<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://partage-noir.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>PARTAGE NOIR</title>
	<link>https://www.partage-noir.fr/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://partage-noir.fr/spip.php?id_rubrique=29&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>PARTAGE NOIR</title>
		<url>https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L144xH144/siteon0_copie-9a1a7.jpg?1774693359</url>
		<link>https://www.partage-noir.fr/</link>
		<height>144</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>IX - La Commune hongroise et les anarchistes (1919) : La terreur blanche</title>
		<link>https://partage-noir.fr/ix-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la-terreur</link>
		<guid isPermaLink="true">https://partage-noir.fr/ix-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la-terreur</guid>
		<dc:date>2019-09-07T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Achille Dauphin-Meunier</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La Hongrie, livr&#233;e d&#233;finitivement &#224; la merci des envahisseurs fran&#231;ais, tch&#232;ques, serbes et roumains, terroris&#233;e par les bandes d'Horthy, subit alors des outrages tels qu'ils d&#233;pass&#232;rent en horreur ceux que supporta le Nord de la France ou la Prusse orientale.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://partage-noir.fr/-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-21-mars-1919-7-aout-1919-29-" rel="directory"&gt;La Commune hongroise et les anarchistes (21 mars 1919-7 ao&#251;t 1919)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton187-b211f.jpg?1774739524' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Hongrie, livr&#233;e d&#233;finitivement &#224; la merci des envahisseurs fran&#231;ais, tch&#232;ques, serbes et roumains, terroris&#233;e par les bandes d'Horthy, subit alors des outrages tels qu'ils d&#233;pass&#232;rent en horreur ceux que supporta le Nord de la France ou la Prusse orientale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la prise d'Arad, les alli&#233;s y install&#232;rent un gouvernement r&#233;actionnaire dont ils attribu&#232;rent la pr&#233;sidence au baron Jules Bornemissa et au docteur Gratz. Lorsqu'ils eurent p&#233;n&#233;tr&#233; en Hongrie, ils transf&#233;r&#232;rent le si&#232;ge de cette simiesque administration &#224; Szeged. Assise sur la rive droite de la Tisza, pr&#233;s de l'embouchure du Maro, Szeged se pr&#233;sente comme une importante cit&#233; commerciale et industrielle. Les communistes qui y avaient organis&#233; des syndicats, des conseils &#233;conomiques r&#233;gionaux, la d&#233;fendirent avec acharnement contre les assauts des alli&#233;s. Forc&#233;s de se replier vers Budapest, ils effectu&#232;rent leur retraite en d&#233;sordre, abandonnant de nombreux prisonniers. La r&#233;pression, sur l'ordre formel de Franchet d'Esperey, fut atroce. Les Fran&#231;ais, sans jugement et violant les r&#232;gles essentielles de la justice internationale, d&#233;port&#232;rent au Maroc et en Alg&#233;rie, plus de six cents miliciens hongrois. Ils ne les rel&#226;ch&#232;rent qu'en 1921.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andorka Kovacs, membre du Conseil local de Szeged, et cinq autres de ses amis, saisis par nos troupes, furent tra&#238;n&#233;s de Szeged &#224; Sofia, de Sofia &#224; Salonique, o&#249; le Tribunal militaire fran&#231;ais les condamna aux travaux forc&#233;s perp&#233;tuels. Transport&#233;s en France, o&#249; le bolcheviste Marty les rencontra, ils furent dirig&#233;s, en 1920, sur la Guyane. Les membres des conseils d'exploitation, des offices locaux se virent livr&#233;s aux r&#233;actionnaires qui les condamn&#232;rent aux travaux publics ou &#224; la r&#233;clusion. Lorsque les franco-roumains p&#233;n&#233;tr&#232;rent &#224; Budapest, ils fusill&#232;rent ou pendirent sans jugement plusieurs milliers d'ouvriers et de mara&#238;chers, pris les armes &#224; la main, ou d&#233;nonc&#233;s par leurs voisins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Kecskemet, deux cents civils, hommes, femmes et enfants, qui ne se dispers&#232;rent pas au commandement d'un major, furent mitraill&#233;s dans la rue. Un reporter socialiste, B&#234;la Somogyi relata ce crime. Des officiers l'enlev&#232;rent en plein jour, lui coup&#232;rent les oreilles et le nez, lui crev&#232;rent les yeux et le jet&#232;rent dans le Danube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bandes d'Horthy tortur&#232;rent les &#171; gars de L&#233;nine &#187;, les auxiliaires de Szamuely, les parents des commissaires du peuple, qui tomb&#232;rent entre leurs mains. Apr&#232;s avoir ch&#226;tr&#233; Corvin, ils le pendirent. Ils s'empar&#232;rent de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#8197;Hamburger, femme du commissaire-substitut de l'agriculture, l'&#233;tendirent nue sur un fourneau chauff&#233;, puis, la viol&#232;rent avec des manches &#224; balai. M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#8197;Wiesner, &#233;pouse d'un membre du Soviet de Segszard, refusa d'indiquer la retraite de son mari. Pour lui arracher des aveux, un blanc du nom de Kiss Goza la coucha sur le sol et pi&#233;tina le ventre de la malheureuse qui se trouvait enceinte de sept mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terreur s'&#233;tendit implacable. Dans les camps de concentration entour&#233;s de fils de fer barbel&#233;s, ravitaill&#233;s deux fois par semaine, trente mille captifs s'entass&#232;rent bient&#244;t. On &#233;valua le nombre des pendus et fusill&#233;s &#224; neuf mille personnes. Le parti communiste, le cercle galil&#233;en, l'Union anarchiste de l'H&#244;tel Almassy se virent consid&#233;r&#233;s comme des mouvements ill&#233;gaux. Leurs membres furent passibles de la r&#233;clusion pour d&#233;lit d'opinions et outrages aux lois. Les socialistes se group&#232;rent autour du Nepszava. On les pourchassa. Quelques amis de Michel Karolyi, en s'affirmant antibolchevistes, pens&#232;rent se concilier les faveurs des terroristes blancs. Emeric Ver, le leader r&#233;publicain, fut incarc&#233;r&#233; et priv&#233; pendant dix ann&#233;es, de ses droits civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sireux de sauver Otto Corvin et les libertaires incarc&#233;r&#233;s avec lui, trois anarchistes r&#233;fugi&#233;s &#224; Vienne, Stassny, Feldmar et Mauthner tent&#232;rent de s'aboucher avec leurs camarades demeur&#233;s libres &#224; Budapest, pour organiser l'&#233;vasion. Ils revinrent en Hongrie ; mais un de leurs acolytes, Csuvara, ancien secr&#233;taire de Bela Kun, les vendit &#224; la police, qui s'empara d'eux. Marcel Feldmar, &#233;tudiant en m&#233;decine, mourut en 1920 dans son cachot, des suites de coups inflig&#233;s par les sbires. Le professeur Stassny fut pendu ; Mauthner savait que sa t&#234;te avait &#233;t&#233; mise &#224; prix, car il dirigeait pendant la Commune, une batterie de canons &#224; longue port&#233;e. Captur&#233; le 15 d&#233;cembre 1919, Il fut condamn&#233; &#224; mort le 18 avril 1920, sous l'inculpation d'assassinats au cours d'une insurrection et d'attentat contre la s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat. On commua sa peine en celle du bagne. Mauthner parvint &#224; s'&#233;vader de ge&#244;le, le 21 juin 1921, et par la Tch&#233;coslovaquie et la Bavi&#232;re, atteignit la France. Ses amis budapestois, les fr&#232;res Rabinovich et le jeune Szamuely furent &#233;gorg&#233;s ou pendus. Les rescap&#233;s du putsch poignard&#232;rent le tra&#238;tre Csuvara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agitation r&#233;volutionnaire &#233;teinte, les r&#233;actionnaires s'efforc&#232;rent de restaurer l'ancien r&#233;gime. Joseph de Habsbourg, se rappelant que le roi Charles l'avait nomm&#233;, le 30 octobre 1918, homo r&#233;gius, constitua un cabinet, sous 1a pr&#233;sidence de Stefan Friedrich. Les membres du gouvernement form&#233; &#224; Szeged, par les Fran&#231;ais, reconnurent l'autorit&#233; du prince et l'un d'eux, Teleki, entra dans le Conseil des ministres. Le 23 ao&#251;t, par suite de l'hostilit&#233; des Anglais &#224; son &#233;gard, Joseph de Habsbourg, d&#233;missionna. Le 24 novembre, Friedrich remit ses fonctions &#224; Charles Huszar, qui forma un cabinet de concentration et convoqua l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mars 1920, cette assembl&#233;e, form&#233;e de militaires, de pr&#234;tres, de seigneurs fonciers, d'industriels, r&#233;tablit officiellement la royaut&#233; et proclama l'amiral Horthy, r&#233;gent du pays en l'absence du souverain. Toute r&#233;action politique se complique d'une spoliation &#233;conomique. Les propri&#233;taires revenus de leur &#233;moi ravirent les biens des concurrents malheureux et des victimes. Les &#201;tats asservis abandonn&#232;rent aux oppresseurs les sources de leur richesse. Horthy confisqua les bijoux, les champs, les maisons de Karolyi, et son exemple incita la noblesse et la bourgeoisie magyares &#224; se ruer sur les tr&#233;sors de leurs ennemis personnels. Les d&#233;nonciations se multipli&#232;rent ; les fortunes des condamn&#233;s revinrent &#224; leurs accusateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Tch&#233;coslovaquie s'empara de 63 004 kilom&#232;tres carr&#233;s habit&#233;s par une population de trois millions d'&#226;mes ; les Roumains saisirent 102 181 kilom&#232;tres carr&#233;s contenant 5 236 000 hommes ; la Serbie s'annexa 63 572 kilom&#232;tres carr&#233;s avec 4 151 000 habitants. Le trait&#233; de Trianon, le 4 juin 1920, l&#233;gitima ces rapts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On arracha donc &#224; la Hongrie 71,8 % de son territoire et 63,6 % de ses nationaux. Cet &#201;tat perdit 54,3 % de ses champs de bl&#233;, 37,1 % de ses terres &#224; seigle, 87 % de ses for&#234;ts, 65 % de ses terres &#224; ma&#239;s, 52,7 % de ses terres &#224; orge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capitalistes serbes, pour briser d&#233;finitivement la concurrence hongroise, vol&#232;rent 2 439 066 t&#234;tes de b&#233;tail, dont 1 047 099 porcs. Leur cheptel doubla. Ils firent ensuite ins&#233;rer dans le trait&#233; de paix, une clause &#233;conomique sp&#233;cifiant que la Hongrie ne peut soumettre les produits naturels de l'un des &#201;tats alli&#233;s &#171; import&#233;s sur le territoire hongrois, quel que soit l'endroit d'o&#249; ils arrivent, &#224; des droits ou charges, y compris les imp&#244;ts int&#233;rieurs, autres ou plus &#233;lev&#233;s que ceux auxquels sont soumis les m&#234;mes marchandises, produits naturels ou fabriqu&#233;s d'un autre quelconque desdits &#201;tats ou d'un autre pays &#233;tranger quelconque. &#187; Imitant les yougoslaves, les roumains et les tch&#232;ques prirent respectivement 7 321 362 et 3 239 164 t&#234;tes de b&#233;tail, dont pr&#232;s de cinq millions de moutons. De sorte qu'aujourd'hui, les Roumains poss&#232;dent 1,2 t&#234;te de b&#233;tail par arpent et 246 par cent paysans, alors que les Hongrois n'ont qu'une t&#234;te pour 85 arpents. Apr&#232;s, s'&#234;tre empar&#233;s des richesses agricoles, les alli&#233;s ravirent le mat&#233;riel et les fabriques industriels, 58,3 % des gisements de fer revinrent aux Tch&#232;ques et 25 % aux Roumains. Occupant 13 % de ses for&#234;ts, les envahisseurs ne laiss&#232;rent &#224; la Hongrie que 51 scieries sur 444. Les magyars ne conserv&#232;rent apr&#232;s la Commune, que 44 % des raffineries, 70 % des fonderies, 35 % des briqueteries, 80 % des usines de chaux, 0,1 % des fabriques de superphosphate, et 37 % du r&#233;seau ferroviaire. La Hongrie poss&#233;dait, en 1919, du silicate naturel de magn&#233;sium et une entreprise de transformation de magn&#233;site. Elle perdit encore ces biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce pays ruin&#233;, pressur&#233;, la famine s'installa. En 1920, il y eut un d&#233;ficit de froment, seigle et orge de 3 635 000 quintaux. On ne r&#233;colta que 12 740 000 quintaux de mars, alors qu'une production de 20 millions de quintaux pouvait seule suffire aux exigences des consommateurs. On ne fournit que 40 % du sucre n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter la disette, la population ouvri&#232;re et paysanne &#233;migra. On estime qu'aujourd'hui, plus de deux millions de sujets magyars r&#233;sident &#224; l'&#233;tranger, principalement en Autriche, aux &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique et en France. L'afflux des &#233;migrants atteignit, &#224; Vienne, une telle intensit&#233;, au cours de 1921, que les commer&#231;ants durent apprendre les rudiments de la langue hongroise. En 1925, on d&#233;nombrait trente mille magyars domicili&#233;s en France, poss&#233;dant des associations politiques, des journaux et des revues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la terreur blanche qui occasionna la disette aggrave cet exode. La r&#233;pression, six ann&#233;es apr&#232;s la Commune, continue son &#339;uvre. Les social-libertaires r&#233;unis autour d'Etienne Vagi sont incarc&#233;r&#233;s ; leur association est consid&#233;r&#233;e comme ill&#233;gale ; on interdit la publication de leurs p&#233;riodiques et de leurs tracts ; les socialistes et les d&#233;mocrates qui s'efforcent de voiler les stupres du r&#233;gime voient leurs d&#233;put&#233;s chass&#233;s &#224; coups de crosse du Parlement. Les bolchevistes, partisans d'un capitalisme d'&#201;tat, se sont donn&#233; un programme et fix&#233;, d'apr&#232;s les directives de Moscou, une id&#233;ologie nettement oppos&#233;e aux directives de la Commune. Pers&#233;cut&#233;s, ils ne repr&#233;sentent aucune force dans le mouvement r&#233;volutionnaire ou l'activit&#233; politique de la Hongrie subjugu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, les honneurs royaux sont rendus au r&#233;gent Horthy et aux divers archiducs Habsbourg ; et en avril 1925, le pr&#233;sident du Conseil des Ministres, le comte Bethlen d&#233;posa sur le bureau de la Chambre des repr&#233;sentants, un projet de loi stipulant que les membres m&#226;les de la famille royale r&#233;sidant on Hongrie seraient nomm&#233;s de droit membres du S&#233;nat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>VIII - La Commune hongroise et les anarchistes (1919) : Arm&#233;e et diplomatie r&#233;volutionnaires</title>
		<link>https://partage-noir.fr/viii-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-armee-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://partage-noir.fr/viii-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-armee-et</guid>
		<dc:date>2019-09-06T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Achille Dauphin-Meunier</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Les anarchistes se proclament volontiers r&#233;fractaires et antimilitaristes. Trop de gens croient que cette attitude se motive par la r&#233;signation ou l'abdication de soi. L'exemple des Makhnovistes d'Ukraine qui lutt&#232;rent h&#233;ro&#239;quement pendant trois ann&#233;es pour maintenir leur ind&#233;pendance, celui des libertaires magyars qui s'enr&#244;l&#232;rent dans les milices r&#233;volutionnaires pour prot&#233;ger la Commune des attaques de l'Entente prouvent avec clart&#233; que les anarchistes sont, eux aussi, pr&#234;ts &#224; combattre et &#224; mourir pour leur id&#233;al.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://partage-noir.fr/-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-21-mars-1919-7-aout-1919-29-" rel="directory"&gt;La Commune hongroise et les anarchistes (21 mars 1919-7 ao&#251;t 1919)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton186-09b36.jpg?1774739525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les anarchistes se proclament volontiers r&#233;fractaires et antimilitaristes. Trop de gens croient que cette attitude se motive par la r&#233;signation ou l'abdication de soi. L'exemple des Makhnovistes d'Ukraine qui lutt&#232;rent h&#233;ro&#239;quement pendant trois ann&#233;es pour maintenir leur ind&#233;pendance, celui des libertaires magyars qui s'enr&#244;l&#232;rent dans les milices r&#233;volutionnaires pour prot&#233;ger la Commune des attaques de l'Entente prouvent avec clart&#233; que les anarchistes sont, eux aussi, pr&#234;ts &#224; combattre et &#224; mourir pour leur id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milices furent recrut&#233;es volontairement dans les Syndicats et le Parti communiste. On ne pouvait &#234;tre admis dans leurs rangs que sur la proposition des hommes de confiance de ces organes. Les engag&#233;s recevaient une solde en plus de la nourriture et de leur &#233;quipement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les prisonniers de guerre et les d&#233;serteurs de l'escorte du repr&#233;sentant des Alli&#233;s &#224; Budapest, le lieutenant-colonel Vyx, on forma un corps d'ann&#233;e international qui combattit ensuite les Franco-Roumains. Des S&#233;n&#233;galais y voisin&#232;rent avec des Russes ; des Tch&#232;ques avec des Italiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, en mai 1919, au moment de l'offensive de l'Entente, sur l'initiative des &#233;l&#233;ments social-d&#233;mocrates, on d&#233;cr&#233;ta la mobilisation g&#233;n&#233;rale. Avec les erreurs diplomatiques de Kun, cette d&#233;cision fut la cause principale de la chute du r&#233;gime. Certes, les effectifs militaires atteignirent une force num&#233;rique consid&#233;rable. Mais les milices furent alors compos&#233;es de petits bourgeois, de d&#233;mocrates enclins &#224; trahir ; les officiers r&#233;actionnaires se virent appel&#233;s sous un drapeau qu'ils ha&#239;ssaient. Ils se rendirent avec leurs r&#233;giments d&#232;s qu'ils occup&#232;rent les tranch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centuries syndicales, compos&#233;es de volontaires communistes, anarchistes, ou galil&#233;ens, emport&#233;es par leur enthousiasme, particip&#232;rent &#224; toutes les man&#339;uvres d'importance, tent&#232;rent les entreprises p&#233;rilleuses, repouss&#232;rent Roumains, Tch&#232;ques et Fran&#231;ais. Elles se virent rapidement &#233;puis&#233;es. Les troupes de r&#233;serve n'&#233;taient pas s&#251;res. Les ouvriers armuriers partis au front furent remplac&#233;s dans leurs usines par des bourgeois mobilis&#233;s qui sabot&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e rouge comprit durant la campagne mai-ao&#251;t, huit divisions r&#233;parties en cinq corps d'arm&#233;e. Quatre-vingt mille miliciens, &#226;g&#233;s de quinze &#224; soixante ans et cent mille hommes mobilis&#233;s au 4 mai la form&#232;rent. On mit &#224; la disposition des combattants cinq cents mitrailleuses, 22 a&#233;roplanes, 6 monitors, 20 trains blind&#233;s et automitrailleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien ministre de la Guerre de Karolyi, Guillaume Boehm, devint g&#233;n&#233;ralissime de l'arm&#233;e rouge. On nomma commissaire aux armements, Joseph Pogany. Longtemps, Pogany collabora au &lt;i&gt;Nepszava&lt;/i&gt;. M&#233;content de la conduite politique des directeurs de ce journal, il fonda un p&#233;riodique d'action r&#233;volutionnaire,&lt;i&gt; le Vilag Konytpar&lt;/i&gt;. Sous-secr&#233;taire d'&#201;tat durant la R&#233;publique, on le promut pr&#233;sident du Conseil des Soldats. Apr&#232;s la chute du r&#233;gime communiste, il parvint &#224; gagner New-York et maintenant, il est r&#233;dacteur au journal bolcheviste hungaro-am&#233;ricain&lt;i&gt; Uj Elore &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;En Avant, de nouveau !&lt;/i&gt;). Bela Szanto et Bela Vago l'aid&#232;rent en qualit&#233; de commissaires-substituts. Au mois de juin, D&#233;sir&#233; Bokany, commissaire &#224; la Pr&#233;voyance sociale et Eug&#232;ne Landler, commissaire des Transports partirent au front commander les deux principaux corps d'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, aucun de ces hommes ne comprit le r&#244;le qui leur incombait. D&#233;magogues f&#233;rus de jacobinisme, ils s'imagin&#232;rent que pour d&#233;livrer un pays, il fallait recourir aux m&#234;mes artifices que pour enlever une motion de confiance. Ils pr&#233;tendirent diriger des arm&#233;es, de leur cabinet ou de leur &#233;tat-major, comme on m&#232;ne une foule amorphe dans un meeting, du haut de la tribune. Ces falots chefs d'arm&#233;es furent, en r&#233;alit&#233;, les fossoyeurs de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici l'auteur responsable du d&#233;sastre, le niais qui mimant les diplomates se laissa tourner en ridicule par le vieux Clemenceau, le lamentable pantin, qui r&#233;duisit &#224; n&#233;ant, par ses bouffonneries, les entreprises &#233;conomiques et sociales de ses coll&#232;gues : Bela Kun. En 1905, Kun d&#233;laissant l'Universit&#233; de Kolozsvar entra dans la r&#233;daction du Journal d&#233;mocrate &lt;i&gt;Or&lt;/i&gt;. Puis il collabora au &lt;i&gt;Szabotsag&lt;/i&gt;, de Nagyvarad et au &lt;i&gt;Budapesti Naplo&lt;/i&gt;. Tandis qu'il g&#233;rait une caisse ouvri&#232;re &#224; Kolozavar o&#249; il &#233;tait retourn&#233;, son radicalisme se nuan&#231;a de marxisme. Au cours des hostilit&#233;s, caporal au 21&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; r&#233;giment d'infanterie, il fut saisi par les Russes. Lib&#233;r&#233; par les r&#233;volutionnaires en 1917, il fonda avec Szamuely et un journaliste d'&lt;i&gt;Arad&lt;/i&gt;, Andr&#233;as Rudnyansky, le groupe communiste hongrois qu'il dota d'un p&#233;riodique &lt;i&gt;V&#233;rit&#233; Rouge&lt;/i&gt;. Sous le pseudonyme de Docteur S&#233;besty, en novembre 1918, &#226;g&#233; de 38 ans, il revint en Hongrie, organisa le parti communiste avec les anarchistes, les galil&#233;ens et les d&#233;mobilis&#233;s ; il lan&#231;a un quotidien&lt;i&gt; le Voros Ujsag&lt;/i&gt; plus tard journal officiel du r&#233;gime communiste. Rien, par cons&#233;quent, dans son pass&#233;, ne pr&#233;para Kun &#224; la mission qu'il voulut assumer, durant cinq mois, la direction du Commissariat des Affaires &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le commencement d'avril, lorsqu'il apparut que les alli&#233;s allaient attaquer militairement la Hongrie, les milices volontaires, pensant qu'une situation critique exige l'usage de moyens extraordinaires et le rejet des hypocrisies nationales, r&#233;clam&#232;rent de franchir la fronti&#232;re, d'envahir la Bukovine, et par la haute Bessarabie et la Podolie, de joindre l&#8216;arm&#233;e russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, des territoires &#233;trangers auraient &#233;t&#233; occup&#233;s. Mais ils n'appartenaient plus &#224; personne. Les tch&#232;ques et les roumains se disputaient ces contr&#233;es &#224; peine quitt&#233;es par des soldats d'Autriche. En outre, les populations honteusement pressur&#233;es par les bellig&#233;rants esp&#233;raient en une lib&#233;ration &#233;conomique et, pr&#234;tes &#224; s'insurger, se seraient volontiers jointes aux magyars. La cr&#233;ation d'un bloc hungaro-russe aurait permis &#224; la Russie et &#224; la Hongrie de r&#233;sister aux assauts r&#233;actionnaires et de se ravitailler mutuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bela Kun refusa cat&#233;goriquement de permettre le viol des fronti&#232;res. Il se contenta d'entrer en pourparlers avec les Ukrainiens, sur les bases suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Reconnaissance absolue de l'ind&#233;pendance et de la souverainet&#233; de la r&#233;publique sovi&#233;tique d'Ukraine &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res ethnographiques, comprenant notamment la Galicie et les autres parties de la Hongrie o&#249; la population ukrainienne se trouve en majorit&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Alliance d&#233;fensive et offensive entre les r&#233;publiques communistes, jusqu'&#224; la constitution des &#201;tats F&#233;d&#233;r&#233;s d'Europe ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Interdiction aux troupes de l'une ou l'autre r&#233;publique alli&#233;e, de stationner sur le territoire de l'autre, sans l'assentiment de cette derni&#232;re ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; appui r&#233;ciproque pour la protection des territoires, la lutte contre les imp&#233;rialismes et les mouvements r&#233;actionnaires. Ces n&#233;gociations dur&#232;rent plus d'un mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ce temps, les russes trop &#233;cart&#233;s de leurs bases se firent battre par les blancs, tandis que les milices magyares, l'arme au pied, attendaient les d&#233;cisions de l'oracle budapestois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, le 8 avril, on apprit que la R&#233;publique des Conseils avait &#233;t&#233; proclam&#233;e &#224; Munich, et que la garde bavaroise occupait les fronti&#232;res du nouvel &#233;tat. A Vienne, l'agitation communiste prenait une extension rapide. L'instant approchait o&#249; se constituerait le groupe compact des &#233;tats communistes du Danube, susceptible de contenir victorieusement la pouss&#233;e des alli&#233;s et d'entra&#238;ner dans son orbite, les divers &#233;tats balkaniques. En un jour, l'arm&#233;e magyare aurait pu gagner Vienne : en une heure, d&#233;clara plus tard le pr&#233;sident du Conseil autrichien Seitz, les Conseils ouvriers d'Autriche auraient renvers&#233; la r&#233;publique d&#233;mocrate et r&#233;alis&#233; l'&#233;mancipation compl&#232;te du prol&#233;tariat. La route de Vienne &#224; Munich &#233;tait ouverte. Rapidement, les r&#233;volutionnaires, par Linz, Ried et Simbach, pouvaient op&#233;rer leur jonction avec les Bavarois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kun d&#233;p&#234;cha comme ambassadeurs &#224; Vienne plusieurs de ses amis, parmi lesquels se distingu&#232;rent Alexius Bolgar et Sandor Feny, ancien professeur de sociologie &#224; Clark University de Worcester. Pour ne pas s'immiscer dans les affaires int&#233;rieures d'un &#233;tat &#233;tranger, et ne pas &#233;veiller des susceptibilit&#233;s de l'Entente, Kun ne consentit jamais &#224; soulever l'Autriche et &#224; s'unir aux Bavarois. Il pr&#233;f&#233;ra n&#233;gocier avec les alli&#233;s. Le g&#233;n&#233;ral Smuts, d&#233;l&#233;gu&#233; de l'Afrique du Sud &#224; la Conf&#233;rence de la Paix, vint en Hongrie. Kun exulta &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Depuis l'armistice, s'exclama-t-il, l'Entente n'entama pas de conversation diplomatique avec nous, mais de vulgaires pourparlers d'ordre militaire. Le g&#233;n&#233;ral Smuts discute avec nous en qualit&#233; de diplomate. Ceci prouve que le syst&#232;me prol&#233;tarien est reconnu par l'Entente comme le premier pouvoir fermement &#233;tabli depuis l'effondrement de l'arm&#233;e imp&#233;riale&lt;/q&gt;. Smuts partit bient&#244;t &#224; Prague ; &#224; Vienne, Bolgar poursuivit les pourparlers avec le colonel Cuningham.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, le 2 mai, la garde bavaroise vaincue livrait Munich aux r&#233;actionnaires. La Hongrie se trouvait isol&#233;e. Elle ne devait d&#233;sormais compter que sur ses propres forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inaction des milices magyares permit aux bandes roumaines de p&#233;n&#233;trer en Transylvanie, le 2 avril ; d'occuper, le 22 avril, Kischeno, Nagyszalonta et Debreczen ; d'entrer, le 23 avril, &#224; Matteszalka. Le 24 avril, les Roumains proclam&#232;rent la mobilisation des hospitaliers et ouvriers munitionnaires. Ils march&#232;rent sur Arad, suivis de l'arm&#233;e fran&#231;aise. Pour briser leur avance, les nazar&#233;ens de Transylvanie incit&#232;rent les travailleurs &#224; faire une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans les centres, &#224; Kolozsvar, Szamos-Ujvar, Zam, etc. Dans cette conjecture, &#224; Budapest, Kun et son substitut Pierre Agoston, au lieu de se r&#233;soudre aux mesures extr&#234;me, se r&#233;pandaient en conversations. Le 25 avril, Franchet d'Esperey donnait &#224; ses soldats, l'ordre de reprendre l'avance suspendue &#224; la suite de la mission Smuts ; l'entente par un ultimatum, somma les commissaires du peuple de transmettre leurs pouvoirs &#224; un gouvernement r&#233;publicain. Kun restait optimiste. Il t&#233;l&#233;graphiait &#224; Balfour et r&#233;clamait la venue d'une mission internationale &#224; Budapest pour r&#233;gler les d&#233;tails du &#171; statut des entreprises &#233;trang&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai, dans les avenues de la capitale, d&#233;cor&#233;es d'arcs triomphaux, parmi les tribunes, les tours d'honneur recouvertes de bandes d'&#233;toffe pourpre, dans le fracas des cuivres, &#224; l'appel des leaders, quatre cent mille personnes d&#233;fil&#232;rent en cort&#232;ge, acclamant le nouveau r&#233;gime. Le 2 mai, on apprit la chute des Conseils bavarois et la prise des rives orientales de la Tisza, par les franco-roumains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 mai, le g&#233;n&#233;ral Marcarescu, commandant l'arm&#233;e roumaine de Transylvanie, exigea, dans un ultimatum, la d&#233;mobilisation des milices magyares, la livraison du mat&#233;riel, des armes et approvisionnements, de 800 locomotives, de 4 000 wagons de voyageurs, et 40 000 wagons de marchandises, de 4 trains blind&#233;s. Il r&#233;clama de plus, la lib&#233;ration, sans r&#233;ciprocit&#233;, des prisonniers, l'occupation des t&#234;tes de pont de la rive droite de la Tisza, l'&#233;vacuation des territoires situ&#233;s entre le fleuve et la Roumanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Budapest, on comprit enfin le danger. Pr&#232;s de deux mois avaient &#233;t&#233; gaspill&#233;s en pourparlers ; il fallut r&#233;agir. Le 4 mai, la mobilisation g&#233;n&#233;rale fut proclam&#233;e. Tout individu ayant re&#231;u une instruction militaire quelconque dut partir pour le front. Une propagande intense s'effectua dans les syndicats, afin d'inciter les ouvriers &#224; s'engager. Les r&#233;form&#233;s ex&#233;cut&#232;rent des travaux de fortification. Budapest entra dans la zone des op&#233;rations militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 5 mai, l'arm&#233;e rouge s'&#233;branla. Les centuries syndicales, aid&#233;s des matelots, refoul&#232;rent les Roumains de Szolnok &#224; Mezo Tur. Les milices d&#233;livr&#232;rent Kisujzallas, Karczag et P&#252;sp&#246;k Lad&#226;nu ; les t&#234;tes de pont sur la rive gauche de la Tisza revinrent en leur possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 avril, d&#233;non&#231;ant l'armistice de Belgrade, les Tch&#232;ques, command&#233;s par le g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais Pell&#233;, avanc&#232;rent vers Pozsony et Selmeczbanya. Le 11 mai, seulement, les magyars ripost&#232;rent et les envahisseurs s'enfuirent, le 12 mai, en d&#233;sordre, dans la direction de Fulek et Lovonoz. Le 7 juin, le 28&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; r&#233;giment d'infanterie tch&#232;que, officiers en t&#232;te, se rendit. Le 11 juin, les communistes occup&#232;rent Sz&#233;r&#233;nos, Patnok et Leva et lib&#233;r&#232;rent la Haute-Hongrie. Le 14 juin, ils p&#233;n&#233;tr&#232;rent en Slovaquie ; le 16 juin, ce pays s'insurgea et proclama la dictature du prol&#233;tariat. A Eperies, importante cit&#233; sur la rive gauche de la Tarcza, un Conseil de d&#233;l&#233;gu&#233;s des soviets locaux s'&#233;tablit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nomma Jansonek pr&#233;sident du Comit&#233; provisoire. Les principaux commissaires de la nouvelle r&#233;publique furent Kova&#233;s, d&#233;l&#233;gu&#233; aux Finances, Fenner et Hensik, respectivement charg&#233;s des d&#233;partements de la socialisation et de l'agriculture. Imm&#233;diatement, on effectua la r&#233;forme agraire. A Prague, les social-d&#233;mocrates s'empar&#232;rent du pouvoir : V. Tusar devint pr&#233;sident du Conseil ; ses amis Antoine Hampt, L&#233;on Vinter, Gustave Habermann, tous favorables au communisme, prirent les portefeuilles du Travail, de l'instruction et de la Pr&#233;voyance Sociale. Quatre agrariens si&#233;g&#232;rent aux minist&#232;res de l'Int&#233;rieur, des Postes, de l'Agriculture et des Finances. La situation diplomatique se pr&#233;sentait donc excellente. Les troupes hongroises soutenues par les milices slovaques, n'avaient plus qu'&#224; marcher vers Kremnica ou Trencin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 juin, alors qu'elle atteignait le paroxysme de son &#233;lan, l'arm&#233;e rouge du s'arr&#234;ter, sur l'ordre formel de B&#233;la Kun. Dans la nuit du 7 juin, en effet, Clemenceau, par un radiot&#233;l&#233;gramme, invita les d&#233;l&#233;gu&#233;s hongrois &#224; participer &#224; la Conf&#233;rence de la Paix moyennant la cessation des hostilit&#233;s contre les Tch&#232;ques et les Roumains. Kun accepta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 juin, Clemenceau enjoignit de nouveau aux magyars d'&#233;vacuer les territoires tch&#232;ques et slovaques dans un d&#233;lai de 4 jours &#224; partir du 14 juin. Kun r&#233;torqua que la note n'&#233;tait parvenue que le 15 juin, et qu'il ne pouvait ordonner l'&#233;vacuation dans les d&#233;lais pr&#233;vus. N&#233;anmoins, il adressa, le 17 juin, &#224; Masaryk, pr&#233;sident de la r&#233;publique tch&#232;que, une d&#233;p&#234;che r&#233;clamant l'ouverture des n&#233;gociations. Le gouvernement de Prague se d&#233;clara pr&#234;t &#224; conclure un trait&#233;, pourvu que fussent observ&#233;es les d&#233;cisions de Clemenceau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 juin, au Congr&#232;s des Conseils, Kun affirma &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous allons conclure une paix dont la dur&#233;e ne sera gu&#232;re plus longue que celle de Brest-Litovsk. Nous n&#233;gocions avec les imp&#233;rialistes. Pourtant ce n'est pas &#224; nous, mais au prol&#233;tariat de Boh&#232;me de d&#233;truire les clauses de ce pacte. Nous ne devons sous aucun pr&#233;texte nous immiscer dans les affaires int&#233;rieures de nos voisins, f&#251;t-ce pour am&#233;liorer notre condition&lt;/q&gt;. Il s'ent&#234;tait encore dans sa conception mesquine du respect d&#251; aux &#201;tats bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que l'aveugle Kun, confiant dans la sinc&#233;rit&#233; de Clemenceau, poursuivait ses tractations, dans la Hongrie occidentale, les alli&#233;s embrigadaient de force plusieurs milliers de paysans dans la troupe r&#233;actionnaire dont ils confi&#232;rent le commandement &#224; l'amiral Horthy, r&#233;gent actuel du royaume de Hongrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kun craignait la puissance militaire des alli&#233;s. Pourtant, les communistes les battirent &#224; chaque rencontre. Les Fran&#231;ais, plac&#233;s toujours en deuxi&#232;me ligne, repr&#233;sentaient une force num&#233;rique ridicule. Les soldats, affaiblis par les fi&#232;vres, en proie &#224; la haine non pas de leurs ennemis d&#233;clar&#233;s, mais de leurs auxiliaires roumains, tch&#232;ques et serbes, se trouvaient d&#233;moralis&#233;s. Les Serbes se r&#233;voltaient sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 mars, ils avaient dirig&#233; une flottille de monitors contre Budapest. Les monitors revinrent s&#233;rieusement endommag&#233;s. Le 22 juillet, &#224; 2 heures de l'apr&#232;s-midi, &#224; Marbourg, les r&#233;servistes du 45&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; r&#233;giment yougoslave se mutin&#232;rent. Ils furent r&#233;prim&#233;s par des officiers fran&#231;ais, apr&#232;s avoir laiss&#233; sur le sol 49 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 juillet, &#224; Varesdin, en Croatie, un r&#233;giment de cavalerie, aid&#233; par les ouvriers de la ville, emprisonna ses officiers et d&#233;clara la Commune. L'ordre ne parvint &#224; se r&#233;tablir qu'apr&#232;s deux journ&#233;es de combat. A Esseg, en Slavon&#238;e, les ouvriers d&#233;cr&#233;t&#232;rent la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et arbor&#232;rent le drapeau rouge, &#224; l'arriv&#233;e des Fran&#231;ais. Les meneurs arr&#234;t&#233;s se virent, sans jugement, pass&#233;s par les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 juin, le g&#233;n&#233;ral Pell&#233;, informa Guillaume Boehm que les Tch&#232;ques suspendaient les hostilit&#233;s &#224; la condition que les hongrois repasseraient la fronti&#232;re slovaque. Kun obtemp&#233;ra ; la r&#233;publique sovi&#233;tique de Slovaquie fut renvers&#233;e, le 29 juin, et les principaux commissaires, pendus. Les Tch&#232;ques reprirent l'offensive, et un t&#233;l&#233;gramme officiel de Prague, en date du 27 juin, d&#233;clara : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Tandis que le g&#233;n&#233;ralissime Pell&#233; adressait un radio-t&#233;l&#233;gramme au commandant en chef des magyars, nos troupes firent de rapides progr&#232;s sur la partie occidentale du front&lt;/q&gt;. Alors, d&#233;courag&#233;es, comprenant la stupidit&#233; de leurs chefs, lasses de vaincre pour reculer davantage, contamin&#233;es par les &#233;l&#233;ments bourgeois infiltr&#233;s dans leurs rangs, les milices rouges se d&#233;sorganis&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers s'enfuirent dans les villes ; les d&#233;mocrates se rendirent aux envahisseurs qui les enr&#233;giment&#232;rent sous le drapeau d'Horthy ; les paysans seuls poursuivirent la lutte. Jusqu'en ao&#251;t, ils parvinrent &#224; contenir les troupes alli&#233;es. Mais celles-ci avaient op&#233;r&#233; leur jonction. De Slovaquie, de Transylvanie, de Syrmie, de Slavonie, elles se dirigeaient vers Budapest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 ao&#251;t, B&#233;la Kun c&#233;da sa place &#224; son substitut. Agoston Haubrich devint commissaire aux armements. Peidl rempla&#231;a Garba&#239; &#224; la pr&#233;sidence du Conseil sovi&#233;tique. Il &#233;tait trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la matin&#233;e du 5 ao&#251;t, 30 000 Roumains, conduits par Marcarescu p&#233;n&#233;tr&#232;rent &#224; Budapest. Le 7 ao&#251;t, les blancs d'Horthy arr&#234;t&#232;rent Peidl et les autres commissaires du peuple. Le 10 ao&#251;t, &#224; Csepel, mille ouvriers des centuries syndicales, qui s'&#233;taient rendus, furent massacr&#233;s &#224; coups de mitrailleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bela Kun, auteur de ce d&#233;sastre, prit le train pour Vienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>VII - La Commune hongroise et les anarchistes (1919) : La question financi&#232;re</title>
		<link>https://partage-noir.fr/vii-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la-question</link>
		<guid isPermaLink="true">https://partage-noir.fr/vii-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la-question</guid>
		<dc:date>2019-09-05T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Achille Dauphin-Meunier</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Eug&#232;ne Varga, commissaire aux Finances et l'un des pr&#233;sidents du Conseil Economique travailla jusqu'&#224; l'&#226;ge de 26 ans en qualit&#233; de gar&#231;on boulanger. Dou&#233; d'une rare &#233;nergie, il voulut alors s'&#233;duquer, &#233;tudia sans le secours d'aucun ma&#238;tre, subit avec succ&#232;s les examens du baccalaur&#233;at et devint professeur &#224; l'Ecole de Commerce.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://partage-noir.fr/-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-21-mars-1919-7-aout-1919-29-" rel="directory"&gt;La Commune hongroise et les anarchistes (21 mars 1919-7 ao&#251;t 1919)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton185-b24c3.jpg?1774739525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_188 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende descriptif' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH228/vargajen_-2-c6cf8-9c69b.jpg?1774968910' width='150' height='228' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;span style=&#034;float:left;&#034;&gt;Eug&#232;ne Varga.&lt;/span&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Eug&#232;ne Varga, commissaire aux Finances et l'un des pr&#233;sidents du Conseil Economique travailla jusqu'&#224; l'&#226;ge de 26 ans en qualit&#233; de gar&#231;on boulanger. Dou&#233; d'une rare &#233;nergie, il voulut alors s'&#233;duquer, &#233;tudia sans le secours d'aucun ma&#238;tre, subit avec succ&#232;s les examens du baccalaur&#233;at et devint professeur &#224; l'Ecole de Commerce. Les ouvrages qu'il composa (L'organisation &#233;conomique de la R&#233;publique magyare des Conseils ; Probl&#232;mes &#233;conomiques du R&#233;gime prol&#233;tarien ; Essor ou D&#233;cadence du Capitalisme) le mettent au premier rang des &#233;conomistes &#233;minents de l'&#233;poque, les Keynes, les Gide, les Travers-Borgstroem ou les Cornelissen. Varga se d&#233;clare marxiste. Mais comme &#224; tous les th&#233;oriciens de souche hongroise, le dogmatisme et le mat&#233;rialisme dess&#233;chant du pr&#233;dicant germain, le r&#233;pugnent. Et les m&#233;thodes qu'il applique et l'id&#233;ologie dont il se r&#233;clame n'ont de marxistes que l'&#233;pith&#232;te. A l'encontre de Marx qui faisait d&#233;couler les ph&#233;nom&#232;nes de postulats dont il se croyait l'inventeur et qui basait ses th&#232;ses sur le raisonnement et non sur l'observation, Varga condamne l'apriorisme, s'int&#233;resse &#224; l'analyse des faits qu'il abstrait avec prudence, en tenant compte de l'ambiance. Sa m&#233;thode est essentiellement inductive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Niant la valeur absolue, comme facteur d'&#233;volution, du mat&#233;rialisme historique, il reconna&#238;t l'importance de l'id&#233;ologie et pense que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la grande influence des moteurs id&#233;alistes et des &#233;nergies politiques qui en d&#233;coulent nous incite &#224; introduire constamment comme &#233;l&#233;ments d&#233;cisifs dans l'&#233;tude des probl&#232;mes &#233;conomiques, la politique et l'id&#233;ologie&lt;/q&gt;. Puis, il condamne, d'une mani&#232;re tranchante, le d&#233;terminisme que Marx insinue dans la loi de concentration et la th&#232;se catastrophique et conclut : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ni le chaos de la production, ni les crises, ni la diminution du taux des b&#233;n&#233;fices, ni l'accroissement de la d&#233;tresse populaire ne donneront le coup de gr&#226;ce &#224; la soci&#233;t&#233; capitaliste. Seule la lutte r&#233;volutionnaire et consciente de la classe ouvri&#232;re peut amener ce r&#233;sultat. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde communiste o&#249; tous les consommateurs produiront et o&#249; les transactions commerciales s'effectueront directement entre les magasins d'approvisionnement et les centres de production, l'usage d'un num&#233;raire quelconque sera superflu. Les anarcho-syndicalistes avaient compris cette v&#233;rit&#233;. Varga se mit en demeure de la r&#233;aliser. Il sentit avec justesse que la d&#233;valorisation de l'argent devait s'effectuer dans un temps assez bref pour d&#233;truire la puissance acquisitive et corruptrice des sommes d&#233;tenues par la bourgeoisie et assez long pour supprimer l'aveugle confiance des masses dans la valeur d'usage ou pouvoir et la valeur d'&#233;change ou utilit&#233; de la monnaie. Il fallait r&#233;&#233;duquer &#233;conomiquement le peuple et l'inciter &#224; venir de lui-m&#234;me au troc. On recourut, dans ce but, &#224; la d&#233;valorisation de la monnaie, &#224; l'emploi des cartes syndicales et des bons de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des billets bleus imprim&#233;s &#224; Vienne et jet&#233;s dans la circulation, par la Banque d'Autriche-Hongrie se trouvaient en mouvement au d&#233;but du r&#233;gime, et cotaient sur les march&#233;s &#233;trangers. Les presses &#233;taient &#224; Vienne, hors du contr&#244;le r&#233;volutionnaire. Depuis novembre 1918, les envois de num&#233;raire &#224; Budapest avaient &#233;t&#233; suspendus. La valeur de cette monnaie bleue restait donc semblable ; on n'en pouvait amener la diminution par une &#233;mission extraordinaire, puisqu'on ne poss&#233;dait pas les presses. Les Conseils d&#233;cid&#232;rent de retirer le cours l&#233;gal du papier bleu et de le confisquer au b&#233;n&#233;fice de l'Office du Commerce ext&#233;rieur, afin de conserver n&#233;anmoins un instrument de transaction avec l'Etranger. Le gouvernement de Karolyi, pour se donner une monnaie propre, non assujettie aux fluctuations de l'ancienne couronne, avait de son c&#244;t&#233; &#233;mis des billets imprim&#233;s d'une seule face, les billets blancs. Les machines &#233;tant install&#233;es &#224; Budapest, les communistes par une &#233;mission continue, parvinrent &#224; d&#233;valoriser promptement ces billets. Ils ne r&#233;pondirent plus aux besoins du commerce d'ailleurs monopolis&#233;. Une ancienne Banque de Cr&#233;dit socialis&#233;e, la Caisse d'Epargne Postale, &#233;mit alors pour compte de l'&#201;tat, afin de satisfaire la demande des producteurs, des billets postaux. On en jeta tant sur le march&#233; qu'ils subirent le sort des pr&#233;c&#233;dents. Durant la Commune, pour d&#233;valoriser le num&#233;raire, on &#233;mit huit milliards de couronnes en monnaie fiduciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;rifiant la loi de Gresham qui veut que dans une nation qui use en m&#234;me temps de plusieurs monnaies l&#233;gales, la plus mauvaise d'entre elles chasse les autres, les m&#233;taux pr&#233;cieux avaient fui devant le papier-monnaie et les billets bleus et blancs devant les bons postaux qui, subsistaient seuls, inutilis&#233;s et inutilisables. Le num&#233;raire ne pr&#233;sentait plus aucun attrait commercial un mois apr&#232;s l'av&#232;nement du r&#233;gime des Conseils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On prit alors une mesure plus &#233;nergique et d&#233;monstrative. Varga, soutenu par les anarcho-syndicalistes qui reconnaissaient l&#224; l'enti&#232;re application de leur th&#233;orie mon&#233;taire, voulut prouver aux travailleurs que si l'argent, base du syst&#232;me capitaliste, ne poss&#232;de pas de m&#233;rite original, seul, dans un monde communiste, le travail repr&#233;sente une force. Il d&#233;sirait m&#234;me instaurer la pratique du bon de travail ; mais il ne put, en Hongrie, r&#233;aliser cette exp&#233;rience dont Kropotkine a th&#233;oriquement d&#233;montr&#233; l'erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;cida de ne fournir d'objets de consommation que sur pr&#233;sentation de la carte syndicale. On s'imaginait amener de la sorte les individus &#224; accomplir un travail social d&#233;termin&#233; par eux et r&#233;glement&#233; dans l'int&#233;r&#234;t collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bela Kun le reconnut quand il dit, le 14 mai : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Maintenant tout reflue vers les Syndicats, non pour faire carri&#232;re, mais pour vivre. Le r&#233;gime communiste est celui de la soci&#233;t&#233; organis&#233;e. Celui qui veut vivre et r&#233;ussir doit adh&#233;rer &#224; une organisation, aussi les Syndicats ne doivent-ils pas faire de difficult&#233;s aux admissions. Qui se pr&#233;sente doit &#234;tre accept&#233;. &lt;/q&gt; Malheureusement, on commit la faute de fonder des Syndicats de m&#233;tiers inutiles ou d'int&#233;r&#234;t secondaire. Les anciens bourgeois y afflu&#232;rent et donn&#232;rent une telle importance num&#233;rique &#224; ces nouvelles institutions que la base du syst&#232;me &#8211; le travail social effectu&#233; par chacun en vue du b&#233;n&#233;fice de tous &#8211; s'en trouva gravement atteinte. La production industrielle, loin d'augmenter ainsi qu'on l'esp&#233;rait, diminua. Et les cartes syndicales, &#224; l'instar des billets, se d&#233;valoris&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rechercha donc un syst&#232;me, qui tout en &#233;liminant l'id&#233;e de num&#233;raire susceptible d'&#234;tre accumul&#233; pour sa valeur intrins&#232;que ou fiduciaire, servit provisoirement aux transactions. On avait reconnu l'impossibilit&#233; de l'&#233;tablir sur la puissance du labeur socialement organis&#233; ; on le basa sur un &#233;l&#233;ment purement id&#233;ologique, la confiance. Le bon de confiance, cette monnaie que condamn&#232;rent les &#233;conomistes bourgeois pour son absence d'homog&#233;n&#233;it&#233;, se r&#233;v&#233;la la seule monnaie stable du r&#233;gime communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans chaque maison, dans chaque Syndicat, dans chaque usine, dans chaque Coop&#233;rative rurale, les individus, par appartements, sections, ateliers ou fermes, &#233;lisaient au suffrage universel et secret un homme de confiance r&#233;vocable. Lorsqu'une personne ressentait le besoin d'un objet quelconque, d'un instrument ou d'une paire de bottes, elle exposait sa situation &#224; l'homme de confiance qui lui d&#233;livrait, apr&#232;s enqu&#234;te rapide et sous sa responsabilit&#233;, un bon. Munie de ce bon, elle, se pr&#233;sentait dans les entrep&#244;ts communaux o&#249; l'on satisfaisait &#224; sa demande. Le bon de confiance avait des qualit&#233;s politiques et &#233;conomiques. L'enqu&#234;te &#224; laquelle se livrait l'homme de confiance responsable lui permettait de s'assurer si la demande correspondait exactement aux n&#233;cessit&#233;s. Les ouvriers se voyaient ainsi content&#233;s ; et les anciens propri&#233;taires ne pouvaient r&#233;clamer, comme avec la carte syndicale, des produits dont ils poss&#233;daient l'&#233;quivalence, gr&#226;ce aux vestiges de leur fortune, mais qu'ils voulaient rec&#233;der contre d'autres dont ils manquaient. La sup&#233;riorit&#233; &#233;conomique de la bourgeoisie se trouvait in&#233;luctablement ruin&#233;e. En outre, m&#234;me d&#233;valoris&#233;s, les billets restaient encore du num&#233;raire. Ils n'avaient plus de puissance d'achat mais indiquaient qu'ils en avaient eu et restaient capables d'en recouvrer, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;si les Conseils suivaient une sage politique mon&#233;taire&lt;/q&gt;. Par contre, les bons de confiance, strictement personnels et conc&#233;d&#233;s en vue d'un but d&#233;termin&#233;, ne contenaient aucune des vertus essentielles d'une monnaie quelconque. Ils ne jouaient pas le r&#244;le de capital-nature puisqu'ils ne pouvaient satisfaire &#224; de multiples besoins, &#224; la fois, ils manifestaient la disparition radicale du num&#233;raire et l&#8216;av&#232;nement d'un monde o&#249;, dans la mesure humainement possible, chacun se voit r&#233;tribu&#233;, non selon son travail (bons de travail ou cartes syndicales), mais selon ses exigences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales op&#233;rations auxquelles se livrent les banques, dans le capitalisme, sont l'ouverture d'un compte-courant et la commandite industrielle. Des individus placent leur fortune mobili&#232;re dans les caisses d'un banquier qui leur sert un int&#233;r&#234;t pour l'usage qu'il fait du d&#233;p&#244;t. Quelquefois, le banquier avance &#224; ses clients dans des conditions d&#233;termin&#233;es &#224; l'amiable et sur garantie, certains sommes dont les int&#233;r&#234;ts se compensent avec ceux qu'il leur r&#232;gle en consid&#233;ration de leur remise. Cette combinaison compose le compte courant. Dans d'autres circonstances, soit par l'achat en Bourse de paquets d'actions, soit par une avance directe de fonds, le financier participe &#224; la marche d'une Soci&#233;t&#233; industrielle, en qualit&#233; de commanditaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle sera la politique bancaire d'un r&#233;gime o&#249; les tractations personnelles, le recours on&#233;reux au cr&#233;dit priv&#233; se trouveront remplac&#233;s par le monopole du commerce et la gratuit&#233; du Cr&#233;dit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 21 mars, les miliciens occup&#232;rent les &#233;tablissements de cr&#233;dit et les banques d'affaires. Les directeurs furent cong&#233;di&#233;s et provisoirement remplac&#233;s par des employ&#233;s syndiqu&#233;s &#233;lus par le personnel de leur maison. Puis, afin d'emp&#234;cher les actionnaires ou les clients de disposer des d&#233;p&#244;ts bancaires pour fomenter une agitation r&#233;actionnaire, on r&#233;solut que personne ne pourrait retirer par mois plus du dixi&#232;me de son capital et au maximum, 2 000 couronnes par mois, chiffre ridicule. Aucune ouverture de compte courante ne devait &#234;tre d&#233;sormais effectu&#233;. Il fallut organiser alors le cr&#233;dit public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914, il existait surtout, en Hongrie, des Caisses d'Epargne communales dont les Etablissements budapestois centralisaient les op&#233;rations avec l'Etranger. La principale de ces maisons, la Caisse d'Epargne Postale, fond&#233;e on 1885, poss&#233;dait en 1913, un capital de 227 millions de couronnes. L'Institut d'Emission se trouvait &#224; Vienne ; la Banque d'Autriche-Hongrie ne disposait que d'une succursale &#224; Budapest et de 135 bureaux et comptoirs en Hongrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Commissariat des Finances, malgr&#233; l'opposition des fonctionnaires des banques, d&#233;cida de supprimer les &#233;tablissements superflus, dont on fit des maisons de rapport et de concentrer l'action financi&#232;re &#224; l'int&#233;rieur du pays dans trois organes : L'Institut Sovi&#233;tique d'Emission, le Central Financier et l'Association Centrale du Cr&#233;dit Agricole. Ces &#233;tablissements ne devaient remplir qu'un r&#244;le aussi transitoire que le num&#233;raire. Seul aurait subsist&#233; jusqu'&#224; la constitution des &#201;tats F&#233;d&#233;r&#233;s d'Europe, l'Office du Commerce Ext&#233;rieur poss&#233;dant le monopole des transactions avec les nations capitalistes et les pays pratiquant l'&#233;conomie communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'effor&#231;a d'assurer la r&#233;mun&#233;ration des ouvriers et la bonne marche de la production. Aussi, les banques qui commanditaient une entreprise avant la R&#233;volution furent-elles contraintes de r&#233;tribuer les travailleurs de l'entreprise et de procurer des mati&#232;res aux Offices. On attribua les fonds dont elles disposaient aux Conseils d'Exploitation. Le Commissariat des Finances confisqua les r&#233;serves des banques qui ne participaient pas avant Mars &#224; la gestion d'une Soci&#233;t&#233; et les remit au Central Financier. Celui-ci, pour compte de l'&#201;tat, fournit les sommes aux Conseils d'Exploitation qui les demand&#232;rent. Si bien que dans les premi&#232;res semaines de la Commune &#224; l'encontre de ce qui se produisit en Russie, il n'y eut aucun trouble dans la vie &#233;conomique du pays. Les ouvriers re&#231;urent r&#233;guli&#232;rement leurs traitements ; les usines ne manqu&#232;rent pas de cr&#233;dit pour acqu&#233;rir les mati&#232;res premi&#232;res. Sans heurts, le prol&#233;tariat prit en mains la direction des entreprises. L'Institut Sovi&#233;tique d'Emission, confondu d'abord avec la Succursale de la Banque d'Autriche-Hongrie, puis avec la Caisse d'Epargne Postale, par l'entremise de ces organes, couvrit rapidement le pays de papier sans valeur. Ainsi fut totalement an&#233;antie la dette publique int&#233;rieure. C'est alors que les cr&#233;anciers &#233;trangers s'&#233;murent. Ils engag&#232;rent l'Entente &#224; r&#233;agir contre les men&#233;es communistes et pr&#233;par&#232;rent l'offensive de mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour apaiser leur crainte, Bela kun d&#233;clara au g&#233;n&#233;ral Smuts, h&#233;raut des rentiers occidentaux que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La Hongrie se chargeait d'assurer aux propri&#233;taires &#233;trangers r&#233;sidant actuellement sur son territoire, toutes facilit&#233;s pour quitter le pays en emportant l'argent, les valeurs, les effets commerciaux et autres objets de propri&#233;t&#233; mobili&#232;re qu'ils pourraient poss&#233;der. Les &#233;trangers d&#233;sireux de rester en Hongrie ont l'assurance formelle que leurs biens seront sauvegard&#233;s et leur vie, respect&#233;e. Les banques, entreprises commerciales et Compagnies &#233;trang&#232;res ne seront pas liquid&#233;es sans une convention &#233;conomique entre le gouvernement magyar et les puissances int&#233;ress&#233;es.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffisait pas de calmer les appr&#233;hensions des cr&#233;anciers &#233;trangers ; il fallait encore nouer des relations avec eux. L'Office du Commerce Ext&#233;rieur s'y essaya. L'utilit&#233; d'un tel organe ne saurait &#234;tre mise en doute par un anarchiste. Puisque le commerce priv&#233; n'existe plus, les Offices de mati&#232;res doivent s'adresser &#224; l'institution Nationale capable de leur procurer, par importation, les denr&#233;es exotiques dont ils ont besoin, &#224; l'aide d'un produit recherch&#233; sur tous les march&#233;s, la monnaie m&#233;tallique ou son succ&#233;dan&#233;, le billet de banque convertible en esp&#232;ces. Dans les transactions avec les capitalistes, un r&#233;gime communiste ne r&#233;pugne pas &#224; exporter de l'or en &#233;change de produits ni m&#234;me &#224; avoir une balance d&#233;bitrice. Cet or ne repr&#233;sente pas, en effet, de valeur r&#233;elle pour lui, mais simplement une valeur d'&#233;change. En outre, les communistes savent que le m&#233;tal pr&#233;cieux corrompt l'&#201;tat capitaliste qui l'accumule : un change trop &#233;lev&#233; chasse les acheteurs munis de monnaie d&#233;pr&#233;ci&#233;e, tarit l'industrie nationale, ruine le commerce, occasionne un ch&#244;mage intense et des crises sociales favorables &#224; la naissance d'une soci&#233;t&#233; prol&#233;tarienne. Dans les relations avec les R&#233;publiques ouvri&#232;res, les &#233;changes s'effectuent de valeurs r&#233;elles &#224; valeurs r&#233;elles. L'Office du Commerce Ext&#233;rieur n'est plus qu'un organe enregistreur dont l'importance tend &#224; d&#233;cro&#238;tre &#224; mesure que se d&#233;veloppent les transactions de cette nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire, l'Office du Commerce Ext&#233;rieur hongrois ne fonctionna gu&#232;re. Les pays communistes voisins, comme la Bavi&#232;re ou la Slovaquie, emport&#233;s dans le tourbillon des luttes r&#233;volutionnaires ne purent commercer avec la Hongrie. Ils subsist&#232;rent trop peu de temps pour devenir capables de nouer des rapports int&#233;ressants. La Russie &#233;tait trop &#233;loign&#233;e. Entre elle et les Magyars, s'interposaient les arm&#233;es de l'Entente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les concessions de Bela Kun, les gouvernements bourgeois se tinrent sur la r&#233;serve ou r&#233;alis&#232;rent le blocus &#233;conomique de la Hongrie. N&#233;anmoins, les capitalistes tch&#232;ques, anglais et yougoslaves, insoucieux des attaques dirig&#233;es par leurs troupes contre les communistes, fournirent &#224; ces derniers des mati&#232;res premi&#232;res (peaux tann&#233;es, bois de construction, pi&#232;ces m&#233;talliques). Mais ils ne recoururent pas ouvertement &#224; l'Office du Commerce Ext&#233;rieur. Les transactions s'effectu&#232;rent par l'entremise des anciennes Soci&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res, domicili&#233;es en Hongrie, th&#233;oriquement ind&#233;pendantes et pass&#233;es en fait sous le contr&#244;le imm&#233;diat de l'Office. Il est int&#233;ressant de remarquer que les capitalistes, eurent confiance dans la solidit&#233; du r&#233;gime communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La couronne hongroise (billet bleu) cotait &#224; la Bourse de Zurich, en mars 1919, au moment de la proclamation de la Commune, 22,57. A l'annonce, sit&#244;t d&#233;mentie, de la confiscation des biens et valeurs mobili&#232;res, appartenant aux &#233;trangers, elle descendait &#224; 18,54. La victorieuse contre-offensive de mai qui consolida les Conseils la fit remonter en 21,07. Les temporisations militaires de juin et juillet caus&#232;rent une rechute 17,91 et 15,77. Lorsque les Conseils tomb&#232;rent et que l'on instaura un gouvernement militaire, sous la protection des ba&#239;onnettes franco-roumaines, la couronne d&#233;gringola jusqu'&#224; 12,26. Mais elle ne valait plus que 0,56 en novembre 1921, en pleine dictature bourgeoise. Ces fluctuations nous d&#233;montrent que le patriotisme des financiers s'accommode ais&#233;ment de tractations avec l'ennemi ; tandis que les capitalistes r&#233;pandent, par une presse vendue, les erreurs destin&#233;es &#224; duper l'esprit des foules, ils savent appr&#233;cier avec perspicacit&#233; les vertus profondes de leurs adversaires. Ne l'oublions jamais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>VI - La Commune hongroise et les anarchistes (1919) : La politique agraire</title>
		<link>https://partage-noir.fr/vi-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la-politique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://partage-noir.fr/vi-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la-politique</guid>
		<dc:date>2019-09-04T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Achille Dauphin-Meunier</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Asservis politiquement et &#233;conomiquement aux propri&#233;taires fonciers, journaliers, domestiques et petits paysans se trouvaient, avant la guerre, d&#233;sorganis&#233;s, sans initiative r&#233;volutionnaire. Deux anarchistes, Etienne Varkonyi et Eug&#232;ne Schmidt s'efforc&#232;rent de rem&#233;dier &#224; cette situation. Fils d'agriculteur, longtemps maquignon, Varkonyi adh&#233;ra au parti social d&#233;mocrate dont le r&#233;formisme l'&#233;c&#339;ura et qu'il abandonna en 1896.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://partage-noir.fr/-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-21-mars-1919-7-aout-1919-29-" rel="directory"&gt;La Commune hongroise et les anarchistes (21 mars 1919-7 ao&#251;t 1919)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton184-7d470.jpg?1774739525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Asservis politiquement et &#233;conomiquement aux propri&#233;taires fonciers, journaliers, domestiques et petits paysans se trouvaient, avant la guerre, d&#233;sorganis&#233;s, sans initiative r&#233;volutionnaire. Deux anarchistes, Etienne Varkonyi et Eug&#232;ne Schmidt s'efforc&#232;rent de rem&#233;dier &#224; cette situation. Fils d'agriculteur, longtemps maquignon, Varkonyi adh&#233;ra au parti social d&#233;mocrate dont le r&#233;formisme l'&#233;c&#339;ura et qu'il abandonna en 1896.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Influenc&#233; par le communisme libertaire, il fonda l'Alliance Paysanne qu'il dota d'un journal &lt;i&gt;A F&#246;ldem&#252;velo&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Paysan&lt;/i&gt;). Il entra en lutte contre les socialistes qui, apr&#232;s avoir tent&#233; d'assujettir les syndicats industriels, s'effor&#231;aient de gagner la sympathie des ruraux, dans un but &#233;lectoral. Le 14 f&#233;vrier et le 8 septembre 1897 &#224; Czegled, Varkonyi tint deux congr&#232;s dans lesquels il d&#233;finit son programme. Ayant manifest&#233; son m&#233;pris pour la d&#233;mocratie parlementaire et d&#233;montr&#233; la vanit&#233; du suffrage universel, m&#234;me secret, il d&#233;clara que les terres ne devaient pas &#234;tre morcel&#233;es entre les paysans valides comme le sugg&#233;raient les marxistes, mais communalis&#233;es et cultiv&#233;es en commun. Afin de pr&#233;parer l'expropriation des seigneurs fonciers et d'&#233;duquer &#233;conomiquement les campagnards en leur donnant confiance dans leur force, il fallait &#233;tablir imm&#233;diatement des instituts coop&#233;ratifs, des syndicats et recourir &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aid&#233; d'Eug&#232;ne Schmidt, disciple de Tolsto&#239;, Varkonyi pr&#233;para, en 1897, la premi&#232;re gr&#232;ve paysanne hongroise. A l'&#233;poque de la moisson, les paysans refus&#232;rent de servir si l'on n'augmentait pas le taux des salaires. Les propri&#233;taires furent tellement surpris par le mouvement et accul&#233;s &#224; la ruine qu'ils insist&#232;rent aupr&#232;s du gouvernement pour que l'on fit venir des &#233;migrants asiatiques. Les autorit&#233;s pr&#233;f&#233;r&#232;rent recourir &#224; la force arm&#233;e et &#224; la compression l&#233;gislative. La troupe contraignit les paysans &#224; moissonner ; on emprisonna six mille gr&#233;vistes ; les d&#233;put&#233;s, tous propri&#233;taires fonciers, &#233;dict&#232;rent contre l'Alliance Paysanne et les gr&#233;vistes agricoles les fameuses lois de 1898, connues sous le nom de &#171; Lois Sc&#233;l&#233;rates &#187;. En 1904, Varkonyi reprit l'agitation, mais parmi les seules populations de la Plaine. Le nouveau mouvement s'&#233;teignit rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eug&#232;ne Schmidt, s&#233;par&#233; de Varkonyi apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de 1897-1898 fit alors de la propagande communiste parmi les sectateurs nazar&#233;ens. Les Nazar&#233;ens commenc&#232;rent &#224; prendre de l'importance en Hongrie vers la fin du dernier si&#232;cle. Partisans r&#233;solus de la non-violence, ils refusaient de porter les armes et, pour ce motif, entraient en conflit perp&#233;tuel avec le minist&#232;re de la Guerre. Tous cultivateurs, ils se montraient d'une grande douceur avec leurs b&#234;tes et travaillaient d'ordinaire pour le compte de propri&#233;taires qui, profitant de leur r&#233;signation mystique, abusaient odieusement d'eux. Eug&#232;ne Schmidt substitua &#224; leur id&#233;ologie impr&#233;cise et sentimentale un substantiel programme &#233;conomique. Il leur montra les avantages du communisme et leur recommanda, comme moyens d'expropriation pacifique, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et la r&#233;sistance passive. En 1919, les nazar&#233;ens comptaient environ 18 000 adeptes en Hongrie ; ils furent dans les campagnes les auxiliaires pr&#233;cieux des communistes. Eug&#232;ne Schmidt partit ensuite pour l'Allemagne o&#249; il v&#233;cut le reste de sa vie, imaginant la philosophie gnostique, m&#233;lange curieux d'individualisme libertaire et de religiosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_186 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende descriptif' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/png/csizmadia-secretario-estado-agricultura-hungria--outlawsdiary02tormuoft.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH224/csizmadia-secretario-estado-agricultura-hungria--outlawsdiary02tormuoft-d27fa-7907b.png?1774695004' width='150' height='224' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Sandor Csizmadia.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Un valet de ferme natif d'Orosh&#224;za, Sandor Csizmadia tenta de r&#233;organiser le prol&#233;tariat agricole en lutte contre les propri&#233;taires. Pouss&#233; par la mis&#232;re qui s&#233;vissait dans son d&#233;partement, il abandonna sa m&#233;tairie et devint cheminot. En 1894, il fut emprisonn&#233; pour propagande anarchiste ; on l'incarc&#233;ra d'une mani&#232;re presque continue jusqu'en 1904. Dans son cachot, il apprit &#224; lire et &#224; &#233;crire. Il se r&#233;v&#233;la bient&#244;t po&#232;te et &#233;crivit ses &lt;i&gt;Chants du Prol&#233;taire&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Proletarkoltemenyck&lt;/i&gt;) et &lt;i&gt;A l'Aurore&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Hajnel'ban&lt;/i&gt;) qui rendirent son nom c&#233;l&#232;bre. Il d&#233;crivit en termes &#233;mus la d&#233;tresse des paysans. Puis, il lan&#231;a cette &lt;i&gt;Marseillaise des Travailleurs&lt;/i&gt;, l'hymne r&#233;volutionnaire magyar, que clamait la foule r&#233;volt&#233;e exigeant en novembre 1918 l'abdication du Roi et le d&#233;part de l'homo r&#233;gius. Le 13 d&#233;cembre 1905, Csizmadia et ses amis constitu&#232;rent l'Union des Travailleurs campagnards. Cette organisation prit rapidement une extension consid&#233;rable. En mai 1906, elle comptait 300 groupes et 25 000 membres ; en janvier 1907, 350 groupes et 40 000 membres. Au Congr&#232;s de P&#226;ques de cette m&#234;me ann&#233;e, elle avouait 552 groupements et 50 000 membres. En ao&#251;t 1907, 75 000 syndiqu&#233;s se r&#233;unissaient dans 625 groupes. Sentant leur force, journaliers et domestiques se mirent en gr&#232;ve et r&#233;clam&#232;rent avec une augmentation des traitements, la r&#233;vision des pactes les liant aux propri&#233;taires. Quatre mille paysans furent arr&#234;t&#233;s et, pour contraindre les domestiques &#224; respecter les clauses des contrats, le gouvernement &#233;dicta une loi obligeant les serviteurs &#224; remplir fid&#232;lement leurs engagements sous peine de 400 couronnes d'amendes ou 60 jours de cellule. Enfin, bien que l'Union eut &#233;t&#233; d&#251;ment autoris&#233;e, le 7 janvier 1906, elle fut compl&#232;tement dissoute en 1908 par ordre d'Andrassy, ministre de l'Int&#233;rieur. Csizmadia, arr&#234;t&#233; en 1906 puis rel&#226;ch&#233; fut inqui&#233;t&#233; de nouveau ; il parvint &#224; dispara&#238;tre quelque temps. Jusqu'&#224; la guerre, il poursuivit sa propagande et collabora aux divers journaux r&#233;volutionnaires. Un de ses amis Waltner, plus connu sous son pr&#233;nom de Jacob reconstitua les syndicats agricoles qui se disloqu&#232;rent en 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; des militants communistes libertaires dans les campagnes obtint un double r&#233;sultat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; La situation des paysans s'am&#233;liora l&#233;g&#232;rement apr&#232;s chaque soul&#232;vement. Malgr&#233; la ruine des organisations corporatives, le taux du salaire nominal s'accrut comme le t&#233;moigne ce tableau. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;caption&gt;Salaires des journaliers (par jour)&lt;/caption&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;En 1884&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Avant la gr&#232;ve durant l'hiver&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Kcs : 1,12&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;durant les moissons&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Kcs : 1,76&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;En 1898&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Apr&#232;s la gr&#232;ve durant l'hiver&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Kcs : 1,25&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Durant les moissons&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Kcs : 2&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;En 1905&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Avant la gr&#232;ve durant l'hiver&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Kcs : 1,36&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Durant les moissons&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Kcs : 2,27&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;En 1905&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Apr&#232;s la gr&#232;ve durant l'hiver&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Kcs : 1,42&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Durant les moissons&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Kcs : 2,45&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;caption&gt;Salaire des domestiques (par an)&lt;/caption&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;En 1905&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Avant la gr&#232;ve (nature et esp&#232;ces)&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Kcs : 355&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;En 1908&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Apr&#232;s la gr&#232;ve (nature et esp&#232;ces)&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Kcs : 430&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;On remarque qu'apr&#232;s chaque gr&#232;ve, le salaire nominal des journaliers s'est &#233;lev&#233;, mais dans de plus fortes proportions &#224; l'&#233;poque des moissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, durant l'hiver, les propri&#233;taires, ne ressentant pas le besoin imm&#233;diat d'ouvriers, n'augmentent les traitements que dans une mesure restreinte. Mais au temps des r&#233;coltes quand ils ne peuvent absolument pas se passer de journaliers et que ceux-ci, le comprenant, menacent de ne pas lever le bl&#233;, afin d'&#233;viter la faillite et d'apaiser leurs aides, les seigneurs sont contraints de hausser notablement le taux des appointements. Les domestiques ne particip&#232;rent pas &#224; la coalition des journaliers en 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs gages atteignaient &#224; ce moment une moyenne annuelle de 320&#8197;Kcs. Attach&#233;s non seulement comme les journaliers aux propri&#233;t&#233;s mais encore &#224; la personne de leurs ma&#238;tres, ou de ses intendants, leur situation restait mis&#233;rable d'autant qu'ils ne pouvaient se r&#233;volter sous peine de manquer d'ouvrage et de se voir emprisonner. N&#233;anmoins, apr&#232;s qu'ils eurent &#233;t&#233; enr&#244;l&#233;s et surtout &#233;duqu&#233;s par Csizmadia, ils entr&#232;rent aussi en conflit avec leurs patrons, en 1907. Ils en retir&#232;rent un accroissement de gains de 25 % environ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Par suite de l'influence des anarchistes et de l'activit&#233; des organisations fond&#233;es par leurs soins, la propagande marxiste n'eut aucune prise sur les paysans. Aussi la politique agraire pratiqu&#233;e par la Commune Hongroise diff&#233;ra-t-elle totalement de celle que suivirent les bolchevistes russes.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_187 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende descriptif' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/png/nyistor-viceministro-agricultura-hungria--outlawsdiary02tormuoft.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH225/nyistor-viceministro-agricultura-hungria--outlawsdiary02tormuoft-da2a7-b167c.png?1774695004' width='150' height='225' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Georges Nyisztor.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;A la t&#234;te du commissariat de l'agriculture rattach&#233; par la suite au Conseil Economique se trouv&#232;rent Csizmadia et Georges Nyisztor, aid&#233;s d'Eug&#232;ne Hamburger et de Charles Vantus. Un front immense, des yeux pleins d'astucieuse bonhomie, une courte bouffarde continuellement plant&#233;e entre des dents solides au coin droit de la bouche, une abondante moustache noire an broussaille, l'allure trapue, la d&#233;marche pesante d'un paysan qui semble emporter &#224; ses bottes les mottes du champ qu'il vient de labourer, tel se pr&#233;sentait Nyisztor, hier encore paisible cultivateur de la plaine. Ancien secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti social-d&#233;mocrate, Hamburger s'&#233;tait depuis longtemps sp&#233;cialis&#233; dans les questions agraires. Vantus, commis d'une caisse mutualiste, le secondait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins de quinze jours apr&#232;s leur nomination, les commissaires publi&#232;rent, le 4 avril, cet avis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; La terre hongroise appartient &#224; la communaut&#233; des travailleurs ; qui ne travaille pas ne peut en jouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Toutes les grandes et moyennes propri&#233;t&#233;s accompagn&#233;es des b&#226;timents, cheptel et mat&#233;riel aratoire reviennent, sans rachat, &#224; la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; La petite propri&#233;t&#233; devient avec la maison et les d&#233;pendances annexes simple possession de celui qui jadis en &#233;tait propri&#233;taire. Le commissariat de l'Agriculture d&#233;cidera en tenant compte des conditions locales des propri&#233;t&#233;s &#224; classer comme grandes et moyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; Les individus ne pourront se partager les propri&#233;t&#233;s des communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; Les propri&#233;t&#233;s des communaut&#233;s sont administr&#233;es par des Coop&#233;ratives. Pourront devenir librement membres de ces Associations de production les personnes des deux sexes qui consacreront &#224; la production un certain nombre de journ&#233;es de travail. Chacun recevra une part du revenu proportionnel &#224; son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176; L'organisation des Coop&#233;ratives sera r&#233;gl&#233;e dans le d&#233;tail ult&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176; Le commissariat de l'Agriculture dirigera techniquement, par l'entremise des Conseils locaux, la mise on valeur des propri&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se manifestait officiellement la volont&#233; du nouveau r&#233;gime de constituer le communisme agraire sous forme de Coop&#233;ratives ou de Syndicats de production. Les bolchevistes russes, au contraire, apr&#232;s l'&#233;chec des socialistes r&#233;volutionnaires de gauche, pr&#233;conis&#232;rent ouvertement la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement de propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res individuelles et l'abandon de l'exploitation collective du Mir. Ils esp&#233;raient, par l'int&#233;r&#234;t particulier et l'amour avare du sol, inciter les paysans &#224; pratiquer la culture intensive et &#224; accro&#238;tre de la sorte le rendement de la production. Ils tombaient dans la m&#234;me erreur que le d&#233;mocrate Karolyi et devaient se heurter bient&#244;t &#224; l'hostilit&#233; des agriculteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Hongrie, o&#249; la concentration fonci&#232;re &#233;tait tr&#232;s grande, les paysans n'eurent qu'&#224; exproprier les ma&#238;tres des latifonds et instaurer, en place de l'ancienne direction, des Associations de producteurs susceptibles de se doubler post&#233;rieurement de Coop&#233;ratives autonomes de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'impulsion d'Eug&#232;ne Schmidt, des Coop&#233;ratives de production avaient &#233;t&#233; fond&#233;es en 1899, principalement parmi les cultivateurs de bl&#233; et les &#233;leveurs transylvaniens. En 1891, une Association pour l'achat an gros des machines s'instituait. Par la suite, on construisit des &#233;curies et des greniers communs ; on disposa de centres d'instruments agricoles. Par l'entraide, l'eau potable et la lumi&#232;re p&#233;n&#233;tr&#232;rent dans les hameaux isol&#233;s de la plaine. Des Soci&#233;t&#233;s de Cr&#233;dit aux artisans s'&#233;tablirent. En 1914, trois millions de couronnes reposaient en d&#233;p&#244;t dans leurs caisses. Face &#224; ces Coop&#233;ratives de travailleurs se dress&#232;rent des cartels capitalistes. Et l'activit&#233; du plus important d'entre eux, le cartel des porcs, fut l'une des causes &#233;conomiques de la guerre mondiale : Les grands propri&#233;taires pratiquaient, en vue de la vente et de l'exportation, l'&#233;levage des verrats et gorets, surtout dans les d&#233;partements de l'Est. Mais les cochons hongrois, de petite taille et d'une lente croissance sont peu prolifiques. Les &#233;leveurs ayant fond&#233; un cartel et ne redoutant pas de concurrence indig&#232;ne, vendaient aux consommateurs hongrois leurs b&#234;tes &#224; un prix exag&#233;r&#233;. Or l'&#233;levage du porc est promu, en Serbie, au rang d'industrie nationale : les porcs serbes poss&#232;dent une chair abondante, se reproduisent et croissent facilement. La plupart de ces animaux s'exportaient en Hongrie o&#249; leur prix de vente &#233;tait inf&#233;rieur &#224; celui des b&#234;tes magyares. Il en r&#233;sulta une concurrence acharn&#233;e entre &#233;leveurs serbes et hongrois qui aboutit &#224; l'&#233;tablissement par la Hongrie de droits prohibitifs sur l'entr&#233;e &#224; la douane des cochons serbes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Serbie, l&#233;s&#233;e dans sa principale branche d'exportation, r&#233;pondit par la fermeture de ses fronti&#232;res aux produits hongrois. N&#233;anmoins, malgr&#233; la hausse successive des droits qui les frappaient, les cochons serbes continuaient &#224; se vendre, en Hongrie, malgr&#233; leur qualit&#233; sup&#233;rieure, &#224; un prix moindre que les magyars. Il s'&#233;tablit de la sorte entre les deux pays une rivalit&#233; &#233;conomique d'une violence inou&#239;e, l'un des facteurs de l'ultimatum de 1914. Par suite de la concentration des capitaux fonciers, l'usage des engrais et machines destin&#233;s &#224; la culture de vastes superficies se r&#233;pandait beaucoup. Alors qu'on ne comptait en 1871 que 4 409 machines d'un fonctionnement primitif, on en d&#233;nombrait en 1915, 48 070 ainsi que l'atteste le tableau suivant :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;th class='numeric ' id='id5811_l0'&gt;&lt;/th&gt;
&lt;td headers='id5811_l0'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l0'&gt;Charrues &#224; vapeur&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l0'&gt;Tracteurs &lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l0'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l0'&gt;Machines &#224; battre &lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l0'&gt;Moissonneuses-faucheuses &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;th class='numeric ' id='id5811_l1'&gt;1871&lt;/th&gt;
&lt;td headers='id5811_l1'&gt; &lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l1'&gt;18&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l1'&gt; ?&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l1'&gt; &lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l1'&gt;2 464&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l1'&gt;1 927&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;th class='numeric ' id='id5811_l2'&gt;1895&lt;/th&gt;
&lt;td headers='id5811_l2'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l2'&gt;129&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l2'&gt;50&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l2'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l2'&gt;9 509&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l2'&gt;13 329&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;th class='numeric ' id='id5811_l3'&gt;1915&lt;/th&gt;
&lt;td headers='id5811_l3'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l3'&gt;771&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l3'&gt;182&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l3'&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l3'&gt;28 907&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5811_l3'&gt;18 210&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans des propri&#233;t&#233;s d'&#233;tendue restreinte, l'emploi de ces instruments eut &#233;t&#233; trop on&#233;reux, voire inutile. La gestion de ces machines fut donc confi&#233;e &#224; des organismes puissants : les Syndicats de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique agraire suivie par les r&#233;volutionnaires fut communiste. Mais dans l'application, deux m&#233;thodes s'oppos&#232;rent. certains, tel Hamburger, voulaient placer les terres sous le contr&#244;le direct de l'&#201;tat, organiser m&#233;caniquement l'agriculture, instituer des &#171; usines agraires &#187; dont les travailleurs n'auraient &#233;t&#233; que les rouages passifs. Ils n&#233;gligeaient compl&#232;tement l'amour passionn&#233; du sol et l'esprit individualiste des paysans. Les autres, avec Csizmadia, d&#233;siraient communaliser les biens fonciers, les mettre sous un contr&#244;le local. L'agriculture ne devait pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme l'industrie et centralis&#233;e ; mais, en maintenant la concentration du mat&#233;riel, il fallait tenir autant compte des besoins de la commune que des int&#233;r&#234;ts collectifs. Les paysans conservaient dans l'organisation et le choix de la production une certaine autonomie. Entre les commissaires, le conflit fut assez violent. &#201;tatistes et communalistes s'effor&#231;aient de faire appliquer leur point de vue. Finalement, l'opinion de Csizmadia pr&#233;valut ; mais celui-ci d&#251;t se d&#233;mettre de ses fonctions. Un ridicule conflit avec le personnel f&#233;minin du Central T&#233;l&#233;graphique Pestois servit de pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constitua donc dans chaque commune un Syndicat de production autonome, d&#233;pendant techniquement de l'Office des Syndicats ruraux. Cet Office re&#231;ut d'abord les instructions du Commissariat de l'Agriculture, puis, apr&#232;s le rattachement de ce Commissariat au Conseil Economique, de la section rurale du Conseil. A la t&#234;te de chaque Syndicat communal se trouvait un ing&#233;nieur agronome. Il &#233;tait assist&#233; et contr&#244;l&#233; par le Conseil d'Exploitation &#233;lu par l'ensemble des paysans composant le Syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de la politique agraire diff&#232;rent nettement de ceux de la politique industrielle. Les terres furent enti&#232;rement cultiv&#233;es, malgr&#233; l'invasion des soldats de l'Entente. Au lieu de constater une diminution de la production comme dans les usines, on remarqua un d&#233;veloppement de l'aire d'ensemencement. La r&#233;colte estivale op&#233;r&#233;e malheureusement par les Franco-Roumains fut d'un rendement et d'une qualit&#233; sup&#233;rieurs &#224; la moyenne des ann&#233;es ant&#233;rieures. Les paysans travaill&#232;rent le sol communal avec un extraordinaire entrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le salaire nominal et le salaire r&#233;el s'accrurent dans d'&#233;normes proportions. Un porcher gagna 1 500 couronnes, ce qui, malgr&#233; la d&#233;valorisation du num&#233;raire repr&#233;sentait une hausse notable du rapport du gain nominal au co&#251;t de la vie. Varga d&#233;clara d'ailleurs &#224; ce sujet : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ce furent les ouvriers pauvres des champs qui b&#233;n&#233;fici&#232;rent de la r&#233;volution de Karolyi et du r&#233;gime prol&#233;tarien. Leur niveau d'existence et surtout leur alimentation subirent une am&#233;lioration absolument impr&#233;vue. Ils obtinrent une hausse rapide des salaires. Et cette hausse fut r&#233;elle car elle ne se traduisit pas par l'acquisition d'une plus grande somme d'argent mais par l'obtention de plus de denr&#233;es. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi les domestiques et journaliers se montr&#232;rent les ardents d&#233;fenseurs du r&#233;gime. C'est ce qui explique, en partie, qu'&#224; l'encontre de ce qui se passa en Russie, aucun soul&#232;vement paysan spontan&#233; n'&#233;clata. Les manifestations r&#233;actionnaires eurent toujours lieu, &#224; l'arri&#232;re du front franco-roumain, en pays occup&#233;, comme &#224; Arad ou &#224; Szeged. Les r&#233;giments campagnards, ceux-l&#224; m&#234;me qui lev&#232;rent les premiers la crosse en octobre 1918, compos&#232;rent les troupes les plus enthousiastes de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire. Ils l&#226;ch&#232;rent pied les derniers. Et, au 15&#8197;ao&#251;t 1919, alors que depuis une semaine, les Alli&#233;s avaient renvers&#233; les Conseils et occup&#233; la banlieue de la capitale, les derniers bataillons ruraux, dispers&#233;s dans la plaine, tenaient encore d&#233;sesp&#233;r&#233;ment t&#234;te aux Roumains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les sectateurs nazar&#233;ens, ces paysans qui, gr&#226;ce &#224; Schmidt, avaient acquis des convictions communistes en sauvegardant l&#8216;essence pacifique de leur religiosit&#233; d'antan, servirent utilement la Commune. En Transylvanie, o&#249; ils &#233;taient nombreux, ils tent&#232;rent de r&#233;sister par la gr&#232;ve aux envahisseurs. En Hongrie, avec les agriculteurs du d&#233;partement de Samozy, ils institu&#232;rent les premiers les Syndicats de production dont ils form&#232;rent les cadres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, vers mai 1919, les grandes villes re&#231;urent soudain moins de denr&#233;es de la campagne. Le blocage des cit&#233;s par les champs commen&#231;a. Les rem&#232;des pr&#233;conis&#233;e par certains commissaires tels que r&#233;quisitions de vivres, imp&#244;ts et prestations en nature apparurent inop&#233;rants, car on ne sut pas imm&#233;diatement remarquer le m&#233;contentement des paysans contre les ouvriers. Pendant les premiers mois du r&#233;gime, les campagnards nourrirent lib&#233;ralement les travailleurs industriels. En &#233;change, on ne leur remit que du papier-monnaie. Les agriculteurs th&#233;sauris&#232;rent et continu&#232;rent d'approvisionner ; mais l'argent se d&#233;valorisant davantage, conform&#233;ment au plan communiste, ils se rendirent vite compte du r&#244;le parasite jou&#233; par les villes. Ils exig&#232;rent alors que leurs denr&#233;es fussent troqu&#233;es contre des machines aratoires et qu'il y e&#251;t un rapport constant d'&#233;change de produits entre les industriels et eux. Malheureusement, la plupart des ouvriers qualifi&#233;s, enr&#244;l&#233;s dans les bataillons rouges, combattaient sur le front. Les mati&#232;res premi&#232;res manquaient. Plus les exigences des paysans croissaient, moins les usines se trouvaient en &#233;tat de les satisfaire par suite de la d&#233;sorganisation industrielle et de la p&#233;nurie de main-d'&#339;uvre sp&#233;cialis&#233;e. Les paysans r&#233;duisirent les ventes aux villes. Ils cultiv&#232;rent pour eux et leurs communes ; ils n'&#233;chang&#232;rent leurs produits que contre d'autres produits agricoles, du vin contre du bl&#233;, par exemple. Ils se content&#232;rent des machines d'avant-guerre ; ils revinrent &#224; l'&#233;conomie familiale et purement rurale. Entre eux et les ouvriers, un foss&#233; se creusa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villes d'elles-m&#234;mes s'efforc&#232;rent de rem&#233;dier &#224; cette situation. Pour diminuer les cons&#233;quences du monopole campagnard, elles tent&#232;rent de mettre en application les id&#233;es &#233;mises par Kropotkine dans la &lt;i&gt;Conqu&#234;te du Pain&lt;/i&gt;, principalement dans le c&#233;l&#232;bre chapitre des Denr&#233;es. D&#232;s le mois d'avril, on laboura les champs de course de Budapest et les domaines de la banlieue. Des vaches furent r&#233;unies, pr&#232;s de la capitale, dans de vastes &#233;tables promptement &#233;difi&#233;es ; les sans-travail, les anciens employ&#233;s de m&#233;tiers devenus inutiles, les fonctionnaires licenci&#233;s cultiv&#232;rent la terre. On mit de multiples moyens scientifiques &#224; leur disposition. Les r&#233;sultats furent magnifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la Commune, malgr&#233; le blocus exerc&#233; par l'Entente et la m&#233;fiance des campagnes, les villes furent abondamment pourvues de l&#233;gumes mara&#238;chers. Conform&#233;ment au syst&#232;me de rationnement d&#233;crit plus haut, la population disposa de laitages et de viande (2 fois par semaine). Certes, il n'y eut presque pas d'&#339;ufs, de volailles ou de graisses animales, en somme de produits de ferme. Mais il n'est pas douteux &#8211; une exp&#233;rience de cinq mois le prouve &#8211; qu'une cit&#233; et sa banlieue, assi&#233;g&#233;s &#233;conomiquement, peuvent, dans une grande mesure, pendant un certain temps, se suffire &#224; elles m&#234;mes et attendre ainsi la fin de l'investissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Bela Kun avait laiss&#233; l'arm&#233;e repousser les envahisseurs et rejoindre la Russie et la Bavi&#232;re, s'il avait accompli son devoir r&#233;volutionnaire et non sing&#233; les diplomates, les ouvriers auraient repris bient&#244;t leur place dans les usines intactes, fabriqu&#233; des machines, dissip&#233; les craintes des ruraux et consolid&#233;, avec le prol&#233;tariat agraire, l'alliance &#233;conomique, principal moteur du succ&#232;s d'une r&#233;volution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>V - La Commune hongroise et les anarchistes (1919) : Les transports</title>
		<link>https://partage-noir.fr/v-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-les-transports</link>
		<guid isPermaLink="true">https://partage-noir.fr/v-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-les-transports</guid>
		<dc:date>2019-09-03T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Achille Dauphin-Meunier</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Eug&#232;ne Landler, dans son adolescence, s&#233;duit par l'id&#233;ologie r&#233;volutionnaire, adh&#233;ra au parti socialiste. Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du syndicat des cheminots, il poss&#233;dait une telle influence parmi les ouvriers que Tisza lui-m&#234;me, l'impitoyable r&#233;actionnaire, le craignait. R&#233;fugi&#233; &#224; Vienne en ao&#251;t 1919, il organisa dans la capitale de l'Autriche le parti communiste ill&#233;gal hongrois.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://partage-noir.fr/-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-21-mars-1919-7-aout-1919-29-" rel="directory"&gt;La Commune hongroise et les anarchistes (21 mars 1919-7 ao&#251;t 1919)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton183-8705c.jpg?1774739525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Eug&#232;ne Landler, dans son adolescence, s&#233;duit par l'id&#233;ologie r&#233;volutionnaire, adh&#233;ra au parti socialiste. Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du syndicat des cheminots, il poss&#233;dait une telle influence parmi les ouvriers que Tisza lui-m&#234;me, l'impitoyable r&#233;actionnaire, le craignait. R&#233;fugi&#233; &#224; Vienne en ao&#251;t 1919, il organisa dans la capitale de l'Autriche le parti communiste ill&#233;gal hongrois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la Commune, les transports furent administr&#233;s par ses soins. En 1913, la Hongrie poss&#233;dait 96 127 kilom&#232;tres de routes publiques. Le r&#233;seau ne s'agrandit pas au cours des hostilit&#233;s ; mais les chemins n'&#233;tant pas pav&#233;s, certaines voies provinciales ou communales se trouvaient en 1918 absolument impraticables. Jadis, les r&#233;volutions s'&#233;tendaient par les routes nationales unissant les centres politiques et se ramifiaient par les chemins vicinaux. Ainsi s'expliquait, par exemple, l'explosion de contre-r&#233;volutions dans les contr&#233;es d&#233;pourvues de communications ais&#233;es et soumises encore, de ce fait, aux man&#339;uvres des propri&#233;taires locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui &#8212; l'exp&#233;rience des trains du propagandiste Lounartscharsky le d&#233;montra &#8212; les bouleversements sociaux se d&#233;veloppent au long des voies ferr&#233;es. Aussi les communistes hongrois organis&#232;rent-ils avec soin le r&#233;seau ferroviaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier r&#233;seau ouvert &#224; la circulation atteignait en 1846 trente-cinq kilom&#232;tres de longueur. En 1918, l'ensemble des lignes d&#233;passait 21 798 kilom&#232;tres dont 13 601 kilom&#232;tres, soit 62,4 %, appartenaient &#224; des compagnies priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir expropri&#233; les propri&#233;taires, Landler devait choisir entre l'&#233;tatisation ou l'individualisation des r&#233;seaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nationalisant les chemins de fer il aurait confi&#233; leur gestion &#224; une administration centrale. Or, cette gestion peut s'effectuer selon un rythme diff&#233;rent, par la concession ou la r&#233;gie. L'&#201;tat qui abandonne &#224; des entrepreneurs particuliers la direction des r&#233;seaux conserve la propri&#233;t&#233; nominale des voies et moyens de transport. Il obtient, en outre, sans risque, une part des b&#233;n&#233;fices de l'entreprise. Par contre, le concessionnaire est un capitaliste. Il reste, en fait, seul ma&#238;tre du r&#233;seau, et un ma&#238;tre d'autant plus fort que l'&#201;tat se tient derri&#232;re lui. Il r&#233;siste m&#234;me avec plus d'efficacit&#233; que l'&#201;tat aux r&#233;clamations du public, car un gouvernement d&#233;pend de l'opinion g&#233;n&#233;rale ; les individus qui le composent ne peuvent m&#233;priser avec trop d'impudence les exigences de ceux qui les mandatent sans redouter un &#233;chec aux &#233;lections prochaines. Un particulier sauvegardant ses propres int&#233;r&#234;ts, ne d&#233;pendant que de lui-m&#234;me, acquiert d&#8216;&#233;nergiques moyens pour r&#233;sister aux Comit&#233;s de d&#233;fense d'usagers qui se dressent contre lui. Sa t&#233;nacit&#233; d&#233;pend de son avarice et de sa volont&#233;. Or, celles-ci n'ont d'autres limites que la fermet&#233; des usagers coalis&#233;s. Et les concessionnaires per&#231;oivent directement dans leur unique int&#233;r&#234;t les deniers du public press&#233; par la n&#233;cessit&#233; quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces motifs, les concessions sont inadmissibles dans un r&#233;gime communiste. Elles ne se r&#233;alisent d'ailleurs pas, car le capitalisme indig&#232;ne et priv&#233; se trouve an&#233;anti. Et lorsqu&#8216;un &#201;tat prol&#233;tarien abandonne aux capitalistes &#233;trangers des portions du domaine collectif, ali&#232;ne certaines libert&#233;s au profit d'une fortune exotique, il ne m&#233;rite plus l'&#233;pith&#232;te de &#171; communiste &#187; qu'il continue parfois &#224; s'attribuer sur les papiers officiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; bolcheviste ou socialiste, maintenant la puissance &#233;conomique de l'&#201;tat, ce dernier administre lui-m&#234;me les r&#233;seaux ferroviaires et assure les transports. Cette r&#233;gie offre au gouvernement l'avantage de lui permettre de r&#233;gler l'activit&#233; du pays en interdisant &#224; certains individus d'user des moyens de locomotion ou en suspendant le trafic. Mais la r&#233;gie est un mode inf&#233;rieur d'exploitation. Les autorit&#233;s administratives, les fonctionnaires, tendent &#224; dominer les comp&#233;tences techniques, les cheminots. La bureaucratie &#233;touffe l'initiative des employ&#233;s et les r&#233;clamations des voyageurs. L'exp&#233;rience des bolchevistes russes fut probante &#224; cet &#233;gard. Krassine reconnut que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'administration actuelle des chemins de fer amena les transports &#224; un &#233;tat de compl&#232;te ruine qui s'approche de l'arr&#234;t d&#233;finitif de toutes les voies de communication&lt;/q&gt;. Et il conclut : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;L'Administration collective, en r&#233;alit&#233; irresponsable, doit faire place au principe d'administration individuelle entra&#238;nant une plus grande responsabilit&#233;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'&#233;tatiser les moyens de transport, certains proposent de les individualiser, en donnant l'autonomie aux organismes charg&#233;s de leur gestion. Cette tendance aboutit dans le monde capitaliste, &#224; l&#8216;&#233;tablissement de multiples compagnies ind&#233;pendantes dont on c&#233;l&#232;bre le bon fonctionnement des machines, la rapidit&#233; des locomotives, la modicit&#233; des tarifs. Malheureusement, on ne remarque pas assez que ces avantages proviennent directement de la concurrence que se font ces entreprises. Pour &#233;viter ou r&#233;duire au minimum les inconv&#233;nients qu'elles ressentent de cette rivalit&#233;, les compagnies tentent de constituer des trusts, de fusionner, d'&#233;tablir &#224; leur profit un monopole. Ainsi, la concentration se r&#233;alise au d&#233;triment des usagers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes pr&#233;conisent la reconnaissance des moyens de transport comme propri&#233;t&#233; publique et non d'&#201;tat. Les lignes seraient dirig&#233;es sous le contr&#244;le technique du syndicat des cheminots et sous le contr&#244;le administratif des employ&#233;s et voyageurs. Comme une exacte discipline s'impose dans les chemins de fer o&#249; le moindre retard et la plus infime erreur entra&#238;nent de redoutables cons&#233;quences, elle serait &#233;tablie, selon les cas particuliers, par les conseils locaux de district ou d'embranchement et les conseils de r&#233;seau &#233;lus par l'ensemble des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les usagers r&#233;unis en Comit&#233;s nommeraient des repr&#233;sentants au Conseil du r&#233;seau plac&#233; sous la tutelle du syndicat des cheminots. Ce conseil serait compos&#233; de d&#233;l&#233;gu&#233;s du public, du personnel, du syndicat et du Conseil Economique National. De la sorte, l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral se formerait r&#233;ellement du concours des int&#233;r&#234;ts particuliers. L'omnipotence bureaucratique de l'&#201;tat n'&#233;toufferait pas l'initiative individuelle. Les moyens de transports seraient &#224; la disposition de chacun pour l'utilit&#233; de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre l'&#233;tatisation socialiste et l'individualisation libertaire des r&#233;seaux, Landler h&#233;sita. Il se r&#233;solut &#224; une solution mixte Les chemins de fer pass&#232;rent sous l'autorit&#233; nominale de l'&#201;tat ; mais on laissa jouer un r&#244;le notable aux Conseils. Les 13 601 kilom&#232;tres appartenant &#224; des compagnies priv&#233;es revinrent &#224; la nation et furent g&#233;r&#233;s par le commissariat des transports. En fait, le Conseil d'Exploitation compos&#233; de repr&#233;sentants du syndicat des cheminots administra seul les lignes, sous le contr&#244;le du syndicat et leur responsabilit&#233; commune. Dans chaque gare ou centre r&#233;gularisateur, le personnel d&#233;signa le conseil de discipline et d'exploitation local, plac&#233; sous la tutelle technique du Conseil syndical d'Exploitation. Les employ&#233;s des r&#233;seaux les g&#233;r&#232;rent &#224; leur gr&#233;, sans tenir compte des d&#233;cisions prises par les fonctionnaires du Commissariat. Les chemins de fer confi&#233;s &#224; la diligence du syndicat furent donc partiellement individualis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance des conseils d'exploitations ferroviaires atteignit m&#234;me un degr&#233; tel que Landler ne put appliquer les mesures destin&#233;es &#224; supprimer le trafic par havresac. Le troc des v&#234;tements ou des meubles fournis par les offices contre des produits de la terre s'effectuait en effet par chemins de fer. Les tarifs n'avaient pas suivi la hausse des salaires ; et les voyages co&#251;taient peu. Pour emp&#234;cher le transport par havresac et r&#233;tablir l'&#233;quilibre de la r&#233;partition, Landler voulut interdire quelque temps l'acc&#232;s des voitures aux voyageurs ne remplissant pas de fonction publique. Seul, le charroi des vivres destin&#233;s aux offices d'approvisionnement aurait &#233;t&#233; permis. Cette d&#233;cision d'un usage ais&#233; pour un gouvernement administrant ses r&#233;seaux en r&#233;gie ne put &#234;tre appliqu&#233;e. Landier devant l'hostilit&#233; des cheminots et de leur syndicat, sentit que l'&#201;tat n'&#233;tait pas le v&#233;ritable ma&#238;tre des lignes et modifia son projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1919, les recettes des chemins de fer atteignirent 71 300 000 couronnes en billets blancs ; les d&#233;penses d&#233;pass&#232;rent 667 000 000&#8197;kcs. Mais &#224; ce d&#233;ficit, motiv&#233; surtout par la d&#233;valorisation du num&#233;raire, ne correspondit pas une d&#233;sorganisation du trafic. Les voitures furent soigneusement entretenues au contraire et les horaires de trains dispos&#233;s de fa&#231;on &#224; satisfaire les usagers. L'activit&#233; ferroviaire ne diminua point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>IV - La Commune hongroise et les anarchistes (1919) : La production industrielle</title>
		<link>https://partage-noir.fr/iv-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la-production</link>
		<guid isPermaLink="true">https://partage-noir.fr/iv-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la-production</guid>
		<dc:date>2019-09-02T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Achille Dauphin-Meunier</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;D&#232;s sa constitution d&#233;finitive, en 1890, le parti social-d&#233;mocrate, fond&#233; par des autrichiens ou des magyars germanis&#233;s se r&#233;clama des plus orthodoxes principes marxistes et d&#233;clara n'&#234;tre qu'un instrument de classe destin&#233; &#224; battre en br&#232;che, sans d&#233;faillance ni compromission, le capitalisme national.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://partage-noir.fr/-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-21-mars-1919-7-aout-1919-29-" rel="directory"&gt;La Commune hongroise et les anarchistes (21 mars 1919-7 ao&#251;t 1919)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton181-58917.jpg?1774739525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s sa constitution d&#233;finitive, en 1890, le parti social-d&#233;mocrate, fond&#233; par des autrichiens ou des magyars germanis&#233;s se r&#233;clama des plus orthodoxes principes marxistes et d&#233;clara n'&#234;tre qu'un instrument de classe destin&#233; &#224; battre en br&#232;che, sans d&#233;faillance ni compromission, le capitalisme national. Malgr&#233; ses assertions, il fit constamment appel &#224; la bourgeoisie et, pour acqu&#233;rir &#224; ses membres quelques si&#232;ges parlementaires ou municipaux, ne craignit pas de s'allier tant&#244;t avec les radicaux et d&#233;mocrates des villes, tels que le ministre Kristoffy, tant&#244;t avec les agrariens hostiles &#224; la socialisation des terres. Dans leurs manifestations, les socialistes s'affirm&#232;rent internationalistes et partisans du droit des minorit&#233;s &#224; librement disposer d'elles. Cependant, pour s'attirer la sympathie des boutiquiers et de la petite noblesse, avant et pendant la guerre, ils se rang&#232;rent du c&#244;t&#233; des chauvins. Insoucieux du sort mis&#233;rable des nationalit&#233;s, ils pr&#233;conis&#232;rent le centralisme administratif, la pr&#233;pond&#233;rance de Budapest et des int&#233;r&#234;ts hongrois sur les villes provinciales et les besoins des races soumises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face de ces r&#233;volutionnaires d'antichambre se dressa le comte Ervin Batthyany. Batthyany, qui s'&#233;tait li&#233; d'amiti&#233; avec Kropotkine, fut l'instigateur du mouvement anarchiste hongrois contemporain. Possesseur d'immenses domaines en Pannonie, il distribua ses terres aux journaliers et partagea leur vie quelques temps. Il &#233;dita dans la ville de Szombathely un p&#233;riodique libertaire &lt;i&gt;Terstvers&#232;g &lt;/i&gt; (Fraternit&#233;). Dans sa propagande, comprenant que l'anarchisme, pour se r&#233;aliser, doit s'appuyer sur toutes les manifestations sociales en les renouvelant, il s'entoura de syndicalistes, de coop&#233;rateurs, de communalistes. En 1907, il se rendit &#224; Budapest o&#249; il mit sur pied un hebdomadaire &lt;i&gt;Tarsadalmi Forradalom &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;La R&#233;volution sociale&lt;/i&gt;) qui, sous divers noms, v&#233;cut jusqu'&#224; la chute du r&#233;gime des Conseils.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_182 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH250/sans_titre-1-f8e3a.jpg?1774968910' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Pour subvenir aux besoins financiers de cet organe et accro&#238;tre d'une mani&#232;re scientifique son agitation, s'organisa, en Hongrie, l'Union des Socialistes R&#233;volutionnaires se revendiquant des principes &#233;mis au Congr&#232;s anarchiste International de 1907 et dont les membres entr&#232;rent par la suite dans le Cercle galil&#233;en. La R&#233;volution Sociale entra violemment en lutte avec le &lt;i&gt;Nepzava&lt;/i&gt;, quotidien officiel du parti socialiste contre lequel s'insurg&#232;rent de m&#234;me en 1918-1919 les communistes. Les social-d&#233;mocrates pr&#233;tendaient en effet subordonner l'activit&#233; des syndicats &#224; celle de leur parti et contraindre les adh&#233;rents des organisations ouvri&#232;res &#224; rejoindre leurs sections politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier congr&#232;s des syndicats hongrois se tint en 1899. Le Comit&#233; d'initiative provisoirement d&#233;sign&#233; r&#233;clama la f&#233;d&#233;ration des guildes de m&#233;tiers, l'ouverture de bureaux de placement. Par la suite, lorsque le mouvement syndical fut coordonn&#233;, on nomma un Conseil de onze membres charg&#233;s d'assister les syndiqu&#233;s en justice, de dresser les statistiques du travail, de publier les journaux corporatifs, de pr&#233;parer les congr&#232;s. Les F&#233;d&#233;rations restaient enti&#232;rement autonomes dans leur cercle corporatif, mais elles se trouvaient soumises dans leurs rapports avec les autres syndicats aux d&#233;cisions du Conseil que cinq Inspecteurs &#233;taient charg&#233;s de faire respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats, souvent dissous par ordre gouvernemental, se transformaient alors en soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes. Et cette m&#233;tamorphose se r&#233;alisait d'autant plus facilement que les syndicats autoris&#233;s ne devant pas poss&#233;der de fonds de gr&#232;ve se doublaient toujours d'une organisation clandestine munie d'une tr&#233;sorerie &#233;chappant au contr&#244;le de la police. La puissance du syndicalisme hongrois s'accrut vite. En 1902, les syndicats industriels comptaient dix mille syndiqu&#233;s. Trois ans apr&#232;s, le nombre de leurs membres atteignait 53 169, il passait successivement de 136 000 en 1910 &#224; 159 884 en 1917, 721 437 en 1918 et 1 421 000 durant la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; cette &#233;poque, les syndicats comprenaient non seulement comme jadis les travailleurs des industries lourdes (filatures, constructions m&#233;caniques, b&#226;timents), mais ceux de toutes les industries, &#224; l'exception de l'agriculture. Des syndicats de guildes et de bonnes d'enfants voisinaient donc avec des syndicats de tisserands et de corroyeurs. Cette augmentation du chiffre des syndiqu&#233;s s'explique par la tendance des communistes &#224; ne s'int&#233;resser qu'aux ouvriers organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bela Kun d&#233;clarait &#224; ce sujet, le 14 mai 1919 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;L'appareil de notre industrie repose sur les syndicats. Ces derniers doivent s'&#233;manciper davantage et se transformer en puissantes entreprises qui comprendront la majorit&#233;, puis l'ensemble des individus d'une m&#234;me branche industrielle. Les syndicats prenant part &#224; la direction technique, leur effort tend &#224; saisir lentement tout le travail de direction. Ainsi, ils garantissent que les organes &#233;conomiques centraux du r&#233;gime et la population laborieuse travaillent en accord et que les ouvriers s'habituent &#224; la conduite de la vie &#233;conomique. C'est le plus efficace moyen d'annihiler la bureaucratie de l'organisation. Jamais le syndicalisme n'a poss&#233;d&#233; l'importance qu'il a de nos jours. Sa nature n'est pas politique ; sa mission sera d'organiser et contr&#244;ler la production. Il peut atteindre un d&#233;veloppement extr&#234;me. Il a du reste pris une extension consid&#233;rable depuis octobre 1918.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&#034;boximg left&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/szabo_ervin.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH692/szabo_ervin-1c867.jpg?1774968910' width='500' height='692' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;span style=&#034;float:left;&#034;&gt;Ervin Szabo.&lt;/span&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;p&gt;Ervin Szabo, conservateur de la Biblioth&#232;que Municipale de Budapest, fut le th&#233;oricien du syndicalisme libertaire. Traducteur des &#339;uvres de Marx, il comprit la nocivit&#233; des tendances politiciennes et de la philosophie mat&#233;rialiste du sociologue allemand. Ne s'int&#233;ressant qu'&#224; l'organisation &#233;conomique, il voulut inculquer au mouvement syndical une inclinaison anarchiste, le go&#251;t de la violence m&#233;thodique. Il s'adonna surtout &#224; l'&#233;ducation id&#233;aliste des ouvriers auxquels il apprit &#224; lutter en vue d'obtenir non seulement une am&#233;lioration de leur sort, mais la ma&#238;trise totale de la production et de la r&#233;partition des richesses, Szabo s'opposait aux pr&#233;dicants r&#233;formistes du syndicalisme. Il leur reprochait de s'en tenir &#224; la lettre au Capital, d'&#234;tre opportunistes et parlementaires. Il les bl&#226;mait d'ob&#233;ir aveugl&#233;ment aux d&#233;cisions socialistes et de se d&#233;sint&#233;resser des questions sociales, de r&#233;clamer le suffrage universel et de ne pas s'indigner des exactions patronales. Ervin Szabo mourut pendant la r&#233;publique de Karolyi. Ses disciples, les anarcho-syndicalistes, entr&#232;rent tous dans le parti communiste. Ce furent eux qui r&#233;clam&#232;rent, dans les relations commerciales &#224; l'int&#233;rieur du pays, la disparition du num&#233;raire capitaliste sous ses divers aspects. Ils voulaient simplement que dans la p&#233;riode post-r&#233;volutionnaire, chaque travailleur p&#251;t obtenir dans les magasins de vente les objets n&#233;cessaires &#224; son entretien sur la seule pr&#233;sentation de la carte syndicale. Ils esp&#233;raient, par ce moyen, contraindre les bourgeois &#224; apprendre un m&#233;tier utile, &#224; se confondre avec le prol&#233;tariat organis&#233;, et en m&#234;me temps, retirer aux ouvriers leur aveugle confiance dans la puissance acquisitive et productrice de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le d&#233;cret n&#176; 9, les Conseils ordonn&#232;rent de communaliser ou socialiser, sans d&#233;dommagement pour les anciens propri&#233;taires, les usines employant plus de vingt ouvriers ou susceptibles d'en occuper un nombre semblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet arr&#234;t&#233; fut imm&#233;diatement appliqu&#233;. D'ailleurs, les employ&#233;s des importantes fabriques s'&#233;taient empar&#233;s depuis longtemps des machines et group&#233;s en soviets. Un conseil ouvrier de trois &#224; onze membres, selon les entreprises, &#233;lus au scrutin direct et secret se chargeait de l'administration de l'usine. L'ensemble des travailleurs conservait le droit de r&#233;voquer les d&#233;l&#233;gu&#233;s au Conseil. Le Conseil d'usine prot&#233;geait les machines contre le sabotage ou le cambriolage. Provisoirement, tant que l'&#233;conomie nationale vacillait, il dirigeait la production. Il avait pour principale mission de maintenir la discipline du travail et d'assurer l'application des usages professionnels. Par suite de l'instabilit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s, on ne pouvait leur confier l'enti&#232;re direction de l'usine. D&#233;livr&#233;s du travail physique, retirant de leur fonction une influence qu'ils d&#233;siraient conserver pour ne pas s'ali&#233;ner la sympathie des &#233;lecteurs, ils autorisaient un rel&#226;chement continu dans la discipline et la production individuelle diminuait. A c&#244;t&#233; d'eux se trouvaient les commissaires &#224; la production nomm&#233;s directement par le Conseil Economique ou par le Commissariat de la production sociale. C'&#233;taient des ing&#233;nieurs entour&#233;s de la confiance des travailleurs ou des ouvriers sp&#233;cialis&#233;s aid&#233;s de techniciens. En accord avec le Conseil d'Usine, ils ex&#233;cutaient les d&#233;cisions techniques des soviets d&#233;partementaux, des syndicats ou du Conseil Economique. Ils assuraient la production. Ils rempla&#231;aient les anciens directeurs et poss&#233;daient une autorit&#233; purement technique. Dans la fabrique, ils repr&#233;sentaient la collectivit&#233; comme le Conseil repr&#233;sentait le personnel. En cas de litiges, celui-ci devait suivre les ordres des commissaires jusqu'&#224; ce qu'interviennent les r&#233;solutions des autorit&#233;s &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le mod&#232;le des trusts am&#233;ricains, pour intensifier la production, on concentra les usines d'une m&#234;me branche. Ces Centrales, dot&#233;es d'une direction technique unique, achetaient les mati&#232;res premi&#232;res, pla&#231;aient les ouvriers, d&#233;cidaient des formes de l'activit&#233; industrielle. Pour obtenir les objets bruts ou mi-ouvr&#233;s &#224; traiter elles s'adressaient aux offices de Mati&#232;res soumis d'abord au Commissariat de la Production Sociale, puis rendus autonomes. Ces offices &#233;taient dirig&#233;s par un Conseil de Distribution form&#233; d'individus d&#233;sign&#233;s &#224; ce poste par les syndicats int&#233;ress&#233;s. Les distributeurs r&#233;pondaient de leurs actes devant le Conseil Economique et les Syndicats. Dans chaque d&#233;partement un Conseil d&#233;partemental r&#233;glait la vie &#233;conomique de la r&#233;gion, pr&#233;voyait les besoins de la population, pr&#233;sentait aux comp&#233;tences les r&#233;clamations, veillait &#224; l'ex&#233;cution des travaux publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil Economique Populaire, compos&#233; de soixante membres pr&#233;sent&#233;s par les syndicats, les conseils d&#233;partementaux, les coop&#233;ratives de production et de consommation, discutait et r&#233;solvait les questions d'ordre national. Au d&#233;but du r&#233;gime, les commissariats avaient simplement poursuivi l'&#339;uvre et pratiqu&#233; les m&#233;thodes des anciens minist&#232;res bourgeois. Afin d'&#233;viter qu'on ne prenne sur des sujets semblables des d&#233;cisions contradictoires, le Congr&#232;s des Conseils, en juin 1919, d&#233;cida de r&#233;unir les commissariats dans le Conseil Economique dont ils ne form&#232;rent d&#233;sormais que des d&#233;partements. Ainsi furent &#233;tablis les d&#233;partements de la r&#233;partition de mati&#232;res premi&#232;res, du Commerce Ext&#233;rieur, de la production sociale, de l'Agriculture, des Finances, de l'Alimentation, des Transports, du Contr&#244;le, des Constructions, du Travail et de la Pr&#233;voyance sociale. Quatre pr&#233;sidents d&#233;sign&#233;s par le Congr&#232;s des Soviets eurent le titre de commissaires. Avec les directeurs des six autres d&#233;partements, ils compos&#232;rent le Directoire Economique, responsable devant le Congr&#232;s et destin&#233; &#224; ex&#233;cuter les d&#233;cisions du Conseil Economique. Le Directoire fut aid&#233; dans sa t&#226;che par le Conseil de l'Economie rurale, compos&#233; de quarante membres &#233;lus au suffrage direct par les paysans, les forestiers, les aubergistes campagnards et par le Conseil Technique recrut&#233; parmi les artisans sp&#233;cialis&#233;s, les membres de syndicats et des coop&#233;ratives de production. Un tailleur de pierres, D&#233;sir&#233; Bokanyi, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du syndicat des m&#233;tallurgistes, Antoine Dovcsak et Jules H&#233;v&#233;ri veill&#232;rent particuli&#232;rement &#224; la production industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cette centralisation &#233;conomique et cette int&#233;gration, la production industrielle diminua.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1913, on extrayait 10 millions de tonnes de charbon et le rendement quotidien d'un bon mineur atteignait 8,02 qu. m. En juin 1919, la production journali&#232;re du mineur n'&#233;tait que de 4 qu. m. En 1914, la Hongrie fournissait en moyenne 20 wagons de lin par mois ; durant la Commune, seulement six wagons. En 1915, les brasseries donnaient 3 054 161 hectolitres de bi&#232;re. Pendant les cinq mois de la &#171; dictature &#187; elles ne fournissaient que 208 000 hectolitres. Soixante-quinze mille ouvriers travaillaient dans la m&#233;tallurgie en 1919 contre environ cinquante-quatre mille en 1914. N&#233;anmoins, leur production mensuelle dans l'ensemble des branches n'&#233;tait que de 80% de celle d'avant guerre. L'un des pr&#233;sidents du Conseil Economique, Varga, d&#233;clarait avec franchise au Congr&#232;s des Soviets, le 15 juin : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le rendement du labeur personnel a diminu&#233; de 50 % en comparaison avec le temps de paix. Pour l'industrie, cette r&#233;duction atteint 30 % dans la fabrique de machines Lang, 75 % dans la fabrique d'ascenseurs de Mathyasfold. Elle est moindre dans les entreprises o&#249; l'activit&#233; des ouvriers se borne &#224; utiliser les machines comme dans l'industrie chimique et les minoteries. &lt;/q&gt; Cette chute eut pour causes &#233;videntes la mobilisation g&#233;n&#233;rale des travailleurs et le rel&#226;chement de la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand au lendemain de la proclamation de la Commune, on sentit la n&#233;cessit&#233; de constituer une milice volontaire pour prot&#233;ger la R&#233;volution des attaques de l'Entente, l'&#233;lite des ouvriers partit au front. Les autres form&#232;rent des centuries arm&#233;es charg&#233;es de maintenir l'ordre dans les usines et de continuer le travail. Le 2 mai 1919, ce furent les 18 centuries syndicales de Budapest qui repouss&#232;rent les Roumains de Szolnok et bris&#232;rent leur premi&#232;re offensive. On con&#231;oit que la production industrielle de ces hommes alert&#233;s &#224; chaque instant, plus dispos&#233;s &#224; manier le fusil qu'&#224; diriger les machines, fut r&#233;duite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, dans les usines, les Conseils, dans le dessein de conserver les suffrages des &#233;lecteurs, n&#233;gligeaient d'assurer la discipline du travail et autorisaient avec la r&#233;duction des heures de labour la diminution de la production. Varga le constatait am&#232;rement : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si nous cherchons les causes de cet amoindrissement, nous ne les trouvons pas dans la p&#233;nurie de combustibles ou de mati&#232;res premi&#232;res, mais dans la suppression de la contrainte capitaliste. Dans la production capitaliste, l'ouvrier travaillait forc&#233;ment, car s'il ne produisait pas le travail convenable, on le jetait &#224; la porte. Maintenant, nous avons d&#233;truit cette discipline. Un ordre librement accept&#233; s'&#233;tablit. Malgr&#233; cette am&#233;lioration, le mal existe encore. La disparition du syst&#232;me du travail aux pi&#232;ces et la pratique du travail horaire diminuent &#233;galement le rendement des travailleurs d'&#233;lite. Trop d'ouvriers n'ont pas cette conscience socialiste qui na&#238;tra dans les g&#233;n&#233;rations prochaines. Ils ne comprennent pas encore que chacun doit travailler autant qu'il le peut et consommer selon ses besoins stricts. La force musculaire et l'habilet&#233; diff&#232;rent selon les individus. Les ouvriers ne pratiquent pas le v&#233;ritable communisme fraternel et libertaire. Ils s'en tiennent aux conceptions surann&#233;es de l'&#233;go&#239;sme capitaliste.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Varga, pour rem&#233;dier &#224; ces multiples inconv&#233;nients, pr&#233;conisa le retour au syst&#232;me du paiement &#224; la t&#226;che et des sanctions corporatives. Ces moyens nous semblent insuffisants et contraires au but qu'ils se proposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail aux pi&#232;ces est un syst&#232;me autoritaire et injuste, car il avantage les ouvriers robustes au d&#233;triment des moins dou&#233;s. Les travailleurs sont r&#233;tribu&#233;s selon leurs &#339;uvres et non selon leurs besoins. Il existe, en outre, des travaux que l'on ne peut fragmenter. La surveillance d'une machine ou la composition d'une &#171; &#233;tude &#187; artistique exige un effort continu d'attention, une fixation de pens&#233;e difficiles &#224; d&#233;tailler. Dans les m&#233;tiers o&#249; cette analyse s'effectue n&#233;anmoins, les ouvriers int&#233;ress&#233;s &#224; produire beaucoup en peu de temps ne pr&#234;tent gu&#232;re de sollicitude &#224; leur ouvrage dont l'ex&#233;cution manque de &#171; fini &#187;. Travaillant au maximum dans un laps d'instants toujours plus r&#233;duit, afin d'obtenir un gain sup&#233;rieur, ils s'&#233;puisent rapidement la sant&#233; ou prennent en d&#233;go&#251;t leur t&#226;che. Ils ont donc une tendance au ch&#244;mage volontaire et dilapident ainsi ce qu'ils croyaient avoir acquis. Par l'entrepreneur qui, pour un salaire &#233;lev&#233;, re&#231;oit de m&#233;diocres fournitures et par le salari&#233; qui gaspille ses forces dans l'espoir d'une meilleure r&#233;tribution dont il jouit mal, le travail &#224; la t&#226;che doit &#234;tre &#233;conomiquement condamn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Varga recommandait aussi l'usage de sanctions corporatives variables, selon l'importance du rel&#226;chement de la discipline du travail. Les unes, comme l'admonestation par le Conseil d'Usine, l'affichage du nom, le changement d'affectation &#233;taient surtout d'ordre moral et ne blessaient l'individu que dans sa r&#233;putation d'artisan. Les autres, comme la r&#233;duction du traitement, le renvoi de l'usine ou l'exclusion du syndicat atteignaient le d&#233;linquant dans son existence m&#234;me puisqu'elles le contraignaient, dans le pire cas, &#224; changer de m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces moyens coercitifs &#233;taient d'une pratique d&#233;licate et peu recommandable. Ils incitaient plut&#244;t les ouvriers &#224; s'insurger contre le r&#233;gime et &#224; regretter l'&#233;poque capitaliste o&#249; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;du moins l'on pouvait librement crever de faim.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Varga reconnut lui-m&#234;me la sup&#233;riorit&#233; d'une propagande id&#233;ologique aux m&#233;thodes de contrainte. Il ne se rendit pourtant jamais compte que la propagande, dans cette conjecture, n'est qu'un palliatif inefficace. Ce que l'on e&#251;t d&#251; faire, durant la Commune, ce n'&#233;tait pas modifier l'&#233;chelle des sanctions destin&#233;es &#224; maintenir l'ordre, c'&#233;tait changer l'ordre lui-m&#234;me. A la discipline externe, autoritaire, rigide, substituer une discipline accept&#233;e librement par ceux qui l'&#233;tablissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes auraient d&#251; g&#233;n&#233;raliser dans les industries o&#249; son usage e&#251;t &#233;t&#233; reconnu bon, la coop&#233;ration de main-d'&#339;uvre. D&#232;s maintenant, dans la France bourgeoise, cette association se d&#233;veloppe. En Alsace, dans certaines fabriques de pi&#232;ces m&#233;caniques, &#224; Paris et dans le Centre, dans quelques typographies, dans les services correspondanciers de maintes banques d'affaires, au su ou &#224; l'insu de l'entrepreneur, les ouvriers se groupent spontan&#233;ment, se surveillent eux-m&#234;mes, se distribuent le travail selon les qualit&#233;s de chacun et re&#231;oivent un salaire collectif qu'ils r&#233;partissent &#224; la fois selon le travail et les besoins. Le labeur se divise de la sorte rationnellement et &#233;quitablement. Les individus, lib&#233;r&#233;s du joug du contrema&#238;tre ou du chef de section accomplissent la t&#226;che qu'ils ont volontairement choisie en connaissance de leurs aptitudes. La judicieuse r&#233;partition des gains effectu&#233;e au su de tous ne suscite pas ces jalousies sournoises qui s'&#233;veillent dans les administrations o&#249; chacun, ignorant le traitement de son camarade, s'imagine &#234;tre moins favoris&#233; que lui par le patron. Proportionnellement &#224; ses qualit&#233;s professionnelles et &#224; ses charges individuelles, chaque coop&#233;rateur se voit r&#233;tribu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte aujourd'hui m&#234;me deux cons&#233;quences notables pour les &#233;conomistes comme pour les anarchistes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate que la discipline que s'impose de plein gr&#233; les coop&#233;rateurs est nettement plus rigoureuse que celle exig&#233;e par le patron. C'est que l'int&#233;r&#234;t technique se place en jeu et que personne n'a plus &#224; redouter les mesquineries administratives de surveillants stipendi&#233;s &#224; cet effet. La seule autorit&#233; que les coop&#233;rateurs reconnaissent avec raison dans leurs travaux est la comp&#233;tence technique des mieux qualifi&#233;s d'entre eux. Et parce que ces travailleurs ont &#224; c&#339;ur de mener &#224; bien une t&#226;che o&#249; leur profit imm&#233;diat est engag&#233;, le rendement de leur production se trouve sup&#233;rieur en quantit&#233; et qualit&#233; &#224; celui des autres salari&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>III. La Commune hongroise et les anarchistes (1919) : La communalisation des objets de consommation</title>
		<link>https://partage-noir.fr/iii-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la</link>
		<guid isPermaLink="true">https://partage-noir.fr/iii-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la</guid>
		<dc:date>2019-09-01T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Achille Dauphin-Meunier</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La premi&#232;re t&#226;che du r&#233;gime communiste consiste &#224; monopoliser les objets de consommation, afin de se trouver en mesure de satisfaire, dans le plus bref d&#233;lai, les exigences du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://partage-noir.fr/-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-21-mars-1919-7-aout-1919-29-" rel="directory"&gt;La Commune hongroise et les anarchistes (21 mars 1919-7 ao&#251;t 1919)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton180-73fce.jpg?1774739525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La premi&#232;re t&#226;che du r&#233;gime communiste consiste &#224; monopoliser les objets de consommation, afin de se trouver en mesure de satisfaire, dans le plus bref d&#233;lai, les exigences du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tendance &#224; supprimer le commerce priv&#233; se manifeste d&#233;j&#224; dans notre soci&#233;t&#233; par la fondation de coop&#233;ratives d'approvisionnement g&#233;r&#233;es par les consommateurs &#224; leur profit ou par l'institution, de comptoirs administr&#233;s par les producteurs capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir mis en contact imm&#233;diat fabricants et usagers, la Commune, par l'expropriation, fait passer dans le patrimoine collectif, les richesses pr&#233;c&#233;demment d&#233;tenues par des particuliers. La t&#226;che de r&#233;partir ces biens incombe alors aux organismes qui, restant sous le contr&#244;le direct de la Soci&#233;t&#233;, sont &#224; m&#234;me de conna&#238;tre et de contenter les moindres besoins de chacun : les offices coop&#233;ratifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suppression radicale des transactions priv&#233;es est une mesure indispensable si l'on veut &#233;viter le gaspillage des denr&#233;es, ou leur accaparement par la bourgeoisie, gr&#226;ce &#224; la force acquisitive du num&#233;raire ou des valeurs qu'elle d&#233;tient encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ancien administrateur d'une coop&#233;rative socialiste de consommation, Maurice Erdelyi, tenta d'organiser, durant la Commune, en qualit&#233; de commissaire, la r&#233;partition des produits. Sa premi&#232;re mesure consista dans la communalisation des magasins de gros ou de d&#233;tail occupant, au 21 mars, plus de dix personnes. Ces &#233;tablissements furent d&#232;s lors dirig&#233;s, sous le contr&#244;le du commissariat de la production, par des g&#233;rants nomm&#233;s par le personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis on effectua l'inventaire des stocks de mati&#232;res entrepos&#233;es. L'op&#233;ration dura deux semaines, pendant lesquelles toutes les boutiques, &#224; l'exception des &#233;piceries coop&#233;ratives, durent fermer leurs portes. Il fallut enfin distribuer m&#233;thodiquement les produits sur des bases communales et concentrer le commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Budapest, se trouvait une importante coop&#233;rative de consommation poss&#233;dant environ deux cents bureaux r&#233;partis dans les divers quartiers. Elle &#233;tait d&#233;sign&#233;e naturellement pour assurer la distribution. Mais en province, le mouvement coop&#233;ratif n'avait jamais pris d'extension et ne disposait pas d'organisme commercial de quelque int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erdelyi et ses collaborateurs se virent ainsi contraints d'instituer rapidement un service d'approvisionnement assez concentr&#233; pour r&#233;duire au minimum les faux-frais et assez d&#233;centralis&#233; pour satisfaire dans les endroits les plus recul&#233;s, la diversit&#233; des besoins. Dans chaque centre, ils s'efforc&#232;rent d'&#233;tablir un magasin communal abondamment pourvu et dot&#233; du monopole du commerce dons un rayon d&#233;termin&#233; par les int&#233;ress&#233;s. Les offices d'approvisionnement fonctionn&#232;rent vite. On rencontrait des offices de mati&#232;res fournissant aux usines les produits bruts ou mi-ouvr&#233;s. Des offices du v&#234;tement, du meuble, des l&#233;gumes mara&#238;chers &#233;taient organis&#233;s sur le mod&#232;le de nos entreprises &#224; succursales multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une difficult&#233; surgit bient&#244;t : certains offices, par suite de la p&#233;nurie de mati&#232;res, principalement les offices de vivres, ne pouvaient enti&#232;rement contenter les demandes. On recourut donc au rationnement, comme on l'avait fait pendant la guerre, mais avec une plus minutieuse rigueur. On servit d'abord les vieillards, les femmes enceintes et les malades ; puis les femmes et enfants des soldats engag&#233;s sur le front, sur pr&#233;sentation d'un certificat attestant leur qualit&#233; ; enfin, es miliciens et les ouvriers syndiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la population valide s&#8216;&#233;tant group&#233;e dans les syndicats, les consommateurs furent alors, r&#233;partis en cinq classes selon leur vigueur physique, leur &#226;ge, leurs connaissances, leurs aptitudes et leurs besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, parall&#232;lement aux offices d'approvisionnement, une autre organisation s'&#233;tablit. Durant les hostilit&#233;s et la R&#233;publique, dans chaque usine comme dans chaque bureau, les travailleurs avaient fond&#233; des soci&#233;t&#233;s amicales d'achat en commun. Apr&#232;s le 21 mars, ces associations se transform&#232;rent en comit&#233;s de distribution. Le Conseil d'atelier ou de bureau chargeait des hommes de confiance de recevoir des organismes comp&#233;tents des quantit&#233;s de marchandises, principalement d'anciens stocks militaires, qu'il r&#233;partissait entre les employ&#233;s, sans d&#233;bours de num&#233;raire. Les m&#233;tallurgistes de Csepel recevaient ainsi par semaine, pour leur famille et eux, une oie et des l&#233;gumes. En outre, sous l'instigation de Varga, on cr&#233;a dans les &#233;tablissements importants des restaurants coop&#233;ratifs o&#249; les ouvriers &#233;taient gratuitement nourris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villes furent, pendant le r&#233;gime communiste, abondamment pourvues de pommes de terre, de choux, de courges et de cachats. Les distributions de viande avaient lieu deux fois par semaine. Pour un syndiqu&#233;, il &#233;tait si facile d'obtenir des v&#234;tements qu'un trafic condamnable s'effectua : afin d'avoir certaines denr&#233;es de choix qu'on ne pouvait acqu&#233;rir ais&#233;ment des offices, sinon pour les malades (&#339;ufs frais, saindoux...), des ouvriers demandaient un ou deux costumes par quinzaine qu'ils rec&#233;daient en cachette aux paysans fournisseurs des offices. Ceux-ci, retirant d'un tel n&#233;goce un avantage consid&#233;rable n'approvisionn&#232;rent plus r&#233;guli&#232;rement les centres communaux. Il en r&#233;sulta un malaise dans la r&#233;partition dont l'&#233;quilibre se rompit. Les vieillards, les d&#233;biles ne purent &#234;tre aliment&#233;s convenablement &#224; leur &#233;tat ; les anciens journaliers et domestiques, soutiens du r&#233;gime dans les campagnes, se virent d&#233;savantag&#233;s au profit des dirigeants des syndicats agricoles, charg&#233;s de la garde des denr&#233;es de la communaut&#233; dont ils usaient ind&#251;ment &#224; leur seul profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avis n&#176; 15, publi&#233; par le commissariat de la pr&#233;voyance sociale r&#233;glementa la communalisation des habitations. Chaque maison &#233;lit son Conseil d'exploitation et nomma un homme de confiance. Celui-ci, aid&#233; de volontaires, entreprit localement l'inventaire des appartements vacants ou incompl&#232;tement utilis&#233;s. Les locataires n'eurent droit qu'&#224; une chambre par adulte, les logements disponibles furent imm&#233;diatement attribu&#233;s aux indigents. Trois cent mille ouvriers chang&#232;rent de domicile ou vinrent occuper les anciennes demeures des bourgeois. En outre, on d&#233;cida que les loyers seraient recouvr&#233;s par l'homme de confiance, encaiss&#233;s pour compte du Conseil d'exploitation, et vers&#233;s au fisc de la Commune. Mais la perception des loyers fut sans cesse recul&#233;e. Et la politique mon&#233;taire des communistes rendit enti&#232;rement vaine cette r&#233;solution qui n'avait &#233;t&#233; prise que pour apaiser les &#233;l&#233;ments d&#233;mocrates des Conseils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir assur&#233;, dans une large mesure, le pain et le logis aux travailleurs, le r&#233;gime communiste pr&#233;tendit satisfaire les besoins de luxe. Un Conseil de la production litt&#233;raire et de l'instruction publique se constitua. Alexandre Szabados, Sigisznond Kunfi, Georges Lukacs et Tibor Szamuely le compos&#232;rent. Par la suite, Szamuely quitta le Conseil pour jouer ce r&#244;le de terroriste qui le pla&#231;a dans le domaine de la l&#233;gende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Szabados &#233;tait un journaliste talentueux doubl&#233; d'un marxiste intransigeant. Les blancs le condamn&#232;rent aux travaux forc&#233;s &#224; perp&#233;tuit&#233;. Il fut &#233;chang&#233; en 1920, contre des officiers hongrois, prisonniers des Russes.&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&#034;boximg right&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_194 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L250xH466/lukacs_gyorgy-hungarian-soviet-390a2-156e7.jpg?1774746955' width='250' height='466' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;span style=&#034;float:left;&#034;&gt;&lt;small&gt;Georges Lukacs.&lt;/small&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;p&gt;Georges Lukacs, fils d'un banquier Pestois, passe pour un remarquable esth&#233;ticien. Membre correspondant de l'Institut de Leipzig, il obtint, avant la guerre, de l'acad&#233;mie hongroise, un prix pour son ouvrage sur l'&lt;i&gt;Evolution du Drame Moderne&lt;/i&gt;. Individualiste, il se tint longtemps &#224; l'&#233;cart du mouvement r&#233;volutionnaire. Mais en 1917 et 1918, il encouragea l'activit&#233; des antimilitaristes et sous le gouvernement d&#233;mocrate, adh&#233;ra au parti communiste naissant. D'une sveltesse rare, la voussure des &#233;paules ployant sous le faix de la t&#234;te, les cheveux fin rejet&#233;s en arri&#232;re du front, des yeux myopes, la mise correcte d'un petit fonctionnaire retrait&#233;, Lukacs, durant la Commune, parcourut sans tr&#234;ve usines, campagnes, tranch&#233;es, vantant les beaut&#233;s du r&#233;gime. Arr&#234;t&#233; par les r&#233;actionnaires en ao&#251;t 1919, jug&#233; et condamn&#233; &#224; la peine maxima, il fut sauv&#233; gr&#226;ce &#224; l'&#233;nergique pression des universitaires anglo-am&#233;ricains, sur les autorit&#233;s magyares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le docteur Kunfi professait &#224; l'Ecole de Commerce, quand Apponyi le r&#233;voqua, en 1909, pour son ouvrage &lt;i&gt;Le Crime de notre Instruction Publique&lt;/i&gt;. Il fit alors partie de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Nepszava&lt;/i&gt;, puis fonda, une revue, &lt;i&gt;Le Socialisme&lt;/i&gt;. Il repr&#233;sentait le parti socialiste hongrois &#224; la Conf&#233;rence internationale de Berne. Pendant la Commune, il dirigea le commissariat de l'instruction publique. Kunfi et ses amis, pour accro&#238;tre, avec leur capacit&#233; intellectuelle, la puissance de production et les app&#233;tits de puissance des ouvriers, envisag&#232;rent de transformer les conditions de l'hygi&#232;ne sociale et de r&#233;nover l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me d&#233;cret promulgu&#233; par les commissaires interdit l'ouverture de d&#233;bits de boissons, sous peine d'une amende de 50 000 couronnes. La consommation de l'alcool fut d&#233;fendue, et les d&#233;linquants, passibles d'un emprisonnement d'un mois. Tibor Szamuely prit personnellement l'initiative d'effectuer le recensement des salles de bains municipales et priv&#233;es. Il invita les enfants &#224; se laver le corps entier une fois par jour, dans les baignoires communalis&#233;es. Les hommes de confiance de la maison et les p&#233;dagogues veill&#232;rent strictement &#224; l'ex&#233;cution de ces prescriptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des cin&#233;mas sp&#233;ciaux, obligatoirement, les jeunes gens des deux sexes &#226;g&#233;s de treize ans, contemplaient le d&#233;roulement des maladies v&#233;n&#233;riennes que commentaient les m&#233;decins. Les moyens de se pr&#233;server du fl&#233;au &#233;taient &#233;nonc&#233;s ; et ces visions impressionnaient tant les spectateurs, qu'on constata vite un raffinement de propret&#233; dans la toilette intime et les m&#339;urs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s quatorze ans pour les femmes, seize ans pour les hommes, sans requ&#233;rir le consentement paternel, apr&#232;s examen m&#233;dical, les individus pouvaient s'unir. On n'exigeait d'autres formalit&#233;s que l'inscription des noms et qualit&#233;s sur le registre de la Commune. Le divorce, devenu unilat&#233;ral, s'effectuait dans les 24 heures. L'Union libre fut de la sorte instaur&#233;e. Les malades, les tar&#233;s devaient &#234;tre obligatoirement st&#233;rilis&#233;s. L'avortement &#233;tait autoris&#233;, pourvu qu'il eut lieu dans les h&#244;pitaux, afin d'appliquer scrupuleusement les ordonnances de l'hygi&#232;ne et r&#233;duire les souffrances des sujets. Les enfants dont les parents ne voulaient ou ne pouvaient assumer la charge &#233;taient confi&#233;s &#224; des cr&#232;ches communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On modifia totalement l'enseignement scolaire. Les Facult&#233;s de Jurisprudence et de Th&#233;ologie furent closes. Les livres d'instruction religieuse et d'histoire politique br&#251;l&#233;s. L'enseignement de la biologie rempla&#231;a celui du cat&#233;chisme. Durant quatre semaines, les professeurs suivirent des cours sp&#233;ciaux dans lesquels on leur exposa succinctement l'id&#233;ologie communiste. On s'effor&#231;a surtout d'inculquer aux enfants le go&#251;t du travail manuel autant que celui du labeur intellectuel. Un exeat d&#233;livr&#233; apr&#232;s un certain temps d'&#233;tudes suppl&#233;a les examens et concours jug&#233;s inutiles. Les &#233;l&#232;ves nomm&#232;rent un Conseil de classe, charg&#233; de maintenir l'ordre en place du ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;&#226;tres, mus&#233;es, cin&#233;mas et concerts furent nationalis&#233;s ou communalis&#233;s selon leur importance. Sur pr&#233;sentation de la carte syndicale, chacun put assister &#224; un spectacle. En m&#234;me temps, sous l'impulsion de Szabados, les &#233;ditions de livres se multipli&#232;rent. En moyenne, deux ouvrages parurent quotidiennement. Le prix d'achat des volumes resta le m&#234;me que jadis, mais les salaires avaient augment&#233; dix &#224; douze fois, si bien que l'on acquit des volumes presque gratuitement. Les traduction des meilleurs &#233;crivains fran&#231;ais, russes et allemands furent publi&#233;es. L'activit&#233; intellectuelle, pendant le r&#233;gime communiste, atteignit le paroxysme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>II - La Commune hongroise et les anarchistes (1919) : La dictature du prol&#233;tariat</title>
		<link>https://partage-noir.fr/ii-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la-dictature-du</link>
		<guid isPermaLink="true">https://partage-noir.fr/ii-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la-dictature-du</guid>
		<dc:date>2019-08-31T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Achille Dauphin-Meunier</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Dans la nuit du 21 mars 1919, Bela Kun et ses compagnons furent arrach&#233;s de leur prison par la foule. Les ouvriers occup&#232;rent les principaux quartiers de la ville ; les conseils d'entreprises se r&#233;unirent et proclam&#232;rent la dictature du prol&#233;tariat. La dictature du prol&#233;tariat ! assertion susceptible d'interpr&#233;tations diverses et contradictoires.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://partage-noir.fr/-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-21-mars-1919-7-aout-1919-29-" rel="directory"&gt;La Commune hongroise et les anarchistes (21 mars 1919-7 ao&#251;t 1919)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton168-559b8.jpg?1774739525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans la nuit du 21 mars 1919, Bela Kun et ses compagnons furent arrach&#233;s de leur prison par la foule. Les ouvriers occup&#232;rent les principaux quartiers de la ville ; les conseils d'entreprises se r&#233;unirent et proclam&#232;rent la dictature du prol&#233;tariat. La dictature du prol&#233;tariat ! assertion susceptible d'interpr&#233;tations diverses et contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains envisagent cette &#171; dictature &#187; comme l'affirmation par le peuple de sa parfaite maturit&#233; et de son affranchissement. Ils supposent donc l'existence de masses laborieuses, parvenues &#224; un remarquable degr&#233; d'&#233;ducation &#233;conomique, poss&#233;dant une id&#233;ologie commune et de semblables int&#233;r&#234;ts, capables de prendre en mains la direction des fabriques et de satisfaire leurs exigences de consommation. Une telle dictature est absolument pure d'&#233;l&#233;ments autoritaires. Elle marque l'av&#232;nement du monde du labeur. En manifestant leur volont&#233; d'&#233;tablir leur dictature, les hongrois pr&#233;tendirent montrer qu'ils s'estimaient aptes &#224; r&#233;tablir et d&#233;velopper l'economie de leur pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, &#224; l'heure actuelle, m&#234;me dans les &#201;tats anglo-saxons o&#249; l'on constate la grande valeur intellectuelle et technique des travailleurs, en nul endroit ne se rencontrent des foules laborieuses homog&#232;nes, dot&#233;es d'une initiative collective. A cause d'une m&#233;sintelligence des proc&#233;d&#233;s tayloriens, l'ouvrier r&#233;duit &#224; l'emploi de machine sp&#233;cialis&#233;e poss&#232;de une lamentable &#233;ducation. En outre, les prol&#233;taires ne communient plus par l'unit&#233; id&#233;ologique ou les int&#233;r&#234;ts communs. Tiraill&#233; entre le r&#233;formisme, le bolchevisme ou le nationalisme, le syndicalisme oublieux de son origine, de sa philosophie, de ses tendances, tombe en d&#233;cr&#233;pitude. Pour &#234;tre davantage sournoise, l'hostilit&#233; entre ouvriers intellectuels et manuels s'av&#232;re plus dangereuse que jamais. Ne redoutant pas les longues journ&#233;es de travail ais&#233;, ayant de m&#233;diocres app&#233;tits, l'employ&#233; vit dans l'attente de sa retraite que lui octroiera le patron ; il condamne les revendications des man&#339;uvres, qui, par crainte du ch&#244;mage et des accidents professionnels exigent la journ&#233;e de huit heures et de hauts salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de pareilles conditions qui, du reste, ne se pr&#233;sentaient pas dans la Hongrie de 1919, pour r&#233;aliser une dictature du prol&#233;tariat, il faut in&#233;luctablement recourir &#224; la dictature personnelle ; obtenir la soumission absolue des masses h&#233;t&#233;rog&#232;nes, d&#233;pourvues d'audace r&#233;volutionnaire ; accomplir, selon l'expression de L&#233;nine, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la subordination de la volont&#233; des milliers &#224; la volont&#233; d'un seul&lt;/q&gt;. Les travailleurs qui s'administrent, th&#233;oriquement, eux-m&#234;mes, deviennent la proie d'individus qui, sous un dehors populacier, poss&#232;dent les d&#233;sirs de puissance et les attributs des capitalistes. Avec &#233;nergie, les anarchistes se dressent contre une semblable tyrannie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La dictature &#187; du prol&#233;tariat magyar diff&#233;ra donc, par son essence, du bolchevisme russe. Bela Kun le reconnut &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La dictature ne signifie pas le recours &#224; la violence, mais la simple prise en mains par le peuple, des instruments de production&lt;/q&gt;. Et, pour manifester que les personnes et les biens n'appartenaient pas &#224; une minorit&#233; politique, l'appareil du r&#233;gime reposa sur la connexion des conseils &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les offices, comit&#233;s, conseils ruraux et urbains s'occup&#232;rent de la formation, de la r&#233;partition et de la consommation des richesses dans leurs sph&#232;res. Les conseils de districts et de d&#233;partements administr&#232;rent leurs circonscriptions et nomm&#232;rent des d&#233;l&#233;gu&#233;s, avec mandat imp&#233;ratif, au Congr&#232;s national. Tous les ouvriers syndiqu&#233;s des deux sexes domicili&#233;s en Hongrie, sans distinction de confession, de race ou de nationalit&#233;, &#226;g&#233;s de 18 ans, particip&#232;rent aux &#233;lections communales, r&#233;gionales et nationales. Les &#233;lections des repr&#233;sentants au Congr&#232;s national des Conseils eurent lieu le 7 avril. La participation au scrutin fut consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la capitale et les chefs-lieux de d&#233;partements, les travailleurs se rendirent aux urnes en cort&#232;ge. A Budapest, les communistes obtinrent la majorit&#233; des voix : 780 candidats r&#233;volutionnaires y furent &#233;lus. Le Congr&#232;s s'ouvrit le 14&#8197;juin ; les conseils locaux et r&#233;gionaux envoy&#232;rent un d&#233;l&#233;gu&#233; par 5 000&#8197;habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s poss&#233;dait l'autorit&#233; supr&#234;me. Provisoirement, il conservait des attributs politiques avec ses vertus &#233;conomiques. Il obtenait ainsi la licence de d&#233;terminer les fronti&#232;res de la r&#233;publique, d'appeler le peuple aux armes, de modifier la constitution dans un sens plus communiste. Entre ses sessions, un Conseil central ex&#233;cutif d&#233;sign&#233; par lui et compos&#233; de 150 membres si&#233;geait en permanence. Le Conseil central r&#233;partissait les travaux entre des commissariats sp&#233;cialis&#233;s, qui se r&#233;unirent par la suite dans un Conseil &#233;conomique, &#224; l'exception des commissariats des affaires &#233;trang&#232;res, des armements et des minorit&#233;s allog&#232;nes. Le Conseil central ex&#233;cutif fut instaur&#233; le 24 juin 1919, trois mois apr&#232;s l'&#233;tablissement de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandre Garba&#239; en devint pr&#233;sident. Cet ancien directeur du syndicat des gars du b&#226;timent adh&#233;ra tr&#232;s jeune au parti socialiste. Karolyi, parvenu &#224; la t&#234;te de la r&#233;publique populaire, le chargea de nationaliser la production. Garba&#239; remplit si bien sa t&#226;che que, sous la pression des bourgeois de l'industrie, Karolyi d&#233;sirait se d&#233;barrasser de lui, &#224; la veille de la r&#233;volution. Apr&#232;s la chute des Conseils, il s'enfuit &#224; Vienne, o&#249; bient&#244;t il organisa le parti socialiste ind&#233;pendant ill&#233;gal. Eug&#232;ne Varga, Georges Nyiszlor, J. Lengyel, Franz Bajoky furent attach&#233;s, en qualit&#233; de commissaires, &#224; la pr&#233;sidence du Conseil. Bela Kun se chargea des affaires &#233;trang&#232;res ; Eug&#232;ne Landler, des transports ; Varga, des finances, etc. Les Conseils r&#233;gionaux des saxons, slovaques, transylvaniens, ne pouvant &#233;lire leurs propres commissaires, par suite de l'occupation de leurs contr&#233;es par les alli&#233;s, Henri Kalmar et Auguste Stefan conserv&#232;rent la fonction de commissaires aux nationalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_191 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende largeur' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L351xH520/tiborslibor-62a3d.jpg?1774920853' width='351' height='520' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;span style=&#034;float:left;&#034;&gt;&lt;small&gt;Tibor Szamuelly.&lt;/small&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, quelques manifestations r&#233;actionnaires ayant eu lieu sous l'instigation des franco-roumains, on fut contraint de nommer un commissaire charg&#233; de r&#233;primer &#224; l'int&#233;rieur du pays, les man&#339;uvres contre-r&#233;volutionnaires. On d&#233;signa Tibor Szamuely. Tibor Szamuely appara&#238;t &#224; ceux qui ne connaissent pas la politique hongroise mais les l&#233;gendes de l'histoire hongroise, comme un bourreau jouisseur, avide de sang, troubl&#233; par des vices extranaturels, tortionnaire alcoolique et p&#233;d&#233;raste. Rien n'est plus absurde que cette image. Et personnellement, nous consid&#233;rons Szamuely comme l'une des pures figures du communisme magyar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une &#233;l&#233;gance raffin&#233;e, Szamuely joignait &#224; son affabilit&#233; coutumi&#232;re, un tact parfait. Ce qui retenait l'attention, dans son visage, c'&#233;taient les yeux d'une extr&#234;me douceur, embu&#233;s de m&#233;lancolie sous les profondes arcades sourcili&#232;res, et les m&#226;choires dures, volontaires, solidement attach&#233;es au cr&#226;ne. A&#238;n&#233; d'une famille juive de cinq enfants, apr&#232;s ses &#233;tudes universitaires, il devint journaliste. La lecture des &#339;uvres de Szabo et Batthyany l'incit&#232;rent &#224; m&#233;diter les causes &#233;conomiques et morales de la d&#233;tresse du prol&#233;tariat : il s'affirma libertaire. Mobilis&#233;, on l'envoya sur le front russe. Le soir de sa venue dans les tranch&#233;es, il d&#233;serta. En 1918, il rendit visite &#224; Kropotkine, dans le village de Dmitri, pr&#232;s de Moscou, o&#249; le sociologue r&#233;sida jusqu'&#224; sa mort. A Moscou, Szamuely organisa, de concert avec Kun, un groupe communiste de soldats hongrois prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_193 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH222/c1202kasss21-e83d5-ce031.jpg?1774920853' width='150' height='222' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;span style=&#034;float:left;&#034;&gt;&lt;small&gt;Kassak.&lt;/small&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;En novembre, il revint en Hongrie et incita ses compagnons libertaires &#224; unir leurs efforts &#224; ceux du jeune parti communiste. En d&#233;cembre, il fomenta une &#233;meute &#224; Nyiregykaze ; un de ses fr&#232;res fut gri&#232;vement bless&#233; dans la bagarre. Un mois plus tard, &#224; Satoraljaujhely, Il tenta de chasser les autorit&#233;s r&#233;publicaines. Arr&#234;t&#233;, il parvint &#224; s'&#233;vader. Il se cacha quelques temps chez l'&#233;crivain anarchiste Kassak alors &#233;diteur de la revue &lt;i&gt;Ma&lt;/i&gt;. De cet endroit, il parvint &#224; se mettre en relation avec les Conseils d'usines de Csepel, et &#224; pr&#233;parer, avec eux, le mouvement du 23 mars, que pr&#233;c&#233;da l'abdication de Karolyi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on rechercha l'homme capable de r&#233;primer les &#233;meutes &#224; l'int&#233;rieur du pays, Szamuely traversa une crise morale. Les Conseils allaient sans doute d&#233;signer quelque individu violent, pr&#234;t &#224; massacrer sans piti&#233; les fauteurs de troubles et les suiveurs inconscients. La Commune se souillerait ainsi de sang. Le doux Szamuely n'h&#233;sita pas. Lui qui conduisait les enfants pauvres s'&#233;battre sur les rives fleuries du lac Balaton, lui qui ne se complaisait que dans la soci&#233;t&#233; des gamins et des jeunes femmes, voulut assumer sur sa t&#234;te, la honte et le discr&#233;dit dont le terrorisme pouvait couvrir le r&#233;gime. &#171; Le gosse &#187;, comme l'appelaient ses amis, devint &#171; le sanglant Szamuely &#187; des bourgeois. Mais d&#233;sireux d'&#233;viter le meurtre, Szamuely d&#233;cida d'effrayer les esprits, de manifester la puissance du prol&#233;tariat, et non de ruiner stupidement les corps. En cinq mois, sur le territoire magyar, on ne pendit ou fusilla que 129 personnes, dont seulement 48, sur l'ordre de Szamuely.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Otto Corvin, l'organisateur des mutineries de 1917, effectua les recherches politiques. Arr&#234;t&#233; par les blancs, malgr&#233; les sommations, il refusa d'indiquer la retraite de ses camarades. Pour lui arracher des aveux, on lui br&#251;la le sexe avec un fer rouge, puis on le pendit. Corvin avait 24 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandre Krammer secondait Szamuely et Corvin. En ao&#251;t 1919, il se r&#233;fugia en Serbie ; il organisa des gr&#232;ves et fut recherch&#233; par la police serbe. Il changea de nom, mais fit la connaissance d'une jeune aristocrate russe qu'il aima, et avec laquelle il se mit en m&#233;nage. Apr&#232;s un an d'union, une nuit, l&#233;g&#232;rement pris de vin, il confia son secret &#224; son amie. Celle-ci, dont la haine pour les communistes &#233;tait plus forte que son affection pour son amant, le d&#233;non&#231;a. Livr&#233; par les gendarmes yougoslaves aux bandes d'Horthy, Krammer p&#233;rit &#224; l'&#226;ge de 23&#8197;ans, pendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;iframe width='100%' height='350' frameborder='0' allowfullscreen src='https://filmhiradokonline.hu/player.php?id=5252' &gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fils d'un gendarme, Joseph Cserny fut, pendant la guerre, sergent de marine. Sous son impulsion, en 1918, les matelots de la flotte de Cattaro se r&#233;volt&#232;rent. Cserny partit au bagne. Au cours de la r&#233;volution de mars, Szamuely l'invita &#224; former une troupe de gardes avec les anciens mutins de Cattaro. Ces soldats, &#171; les gars de L&#233;nine &#187;, casern&#232;rent dans les palais des familles Batthyanyi et Hunyady. Pour frapper l'imagination des bourgeois, ils couvrirent les murs de ces demeures d'une affiche gigantesque repr&#233;sentant un dragon s'&#233;lan&#231;ant d'un nid de coutelas vers ces mots TERROR, dont les lettres &#233;taient dispos&#233;es verticalement. Dix canons de 75 mm, 5 canons de 150 mm, et 20 mitrailleuses d&#233;fendaient l'abord de la caserne. Les &#171; gars &#187;, enti&#232;rement v&#234;tus, coiff&#233;s et bott&#233;s de cuir, portaient poignards, revolvers et grenades. Ils n'us&#232;rent de leurs armes que dans la circonstance suivante : les franco-serbes envoy&#232;rent trois monitors bombarder, &#224; Budapest, l'H&#244;tel Hungaria, r&#233;sidence des commissaires du peuple. Pendant ce temps, les officiers de l'artillerie et les cadets de l'Acad&#233;mie Ludovica tent&#232;rent d'occuper le Central T&#233;l&#233;graphique. Se disposant en rangs de tirailleurs, ils ouvrirent le feu sur la foule r&#233;pandue dans les rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surprise fut g&#233;n&#233;rale ; aucune milice ne casernait au complet, les ouvriers demeurant chez eux. Quelques membres des jeunesses communistes et du groupe anarchiste se pr&#233;cipit&#232;rent dans les armureries o&#249; l'on ne leur fournit que de mauvais fusils ; des miliciens, au bruit de la bagarre, les rejoignirent ; les artilleurs, apr&#232;s un instant de stupeur, parvinrent &#224; se saisir de leurs chefs. Les cadets r&#233;sistaient toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Haubrich, un ouvrier m&#233;tallurgiste, promu malgr&#233; lui, commandant des troupes de Budapest, &#233;tait un tolsto&#239;en. Pour &#233;viter l'effusion de sang, il d&#233;p&#234;cha plusieurs d&#233;l&#233;gations charg&#233;es d'avertir les cadets que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;s'ils refusaient de se rendre, leur caserne serait imm&#233;diatement bombard&#233;e&lt;/q&gt;. Les d&#233;l&#233;gations revenaient sans cesse &#233;conduites, et les canons d'Haubrich ne tiraient pas. Depuis pr&#232;s de quatre heures, cadets et r&#233;volutionnaires parlementaient, quand soudain parurent, sous la conduite de Cserny, vingt &#171; gars &#187;. Apr&#232;s une derni&#232;re sommation, ils firent sauter les portes de l'acad&#233;mie &#224; coups de grenades. Aussit&#244;t, les cadets dont deux seulement &#233;taient bless&#233;s, se rendirent. Professeurs et &#233;l&#232;ves se virent graci&#233;s, hormis le capitaine Eug&#232;ne Lemberkovics et le lieutenant D&#233;sider Filipecz, que le tribunal condamna &#224; mort. Sur les instances du lieutenant-colonel Romanelli, repr&#233;sentant de l'Entente, on commua leur peine en celle de r&#233;clusion temporaire. Ainsi, se termina la plus grave &#233;meute de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 ao&#251;t, Szamuely parcourait le d&#233;partement d'Oedenburg ; il apprit l'avance des alli&#233;s vers Budapest. Il se rendit alors chez le pr&#233;sident du Conseil d'ouvriers de Savanyukut, pour obtenir confirmation de la nouvelle. Sur les instances de cet homme, il se dirigea vers la fronti&#232;re d'Autriche, sous la conduite d'un marchand de bestiaux, Barna. Barna, abandonnant en route son compagnon, revint en h&#226;te &#224; Savanyukut, avisa un blanc, Zoltan Sumgi, de la fuite de Szamuely, t&#233;l&#233;phona au chef de la police-fronti&#232;re, que le terroriste se trouvait dans son cercle. Le commandant ordonna la fermeture de la fronti&#232;re, et quand Szamuely s'appr&#234;ta &#224; franchir la limite, il fut appr&#233;hend&#233; par les gendarmes Joseph Salatek et Wenzel Schwartz, qui lui bris&#232;rent le cr&#226;ne avec la crosse de leur carabine. Dans une version officielle, ils affirm&#232;rent que prenant un mouchoir de dentelle qui dissimulait un revolver, Szamuely s'&#233;tait suicid&#233;. Les paysans de Savanyukut, suggestionn&#233;s par la l&#233;gende du &#171; tortionnaire &#187;, d&#233;terr&#232;rent le cadavre enseveli dans le cimeti&#232;re de leur village, et coup&#232;rent les membres qu'ils dispers&#232;rent dans les champs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis d&#233;cembre 1918, les anarchistes hongrois &#233;taient tous entr&#233;s dans le parti communiste. Group&#233;s autrefois dans l'Union des socialistes r&#233;volutionnaires, puis dans le Cercle Galil&#233;en, en s'unissant au sein de la nouvelle institution, ils esp&#233;raient pouvoir faciliter l'&#233;tablissement d'une soci&#233;t&#233; libertaire aussi diff&#233;rente de la r&#233;publique d&#233;mocrate que de la caserne marxiste. Kogan, un avocat roumain, fusill&#233; par les bolchevistes russes, en 1925, Szamuely, Corvin, Kransz, le r&#233;dacteur principal du journal anarchiste &lt;i&gt;Tarsadalmi Forradalom&lt;/i&gt;, Csizmadia, le po&#232;te rustique, le psychologue Varjas, l'esth&#232;te Lukacs, voyaient dans ce mouvement, une source de forces r&#233;volutionnaires susceptibles de renverser l'organisation capitaliste. Quand, en mars, s'instaura le r&#233;gime prol&#233;tarien, certains anarchistes estim&#232;rent de leur devoir d&#8216;assumer une responsabilit&#233; effective, de participer au d&#233;roulement de l'activit&#233; &#233;conomique du pays ; ils devinrent commissaires du peuple, d&#233;l&#233;gu&#233;s de conseils. Alors, une scission s'effectua parmi les libertaires. La minorit&#233;, avec Krausz, Bojtor et Kogan refusa d'apporter son concours au r&#233;gime ; et pour manifester qu'elle ne poss&#233;dait plus le m&#234;me programme et n'usait plus des m&#234;mes m&#233;thodes que le parti communiste, elle fonda une Union anarchiste autonome, dont on pla&#231;a le si&#232;ge dans le Palais Almassy, r&#233;quisitionn&#233;. Kogan et Bojtor critiqu&#232;rent avec fougue les gestes de certains administrateurs ou commissaires, tels que Bela Kun ; on les emprisonna, mais leurs camarades collaborationnistes obtinrent leur rel&#226;chement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques partisans de la politique de soutien modifi&#232;rent leur ligne de conduite, et rejoignirent, apr&#232;s maintes tergiversations, les almassystes : Csizmadia quitta son poste au d&#233;partement de l'agriculture, tandis que Lukacs, Corvin et Szamuely pers&#233;v&#233;raient dans leur position premi&#232;re. Malgr&#233; ces diff&#233;rends, il n'y eut jamais, au cours de la Commune, dans les milieux libertaires, de querelles suscit&#233;es par des discussions personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collaborationnistes conserv&#232;rent l'estime des adeptes de l'autonomie ; Corvin, qui ne partageait pas l'attitude de l'Union vis-&#224;-vis du r&#233;gime, lui fournit cependant son concours ; il procura des salles de r&#233;union, facilita l'installation d'une biblioth&#232;que, soutint les p&#233;riodiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence des anarchistes se manifesta pendant la R&#233;volution, surtout dans la solution des probl&#232;mes agraire et financier &#233;tudi&#233;s avec minutie par les &#233;mules et disciples d'Ervin Szabo et Batthyanyi. Apr&#232;s la d&#233;faite, les libertaires demeur&#233;s en Hongrie, qui ne voulurent pas cesser leur propagande, malgr&#233; l'avilissement universel, s'affili&#232;rent aux cercles gnostiques, institu&#233;s vers 1900, par le tolsto&#239;en Eug&#232;ne Schmidt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ombre, ill&#233;galement, ils lutt&#232;rent. Ils tach&#232;rent de mettre en communication avec l'ext&#233;rieur, les captifs des camps de concentration ; ils &#233;dit&#232;rent des tracts, voire un journal polycopi&#233; &lt;i&gt;Uj Vilag&lt;/i&gt;. En 1924, l'intensit&#233; de la terreur paraissant d&#233;cro&#238;tre, ils p&#233;n&#233;tr&#232;rent dans les syndicats et les coop&#233;ratives et s'efforc&#232;rent de constituer au grand jour, avec d'autres &#233;l&#233;ments socialistes, le parti des ouvriers social-libertaires hongrois. Mais les principaux militants furent vite traqu&#233;s, saisis, incarc&#233;r&#233;s. Ils durent reprendre leur activit&#233; secr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s leur lib&#233;ration, le 21 mars 1919, les leaders communistes, alli&#233;s d&#233;j&#224; aux libertaires, n&#233;goci&#232;rent avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s de l'aile gauche socialiste, pour fa&#231;onner l'unit&#233; des forces r&#233;volutionnaires. On &#233;tablit ais&#233;ment le pacte d'entente et forma le parti socialiste unifi&#233;. Le 12 juin, dans l'ancienne salle des d&#233;put&#233;s, devant 827 d&#233;l&#233;gu&#233;s, Garba&#239; rappela l'alliance faite entre anarchistes, marxistes et n&#233;o-communistes et les modifications profondes op&#233;r&#233;es dans le programme collectiviste. Le professeur Sigismond Kunfi d&#233;clara que la vieille et traditionnelle social-d&#233;mocratie &#233;tait morte, qu'un monde d&#233;pouill&#233; des institutions autoritaires s'&#233;laborait, qu'&#224; des conceptions nouvelles devait correspondre une organisation originale, m&#234;me en politique. Pour &#233;tablir avec clart&#233; sa mani&#232;re de voir, il demanda que l'alliance des gauches forma non un parti socialiste unifi&#233;, paraissant englober trois tendances, mais l'Union des ouvriers communistes de Hongrie. Finalement, les d&#233;l&#233;gu&#233;s approuv&#232;rent &#224; l'unanimit&#233; le programme et les m&#233;thodes de cette institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls, pendant la Commune, apr&#232;s leur s&#233;cession, les anarchistes poss&#233;d&#232;rent une association politique autonome, tous les autres partis ayant disparu ou fusionn&#233; avec l'Union des ouvriers communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>I - La Commune hongroise et les anarchistes (1919) : La R&#233;volution des chrysanth&#232;mes</title>
		<link>https://partage-noir.fr/i-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la-revolution-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://partage-noir.fr/i-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-1919-la-revolution-des</guid>
		<dc:date>2019-08-30T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Achille Dauphin-Meunier</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;En 1914, la Hongrie se pr&#233;sentait comme le pays d'Europe r&#233;alisant au plus haut degr&#233; la concentration des capitaux industriels et fonciers entre les mains d'une minorit&#233; politique. Deux &#224; trois mille puissants propri&#233;taires ruraux se partageaient le tiers du sol national arable ; le comte Esterhazy poss&#233;dait, par exemple, 526 000 arpents de terre et le comte Karolyi, celui-l&#224; m&#234;me qui, plus tard, pr&#233;sida aux destin&#233;es de la R&#233;publique Populaire, r&#233;gnait sur 100 000 hectares.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://partage-noir.fr/-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-21-mars-1919-7-aout-1919-29-" rel="directory"&gt;La Commune hongroise et les anarchistes (21 mars 1919-7 ao&#251;t 1919)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton162-5d6db.jpg?1774739525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1914, la Hongrie se pr&#233;sentait comme le pays d'Europe r&#233;alisant au plus haut degr&#233; la concentration des capitaux industriels et fonciers entre les mains d'une minorit&#233; politique. Deux &#224; trois mille puissants propri&#233;taires ruraux se partageaient le tiers du sol national arable ; le comte Esterhazy poss&#233;dait, par exemple, 526 000 arpents de terre et le comte Karolyi, celui-l&#224; m&#234;me qui, plus tard, pr&#233;sida aux destin&#233;es de la R&#233;publique Populaire, r&#233;gnait sur 100 000 hectares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;sence de ces capitalistes, se trouvait une masse de journaliers agricoles et de domestiques de ferme, soumis &#224; l'autorit&#233; politique et sociale de leurs ma&#238;tres, d&#233;pourvus de moyens de d&#233;fense, n'ayant droit qu'&#224; un jour de cong&#233; annuel, en hiver, alors qu'il n'existe plus de chemins praticables. Dans le centre du pays, l&#224; o&#249; la population est enti&#232;rement magyare, le chiffre des journaliers atteignait 40 % de la population active. En 1908, sur 14 millions de paysans, 11 500 000 hommes appartenaient &#224; ce prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existait n&#233;anmoins un embryon de petite propri&#233;t&#233; dont les &#233;conomistes officiels prenaient pr&#233;texte pour cacher aux occidentaux la situation sociale des paysans hongrois. Mais lorsqu'on examinait la nature de la bourgeoisie rurale, on devait vite se rendre compte qu'elle aussi faisait partie du Lumpenprol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1848, durant la r&#233;volution, Louis Kossuth fit affranchir les serfs et leur donna la terre pr&#233;c&#233;demment cultiv&#233;e par eux au profit des seigneurs. Apr&#232;s les crises agraires de 1871 et 1890, les paysans, accabl&#233;s sous le poids des hypoth&#232;ques grevant leurs biens, furent contraints de vendre leurs champs &#224; leurs anciens ma&#238;tres qui reform&#232;rent ainsi rapidement des latifonds. En 1875, 9 600 biens furent c&#233;d&#233;s de la sorte. En 1893, le nombre de cessions d&#233;passa 15 300 et en 1903, 21 000. La concentration capitaliste se manifestait par cons&#233;quent dans l'&#233;conomie rurale. On rencontrait, en 1900, trois cent soixante douze mille individus poss&#233;dant moins d'un arpent de terre et 103 000 individus ma&#238;tres de moins de 5 arpents. Or, pour se nourrir, ainsi que sa famille, le paysan hongrois doit cultiver au minimum 8 arpents. Afin de subsister, ces petits propri&#233;taires se trouvaient dans l'obligation de louer leurs bras, une partie de l'an, aux seigneurs. Ils retournaient ainsi grossir le nombre des paysans journaliers. La mis&#232;re r&#233;gnait parmi ceux-ci, par suite du taux infime des salaires. Il en r&#233;sultait un extraordinaire courant d'&#233;migration. En 1907, deux cent trois mille Hongrois abandonn&#232;rent leur pays, sans esprit de retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concentration industrielle n'&#233;tait pas de moindre importance. Budapest, en 1914, se pr&#233;sentait comme le centre de l'industrie minoti&#232;re d'Europe. Les moulins de la capitale produisaient environ 70 000 quintaux m&#233;triques par jour. Les sucreries avaient une capacit&#233; sup&#233;rieure &#224; celles de Boh&#234;me, si c&#233;l&#232;bres n&#233;anmoins. La plus petite sucrerie magyare fournissait, en effet, 5 000 quintaux m&#233;triques, et la plus grande, 22 000 quintaux. L'industrie sucri&#232;re donnait, en 1914, 514 000 tonnes de sucre pr&#234;t &#224; &#234;tre consomm&#233;. Quatre-vingt deux brasseries livraient, dans la m&#234;me ann&#233;e, plus de 3 millions d'hectolitres de bi&#232;re sup&#233;rieure, dont 68 % provenaient des maisons de Budapest. Quarante distilleries industrielles et 834 distilleries agricoles donnaient, en 1914, un million d'hectolitres d'alcool. A Szeged, des usines, construites sur le type am&#233;ricain, fabriquaient en s&#233;rie des saucissons ; Budapest et Kesckemet pr&#233;paraient ces conserves de fruits qui ne disparurent du march&#233; europ&#233;en qu'en 1917, seulement devant l'invasion des fruits hispano-am&#233;ricains. On extrayait, en 1890, deux millions et demi de lignite. La production de lignite en 1913 d&#233;passait 10 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la production globale de la Hongrie repr&#233;sentait, en 1914, 3,14&#8197;milliards de kcs-or (couronnes-or) par an. Si, en 1913, la Hongrie exportait pour 987 millions de kcs-or de c&#233;r&#233;ales, elle vendait aussi &#224; l'&#233;tranger 725&#8197;millions de kcs-or de produits manufactur&#233;s et 193 millions de kcs-or de demi-produits, soit un montant de 918 millions de kcs-or figurant l'exportation industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet extraordinaire d&#233;veloppement de la production industrielle, correspondaient et la concentration capitaliste et la concentration ouvri&#232;re. A Budapest, par exemple, travaillaient en 1914, 118 000 ouvriers. Les entreprises occupant des salari&#233;s pass&#232;rent de 102 000 en 1890 &#224; 196 000 en 1900 et 213 000 en 1914. Par contre, de 1890 &#224; 1902, le nombre des patrons ind&#233;pendants tombait, dans l'industrie des textiles, de 16 539 &#224; 10 716, et dans celle du b&#226;timent, de 35 129 &#224; 28 177.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me moment que s'accroissait le prol&#233;tariat agricole et industriel, les nationalit&#233;s contenues &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res de la Monarchie s'&#233;veillaient. En Transylvanie, dans le rectangle compris entre Debreczen, Rodna, Temesvar et Nagy-Szeben, croissaient des Roumains s&#233;par&#233;s de leurs cong&#233;n&#232;res par un bloc compact de Magyars d'antique souche, domicili&#233;s au nord de Brasso. Des Bosniaques et des Scribes s'&#233;parpillaient en Hongrie m&#233;ridionale, vers Ujvidek, Zombor et Szabadka ; des Saxons se groupaient autour de Pecs et dans les d&#233;partements de Sopron et de Nagykukull&#246; ; des Fran&#231;ais venus l&#224; au dix-huiti&#232;me et dix-neuvi&#232;me si&#232;cles, cultivaient certaines parties de la plaine et les environs de Temesvar. On trouvait des Slovaques de Pozony &#224; Szent-Marton et de Kesmark &#224; Huszth. En r&#233;sum&#233;, 4 millions de Roumains, 1 million de Croates, Bosniaques et Serbes, 2 millions de Slovaques, 500 000 Ruth&#232;nes, 400 000 Fran&#231;ais, Saxons et Tziganes, conservant leurs coutumes nationales et parlant leur propre langue, vivaient sur le sol de la Hongrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;r&#233;e au seul point de vue &#233;conomique et social, cette situation ne pouvait longtemps subsister. Prol&#233;taires hongrois et peuples asservis allaient exiger leur &#233;mancipation et l'obtenir par la violence. Le capitalisme et la haute bourgeoisie le comprenaient fort bien. Aussi, pour canaliser &#224; leur profit l'agitation naissante, r&#233;clamaient-ils &#224; Vienne, dans le secret espoir de se le voir refuser, l'ind&#233;pendance politique, la cr&#233;ation d'une arm&#233;e nationale, le suffrage universel. Durant la guerre mondiale, ils n'esp&#233;raient rien de la victoire de l'Allemagne qui n'aurait fait qu'accro&#238;tre le prestige de l'Autriche et supprimer les privil&#232;ges des propri&#233;taires hongrois ; ils n'esp&#233;raient rien de l'Entente victorieuse qui se d&#233;clarait pr&#234;te &#224; rendre l'ind&#233;pendance aux nationalit&#233;s sujettes. Ils ne souhaitaient qu'une paix honorable, maintenant le statu quo int&#233;rieur mais d&#233;nouant les liens de vassalit&#233; unissant les dirigeants hongrois &#224; la Cour de Vienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, en 1917, &#233;clat&#232;rent des r&#233;voltes de soldats. Il existait &#224; Budapest, un club r&#233;volutionnaire, le &#171; Cercle de Galil&#233;e &#187;, compos&#233; de syndicalistes, d'anarchistes et de socialistes de gauche. Avant les hostilit&#233;s, les galil&#233;ens discutaient fort entre eux sur les possibilit&#233;s d'&#233;tablir un monde nouveau qu'ils envisageaient diff&#233;remment, chacun selon son temp&#233;rament propre.&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&#034;boximg left&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_189 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/png/korvin_otto.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH713/korvin_otto-7cd68.png?1774968911' width='500' height='713' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;span style=&#034;float:left;&#034;&gt;Otto Corvin.&lt;/span&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;p&gt;La guerre avait fait cesser ces pol&#233;miques amicales de doctrine et tous se retrouvaient unis dans la lutte contre le militarisme et le clerg&#233; patriote. Un anarchiste, Otto Corvin, r&#233;form&#233; pour d&#233;viation de la colonne vert&#233;brale, d&#233;baucha les marins de Pola ; &#224; l'instigation de ses camarades, un r&#233;giment de gardes nationaux refusa de partir de Budapest pour le front. Des gamins de 16 ans, tels Wessely, se glissaient la nuit dans les casernes, distribuaient des tracts, incitaient les soldats &#224; la r&#233;volte. Pris, assomm&#233;s de coups par la police, intern&#233;s dans les camps de concentration, ils exhortaient par leur exemple d'autres enfants &#224; les imiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux libertaires, llona Duchinska et son ami, Tivadar Lukacs, prirent la t&#234;te du mouvement antibelliciste apr&#232;s que l'on se fut saisi de Corvin. Arr&#234;t&#233;s &#224; leur tour, ils se firent remplacer. La propagande s'amplifiait sans cesse. En 1917, les marins de Cattaro se soulev&#232;rent, d&#233;sarm&#232;rent leurs officiers et r&#233;clam&#232;rent la formation de conseils de soldats. Vite vaincus par Horthy, qui gagna de la sorte son chapeau d'amiral, ils furent impitoyablement r&#233;prim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la Pentec&#244;te de 1918, &#224; Pecs, le 6&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; r&#233;giment d'infanterie de Ujvid&#233;ck refusa de gagner les tranch&#233;es ; les mutins attaqu&#232;rent les casernes et les b&#226;timents municipaux coup&#232;rent les fils t&#233;l&#233;phoniques et s'empar&#232;rent de la gare. On lan&#231;a contre eux le 53&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; r&#233;giment d'infanterie et un r&#233;giment de Bosniaques. Deux jours entiers, ils r&#233;sist&#232;rent ; le troisi&#232;me jour, ils se r&#233;fugi&#232;rent dans le cimeti&#232;re d'o&#249; l'on dut les d&#233;loger tombe par tombe. Finalement, ils se rendirent. Pour les ch&#226;tier, on fusilla un homme sur dix, choisi au hasard ; les officiers sup&#233;rieurs furent pass&#233;s par les armes ; les grad&#233;s subalternes se virent incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;v&#233;nements ne rest&#232;rent pas sans &#233;cho. Les nouvelles venant des arm&#233;es paraissaient de jour en jour plus mauvaises. La Hongrie se rendit compte de la d&#233;faite proche. Elle s'effor&#231;a de se d&#233;solidariser d'avec l'Autriche pour ne pas subir des cons&#233;quences du d&#233;sastre. Elle se confia, d&#233;sesp&#233;r&#233;e, &#224; Karolyi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout temps, les Karolyi lutt&#232;rent contre l'h&#233;g&#233;monie de l'Autriche. L'arri&#232;re grand-p&#232;re de Michel Karolyi organisa avec Rakoczi le mouvement contre les Habsbourg qui prit fin &#224; la paix de Szathmar. A vingt-cinq ans, Michel Karolyi fut d&#233;put&#233;. L'un des plus riches propri&#233;taires fonciers, il r&#233;clama le morcellement des terres. Un duel avec le r&#233;actionnaire Tisza le rendit c&#233;l&#232;bre dans les milieux ouvriers de Budapest. Lorsque Jules Justh mourut, Karolyi, &#226;g&#233; de trente ans &#224; peine, prit sa place et succ&#233;da de la sorte au chef &#233;minent du parti de l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914, &#224; la d&#233;claration de la guerre, il parcourait l'Am&#233;rique, propageant parmi les Hongrois de New-York l'id&#233;e d'une R&#233;publique Populaire et recueillant des subsides pour son parti. De retour en Europe, il fut arr&#234;t&#233; &#224; Bordeaux ; rel&#226;ch&#233; par ordre du gouvernement fran&#231;ais, il gagna Budapest par l'Espagne et G&#234;nes. Au cours des hostilit&#233;s, par l'entremise de son secr&#233;taire Diener, il se tint en relations avec les pacifistes fran&#231;ais, principalement avec Guilbeaux. Il se d&#233;clarait ami de l'Entente, d&#233;mocrate et agrarien. En r&#233;alit&#233;, ce n'&#233;tait qu'un politicien sinc&#232;re peut-&#234;tre, mais singuli&#232;rement l&#226;che lorsqu'il s'agissait d'effectuer ses promesses. Il voulait diriger des &#233;v&#233;nements qui le d&#233;pass&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 octobre 1918, Michel Karolyi accusa les empires centraux d'avoir provoqu&#233; les hostilit&#233;s en lan&#231;ant un ultimatum &#224; la Serbie. Prenant position contre la politique du Mittel Europa, il condamna la guerre sous-marine et le trait&#233; de Brest-Litovsk ; il r&#233;clama la cr&#233;ation d'une repr&#233;sentation diplomatique hongroise autonome &#224; l'&#233;tranger, l'abolition des institutions communes &#224; l'Autriche et &#224; la Hongrie, l'ind&#233;pendance politique et &#233;conomique. St&#233;fan Zlinsky prit position avec lui contre Wekerl&#233;, pr&#233;sident du Conseil et Burian, ministre des affaires &#233;trang&#232;res, qui affirmaient la solidarit&#233; de la Hongrie avec les empires centraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me soir, Hussarek, pr&#233;sident du Conseil d'Autriche, r&#233;unit les chefs de partis politiques et r&#233;v&#233;la son dessein d'organiser un &#233;tat f&#233;d&#233;ratif compos&#233; des Allemands, Tch&#232;ques, Ukrainiens et Illyriens, sous le nom d'Empire F&#233;d&#233;ral d'Autriche. A cette annonce, les d&#233;put&#233;s r&#233;publicains hongrois r&#233;clam&#232;rent en s&#233;ance publique de la Chambre des repr&#233;sentants l'ind&#233;pendance de leur pays. Le 17 octobre, l'empereur Charles confirma par un manifeste la d&#233;claration de l'Autrichien Hussarek. Tandis que le comte Tisza d&#233;clarait approuver le gouvernement d'avoir demand&#233; la paix en s'inspirant des principes de Wilson, Burian d&#233;missionnait, par crainte des responsabilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le 15 octobre, &#224; Agram, le ban de Croatie manifesta l'intention de seconder les efforts d'un Conseil National Croate ; il proclama l'ind&#233;pendance de la Croatie par rapport &#224; la Hongrie, revendiqua le territoire magyar de Fiume. Le 19&#8197;octobre, ce Conseil National, compos&#233; de 85 membres auxquels se joignirent des d&#233;l&#233;gu&#233;s de Slavonie, Dalmatie et Bosnie, pronon&#231;a l'ind&#233;pendance de la Yougoslavie. Le 24 octobre, Karolyi annon&#231;a &#224; la Chambre que les Croates du 79&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; r&#233;giment d'infanterie avaient d&#233;sarm&#233; les hussards de Fiume, pris possession de la ville, occup&#233; le port et hiss&#233; le drapeau tricolore. W&#233;kerl&#233; d&#233;missionna. Le roi dut alors chercher un pr&#233;sident du Conseil introuvable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Successivement, les comtes Andrassy et Apponyi refus&#232;rent de se mettre &#224; la t&#234;te d'un nouveau gouvernement. Karolyi, apr&#232;s une r&#233;union de ses amis, d&#233;cida d'exiger la paix imm&#233;diate, la rupture avec l'Allemagne et l'Autriche, l'ind&#233;pendance, le suffrage universel, la libert&#233; d'association et de presse, la reconnaissance des nouveaux &#201;tats. Il r&#233;digea, de concert avec ses partisans, une proclamation. Le 22 octobre, les Bulgares capitul&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des manifestations antimilitaristes se d&#233;roulaient quotidiennement &#224; Budapest et dans les villes importantes. Les soldats d&#233;sertaient en masse et constituaient des Soviets. Les r&#233;actionnaires, atterr&#233;s, n'esp&#233;raient plus que dans une alliance de Karolyi avec le roi. Ils d&#233;cid&#232;rent Karolyi &#224; s'entendre avec la Cour. Le 28&#8197;octobre, Karolyi entreprit les n&#233;gociations en vue de former son cabinet. Il convoqua le premier maire de Budapest, Barcsi, le chef du parti radical Jacy et celui des socialistes Kunsi. Tous se d&#233;rob&#232;rent. On rappela du front du Trentin l'archiduc Joseph et on le nomma &#171; homo regius &#187;, r&#233;gent. Joseph ne s'entendit pas avec Karolyi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers et les soldats s'organis&#232;rent. Le 27 et le 28 octobre, ils voulurent contraindre Joseph &#224; nommer Karolyi pr&#233;sident et entr&#232;rent en conflit avec la police. Toute la nuit, on se battit &#224; coups de fusils et de mitrailleuses. Il y eut de nombreux morts et bless&#233;s. Le 30 octobre, on manifesta devant le si&#232;ge du parti de Karolyi en r&#233;clamant l'armistice imm&#233;diat. La police chargea et la lutte reprit dans les rues. Le 31 octobre, le comte Tisza, chef du parti r&#233;actionnaire, partisan de l'alliance avec l'Autriche et l'Allemagne et l'un des responsables de la guerre, fut attaqu&#233; et tu&#233; par des soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; novembre, on apprit l'armistice avec la Turquie. La foule se rua vers les postes de police, d&#233;sarma les gendarmes. Quatre cent mille personnes d&#233;fil&#232;rent dans les rues en entonnant la &#171; Marseillaise des Travailleurs &#187;. Les boutonni&#232;res &#233;taient orn&#233;es de chrysanth&#232;mes. Des camions charg&#233;s de soldats et recouverts de ces roses blanches circulaient dans les avenues. L'enthousiasme &#233;tait g&#233;n&#233;ral. On se jetait des fleurs, on s'embrassait ; les visages paraissaient radieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me jour, le Conseil National hongrois nomma de son propre chef Karolyi pr&#233;sident du Conseil, attribua &#224; Batthyanyi le portefeuille des affaires &#233;trang&#232;res et &#224; Szende celui des finances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple, &#224; Kecskemet exigea la lib&#233;ration des prisonniers. Partout, se constitu&#232;rent des conseils de paysans, de soldats et d'ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 novembre, le baron Julius Wlassics, pr&#233;sident de la chambre des Magnats, remit &#224; Karolyi l'abdication du roi Charles. On y lisait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je ne veux pas que ma personne soit un obstacle au d&#233;veloppement de la nation hongroise pour laquelle je suis p&#233;n&#233;tr&#233; de la m&#234;me affection invariable. En cons&#233;quence, je renonce &#224; prendre n'importe quelle part &#224; la direction des affaires de l'&#201;tat et reconnais &#224; l'avance toutes les d&#233;cisions par lesquelles la Hongrie fixera la forme future de l'&#201;tat&lt;/q&gt;. Donn&#233; &#224; Erkatsau, le 13 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 novembre, Karolyi fut nomm&#233; par acclamations pr&#233;sident de la R&#233;publique Populaire Magyare. Le r&#234;ve du politicien se trouvait r&#233;alis&#233;. Il s'effor&#231;a de r&#233;soudre les probl&#232;mes &#233;conomiques et sociaux par des r&#233;formes qui, tout en calmant le peuple par leur apparence d&#233;mocratique, lui conservaient les sympathies de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;iframe width='100%' height='350' frameborder='0' allowfullscreen src='https://filmhiradokonline.hu/player.php?id=5351' &gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle r&#233;publique reposait sur les principes jacobins de 1792. Par le suffrage universel et secret, hommes et femmes &#226;g&#233;s de 21 ans nommaient des l&#233;gislateurs. Chacun devenait petit propri&#233;taire, mais l'iniquit&#233; sociale ne disparaissait pas, car les financiers, d&#233;tenteurs des titres de soci&#233;t&#233;s industrielles et agricoles, contr&#244;laient l'activit&#233; du pays. Karolyi, pour r&#233;former la situation agraire, d&#233;cida le morcellement des domaines f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon ses plans, on partageait les terres de plus de 500 hectares entre les journaliers et domestiques agricoles. Les paysans versaient alors &#224; l'&#201;tat une redevance &#233;chelonn&#233;e sur 100 ans. Cette somme revenait aux propri&#233;taires sous d&#233;duction de l'imp&#244;t sur la fortune atteignant 80 % et d'un escompte de 8 %. Afin d'&#233;viter le ph&#233;nom&#232;ne qui suivit l'&#233;mancipation des serfs et d'emp&#234;cher la reconstitution des latifonds, les terres devenaient incessibles et h&#233;r&#233;ditaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, un double probl&#232;me surgissait. Les biens des seigneurs &#233;taient couverts d'hypoth&#232;ques et leur valeur avait augment&#233; durant la guerre. Devait-on purger les hypoth&#232;ques et c&#233;der aux journaliers les propri&#233;t&#233;s au prix du jour augment&#233; du co&#251;t des purges ? Karolyi ne proposa pas de r&#233;formes radicales, mais une mesure contentant &#224; la fois les moyens propri&#233;taires et les paysans ais&#233;s. Il exigea l'achat et la vente des terres au prix d'avant-guerre, la r&#233;duction de la plus-value et la diminution proportionnelle des hypoth&#232;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Budapest regorgeait d'avocats sans cause, d&#233;mobilis&#233;s, r&#233;form&#233;s, embusqu&#233;s, mais tous &#233;galement ambitieux : Les &#233;ternels soutiens des d&#233;mocraties. Karolyi les r&#233;unit en corps et, leur donnant le titre de commissaires agraires, les chargea de parcourir la Hongrie, de recenser les propri&#233;t&#233;s, de surveiller les partages, de constituer un cadastre. Les avocats partirent ; pour conserver leur poste avantageusement r&#233;mun&#233;r&#233;, ils tra&#238;n&#232;rent les op&#233;rations en longueur, suscitant entre agriculteurs des querelles qui fournissaient mati&#232;re &#224; proc&#232;s et leur ouvraient une nouvelle source de b&#233;n&#233;fices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme de Karolyi, d'ailleurs si elle avait &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e, aurait donn&#233; au r&#233;gime le secours d'une nouvelle classe, la classe des paysans moyens acqu&#233;reurs de terres ; mais elle ne pouvait satisfaire la masse des journaliers, dans l'impossibilit&#233; absolue de livrer une redevance quelconque. En outre, en parcellant la terre, on emp&#234;chait la division scientifique du travail, le rendement intensif, l'usage des puissantes machines indispensables &#224; la culture de la plaine. Le cultivateur ais&#233; poss&#233;dait la terre ; mais restant isol&#233; sur son lopin, il ne pouvait mettre ses biens en valeur &#224; l'aide d'instruments aratoires dispendieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans le comprirent aussit&#244;t. Ils se saisirent de la terre, sans verser de redevance, malgr&#233; les observations des agents de Karolyi, et s'entraid&#232;rent en fondant des coop&#233;ratives agricoles. Ceux du d&#233;partement de Somogy, l'un des plus productifs de Hongrie, apr&#232;s s'&#234;tre empar&#233;s des champs, chass&#232;rent m&#234;me les commissaires agraires et organis&#232;rent des syndicats ruraux. Karolyi leur d&#233;p&#234;cha son ministre de l'Agriculture, originaire lui aussi du Somogy, le politicien Etienne Szabo, successivement ministre de la R&#233;publique, commissaire de la Commune, partisan de Friedrich, de Huszar et d'Horthy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Szabo vint et se pr&#233;para savamment &#224; vanter &#224; ses concitoyens les beaut&#233;s de la d&#233;mocratie et de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Les laboureurs le re&#231;urent, arm&#233;s de couteaux et de faux, et lui d&#233;clar&#232;rent, que s'il ne les laissait pas en paix, ils &#233;taient d&#233;cid&#233;s &#224; l'&#233;gorger comme un cochon de lait. Szabo et Karolyi, d&#232;s lors, se tinrent cois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 1918, sous la pression des Roumains, &#224; AIba Julia, les d&#233;magogues de l'Assembl&#233;e transylvaine d&#233;cid&#232;rent de s'unir aux Roumains. Le 8 janvier 1919, les Saxons, &#224; M&#233;diasch, vot&#232;rent un ordre du jour semblable. Mais les comit&#233;s de paysans protest&#232;rent. Dans un appel aux soldats roumains, ils dirent &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous n'avons pas besoin de roi ou d'officiers, amis du luxe qui gaspillent inutilement le temps, non plus que de boyards ou de grands seigneurs qui ne boivent que du sang comme les sangsues. Nous avons besoin de terre et de libert&#233; !&lt;/q&gt; Et quelques jours plus tard, une nouvelle affiche &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous, paysans de Transylvanie et du Banat, sommes assez intelligents pour pouvoir suivre seuls, comme il nous plaira, notre voie. Que la Transylvanie et le Banat n'appartiennent qu'aux Transylvaniens et aux Banatiens. Nous ne voulons pas de ma&#238;tres. Que les boyards de Roumanie nous laissent en paix !&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, partout, se dessinait un mouvement agraire. Mais la politique de Karolyi entra&#238;na la d&#233;b&#226;cle &#233;conomique. A cause des entraves mises par les commissaires agraires &#224; la production, les betteraves &#224; sucre pourrirent sur place, personne ne s'en sachant officiellement propri&#233;taire et ne voulant en assurer le transport et la r&#233;partition sans obtenir une contre-partie r&#233;mun&#233;ratrice. Malgr&#233; une r&#233;colte extraordinaire, on dut rationner le sucre dans le pays qui en ravitaillait l'Europe avant la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, l'agitation grandit dans les usines. Les ouvriers, suffisamment &#233;duqu&#233;s &#233;conomiquement, d&#233;sir&#232;rent g&#233;rer librement leurs fabriques, sous le contr&#244;le des techniciens : par cons&#233;quent, exproprier les patrons. Pour apaiser les craintes de ces derniers, le gouvernement r&#233;publicain, sous l'instigation du socialiste Garami d&#233;cida de faire participer certaines cat&#233;gories d'ouvriers aux b&#233;n&#233;fices des entreprises. En place des conseils d'usines, il voulut instituer une commission mixte compos&#233;e de repr&#233;sentants de l'&#201;tat, des patrons et des employ&#233;s, o&#249;, par cons&#233;quent, les ouvriers se seraient trouv&#233;s en minorit&#233;. Ceux-ci, comprenant l'astuce du projet, r&#233;sist&#232;rent et entr&#232;rent &#224; leur tour dans l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'appui financier des capitalistes hongrois et &#233;trangers, Karolyi eut, certes, pu contenir les prol&#233;taires industriels. Mais les finances de l'&#201;tat &#233;taient dans une situation d&#233;plorable et les argentiers souffraient &#233;galement de la p&#233;nurie de capitaux. Un membre du parti radical, actuellement collaborateur de la &lt;i&gt;Neue&#8197;Zeit&lt;/i&gt;, de K. Kautsky, Paul Szende, fut charg&#233; de r&#233;gler la situation. Imm&#233;diatement, afin d'attirer la sympathie des banquiers occidentaux et hongrois, Szende reconnut les emprunts de guerre dont neuf dixi&#232;mes avaient &#233;t&#233; souscrits &#224; l'int&#233;rieur du pays. Puis il &#233;tudia les moyens de fonder une Banque Nationale, absolument ind&#233;pendante de la Banque Imp&#233;riale austro-hongroise. Il d&#233;cr&#233;ta donc que les billets &#233;mis par la Banque d'Empire n'auraient plus de capacit&#233; acquisitive en Hongrie et ne seraient pas cot&#233;s en Bourse. Il autorisa la circulation provisoire des anciennes couronnes estampill&#233;es, en attendant la cr&#233;ation d'une unit&#233; mon&#233;taire bas&#233;e sur la valeur du prix de l'or et repr&#233;sentant la 3 444&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; partie du prix r&#233;el d'un kilogramme d'or pur. Or, le ministre des finances, pour r&#233;aliser son programme, avait besoin de 30 milliards de couronnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appui financier des &#233;trangers se faisant quelque peu attendre, on fut contraint de recourir aux taxes fiscales et d'&#233;tablir un imp&#244;t progressif sur les fortunes. La cr&#233;ation de cet imp&#244;t suscita le m&#233;contentement de la bourgeoisie moyenne, dernier appui du pouvoir. La situation de Karolyi apparut comme d&#233;sormais intenable. Alors se manifesta le Parti Communiste hongrois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti Communiste hongrois, durant la R&#233;publique, ressemblait &#233;trangement au parti communiste fond&#233; &#224; Paris vers la m&#234;me &#233;poque par P&#233;ricat et Sebilloud. Compos&#233; de jeunes gens, venus des divers milieux de la soci&#233;t&#233;, comme Wessely, fils d'un riche bourgeois de Budapest, ou comme Leicht, enfant d'un savetier juif, &#224; 18 ans l'un des meilleurs peintres hongrois. Le parti communiste &#233;tait anim&#233; d'un extraordinaire esprit de r&#233;volte libertaire, plein d'une audace juv&#233;nile. Ses m&#233;thodes et son programme diff&#233;raient absolument de ceux du bolchevisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'encontre de L&#233;nine, qui r&#233;clamait l'instauration d'une petite propri&#233;t&#233; paysanne, pr&#233;conisait le capitalisme d'&#201;tat, la supr&#233;matie de la politique sur l'&#233;conomique et l'individualisation de la consommation, les communistes magyars, inspir&#233;s &#224; leur insu peut-&#234;tre de l'id&#233;ologie anarchiste, exigeaient la communalisation des biens de consommation et de production, la suppression des rouages politiques, la formation de conseils de paysans et d'ouvriers. Ne se cantonnant pas dans le domaine des id&#233;es, ils pass&#232;rent aux actes. Ils incit&#232;rent donc les ruraux &#224; ne pas tenir compte des d&#233;cisions des commissaires agraires, &#224; fonder des coop&#233;ratives et &#224; br&#251;ler tous les actes notari&#233;s. De m&#234;me, dans les centres urbains, ils recommand&#232;rent de ne plus payer les loyers et d'exproprier les habitations. Il y eut bient&#244;t &#224; Budapest plus de 20 000 proc&#232;s suscit&#233;s par les r&#233;clamations des propri&#233;taires dont les social-d&#233;mocrates prirent la d&#233;fense. Les communistes combattirent alors les Socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; janvier 1919, &#224; Budapest, ils tent&#232;rent de renverser le gouvernement des radicaux et des socialistes. Ils &#233;chou&#232;rent, mais essay&#232;rent quinze jours apr&#232;s, &#224; Salgotaryan, la m&#234;me entreprise. R&#233;prim&#233;s de nouveau, ils ne se tinrent pas pour battus et continu&#232;rent leur agitation, dans les champs et dans les usines. Le &lt;i&gt;Nepszava&lt;/i&gt;, organe officiel des social-d&#233;mocrates, les ayant insult&#233;s, ils attaqu&#232;rent le journal, aid&#233;s par les marins et les ouvriers des faubourgs. La lutte dura un jour et fut d'une extr&#234;me violence. De nombreux morts rest&#232;rent sur le sol. Par ordre de Karolyi, Bela Kun, Lazlo et Rabinovics, membres du parti communiste, furent arr&#234;t&#233;s. Kun fut tellement rou&#233; de coups par les gendarmes dans sa ge&#244;le qu'il faillit mourir et resta plus d'un mois alit&#233;. Mais ses camarades poursuivirent leur propagande et leur nombre grossit vite par l'arriv&#233;e de soldats et d'ouvriers d&#233;go&#251;t&#233;s de la d&#233;mocratie. Le Parti communiste prit alors l'aspect original qu'il garda jusqu'&#224; la chute de la Commune. Ses cadres furent fournis par des enfants de 17 &#224; 22 ans, inspirant une masse homog&#232;ne de militaires et de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&#034;boximg right&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_190 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L289xH350/linder_bela_1918-976ff.jpg?1774858205' width='289' height='350' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;span style=&#034;float:left;&#034;&gt;Bela Lindner.&lt;/span&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;p&gt;Bela Lindner, socialiste Ind&#233;pendant, ancien colonel de l'&#233;tat-major, &#233;tait un ministre de la guerre antimilitariste. Le 16 novembre 1918, il fit rassembler sur la place du Parlement, &#224; Budapest, les anciens officiers et soldats de l'arm&#233;e royale. Devant trois cent mille spectateurs, sous une pluie glaciale, tous pr&#234;t&#232;rent serment &#224; la R&#233;publique Populaire. L'archiduc Joseph, l'ancien &#171; homo r&#233;gius &#187; jura lui-m&#234;me fid&#233;lit&#233; au nouveau r&#233;gime, renon&#231;a publiquement &#224; l'usage de ses titres et se fit d&#233;sormais nommer Joseph Alcsuti. Puis, solennellement, Lindner d&#233;clara : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Et maintenant, je ne veux plus voir de soldats !&lt;/q&gt;. Il invita les soldats &#224; former des conseils pour h&#226;ter la d&#233;mobilisation, destitua les officiers en masse et d&#233;sarma les troupes qui revenaient du front. Karolyi bl&#226;ma l'activit&#233; pacifiste de son ministre et, sous le pr&#233;texte d'une divergence d'opinion au sujet des nationalistes, le contraignit &#224; d&#233;missionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bartha rempla&#231;a Lindner. Conservateur born&#233;, partisan d'une organisation militaire puissante, Bartha interdit la constitution de soviets de soldats et voulut r&#233;tablir la discipline dans l'arm&#233;e. Les troupes casern&#233;es &#224; Budapest se soulev&#232;rent et exig&#232;rent sa destitution. Bartha, apr&#232;s trois semaines de pouvoir, c&#233;da son poste &#224; Boehm, un m&#233;canicien socialiste, secr&#232;tement partisan du communisme. C'&#233;tait le 15 d&#233;cembre. Theodor Batthyanyi, ministre de l'Int&#233;rieur, sentant la r&#233;volution sociale approcher, par crainte des responsabilit&#233;s, suivit Bartha dans sa retraite. Le socialiste Vince Nagy prit son fauteuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation devenait aussi grave &#224; l'ext&#233;rieur qu'au dedans du pays. Violant l'armistice de Vilajusti qui garantissait l'int&#233;grit&#233; territoriale de la Hongrie, l'arm&#233;e franco-roumaine franchissait les fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karolyi partit en toute h&#226;te &#224; Belgrade n&#233;gocier une nouvelle convention. Accompagn&#233; du socialiste Bokanyi et du d&#233;l&#233;gu&#233; des conseils de soldats Czernak, il se rendit aupr&#232;s de Franchet d'Esperey. Il demandait qu'on laiss&#226;t passer des convois de vivres pour ravitailler le centre du pays, et qu'on retir&#226;t les S&#233;n&#233;galais et les Roumains qui ravageaient mis&#233;rablement les contr&#233;es o&#249; ils campaient. Franchet re&#231;ut, sans les saluer, les d&#233;l&#233;gu&#233;s et, muet, leur remit le texte du second armistice. Puis, il partit, les laissant en t&#234;te-&#224;-t&#234;te avec quelques sous-officiers fran&#231;ais ignorant le magyar et un colonel serbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Hongrois ex&#233;cut&#232;rent les clauses de l'armistice et livr&#232;rent leurs armes. Au lieu de les d&#233;truire, comme il &#233;tait d&#233;cid&#233;, Franchet donna fusils et cartouches aux Tch&#232;ques, Roumains et Serbes. Contrairement aux accords de Belgrade, les Tch&#232;ques avanc&#232;rent m&#234;me jusqu'&#224; 100 kilom&#232;tres de la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karolyi, le 23 d&#233;cembre, d&#233;clarait &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;L'Entente devrait accepter une paix excluant tout an&#233;antissement. Que les chefs de l'ancien r&#233;gime expient, mais qu'on ne punisse pas le peuple qui ne fit que subir la guerre et ne la voulut pas ! &lt;/q&gt; En r&#233;ponse, le 12&#8197;mars, &#224; Belgrade, le g&#233;n&#233;ral Delobit exigeait, au nom des alli&#233;s, la formation d'une zone neutre de 200 kilom&#232;tres de largeur en Hongrie, sous pr&#233;texte de s&#233;parer les Transylvaniens des Magyars. Cette d&#233;cision ne fut communiqu&#233;e au gouvernement de Karolyi que le 19 mars, par le lieutenant-colonel Vix, charg&#233; d'affaire de l'Entente &#224; Budapest. Aussit&#244;t, les ministres, affol&#233;s, offrirent &#224; Karolyi leur d&#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 mars, les ouvriers de l'usine Weisz Manfred, &#224; Csepel, pr&#232;s de Budapest, et qui s'&#233;taient empar&#233;s de leur fabrique depuis novembre 1918, adh&#233;r&#232;rent, au nombre de 200 000 environ, au Parti communiste. Ils d&#233;cid&#232;rent, en outre, de p&#233;n&#233;trer en armes, le 23 mars, &#224; Budapest, de r&#233;volutionner la ville et de chasser le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accul&#233;, attaqu&#233; par les g&#233;n&#233;raux de l'Entente et par les prol&#233;taires, Karolyi adressa, le 20 mars, une proclamation &#224; ses concitoyens et d&#233;clara c&#233;der le pouvoir aux ouvriers et paysans. Sur l'instigation des socialistes Keri et Kunfi il quitta la pr&#233;sidence de la r&#233;publique. Cet homme qui avait voulu mener un peuple pendant de longs mois n&#8216;eut pas le courage moral de signer l'acte de d&#233;mission. Ce fut Simonyi qui l'apostilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karolyl, d&#233;mocrate r&#233;formiste, tomba victime de ses propres actes. Ce politicien ne voulut pas comprendre que seul le peuple est capable de juger lui-m&#234;me de son sort, et que dans une r&#233;volution, seuls les gestes extr&#233;mistes ont une port&#233;e. Ses atermoiements, les demi-mesures, son besoin de contenter &#224; la fois exploiteurs et opprim&#233;s, sa sympathie secr&#232;te pour la bourgeoisie et ses d&#233;clarations d&#233;mophiles suscit&#232;rent successivement le m&#233;contentement des travailleurs et des capitalistes. Un gouvernement r&#233;publicain qui s'affirme pr&#234;t &#224; faire le bonheur du peuple et maintient, sous un d&#233;guisement hypocrite, les institutions autoritaires ne peut subsister et se d&#233;velopper qu'en devenant comme en France, le jouet d'une oligarchie militaire et financi&#232;re. Karolyi supprima puis r&#233;tablit l'arm&#233;e ; il la d&#233;sorganisa. Il l&#233;sa les propri&#233;taires fonciers avant de r&#233;clamer leur concours. Il avait, de la sorte, bris&#233; ses appuis. Il tomba comme doit succomber fatalement le parlementaire qui veut r&#233;aliser ce paradoxe d'unir des forces &#233;conomiques et sociales contraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 mars, l'assembl&#233;e nationale r&#233;publicaine tint sa derni&#232;re s&#233;ance le pr&#233;sident Hock, rappelant l'activit&#233; de cette assembl&#233;e pendant la collaboration des r&#233;publicains et des socialistes, pronon&#231;a l'oraison fun&#232;bre du r&#233;gime : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Un nouveau syst&#232;me social &#233;tant introduit en Hongrie, dit-il, l'assembl&#233;e n'a plus aucune raison de poursuivre ses travaux. Sa continuation ne r&#233;pond plus aux exigences du r&#233;gime actuel. Notre organisation politique a compl&#232;tement fait faillite. Laissons le champ libre &#224; l'activit&#233; du prol&#233;tariat. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://partage-noir.fr/IMG/pdf/conseils-hongrie-pn.pdf" length="1293553" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Commune hongroise et les anarchistes (21 mars 1919-7 ao&#251;t 1919) : Avertissement</title>
		<link>https://partage-noir.fr/la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-21-mars-1919-7-aout-1919-179</link>
		<guid isPermaLink="true">https://partage-noir.fr/la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-21-mars-1919-7-aout-1919-179</guid>
		<dc:date>2019-08-29T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>&lt;p&gt;Nous r&#233;&#233;ditons aujourd'hui cette brochure anarchiste fran&#231;aise, publi&#233;e en 1926, sans toutefois reproduire les 10 derni&#232;res pages du texte original o&#249; l'auteur se lance dans une analyse g&#233;opolitique de l'Europe centrale de l'apr&#232;s premi&#232;re guerre mondiale et o&#249; il imagine, ex nihilo, des solutions aux multiples probl&#232;mes qu'elle rencontrait alors.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://partage-noir.fr/-la-commune-hongroise-et-les-anarchistes-21-mars-1919-7-aout-1919-29-" rel="directory"&gt;La Commune hongroise et les anarchistes (21 mars 1919-7 ao&#251;t 1919)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton179-d20e3.jpg?1774739525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous r&#233;&#233;ditons aujourd'hui cette brochure anarchiste fran&#231;aise, publi&#233;e en 1926, sans toutefois reproduire les 10 derni&#232;res pages du texte original o&#249; l'auteur se lance dans une analyse g&#233;opolitique de l'Europe centrale de l'apr&#232;s premi&#232;re guerre mondiale et o&#249; il imagine, ex nihilo, des solutions aux multiples probl&#232;mes qu'elle rencontrait alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera expos&#233;e dans ce texte une exp&#233;rience r&#233;volutionnaire m&#233;connue. Au del&#224; du simple int&#233;r&#234;t historique, cet &#233;crit nous plonge dans une situation complexe et mouvante o&#249;, loin des grands discours, au milieu de nombreuses difficult&#233;s, les r&#233;volutionnaires hongrois tent&#232;rent de concr&#233;tiser leur d&#233;sir d'une autre soci&#233;t&#233; et d'un autre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vieille brochure &#233;voque clairement les probl&#232;mes concrets, urgents et parfois dramatiques, auxquels tout mouvement r&#233;volutionnaire se trouve confront&#233; une fois le pouvoir capitaliste et &#233;tatique mis &#224; bas : assurer la satisfaction des besoins basiques de la population, r&#233;organiser l'&#233;conomie sur des bases socialistes, inventer et construire un pouvoir populaire et d&#233;mocratique, transformer les rapports sociaux et les mentalit&#233;s, d&#233;fendre la r&#233;volution par les armes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui fait qu'elle garde aujourd'hui encore, 76 ans apr&#232;s sa premi&#232;re publication, un int&#233;r&#234;t politique du point de vue r&#233;volutionnaire. Bonne lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Syndicat Intercoop&#233;ratif&lt;br class='autobr' /&gt;
Anarchosyndicaliste de Caen. &lt;br class='autobr' /&gt;
S.I.A. (2002)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
