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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Marie Goldsmith</title>
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		<dc:creator>Marc Pierrot</dc:creator>


		<dc:subject>Marie Goldsmith</dc:subject>
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		<dc:subject>&lt;i&gt;Plus loin&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>ESRI</dc:subject>
		<dc:subject>Pierre Kropotkine</dc:subject>
		<dc:subject>Jean Grave</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Temps nouveaux&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Paul Delesalle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En novembre 1891, un &#233;tudiant, blanquiste et tr&#232;s r&#233;volutionnaire, Jules-Louis Breton, qui plus tard entra au Parlement, fit distribuer un manifeste pour appeler la jeunesse des &#233;coles &#224; fonder un groupe socialiste. On se r&#233;unit d'abord chez Breton, puis dans une biblioth&#232;que fouri&#233;riste de la rue Mouffetard. Gr&#226;ce &#224; l'&#233;nergie du roumain, Georges Diamandy, le groupe se d&#233;clara internationaliste, ce qui &#233;carta de lui un tas de jeunes radicaillons, vaguement socialisants et trop f&#233;rus de politicaillerie. Gr&#226;ce &#224; la t&#233;nacit&#233; de Breton on ajouta au titre l'&#233;tiquette r&#233;volutionnaire. Et ainsi fut cr&#233;&#233;, en d&#233;cembre 1891, le premier groupe socialiste d'&#233;tudiants, celui des &#233;tudiants socialistes r&#233;volutionnaires internationalistes de Paris (ESRI).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-plus-loin-no95-mars-1933-" rel="directory"&gt;Plus Loin n&#176;95 - Mars 1933&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-paul-delesalle-+" rel="tag"&gt;Paul Delesalle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-4fffffffffffffffff-e7b23.jpg?1774697731' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En novembre 1891, un &#233;tudiant, blanquiste et tr&#232;s r&#233;volutionnaire, Jules-Louis Breton, qui plus tard entra au Parlement, fit distribuer un manifeste pour appeler la jeunesse des &#233;coles &#224; fonder un groupe socialiste. On se r&#233;unit d'abord chez Breton, puis dans une biblioth&#232;que fouri&#233;riste de la rue Mouffetard. Gr&#226;ce &#224; l'&#233;nergie du roumain, Georges Diamandy, le groupe se d&#233;clara internationaliste, ce qui &#233;carta de lui un tas de jeunes radicaillons, vaguement socialisants et trop f&#233;rus de politicaillerie. Gr&#226;ce &#224; la t&#233;nacit&#233; de Breton on ajouta au titre l'&#233;tiquette r&#233;volutionnaire. Et ainsi fut cr&#233;&#233;, en d&#233;cembre 1891, le premier groupe socialiste d'&#233;tudiants, celui des &#233;tudiants socialistes r&#233;volutionnaires internationalistes de Paris (ESRI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;union de jeunes gens, ayant chacun leurs habitudes, leurs traditions, les pr&#233;jug&#233;s impos&#233;s par l'&#233;ducation, par l'instruction officielle, par le milieu familial et social, mais ayant un id&#233;alisme, mais avides de conna&#238;tre, ne redoutant pas les hypoth&#232;ses les plus audacieuses, se lan&#231;ant dans des discussions passionn&#233;es qui peu &#224; peu aboutissaient &#224; d&#233;molir les traditions, &#224; saper les pr&#233;jug&#233;s, &#224; changer les habitudes. Mais les membres du groupe n'avaient pas pour but de passer leur temps &#224; faire de l'esprit et &#224; cultiver le paradoxe. Ils avaient un id&#233;alisme et ils cherchaient &#224; le confirmer. On se mit imm&#233;diatement au travail sous la direction intellectuelle et morale des camarades plus &#226;g&#233;s, Alfred Bonnet, Suffren Raymond, Georges Diamandy, qui avaient quatre ou cinq ans de plus que les autres et qui avaient d&#233;j&#224; &#233;tudi&#233; les th&#233;ories socialistes. La premi&#232;re ann&#233;e fut consacr&#233;e &#224; la revue rapide des syst&#232;mes socialistes ant&#233;rieurs et &#224; une &#233;tude longue et pr&#233;cise du &lt;i&gt;Capital &lt;/i&gt; de Karl Marx&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous f&#251;mes souvent oblig&#233;s de changer de local au cours de cette premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Les discussions furent toujours s&#233;rieuses. On prit le go&#251;t et l'habitude de la m&#233;thode, de la critique rationnelle, de la recherche de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3974 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/jules-louis_breton_1913.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH667/jules-louis_breton_1913-ee448.jpg?1774708417' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Jules-Louis Breton &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Au noyau du d&#233;but, Bonnet, Breton, Chapoutot, Diamandy, Lorcin, Mouchette, Neuville, Pierrot, Suffren Raymond, R&#233;my, Thiercelin, L&#233;on Thivier, Ygouf, Z&#233;va&#232;s, Zimmer et d'autres dont j'ai oubli&#233; le nom, s'adjoignirent rapidement Attal, Ameline, Ducroquet, Julien, Lapie qui ne fit que passer, M&#233;tin, d'autres encore, des &#233;tudiants roumains, des &#233;tudiants russes (dont la colonie &#233;tait alors vivante et nombreuse &#224; cause des pers&#233;cutions tsaristes) et des &#233;tudiantes de m&#234;me nationalit&#233;. La presque unanimit&#233; des &#233;tudiantes &#224; cette &#233;poque &#233;taient &#233;trang&#232;res. Les pr&#233;jug&#233;s de la bourgeoisie fran&#231;aise s'opposaient &#224; ce que les jeunes filles entrassent &#224; l'Universit&#233; ; c'e&#251;t &#233;t&#233; pour elles la d&#233;ch&#233;ance. Parmi les cinq ou six &#233;tudiantes qui entr&#232;rent au groupe, il y eut Marie Goldsmith et son amie Roubanovitch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre effort &#233;tait de nous instruire nous-m&#234;mes et d'aider &#224; l'&#233;mancipation des travailleurs. Il nous paraissait qu'il &#233;tait de la discr&#233;tion la plus &#233;l&#233;mentaire de laisser ceux-ci discuter eux-m&#234;mes leurs int&#233;r&#234;ts et choisir parmi eux leurs repr&#233;sentants. Nous pensions que nous devions rester en dehors des luttes politiques et surtout ne pas nous offrir comme candidats dans les luttes &#233;lectorales. Cette d&#233;cision ne fut pas du go&#251;t de tous, et &#224; la fin de 1892, Z&#233;va&#232;s et Thiercelin quittaient le groupe pour fonder relui des &#233;tudiants collectivistes, adh&#232;rent an parti guesdiste, dans le dessein de prendre part aux campagnes politiciennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions plus de sympathie pour l'action ouvri&#232;re proprement dite. A ce moment, il n'y avait que les syndicats allemanistes qui menassent une action autonome et v&#233;ritablement prol&#233;tarienne. Plusieurs d'entre nous avaient des relations d'amiti&#233; avec Jean Allemane ; un peu plus tard, gr&#226;ce &#224; l'interm&#233;diaire d'Hamon, nous nous li&#226;mes avec Fernand Pelloutier, aussit&#244;t que celui-ci vint &#224; Paris. D'autre part M&#233;tin et Remy, au retour de leur ann&#233;e de service militaire, mettaient leur influence &#224; pousser le groupe vers l'anarchie. Nous entrions en rapport avec Grave, et nous retrouvions aux &lt;i&gt;Temps Nouveaux,&lt;/i&gt; Paul Delesalle que nous connaissions depuis 1892.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le groupe ne s'&#233;tait inf&#233;od&#233; &#224; aucun parti, &#224; aucune secte. I1 continuait &#224; recruter des membres aux tendances diverses, des marxistes lib&#233;raux comme Schumacher (russe), Arndt (allemand), ou des anti-social-d&#233;mocrates comme Cornelissen. Il s'&#233;largissait en englobant une partie des membres de la Ligue d&#233;mocratique des &#233;coles (Marchand, E. Milhaud, Bon, etc.) et m&#234;me en recevant l'adh&#233;sion des &#233;tudiants collectivistes qui vinrent &#224; ses s&#233;ances pendant quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3975 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L419xH600/31411312644-0a283.jpg?1774708321' width='419' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Les opinions des ESRI apparaissent dans les brochures que le groupe publia successivement de 1894 &#224; 1901 : &lt;i&gt;Le Socialisme et les &#233;tudiants&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Pourquoi nous sommes internationalistes&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k817808&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les r&#233;volutionnaires au congr&#232;s de Londres&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;R&#233;formes et r&#233;volution&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://archive.org/details/lindividuetlecom00grou/page/n1/mode/2up&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'individu et le communisme&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Mis&#232;re et mortalit&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Comment l'&#201;tat enseigne la morale&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les anarchistes et les syndicats&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La scission socialiste&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le tolsto&#239;sme et l'anarchie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Coop&#233;ratisme et n&#233;o-coop&#233;ratisme&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le communisme et l'anarchie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;. Elles &#233;taient l'&#339;uvre d'une commission et discut&#233;es chapitre par chapitre au cours des s&#233;ances publiques. Cette commission comprenait de 6 &#224; 12 membres. Leur collaboration fut tellement enchev&#234;tr&#233;e dans certaines brochures qu'il me serait impossible de dire aujourd'hui quelle fut la part de chacun. La vie du groupe se r&#233;duisit peu &#224; peu &#224; l'activit&#233; de la commission, dont les membres, sauf un noyau permanent, ne furent pas toujours exactement les m&#234;mes outre un camarade devenu professeur de facult&#233;, que je ne puis nommer ici, les plus jeunes associ&#233;s furent Cr&#233;mieu et Jacoubet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;rite du groupe fut d'avoir aid&#233; &#224; d&#233;gager les principes du syndicalisme r&#233;volutionnaire, au moment m&#234;me o&#249; celui-ci naissait et se d&#233;veloppait, et d'avoir devanc&#233; les th&#233;oriciens purs qui foisonn&#232;rent par la suite. Au lieu de la diplomatie des r&#233;formistes, nous pensions que l'action avait sinon plus de r&#233;sultats imm&#233;diats, du moins une vertu &#233;ducative. L'&#233;tude du mouvement ouvrier avait d&#233;tourn&#233; le groupe, &#224; partir de 1896, de la jeunesse des &#233;coles. Il appelait les travailleurs &#224; ses discussions, et c'est ainsi que Delesalle et d'autres nous apport&#232;rent leur collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La part de Marie Goldsmith, la seule de nos camarades femmes qui &#233;tait demeur&#233;e au groupe, fut peu consid&#233;rable dans les premi&#232;res brochures. Elle devint de plus en plus grande au fur et &#224; mesure que le groupe se resserra, surtout &#224; partir de la septi&#232;me brochure. Le comit&#233; de r&#233;daction prit l'habitude de se r&#233;unir chez elle. Elle intervenait pour remettre ordre et clart&#233; dans la discussion lorsque celle-ci devenait confuse et commen&#231;ait &#224; s'embrouiller. Ce furent son influence et celle de Remy qui orient&#232;rent d&#233;finitivement l'activit&#233; du groupe vers l'anarchisme. D'ailleurs le groupe d&#233;clinait. Les camarades peu &#224; peu s'en allaient pour prendre un poste ou pour s'&#233;tablir soit en province, soit aux colonies ; d'autres &#233;taient retourn&#233;s &#224; l'&#233;tranger. Beaucoup se mariaient. Tous &#233;taient pris par la n&#233;cessit&#233; de gagner leur existence. Le groupe disparut en 1901.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai racont&#233; la vie du groupe parce que la vie de Goldsmith se confondit en grande partie avec elle. J'ai &#233;prouv&#233; par exp&#233;rience que la vie collective donne d'aussi belles &#233;motions, d'aussi fortes satisfactions et qu'elle offre plus d'ampleur et plus de s&#233;curit&#233; que la vie individuelle trop souvent confin&#233;e &#224; un &#233;go&#239;sme mesquin et fauss&#233;e par une vanit&#233; ridicule. En tout cas notre vie collective nous a servi &#224; fonder notre psychologie morale et notre philosophie sociale sur des donn&#233;es r&#233;fl&#233;chies ; elle ne nous a pas emp&#234;ch&#233;s de conserver notre personnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie collective aide au d&#233;veloppement des individus &#224; condition que ceux-ci ne s'enferment pas dans un seul groupe et qu'ils aient en dehors de lui d'autres activit&#233;s, &#224; condition par exemple qu'ils participent &#224; une activit&#233; professionnelle, &#224; d'autres groupes encore (artistiques, etc.), qu'ils aient une vie familiale. A ce point de vue la famille, la famille vivante avec les pr&#233;occupations que donne l'&#233;ducation des enfants, a son utilit&#233; contre la tendance &#224; ne voir les faits sociaux que d'apr&#232;s des formules th&#233;oriques. Par contre, l'&#233;go&#239;sme familial fait perdre de vue la vie sociale et m&#233;conna&#238;tre la solidarit&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3980 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L362xH550/goldsmith_aen_petit-ab074-2-4e121.jpg?1774708321' width='362' height='550' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Marie Goldsmith&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;En dehors du groupe des ESRI, Goldsmith fr&#233;quentait les milieux r&#233;volutionnaires russes, multiples et divers &#224; cette &#233;poque. Le vieux Lavrof, par sa pr&#233;sence m&#234;me &#224; Paris (il habitait rue Saint-Jacques), avait sur eux la plus grande influence. Les tendances du socialisme r&#233;volutionnaire pr&#233;dominaient. Dans un pays essentiellement agricole et pour ainsi dire sans industrie, la r&#233;volution agraire paraissait la premi&#232;re chose &#224; organiser. Quelques &#233;tudiants russes se r&#233;clamaient de Plekhanof, la b&#234;te noire des anarchistes, et faisaient bande &#224; part. Pour eux, la r&#233;volution, la vraie r&#233;volution, c'&#233;tait la r&#233;volution marxiste, paradoxale dans un pays o&#249; les ouvriers industriels et prol&#233;taris&#233;s &#233;taient en infime minorit&#233;. Le fatalisme du mat&#233;rialisme &#233;conomique aboutissait, tout au moins dans l'esprit de quelques-uns, &#224; attendre le d&#233;veloppement du stade capitaliste. Chez les autres on voyait poindre la th&#233;orie de la dictature du prol&#233;tariat. Pour ces fanatiques, ignorants de la vie sociale, la dialectique h&#233;g&#233;lienne servait &#224; conna&#238;tre et &#224; explique tous les faits &#233;conomiques et sociaux, comme si ces ph&#233;nom&#232;nes devaient ob&#233;ir &#224; une r&#232;gle scolastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goldsmith, fr&#233;quentait chez Lavrof. Elle y fit connaissance de Simon Rappoport, que nous e&#251;mes comme ami commun, Simon Rappoport, le noir, un original et le meilleur des hommes. Il ne faut pas le confondre avec son homonyme, Charles Rappoport, le blond, que nous conn&#251;mes, lui, au groupe des ESRI, o&#249; il vint vers 1896 bavarder inlassablement. Simon, qui v&#233;cut toujours en boh&#232;me charitable, &#233;tait sous le pseudonyme d'Ansky, un &#233;crivain de talent et faisait revivre en langue yiddish le folklore juif. Il mourut extr&#234;mement pauvre, sans avoir la joie de voir repr&#233;senter son &#339;uvre, le Dybbouk, qui fit au th&#233;&#226;tre une carri&#232;re triomphale. Des nationalistes juifs ont pr&#233;tendu s'emparer d'Ansky et sans scrupules faire un des leurs de ce r&#233;volutionnaire imp&#233;nitent. Les morts ont toujours bon dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut probablement au Congr&#232;s international socialiste de Londres en 1896 que Goldsmith fit la connaissance de Kropotkine, comme c'est l&#224; aussi qu'elle se lia avec Cornelissen, Hamon, Tcherkesoff et quelques autres. A partie de ce moment Kropotkine eut la plus grande influence sur ses id&#233;es et dirigea ses tendances r&#233;volutionnaires. En correspondance constante avec lui, elle fut son disciple le plus fid&#232;le et le plus cher. Toute son activit&#233; sociale fut d&#232;s lors dirig&#233;e vers la propagande anarchiste. Elle fut en rapports d'amiti&#233; avec Nettlau, avec Brupbacher, avec Paul Reclus, avec Dave, avec le docteur et Madame Zielinski, avec tant d'autres, dont je ne puis ici publier les noms, et qui ont eu pour elle les sentiments les plus affectueux.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3979 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/IMG/webp/goldsmith-study.webp?1689069894' width='500' height='365' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Marie Goldsmith. Source : &lt;a href=&#034;https://mariegoldsmith.uk/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;THE MARIE GOLDSMITH PROJECT&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Elle collabora aux &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt;, d'une fa&#231;on suivie, donnant des traductions, des correspondances de journaux &#233;trangers et aussi des articles originaux sous les pseudonymes de M. Corn et d'Isidine. Si je me souviens bien, notre collaboration au journal commen&#231;a en m&#234;me temps et d'une fa&#231;on r&#233;guli&#232;re. C'&#233;tait au temps des &#233;v&#233;nements de Cr&#232;te, alors que la population chr&#233;tienne s'&#233;tait soulev&#233;e contre la domination turque. Kropotkine ou Tcherkesoff avait pris parti pour la lib&#233;ration des Cr&#233;tois. Apr&#232;s une conversation avec Goldsmith et Remy, j'&#233;crivis un article pour d&#233;clarer que ce soul&#232;vement devait nous laisser &#224; peu pr&#232;s indiff&#233;rent, puisque d'apr&#232;s les nouvelles, la population chr&#233;tienne s'&#233;tait mise &#224; massacrer la population musulmane et &#224; la d&#233;pouiller de ses biens, que les habitants musulmans, en forte minorit&#233;, avaient bien, eux aussi, le droit de vivre, et que la solution de la question cr&#233;toise n'&#233;tait pas dans un changement de gouvernement et dans l'instauration d'une nouvelle tyrannie s'exer&#231;ant sur l'autre partie de la population. A quoi Kropotkine r&#233;pondit que sans prendre le point de vue patriotique des nationalismes, il fallait envisager l'&#233;volution de l'humanit&#233; et que la civilisation occidentale avec ses d&#233;fauts &#233;tait infiniment pr&#233;f&#233;rable &#224; la routine et &#224; la stagnation sous une tyrannie turque dont il &#233;tait impossible d'esp&#233;rer le changement. En somme donner leurs chances au progr&#232;s et &#224; la libert&#233;. Je suis bien s&#251;r de d&#233;former l'argumentation de Kropotkine, je n'ai pas sa r&#233;ponse sous les yeux. Mais telle est l'interpr&#233;tation qui m'est rest&#233;e dans l'esprit. Et c'est le m&#234;me point de vue auquel Kropotkine devait se placer en 1914 et en 1916, non pas celui du patriotisme et du nationalisme, mais celui de la civilisation : f&#233;odale et militariste ou d&#233;mocratique et lib&#233;rale. Il disait que la victoire des empires centraux serait l'affermissement de la f&#233;odalit&#233; militaire et la persistance ou la restauration du principe monarchique. J'avais compl&#232;tement oubli&#233; la pol&#233;mique cr&#233;toise ; c'est Goldsmith qui m'en a fait souvenir et qui proposait derni&#232;rement d'en publier des extraits pour &#233;clairer le point de vue du manifeste des Seize. A ce propos elle-m&#234;me a donn&#233; dans, le n&#176; 44 de &lt;i&gt;Plus Loin&lt;/i&gt; (novembre 1918) sous la signature d'Isidine un article qui &#224; mon avis cl&#244;t d&#233;finitivement le d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt; nous continu&#226;mes un travail d'&#233;dition de brochures avec Paul Delesalle. Puis, apr&#232;s le passage d'Am&#233;d&#233;e Dunois, ou peut-&#234;tre pendant son secr&#233;tariat, fut cr&#233;&#233; un groupe d'amis des &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt; avec Desplanques (qui succ&#233;da &#224; Dunois comme secr&#233;taire de r&#233;daction), James Guillaume, Manette, Andr&#233; Girard, Ch. Beno&#238;t (qui. s'occupa sp&#233;cialement de l'&#233;dition des brochures), etc. Monatte, pris par son journal, &lt;i&gt;La Vie Ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, ne resta pas tr&#232;s longtemps. Mais sous l'impulsion de Gu&#233;rin, il y eut des r&#233;unions assez suivies qui se tinrent jusqu'&#224; la guerre, &#224; peu pr&#232;s tous les quinze jours, et ou Goldsmith assista assez r&#233;guli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1910, Gu&#233;rin ressuscita les &lt;i&gt;Temps Nouveaux &lt;/i&gt; (&#233;dition d'apr&#232;s guerre) avec Goldsmith au comit&#233; de r&#233;daction. Puis, apr&#232;s la scission avec Jean Grave, Plus Loin apparaissait en mars 1925. Goldsmith faisait partie du groupe fondateur avec Desplanques, Cornelissen, David, Dooghe, Kermabon, Bertrand, Jacques et Paul Reclus, Tcherkesoff, etc. Elle prit part aux r&#233;unions du comit&#233; de r&#233;daction jusqu'au jour o&#249; l'affaiblissement progressif de sa m&#232;re ne lui permit pas de la laisser seule et de s'absenter le soir. Mais elle envoyait de la copie, et son dernier article &#171; A travers notre presse &#187; a paru dans le n&#176; 93 (janvier 1933).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps son logis &#233;tait le centre de r&#233;unions amicales et vivantes avec tant et tant de r&#233;volutionnaires russes, dont je ne peux donner ici les noms. Et elle faisait un travail consid&#233;rable de collaboration et de correspondances au profit des publications &#233;trang&#232;res d'avant-garde. C'est &#224; elle que Kropotkine confia la traduction fran&#231;aise de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;. Elle avait m&#234;me esp&#233;r&#233; pouvoir en donner la deuxi&#232;me partie avec les notes &#233;parses qu'il avait laiss&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin elle avait une activit&#233; scientifique. Docteur &#232;s-sciences, elle &#233;tait devenue la secr&#233;taire et la collaboratrice d'Yves Delage avec qui elle &#233;crivit deux ouvrages : &lt;i&gt;Les th&#233;ories de l'&#233;volution &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Parth&#233;nog&#233;n&#232;se naturelle et exp&#233;rimentale&lt;/i&gt;. Surtout elle faisait avec lui l'&lt;i&gt;Ann&#233;e biologique&lt;/i&gt;, dont elle fut l'un des deux secr&#233;taires depuis 1902, le seul secr&#233;taire depuis 1919 et en r&#233;alit&#233; la v&#233;ritable cheville ouvri&#232;re. Ce fut l'&#233;poque la plus heureuse de sa vie, une &#233;poque de travail f&#233;cond dans la s&#233;curit&#233;. Delage, devenu aveugle, se confiait enti&#232;rement &#224; elle. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si modeste qu'elle f&#251;t, il en r&#233;sulta contre elle de terribles jalousies, &#224; la fois des adversaires de l'&#233;cole de Delage et de beaucoup d'&#233;l&#232;ves m&#234;me de celui-ci, ces derniers &#233;tant furieux de la confiance &#224; peu pr&#232;s exclusive que lui accordait Delage. Elle la m&#233;ritait et ne pouvait certes porter ombrage &#224; personne. Ce n'en fut pas moins sur son dos que s'&#233;tablit la r&#233;conciliation apparente des adversaires et des amis de Delage, &#224; la mort de celui-ci. Elle lui avait servi, intellectuellement et un peu mat&#233;riellement de chien d'aveugle. Il ne la r&#233;compensa m&#234;me pas en la dirigeant, comme il e&#251;t d&#251; le faire, vers une situation officielle, et, pauvre et charg&#233; de famille, il ne la r&#233;compensa pas non plus autrement de fa&#231;on sensible. C'&#233;tait un illumin&#233;. Mais la pauvre Goldsmith fut par trop d&#233;pourvue de sens pratique. Elle &#233;tait r&#233;fractaire &#224; la naturalisation, sans laquelle elle &#233;tait condamn&#233;e, dans le milieu o&#249; elle vivait, &#224; la mis&#232;re, puisqu'elle n'y pouvait avoir de situation officielle sans &#234;tre fran&#231;aise. Delage aurait p&#251;t le lui dire&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3977 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;88&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/webp/goldsmith-lab.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/IMG/webp/goldsmith-lab.webp?1689069308' width='500' height='368' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Marie Goldsmith dans son laboratoire (vers 1910). Source : &lt;a href=&#034;https://mariegoldsmith.uk/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;THE MARIE GOLDSMITH PROJECT&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;En tout cas elle fut &#233;vinc&#233;e de l'&lt;i&gt;Ann&#233;e biologique&lt;/i&gt;, o&#249; la fonction de secr&#233;taire n'&#233;tait pourtant pas une situation officielle. Elle continue ses travaux dans des laboratoires successifs et dans des conditions assez pr&#233;caires. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Partout o&#249; elle passa, elle s'effa&#231;a trop ; elle y vivait trop isol&#233;e et trop &#224; l'&#233;cart des travaux qui s'y faisaient ; cette r&#233;serve &#233;tait m&#233;chamment jug&#233;e et elle acheva de lui faire tort&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1927, elle publiait n&#233;anmoins chez Costes,&lt;i&gt; La psychologie compar&#233;e&lt;/i&gt; (in-12&#176;, p. 344) o&#249; elle passe en revue dans la s&#233;rie animale, les tropismes, les r&#233;flexes, les instincts, l'&#233;tablissement des associations qui sont la source de la m&#233;moire et de tous les processus intellectuels sup&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet ouvrage et dans &lt;i&gt;Les th&#233;ories de l'&#233;volution&lt;/i&gt;, Goldsmith fait une sorte de synth&#232;se philosophique, faisant la revue et la critique des th&#233;ories &#233;mises sur l'un et l'autre sujet. Comme ouvrages de recherches personnelles, j'ai d&#233;j&#224; cit&#233; &lt;i&gt;La Parth&#233;nogen&#232;se&lt;/i&gt;, en collaboration, il est vrai, avec Delage, mais o&#249; sa contribution est &#233;norme. Enfin sa th&#232;se de doctorat &#233;tudie les &lt;i&gt;R&#233;actions physiologiques et psychiques des poissons&lt;/i&gt;. Je crois int&#233;ressant de reproduire ce passage de la premi&#232;re page :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ll y a peu de temps encore, la psychologie, sp&#233;culative comme la philosophie elle-m&#234;me, appartenait &#224; ce titre au domaine des lettres et non &#224; celui des sciences de la nature. Cependant la th&#233;orie de l'&#233;volution, et aussi le mat&#233;rialisme philosophique du milieu du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, lui indiquaient d&#233;j&#224; une autre voie ; la pens&#233;e d'Auguste Comte, qui dans la Politique positive pr&#233;voit la cr&#233;ation d'une psychologie compar&#233;e, bas&#233;e sur l'&#233;tude du syst&#232;me nerveux, avait m&#234;me pr&#233;c&#233;d&#233; ces doctrines, mais sans avoir trouv&#233; l'&#233;cho &#224; son &#233;poque. La psychologie fermement attach&#233;e aux anciennes traditions de la pens&#233;e, n'a pris la nouvelle orientation que lentement, et jusqu'&#224; l'heure actuelle encore elle n'est pas enti&#232;rement devenue une science bas&#233;e sur l'observation et l'exp&#233;rimentation&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but de M. Goldsmith est de contribuer de faire progresser la psychologie en tant que science exp&#233;rimentale, et pour cela elle a poursuivi des recherches sur le psychisme des animaux ; ce sont des observations sur les poissons, faites &#224; la station biologique de Roscoff, qui lui en ont fourni les mat&#233;riaux. Les associations que peut fournir un cerveau de poisson sont tr&#232;s &#233;loign&#233;es des n&#244;tres, mais c'est &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;quelque chose d'o&#249; les v&#233;ritables associations sont n&#233;es plus tard au cours de l'&#233;volution&lt;/q&gt; (p. 128). Telle est l'une des conclusions du travail de Goldsmith. Elle est fort importante. Mais Goldsmith, qui avait &#233;t&#233; accapar&#233;e par Delage, n'avait plus &#224; sa disposition de laboratoire o&#249; elle e&#251;t ses coud&#233;es franches ; les travaux originaux lui &#233;taient fort difficiles. D'autre part sa sp&#233;cialit&#233;, la Psychologie exp&#233;rimentale, &#233;tait le fief d'une camarilla, celle-l&#224; m&#234;me qui l'a d&#233;barqu&#233;e de l'ann&#233;e biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la mort de Kropotkine et de Delage, qui disparurent &#224; peu de distance l'un de l'autre, Goldsmith se trouva d&#233;pourvue des soutiens moraux sur lesquels elle avait pris l'habitude de s'appuyer. La vieillesse arrivait, une vieillesse sans aucune s&#233;curit&#233;, avec un seul refuge affectif, celui d'une m&#232;re qui s'&#233;teignait lentement. Depuis deux mois, Goldsmith n'osait plus prendre la moindre libert&#233;, m&#234;me dans la journ&#233;e, elle ne sortait plus du tout, elle avait abandonn&#233; ses travaux de laboratoire. Lorsque sa m&#232;re mourut &#224; 83 ans dans la nuit du 8 au 9 janvier, elle s'empoisonna pour ne pas lui survivre.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3978 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;85&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/png/img044-marie-and-sophie-e1668822651847-edited.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH476/img044-marie-and-sophie-e1668822651847-edited-a4b45.png?1774708417' width='500' height='476' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Marie (&#224; gauche) et sa m&#232;re Sophie (&#224; droite). Source : &lt;a href=&#034;https://mariegoldsmith.uk/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;THE MARIE GOLDSMITH PROJECT&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://archivesautonomies.org/spip.php?article2785" class="spip_out"&gt;Liste des brochures des ESRI disponibles sur le site Fragments d'Histoire de la gauche radicale &lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous f&#251;mes souvent oblig&#233;s de changer de local au cours de cette premi&#232;re ann&#233;e. Et je note qu'ayant trouv&#233; &#224; nous r&#233;unir dans la salle annexe d'un caf&#233; au-dessous de l'Association g&#233;n&#233;rale des &#233;tudiants, nous en f&#251;mes &#233;vinc&#233;s sous la pression du comit&#233; de cette association o&#249; dominait alors, sans qu'il en fit partie officiellement, l'influence de L&#233;on Blum ; il n'avait pas encore trouv&#233; son chemin de Damas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ettore Molinari </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luigi Fabbri</dc:creator>


		<dc:subject>Ettore Molinari</dc:subject>
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&lt;p&gt;Les journaux italiens du 11 novembre ont annonc&#233; bri&#232;vement que dans la soir&#233;e du 9 &#233;tait mort, &#224; Milan, d'une crise d'angine de poitrine, le D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; Ettore Molinari, professeur de chimie technologique &#224; l'&#201;cole polytechnique de celle ville, et aussi de mercurologie et de chimie industrielle &#224; l'Universit&#233; commerciale Bocconi et &#224; l'Institut sup&#233;rieur pour le commerce ext&#233;rieur &#224; Brescia. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quinze jours auparavant, les m&#234;mes journaux avaient donn&#233; un compte rendu d'une comm&#233;moration, faite par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-plus-loin-no25-avril-1927-" rel="directory"&gt;Plus Loin n&#176;25 - Avril 1927&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-ettore-molinari-382-+" rel="tag"&gt;Ettore Molinari&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-conseils-ouvriers-italiens-1919-1920-+" rel="tag"&gt;Conseils ouvriers italiens (1919-1920)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-errico-malatesta-52-+" rel="tag"&gt;Errico Malatesta&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH86/sans_titre-2-13-d1375.jpg?1774704947' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les journaux italiens du 11 novembre ont annonc&#233; bri&#232;vement que dans la soir&#233;e du 9 &#233;tait mort, &#224; Milan, d'une crise d'angine de poitrine, le D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; Ettore Molinari, professeur de chimie technologique &#224; l'&#201;cole polytechnique de celle ville, et aussi de mercurologie et de chimie industrielle &#224; l'Universit&#233; commerciale Bocconi et &#224; l'Institut sup&#233;rieur pour le commerce ext&#233;rieur &#224; Brescia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quinze jours auparavant, les m&#234;mes journaux avaient donn&#233; un compte rendu d'une comm&#233;moration, faite par le Prof. Molinari &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;en pr&#233;sence, des plus illustres personnalit&#233;s de la science et de la chimie&lt;/q&gt;, en l'honneur du Professeur Roberto Lepetit &#224; Milan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, aussi bien dans la premi&#232;re information de la presse que dans la derni&#232;re, il y avait tant de sobri&#233;t&#233; dans les notes et les commentaires, que le lecteur aurait pu penser que le personnage qui venait de dispara&#238;tre, n'&#233;tait qu'une figure secondaire et assez effac&#233;e de la science italienne. En r&#233;alit&#233;, celui qui s'&#233;tait &#233;teint pr&#233;matur&#233;ment &#8212; il &#233;tait n&#233; &#224; Cr&#233;mone le 14 juillet 1867 et avait donc &#224; peine 59 ans &#8212; dans la pleine maturit&#233; de son intelligence, occupait en Italie, dans le domaine de la science chimique, incontestablement la premi&#232;re place et &#233;tait consid&#233;r&#233; comme &#233;tant un des plus savants chimistes du monde. Lorsque, en 1921, il publia l'&#233;dition anglaise de son &#339;uvre la plus importante, les journaux am&#233;ricains, entre autres, disaient qu'il &#233;tait &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;surprenant qu'un Italien p&#251;t &#233;veiller un si vif int&#233;r&#234;t dans le domaine des industries chimiques de nations comme les &#201;tats-Unis, l'Angleterre et la France, pays dans lesquels tant d'industries ont pris un d&#233;veloppement si intense&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Prof. Filippo Bovini, &#233;l&#232;ve, collaborateur et ami du savant disparu, a publi&#233; &#224; Milan une courte biographie de Molinari, se bornant, et pour cause, &#224; relever uniquement la partie de sa vie qui int&#233;resse la science. J'en extrais bri&#232;vement les points les plus saillants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ettore Molinari fut re&#231;u docteur en chimie pure &#224; Zurich, en 1887. Il compl&#233;ta ensuite ses &#233;tudes en Allemagne et en Angleterre comme assistant dans les laboratoires d'Heidelberg (1889) et de Londres (1890) ; puis il retourna, en 1892, en Italie, o&#249; il fut, &#224; la&lt;i&gt; Regia Scuola Superiore di Agricoltura&lt;/i&gt; de Milan, l'assistant et le collaborateur du Prof. K&#246;rner, jusqu'en 1894. Ensuite, pendant quelques ann&#233;es, il abandonna l'enseignement, parce qu'il avait assum&#233; le poste de directeur chimique de la teinturerie de laines Rossi, &#224; Schio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Celle d&#233;viation de la chimie pure &#224; l'application pratique &#8212; &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;fait remarquer le Prof. Bovini &lt;/span&gt;&#8212; correspondait aux principes de la nouvelle activit&#233; de Molinari comme &lt;br class='autobr' /&gt;
technologue-chimiste, activit&#233; dans laquelle il a tant excell&#233; plus tard.&lt;/q&gt; Au bout de sept ans, il retourna &#224; Milan, o&#249; il fut nomm&#233;, apr&#232;s concours, directeur du laboratoire chimique de l'Ecole d'encouragement des Arts et des M&#233;tiers. L&#224;, dit M. Bovini, il reprit ses &#233;tudes de laboratoire par des travaux importants sur la composition des explosifs, sur la constitution des acides gras, en &#233;tudiant plus particuli&#232;rement l'action de l'ozone sur les combinaisons multiples, d&#233;couvrant ainsi une diff&#233;renciation importante entre les doubles et les triples liaisons. Entre temps il fut nomm&#233; professeur &#224; l'Universit&#233; de Bocconi ; et quand mourut le professeur Gabba, il fut appel&#233; &#233;galement &#224; lui succ&#233;der &#224; la chaire de chimie technologique &#224; l'Ecole Royale de technologie de Milan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il occupait &#233;galement des places importantes comme directeur technique, conseiller ou organisateur dans des &#233;tablissements, fabriques et travaux chimiques, ou connexes &#224; la chimie. On lui doit, enfin, l'id&#233;e et l'organisation du grand institut de perfectionnement de chimie industrielle, &lt;i&gt;Giuliana Ronzoni&lt;/i&gt;, lequel s'&#233;l&#232;ve &#224; Milan dans la nouvelle &lt;i&gt;Citt&#224; degli Studi&lt;/i&gt; actuellement en construction : institut unique en Italie et pouvant concurrencer, s'il est achev&#233; selon le projet dress&#233; par Molinari, les plus puissantes institutions de science industrielle d'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cinquantaine de publications scientifiques de Molinari ont &#233;t&#233; traduites en plusieurs langues, sp&#233;cialement en Allemand. Mais son &#339;uvre la plus importante et ayant une renomm&#233;e mondiale est son grand Trait&#233; de &lt;i&gt;Chimie g&#233;n&#233;rale et appliqu&#233; &#224; l'industrie&lt;/i&gt; (Edit : : Hoepli, &#224; Milan), dont la premi&#232;re &#233;dition parut mi 1905 et qui est aujourd'hui &#224; sa cinqui&#232;me &#233;dition pour la &lt;i&gt;Chimie des corps inorganiques &lt;/i&gt; et &#224; la quatri&#232;me pour &lt;i&gt;les corps organiques&lt;/i&gt;. L'&#339;uvre s'est &#233;largie et compte actuellement quatre gros volumes. Cette &#339;uvre est un recueil de tout ce que la science de l'industrie chimique a r&#233;alis&#233; jusqu'&#224; nos jours d et a &#233;t&#233; traduite en fran&#231;ais, anglais, allemand et espagnol. L'&#233;dition fran&#231;aise a &#233;t&#233; publi&#233;e chez l'&#233;diteur Dunod, &#224; Paris (1920-23).&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;D'Ettore Molinari comme professeur ne pourront parler que ses &#233;l&#232;ves et ses coll&#232;gues ; je sais seulement que tous ceux-l&#224; l'aimaient infiniment et sentaient pour lui une estime et une v&#233;n&#233;ration touchantes. Il avait pass&#233; le dernier jour de sa vie pr&#233;cis&#233;ment dans son &#233;cole &#224; Milan et il y avait assist&#233; &#224; un Conseil de professeurs. Le soir il mourut subitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi a-t-on, malgr&#233; les hauts m&#233;rites de cet homme, si peu parl&#233; de lui ? Pourquoi n'a-t-on pas m&#234;me os&#233; annoncer l'heure de ses fun&#233;railles ? La raison en est vite formul&#233;e : Ettore Molinari &#233;tait non seulement un savant, il &#233;atit aussi un r&#233;volutionnaire et un anarchiste. Et si l'on se rappelle les jours pass&#233;s en Italie et &#224; Milan an d&#233;but de novembre 1926, imm&#233;diatement apr&#232;s l'atfentat de Bologne contre Mussolini, on comprendra facilement tout le reste. Seuls les m&#233;decins pourraient dire enfin combien les &#233;v&#233;nements de ces jours ont pu contribuer &#224; briser ce noble c&#339;ur, trop malade d&#233;j&#224; depuis quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5074 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH153/luigi_fabbri-5a774-78907.jpg?1774705172' width='150' height='153' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Luigi Fabbri&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;L'anarchiste Ettore Molinari est, &#224; dire vrai, la figure que j'ai connue le mieux. J'&#233;tais son ami depuis plus de vingt ans et je me souviens de lui avec des sentiments d'affection, d'admiration d et de profond regret. Je me rappelle nos discussions si cordiales et pourtant si vives, soit dans la qui&#233;tude de son studio, soit dans les r&#233;unions et les congr&#232;s anarchistes. Il aimait passionn&#233;ment nos id&#233;es, il y est rest&#233; fid&#232;le jusqu'&#224; sa mort, d'une fid&#233;lit&#233; qui commence &#224; devenir une qualit&#233; assez rare, par trop, en Italie et aussi ailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ettore Molinari entra dans le mouvement r&#233;volutionnaire &#224; la fin de ses ann&#233;es de jeunesse, en &#233;tant encore &#233;tudiant. Nous trouvons son nom parmi les d&#233;l&#233;gu&#233;s d'un Congr&#232;s du Parti ouvrier, dans la minorit&#233; anarchiste, avant 1890. Max Nettlau raconte, dans la &lt;i&gt;Revista Blanca&lt;/i&gt;, l'avoir connu, au Congr&#232;s Socialiste international de Paris, en 1889. Peu apr&#232;s, Molinari &#233;tait &#224; Londres l'ami de Malatesta, Kropotkine et d'autres r&#233;fugi&#233;s, et sa pr&#233;sence en Angleterre comme chimiste anarchiste pr&#233;occupait quelque peu la police anglaise. Il prit une part active au mouvement, et c'est &#224; cette &#233;poque qu'il &#233;crivit son &#233;tude remarquable : &lt;i&gt;La querra all' oppressore&lt;/i&gt;, dans laquelle il mettait ses connaissances en chimie au service de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5071 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/urn_cambridge.org_id_binary_20171207064533112-0080_s0020859017000359_s0020859017000359_fig1g.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH241/urn_cambridge.org_id_binary_20171207064533112-0080_s0020859017000359_s0020859017000359_fig1g-46405-5f24f.jpg?1774705172' width='150' height='241' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;ll fut ensuite, pendant une ann&#233;e ou deux, &#224; Paris, et y v&#233;cut d'ans le milieu de la &lt;i&gt;R&#233;volte&lt;/i&gt;, o&#249; il connut Grave, Reclus et tant d'autres. Retourn&#233; en Italie, &#224; Milan, pendant quelque temps, il y coop&#233;rait au mouvement anarchiste qui commen&#231;ait alors &#224; s'&#233;tendre gr&#226;ce &#224; la propagande du grand orateur qu'&#233;tait Pietro Gori. Durant la p&#233;riode de r&#233;action de Crispi et de Pelloux, dans les ann&#233;es suivantes, de 1894 &#224; 1900, Ettore Molinari se trouvait &#224; Schio absorb&#233; par son travail professionnel ; mais &#224; peine retourn&#233; &#224; Milan, en 1901, il se jeta de nouveau dans la m&#234;l&#233;e, en 1901, en collaborant &#224; la fondation (je crois m&#234;me qu'il &#233;tait le fondateur principal) du p&#233;riodique anarchiste milanais Il Grido della Folla (&lt;i&gt;Le Cri du Peuple&lt;/i&gt;, 1902-1906). En 1906, il fonda lui-m&#234;me, d'accord avec un groupe d'amis, l'autre journal : &lt;i&gt;La Protesta Umana&lt;/i&gt;, donnant &#224; ce p&#233;riodique une direction tr&#232;s s&#233;rieuse de discussion et de doctrine, en sorte qu'il avait presque davantage le caract&#232;re d'une revue que d'un journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme de la &lt;i&gt;Protesta Umana&lt;/i&gt; &#233;tait environ le m&#234;me qu'avait pris la &lt;i&gt;R&#233;volte &lt;/i&gt; de Paris dans les deux ou trois derni&#232;res ann&#233;es : communiste-anarchiste, avec quelques tendances individualistes, hostile &#224; l'organisation d'un parti et m&#233;fiant &#224; l'&#233;gard de l'organisation syndicale. Je n'&#233;tais pas d'accord avec une telle direction, et j'ai eu &#224; cette &#233;poque plusieurs pol&#233;miques avec ce journal, ce qui ne m'a emp&#234;ch&#233; d'y collaborer quelques fois et surtout de rester personnellement l'ami de ses r&#233;dacteurs, notamment d'Ettore Molinari qui, de son c&#244;t&#233;, ne refusait pas non plus sa collaboration &#224; des campagnes de tendances diverses, s'il les jugeait utiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, par exemple, collaborait-il plus tard au p&#233;riodique &lt;i&gt;Votont&#224; &lt;/i&gt; d'Ancona, journal fond&#233; par Malatesta avec un programme d'organisation ; il y collaborait pr&#233;cis&#233;ment dans la p&#233;riode de la neutralit&#233; italienne (1914-15) en participant activement &#224; la propagande contre la Guerre et contre l'intervention, questions sur lesquelles il se trouvait d'accord avec la grande majorit&#233; des camarades anarchistes italiens de toutes tendances. Ses pens&#233;es &#224; ce sujet correspondaient &#224; celles d'Enrico Malatesta dont les correspondances de Londres, &#224; cette &#233;poque, furent divulgu&#233;es aussi parmi les anarchistes fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant tr&#232;s modeste, le nom de Molinari n'apparaissait qu'assez rarement au public. N&#233;anmoins son influence se faisait fortement sentir dans tout le mouvement anarchiste, sp&#233;cialement dans l'Italie du Nord, et plus particuli&#232;rement &#224; Milan. L&#224; il assista fr&#233;quemment &#224; des r&#233;unions, des manifestations, &#224; des commissions avec d'autres camarades. C'est lui qui, en 1909, a voulu essayer de transformer la &lt;i&gt;Protesta Umana&lt;/i&gt;, en quotidien, mais cette premi&#232;re tentative ne fut pas couronn&#233;e de succ&#232;s. De son active collaboration aux journaux, &#224; cette &#233;poque, ont, pris naissance deux brochures, la premi&#232;re : &lt;i&gt;Verso l'Anarchia&lt;/i&gt;, avec une pr&#233;face critique de Kropotkine, tendant &#224; d&#233;montrer la possibilit&#233; et la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution libertaire ; la seconde, en collaboration avec &#171; Ireos &#187; sur les colonies communistes, dont les auteurs d&#233;montraient l'inconsistance pratique.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5072 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/un1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH205/un1-200c1-4a8f5.jpg?1774705172' width='150' height='205' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, en 1919, Ettore Molinari recommen&#231;a &#224; sugg&#233;rer aux anarchistes l'id&#233;e qui lui avait souri pendant tant d'ann&#233;es d&#233;j&#224;, de publier un quotidien libertaire et r&#233;volutionnaire. Il r&#233;ussit &#224; vaincre la r&#233;sistance de quelques amis sceptiques ou hostiles, &#224; persaduer la majorit&#233; des camarades, y compris Malatesta, se mit d'accord avec des anarchistes de toute tendance, &#233;crivit, convoqua des r&#233;unions, organisa des collectes d'argent, et eut, &#224; la fin, la satisfaction du succ&#232;s. Le 27 f&#233;vrier 1920 parut le premier num&#233;ro du quotidien anarchiste &lt;i&gt;Umanit&#224; Nova&lt;/i&gt;, dirig&#233; par Enrico Malatesta, qui fut publi&#233; &#224; Milan pendant plus d'une ann&#233;e et fut ensuite, apr&#232;s la destruction fasciste de mars 1921, transf&#233;r&#233; &#224; Rome, pour &#234;tre d&#233;finitivement d&#233;truit et supprim&#233; par le Gouvernement, lors la &#171; Marche sur Rome &#187; d'octobre 1922. Ettore Molinari collabora presque constamment et de fa&#231;on abondante &#224; l'&lt;i&gt;Umanit&#224; Nova&lt;/i&gt;, aussi longtemps que celle-ci fut publi&#233;e &#224; Milan. De cette collaboration a &#233;t&#233; recueillie en petit volume, une s&#233;rie d'articles sur l'approvisionnement en vivres et en mati&#232;res premi&#232;res en temps de r&#233;volution, articles dans lesquels Molinari mit &#224; profit, pour la solution de cet important probl&#232;me, ses vastes connaissances de savant (&lt;i&gt;Fattori economici pel trionfo della Rivoluzione Sociale&lt;/i&gt;, Milano, 1920).&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5073 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;112&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/naples_fascist_rally_on_24_october_1922__2_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH327/naples_fascist_rally_on_24_october_1922__2_-d9885.jpg?1774716491' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Benito Mussolini, Cesare Maria de Vecchi et Michele Bianchi avec les chemises noires durant la marche en 1922.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la destruction d&#233;finitive du journal &lt;i&gt;Umanit&#224; Nova&lt;/i&gt;, Ettore Molinari parait &#234;tre devenu un peu pessimiste. Il voyait la r&#233;action progresser, et son esprit lucide ne lui permettait pas de se faire les illusions o&#249; tant d'autres se laissent prendre. Du reste, ce pessimisme (tout &#224; fait relatif, c'est entendu) se manifesta chez lui tout &#224; la fin de 1920, lorsqu'il vit se terminer d'une fa&#231;on lamentable l'occupation des fabriques qui s'&#233;tait faite au mois d'ao&#251;t, et en qui son enthousiasme avait mis tant d'espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la grande esp&#233;rance, l'esp&#233;rance dans le triomphe des id&#233;es de libert&#233; et de bien-&#234;tre pour tous, elle restait, naturellement, forte et in&#233;branlable en lui, comme elle l'est rest&#233;e en nous ; mais, incontestablement, le jour de la victoire s'&#233;tait &#233;loign&#233;, pour le moment.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5070 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH209/sans_titre-3-17-543e5-0da78.jpg?1774705172' width='150' height='209' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La vie d'Ettore Molinari se d&#233;roulait, ces derniers temps, dans la retraite, consacr&#233;e au pur travail, entre les le&#231;ons qu'il allait faire, trois ou quatre jours par semaine, &#224; l'Universit&#233;, et les soins assidus qu'il donnait &#224; l'agriculture, &#224; ses exp&#233;riences de culture rationnelle et intensive dans une ferme sur le lac de Garde. C'&#233;tait certainement son intention de donner une d&#233;monstration pratique de la possibilit&#233; d'extraire de la terre tous les moyens d'existence, au cas o&#249; les circonstances (comme par exemple lors d'une r&#233;volution) emp&#234;chent la fourniture de vivres et de mati&#232;res premi&#232;res venant de l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, certes, c'&#233;tait l&#224; pour lui une autre mani&#232;re de continuer &#224; combattre pour l'id&#233;al de la r&#233;demption de l'Humanit&#233;, synth&#233;tis&#233; dans le mot d'&#171; anarchie &#187; et qu'il a aim&#233; fid&#232;lement toute sa vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tcherkesov </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Max Nettlau </dc:creator>


		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>
		<dc:subject>Tcherkesov</dc:subject>
		<dc:subject>Russie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Beaucoup ne connaissent de Tcherkesov que le nom et quelques &#233;crits tr&#232;s r&#233;pandus, mais tous savent qu'il &#233;tait toujours l&#224; &#8211; depuis des temps imm&#233;moriaux. Et, en effet, s'il n'a pas pris part aux &#233;v&#233;nements en acteur qui imprime sa griffe &#224; une &#233;poque, il a &#233;t&#233; m&#234;l&#233; intimement &#224; la longue s&#233;rie des mouvements qui sont d&#233;roul&#233;s depuis pr&#232;s de soixante ans.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://partage-noir.fr/-plus-loin-no7-15-septembre-1925-" rel="directory"&gt;Plus Loin n&#176;7 - 15 septembre 1925&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-tcherkesov-384-+" rel="tag"&gt;Tcherkesov&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-russie-281-+" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/varlam_cherkezov_by_nadar_copie-42eb5.jpg?1774693368' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Son pays natal&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup ne connaissent de Tcherkesov que le nom et quelques &#233;crits tr&#232;s r&#233;pandus, mais tous savent qu'il &#233;tait toujours l&#224; &#8211; depuis des temps imm&#233;moriaux. Et, en effet, s'il n'a pas pris part aux &#233;v&#233;nements en acteur qui imprime sa griffe &#224; une &#233;poque, il a &#233;t&#233; m&#234;l&#233; intimement &#224; la longue s&#233;rie des mouvements qui sont d&#233;roul&#233;s depuis pr&#232;s de soixante ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, &#224; notre, connaissance, aucune notice biographique n'a &#233;t&#233; &#233;crite sur lui. Aussi ne dira-t-on pas qu'on fait trop de publicit&#233; autour de son nom si nous donnons ici un coup d'&#339;il sur sa vie et que nous apportions quelques souvenirs. Cette notice nous permettra de rappeler beaucoup de choses du pass&#233; que les nouvelles g&#233;n&#233;rations de camarades et les nouveaux lecteurs ont certainement int&#233;r&#234;t &#224; conna&#238;tre. Ce qui suit est en grande partie tir&#233; de ma m&#233;moire et d'impressions personnelles remplissant la p&#233;riode de 1892 &#224; 1913. Depuis longtemps, mon d&#233;sir &#233;tait que Tcherkesov lui-m&#234;me ou sa vaillante femme nous donne ce livre des&lt;i&gt; Souvenirs de Soixante Ans&lt;/i&gt; dont je leur parlai si souvent.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5100 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH210/varlam_cherkezov_by_nadar-2-876b2-28a87.jpg?1774835670' width='150' height='210' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Varlam Cherkezov par Nadar.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Tcherkesov est n&#233; le 15 septembre 1846, dans une petite localit&#233; de l'ancienne G&#233;orgie, pays montagneux, mais bien cultiv&#233; qui s'&#233;tend sur le versant m&#233;ridional du Caucase vers l'Asie. Le Caucase pr&#233;sente une agglom&#233;ration d'un grand nombre de peuples et de langues ; mais la G&#233;orgie proprement dite formait, depuis les temps anciens, une petite unit&#233; nationale tr&#232;s caract&#233;ristique et assez favoris&#233;e sous maints rapports. Il y a beaucoup de sol bien cultiv&#233; et une v&#233;g&#233;tation m&#233;ridionale ; les vignes et les fruits abondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par son acceptation du christianisme &#224; une &#233;poque tr&#232;s recul&#233;e (348) la population fut soustraite aux influences qui ont imprim&#233; un caract&#232;re nettement asiatique &#224; une partie de ses voisins. D'un autre c&#244;t&#233;, ce christianisme isol&#233; ne fut pas assez fort pour s'imposer hors de ses limites locales par le fer et la ruse. Dans le nord, la haute montagne et d'immenses territoires peu cultiv&#233;s s&#233;paraient enti&#232;rement le pays de l'Europe et lui procur&#232;rent, de ce c&#244;t&#233;, des si&#232;cles de tranquillit&#233;. Ce fut donc un pays faible, forc&#233;ment tol&#233;rant, et r&#233;unissant les meilleurs aspects des civilisations orientales et europ&#233;ennes. Jusqu'&#224; la conqu&#234;te de Constantinople par les Turcs, en 1453, la G&#233;orgie fut en relations &#233;troites avec l'Occident dont elle partageait le d&#233;veloppement intellectuel et religieux, la litt&#233;rature et la philosophie grecques &#233;tant traduites en g&#233;orgien aux douzi&#232;me et treizi&#232;me si&#232;cles. Tout cela sur la base d'un tr&#232;s ancien fonds original o&#249; survivant unique d'un pass&#233; plus large. D'apr&#232;s les indications de Rawlinson, le premier &#224; d&#233;chifrer les cun&#233;iformes, la langue g&#233;orgienne est le repr&#233;sentant moderne du sum&#233;rien et de l'alarodien. Cette hypoth&#232;se est confirm&#233;e par les recherches de Michel Tzeretheli et la philologie moderne. Ceci signifierait que ce pays se serait soustrait, d&#232;s cette &#233;poque, au despotisme babylonien, pour conserver son existence autonome avec l'aide de sa langue et de sa religion locale, &#8211; en v&#233;rit&#233; gr&#226;ce &#224; son esprit d'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie du peuple g&#233;orgien ne fut rien moins qu'idylique. Les guerres et invasions fr&#233;quentes prolong&#232;rent la pr&#233;dominance du f&#233;odalisme et, &#224; la fin de quatre si&#232;cles d'isolement de l'Europe, la G&#233;orgie se vit forc&#233;e, en 1783, de conclure un trait&#233; de protectorat avec l'empire de Catherine II. Puis, en 1801, la Russie for&#231;a le dernier roi g&#233;orgien d'abandonner la succession &#224; l'empereur de Russie sous condition de l'autonomie perp&#233;tuelle de la G&#233;orgie. Ce trait&#233; fut un des moyens entre mille autres par lesquels la Russie s'est &#233;tendue, de gr&#233; ou de force, dans toutes les directions depuis quatre si&#232;cles. Il fut suivi de la conqu&#234;te du Caucase et de la Transcaucasie entiers, achev&#233;e en dernier lieu par la guerre russo-turque de 1877. La promesse d'autonomie fut oubli&#233;e. Il aurait &#233;t&#233; facile &#224; la Russie de laisser subsister un r&#233;gime national local comme en Finlande ; on pr&#233;f&#233;ra ce qu'on appelle la civilisation, la colonisation on la p&#233;n&#233;tration pacifique du Caucase, et ce qui fut dans tous les cas sa russification. Ce r&#233;gime &#233;tait d&#233;j&#224; en pleine vigueur lors de la jeunesse de Tcherkesov, alors qu'il s'agissait d'un pays purement agricole, tandis que plus tard, quand le p&#233;trole et d'autres richesses du sous-sol furent d&#233;couverts et exploit&#233;s, ces pays devinrent, en outre le marchepied permettant d'atteindre les fameuses &#171; sph&#232;res d'influences &#187; en Perse et en Asie Mineure, et il est &#233;vident qu'ils furent trait&#233;s tout &#224; fait en province russe assimil&#233;e d&#233;finitivement &#224; l'Empire ; et la cause nationale de la G&#233;orgie parut compl&#232;tement perdue, oubli&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des moyens de russification fut l'&#233;ducation de la jeunesse g&#233;orgienne en Russie, un autre fut les mariages fr&#233;quents de fonctionnaires et d'officiers russes avec des jeunes filles de la belle race du pays. La noblesse y &#233;tait tr&#232;s nombreuse ; Tcherkesov lui aussi porte un titre ; d'apr&#232;s l'acte d'accusation du grand proc&#232;s de 1871, il s'appelle prince Varlaam Tcherkesov et la forme g&#233;orgienne patronymique est Tcherkesichvili. Il fut envoy&#233; tr&#232;s t&#244;t, d&#232;s l'&#226;ge de dix ans, &#224; Moscou, &#224; l'&#233;cole des Cadets, o&#249; il resta jusqu'en 1864.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Tcherkesov &#224; Moscou, le groupe Karakosov&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es de 1859 &#224; 1863 furent remarquables pour le mouvement lib&#233;rateur en Europe comme en Russie. En Europe, c'&#233;tait la guerre pour l'ind&#233;pendance italienne ; les noms de Garibaldi, de Mazzini &#233;taient v&#233;n&#233;r&#233;s par la jeunesse de tous les pays. De son c&#244;t&#233;, la Russie se pr&#233;parait &#224; l'abolition du servage, et la litt&#233;rature russe s'inspirait des id&#233;es humanitaires, lib&#233;rales et m&#234;me socialistes, sous t'influence de Tchernychevsky, Herzen, Tourgu&#233;niev, Mikha&#239;lov, etc. La jeunesse des &#233;coles suivait passionn&#233;ment leurs &#233;crits. Lorsque Tcherkesov eut ternin&#233; l'&#233;cole (1864), il entra en relations avec le groupe de Karakozov, compos&#233; de gens plus &#226;g&#233;s que lui et qui se pr&#233;paraient d&#233;j&#224; &#224; l'action r&#233;volutionnaire et socialiste. Il y fut re&#231;u avec amiti&#233;, surtout par lchoutine avec lequel Tcherkesov v&#233;cut plus de quatre mois dans la m&#234;me chambre.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5078 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/dmitrykarakozov.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH197/dmitrykarakozov-9fe1e-815b5.jpg?1774835670' width='150' height='197' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Dmitri Karakozov&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;L'influence de ce groupe fut tr&#232;s grande sur toute la vie de Tcherkesov. Les membres du groupe, Ichoutine, Yourasov, Karakozov, avaient &#224; leur disposition de larges moyens financiers dont ils usaient pour la propagande et pour l'organisation d'associations ouvri&#232;res, de coop&#233;ratives, etc., tandis qu'eux-m&#234;mes vivaient non seulement simplement, mais aussi pauvrement que des ouvriers. Pour caract&#233;riser ce groupe il suffit de rappeler que Karakozov fut pendu pour le premier attentat, contre le tsar, que six autres furent condamn&#233;s &#224; de longues ann&#233;es de travaux forc&#233;s en Sib&#233;rie et que parmi les jeunes gens de son entourage se trouvaient les initiateurs du mouvement socialiste et r&#233;volutionnaire de 1868 &#8211; 1874, les s&#339;urs Sasoulitch, Ouspenski, Lopatine, Tcherkesov y compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, quand il arriva aux ann&#233;es de la vie d'&#233;tudiant, il &#233;tait d&#233;j&#224; en possession de la tradition et de l'exp&#233;rience des g&#233;n&#233;rations r&#233;volutionnaires pr&#233;c&#233;dentes et il se fit ou bien initiateur et inspirateur &#224; son tour, ou, quand il se lia &#224; un mouvement, il le fit en connaissance de cause, de sa mani&#232;re &#224; lui, jamais en n&#233;ophyte. Il ne fut pas un isol&#233; pour cela : personne n'&#233;tait plus sociable que lui. Il se r&#233;pandit beaucoup et fut l'ami et le confident de tous ; mais il savait conserver son ind&#233;pendance. Il ne pensait m&#234;me pas &#224; devenir jamais un chef. En un mot, l'expression &#171; nature n'a fait ni serviteur ni ma&#238;tre &#187; fut r&#233;alis&#233;e par sa conduite r&#233;volutionnaire &#224; travers toute sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il avait consenti &#224; nous parler de ses ann&#233;es de jeunesse ! Quelques pages de lui jetteraient plus de lumi&#232;re sur l'histoire du mouvement russe de 1860 &#224; 1870 que toutes les histoires &#233;crites jusqu'ici. Car il connaissait mieux que personne la v&#233;ritable histoire int&#233;rieure de cette s&#233;rie de mouvements qui se suivent, s'entre-croisent, se touchent ou se contrecarrent, tout cela pour des raisons tr&#232;s pr&#233;cises qu'il faut conna&#238;tre, que l'hypoth&#232;se la plus m&#233;dit&#233;e n'&#233;lucide jamais et que les proc&#232;s, les pol&#233;miques publi&#233;es, etc., ne font souvent qu'embrouiller et obscurcir.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5079 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/img-11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH204/img-11-cfa98-3baf8.jpg?1774835670' width='150' height='204' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Tchernychevski en 1870.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pour donner un exemple : qui ne s'est &#233;tonn&#233; que Tchernychevsky, quoique tenu en prison (dont il ne sortit que bris&#233;, bien plus lard) ait pu publier librement, son magnifique roman : &lt;i&gt;Que faire ?&lt;/i&gt;, le livre qui donna l'impulsion finale au mouvement nihiliste ? Tcherkesov nous aurait racont&#233; que le prince Souvarov, descendant du g&#233;n&#233;ral Souvarov et gouverneur g&#233;n&#233;ral de Petrograd, homme tr&#232;s lib&#233;ral et ami personnel d'Alexandre II, appr&#233;ciait beaucoup Tchernychevsky, arr&#234;t&#233; en juillet 1862. Quelques amis conseill&#232;rent &#224; la femme du prisonnier de prier Souvarov de permettre &#224; son mari d'&#233;crire pour gagner sa vie. Souvarov obtint la permission du tsar et &lt;i&gt;Que faire ? &lt;/i&gt; fut &#233;crit. Le manuscrit fut remis &#224; Souvarov, qui, sans faire intervenir la censure, le remit &#224; la revue &lt;i&gt;Le Contemporain &lt;/i&gt; o&#249; il fut publi&#233; dans deux num&#233;ros, personne n'osant mettre obstacle &#224; l'intervention de Souvarov. Et au sujet du myst&#232;re de la &#171; dame noire &#187; vers la fin de ce roman, Tcherkesov nous e&#251;t cont&#233; l'histoire de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt; Consini et sa visite Chez Tchernychevsky, &#224; lui racont&#233;e par la femme m&#234;me de celui-ci. Ces d&#233;tails-ci se retrouvent sans doute dans d'autres &#233;crits, mais tant d'autres ne s'y trouvent pas. On imagine en tous cas l'attention intelligente avec laquelle le jeune Tcherkesov suivit ces mouvements si entrelac&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &lt;i&gt;Materialy &lt;/i&gt; de Lavrov d'octobre 1896, on d&#233;crit la vie de P.-G. Za&#239;tchnevski, d&#233;c&#233;d&#233; vers cette date et qui &#224; partir de 1859 fut l'inspirateur d'un petit groupe d'&#233;tudiants &#224; Moscou o&#249; l'on faisait circuler des traductions de Proudhon, mais qui adh&#233;ra &#224; la r&#233;volution autoritaire. Za&#239;tchnevski, en 1862, fut le premier qui pronon&#231;a un discours r&#233;volutionnaire devant un tribunal &#224; huis clos et il fut condamn&#233; &#224; vingt ans de travaux forc&#233;s, etc. De tels &#233;v&#233;nements, le sort fait &#224; Tchernychevsky, &#224; Mikha&#239;lov, l'&#233;lan de la jeunesse &#224; vivre selon les id&#233;es de Tchernychevsky, la propagande populaire et la volont&#233; r&#233;volutionnaire d'agir qui, selon l'examen, r&#233;sulte de l'acte de Karakozov, tout cela se d&#233;roula alors devant Tcherkesov que son extr&#234;me jeunesse tenait relativement &#224; l'abri.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;(A suivre)&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tcherkesov (Suite et fin)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Max Nettlau </dc:creator>


		<dc:subject>Tcherkesov</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Plus loin&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution russe (1917-1921)</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Durant neuf ou dix ann&#233;es, jusqu'en 1892, Tcherkesov passa quelques temps dans son pays, en G&#233;orgie m&#234;me ; il resta aussi en Asie Mineure, &#224; Tr&#233;bizonde, &#224; Constantinople, en Bulgarie et se trouva en dernier lieu &#224; Pl&#339;shti, en Roumanie, o&#249; demeurait un de ses amis, le socialiste roumain, C. Dobroglanu-Gherea, auteur tr&#232;s estim&#233;, &#233;chapp&#233;, lui aussi, de la Russie. Je ne sais si ce furent les exigences de la vie (qu'il gagnait toujours par quelque travail d'occasion, restant tr&#232;s pauvre toute sa (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-plus-loin-no9-15-novembre-1925-" rel="directory"&gt;Plus Loin n&#176;9 - 15 novembre 1925&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-tcherkesov-384-+" rel="tag"&gt;Tcherkesov&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-plus-loin-274-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Plus loin&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-revolution-russe-1917-1921-+" rel="tag"&gt;R&#233;volution russe (1917-1921)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/warlaam_tcherkesoff_et_son_epouse_frida_copie-2a9a8.jpg?1774708417' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Durant neuf ou dix ann&#233;es, jusqu'en 1892, Tcherkesov passa quelques temps dans son pays, en G&#233;orgie m&#234;me ; il resta aussi en Asie Mineure, &#224; Tr&#233;bizonde, &#224; Constantinople, en Bulgarie et se trouva en dernier lieu &#224; Pl&#339;shti, en Roumanie, o&#249; demeurait un de ses amis, le socialiste roumain, C. Dobroglanu-Gherea, auteur tr&#232;s estim&#233;, &#233;chapp&#233;, lui aussi, de la Russie. Je ne sais si ce furent les exigences de la vie (qu'il gagnait toujours par quelque travail d'occasion, restant tr&#232;s pauvre toute sa vie), ou les pers&#233;cutions des mouchards russes qui le d&#233;nichaient partout, qui le refoul&#232;rent ainsi de pays en pays. En tout cas, c'est alors qu'il acquit une large exp&#233;rience des probl&#232;mes nationaux du Caucase, de l'Asie-Mineure et des Balkans et il vit la &#171; p&#233;n&#233;tration &#187; russe de ces pays &#224; l'&#339;uvre. Durant ce temps, par exemple en Bulgarie, le prince Alexandre et le ministre Stambouloff, qui avait le malheur de d&#233;plaire &#224; la Russie, furent, l'un chass&#233;, l'autre coup&#233; en morceaux ; et bien d'autres am&#233;nit&#233;s analogues avaient lieu. Tcherkesov ne parlait pas inutilement de ces choses, mais son coup d'&#339;il fut vite aiguis&#233; et les all&#232;chements lib&#233;rateurs panrusses n'eurent pas d'attrait pour lui quel que f&#251;t leur d&#233;guisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant l'&#233;t&#233; de 1892, il arrive &#224; Londres o&#249; son ancienne amiti&#233; avec Kropotkine et Malatesta, Stepnick et d'autres Russes, lui donne imm&#233;diatement une place reconnue dans les milieux avanc&#233;s russes, fran&#231;ais, italiens et, d&#232;s que la langue le permet, dans le milieu anglais de &lt;i&gt;Freedom&lt;/i&gt;. J'ai oubli&#233; si ce d&#233;placement avait pour but direct de s'appliquer &#224; int&#233;resser l'opinion publique anglaise en faveur de la G&#233;orgie. En tout cas, ce fut l&#224; un but qu'il poursuivit avec la m&#234;me ardeur que la propagande anarchiste et le mouvement r&#233;volutionnaire russe.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour la libert&#233; de la G&#233;orgie&lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5092 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/paulreclus09.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH246/paulreclus09-91b2a-4bfc4.jpg?1774708418' width='150' height='246' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Paul Reclus&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait pour ainsi dire l'ambassadeur des patriotes g&#233;orgiens qui, &#224; d&#233;faut d'autres moyens, voulaient que l'Europe rappel&#226;t &#224; la Russie son obligation de se conformer au trait&#233; de 1801, qui garantissait l'autonomie permanente de la G&#233;orgie dont les Russes avaient fait, depuis longtemps, une province russe. Il exposa la cause georgienne dans le &lt;i&gt;Times&lt;/i&gt;, en 1886, puis dans un long article &lt;i&gt;Georgian Treaties with Russia&lt;/i&gt;, paru dans la revue&lt;i&gt; Nineteenth Century&lt;/i&gt;, de mai 1895, pp 832 &#224; 847. Il en parla successivement avec des hommes politiques anglais, sir Charles Dilke et d'autres, il gagna l'amiti&#233; d'un ancien consul anglais, Mr. W. qui, lui et sa s&#339;ur, aimaient vraiment la G&#233;orgie et en avaient, appris m&#234;me la langue si difficile. Lorsque &#201;lis&#233;e Reclus vint &#224; Bruxelles, Tcherkesov fit, par son interm&#233;diaire, la connaissance d'experts en droit international et leur pr&#233;senta le cas de son pays. Il se lia de vraie amiti&#233; avec le professeur et juge Ernest Nys et aussi avec le vieux sociologue Guillaume De Greef. En 1900, para&#238;t une brochure russe sans nom d'auteur, due &#224; Hambachidz&#233; p&#232;re ; elle raconte une nouvelle offensive russificatrice ; cette fois dirig&#233;e contre l'&#201;glise nationale g&#233;orgienne, dernier vestige de l'ancienne ind&#233;pendance. Un peu plus tard, d'autres amis de Tcherkesov arrivent &#224; l'&#233;tranger et publient, en fran&#231;ais, &lt;i&gt;La G&#233;orgie&lt;/i&gt; (en g&#233;orgien &lt;i&gt;Saghartveto&lt;/i&gt;), &#224; Paris, leur groupement s'appelle &#171; Parti socialiste-f&#233;d&#233;raliste-r&#233;volutionnaire g&#233;orgien &#187; (1903 1905), et une de leurs brochures donne le compte rendu &#233;tendu de leur premi&#232;re conf&#233;rence (1904). Enfin, d&#232;s le mois d'octobre 1905, la presse g&#233;orgienne du pays m&#234;me, d&#233;sormais libre pour quelque temps, discute ouvertement ces revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tcherkesov, nous l'avons dit, aimait passionn&#233;ment son pays et ne se lasse pas d'en d&#233;peindre les beaut&#233;s naturelles et son caract&#232;re cultiv&#233; et antique. Le feu sacr&#233; enlev&#233; par Prom&#233;th&#233;e, encha&#238;n&#233; au Caucase, la Toison d'Or des Argonautes, d'autres mythes furent expliqu&#233;s par le naphte de la montagne enflamm&#233; par un &#233;clair, par les peaux d'animaux dont la laine cueillait l'or dans l'eau des torrents rapides, etc. Et les cottes de mailles qui, encore au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, rappelaient l'&#226;ge de la chevalerie, les belles femmes, les ruines pittoresques et les gorges de montagnes, la vigne des coteaux, les po&#233;sies et traditions, ce po&#232;te fameux dont la &lt;i&gt;Kelmscott Press&lt;/i&gt; de William Morris publia une si belle &#233;dition &#8212; comme Tcherkesov fut heureux de nous en parler et nous en montrer des illustrations. Ainsi, la cause de la G&#233;orgie fut gagn&#233;e aupr&#232;s de tous ceux qui l'ont connu et il s'agissait d'une ind&#233;pendance ou d'une autonomie douce et inoffensive, sans haines, sans monopole, revanche et repr&#233;sailles &#233;conomiques ou guerre fiscale odieuse, continuelle. Il n'a pas un mot contre le peuple russe pour lequel il luttait lui-m&#234;me, ni contre le peuple turc qu'il connaissait de pr&#232;s et qu'il aimait, ni contre les Tartares qui s'entendent toujours bien avec les G&#233;orgiens. Bref, ce fut un nationalisme non agressif, mais de pure d&#233;fensive et sans ambitions &#233;conomiques auxquelles on ne pensait m&#234;me pas alors.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_922 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH207/domela_nieuwenhuis_copie-c4088-64238.jpg?1774695982' width='150' height='207' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Domela Nieuwenhuis&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Cette question qui lui &#233;tait si ch&#232;re, n'entrait du reste aucunement dans sa propagande anarchiste, qui fut identique aux grands courants anarchistes, une voie moyenne entre Kropotkine et Malatesta peut-&#234;tre, entre lesquels, eux que la distance s&#233;parait, il f&#251;t un lien commun, aussi par les relations personnelles. Il se lia d'amiti&#233; avec B. Kampffmeyer, avec le myst&#233;rieux George Guyon (Paul Reclus) de cette &#233;poque (1894-95-96), avec &#201;lis&#233;e Reclus et Domela Nieuwenhuis ; il fr&#233;quentait V. Richard, Gu&#233;rineau, Alfred Marsh, Mrs. Dryhurst, H. W. Nevinson, Hermann Jung, le docteur G. B. Clark, plus tard miss G. Davis et bien d'autres. &#192; un moment, je me rappelle, sa sant&#233; parut s&#233;rieusement &#233;branl&#233;e ; il alla alors se refaire en Suisse, chez des Russes du c&#244;t&#233; de Clarens, et, en voie de gu&#233;rison, il entra en lice dans une r&#233;union russe, &#224; Gen&#232;ve, contre le grand Plekhanov qui ne s'y attendait pas. Il revint rajeuni ; c'est &#224; cette &#233;poque, vers 1897, qu'il fit un long voyage secret en G&#233;orgie o&#249; il rencontra beaucoup de ses amis de jeunesse. Il y avait un grand nombre de G&#233;orgiens parmi les accus&#233;s du grand proc&#232;s de Moscou (1875), appel&#233; le proc&#232;s des 50, celui de Sophie Bardina. Ce fut par excellence le proc&#232;s des plus d&#233;vou&#233;s propagandistes et leur traitement f&#233;roce, contribua &#224; donner au mouvement russe une direction terroriste. Vingt ans plus tard, une partie de ces victimes &#233;tait rentr&#233;e en G&#233;orgie et inspiraient alors les nouveaux mouvements et celui de la renaissance nationale. Tcherkesov nous revint retremp&#233; et il fit, alors, quelques voyages moins &#233;tendus en Hollande, dont l'un aboutit &#224; sa rentr&#233;e &#224; Londres, en octobre 1899, avec une vaillante jeune compagne, qui depuis a partag&#233; son sort, en Angleterre, en France, en Russie et au Caucase. Ils trouvent, en plein Kentish Town, un quartier populaire de Londres, &#224; c&#244;t&#233; de la grande rue, une petite oasis de rues propres et tranquilles et leur grande chambre hospitali&#232;re fut un des rares endroits de Londres o&#249; on sentait un souffle de la vie libre et fraternelle de l'avenir que nous ne verrons plus.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#233;crits de Tcherkesov&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tcherkesov &#233;tait indign&#233; comme nous tous, des pr&#233;tentions de la social-d&#233;mocratie qui, tout en proclamant un socialisme toujours plus &#233;mascul&#233; et r&#233;formiste, repr&#233;sentait cet avortement comme le produit d'une essence scientifique absolument unique, d'une science d&#233;volue sur Marx et Engels et &#224; la rigueur, et &#224; distance propre, sur Karl Kautsky et un petit nombre d'autres. C'&#233;tait inepte, mais les ouvriers n'avaient pas les moyens de v&#233;rifier ces assertions et Tcherkesov fil une besogne excellente, en montrant l'origine et la filiation du socialisme qui ne fut jamais l'&#339;uvre de quelque penseur unique, mais fut &#233;labor&#233; collectivement par des hommes qui puisaient aux sources vivantes de la pens&#233;e libre de tous les si&#232;cles et qui furent fiers d'admettre cette solidarit&#233; avec la pens&#233;e commune de l'humanit&#233; et ne r&#234;vaient pas &#224; se cr&#233;er un monopole d'id&#233;es. Ces &#233;tudes parues dans les &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt; et dans &lt;i&gt;Freedom &lt;/i&gt; forment les petits bouquins : &lt;i&gt;Pages d'Histoire socialiste&lt;/i&gt; (au &lt;i&gt;Temps Nouveaux &lt;/i&gt; 1896, 64 p.) et &lt;i&gt;Pr&#233;curseurs de l'Internationale&lt;/i&gt; (&#224; la &lt;i&gt;Biblioth&#232;que des Temps Nouveaux&lt;/i&gt;, de Bruxelles, 1899, 144 p.) ; mentionnons encore quelques paroles adress&#233;es &#224; Liebknecht, lors du congr&#232;s international de Londres, &lt;i&gt;Let us be just &lt;/i&gt; (Soyons justes, dans &lt;i&gt;Freedom &lt;/i&gt; et en brochure, 1896, 10 p.), un rapport adress&#233; au Congr&#232;s anarchiste de Paris (1900), &lt;i&gt;L'Action &#233;conomique et r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; (en italien, Londres, 1903, 16 p.), &lt;i&gt;Concentration of Capital, a Marxian Fallacy &lt;/i&gt; (Londres, &lt;i&gt;Freedom&lt;/i&gt;, 25 p.). etc.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5094 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH233/max_nettlau-44127-49d49.jpg?1774708418' width='150' height='233' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Max Nettlau&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Un jour, en 1899, je pense, Tcherkesov parcourait par hasard, chez Domela Nieuwenhuis, la brochure de Victor Consid&#233;rant :&lt;i&gt; Principe du Socialisme, Manifeste de la D&#233;mocratie au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &lt;/i&gt; (Paris, librairie phalanst&#233;rienne, 1847, 157 p. in-16) ; il en existe une &#233;dition de 1841 (&lt;i&gt;Bases de la Politique positive&lt;/i&gt;, Paris, &#171; La Phalange &#187;, IV, 119 p. in-8&#176;). C'est une des brochures fouri&#233;ristes les moins rares. Il fut frapp&#233; par des ressemblances avec le &lt;i&gt;Manifeste du parti communiste &lt;/i&gt; de Marx et Engels (1848, f&#233;vrier) qu'il avait gard&#233; en m&#233;moire d'apr&#232;s sa traduction russe imprim&#233;e &#224; Londres dans les ann&#233;es soixante et attribu&#233;e &#224; Bakounine. Il v&#233;rifia du reste d'apr&#232;s une autre &#233;dition, et revint &#224; Londres fermement convaincu que Marx et Engels &#233;taient de vulgaires plagiaires qui avaient vol&#233; le travail de Consid&#233;rant. Il se mit &#224; comparer les deux textes et ses articles &lt;i&gt;Un Plagiat tr&#232;s scientifique, &#192; propos de deux Manifestes &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt;, 14 avril au 26 mai 1900) sont le r&#233;sultat de son travail. Il en a parl&#233; plus tard, dans une r&#233;ponse &#224; Kautsky et il m'a montr&#233; en 1903, de quelle mani&#232;re peu consciencieuse F. Engels se servit, pour un livre paru en 1845, d'un livre de Buret (1840) ; tout cela se trouve aussi dans les &lt;i&gt;Temps Nouveaux &lt;/i&gt; et dans &lt;i&gt;Freedom&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il n'est personne ayant vu mes travaux sur Bakounine, ou connaissant l'esprit de ce que j'ai pu &#233;crire en observations g&#233;n&#233;rales, qui m'accusera d'une tendresse quelconque envers Marx et Engels et leurs adh&#233;rents. Et pourtant, je dois dire que les arguments de Tcherkesov ne m'ont jamais donn&#233; compl&#232;te satisfaction et il a, du reste, toujours connu mon scepticisme &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1905. &#8213; L'Universit&#233; Populaire de Tiflis&lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/warlaam_tcherkesoff_et_son_epouse_frida.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH202/warlaam_tcherkesoff_et_son_epouse_frida-9bf11-134ed.jpg?1774708418' width='150' height='202' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Warlaam Tcherkesoff (Cherkezishvili) et son &#233;pouse Frida&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e m&#233;morable de 1905 s'approche et la premi&#232;re r&#233;volution russe s'annonce. Tous les Russes sont amnisti&#233;s et Tcherkesov, lav&#233; ainsi de son pass&#233; noir, proc&#232;de bient&#244;t en Russie, avec sa femme, &#224; un voyage prolong&#233;, duquel un journal am&#233;ricain le &lt;i&gt;Chicago Daily News&lt;/i&gt;, o&#249; il a beaucoup &#233;crit, conservera un r&#233;cit int&#233;ressant. Il se fixa &#224; Tiflis, o&#249; la r&#233;action se fait bient&#244;t jour comme partout ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pendant ces mois d'une libert&#233; relative, apr&#232;s la premi&#232;re r&#233;volution russe, Tcherkesov organisa, &#224; Tiflis, l'Universit&#233; populaire avec des conf&#233;rences et des classes en russe, g&#233;orgien, arm&#233;nien et tartare. L'administration de cette universit&#233; &#233;tait enti&#232;rement entre les mains des ouvriers et chaque nationalit&#233; organisa sa section autonome, invita des conf&#233;renciers, etc., mais chaque mois les sections se r&#233;unissaient pour discuter les questions g&#233;n&#233;rales. L'id&#233;e de Tcherkesov &#233;tait de r&#233;tablir, en pratique, la solidarit&#233; parmi les nationalit&#233;s qui, quelques mois auparavant, gr&#226;ce aux instigations du gouvernement russe, &#233;tait rudement &#233;branl&#233;e par les massacres arm&#233;niens-tartares. L'Universit&#233; Populaire ne tarda &#224; jouir d'une grande faveur ; elle se d&#233;veloppa et organisa des filiales dans toutes les villes. Par la suite, cette institution prit un grand &#233;lan, sous le r&#233;gime de la r&#233;publique g&#233;orgienne ind&#233;pendante (1918-21), quand elle re&#231;ut des subsides du gouvernement ; on se pr&#233;parait alors &#224; &#233;largir le mouvement, lorsque l'invasion bolcheviste mit fin &#224; tout. Le pr&#233;sident de l'Universit&#233; Populaire, Natadze, fut arr&#234;t&#233; et mourut de faim en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers le mois d'avril 1907, les G&#233;orgiens r&#233;dig&#232;rent une &#171; P&#233;tition du Peuple g&#233;orgien &#224; la Conf&#233;rence internationale de la Paix &#224; La Haye, 1907. &#187; (4 pp. Fol. 18, juin 1907), dont Tcherkesov fut porteur et qui lui valut un nouvel exil, ce qui montre qu'il fut toujours le porte-parole de son pays devant l'opinion europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1907, il vit dans le m&#234;me milieu anglais qu'auparavant. Ses voyages &#224; Paris, ville o&#249; il se sent mieux, eut chaque fois pour effet de le rajeunir, en pr&#233;sence de son optimisme, de sa joie na&#239;ve &#224; chaque succ&#232;s ouvrier, &#224; chaque manifestation de l'esprit de r&#233;volte, on ne pense pas &#224; son &#226;ge. La guerre arrive, et &#224; sa mani&#232;re de voir, pareille en ce moment &#224; celle de Kropotkine, le s&#233;pare de beaucoup de camarades, entre autres, de Malatesta.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1917. &#8213; L'ind&#233;pendance g&#233;orgienne&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'en 1917, la seconde r&#233;volution &#233;clata et que la r&#233;publique y fut proclam&#233;e, tous les proscrits rentr&#232;rent en Russie. En mai 1917, deux semaines avant Kropotkine, Tcherkesov arrive &#224; Petrograd. Voyant que les partis socialistes &#233;taient aussi centralistes que les r&#233;actionnaires russes, Tcherkesov, apr&#232;s avoir pass&#233; quelques semaines avec Kropotkine, et envisag&#233; la situation avec celui-ci, partit pour la G&#233;orgie en vue d'y travailler contre la tendance marxiste et &#233;tatiste qui se faisait jour en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le coup d'&#201;tat bolch&#233;viste &#224; Petrograd et Moscou, les social-d&#233;mocrates (mench&#233;vistes), g&#233;orgiens, arm&#233;niens et tartares, proclam&#232;rent la r&#233;publique f&#233;d&#233;rative de Transcaucasie. Les bolchevistes russes c&#233;d&#232;rent, par le trait&#233; de Brest-Litowsk, quelques provinces g&#233;orgiennes et arm&#233;niennes aux Turcs qui s'empress&#232;rent de s'emparer de ce territoire. Les G&#233;orgiens et Arm&#233;niens essay&#232;rent de s'y opposer, mais les Tartares ne voulaient pas se battre contre leurs coreligionnaires et la f&#233;d&#233;ration transcaucasienne fut dissoute. Aussit&#244;t, la G&#233;orgie reprenait, en mai 1918, son existence nationale ind&#233;pendante, interrompue par un si&#232;cle d'oppression russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les G&#233;orgiens se mirent &#224; l'&#339;uvre en vue d'organiser leur vie sur une base vraiment d&#233;mocratique et m&#234;me socialiste. Des r&#233;formes agraires tr&#232;s radicales, le suffrage universel pour hommes et femmes, furent introduits. La G&#233;orgie se d&#233;clara neutre, et de m&#234;me qu'elle avait refus&#233; de prendre part, avec les Bolchevistes, au trait&#233; de Brest-Litowsk, de m&#234;me elle refusait de se joindre aux interventions arm&#233;es de Denikine et de Wrangel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie &#233;conomique commen&#231;ait &#224; reprendre, et l'ordre et la tranquillit&#233; relative faisaient dire aux r&#233;fugi&#233;s russes que la G&#233;orgie &#233;tait le seul coin de l'ancien empire o&#249; r&#233;gnaient la paix et la libert&#233;. De son c&#244;t&#233;, la d&#233;l&#233;gation socialiste internationale qui se rendit en G&#233;orgie, en septembre 1920, se d&#233;clara enchant&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'invasion bolcheviste&lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5095 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;86&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/22_2_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH346/22_2_-62825.jpg?1774708419' width='500' height='346' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;L'entr&#233;e de la 11&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Arm&#233;e rouge de Russie sovi&#233;tique &#224; Tbilissi le 25 f&#233;vrier 1921.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, le peuple g&#233;orgien ne devait pas continuer &#224; jouir de son droit de vivre sa vie nationale. Trotsky, le chef du militarisme bolcheviste, sut imposer son plan de conqu&#234;te imp&#233;rialiste aux autres Bolchevistes, et en f&#233;vrier 1921, sans d&#233;claration de guerre, les arm&#233;es rouges command&#233;es par des g&#233;n&#233;raux tsaristes, envahirent la G&#233;orgie. Malgr&#233; une r&#233;sistance h&#233;ro&#239;que de toute la nation, le triomphe resta au nombre &#233;crasant des Russes, et la G&#233;orgie fut sovi&#233;tis&#233;e. Les r&#233;quisitions poursuivies m&#233;thodiquement, en vue de transporter en Russie toutes les richesses, toutes les denr&#233;es, caus&#232;rent en peu de temps la famine. Toute libert&#233; politique et civile fut supprim&#233;e, la Tch&#233;ka et l'arm&#233;e russe r&#233;gnant en ma&#238;tres tout puissants. Les &#233;l&#233;ments avanc&#233;s, socialistes et intellectuels furent arr&#234;t&#233;s comme otages. Jamais le r&#233;gime tsariste n'a caus&#233; autant de mis&#232;re, de d&#233;sespoir que le r&#232;gne sanguinaire des bolchevistes s'abritant. sons les plis du drapeau ronge, soi-disant socialiste. Toujours ami du peuple russe, le peuple g&#233;orgien est absolument uni dans sa demande d'&#234;tre lib&#233;r&#233; des arm&#233;es russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voyant qu'aucune propagande contre le pr&#233;tendu socialisme-marxisme bolcheviste n'&#233;tait possible en G&#233;orgie et que tout autre travail d'organisation sociale lui &#233;tait interdit sous le r&#233;gime de terreur en vigueur, Tcherkesov se d&#233;cida &#224; revenir en Europe pour d&#233;fendre les droits de son pays devant ceux qui sont convaincus que la libert&#233; et la justice doivent faire les bases de l'existence nationale et individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tcherkesov a &#233;t&#233; actif jusqu'au moment o&#249; la maladie l'a terrass&#233;. Il a pris la parole en public, pour la derni&#232;re fois, le 30 mai 1921, au cours d'un meeting organis&#233; sur son initiative, en faveur des r&#233;volutionnaires emprisonn&#233;s en Russie. C'est un sujet qui ne laissait son esprit en repos, ni jour, ni nuit. Le meeting, pr&#233;sid&#233; par le syndicaliste Turner, fut un succ&#232;s. Quelques semaines avant sa mort, il s'occupait encore &#224; traduire une brochure publi&#233;e par des G&#233;orgiens en protestation contre le r&#233;gime bolcheviste et sa d&#233;fense plus ou moins avou&#233;e, par la d&#233;l&#233;gation des &lt;i&gt;Trade Unions&lt;/i&gt;, en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc quelques pages de la vie d'un homme qui a toujours travaill&#233; &#224; nous rapprocher de l'&#226;ge de la libert&#233; et de la solidarit&#233;, et qui a fait cela en cr&#233;ant autour de lui une atmosph&#232;re d'optimisme courageux, de camaraderie et de bons proc&#233;d&#233;s r&#233;ciproques, qui a enseign&#233; &#224; ceux que la propagande avait touch&#233;s, &#224; se sentir &lt;i&gt;at home &lt;/i&gt; dans l'anarchie. La G&#233;orgie telle qu'il la r&#234;vait nous, a toujours paru extraite d'une utopie libertaire. Puisse, en souvenir de Tcherkesov, ce r&#234;ve devenir une r&#233;alit&#233;, pour la G&#233;orgie et pour nous tous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tcherkesov (suite)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Max Nettlau </dc:creator>


		<dc:subject>Tcherkesov</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Premier emprisonnement &lt;br class='autobr' /&gt;
Il entra en 1865, d&#232;s sa fondation, &#224; l'Acad&#233;mie agraire de P&#233;trovsk, &#224; huit kilom&#232;tres de Moscou. Les &#233;tudiants, &#224; cause de la distance, n'avaient pas la ressource de donner des le&#231;ons en ville selon la coutume russe, et ils furent amen&#233;s &#224; organiser leur vie d'une mani&#232;re &#233;conomique et solidaire, ce qui donna beaucoup de force &#224; la propagande qui fut faite parmi eux par Tcherkesov et d'autres. &#192; la suite de l'acte de Karakozov, en avril 1866, Tcherkesov fut en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-plus-loin-no8-15-octobre-1925-" rel="directory"&gt;Plus Loin n&#176;8 - 15 octobre 1925&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-tcherkesov-384-+" rel="tag"&gt;Tcherkesov&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-6-3-e4a91.jpg?1774778137' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Premier emprisonnement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il entra en 1865, d&#232;s sa fondation, &#224; l'Acad&#233;mie agraire de P&#233;trovsk, &#224; huit kilom&#232;tres de Moscou. Les &#233;tudiants, &#224; cause de la distance, n'avaient pas la ressource de donner des le&#231;ons en ville selon la coutume russe, et ils furent amen&#233;s &#224; organiser leur vie d'une mani&#232;re &#233;conomique et solidaire, ce qui donna beaucoup de force &#224; la propagande qui fut faite parmi eux par Tcherkesov et d'autres. &#192; la suite de l'acte de Karakozov, en avril 1866, Tcherkesov fut en quelque sorte impliqu&#233; dans les pers&#233;cutions et passait huit mois dans la Forteresse Pierre-et-Paul. Il lui fut interdit de fr&#233;quenter les &#233;coles sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5096 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/5ce69e5b15e9f9270701cc5f.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH311/5ce69e5b15e9f9270701cc5f-94f23.jpg?1774778138' width='500' height='311' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Forteresse Pierre-et-Paul&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1867 fut un temps d'isolement et d'inaction que Tcherkesov passa &#224; Petrograd. C'est l&#224; qu'en 1868 on recommen&#231;a &#224; s'organiser en tout petit, en fondant un restaurant coop&#233;ratif qui attire les &#233;tudiants. Un groupe s'organise dont est Tkatchev, d&#233;mocrate et blanquiste, qui a d&#233;j&#224; un pass&#233; r&#233;volutionnaire. Ce groupe envoie m&#234;me Botchkarov en Suisse explorer l'&#233;migration o&#249; des &#233;tudiants r&#233;fugi&#233;s, venus de Kazan, &#233;taient d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre. Tcherkesov leur fait parvenir 50 roubles pour aider &#224; la premi&#232;re &#233;dition du livre &lt;i&gt;Que faire ?&lt;/i&gt;. Ce maladroit de Botchkarov ne rencontre pas Bakounine, mais il rapporte le premier num&#233;ro du journal russe de celui-ci,&lt;i&gt; La Cause du Peuple &lt;/i&gt; (septembre 1868) qui est d&#233;vor&#233; par le groupe, est copi&#233; maintes fois en manuscrit et qui circule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait &#224; Petrograd une bonne biblioth&#232;que d'&#233;crits r&#233;volutionnaires, form&#233;e secr&#232;tement par les &#233;tudiants du temps de Tchernychevsky. Lors des poursuites de 1866, elle connut de grands risques, mais des &#233;tudiants g&#233;orgiens l'emport&#232;rent au minist&#232;re de la Guerre chez la femme du ministre, le fameux Milioutine. Cette femme &#233;tait une G&#233;orgienne et elle prit le d&#233;p&#244;t d'accord avec son mari. En 1868, la biblioth&#232;que fut reprise par le groupe. Voil&#224; un exemple de l'intervention amicale de ces femmes g&#233;orgiennes qui, r&#233;pandues dans les hauts milieux russes, surent souvent &#234;tre utiles &#224; leurs jeunes compatriotes. Ceux-ci furent de tous les mouvements r&#233;volutionnaires et y repr&#233;sent&#232;rent un &#233;l&#233;ment tr&#232;s pur et d&#233;vou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tcherkesov, &#224; cette &#233;poque, gr&#226;ce &#224; Botchkarov, entra aussi en relation avec des jeunes Serbes, Sava Grouitch (futur ministre de la Guerre), Nikolitch et Svetozar Mak&#233;vitch, le fondateur du socialisme serbe, &#171; trouv&#233; mort &#187; en prison au temps de Milan. Grouitch avait &#233;t&#233; &#224; Berlin et connaissait des ouvrages de Lassalle, mais tous trois ne connaissaient, comme progressistes russes, que les slavophiles de la nuance Aksakov, et dans l'intimit&#233; ils les trouvaient bien r&#233;actionnaires. Tcherkesov leur dessilla les yeux, leur fit lire les articles de Tchernychevsky, notamment son fameux &#233;reintement du panslavisme (&lt;i&gt;Manque de tact national&lt;/i&gt;). Ils en furent enchant&#233;s et se rapproch&#232;rent du cercle o&#249; on lisait Bakounine. Mais ils durent partir bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les intrigues de Netcha&#239;ev&lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH244/sans_titre-2-25-e1f1e-2edca.jpg?1774778138' width='150' height='244' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Netcha&#239;ev&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce milieu que Netcha&#239;ev fut introduit ; et ainsi Tcherkesov le connut d&#232;s la premi&#232;re heure. On sait que c'&#233;tait un homme d'origine populaire, devenu instituteur, anim&#233; d'une haine violente contre le syst&#232;me tsariste et bourgeois, d&#233;sireux d'agir et surtout de faire agir cette masse d'&#233;tudiants et d'autres sympathisants qu'il traitait un peu trop en simple chair &#224; conspiration et &#224; r&#233;volution. Il voulait coordonner au plus vite, par tous les moyens, au besoin en abusant les gens et en employant tous ces mouvements o&#249; le d&#233;vouement &#224; la cause n'allait pourtant pas jusqu'&#224; mettre tout sur une carte. Cette mani&#232;re de forcer la r&#233;volution comme on force une plante dans une serre chaude lui r&#233;ussit aupr&#232;s de beaucoup de monde et lui soumit leurs volont&#233;s, celle de Bakounine, entre autres, d'une mani&#232;re extraordinaire. C'est l&#224; un sujet &#224; part que j'ai examin&#233; d'assez pr&#232;s, car il a plu &#224; la calomnie marxiste de confondre perfidement l'action de Netcha&#239;ev et celle de Bakounine, et il faut d&#233;brouiller tout cela comme du fil entortill&#233;. Ce que Tcherkesov m'en a racont&#233; m'a beaucoup aid&#233;, et j'ai pu donner au moins un r&#233;sum&#233; de ces d&#233;tails nombreux dans un long article sur Bakounine et le mouvement r&#233;volutionnaire russe de 1868 &#224; 1873, publi&#233; en 1916.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de dire ici que Tcherkesov eut une connaissance intime et parfaite des origines de cette affaire, mais il dut bient&#244;t partir pour Moscou (22 d&#233;cembre) o&#249; il rencontre Ouspenski, l'&#226;me du mouvement local, Tkatchev, qui apporte des nouvelles de Petrograd, etc. ; mais, en mars 1869 d&#233;j&#224;, les arrestations commencent. Netcha&#239;ev part pour Gen&#232;ve et s'y pr&#233;sente chez Bakounine avec la pr&#233;tention d'&#234;tre la cheville de tous ces mouvements, ce qui &#233;tait une exag&#233;ration absurde. De son c&#244;t&#233;, Tcherkesov devenait &#171; l'homme ill&#233;gal &#187;, le premier en Russie, a-t-il dit, c'est-&#224;-dire qu'au lieu d'attendre d'&#234;tre arr&#234;t&#233;, il devint l'ing&#233;nieur un tel, et s'en alla tracer un chemin de fer de Rostov au Caucase. Par ce travail, il gagna de l'argent qui, dans l'automne, fut tr&#232;s utile &#224; la cause et indispensable aux op&#233;rations de sauvetage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Netcha&#239;ev &#233;tait revenu &#224; Moscou ; il avait pu rentrer en Russie par le Midi, avec l'aide de ses camarades bulgares de Bakounine, r&#233;fugi&#233;s en Roumanie. Il se transporte d'abord chez Tcherkesov (3 septembre) auquel il veut en imposer par son importance et des r&#233;cits exag&#233;r&#233;s sur son &#339;uvre &#224; l'&#233;tranger ; mais Tcherkesov ne se laisse pas prendre &#224; ces vantardises. Toutefois, pour donner &#224; Netcha&#239;ev des facilit&#233;s de propagande r&#233;volutionnaire, il le pr&#233;sente &#224; Ouspenski, Pryzhov, Kouznelsev, Ripman, c'est-&#224;-dire &#224; des camarades &#233;prouv&#233;s de Moscou et de l'Acad&#233;mie agraire de P&#233;trovsk o&#249; Tcherkesov avait gard&#233; beaucoup de relations et qui devint l'asile et le foyer de la nouvelle organisation. Tcherkesov se donnait &#233;galement beaucoup de peine pour rallier les &#233;tudiants de l'Universit&#233; au mouvement et nous trouvons ici pour la premi&#232;re fois les noms de Oelsnilz, Holstein, Smirnov, comme celui de Ralli (Zamfir C. Arbore) para&#238;t d&#233;j&#224; &#224; Petrograd l'hiver pr&#233;c&#233;dent. Ce furent, &#224; l'exception de Smirnov, les collaborateurs intimes de Bakounine en 1872-73.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propagande de Netcha&#239;ev d&#233;tourna les &#233;tudiants de P&#233;trovsk de l'id&#233;e d&#233;sesp&#233;r&#233;e, alors en vogue, de se d&#233;sint&#233;resser de la Russie et d'&#233;migrer en masse en Am&#233;rique (id&#233;e qui fut r&#233;alis&#233;e individuellement par quelques autres, ailleurs, N. Tcha&#239;kovski, Ross et autres). Il les fascina par la fiction d'une grande r&#233;volution paysanne qu'il pr&#233;tendait devoir &#233;clater en 1870. Pour comprendre le succ&#232;s de Netcha&#239;ev, il ne faut pas perdre de vue que vers la fin de 1869 tous les &#233;l&#233;ments sympathiques aux id&#233;es r&#233;volutionnaires et socialistes s'attendaient, comme le gouvernement lui-m&#234;me, vers le milieu de 1870, &#224; une r&#233;volte parmi les paysans qui n'avaient pas &#233;t&#233; compl&#232;tement lib&#233;r&#233;s en 1861. D&#233;j&#224; en 1861 il y avait eu des r&#233;voltes, mais c'est seulement &#224; Kazan que les intellectuels et la jeunesse r&#233;volutionnaire les avaient soutenues. &#192; la r&#233;volte attendue et esp&#233;r&#233;e, Netcha&#239;ev et ses amis, y compris Bakounine, Ouspenski, Tkatchev et autres, voulaient prendre une part active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Netcha&#239;ev pouvait compter sur le d&#233;vouement de toute cette jeunesse, mais au lieu de s'acheminer peu &#224; peu de la fiction &#224; une r&#233;alit&#233; d'abord modeste, puis grandissante, son autoritarisme extr&#234;me, effr&#233;n&#233;, lui fit employer des moyens d&#233;testables, exigeant continuellement des devoirs impos&#233;s au nom d'une dictature invisible, sur l'existence de laquelle, en dehors de sa propre personne, des doutes commen&#231;aient &#224; s'&#233;lever. Alors, pour affermir son autorit&#233;, il assassina simplement le seul homme, l'&#233;tudiant Ivanov, qui lui avait jet&#233; un d&#233;fi ; et cela avec pr&#233;m&#233;ditation et de fa&#231;on &#224; impliquer ses principaux camarades dans la pr&#233;paration et les d&#233;tails de l'assassinat. Puis il partit, et bient&#244;t, &#224; la suite de la d&#233;couverte du cadavre, les autres furent arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH206/___2-29a30-9aa04.jpg?1774724085' width='150' height='206' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Tcherkesov &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Si Tcherkesov avait &#233;t&#233; l&#224;, il aurait probablement ri au nez de Netcha&#239;ev et emp&#234;ch&#233; cet acte de m&#233;lodrame. Mais il &#233;tait &#224; son chemin de fer ou cours des semaines d&#233;cisives et rentra juste &#224; Moscou lorsque le malheur venait de se produire. Les arrestations commen&#231;aient ; chez Ouspenski, de vraies archives de documents compromettants furent imm&#233;diatement d&#233;couverts. Tcherkesov se d&#233;voua alors au sauvetage, louant des chambres qui servaient d'asile, avertissant les camarades de Petrograd. trouvant l'argent et une femme m&#234;me qui assur&#232;rent &#224; Netcha&#239;ev son d&#233;part de Toula pour l'&#233;tranger en toute s&#233;curit&#233;, etc. Il passa ces semaines mouvement&#233;es de la fin de 1869 &#224; Moscou, voyant peu &#224; peu tout le monde arr&#234;t&#233; et sentant le cercle se resserrer autour de lui de jour en jour. Enfin une imprudence de Nikola&#239;ev compromit son dernier asile et il fut arr&#234;t&#233; le 29 d&#233;cembre 1869. Homme sociable avant tout, il fut presque content de partager enfin le sort de tous ces camarades.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;portation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement fit un proc&#232;s monstre &#224; 84 des quelques 180 personnes compromises dans cette affaire (juillet-ao&#251;t 1871). Le compte rendu complet, les documents r&#233;volutionnaires m&#234;mes furent publi&#233;s par les journaux quotidiens, ce qui fut fait en vue de discr&#233;diter les r&#233;volutionnaires, but qui fut compl&#232;tement manqu&#233;. Ce qui f&#251;t discr&#233;dit&#233; ce fut le syst&#232;me de la dictature, de l'ob&#233;issance aveugle. Depuis lors, pendant de longues ann&#233;es, les nouveaux mouvements russes furent empreints de l'esprit de libert&#233;, de vraie solidarit&#233;, de confiance mutuelle et bas&#233;s sur l'accord volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque tous les accus&#233;s principaux se sentaient d&#233;moralis&#233;s par la honte d'avoir &#233;t&#233; les dupes, les marionnettes d'un faiseur habile. Du reste, pour quelques-uns, cette attitude put &#234;tre un moyen pour se d&#233;charger eux-m&#234;mes aux d&#233;pens de Netcha&#239;ev, r&#233;fugi&#233; &#224; l'&#233;tranger et qui avait bon dos. En outre, il pouvait para&#238;tre utile de confirmer l'accusation dans ses assertions pour sauver les parties et ramifications peut-&#234;tre importantes du mouvement qui ne furent jamais d&#233;couvertes. Il faut donc utiliser ces nombreux mat&#233;riaux avec beaucoup de circonspection. Mais quant &#224; Tcherkesov, il me para&#238;t nettement qu'il fut le seul des accus&#233;s en vue qui affronta l'accusation avec une s&#233;r&#233;nit&#233; non &#233;branl&#233;e. Il n'avait pas &#233;t&#233; le dupe de Netcha&#239;ev et n'avait pas non plus particip&#233; aux machinations de celui-ci ; par contre, il avait organis&#233; les sauvetages et celui de Netcha&#239;ev lui-m&#234;me, et tenu en &#233;chec les poursuites pendant des semaines. Il n'avait jamais perdu la t&#234;te ; et il s'&#233;tonne encore du peu de vraies donn&#233;es que la police et l'accusation surent rassembler &#224; l'aide de tous leurs moyens d'inquisition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a du reste de lui un document tr&#232;s int&#233;ressant lu au proc&#232;s, une lettre &#224; Ivan Likhoutine qui donne la caract&#233;ristique de Netcha&#239;ev et qui montre que lui, seul des accus&#233;s, l'avait su p&#233;n&#233;trer. J'avais devin&#233; qu'il en &#233;tait l'auteur et il a confirm&#233; mon hypoth&#232;se en 1913.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 ao&#251;t 1871, Tcherkesov fut condamn&#233; &#224; la d&#233;portation &#224; vie dans le Gouvernement, de Tomsk (Sib&#233;rie Occidentale) avec internement d'un an et demi dans la m&#234;me localit&#233; et d&#233;fense de sortir du Gouvernement pendant cinq autres ann&#233;es. Cependant, on le garda en Russie jusqu'au 28 novembre 1873, et ce n'est qu'apr&#232;s quatre ans de prison qu'il fut d&#233;port&#233; en Sib&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fuite de Sib&#233;rie, L'action &#224; Londres, Gen&#232;ve et Paris&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le voil&#224; donc &#224; Tomsk, o&#249; Bakounine aussi avait &#233;t&#233; d&#233;port&#233; de 1857 &#224; 1859. Il gagne sa vie au moyen de quelque travail technique ou des le&#231;ons. Puis, en janvier 1876, il s'&#233;vade, ce qui &#233;tait alors tr&#232;s rare (Sokolov et Lopatine seuls l'avaient pr&#233;c&#233;d&#233;, v. &lt;i&gt;Materialy &lt;/i&gt; x, p. 221). Cette fuite, gr&#226;ce &#224; quelque argent et &#224; un bon passeport, fut un simple voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il comptait rester &#224; Moscou, mais justement, entre deux mouvements, il n'y avait rien &#224; faire pour un r&#233;volutionnaire. On lui conseilla de passer &#224; l'&#233;tranger. Il s'arr&#234;ta &#224; Petrograd o&#249; le docteur Weimar, l'ami de tous les r&#233;volutionnaires, lui fit bon accueil. Lui et ses amis Klementz, Stepniak, Perovska&#239;a, etc. persuad&#232;rent Tcherkesov de partir pour Londres pour faire la revue de la vie russe dans le journal &lt;i&gt;Vperod&lt;/i&gt;, de Lavrov, ce qu'il fit, depuis avril jusqu'&#224; octobre 1876, quand il pr&#233;f&#233;ra aller en Suisse o&#249; les anciens camarades de Bakounine, Ralli, Oelsnitz, Holstein, le groupe du &lt;i&gt;Rabotnik &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;L'Ouvrier&lt;/i&gt;), &#233;ditaient toujours des publications russes de tendance anarchiste mod&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De v&#233;ritable coop&#233;ration avec ces hommes d&#233;j&#224; fatigu&#233;s, il ne pouvait gu&#232;re &#234;tre question. Toutefois la pr&#233;sence de Tcherkesov dans ce milieu est attest&#233;e par exemple par une lettre de Ralli &#224; James Guillaume (14 juillet 1877), lui r&#233;clamant, en vain, le pr&#234;t de l'imprimerie russe de Ross (arr&#234;t&#233; en Russie) et offrant la garantie et la responsabilit&#233; &#171; de D. Klementz Joukowsky, Ralli, Tcherkesov et peut-&#234;tre de Kropotkine &#187;. Kropotkine non plus ne partageait pas les id&#233;es sp&#233;ciales de ce groupe ; cependant une circulaire imprim&#233;e (exp&#233;di&#233;e le 12 avril 1877) du groupe parent de langue fran&#231;aise &#171; La Commune &#187; nous fait conna&#238;tre que Klementz et Kropotkine avaient adress&#233; &#224; ce groupe un projet de &#171; Dictionnaire socialiste &#187; (qui ne fut jamais publi&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/sergius_stepniak_by_elliott___fry.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH212/sergius_stepniak_by_elliott___fry-5d06f-cf59b.jpg?1774778138' width='150' height='212' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Stepniak&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Tcherkesov avait pris l'initiative d'organiser d'une part une biblioth&#232;que pour les &#233;tudiants et les &#233;migr&#233;s russes, de l'autre, une caisse de secours mutuel et la publication d'un journal socialiste et r&#233;volutionnaire en langue russe intitul&#233;e &lt;i&gt;Obtchina &lt;/i&gt; (Commune) et qui parut en 1878. Gr&#226;ce &#224; ces trois entreprises, la vie des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires russes devenait plus saine et agr&#233;able. Au journal collabor&#232;rent Stepniak, Klementz, Axelrod, Deutsch (pas encore marxiste &#224; cette &#233;poque) et autres. &#192; Gen&#232;ve et dans le Jura, dans le milieu russe et celui de la F&#233;d&#233;ration jurassienne, l'amiti&#233; se cimenta alors par la vie avec Kropotkine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tcherkesov fit &#233;galement la connaissance de Malatesta qu'une vraie odyss&#233;e de Naples en &#201;gypte, en Syrie, en Asie Mineure, a Marseille, avait conduit &#224; Gen&#232;ve pour quelques mois, apr&#232;s lesquels, au printemps 1879, il fut expuls&#233; de Suisse d'o&#249; il se rendit en Roumanie et de l&#224; &#224; Paris pour y &#234;tre expuls&#233; de nouveau quelque temps apr&#232;s, &#8212; deux fois m&#234;mes : une fois sous son nom, la seconde fois sous un autre nom &#8212; quitte &#224; rentrer de nouveau pour passer cette fois six mois en prison ; on le trouve ensuite &#224; Lugano o&#249; il est arr&#234;t&#233; et expuls&#233;, et &#224; Bruxelles o&#249; il ne put pas rester non plus, et enfin il arrive pour la premi&#232;re fois &#224; Londres ! Ce qui ne l'emp&#234;cha pas d'&#234;tre pr&#233;sent, avec Kropotkine et le groupe de Gen&#232;ve, tel soir de f&#233;vrier 1879 dans un petit caf&#233;, lorsque le premier num&#233;ro du &lt;i&gt;R&#233;volt&#233; &lt;/i&gt; fut exp&#233;di&#233; et que Tcherkesov enseigna aux camarades l'art de plier un journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris aussi, Tcherkesov et Malatesta, ainsi que Cafiero, se virent souvent et assistaient en 1879-80 &#224; toutes ces petites r&#233;unions des groupes naissants o&#249; l'id&#233;e anarchiste fit son &#233;closion, chaleureusement d&#233;fendue contre ses adversaires n&#233;s, guesdistes et blanquistes. Apr&#232;s quelques temps, Tcherkesov fut expuls&#233; &#224; la suite de l'assassinat d'Alexandre II et dut se replier sur Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ann&#233;es de 1877 &#224; 1882 ou 1883 entre Gen&#232;ve, Paris et le Jura, camarade et ami du &lt;i&gt;R&#233;volt&#233;&lt;/i&gt;, de Kropotkine, des Italiens, des Jurassiens et de beaucoup de Russes et G&#233;orgiens, furent une &#233;poque &#224; jamais m&#233;morable et heureuse pour Tcherkesov qui depuis longtemps avait fait, du milieu des camarades, sa vraie patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hasard voulut que cet homme aimable et internationaliste, autonomiste convaincu, f&#238;t alors son d&#233;but, litt&#233;raire par une longue brochure de pol&#233;mique v&#233;h&#233;mente contre Michel Dragomanov, le socialiste f&#233;d&#233;raliste oukra&#239;nien demeurant dans ces ann&#233;es &#224; Gen&#232;ve. Ce professeur distingu&#233; de l'Universit&#233; de Kiev, en exil et avec qui Tcherkesov &#233;tait en relations tr&#232;s amicales, publia, sous l'impression de l'assassinat d'Alexandre II, une brochure fran&#231;aise intitul&#233;e &lt;i&gt;Le Tyrannicide&lt;/i&gt;, d'un tel caract&#232;re que beaucoup d'amis comme Kropotkine, &#201;lis&#233;e Reclus, Lefran&#231;ais en furent tellement d&#233;go&#251;t&#233;s qu'ils la lui renvoy&#232;rent. Non seulement Dragomanov ne changea pas d'id&#233;es, mais il commen&#231;a &#224; collaborer au journal &lt;i&gt;Volno&#239;&#233; Slovo&lt;/i&gt; (Libre Parole) publi&#233; par l'agent de l'association secr&#232;te contre-r&#233;volutionnaire de Petrograd, la &lt;i&gt;Svachtchenna&#239;a Droujma&lt;/i&gt; (Sainte Milice) dont le chef &#233;tait le ministre de la Cour imp&#233;riale, le comte Vorontso-Dachkov. Tcherkesov s'effor&#231;a de persuader Dragomanov de rompre avec ce journal, mais Dragomanov s'obstina dans ses attaques contre les nations russe et polonaise. Le r&#233;sultat en fut cette brochure contre Dragomanov qui compromettait le socialisme, le f&#233;d&#233;ralisme et la solidarit&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une r&#233;union tenue &#224; Paris pas longtemps avant la mort d'Alexandre II, o&#249; Plekhanov, venu de Russie, condamna le terrorisme r&#233;volutionnaire et o&#249; Lavrov fit un discours d'un dogmatisme &#233;c&#339;urant, Tcherkesov fit un franc appel &#224; la continuation de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5098 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/s_perovskaya-94934-5fe13.jpg?1774778138' width='150' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Sophie Perovska&#239;a&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le tsar fut tu&#233; et que Sophie Perovska&#239;a et les autres furent pendus apr&#232;s une longue agonie due &#224; la maladresse du bourreau, Kropotkine en fut si &#233;mu qu'&#224; Gen&#232;ve, au comit&#233; ex&#233;cutif, il s'offrit avec sa femme de rentrer en Russie pour prendre part &#224; la lutte. Stepniak refusa d'accepter ce sacrifice et Tcherkesov s'appliqua &#224; convaincre Kropotkine de l'utilit&#233; de sa pr&#233;sence au Congr&#232;s r&#233;volutionnaire de Londres (&#233;t&#233; 1881) ; ces deux amis, consid&#233;rant qu'il appartenait avant tout &#224; son &#339;uvre d'id&#233;es, lui firent ainsi passer cette crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s son retour de Londres, Kropotkine fut expuls&#233; de Suisse. Les pers&#233;cutions en France, du c&#244;t&#233; de Lyon, devenaient plus pressantes et, en Suisse m&#234;me, la chasse fut bient&#244;t faite aux anarchistes. Les amis qui connaissaient les relations intimes de Tcherkesov avec les camarades de Lyon lui conseill&#232;rent de partir, et au commencement de 1883 il dispara&#238;t compl&#232;tement, absorb&#233;, englouti, dirait-on, par l'Orient.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;(A suivre)&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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