leur gr&#233; leurs exploitations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La g&#233;rance de la communaut&#233;, &#233;lue par tous les associ&#233;s, pourra &#234;tre confi&#233;e soit &#224; un seul individu, soit &#224; une commission de plusieurs membres. Il sera m&#234;me possible de s&#233;parer les diverses fonctions administratives et de remettre chacune d'elles &#224; une commission sp&#233;ciale. La dur&#233;e de la journ&#233;e de travail sera fix&#233;e non par une loi g&#233;n&#233;rale appliqu&#233;e &#224; tous les pays, mais par une d&#233;cision de la communaut&#233; elle-m&#234;me&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me de r&#233;mun&#233;ration variera selon la d&#233;cision de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les produits du travail poursuit James Guillaume appartiennent &#224; la communaut&#233; et chaque associ&#233; re&#231;oit d'elle, soit en nature, soit en monnaie d'&#233;change, la r&#233;mun&#233;ration du travail accompli par lui. Dans quelques associations, cette r&#233;mun&#233;ration sera proportionnelle &#224; la dur&#233;e du travail ; dans d'autres elle sera en raison &#224; la fois de la dur&#233;e du travail et de la nature des fonctions remplies&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe id&#233;al dont doit s'approcher le plus possible la soci&#233;t&#233; future, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;de chacun suivant ses forces, &#224; chacun selon ses besoins&lt;/q&gt;, ne pourra se r&#233;aliser que dans un lointain futur, mais une fois cette abondance existant &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;on ne mesurera plus d'une main scrupuleuse la part qui revient &#224; chaque travailleur ; chacun pourra puiser dans l'abondante r&#233;serve sociale&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Disons que cet aspect de l'anticipation de James Guillaume nous parait tr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; En attendant, c'est &#224; chaque communaut&#233; de d&#233;terminer elle-m&#234;me, pendant la p&#233;riode de transition, la m&#233;thode qu'elle croit la plus convenable&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anticipations de Guillaume concernant le monde paysan sont particuli&#232;rement pertinentes. Si on peut &#233;mettre quelques r&#233;serves sur sa confiance en la spontan&#233;it&#233; constructive r&#233;volutionnaire, on se doit d'applaudir au principe des collectivisations en libert&#233;. Elles &#233;viteraient les erreurs sanglantes qu'ont commises les bolcheviks, ou la d&#233;collectivisation apr&#232;s plusieurs ann&#233;es de politique collectiviste, comme en Pologne. Quant au r&#233;gime int&#233;rieur, &#233;tant soumis au central des mandants, on peut penser qu'il serait libre et &#233;galitaire, en tous les cas perfectible.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Soulign&#233; par James Guillaume.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N.D.L.R. Naturellement il s'agit de l'&#233;cole officielle telle existait. On le verra plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est exactement la th&#232;se de Kropotkine dans &lt;i&gt;La Conqu&#234;te du Pain&lt;/i&gt;. (N.D.L.R.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Disons que cet aspect de l'anticipation de James Guillaume nous parait tr&#232;s discutable. Ce qui n'emp&#234;che pas qu'il soit tr&#232;s utile de conna&#238;tre l'ensemble de sa pens&#233;e. (N.D.L.R.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Helmut R&#252;diger </title>
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		<dc:creator>Gaston Leval</dc:creator>


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		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

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&lt;p&gt;Cahiers de l'humanisme libertaire n&#176;124 - Juin 1966 &lt;br class='autobr' /&gt; La nouvelle, en soi, n'&#233;tait pas absolument surprenante. J'avais bien vu que sa sant&#233; laissait plus qu'&#224; d&#233;sirer. Lors de sa derni&#232;re visite, pendant son s&#233;jour &#224; Paris, o&#249; il &#233;tait venu pour apporter une aide mat&#233;rielle au mouvement libertaire espagnol, nous avions, ma compagne et moi, eu l'impression qu'une grave maladie le rongeait. Et, bien qu'il se soignait, les sympt&#244;mes et les manifestations qu'il nous d&#233;crivait faisaient craindre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/es-3-94265.jpg?1774695082' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cahiers de l'humanisme libertaire n&#176;124 - Juin 1966 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La nouvelle, en soi, n'&#233;tait pas absolument surprenante. J'avais bien vu que sa sant&#233; laissait plus qu'&#224; d&#233;sirer. Lors de sa derni&#232;re visite, pendant son s&#233;jour &#224; Paris, o&#249; il &#233;tait venu pour apporter une aide mat&#233;rielle au mouvement libertaire espagnol, nous avions, ma compagne et moi, eu l'impression qu'une grave maladie le rongeait. Et, bien qu'il se soignait, les sympt&#244;mes et les manifestations qu'il nous d&#233;crivait faisaient craindre ce qui est arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; dramatiquement. Car c'est dans une chambre d'h&#244;tel de Madrid, ville o&#249; il &#233;tait all&#233; pour organiser des &#233;l&#233;ments de combat n&#233;cessaires &#224; la r&#233;surrection du mouvement libertaire dans la p&#233;riode d'apr&#232;s franquisme que nous esp&#233;rons prochaine, qu'il est mort, isol&#233; et que son cadavre a &#233;t&#233; d&#233;couvert trois jours apr&#232;s qu'il eut cess&#233; de vivre. Pauvre R&#252;diger ! qui disait &#224; un de nos amis, avant de repartir pour Stockholm o&#249; il r&#233;sidait et militait, qu'il ne voudrait pas mourir dans un autre pays que l'Espagne. H&#233;las, il a &#233;t&#233; exauc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il &#233;tait de ces hommes avec lesquels le militant international &#233;prouve la fraternit&#233; n&#233;e de l'identit&#233; du combat qu'ils m&#232;nent ou ont men&#233;. Jeune militant anarchiste quand Hitler triompha en Allemagne, il &#233;migra de son pays et arriva en Espagne o&#249; il prit une participation active au mouvement puissant et torrentueux de la C.N.T. et de la F.A.I. Pendant la R&#233;volution il donna tout ce que ses forces lui permettaient de donner, avec l'intelligence et l'esprit lucide qui lui &#233;taient propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans rien perdre de son esprit critique, il admira les r&#233;alisations des collectivit&#233;s agraires et des usines socialis&#233;es, il connut l'exaltation que causait la viabilit&#233; de nos id&#233;es. Et malgr&#233; le drame de la d&#233;faite, et peut-&#234;tre m&#234;me en partie &#224; cause de ce drame, il resta &#224; jamais attach&#233; &#224; l'Espagne, &#224; ce pays qui avait &#233;crit une &#233;pop&#233;e, et su se battre h&#233;ro&#239;quement contre la conqu&#234;te franquiste, alors qu'en Allemagne les forces antihitl&#233;riennes n'avaient pas su engager le combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;route, il alla r&#233;sider en Su&#232;de, et par sa valeur intellectuelle, son d&#233;vouement, son sens de l'organisation, son exp&#233;rience, devint bient&#244;t la figure de proue du mouvement libertaire su&#233;dois. Il dirigea &lt;i&gt;Arbetaren&lt;/i&gt;, le seul quotidien libertaire qui existait au monde, et continua de diriger ce journal quand il fallut se r&#233;soudre &#224; le transformer en hebdomadaire. Mais par la haute tenue intellectuelle qu'il lui donna, il en fit un porte-parole tr&#232;s &#233;cout&#233; dans les milieux intellectuels libres du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait, de plus, un des piliers de la S.A.C., organisation syndicale libertaire qui, justement, me disait-il lors de sa derni&#232;re visite, &#233;tait en train de gagner d'assez nombreux adh&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne l'emp&#234;chait pas de se pr&#233;occuper continuellement de l'aide &#224; apporter au mouvement espagnol. Gr&#226;ce &#224; lui, l'organisation su&#233;doise a fourni aux activit&#233;s constructives et clandestines d'Espagne une aide substantielle, et nous &#233;tions convenus d'efforts convergents. Je devais &#233;crire certaines &#233;tudes qu'il int&#233;grerait dans les projets &#233;ditoriaux qu'il envisageait. Le 2 juin il m'&#233;crivait encore : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Merci pour ton original, je t'&#233;crirai quelques lignes plus tard&lt;/q&gt;. Mais il ne m'a pas &#233;crit, il ne m'&#233;crira plus. Ma compagne et moi, et tous ceux qui parmi nous l'ont connu, conservons le souvenir de sa simplicit&#233; souriante, de sa gentillesse, de la mesure avec laquelle il examinait les choses, de son sens pratique et de sa volont&#233; toujours &#233;gale dans la lutte pour un meilleur avenir humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'avait qu'une soixantaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons perdu une valeur internationale comme il y en a peu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Histoire du drapeau rouge</title>
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		<dc:date>2024-10-19T10:18:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Barru&#233;</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les jeunes sont majeurs quand ils gazouillent comme les vieux ; on les pousse dans les &#233;coles pour qu'ils apprennent les vieux refrains. Quand j'&#233;tais un petit &#233;colier, aux alentours de 1910, j'ignorais ce propos de Stirner, mais le samedi apr&#232;s-midi, je chantais avec mes camarades : &lt;br class='autobr' /&gt; Les connais-tu les trois couleurs ; Les trois couleurs de France... &lt;br class='autobr' /&gt;
ou encore : &lt;br class='autobr' /&gt; Flotte petit drapeau, Flotte, flotte bien haut ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces s&#233;ances musicales ont certainement contribu&#233;, avant m&#234;me d'&#234;tre &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-cahiers-de-l-humanisme-libertaire-no139-decembre-1967-" rel="directory"&gt;Cahiers de l'humanisme libertaire n&#176;139 - D&#233;cembre 1967&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/20230810164624000000_image_philippoteaux_henri_f-65ed7.jpg?1774693754' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les jeunes sont majeurs quand ils gazouillent comme les vieux ; on les pousse dans les &#233;coles pour qu'ils apprennent les vieux refrains.&lt;/q&gt; Quand j'&#233;tais un petit &#233;colier, aux alentours de 1910, j'ignorais ce propos de Stirner, mais le samedi apr&#232;s-midi, je chantais avec mes camarades :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Les connais-tu les trois couleurs ; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les trois couleurs de France...&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;ou encore :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Flotte petit drapeau, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Flotte, flotte bien haut !&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces s&#233;ances musicales ont certainement contribu&#233;, avant m&#234;me d'&#234;tre &#171; majeur &#187;, &#224; me d&#233;go&#251;ter des drapeaux. Pour &#234;tre plus pr&#233;cis, je n'aime ni ne hais les drapeaux : ils me sont indiff&#233;rents. Nous sommes d&#233;j&#224; poss&#233;d&#233;s par tant de fant&#244;mes, pour parler comme Stirner, qu'il est bien inutile de cr&#233;er de nouveaux f&#233;tiches ou de conf&#233;rer &#224; des morceaux d'&#233;toffe et &#224; des bouts de m&#233;tal un caract&#232;re sacr&#233;. Il est ridicule de saluer un drapeau, et il est non moins ridicule de le planter dans le fumier ou de le br&#251;ler solennellement ; ces gestes en apparence contradictoires proc&#232;dent du m&#234;me &#233;tat d'esprit et, sous une forme positive ou n&#233;gative, sont une reconnaissance de la religion du drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; mon indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard des drapeaux rouges, noirs ou tricolores, j'ai ouvert le gros livre de notre camarade Dommanget&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurice Dommanget, Histoire du drapeau rouge, des origines &#224; la guerre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; sans appr&#233;hension. L'auteur, militant syndicaliste irr&#233;prochable de la vieille F&#233;d&#233;ration de l'Enseignement, est aussi un historien consciencieux du mouvement ouvrier, et, d&#232;s son introduction il expose clairement son dessein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;... Il ne s'agit point, ici, du drapeau rouge de l'ancienne France pas plus, au reste, que des drapeaux rouges devenus avec des signes distinctifs, les embl&#232;mes de diff&#233;rents peuples. Le pr&#233;sent livre est consacr&#233; uniquement au drapeau rouge du prol&#233;tariat et de la subversion sociale. Faire l'histoire, ou plut&#244;t esquisser l'histoire du drapeau rouge &#233;quivaut donc &#224; retracer partiellement l'histoire du prol&#233;tariat... L'histoire du drapeau rouge est li&#233;e si &#233;troitement &#224; l'hagiographie socialiste, &#224; l'h&#233;ro&#239;sme, au sacrifice, au martyrologe de la classe ouvri&#232;re qu'elle prend, par la force des choses, le caract&#232;re d'une &#233;pop&#233;e.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer l'attachement &#224; un drapeau comme un f&#233;tichisme pu&#233;ril, mais il y a un fait historique : depuis 1848, le drapeau rouge est devenu, pour la fraction r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re, un signe de ralliement dans les manifestations et les gr&#232;ves, un symbole des revendications et des aspirations des prol&#233;taires, et par l&#224;, un objet d'ex&#233;cration pour les &#201;tats bourgeois et les polices du monde entier. Quelle que soit notre opinion personnelle &#224; l'&#233;gard des drapeaux nous ne pouvons n&#233;gliger ce petit morceau d'&#233;toffe rouge cher &#224; des hommes comme Proudhon, Bakounine ou Blanqui, et qui r&#233;sumait l'id&#233;al de tant de combattants anonymes des luttes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes il y eut en France et un peu partout dans le monde des exag&#233;rations enfantines. Dommanget, dans le dernier chapitre de son ouvrage, en donne bien des exemples savoureux et peut &#233;crire : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;On a parl&#233; du f&#233;tichisme ouvrier &#224; propos du drapeau rouge et du premier Mai. Le mot n'est pas trop fort.&lt;/q&gt; Mais &#224; &#171; l'idol&#226;trie rouge &#187; r&#233;pond la &#171; phobie rouge &#187;, et Dommanget fait l'historique de cette chasse au drapeau rouge pratiqu&#233;e &#224; la fin du si&#232;cle dernier ou dans les premi&#232;res ann&#233;es du si&#232;cle actuel, par toutes les polices. Chasse symbolique, mais c'&#233;tait l'id&#233;e qu'on traquait derri&#232;re le symbole, c'&#233;taient des hommes de chair et de sang qu'on matraquait pour arracher de leur main le drapeau rouge.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Dommanget ne se laisse pas r&#233;sumer. Il faut le lire &#8212; et le relire ! &#8212;pour se rendre compte de l'immense travail de recherche accompli par l'auteur. Jamais, malgr&#233; l'abondance de renseignements, de citations, de r&#233;f&#233;rences, une telle lecture n'est fastidieuse. Nous croyons conna&#238;tre l'histoire du mouvement ouvrier, et nous constatons &#224; chaque page combien notre connaissance est fragmentaire ou d&#233;faillante. &lt;i&gt;L'Histoire du Drapeau Rouge&lt;/i&gt; se lit non comme un roman, mais pour reprendre le mot de Dommanget, comme une &#171; &#233;pop&#233;e &#187; ; &#233;pop&#233;e douloureuse, car le tragique l'emporte, et la marche en avant des ouvriers r&#233;volutionnaires est marqu&#233;e de plus de deuils que de f&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais seulement insister sur quelques points, j'entends sur ceux qui m'ont particuli&#232;rement frapp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout d'abord les origines du drapeau rouge. Il apparut peut-&#234;tre dans la Guerre des Paysans en Allemagne en 1525 ; il apparut certainement &#224; Bordeaux en 1653 lors de la Fronde populaire connue sous le nom de l'Orm&#233;e. Mais ce sont l&#224; manifestations bien lointaines. Le drapeau rouge na&#238;t l&#233;galement le 21 octobre 1789, comme drapeau de la r&#233;pression l&#233;gale et de la loi martiale. En le hissant aux fen&#234;tres de l'H&#244;tel de Ville de Paris, on annon&#231;ait l'emploi de la force militaire pour r&#233;primer les troubles et la municipalit&#233; de La Fayette et de Bailly, apr&#232;s avoir d&#233;ploy&#233; le drapeau rouge, fit fusiller au Champ-de-Mars les citoyens qui r&#233;clamaient apr&#232;s la fuite de Varennes la d&#233;ch&#233;ance de Louis XVI. C'est en 92 que l'id&#233;e se r&#233;pandit de retourner &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le petit torchon rouge contre ceux qui l'emploient&lt;/q&gt; et de faire ainsi passer &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le drapeau de mort, le drapeau du courage&lt;/q&gt; dans le camp de la r&#233;volution populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de la journ&#233;e du 10 Ao&#251;t, les Jacobins &#233;tant au pouvoir, le drapeau rouge semble abandonn&#233;. Il ne fut m&#234;me pas repris par Babeuf lors de la conspiration des Egaux, et il faut attendre l'insurrection qui suivit les fun&#233;railles du g&#233;n&#233;ral Lamarque (1832) et l'insurrection de Lyon (1834) pour voir r&#233;appara&#238;tre sur les barricades le drapeau rouge.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5424 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;141&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/20230810164624000000_image_philippoteaux_henri_f.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH250/20230810164624000000_image_philippoteaux_henri_f-9cc24.jpg?1774783536' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Lamartine refusant le drapeau rouge devant l'H&#244;tel de Ville. &lt;br class='autobr' /&gt;
Philippoteaux, Henri F&#233;lix (Paris, 03&#8211;04&#8211;1815 - Paris, 09&#8211;11&#8211;1884), peintre.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est en f&#233;vrier 1848 que vraiment &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les ouvriers de Paris prennent en g&#233;n&#233;ral le drapeau rouge comme signe de ralliement&lt;/q&gt;. Et le 25 f&#233;vrier la question se pose : le drapeau rouge deviendra-t-il le drapeau national ? La foule envahit l'H&#244;tel de Ville r&#233;clamant le drapeau rouge et c'est l&#224; que se place l'&#233;pisode fameux de Lamartine haranguant le peuple. Un beau morceau d'&#233;loquence et de brillante rh&#233;torique ! Un chef-d'&#339;uvre aussi de mauvaise foi &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d&#233;passant les bornes de l'impudence&lt;/q&gt;. Lamartine, confondant deux drapeaux, le drapeau rouge du pass&#233;, celui des r&#233;pressions l&#233;gales, et le drapeau rouge du pr&#233;sent, celui des revendications ouvri&#232;res, trompait sciemment le peuple. Et le peuple &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;fut &#233;bloui par le cliquetis des mots sonores et vides&lt;/q&gt;. Le gouvernement provisoire adopte, le 25 f&#233;vrier, le drapeau tricolore. Une circulaire adress&#233;e aux Commissions du Gouvernement Provisoire dans chaque d&#233;partement pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le drapeau rouge est un appel &#224; l'insurrection, le bonnet rouge retrace des souvenirs de sang et de deuil. C'est provoquer &#224; la d&#233;sob&#233;issance aux lois et &#224; la violence que d'arborer ces tristes embl&#232;mes.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Au cours de son &#233;tude, Dommanget est amen&#233; &#224; pr&#233;ciser l'apparition du drapeau noir, le &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;futur drapeau de l'anarchisme&lt;/q&gt;. Il semble que c'est en 1831 qu'il fut arbor&#233; pour la premi&#232;re fois : &#224; Reims, &#224; Lyon et &#224; Grenoble. A Reims et &#224; Lyon ce sont des ouvriers terrassiers r&#233;duits &#224; la mis&#232;re qui manifestent aux cris de : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Du travail ou la mort !&lt;/q&gt; Drapeau de deuil &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;soulignant que les travailleurs sont accul&#233;s &#224; la mort s'ils n'ont pas de travail, parce qu'ils n'auront pas de pain&lt;/q&gt;. Le drapeau noir r&#233;appara&#238;t en 1848-1849 lors des troubles agraires dans diverses campagnes, et &#224; Paris apr&#232;s la perte de l'Alsace-Lorraine : dans ce dernier cas il repr&#233;sente la d&#233;tresse et le malheur de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dommanget signale en passant que c'est le drapeau ronge qui fut arbor&#233; en 1876 lors du huiti&#232;me congr&#232;s de la branche bakouniniste de l'internationale et rappelle ce qu'&#233;crit alors James Guillaume : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ce n'est qu'&#224; partir de 1848 que le drapeau rouge prend sa signification contemporaine comme drapeau international de l'affranchissement des travailleurs.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5420 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;141&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/louise_michel.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH229/louise_michel-57990-953d6.jpg?1774712090' width='150' height='229' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Louise Michel brandissant un drapeau noir inscrit &#171; pain ou mort &#187;, pendant la manifestation des ouvriers le 9 mars 1883 &#224; Paris.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1883 que le mouvement anarchiste prend de l'importance, et il semble que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la r&#233;surgence du drapeau noir doit beaucoup &#224; Louise Michel&lt;/q&gt;. Le drapeau noir appara&#238;t dans la manifestation des sans-travail (9 mars 1883) et Louise Michel, devant la cour d'assises de la Seine, d&#233;clarait que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le caract&#232;re de la manifestation impliquait le port du drapeau noir, drapeau de la mis&#232;re, drapeau des gr&#232;ves plut&#244;t que le port du drapeau rouge, clou&#233; sur les tombes de la Commune&lt;/q&gt;. Cependant les drapeaux rouges et noirs devaient figurer dans les manifestations ouvri&#232;res : m&#234;me chez les anarchistes les opinions &#233;taient divis&#233;es et &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Louise Michel elle-m&#234;me abandonna par la suite toute distinction entre les deux drapeaux &#233;mancipateurs&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;clectisme ne fut pas du go&#251;t de Paul Lafargue qui, en 1900, fit l'apologie du drapeau rouge et condamna le drapeau noir &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;signe de deuil et embl&#232;me de l'anarchie&lt;/q&gt; ! Cela n'emp&#234;cha pas, en 1904, lors des fun&#233;railles de Louise Michel, que des centaines de drapeaux rouges et noirs d&#233;fil&#232;rent dans Paris. Et dans toutes les grandes manifestations qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent la guerre de 1914, le drapeau noir &#233;tait pr&#233;sent &#224; c&#244;t&#233; du drapeau rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dommanget rappelle enfin que lors de la guerre civile d'Espagne &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le sang des militants coula autant sous les plis non seulement du drapeau rouge, mais du drapeau rouge-noir du syndicalisme libertaire et du drapeau noir&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;S'il y a d'heureux mariages de couleurs, il en est d'autres qui font grincer les dents... Et Dommanget consacre quelques pages au confusionnisme du Front Populaire ! Il stigmatise la fraternisation du drapeau rouge et du drapeau tricolore et, &#224; propos de la manifestation du 14 juillet 1935 &#224; Paris, il &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Par la volont&#233; du Parti Communiste, et par la complexit&#233; du Parti Socialiste et de la C.G.T., cette d&#233;monstration, essentiellement prol&#233;tarienne dans sa composition et qui fut peut-&#234;tre la plus forte d&#233;monstration de classe de l'histoire de France, marquait un recul du prol&#233;tariat sur ses positions id&#233;ologiques.&lt;/q&gt; Drapeau rouge et drapeau tricolore, &lt;i&gt;Marseillaise &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Internationale&lt;/i&gt;, Jeanne d'Arc et &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la police avec nous&lt;/q&gt; ; on conna&#238;t la conclusion de ces mascarades ! Il serait trop long de reproduire les singuli&#232;res d&#233;clarations du secr&#233;tariat du Parti Communiste (&lt;i&gt;Humanit&#233; &lt;/i&gt; du 30 juin 1936). Je laisse au lecteur du livre de Dommanget le soin de les lire &lt;i&gt;in extenso&lt;/i&gt; ; de telles lectures sont n&#233;cessaires et &#233;difiantes pour ceux qui auraient oubli&#233; les malpropret&#233;s du Parti Communiste et sa merveilleuse aptitude &#224; retourner sa veste. Concluons avec Dommanget : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Dans le pays qui fut le berceau du drapeau rouge, il reste des v&#233;t&#233;rans irr&#233;ductibles ou des jeunes d&#233;bordant d'enthousiasme pour consid&#233;rer comme une souillure son mariage avec le drapeau tricolore.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Puissent ces quelques notes inciter nos camarades &#224; lire et &#224; m&#233;diter le livre de Dommanget ! Et, peut-&#234;tre, regretteront-ils comme moi, l'absence d'un chapitre final. Dans son introduction Dommanget insiste sur le fait que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le drapeau rouge a conquis droit de cit&#233; sur une large partie du globe. Il est devenu l'&#233;tendard de nombreux pays du tiers monde et, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; adopt&#233; par la populeuse Russie, il est aujourd'hui l'embl&#232;me de la Chine, pays de 700 millions d'habitants&lt;/q&gt;. Et il ajoute : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Bien mieux... le drapeau rouge est le premier et jusqu'ici le seul drapeau qui ait &#233;t&#233; d&#233;pos&#233; sur un autre astre que la terre&lt;/q&gt;, faisant ainsi allusion au spectaculaire exploit sovi&#233;tique du 3 f&#233;vrier 1966. Sautons 420 pages et nous lisons : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La guerre pass&#233;e, le drapeau rouge allait redevenir pour le prol&#233;tariat universel l'image de la lib&#233;ration des masses exploit&#233;es et de l'unit&#233; du genre humain. Cette image, esp&#233;rons-le restera imp&#233;rissable.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vraiment ces lignes ne peuvent &#234;tre la conclusion d'un tel livre. Qu'a de commun le drapeau rouge de Moscou ou de P&#233;kin, le drapeau rouge des Premiers Mai militaires et des foules enr&#233;giment&#233;es, avec le drapeau rouge des r&#233;voltes ouvri&#232;res ? Autant que, jadis, le drapeau tricolore, le drapeau rouge est d&#233;shonor&#233; : c'est sous les plis du drapeau rouge, au nom de ce drapeau qu'ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;s les marins de Kronstadt, les paysans de Makhno, les ouvriers de Budapest ! S'il est vrai que &#171; le pavillon couvre la marchandise &#187;, le drapeau rouge couvre une singuli&#232;re marchandise : interdiction des gr&#232;ves, syndicats domestiqu&#233;s, parti unique, dictature de ce parti unique, assassinats individuels ou collectifs, d&#233;portations. Tous ceux qui, depuis un si&#232;cle, ont lutt&#233; et sont morts pour le drapeau rouge, luttaient et mouraient pour la libert&#233;, contre l'oppression des &#201;tats, des polices et des arm&#233;es. Il n'y a rien de commun entre ce drapeau rouge et celui &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;qui a conquis droit de cit&#233; sur une large partie du globe&lt;/q&gt;. Je sais bien que telle est aussi la pens&#233;e de Dommanget. Je n'en regrette que plus vivement l'absence d'un chapitre o&#249; cette n&#233;cessaire distinction e&#251;t &#233;t&#233; largement d&#233;velopp&#233;e. Mais alors une conclusion s'impose : de m&#234;me que la classe ouvri&#232;re a abandonn&#233; &#224; son d&#233;shonneur le drapeau tricolore, elle doit renoncer au drapeau ronge. S&#233;paration d&#233;chirante peut-&#234;tre, mais n&#233;cessaire pour des raisons d'honn&#234;tet&#233; et de clart&#233;. Le drapeau rouge, ainsi que le Premier Mai, appartiennent au pass&#233;, un pass&#233; qu'ont d&#233;finitivement enterr&#233; les fossoyeurs qui r&#232;gnent &#224; Moscou ou &#224; P&#233;kin. Faut-il alors changer de drapeau ? Ne pourrait-on s'en passer et renoncer une fois pour toutes aux embl&#232;mes, insignes et f&#233;tiches ? Ce serait, je pense, la solution la plus sage. On roulerait &#224; son tour le drapeau rouge des vieilles luttes dans &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le linceul de pourpre o&#249; dorment les dieux morts&lt;/q&gt; ; il resterait de lui des souvenirs exaltants, quelques chants, et le livre o&#249; Dommanget retrace magnifiquement son histoire intimement li&#233;e &#224; l'&#233;pop&#233;e ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Maurice Dommanget, &lt;i&gt;Histoire du drapeau rouge&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, des origines &#224; la guerre de 1939.&lt;/i&gt; (Editions Librairie de l'Etoile).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;P.S. &#8212; Je pense que les quelques lignes suivantes, extraites de l'ouvrage de Jacques Ellul : &lt;i&gt;Ex&#233;g&#232;se des nouveaux lieux communs&lt;/i&gt;, int&#233;resseront nos camarades et je les livre &#224; leurs m&#233;ditations sans y joindre le moindre commentaire : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; Au mois d'ao&#251;t 1965, M. Povlov, chef du Komsomol, critique s&#233;v&#232;rement M. Khrouchtchev qui a enlev&#233; l'id&#233;al communiste aux jeunes, mais ach&#232;ve par cette p&#233;roraison : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Les jeunes doivent se p&#233;n&#233;trer d'un sentiment sacr&#233; pour le drapeau, l'embl&#232;me national et les h&#233;ros de la patrie socialiste.&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Les libertaires et l'&#233;ducation </title>
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		<dc:creator>Jean Barru&#233;</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;Nulle r&#233;volution ne sera f&#233;conde, si l'instruction publique recr&#233;&#233;e n'en devient le couronnement.&lt;/q&gt; (Proudhon)&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-2-4-dd418.png?1774723241' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nulle r&#233;volution ne sera f&#233;conde, si l'instruction publique recr&#233;&#233;e n'en devient le couronnement.&lt;/q&gt; (Proudhon)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tout &#201;tat, tout gouvernement, par chacun de ses actes exerce son autorit&#233; sur le pr&#233;sent imm&#233;diat, mais en m&#234;me temps &#8212; consciemment ou non &#8212; il songe &#224; assurer le p&#233;rennit&#233; du r&#233;gime dont il est le garant. L'&#201;tat, m&#234;me quand il pr&#233;tend pratiquer le changement, reste conservateur par nature. L'avenir sera fait &#224; l'image du pr&#233;sent et gardera pieusement l'h&#233;ritage du pass&#233;, sa morale, ses servitudes, ses contraintes. Et qui repr&#233;sente l'avenir, si ce n'est la jeunesse ? D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; imp&#233;rieuse de former cette jeunesse, de lui enseigner le respect des id&#233;ologies qui sont le fondement de l'&#201;tat, d'extirper tout anticonformismes et de surveiller &#233;troitement ceux qui ont le mauvais esprit. Pens&#233;e uniforme... jeunesse en uniforme : c'est ce qu'ont r&#233;alis&#233; les &#201;tats totalitaires fascistes ou pr&#233;tendus communistes et c'est aussi ce que recherchent les &#201;tats d&#233;mocratiques avec moins de cynisme et davantage de m&#233;nagements. On consid&#232;re l'enfant comme un &#234;tre sans personnalit&#233;, &#224; qui on impose un syst&#232;me d'&#233;ducation destin&#233; &#224; faire de lui un sujet disciplin&#233; et un bon citoyen. Dressage et s&#233;lection assureront la formation des &#233;lites et des cadres de la soci&#233;t&#233; de demain soumise &#224; la m&#234;me morale et aux m&#234;mes devoirs que la soci&#233;t&#233; d'hier.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5394 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/938-cempuis-orpheliant-prevost-cempuis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH322/938-cempuis-orpheliant-prevost-cempuis-8d596.jpg?1774751746' width='500' height='322' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Devant cette mise en condition de l'enfant, nous ne pouvons rester indiff&#233;rents. Nous : c'est-&#224;-dire les anarchistes, les libertaires ou, pour &#234;tre plus pr&#233;cis, tous ceux pour qui le socialisme f&#233;d&#233;raliste anti-autoritaire est la seule voie conduisant &#224; une v&#233;ritable transformation sociale. On peut &#234;tre tent&#233; d'opposer &#224; l'&#233;cole actuelle une p&#233;dagogie libertaire. Ce serait limiter singuli&#232;rement le d&#233;but. Une p&#233;dagogie, en effet, c'est une technique qui &#233;tablit certains modes de relations, de communication, entre l'&#233;ducateur et l'&#233;l&#232;ve. Mais si la mani&#232;re d'enseigner a son importance, elle ne doit point nous faire perdre de vue l'essentiel : c'est-&#224;-dire ce qu'on enseigne et le but de cet enseignement. Toute p&#233;dagogie doit avoir une finalit&#233;, et par suite, proc&#233;der d'un projet &#233;ducatif, d'une conception globale de l'&#233;ducation. Aussi parlerons-nous d'une &#233;ducation libertaire dont la p&#233;dagogie libertaire constitue la mise en pratique. Toutes les &#233;coles anim&#233;es dans le pass&#233; par l'esprit libertaire &#233;taient fond&#233;es sur le refus du ma&#238;tre d'imposer ses propres id&#233;es &#224; l'enfant qui doit pouvoir d&#233;velopper librement sa personnalit&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la valeur enti&#232;re de l'&#233;ducation se trouve dans le respect de la volont&#233; physique, intellectuelle et morale de l'enfant&lt;/q&gt;, &#233;crivait Francisco Ferrer. L'orphelinat de Cempuis (Paul Robin), l'Ecole Moderne (Francisco Ferrer), la Ruche (S&#233;bastien Faure) pratiquaient une p&#233;dagogie fond&#233;e sur ce principe essentiel, avec, pour les deux derni&#232;res, une liaison &#233;troite entre l'&#233;cole et les syndicats ouvriers ou les Bourses du Travail et, pour la Ruche, l'existence d'une coop&#233;rative de production autog&#233;r&#233;e par la communaut&#233; scolaire. Les gens &#233;pris de dogmatisme ne manqueront pas de demander s'il existe un manuel d'&#233;ducation libertaire. Nous n'avons, h&#233;las ! aucun cat&#233;chisme de cette nature &#8212; ou de toute autre nature &#8212; &#224; leur soumettre. La pens&#233;e libertaire n'est esclave d'aucune id&#233;ologie monolithique, elle ne connait ni orthodoxie, ni h&#233;r&#233;sie : mais, aussi diff&#233;rents que soient entre eux les libertaires, ils ont en commun quelques id&#233;es qui font d'eux une famille spirituelle, et cr&#233;ent entre eux une solidarit&#233; de pens&#233;e. On trouvera les &#233;l&#233;ments fondamentaux d'une &#233;ducation libertaire aussi bien chez Stirner que chez Proudhon et Bakounine : &#233;l&#233;ments compl&#233;mentaires et non contradictoires, ce qui montre que, sur la question de l'&#233;ducation, il y a communaut&#233; de vues entre les divers courants de la pens&#233;e libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5395 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/la_ruche__depart_pour_les_champs.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH312/la_ruche__depart_pour_les_champs-e5bb8.jpg?1774751746' width='500' height='312' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas croire cependant que l'id&#233;e d'une &#233;ducation int&#233;grale et antiautoritaire prit naissance brusquement dans quelques esprits au milieu du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ! Dans ce domaine, comme dans bien d'autres, l'anarchisme a b&#233;n&#233;fici&#233; de l'apport des si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents, et les libertaires n'ont pas l'outrecuidance ridicule de pr&#233;tendre avoir invent&#233;. Et ce n'est pas une raison parce que Rabelais, Montaigne et Rousseau n'ont trait&#233; que de l'enseignement donn&#233; par un pr&#233;cepteur &#224; un jeune noble ou &#224; un jeune bourgeois, pour n&#233;gliger leurs &#233;crits. On y trouvera quelques v&#233;rit&#233;s premi&#232;res que l'&#233;ducation libertaire a reprises &#224; son compte. Rabelais donne aux exercices physiques et aux travaux domestiques autant d'importance qu'&#224; l'&#233;tude des lettres et des sciences. Le chant et la musique n'&#233;taient pas n&#233;glig&#233;s, et Rabelais recommande la fr&#233;quentation des artisans, la visite de leurs ateliers afin d'&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;apprendre et de consid&#233;rer l'industrie et invention des m&#233;tiers.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que de vues judicieuses dans le c&#233;l&#232;bre essai de Montaigne sur l'&lt;i&gt;Institution des enfants&lt;/i&gt; ! Il s'&#233;l&#232;ve contre cette vaine &#233;rudition fond&#233;e sur la m&#233;moire et qui fait la t&#234;te bien pleine, sinon bien faite. Parlant de l'&#233;ducateur : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je ne veux pas, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;dit-il&lt;/span&gt;, qu'il invente et parle seul, je veux qu'il &#233;coute son disciple parler &#224; son tour... qu'il ne loge rien en sa t&#234;te par simple curiosit&#233;.&lt;/q&gt; L'enfant n'a pas &#224; embrasser les opinions et les pr&#233;ceptes des autres et ce qu'il empruntera &#224; autrui, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;il le transformera et confondra pour en faire un ouvrage tout sien : &#224; savoir son jugement.&lt;/q&gt; L'enfant doit juger et choisir par lui-m&#234;me et non selon l'autorit&#233; d'autrui, car &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;qui suit un autre, ne suit rien.&lt;/q&gt; Education oppos&#233;e &#224; tout fanatisme, &#224; tout embrigadement autoritaire : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;qu'on instruise l'enfant surtout &#224; se rendre et &#224; quitter les armes &#224; la v&#233;rit&#233;, tout aussit&#244;t qu'il l'apercevra... car il ne sera pas mis en chaire pour dire un r&#244;le prescrit. Il n'est engag&#233; a aucune cause, que parce qu'il l'approuve.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rousseau, dans l'&lt;i&gt;Emile&lt;/i&gt;, r&#233;clame pour l'enfant une &#233;ducation intellectuelle non livresque et partant de l'int&#233;r&#234;t sensible, une &#233;ducation du corps par les exercices physiques, l'hygi&#232;ne et la natation et une &#233;ducation sensorielle. P&#233;dagogie active fond&#233;e sur l'exp&#233;rience et non sur les discours, comportant une &#233;ducation manuelle et le choix d'un m&#233;tier manuel. Rousseau, comme Montaigne, d&#233;fend la personnalit&#233; de l'enfant qui ne doit point &#234;tre &#233;touff&#233;e par les pr&#233;jug&#233;s ou l'autorit&#233; d'autrui : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pour rendre un jeune homme judicieux, il faut bien former ses jugements, au lieu de lui dicter les n&#244;tres. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que si nous approuvons bien des pr&#233;ceptes et des recommandations de &lt;i&gt;Rabelais&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Montaigne &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Rousseau&lt;/i&gt;, nous sommes oblig&#233;s de rejeter, dans leurs &#233;crits sur l'&#233;ducation, tout ce qui porte la marque d'une certaine &#233;poque, d'une certaine soci&#233;t&#233; ou m&#234;me de certains pr&#233;jug&#233;s. Un exemple seulement : dix ans apr&#232;s avoir &#233;crit l'&lt;i&gt;Emile&lt;/i&gt;, Rousseau, dans ses &lt;i&gt;Consid&#233;rations sur le Gouvernement de Pologne&lt;/i&gt;, veut que l'enfant soit, d&#232;s son plus jeune &#226;ge, &#233;lev&#233; dans le culte de la patrie : l'&#233;ducation doit donner aux &#226;mes la forme nationale et diriger tellement leurs opinions et leurs go&#251;ts qu'elles soient patriotes par inclination, par passion, par n&#233;cessit&#233;. L'U.R.S.S. et l'Allemagne de l'Est ont certainement retenu ce conseil de Rousseau qui, emport&#233; par son z&#232;le r&#233;publicain, semble oublier qu'il ne faut pas &lt;i&gt;dicter &lt;/i&gt; nos jugements.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois hommes, d'origine et de caract&#232;re fort diff&#233;rent &#8212; Stirner, Proudhon, Bakounine &#8212; ont fond&#233; la pens&#233;e libertaire moderne et c'est dans leurs &#233;crits de la p&#233;riode 1840-1970 qu'on trouve les principes g&#233;n&#233;raux d'une &#233;ducation libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5396 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH198/stirner-kar1900-c79fa-ddf61.jpg?1774695970' width='150' height='198' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le faux principe de notre &#233;ducation&lt;/i&gt; (1842), Stirner montre que la vieille querelle entre ceux qui d&#233;fendent la pr&#233;dominance des &#233;tudes classiques et ceux qui insistent sur la sup&#233;riorit&#233; de l'enseignement scientifique et technique, ne peut aboutir &#224; un compromis. Ces deux formes du savoir ont conduit &#224; un &#233;chec : humanisme et r&#233;alisme finissant en dandysme attach&#233; &#224; la vaine recherche des &#233;l&#233;gances de style et en industrialisme uniquement pr&#233;occup&#233; de la formation de l'homme politique et &#233;tranger &#224; toute philosophie lib&#233;ratrice. Le Savoir, afin qu'il ne soit pas seulement un fardeau encombrant, doit mourir pour rena&#238;tre comme Volont&#233;. L'&#233;cole actuelle ne fabrique pas des hommes v&#233;ritables, elle &#233;touffe la libert&#233; : l'humanisme forme des &#233;rudits, le r&#233;alisme des citoyens utilisables, dans les deux cas des hommes serviles. Le savoir doit mourir pour ressusciter comme volont&#233; et exercer de nouveau son activit&#233; quotidienne comme personne libre. L'&#233;cole doit donc permettre l'&#233;panouissement libre de la personnalit&#233;, ne pas &#233;touffer la fiert&#233; et le naturel de l'enfant et concilier dans une association harmonieuse les volont&#233;s contradictoires de l'enfant et de l'&#233;ducateur. Faire des hommes libres et non des serviteurs dociles de l'&#201;tat : telle doit &#234;tre la vocation de l'&#233;cole, et Nietzsche formule le m&#234;me v&#339;u dans ses conf&#233;rences sur l'&lt;i&gt;Avenir de nos &#233;tablissements d'instruction&lt;/i&gt; (1872).&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5392 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/saavedra_toro_abelardo.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH223/saavedra_toro_abelardo-414b0-e4c3b.jpg?1774695970' width='150' height='223' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Abelardo Saavedra &lt;br&gt;del Toledo&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Relever la condition ouvri&#232;re en relevant sa valeur : tel est, selon Proudhon, le but d'une v&#233;ritable &#233;ducation. Depuis des si&#232;cles, la soci&#233;t&#233; repose sur la distinction entre arts m&#233;caniques et arts lib&#233;raux, entre gens m&#233;caniques et intellectuels. Le travail des mains est servile, tandis que le travail de l'esprit est r&#233;serv&#233; aux hommes libres. Une v&#233;ritable mal&#233;diction p&#232;se sur le travail manuel consid&#233;r&#233; comme une forme inf&#233;rieure de l'activit&#233; humaine, et elle se traduit par l'in&#233;galit&#233; des conditions et l'in&#233;galit&#233; des r&#233;mun&#233;rations. La main et l'esprit ne peuvent &#234;tre associ&#233;s : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le travail, r&#233;unissant l'analyse et la synth&#232;se, la th&#233;orie et l'exp&#233;rience en une action continue ... r&#233;sumant la r&#233;alit&#233; et l'id&#233;e, se repr&#233;sente de nouveau comme mode universel d'enseignement. De tous les syst&#232;mes d'&#233;ducation, le plus absurde est celui qui s&#233;pare l'intelligence de l'activit&#233; et scinde l'homme en deux entit&#233;s impossibles ; un abstracteur et un automate. Ainsi, l'&#233;ducation doit &#234;tre exp&#233;rimentale et pratique, ne r&#233;servant le discours que pour expliquer, r&#233;sumer et coordonner le travail.&lt;/q&gt; (Chapitre IV du &lt;i&gt;Syst&#232;me des contradictions &#233;conomiques&lt;/i&gt; 1846). On parle actuellement d'&#233;ducation permanente : ce n'est point une id&#233;e nouvelle et nous lisons dans Proudhon que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'instruction de l'homme doit &#234;tre constamment con&#231;ue qu'elle dure &#224; peu pr&#232;s toute la vie.&lt;/q&gt; Proudhon souhaite enfin que les associations ouvri&#232;res jouent un r&#244;le important dans l'&#233;ducation : elles doivent devenir &#224; la fois foyer de production et foyer d'enseignement. Ce principe proudhonien de la liaison atelier-&#233;cole a &#233;t&#233; mis en pratique &#224; la Ruche de S&#233;bastien Faure, et les nombreuses Ecoles Modernes fond&#233;es par Ferrer et Saavedra en Andalousie et dans la r&#233;gion du Levant avaient le soutien moral et mat&#233;riel des syndicats ouvriers (Gaston Leval, &lt;i&gt;Espagne Libertaire&lt;/i&gt;).. Faut-il dire enfin que Proudhon &#8212; comme Stirner &#8212; condamne les &#233;coles de son temps qui, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;quand elles ne sont pas des &#233;tablissements de luxe ou des pr&#233;textes &#224; sin&#233;cures, sont les s&#233;minaires de l'aristocratie ?&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5397 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH155/bakunin_by_vallotton-2-0f960-54ec1.jpg?1774695970' width='150' height='155' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;habilitation du travail manuel, qui est une id&#233;e ma&#238;tresse de Proudhon, est indispensable, pense Bakounine, pour mettre un terme &#224; l'asservissement des ouvriers. Dans l'&#233;crit connu sous le titre de &lt;i&gt;Cat&#233;chisme r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; (1865-1866), Bakounine d&#233;nonce la s&#233;paration entre travail manuel et travail intellectuel comme la source du m&#233;pris qui s'attache aujourd'hui &#224; la condition ouvri&#232;re. Certes, on reconna&#238;t en th&#233;orie la dignit&#233; du travail, on proclame qu'il est honteux de vivre sans travailler : mais en maintenant la distinction entre le travail manuel servile et le travail intellectuel noble, la classe privil&#233;gi&#233;e se r&#233;serve le second et impose au peuple le premier. Il faut donc r&#233;aliser une synth&#232;se sociale qui fera pratiquer &#224; l'intellectuel comme au manuel ces deux formes de travail. L'&#233;cole, d&#233;barrass&#233;e de toute contrainte religieuse, doit dispenser une &#233;ducation et un enseignement &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;qui ne seront rien d'autre qu'une initiation graduelle et progressive &#224; la libert&#233;, une libert&#233; qui est ins&#233;parable de la libert&#233; des autres. Inspirez aux enfants le respect de tout &#234;tre humain et vous ferez d'eux des hommes ! &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bakounine a consacr&#233; &#224; l'&#233;ducation une partie des articles parus dans le journal l'&lt;i&gt;Egalit&#233;&lt;/i&gt;, de Gen&#232;ve, et r&#233;unis g&#233;n&#233;ralement sous ces deux titres : &lt;i&gt;Les Endormeurs&lt;/i&gt;, et l'&lt;i&gt;Instruction int&#233;grale&lt;/i&gt;. Il insiste sur la collaboration indispensable entre travailleurs intellectuels et manuels et, parlant de la jeunesse des universit&#233;s, il &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;leur concours sera pr&#233;cieux &#224; condition qu'ils comprennent que la mission de la science aujourd'hui n'est plus de dominer, mais de servir le travail, et qu'ils auront bien plus de choses &#224; apprendre chez les travailleurs qu'&#224; leur enseigner. L'&#233;ducation int&#233;grale, aussi compl&#232;te que le permet la puissance intellectuelle du si&#232;cle, ne tend pas &#224; fabriquer uniquement des savants : tout le monde doit travailler et tout le monde doit &#234;tre instruit ... La science du savant deviendra plus utile, plus f&#233;conde et plus large quand le savant n'ignorera plus le travail manuel, et le travail de l'ouvrier instruit sera plus intelligent et par cons&#233;quent plus productif que celui de l'ouvrier ignorant.&lt;/q&gt; C'est pourquoi l'instruction &#233;gale pour tous et int&#233;grale &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;doit pr&#233;parer chaque enfant des deux sexes, aussi bien &#224; la vie de la pens&#233;e qu'&#224; celle du travail, afin que tous puissent &#233;galement devenir des hommes complets.&lt;/q&gt; Elle unira donc &#224; un enseignement scientifique ou pratique. L'adolescent pourra librement, en connaissance de cause, choisir sa propre carri&#232;re ; le risque d'une erreur est pr&#233;f&#233;rable au principe d'autorit&#233; et, rejoignant Montaigne et Rousseau, Bakounine &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les enfants, comme les hommes m&#251;rs, ne deviennent sages que par les exp&#233;riences qu'ils font eux-m&#234;mes, jamais par celles d'autrui.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1021 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH208/sans_titre-1-6-876d3-f42c5.jpg?1774695970' width='150' height='208' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Pierre-Joseph Proudhon.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Bakounine &#8212; comme Proudhon, comme Stirner &#8212; est un amant passionn&#233; de la libert&#233;, mais il ne confond pas la libert&#233; avec certaines outrances qui n'en sont que la caricature : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La libert&#233; que l'&#233;cole enseignera, c'est l'ob&#233;issance involontaire et fatale &#224; toutes les lois qui, ind&#233;pendantes de toute volont&#233; humaine, sont la vie m&#234;me de la nature et de la soci&#233;t&#233;, mais c'est l'ind&#233;pendance aussi absolue que possible de chacun vis-&#224;-vis de toutes les pr&#233;tentions de commandement ... qui voudraient lui imposer non leur influence naturelle, mais leur loi.&lt;/q&gt; Bakounine sait aussi que le jeune enfant qui entre en contact avec le monde ext&#233;rieur a besoin d'&#234;tre guid&#233; et pr&#233;serv&#233; de tous les dangers qui guettent son inexp&#233;rience. D'o&#249; cette formule qui montre combien est r&#233;aliste sa pens&#233;e : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#233;ducation des enfants, prenant pour point de d&#233;part l'autorit&#233;, doit successivement aboutir &#224; la plus enti&#232;re libert&#233;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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