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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Marius Jacob : le r&#233;volt&#233; &#224; vie (1879-1954)</title>
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		<dc:date>2025-09-13T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Roux</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>
		<dc:subject>Marius Jacob</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En cette derni&#232;re ann&#233;e du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, les temps sont durs aux pauvres : on se l&#232;ve chaque matin sans savoir si on mangera le soir. Lorsque toutes les ressources sont &#233;puis&#233;es, on s'en va mettre &#171; au clou &#187; la bague de mariage ou les derniers meubles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Entr&#233;e en sc&#232;ne &lt;br class='autobr' /&gt;
Un fiacre s'arr&#234;te devant le mont-de-pi&#233;t&#233; de Marseille et un commissaire de police en descend, ceint dune &#233;charpe tricolore et flanque de deux agents. Les trois hommes p&#233;n&#232;trent dans l'&#233;tablissement, et l'officier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-gavroche-no137-septembre-octobre-2004-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;137 - Septembre-Octobre 2004&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-gavroche-revue-d-histoire-populaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-marius-jacob-+" rel="tag"&gt;Marius Jacob&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-4_copie-24d50.png?1774715879' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En cette derni&#232;re ann&#233;e du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, les temps sont durs aux pauvres : on se l&#232;ve chaque matin sans savoir si on mangera le soir. Lorsque toutes les ressources sont &#233;puis&#233;es, on s'en va mettre &#171; au clou &#187; la bague de mariage ou les derniers meubles.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Entr&#233;e en sc&#232;ne &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un fiacre s'arr&#234;te devant le mont-de-pi&#233;t&#233; de Marseille et un commissaire de police en descend, ceint dune &#233;charpe tricolore et flanque de deux agents. Les trois hommes p&#233;n&#232;trent dans l'&#233;tablissement, et l'officier brandit un mandat de perquisition sous le nez du directeur affol&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vous avez ici une montre vol&#233;e lors d'un cambriolage au cours duquel quatre personnes ont &#233;t&#233; assassin&#233;es. Vous &#234;tes accus&#233; de complicit&#233;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois policiers se font remettre tous les bijoux, lingots et objets d'art, dont ils dressent m&#233;ticuleusement l'inventaire et qu'ils enferment dans des boites soigneusement scell&#233;es. L'op&#233;ration dure plusieurs heures. Le directeur et son adjoint sont ensuite menott&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vous allez &#234;tre pr&#233;sent&#233;s au procureur de la R&#233;publique.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette heure tardive, le Palais de Justice est ferme depuis longtemps au public. Les policiers doivent agiter vigoureusement la sonnette pour que le concierge finisse par ouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Monsieur le procureur nous attend&lt;/q&gt;, annonce le commissaire en p&#233;n&#233;trant sous la voute, suivi de son escorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite troupe grimpe le grand escalier et arrive devant le bureau du procureur. Au passage, le commissaire h&#232;le deux gardiens de la paix :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Restez ici, vous autres, et gardez-moi ces lascars ! Nous revenons dans cinq minutes.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux heures plus tard, ne voyant pas revenir le commissaire, ni sortir le procureur, le concierge se d&#233;cide a p&#233;n&#233;trer dans le bureau, &#224; la porte duquel se morfondent toujours gardiens et prisonniers. Il n'y a personne. Le procureur &#233;tant injoignable, le concierge appelle un juge d'instruction, qui fait aussit&#244;t d&#233;livrer un mandat d'arr&#234;t pour que les deux pr&#233;venus soient conduits au d&#233;p&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pot-aux-roses n'est d&#233;couvert que le lendemain : le tr&#233;sor du mont-de-pi&#233;t&#233;, d'une valeur de cinq cent mille francs de l'&#233;poque, a &#233;t&#233; d&#233;valis&#233; &#224; l'issue d'une incroyable mystification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La date du vol n'a pas &#233;t&#233; choisie par hasard : le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; avril 1899. L'exploit fait rire la France enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui est ce voleur intr&#233;pide ? Ars&#232;ne Lupin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non : Ars&#232;ne Lupin est un personnage de fiction. Le voleur, bien reel, s'appelle Alexandre Marius Jacob : c'est un anarchiste de vingt ans. A la t&#234;te de sa bande, les &#171; Travailleurs de la nuit &#187;, il vole aux riches pour redistribuer aux pauvres. L'affaire du mont-de-pi&#233;t&#233; de Marseille signe son entr&#233;e dans l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5278 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;150&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/album_of_paris_crime_scenes_-_attributed_to_alphonse_bertillon__dp263712.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH378/album_of_paris_crime_scenes_-_attributed_to_alphonse_bertillon__dp263712-acc98.jpg?1774879607' width='500' height='378' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Membres de la Bande des travailleurs de la nuit. Portraits anthropom&#233;triques de Marie Jacob, Rose Roux, Boyer, Elme et Alexandre Marius Jacob, 1903.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Prologue &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alexandre Marius Jacob est n&#233; &#224; Marseille, d'une famille de prol&#233;taires, le 29 septembre 1879.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;chapper &#224; la mis&#232;re, il s'embarque sur un navire marchand, &#224; douze ans. A bord, il d&#233;couvre l'enfer qu'est la vie d'un mousse : maltrait&#233;, humili&#233;, il est battu parce qu'il ne veut pas c&#233;der aux avances des vieux marins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Sydney, il fausse compagnie &#224; l'&#233;quipage et s'embauche sur une baleini&#232;re, qui est en r&#233;alit&#233; un bateau n&#233;grier. II s'enfuit &#224; la premi&#232;re occasion et reprend du service sur des b&#226;timents moins naus&#233;abonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que les marins s'enivrent, une fois leur quart termin&#233;, il &#233;tudie inlassablement des livres de navigation et d'hydrographie. Marius Jacob a seize ans quand il retrouve Marseille. On le d&#233;barque sur une civi&#232;re, paralys&#233; par les fi&#232;vres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois retap&#233;, il quitte le foyer maternel et cherche a gagner sa vie. Il va de place en place. Engag&#233; comme apprenti dans une imprimerie, il d&#233;couvre le mouvement libertaire, alors tr&#232;s enracin&#233; chez les typographes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en 1895. La bourgeoise n'en finit pas de prendre sa revanche depuis la terreur que lui a inspir&#233;e la Commune. Le mouvement ouvrier a &#233;t&#233; saign&#233; &#224; blanc par la r&#233;pression, et il ne redresse la t&#234;te que depuis quelques ann&#233;es. Deux tendances s'affrontent. D'un cote, les socialistes l&#233;galistes qui veulent conqu&#233;rir l'&#201;tat par les &#233;lections. De l'autre, les anarchistes, inspir&#233;s par Proudhon et Bakounine, galvanis&#233;s par S&#233;bastien Faure et par Louise Michel qui vient de rentrer d'exil. Ceux-l&#224; disent que la justice sociale ne se discute pas : elle se prend, et tout de suite. De 1890 a 1895, c'est &#224; coup de bombes que les anarchistes ont tent&#233; de renverser l'ordre &#233;tabli a travers toute l'Europe : magistrats, policiers, politiciens et rois tombent sous leurs coups. La r&#233;pression est terrible : des dizaines de militants sont guillotin&#233;s, pendus, garrott&#233;s, en fonction des coutumes locales. En France, les libertaires sont traqu&#233;s, pass&#233;s &#224; tabac, emprisonn&#233;s, souvent sans proc&#232;s... Les t&#234;tes de Ravachol, de Vaillant, de Henry, de Caserio roulent dans la sciure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la voie l&#233;galiste et l'action directe, Marius Jacob l'insoumis n'h&#233;site pas. II se lance &#224; corps perdu dans la cause anarchiste. Sillonnant infatigablement la France et l'Espagne, va d'un cercle libertaire a l'autre, pr&#234;chant la &#171; propagande par le fait &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police le suit &#224; la trace. Un agent provocateur lui procure des explosifs, puis le d&#233;nonce. Il est condamn&#233; &#224; six mois de prison. A sa sortie il cherche du travail. Lorsqu'il trouve une place, son employeur est pr&#233;venu de ses ant&#233;c&#233;dents, et il perd son travail. Il a dix-sept ans. Dans les reunions, ses appels sont de plus en plus violents : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Puisque les bombes font peur au peuple, volons les bourgeois, et redistribuons l'argent aux pauvres !&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II devient vite connu. Son enthousiasme et sa violence &#233;lectrisent les auditoires. Lorsque les policiers font irruption pour disperser l'assistance, des bagarres sanglantes &#233;clatent.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Acte I : les Travailleurs de la nuit &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Marius Jacob n'est pas homme &#224; se contenter de discours. Au cours de l'ann&#233;e 1899 &#8212; il a 20 ans &#8212;, il recrute &#171; les Travailleurs de la nuit &#187;. Le territoire fran&#231;ais est d&#233;coupe en zones, et la bande est organis&#233;e en &#171; brigades &#187; qui op&#232;rent les cambriolages, appel&#233;s &#171; reprises individuelles &#187; ou &#171; r&#233;cup&#233;rations &#187;. Celles-ci sont minutieusement pr&#233;par&#233;es par tout un r&#233;seau d'&#171; &#233;claireurs &#187; et de &#171; prospecteurs &#187;. Les techniques utilis&#233;es par Jacob feront ensuite le bonheur des romanciers : il change d'apparence, parfois plusieurs fois par jour, tant&#244;t d&#233;guis&#233; en femme, tant&#244;t en mendiant ou en militaire. Un jour que les policiers arrivent en courant sur les lieux d'un cambriolage, ils croisent un marin qui porte un grand sac et leur lance un vigoureux &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;salut !&lt;/q&gt;... Ils reconnaitront Jacob plus tard &#224; son proc&#232;s. Pour p&#233;n&#233;trer dans les maisons les mieux gard&#233;es, il fait appel &#224; des acrobates de cirque, experts pour escalader les facades et descendre par les conduits de chemin&#233;es. Il innove aussi dans la technique du guet : plut&#244;t que de poster un homme devant le lieu du cambriolage, au risque de le faire rep&#233;rer, il introduit un crapaud dans la conduite d'&#233;vacuation qui donne sur le caniveau. Le crapaud se met a chanter. S'il s'arr&#234;te, c'est que quelqu'un approche, et les &#171; Travailleurs de la nuit &#187; interrompent aussit&#244;t leur travail. Provocateur, il laisse souvent un billet a ses victimes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;je ne prends pas ces bijoux : ils sont faux&lt;/q&gt; ou encore : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;je reviendrai lorsque vos meubles seront authentiques&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris une premi&#232;re fois, il simule la folie. Intern&#233; &#224; l'asile d'ali&#233;n&#233;s de Mont-Perrin, il s'en &#233;vade avec un infirmier qui rejoint les &#171; Travailleurs de la nuit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; couvertures &#187; de Jacob sont bien dans le style du personnage : il tient une quincaillerie, qui lui permet de se faire livrer tous les model&#233;s de coffres-forts, dont il devient un sp&#233;cialiste hors pair. Il se paye &#233;galement le luxe d'&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; par la c&#233;l&#232;bre compagnie d'assurances Lloyds, comme expert en mati&#232;re de vols. On retrouvera plus tard cette appr&#233;ciation flatteuse et involontairement comique dans son dossier &#224; Londres : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;c'est un homme habile, comp&#233;tent et nourri par l'exp&#233;rience...&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui fait de Marius Jacob un voleur &#224; nul autre pareil, c'est l'instauration de &#171; la part du pauvre &#187; : dix pour cent des larcins sont revers&#233;s aux caisses de solidarit&#233; des anarchistes pour la propagande et pour soutenir les families des militants emprisonnes. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'allais voter le c&#339;ur paisible et la conscience aussi &#224; l'aise que si j'allais accomplir une &#339;uvre charitable&lt;/q&gt;, dira-t-il plus tard a son proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5279 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/le_petit_journal_-_27_octobre_1901_-_audacieux_cambrioleurs.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH217/le_petit_journal_-_27_octobre_1901_-_audacieux_cambrioleurs-7ab4f-d87a3.jpg?1774716240' width='150' height='217' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;&#171; Audacieux cambrioleurs &#187;,&lt;i&gt; Le Petit Journal&lt;/i&gt;, 27 octobre 1901.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Quatre ans durant, les insaisissables &#171; Travailleurs de la nuit &#187; vont tenir la France en haleine au rythme d'un cambriolage par semaine (on en attribuera 106 directement &#224; Jacob). La police est sur les dents. Les montants des &#171; r&#233;cup&#233;rations &#187; atteignent des sommes faramineuses : un million et demi de francs or rue Quincampoix, le 5 octobre 1901 : c'est le plus gros fric-frac jamais r&#233;alise. Un an plus tard, 600 000 francs rue Jasmin, chez un banquier. Jacob et ses hommes r&#233;servent d'ailleurs leurs visites aux &#171; parasites sociaux &#187; : pr&#234;tres, militaires, banquiers, juges, et ne s'attaquent jamais a ceux dont ils jugent la profession utile : m&#233;decins, architectes, &#233;crivains, etc. Les vols se succ&#232;dent, toujours plus audacieux, toujours sans violence, et sans que la police ne parvienne jamais &#224; arr&#234;ter coupable ni complice. Marius Jacob &#233;chappe parfois de peu aux policiers, au prix de courses-poursuites vertigineuses et gr&#226;ce &#224; un sang-froid &#224; toute &#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ses succ&#232;s et les sommes consid&#233;rables tir&#233;es de ses butins &#8212; on estime a 5 millions le total des &#171; r&#233;cup&#233;rations &#187; &#8212;, Marius Jacob n'a pas chang&#233; le moins du monde sa fa&#231;on de vivre. II est avant tout un militant libertaire : on ne boit pas en sa pr&#233;sence, on ne fume pas. Il vit chichement avec sa compagne et sa vieille m&#232;re, dans un petit logement pr&#232;s de la place de la Contrescarpe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tous les &#171; Travailleurs de la nuit &#187; n'ont pas gard&#233; intact leur id&#233;al. Certains rechignent d&#233;sormais &#224; laisser &#171; la part du pauvre &#187;, d'autres voleraient bien de leurs propres ailes. Dans le m&#234;me temps, la police, ridiculis&#233;e, exasp&#233;r&#233;e, fait de l'arrestation des anarchistes-cambrioleurs sa priorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Abbeville, le 21 avril 1903, que l'aventure se termine, apr&#232;s un coup manqu&#233;. Marius Jacob et une partie de la bande passent en proc&#232;s deux ans plus tard, &#224; Amiens. L'instruction n'a pas &#233;t&#233; facile, car le principal inculp&#233; prend tout sur lui et refuse de dire le moindre mot sur ses complices. En prison, il entreprend de convaincre les gardiens que &#171; la propri&#233;t&#233;, c'est le vol &#187;. Juges et policiers ont bien l'intention de faire le proc&#232;s d'un bandit, et surtout pas d'un militant. C'est compter sans le principal int&#233;resse, bien d&#233;cid&#233; &#224; se servir du tribunal comme d'une tribune politique. Le ton est donn&#233; d&#232;s l'interrogatoire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Alexandre. Marius Jacob, levez-vous ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non, vous &#234;tes bien assis, vous ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Vous &#234;tes ici pour &#234;tre jug&#233;. Vous devez vous conformer aux usages, temp&#234;te le juge. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Votre justice est une mascarade. J'aurai des &#233;gards envers vous quand vous en aurez pour les travailleurs.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la presse est dans le pr&#233;toire. Parmi les journalistes, un certain Maurice Leblanc, qui va quelques mois plus tard, le personnage d'Ars&#232;ne Lupin. Dehors, les militants anarchistes acclament Jacob &#224; chacune de ses apparitions et chantent &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la troisi&#232;me audience, Jacob lit devant le tribunal &#233;berlu&#233; une declaration en forme de profession de foi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je suis un anarchiste non-violent, dit-il, un r&#233;volt&#233; vivant de ses cambriolages. Ne reconnaissant a personne le droit de me juger, je n'implore ni pardon, ni indulgence. Je ne sollicite pas ceux que je hais et que je m&#233;prise [...] Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend. Le vol, c'est la restitution, la reprise de possession. Plut&#244;t que de mendier ce &#224; quoi j'ai droit, je pr&#233;f&#232;re faire la guerre aux riches en attaquant leurs biens. Certes, je con&#231;ois que vous auriez jug&#233; meilleur que je me soumette &#224; vos lois. Alors vous ne m'appelleriez pas bandit cynique, mais honn&#234;te ouvrier. Les pr&#234;tres promettent un paradis &#224; leurs dupes. Vous &#234;tes moins abstraits, vous leur accordez la m&#233;daille du travail. Je me livre au vol sans aucun scrupule. Je n'accepte pas votre pr&#233;tendue morale qui pr&#244;ne le respect de la propri&#233;t&#233; comme une vertu, alors qu'il n'y a pas de pires voleurs que les propri&#233;taires. Estimez-vous heureux que ce pr&#233;jug&#233; ait pris racine dans le peuple. Mais prenez-y garde, tout n'a qu'un temps. Certes moi aussi je r&#233;prouve le fait par lequel un homme s'empare violemment et avec ruse du fruit du labeur d'autrui. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que j'ai fait la guerre aux riches, voleurs du bien des pauvres...&lt;/q&gt;. Il termine ainsi : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;anarchiste r&#233;volutionnaire, j'ai fait ma r&#233;volution. Vienne l'anarchie ! &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel aplomb venant d'un homme que l'on avait cru brise par deux ann&#233;es de claustration sid&#232;re les magistrats et enthousiasme les militants du drapeau noir qui font de Jacob leur h&#233;ros et dont ils distribuent la proclamation &#224; travers toute la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marius sait aussi mettre les rieurs de son c&#244;t&#233;. A un rentier qui se lamente sur ses titres, il lance : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ils ne valaient rien. Vos voleurs ne sont pas comme moi, eux sont toujours en libert&#233;. Sans doute portent-ils la L&#233;gion d'Honneur !&lt;/q&gt; et &#224; un autre qui pleure son argenterie : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;si vos couverts avaient &#233;t&#233; en fer-blanc, vous les auriez toujours ! Le proc&#232;s devient impossible &#224; maitriser : galvanis&#233;s par l'exemple de Jacob, les autres inculp&#233;s se l&#232;vent &#224; tout propos, injurient les magistrats, entonnent &lt;i&gt;La Carmagnole&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt;. M&#234;me la presse bourgeoise est &#233;branl&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ce n'est pas la soci&#233;t&#233;, repr&#233;sent&#233;e par les magistrats et les jur&#233;s, qui juge Jacob, chef des voleurs, constate le r&#233;dacteur de &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;L'Aurore&lt;/span&gt;, c'est le chef des voleurs, Jacob, qui fait le proc&#232;s de la soci&#233;t&#233;. En v&#233;rit&#233;, il conduit l'affaire, il est tout le temps en sc&#232;ne, il pr&#233;side, il juge !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opinion publique commence &#224; regarder les &#171; Travailleurs de la nuit &#187; d'un autre &#339;il : le pr&#233;sident du tribunal re&#231;oit alors du minist&#232;re l'instruction formelle d'abr&#233;ger les d&#233;bats. Apr&#232;s l'expulsion d&#233;finitive des inculp&#233;s, le proc&#232;s est exp&#233;di&#233; en quelques jours, et la sentence tombe le 22 mars 1905 : Marius Jacob, qui n'a jamais tu&#233;, ni m&#234;me bless&#233; personne, est condamn&#233; aux travaux forces &#224; perp&#233;tuit&#233;. Quatre autres des &#171; Travailleurs de la nuit &#187; sont &#233;galement condamn&#233;s au bagne, avec des peines suffisamment longues pour entra&#238;ner l'obligation de r&#233;sider en Guyane jusqu'&#224; leur mort.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Acte II : le voyage au bout de la nuit &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On sait, depuis les articles d'Albert Londres, ce qu'etaient les bagnes de Guyane : des camps d'extermination, ou la dur&#233;e de vie moyenne avoisinait les cinq ans. Depouill&#233;s de tout, livr&#233;s sans aucun recours possible au sadisme des gardiens, soumis aux pires tortures pour la moindre vell&#233;ite de r&#233;sistance, cern&#233;s par la jungle et par la mer infest&#233;e de requins, en proie aux fi&#232;vres et aux parasites, les bagnards abandonnaient vite tout espoir de retrouver un jour l'humanit&#233; et se laissaient submerger par le vice, la folie et la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marius Jacob va rester 23 ans en enfer : jamais il ne renoncera, ni &#224; l'espoir, ni &#224; ses convictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il arrive &#224; Cayenne, Jacob est pr&#233;c&#233;d&#233; de sa r&#233;putation : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;un anarchiste de la pire esp&#232;ce&lt;/q&gt;, dit le dossier. Il est imm&#233;diatement vers&#233; dans la troisi&#232;me cat&#233;gorie de forcats, les plus durement trait&#233;s. Sur ordre, les surveillants s'emploient &#224; le provoquer, &#224; le pousser a l'irr&#233;parable, ce qui permettrait de le tuer, en toute l&#233;galite : on crache dans sa soupe, on l'humilie, on le maltraite. Rien n'y fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vis-a-vis des autres bagnards, Marius Jacob impose imm&#233;diatement sa force morale, et jamais il ne d&#233;viera d'un pouce de sa ligne de conduite : il se tient &#224; l'&#233;cart des &#171; mariages &#187;, du jeu, des trafics en tout genre. Des que l'occasion lui en est donn&#233;e, il prend contact avec les autres libertaires, nombreux au bagne. Ensemble, ils organisent la propagande, et s'opposent &#8212; y compris par le meurtre &#8212; &#224; la loi du plus fort qui r&#232;gne entre for&#231;ats, prot&#233;geant les faibles, ch&#226;tiant les brutes et les indicateurs. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ce sont les anarchistes qui tiennent ici le haut du pav&#233;&lt;/q&gt; observe, amer, le commandant de la colonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire le recit des vingt-trois ann&#233;es de bagne de Marius Jacob, c'est mesurer l'incroyable capacit&#233; de r&#233;sistance, morale et physique, dont peut faire preuve un &#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix-huit fois, Jacob tentera de s'&#233;vader, en vain. Chaque evasion manqu&#233;e est suivie de ch&#226;timents : privations, bastonnade et &#171; encellulement &#187;. L'encellulement, c'est l'enfermement, les fers aux pieds, dans un puits de six m&#232;tres carr&#233;s, dont on ne sort qu'une heure par jour, pour la &#171; promenade &#187;. La nourriture est infecte, les journ&#233;es torrides, les nuits glaciales dans les trous puants, et les bagnards punis n'ont droit &#224; aucun soin. Quelques mois de ce r&#233;gime, et c'est la mort, ou la folie. Des sa premi&#232;re condamnation pour &#233;vasion, en 1907, Marius Jacob &#233;cope de trois ans d'encellulement, sur l'Ile Saint-Joseph. Il en sortira vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1911, pour une autre tentative, il est condamn&#233; &#224; deux nouvelles ann&#233;es de cachot, dont il sort moribond. Sur 23 ann&#233;es de bagne, il en passera 12 en cellule, dont 9 les fers aux pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt-trois ans vont s'&#233;couler ainsi, d'&#233;vasions en repr&#233;sailles impitoyables, sans que jamais Marius ne renonce, ni &#224; sa dignite, ni &#224; la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que sa vieille m&#232;re &#233;pargne sou &#224; sou pour lui envoyer des livres et bombarde les minist&#232;res de demandes de grace, Jacob devient, petit &#224; petit, un personnage connu de toute la Guyane p&#233;nitentiaire. A force de tenacit&#233;, il est parvenu &#224; se constituer une v&#233;ritable biblioth&#232;que de droit, et il entreprend de combattre l'administration p&#233;nitentiaire, &#171; la Tentiaire &#187;, sur le terrain judiciaire : soutenu par ses compagnons anarchistes, il r&#233;dige r&#233;clamation sur r&#233;clamation (mais sans jamais user des formules de soumission et de flatterie en usage dans la prose judiciaire), pour les bagnards l&#233;preux, contre les brimades et les mauvais traitements, pour d&#233;noncer la corruption organis&#233;e par les surveillants, etc. En 1920, apr&#232;s une nouvelle &#171; belle &#187; manqu&#233;e et un eni&#232;me s&#233;jour au cachot, dont il a cru ne jamais sortir vivant, il c&#232;de enfin aux suppliques de sa m&#232;re et accepte d'envoyer pour lui-m&#234;me une demande de gr&#226;ce... qui est rejet&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1921 et 1923, il tente encore six fois la belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1922, avec les autres anarchistes, il pr&#233;pare un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral des bagnards, qui doivent prendre d'assaut deux bateaux, et mettre ensuite le cap sur le Br&#233;sil. Le plan est &#233;vent&#233; et les libertaires dispers&#233;s aux quatre coins de la colonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#224; partir de 1923, l'opinion publique, alert&#233;e par les articles d'Albert Londres, commence &#224; r&#233;aliser la vraie nature du bagne. Les journalistes se succ&#232;dent en Guyane. On exhume les d&#233;nonciations de l'enfer p&#233;nitentiaire que quelques m&#233;decins et pr&#234;tres courageux avaient adress&#233;es aux autorit&#233;s de la m&#233;tropole, lors de leur passage dans la colonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient &#233;galement de Marius Jacob. Devenu une sorte de m&#233;diateur entre les for&#231;ats et la &#171; Tentiaire &#187;, l'intraitable prisonnier obtient, peu &#224; peu, la diminution des iniquit&#233;s les plus criantes : des surveillants sont bl&#226;m&#233;s, certains sanctionn&#233;s... Mais l'embellie n'a qu'un temps : l'administration exige qu'il renie ses camarades et son id&#233;al. Comme il refuse, on lui retire toutes ses pr&#233;rogatives et il retourne &#224; l'anonymat du bagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en m&#233;tropole, des voix de plus en plus nombreuses demandent son &#233;largissement. Sa peine est ramen&#233;e &#224; 5 ans, puis &#224; 2 ans, mais la libert&#233; conditionnelle lui est d&#233;ni&#233;e parce qu'il refuse d'&#234;tre un mouchard de l'administration p&#233;nitentiaire. Il purgera donc sa peine en prison jusqu'au dernier jour, le 30 d&#233;cembre 1928.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Acte III : l'increvable anarchiste &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alors, Jacob : mat&#233; ? fini ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premiers jours de janvier 1929, un homme au visage burin&#233; se pr&#233;sente &#224; May Picqueray, dans les locaux du journal &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; : Jacob retrouve sa famille, qui aussit&#244;t l'accueille et l'entoure. Louis Lecoin, directeur du &lt;i&gt;Libertaire&lt;/i&gt;, devient son mentor. Lecoin est un homme de la trempe de Jacob : condamn&#233; &#224; 5 ans en 1913 pour avoir appel&#233; &#224; tuer les officiers d&#232;s la d&#233;claration de guerre, il est &#224; nouveau incarc&#233;r&#233; &#224; chaque sortie de prison car, sit&#244;t dehors, son premier geste est de d&#233;chirer son ordre de mobilisation. Lorsque Jacob rejoint l'&#233;quipe du &lt;i&gt;Libertaire&lt;/i&gt;, deux combats mobilisent le journal : la d&#233;fense des objecteurs de conscience et la r&#233;habilitation de Sacco et Vanzetti. La cause des deux anarchistes ex&#233;cut&#233;s en 1927 aux &#201;tats-Unis est tr&#232;s populaire et rassemble bien au-del&#224; du mouvement libertaire : Jacob prend la parole dans les meetings devant des milliers de personnes qui se l&#232;vent &#224; son arriv&#233;e et entonnent &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4760 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/durruti-ascaso-jover.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH218/durruti-ascaso-jover-10295-6611b.jpg?1774716240' width='150' height='218' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Durruti, Ascaso et Jover&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es trente, &#224; plusieurs reprises, l'&#233;quipe du &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; et Jacob mobilisent l'opinion pour emp&#234;cher l'extradition vers l'Espagne de Durruti et de ses compagnons anarchistes, promis au garrot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Jacob retrouve bient&#244;t l'Espagne sur sa route : d&#232;s l'&#233;t&#233; 36, il est &#224; Barcelone, o&#249; flottent partout les drapeaux noir et rouge de la CNT, le grand syndicat domin&#233; par les anarchistes, qui compte un million et demi d'adh&#233;rents quand les communistes staliniens sont &#224; peine 60 000 : pour une fois, l'anarchie a une chance de vaincre. Conscient qu'il sera plus utile en France qu'en Espagne, Marius rentre tr&#232;s vite &#224; Paris et fonde avec Lecoin le SIA (Secours international anarchiste), qui est alors le rassemblement d'aide aux r&#233;publicains le plus actif. Revenu &#224; Madrid &#224; l'automne, il accompagne Durruti sur le front d'Aragon, o&#249; il peut constater le d&#233;nuement et le manque d'armes des colonnes libertaires. Jacob retourne donc &#224; nouveau en France et se d&#233;m&#232;ne pour trouver des armes &#224; envoyer aux combattants de la CNT. Lorsqu'il parvient &#224; ses fins, il est trop tard : en Espagne, le vent a tourn&#233;. Durruti est mort sur le front de Madrid, les &#171; conseillers &#187; sovi&#233;tiques contr&#244;lent tous les approvisionnements en armes &#8212; dont ils excluent les libertaires &#8212;, et les staliniens s'appr&#234;tent &#224; d&#233;manteler les collectivit&#233;s paysannes, &#224; reprendre en main les usines autog&#233;r&#233;es et &#224; dissoudre les milices populaires. Jacob retourne alors &#224; l'action humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de l'Espagne r&#233;publicaine laisse Jacob d&#233;sempar&#233;, comme l'ensemble du mouvement libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il accomplit avec Lecoin son dernier acte militant en 1939, en diffusant et affichant sur les murs de Paris le tract &#171; Paix imm&#233;diate &#187;, au lendemain de la d&#233;claration de guerre. Puis il part avec sa vieille m&#232;re s'installer dans l'Indre, comme marchand ambulant en bonneterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1948, il rencontre Jean Maitron, l'auteur du fameux &lt;i&gt;Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier fran&#231;ais&lt;/i&gt;, et tire pour lui les le&#231;ons de son exp&#233;rience : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je ne crois pas que l'ill&#233;galisme puisse affranchir l'individu dans la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente [...] Au fond, l'ill&#233;galisme consid&#233;r&#233; comme un acte de r&#233;volte est plut&#244;t affaire de temp&#233;rament que de doctrine. C'est pourquoi il ne peut &#234;tre d'aucun effet &#233;ducatif sur l'ensemble des masses laborieuses. J'entends d'un bon effet &#233;ducatif...&lt;/q&gt;. La m&#234;me ann&#233;e, il &#233;crit ses &lt;i&gt;Souvenirs d'un demi-si&#232;cle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5285 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-5-5.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/sans_titre-5-5-96d82.png?1774879607' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;pilogue &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le corps bris&#233; par les s&#233;quelles du bagne, Marius Jacob ne veut pas conna&#238;tre la d&#233;ch&#233;ance finale : il se suicide en 1954 apr&#232;s avoir euthanasi&#233; son chien aveugle, Negro, pour lui &#233;viter l'abandon. Quelques amis suivent le cercueil, couvert d'un drapeau noir et rouge, comme le souhaitait Jacob. Dans la presse, seul un entrefilet du &lt;i&gt;Canard Encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; t&#233;moigne que l'homme qui vient de mourir fut une figure singuli&#232;re du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Morale &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'histoire officielle a fait de Ravachol et de Bonnot les symboles-repoussoirs de l'anarchie. Elle s'est bien gard&#233;e de laisser une place &#224; Marius Jacob, absent des livres scolaires, bien s&#251;r, mais &#233;galement de la plupart des dictionnaires, tandis que sa contre-fa&#231;on litt&#233;raire, Ars&#232;ne Lupin, b&#233;n&#233;ficie d'une renomm&#233;e internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bandit anti-social pour les uns, h&#233;ros de la classe ouvri&#232;re pour les autres, cet homme est d&#233;cid&#233;ment irr&#233;cup&#233;rable, aussi bien mort que vif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.atelierdecreationlibertaire.com/alexandre-jacob/" class="spip_out"&gt;Alexandre Jacob, l'honn&#234;te cambrioleur - Un blog de l'Atelier de cr&#233;ation libertaire&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cet article emprunte largement &#224; l'excellent livre de William Caruchet, &lt;i&gt;Marius-Jacob l'anarchiste cambrioleur&lt;/i&gt;, Editions S&#233;guier, Paris 1993, ainsi qu'aux ouvrages d'Alain Sergent, &lt;i&gt;Un anarchiste de la Belle Epoque, Alexandre Jacob&lt;/i&gt;, Seuil, 1950, et de Bernard Thomas, &lt;i&gt;Les vies d'Alexandre Jacob 1879-1954&lt;/i&gt;, Fayard, 1998. Lire aussi : &lt;i&gt;Alexandre Marius Jacob&lt;/i&gt;, Ecrits vol. I &amp; II, L'Insomniaque. 1995 (r&#233;&#233;dition augment&#233;e &#224; para&#238;tre en 2004).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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