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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Pour l'anarchisme - Pr&#233;sentation</title>
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		<dc:creator>Nicolas Walter </dc:creator>


		<dc:subject>Nicolas Walter </dc:subject>
		<dc:subject>Biblioth&#232;que Anarchiste</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le mouvement anarchiste a aujourd'hui cent ans, si on le fait na&#238;tre au moment o&#249; les bakouninistes entr&#232;rent dans l'Association Internationale des Travailleurs ; depuis lors, il s'est &#233;tendu &#224; plusieurs pays du monde, restant un mouvement minoritaire et m&#233;connu, mais vivace. Une certaine force se d&#233;gage de son histoire, mais en m&#234;me temps de la faiblesse &#8212; en particulier dans le domaine de la chose &#233;crite. La litt&#233;rature anarchiste ancienne p&#232;se de tout son poids sur le mouvement actuel, et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-nicolas-walter-pour-l-anarchisme-" rel="directory"&gt;Anarchisme et non-violence N&#176;18-19 &#8211; Octobre 1969&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-bibliotheque-anarchiste-+" rel="tag"&gt;Biblioth&#232;que Anarchiste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1265-ff06f.jpg?1774700063' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le mouvement anarchiste a aujourd'hui cent ans, si on le fait na&#238;tre au moment o&#249; les bakouninistes entr&#232;rent dans l'Association Internationale des Travailleurs ; depuis lors, il s'est &#233;tendu &#224; plusieurs pays du monde, restant un mouvement minoritaire et m&#233;connu, mais vivace. Une certaine force se d&#233;gage de son histoire, mais en m&#234;me temps de la faiblesse &#8212; en particulier dans le domaine de la chose &#233;crite. La litt&#233;rature anarchiste ancienne p&#232;se de tout son poids sur le mouvement actuel, et nous avons de la peine &#224; en cr&#233;er une nouvelle. Si les &#233;crits de nos pr&#233;d&#233;cesseurs sont nombreux, la plupart sont aujourd'hui &#233;puis&#233;s, et le reste est souvent d&#233;suet.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1546 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH240/41xhe3h66ol-9842b-38c65.jpg?1774725606' width='150' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le texte qu'on va lire propose une nouvelle pr&#233;sentation de l'anarchisme. &#201;crit en Angleterre au printemps 1969, il s'adresse &#233;galement au lecteur de langue fran&#231;aise &#8212; car il y a actuellement en Grande-Bretagne et en Europe un renouveau d'int&#233;r&#234;t pour la pens&#233;e libertaire qui, abandonnant les anciennes dissensions, pose les bases d'une discussion pratique pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opinions expos&#233;es ici sont naturellement personnelles ; en effet, un des traits caract&#233;ristiques de l'anarchisme, c'est qu'il repose sur le jugement individuel ; mais elles ne manqueront pas de tenir compte de th&#233;ories plus g&#233;n&#233;rales sur l'anarchisme et de les pr&#233;senter impartialement. La langue choisie est volontairement simple, et &#233;vite les r&#233;f&#233;rences fr&#233;quentes &#224; des &#233;crivains ou &#224; des &#233;v&#233;nements pass&#233;s ; ainsi ce texte sera compris m&#234;me par le lecteur peu introduit dans le sujet. Il s'inspire d'&#233;crits ant&#233;rieurs et ne pr&#233;tend pas &#224; l'originalit&#233;, pas plus qu'il ne pr&#233;tend &#234;tre d&#233;finitif : on ne peut pas tout dire sur l'anarchisme en quarante-six pages, et ce r&#233;sum&#233; sera sans doute bient&#244;t remplac&#233;, comme ceux qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, je ne voudrais pas qu'on me prenne pour une autorit&#233; en la mati&#232;re, car un autre trait caract&#233;ristique de l'anarchisme, c'est qu'il ne se r&#233;sume pas aux th&#233;ories de quelques ma&#238;tres &#224; penser. Si mes lecteurs ne trouvent pas &#224; me critiquer, c'est que j'ai &#233;chou&#233;. Le texte qu'on va lire est un expos&#233; personnel sur l'anarchisme, qui voit le jour apr&#232;s quinze ans de lectures et de discussions &#224; ce sujet, et apr&#232;s dix ans d'activit&#233; dans le mouvement et la presse anarchistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pour l'anarchisme - Que font les anarchistes ?</title>
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		<dc:subject>Nicolas Walter </dc:subject>
		<dc:subject>Biblioth&#232;que Anarchiste</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose que font les anarchistes, c'est penser et parler. Peu de gens sont anarchistes de naissance, et c'est une exp&#233;rience troublante de le devenir, qui implique un consid&#233;rable bouleversement &#233;motif et intellectuel. Un anarchiste conscient est toujours dans une situation difficile (&#224; peu pr&#232;s, disons, comme un ath&#233;e dans l'Europe m&#233;di&#233;vale) ; c'est difficile de franchir les barri&#232;res de la pens&#233;e et de persuader les gens que la n&#233;cessit&#233; du gouvernement (comme l'existence de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1269-3ed68.jpg?1774700063' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La premi&#232;re chose que font les anarchistes, c'est penser et parler. Peu de gens sont anarchistes de naissance, et c'est une exp&#233;rience troublante de le devenir, qui implique un consid&#233;rable bouleversement &#233;motif et intellectuel. Un anarchiste conscient est toujours dans une situation difficile (&#224; peu pr&#232;s, disons, comme un ath&#233;e dans l'Europe m&#233;di&#233;vale) ; c'est difficile de franchir les barri&#232;res de la pens&#233;e et de persuader les gens que la n&#233;cessit&#233; du gouvernement (comme l'existence de Dieu) ne va pas de soi, mais peut &#234;tre mise en question et m&#234;me rejet&#233;e. Un anarchiste doit &#233;laborer compl&#232;tement une nouvelle vision du monde et une nouvelle mani&#232;re d'y agir ; cela se fait en g&#233;n&#233;ral dans des conversations avec des gens qui sont anarchistes ou proches de l'anarchisme, particuli&#232;rement dans des groupes ou des activit&#233;s de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, m&#234;me l'anarchiste le plus dogmatique a des contacts avec des non-anarchistes, et ces contacts sont in&#233;vitablement autant d'occasions de diffuser ses id&#233;es. Dans sa famille, avec ses amis, chez lui, au travail, tout anarchiste qui n'est pas uniquement &#171; philosophique &#187; est forc&#233;ment influenc&#233;. Sans que ce soit absolu, les anarchistes sont en g&#233;n&#233;ral moins ennuy&#233;s que les autres gens par des probl&#232;mes tels que la fid&#233;lit&#233; de leur conjoint, l'ob&#233;issance de leurs enfants, le conformisme de leurs voisins ou la ponctualit&#233; de leurs coll&#232;gues. Les employ&#233;s et les citoyens anarchistes aiment moins faire ce qu'on leur dit, et les enseignants et les parents aiment moins obliger les autres &#224; faire ce qu'ils leur disent. Un anarchisme qui ne transpara&#238;t pas dans la vie priv&#233;e n'est pas vraiment digne de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit &#224; quelques anarchistes d'avoir leurs id&#233;es et de limiter leurs opinions &#224; leur propre vie, mais la plupart veulent aller plus loin et influencer autrui. Dans des discussions sur des probl&#232;mes sociaux ou politiques, ils am&#232;nent le point de vue libertaire, et dans les luttes publiques ils d&#233;fendent la solution libertaire. Mais, pour avoir un impact r&#233;el, il faut travailler avec d'autres anarchistes ou dans un groupe politique qui ait une base plus permanente que la Simple rencontre au hasard. C'est le commencement de l'organisation, qui m&#232;ne &#224; la propagande et finalement &#224; l'action.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'organisation et la propagande&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La forme initiale de l'organisation anarchiste est le groupe de discussion. S'il se r&#233;v&#232;le viable, il se d&#233;veloppera dans deux directions &#8212; il cr&#233;era des liens avec d'autres groupes, et il &#233;largira son champ d'activit&#233;. Les liens avec d'autres groupes peuvent finalement mener &#224; une esp&#232;ce de f&#233;d&#233;ration qui coordonnera les actions et en entreprendra de plus ambitieuses. L'activit&#233; anarchiste commence normalement par de la propagande pour amener &#224; l'id&#233;e anarchiste de base. Il y a deux fa&#231;ons principales de le faire &#8212; la propagande par la parole et la propagande par le fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Us mots peuvent &#234;tre &#233;crits ou dits. Aujourd'hui, les discours sont moins entendus qu'autrefois, mais les r&#233;unions publiques &#8212; en salle ou &#224; l'ext&#233;rieur &#8212; restent une bonne m&#233;thode pour atteindre directement les gens. Le stade final, lorsqu'on devient anarchiste, est normalement h&#226;t&#233; par des contacts personnels, et une assembl&#233;e peut en fournir l'occasion. Autant qu'&#224; des assembl&#233;es sp&#233;cifiquement anarchistes, il vaut la peine d'assister &#224; d'autres r&#233;unions pour y amener le point de vue libertaire, en prenant part aux discours ou en les interrompant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;hicule de la parole le plus perfectionn&#233; aujourd'hui est &#233;videmment la radio et la t&#233;l&#233;vision. Mais ce sont des moyens de propagande assez peu satisfaisants, car ils ne sont pas faits pour communiquer des id&#233;es peu famili&#232;res ou expliquer des positions politiques. L'anarchisme passera plus efficacement &#224; la radio si on raconte une histoire dont on sugg&#232;re la morale. C'est vrai aussi d'autres moyens de diffusion comme le cin&#233;ma ou le th&#233;&#226;tre, par lesquels des personnes dou&#233;es peuvent faire une propagande extr&#234;mement efficace. En g&#233;n&#233;ral, cependant, les anarchistes n'ont pas su utiliser ces moyens comme on aurait pu le souhaiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, aussi efficace que soit la propagande par la parole, les &#233;crits sont n&#233;cessaires pour compl&#233;ter le message, et c'est la forme de propagande, hier comme aujourd'hui, la plus fr&#233;quente. L'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; sans gouvernement a pu exister de fa&#231;on souterraine pendant des si&#232;cles et &#233;merger occasionnellement dans des mouvements populaires radicaux, mais ce sont des &#233;crivains comme Godwin, Proudhon, Stirner qui l'ont pour la premi&#232;re fois fait connaitre &#224; des milliers de lecteurs. Et lorsque l'id&#233;e prit racine et s'exprima dans des groupes organis&#233;s, alors on vit paraitre ce d&#233;luge de journaux et de brochures qui reste le principal moyen de communication dans le mouvement anarchiste. Certaines de ces publications furent excellentes ; la plupart furent plut&#244;t m&#233;diocres ; mais elles ont &#233;t&#233; essentielles pour affirmer que le mouvement ne se repliait pas sur lui-m&#234;me mais maintenait un dialogue constant avec le monde ext&#233;rieur. Une fois de plus, autant que de produire des &#339;uvres sp&#233;cifiquement anarchistes, il vaut la peine de contribuer &#224; d'autres p&#233;riodiques et d'&#233;crire d'autres livres pour proposer un point de vue libertaire &#224; des lecteurs non anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les mots, dits et &#233;crits, m&#234;me n&#233;cessaires, ne suffisent jamais. Nous pouvons parler et &#233;crire en termes g&#233;n&#233;raux autant que nous voulons, cela ne nous m&#232;nera &#224; rien de soi-m&#234;me. Il faut donc aller au-del&#224; de la simple propagande de deux mani&#232;res &#8212; en discutant des probl&#232;mes particuliers au bon moment et d'une mani&#232;re imm&#233;diatement efficace, ou en attirant l'attention par quelque chose de plus spectaculaire que de simples paroles. La premi&#232;re mani&#232;re est l'agitation, la seconde la propagande par le fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agitation est le lieu o&#249; la th&#233;orie politique affronte la r&#233;alit&#233; politique. L'agitation anarchiste est utile lorsque les gens sont particuli&#232;rement r&#233;ceptifs &#224; ce qu'elle propose &#224; cause d'une tension dans le syst&#232;me &#233;tatique &#8212; pendant des guerres civiles ou nationales, des campagnes contre l'oppression ou des scandales publics &#8212;, et elle consiste essentiellement en une propagande ramen&#233;e sur terre et rendue r&#233;alisable. Dans une situation o&#249; la prise de conscience est rapide, les gens ne s'int&#233;ressent pas tant &#224; des sp&#233;culations g&#233;n&#233;rales qu'&#224; des propositions sp&#233;cifiques. C'est l'occasion de montrer en d&#233;tail ce qui est faux dans le syst&#232;me actuel et comment l'am&#233;liorer. L'agitation anarchiste a parfois &#233;t&#233; efficace, en particulier en France, en Espagne et aux &#201;tats-Unis avant la premi&#232;re guerre mondiale, en Russie, en Italie et en Chine apr&#232;s la premi&#232;re guerre, en Espagne dans les ann&#233;es 30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de la propagande par le fait est souvent mal comprise, tant par les anarchistes que par leurs adversaires. Lorsque cette expression fut utilis&#233;e pour la premi&#232;re fois (dans les ann&#233;es 1870), elle signifiait manifestations, &#233;meutes, soul&#232;vements, interpr&#233;t&#233;s comme des actions symboliques destin&#233;es &#224; gagner une publicit&#233; utile plut&#244;t que des succ&#232;s imm&#233;diats. L'essentiel &#233;tait que la propagande ne consiste pas seulement en paroles sur ce qui devait &#234;tre fait mais aussi en informations sur ce qui s'&#233;tait pass&#233;. Cela ne signifiait pas &#224; l'origine et ne signifie toujours pas violence, encore moins assassinat ; mais, apr&#232;s la vague d'attentats anarchistes dans les ann&#233;es 1890, la propagande par le fait a &#233;t&#233; identifi&#233;e dans l'esprit populaire &#224; des actes personnels de violence, et cette image ne s'est pas encore effac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, pour la plupart des anarchistes aujourd'hui, la propagande par le fait est plut&#244;t de nature non violente, ou au moins sans violence, et s'oppose aux bombes plut&#244;t qu'elle ne les d&#233;fend. Elle est en fait revenue &#224; sa signification premi&#232;re, bien qu'elle ait tendance actuellement &#224; prendre diff&#233;rentes formes &#8212; &#171; sit-ins &#187;, gr&#232;ves sur le tas, occupations, chahuts organis&#233;s et manifestations sauvages. La propagande par le fait n'est pas n&#233;cessairement ill&#233;gale, mais elle l'est souvent. La d&#233;sob&#233;issance civile est un type particulier de propagande par le fait qui implique l'infraction ouverte et d&#233;lib&#233;r&#233;e aux lois pour attirer l'attention. Beaucoup d'anarchistes ne l'aiment gu&#232;re, parce que c'est une provocation d&#233;lib&#233;r&#233;e &#224; la r&#233;pression, ce qui est contraire au principe anarchiste d'&#233;viter tout contact volontaire avec les autorit&#233;s ; mais &#224; certains moments les anarchistes ont trouv&#233; que la d&#233;sob&#233;issance civile &#233;tait une forme utile de propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agitation, surtout quand elle r&#233;ussit, et la propagande par le fait, surtout quand elle est ill&#233;gale, vont beaucoup plus loin que la simple propagande. L'agitation incite &#224; l'action, et la propagande par le fait implique l'action ; c'est l&#224; que les anarchistes entrent dans le domaine de l'action, et que l'anarchisme devient une chose s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'action&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le passage de la th&#233;orie anarchiste &#224; son application pratique exige un changement de l'organisation. Le groupe typique de discussion ou de propagande, qui est facilement ouvert &#224; la participation ext&#233;rieure et &#224; l'observation par les autorit&#233;s, et qui est fond&#233; sur la libre action de chacun, devient plus exclusif et plus formel. C'est un moment dangereux, puisque une attitude trop rigide conduit &#224; &#234;tre autoritaire et sectaire, tandis qu'une attitude trop l&#226;che conduit &#224; &#234;tre confus et irresponsable. C'est encore plus dangereux du fait que, d&#232;s que l'anarchisme devient une chose s&#233;rieuse, les anarchistes deviennent une s&#233;rieuse menace pour les autorit&#233;s, et que la vraie pers&#233;cution commence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme habituelle d'action anarchiste est l'agitation en particulier en participant &#224; une campagne. Celle-ci peut &#234;tre r&#233;formiste, lutter pour quelque chose qui ne changera pas tout le syst&#232;me, ou r&#233;volutionnaire, pour un changement du syst&#232;me lui-m&#234;me ; elle peut &#234;tre l&#233;gale ou ill&#233;gale, ou les deux &#224; la fois, violente, non violente, ou simplement sans violence. Elle peut avoir une chance de r&#233;ussir ou aucune d&#232;s le d&#233;part. Les anarchistes peuvent &#234;tre des acteurs importants ou m&#234;me les acteurs principaux de cette campagne, ou ils peuvent simplement &#234;tre un des nombreux groupes qui y participent. On pense tout de suite &#224; une grande vari&#233;t&#233; de possibilit&#233;s d'action, et depuis un si&#232;cle les anarchistes les ont toutes essay&#233;es. La forme d'action qui a &#233;t&#233; la plus heureuse et la plus typique est l'action directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de l'action directe est elle aussi souvent mal comprise, tant par les anarchistes que par leurs adversaires. Lorsque cette expression fut utilis&#233;e pour la premi&#232;re fois (dans les ann&#233;es 1890), elle ne signifiait pas autre chose que le contraire de l'action &#171; politique &#187; &#8212; c'est-&#224;-dire parlementaire &#8212; ; et dans le contexte du mouvement ouvrier, cela signifiait action &#171; industrielle &#187;, en particulier gr&#232;ves, boycottage et sabotage, que l'on voyait comme des pr&#233;parations et des r&#233;p&#233;titions de la r&#233;volution. L'essentiel &#233;tait que l'action ne soit pas effectu&#233;e indirectement par des repr&#233;sentants mais directement par ceux qui sont les plus &#233;troitement englob&#233;s dans une situation, qu'elle porte directement sur cette situation, et qu'elle soit destin&#233;e &#224; aboutir &#224; un certain succ&#232;s plut&#244;t qu'&#224; une simple publicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pourrait sembler assez clair, mais on a souvent confondu l'action directe avec la propagande par le fait et surtout avec la d&#233;sob&#233;issance civile. En r&#233;alit&#233;, la technique de l'action directe a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e dans le mouvement syndicaliste fran&#231;ais en r&#233;action contre les techniques extr&#233;mistes de la propagande par le fait ; plut&#244;t que de se laisser entra&#238;ner &#224; des mouvements spectaculaires mais inefficaces, les syndicats avanc&#232;rent dans le travail terne mais efficace du moins en th&#233;orie. Mais &#224; mesure que le mouvement syndicaliste croissait et entrait en conflit avec le syst&#232;me en France, en Espagne, en Italie, aux &#201;tats-Unis et en Russie, l'action directe se mit &#224; prendre la m&#234;me fonction que les actes de propagande par le fait. Puis, lorsque Gandhi donna le nom d'action directe &#224; ce qui &#233;tait en fait une forme non violente de d&#233;sob&#233;issance civile, les trois phases se confondirent et finirent par signifier presque la m&#234;me chose &#8212; toute forme d'activit&#233; politique qui s'oppose &#224; la loi ou du moins se place en dehors des r&#232;gles constitutionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, pour la plupart des anarchistes, l'action directe garde son sens originel, quoiqu'&#224; c&#244;t&#233; des formes traditionnelles elle en adopte de nouvelles &#8212; occupation de bases militaires, d'universit&#233;s, de maisons inhabit&#233;es, d'usines, par exemple. Ce qui la rend particuli&#232;rement attrayante, c'est qu'elle est ad&#233;quate aux principes libertaires autant qu'&#224;, elle-m&#234;me. La plupart des formes d'action politique par des groupes d'opposition ont polir but de prendre le pouvoir : quelques groupes utilisent les techniques de l'action directe, mais d&#232;s qu'ils prennent le pouvoir ils les abandonnent et de plus interdisent &#224; d'autres groupes de les utiliser. Les anarchistes sont partisans de l'action &#224; tous moments ; ils y voient l'action naturelle, l'action qui se renforce elle-m&#234;me et augmente &#224; mesure qu'on l'utilise, l'action qui peut &#234;tre employ&#233;e pour cr&#233;er et faire vivre une soci&#233;t&#233; libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a des anarchistes qui ne croient pas en la possibilit&#233; de cr&#233;er une soci&#233;t&#233; libre, et par cons&#233;quent leurs actions diff&#232;rent de celles ci-dessus. Une des tendances pessimistes les plus fortes dans l'anarchisme est le nihilisme. Ce mot fut cr&#233;&#233; par Tourgu&#233;niev (dans son roman &lt;i&gt;P&#232;res et fils&lt;/i&gt;) pour d&#233;crire l'attitude sceptique et m&#233;prisante des jeunes populistes russes il y a un si&#232;cle, mais il se mit &#224; signifier le point de vue qui d&#233;nie toute valeur non seulement &#224; l'&#201;tat ou la morale dominante, mais &#224; la soci&#233;t&#233; et &#224; l'humanit&#233; m&#234;me ; pour le nihiliste rigoureux, rien n'est sacr&#233;, pas m&#234;me lui &#8212; ainsi il fait un pas de plus que l'&#233;go&#239;ste le plus convaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une forme extr&#234;me d'action inspir&#233;e par le nihilisme est le terrorisme pour lui-m&#234;me plut&#244;t que par revanche ou par propagande. Les anarchistes n'ont pas le monopole de la terreur, mais elle a souvent &#233;t&#233; tr&#232;s pris&#233;e dans quelques sections du mouvement. Apr&#232;s l'exp&#233;rience frustrante que repr&#233;sente le pr&#234;che d'une th&#233;orie minoritaire dans une soci&#233;t&#233; hostile ou souvent indiff&#233;rente, il est tentant d'attaquer physiquement cette soci&#233;t&#233;. Cela ne peut pas changer grand-chose &#224; l'hostilit&#233;, mais cela emp&#234;chera s&#251;rement l'indiff&#233;rence ; qu'ils me ha&#239;ssent pourvu qu'ils me craignent, voil&#224; la ligne de pens&#233;e terroriste. Mais si l'assassinat raisonn&#233; a &#233;t&#233; improductif, la terreur au hasard a &#233;t&#233; contre-produisante, et ce n'est pas trop dire que rien n'a caus&#233; plus de tort &#224; l'anarchisme que le courant de violence psychopathe qui l'a toujours travers&#233; et le traverse encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une forme att&#233;nu&#233;e d'action inspir&#233;e par le nihilisme est la boh&#232;me, qui est un ph&#233;nom&#232;ne constant m&#234;me si son nom semble changer &#224;. chacun de ses avatars. Elle aussi a &#233;t&#233; pris&#233;e dans quelques sections du mouvement anarchiste, et bien s&#251;r aussi en dehors. Au lieu d'attaquer la soci&#233;t&#233;, le boh&#232;me s'en &#233;chappe &#8212; quoique, tout en vivant sans se conformer aux valeurs de cette soci&#233;t&#233;, il vit en g&#233;n&#233;ral par elle et en elle. On a dit beaucoup de b&#234;tises &#224; ce sujet. Les boh&#232;mes peuvent &#234;tre des parasites, mais c'est vrai de bien d'autres gens. D'autre part, ils ne font de mal &#224; personne, sauf &#224; eux-m&#234;mes, ce qui n'est pas vrai de pas mal de monde. Ce qu'on peut dire de mieux &#224; leur sujet, c'est qu'ils peuvent faire du bien en s'amusant et en mettant en question les id&#233;es re&#231;ues d'une mani&#232;re ostentatoire mais innocente. Ce qu'on peut dire de pire, c'est qu'ils ne peuvent pas r&#233;ellement changer la soci&#233;t&#233; et risquent de perdre leur &#233;nergie en essayant de le faire ; or, pour beaucoup d'anarchistes, c'est l&#224; le probl&#232;me central de l'anarchisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mani&#232;re plus ad&#233;quate et constructive de s'&#233;vader de la soci&#233;t&#233;, c'est de la quitter et d'organiser une nouvelle communaut&#233; autarcique. A certains moments, cela a &#233;t&#233; un ph&#233;nom&#232;ne tr&#232;s r&#233;pandu, parmi des enthousiastes religieux au Moyen-Age, par exemple, et parmi diff&#233;rents groupes plus r&#233;cemment, en particulier en Am&#233;rique du Nord et en Palestine. Les anarchistes ont &#233;t&#233; touch&#233;s par cette tendance autrefois, mais plus gu&#232;re aujourd'hui ; comme les autres groupes de gauche, ils pr&#233;f&#232;rent organiser leur propre communaut&#233; informelle, bas&#233;e sur un noyau de gens vivant et travaillant ensemble &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233;, plut&#244;t que d'en sortir. On peut y voir le noyau d'une nouvelle forme de soci&#233;t&#233; grandissant &#224; l'int&#233;rieur des vieilles formes, ou bien une forme viable de refuge contre les exigences de l'autorit&#233;, acceptable pour le commun des mortels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une autre forme d'action bas&#233;e sur une vue pessimiste de l'avenir de l'anarchisme, c'est la protestation permanente. Selon ce point de vue, il n'y aucun espoir de changer la soci&#233;t&#233;, de d&#233;truire le syst&#232;me &#233;tatique, ni de mettre l'anarchisme en pratique. L'important n'est pas l'avenir, l'adh&#233;sion stricte &#224; un id&#233;al fix&#233; et l'&#233;laboration soign&#233;e d'une belle utopie, mais le pr&#233;sent, la reconnaissance tardive d'une am&#232;re r&#233;alit&#233; et la r&#233;sistance constante &#224; une situation affreuse. La protestation permanente est la th&#233;orie de beaucoup d'anciens anarchistes qui n'ont pas renonc&#233; &#224; ce qu'ils croyaient mais n'ont plus d'espoir de r&#233;ussir ; c'est aussi la pratique de beaucoup d'anarchistes actifs qui gardent intact ce &#224; quoi ils croient et continuent comme s'ils esp&#233;raient toujours r&#233;ussir, mais qui savent consciemment ou inconsciemment qu'ils ne verront jamais le succ&#232;s. Ce que les anarchistes ont fait au si&#232;cle dernier peut &#234;tre d&#233;crit comme une protestation permanente, quand on regarde en arri&#232;re ; mais c'est tout aussi dogmatique de dire que rien ne va jamais changer que de dire que tout doit in&#233;vitablement changer, et personne ne peut dire si la protestation deviendra efficace, et si le pr&#233;sent va soudain nous devancer. La distinction r&#233;elle tient &#224; ce que la protestation permanente est consid&#233;r&#233;e comme action d'arri&#232;re-garde dans un cas sans espoir, tandis que la plus grande partie de l'activit&#233; anarchiste est v&#233;cue comme une action d'avant-garde, ou au moins d'&#233;claireur, dans un combat que nous pouvons ne pas gagner et qui peut ne jamais finir, mais qui vaut toujours la peine d'&#234;tre men&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les meilleures tactiques dans ce combat sont celles qui sont conformes &#224; la strat&#233;gie g&#233;n&#233;rale de la guerre pour la libert&#233; et l'&#233;galit&#233;, depuis les escarmouches de gu&#233;rilla dans la vie priv&#233;e jusqu'aux batailles rang&#233;es dans les plus grandes luttes sociales. Les anarchistes sont presque toujours une petite minorit&#233;, ils ont donc rarement le choix du champ de bataille, mais ils doivent combattre partout o&#249; il y a de l'action. En g&#233;n&#233;ral, les occasions les plus r&#233;ussies ont &#233;t&#233; celles o&#249; l'agitation des anarchistes a conduit &#224; leur participation &#224; de plus larges mouvements de gauche &#8212; en particulier dans le mouvement ouvrier, mais aussi dans des mouvements antimilitaristes ou m&#234;me pacifistes dans des pays se pr&#233;parant &#224; des guerres ou y participant, dans des mouvements anticl&#233;ricaux ou humanistes en pays religieux, des mouvements pour la lib&#233;ration nationale ou coloniale, pour l'&#233;galit&#233; raciale ou sexuelle, pour la r&#233;forme l&#233;gale ou p&#233;nale, ou pour les libert&#233;s civiles en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle participation implique in&#233;vitablement une alliance avec des groupes non anarchistes et certains compromis, et ceux qui s'engagent profond&#233;ment dans de telles actions courent toujours le risque d'abandonner m&#234;me l'anarchisme. D'autre part, refuser de courir ce risque signifie en g&#233;n&#233;ral st&#233;rilit&#233; et sectarisme, et il semble que l'influence du mouvement anarchiste a toujours &#233;t&#233; proportionnelle &#224; son engagement. La contribution particuli&#232;re des anarchistes dans de telles occasions a deux aspects &#8212; insister sur le but d'une soci&#233;t&#233; libertaire, et insister pour que des m&#233;thodes libertaires soient utilis&#233;es pour y parvenir. C'est en fait une seule contribution, car ce que nous pouvons sugg&#233;rer de plus important n'est pas seulement que la fin ne justifie pas les moyens, mais aussi que les moyens d&#233;terminent la &#8216; fin &#8212; les moyens sont des fins, dans la plupart des cas. Nous pouvons &#234;tre s&#251;rs de nos propres actions, mais pas de leurs cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes trouvent une bonne occasion de donner &#224; la soci&#233;t&#233; un &#233;lan vers l'anarchisme : c'est la participation active sur de telles bases &#224; des mouvements non sectaires comme le Mouvement du 22 mars en France, le SDS en Allemagne, les Provos en Hollande, le Comit&#233; des 100 en Angleterre, les Zengakuren au Japon, et les diff&#233;rents groupes pour les droits civiques, la r&#233;sistance &#224; la guerre et pour le pouvoir &#233;tudiant aux &#201;tats-Unis. Autrefois, la meilleure occasion pour un mouvement r&#233;el vers l'anarchisme &#233;tait bien s&#251;r dans es &#233;pisodes de syndicalisme militant en France, en Espagne, en Italie, aux &#201;tats-Unis et en Russie, et par-dessus tout dans les r&#233;volutions russe et espagnole ; aujourd'hui, elle ne r&#233;side plus tellement dans les r&#233;volutions violentes et autoritaires d'Asie, d'Afrique et d'Am&#233;rique latine, mais plut&#244;t dans des soul&#232;vements insurrectionnels comme ceux de Hongrie en 1956 et de France en 1968.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pour l'anarchisme - Que veulent les anarchistes ?</title>
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&lt;p&gt;C'est difficile de dire ce que veulent les anarchistes, non seulement parce qu'ils sont si diff&#233;rents les uns des autres, mais parce qu'ils h&#233;sitent &#224; faire des propositions d&#233;taill&#233;es pour un avenir dont ils ne peuvent ni ne veulent d&#233;cider. Au fond, ils veulent une soci&#233;t&#233; sans gouvernement, et celle-ci variera &#233;videmment d'une &#233;poque &#224; l'autre et d'un lieu &#224; l'autre. Le trait essentiel de la soci&#233;t&#233; que veulent les anarchistes est qu'elle sera ce que ses membres eux-m&#234;mes voudront en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-nicolas-walter-pour-l-anarchisme-" rel="directory"&gt;Anarchisme et non-violence N&#176;18-19 &#8211; Octobre 1969&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-nicolas-walter-+" rel="tag"&gt;Nicolas Walter &lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-bibliotheque-anarchiste-+" rel="tag"&gt;Biblioth&#232;que Anarchiste&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1268-e0789.jpg?1774700063' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est difficile de dire ce que veulent les anarchistes, non seulement parce qu'ils sont si diff&#233;rents les uns des autres, mais parce qu'ils h&#233;sitent &#224; faire des propositions d&#233;taill&#233;es pour un avenir dont ils ne peuvent ni ne veulent d&#233;cider. Au fond, ils veulent une soci&#233;t&#233; sans gouvernement, et celle-ci variera &#233;videmment d'une &#233;poque &#224; l'autre et d'un lieu &#224; l'autre. Le trait essentiel de la soci&#233;t&#233; que veulent les anarchistes est qu'elle sera ce que ses membres eux-m&#234;mes voudront en faire. N&#233;anmoins, il est possible de dire ce que la plupart voudraient voir dans une soci&#233;t&#233; libre, tout en rappelant qu'il n'y a pas de ligne officielle, et pas non plus de moyen de r&#233;concilier les extr&#234;mes : l'individualisme et le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'individu libre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La plupart des anarchistes adoptent d'abord une attitude libertaire envers la vie priv&#233;e, et voudraient qu'il y ait un choix beaucoup plus vaste de comportements personnels et de relations sociales. Mais si l'individu est l'atome de la soci&#233;t&#233;, la famille en est la mol&#233;cule, et la vie de famille subsistera m&#234;me si la coercition qui la renforce dispara&#238;t. N&#233;anmoins, bien que la famille puisse &#234;tre une chose naturelle, elle n'est plus n&#233;cessaire ; une contraception efficace et une intelligente division du travail ont d&#233;gag&#233; l'humanit&#233; de l'alternative entre le c&#233;libat et la monogamie. Un couple n'est plus oblig&#233; d'avoir des enfants, et les enfants peuvent &#234;tre &#233;lev&#233;s par plus ou moins de personnes que deux parents. On peut vivre seul et cependant avoir des partenaires sexuels, ou vivre en communaut&#233; sans partenaires permanents ni parent&#233; officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aucun doute, on continuera &#224; pratiquer certaines formes de mariage, et la plupart des enfants seront &#233;lev&#233;s dans un cadre familial, quoi qu'il arrive &#224; la soci&#233;t&#233; ; mais il pourra y avoir une grande vari&#233;t&#233; d'arrangements personnels &#224; l'int&#233;rieur d'une seule communaut&#233;. L'exigence fondamentale est que les femmes soient lib&#233;r&#233;es de l'oppression masculine et que les enfants soient lib&#233;r&#233;s de l'oppression des parents. L'exercice de l'autorit&#233; ne vaut pas mieux dans le microcosme familial que dans le macrocosme social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations personnelles hors de la famille ne seront pas r&#233;glement&#233;es par des lois arbitraires ou par la comp&#233;tition &#233;conomique, mais par la solidarit&#233; naturelle de l'esp&#232;ce humaine. Chacun d'entre nous, ou presque, sait comment traiter autrui &#8212; comme il voudrait qu'autrui le traite &#8212;, et le respect de soi-m&#234;me et l'opinion publique sont de bien meilleurs guides de l'action que la crainte ou la culpabilit&#233;. Des adversaires de l'anarchisme ont pr&#233;tendu que l'oppression morale de la soci&#233;t&#233; serait pire que l'oppression physique de l'&#201;tat, mais il y a un danger bien plus grand : dans un syst&#232;me &#233;tatique, l'autorit&#233; d&#233;cha&#238;n&#233;e des groupes de vigiles, des hordes de lyncheurs, de la bande de pillards ou du gang criminel &#233;merge comme une forme rudimentaire d'&#201;tat lorsque l'autorit&#233; r&#233;glement&#233;e de l'&#201;tat r&#233;el fait d&#233;faut pour une raison ou une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les anarchistes sont en g&#233;n&#233;ral d'accord sur la vie priv&#233;e, ce n'est pas un grave probl&#232;me. Apr&#232;s tout, bien des gens se sont d&#233;j&#224; organis&#233;s &#224; leur mani&#232;re sans attendre ni r&#233;volution ni quoi que ce soit. Tout ce qui est n&#233;cessaire pour la lib&#233;ration de l'individu, c'est son &#233;mancipation des vieux pr&#233;jug&#233;s et l'obtention d'lm certain niveau de vie. Le vrai probl&#232;me, c'est la lib&#233;ration de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La soci&#233;t&#233; libre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'exigence prioritaire pour une soci&#233;t&#233; libre est l'abolition de l'autorit&#233; et l'expropriation. Au lieu d'un gouvernement form&#233; de repr&#233;sentants permanents &#233;lus occasionnellement et de bureaucrates de carri&#232;re pratiquement inamovibles, les anarchistes veulent une coordination par des d&#233;l&#233;gu&#233;s temporaires, imm&#233;diatement r&#233;vocables, et par des experts professionnels v&#233;ritablement responsables. Dans un tel syst&#232;me, toutes les activit&#233;s sociales qui impliquent une organisation seraient probablement administr&#233;es par des associations libres. On peut les appeler conseils, coop&#233;ratives, collectivit&#233;s, communes, comit&#233;s, syndicats ou soviets, ou n'importe comment &#8212; leur titre n'a pas d'importance, seule compte leur fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura des associations de travail allant de l'atelier ou de la petite entreprise aux plus grands complexes industriels ou agricoles, qui s'occuperont de la production et du transport des biens, d&#233;cideront des conditions de travail, et feront marcher l'&#233;conomie. Il y aura des associations r&#233;gionales allant du voisinage ou du village aux plus grandes unit&#233;s de r&#233;sidence, qui s'occuperont de la vie de la communaut&#233; &#8212; logement, rues, voirie, confort. Il y aura des associations qui s'occuperont des aspects sociaux des activit&#233;s comme les communications, la culture, les loisirs, la recherche scientifique, la sant&#233; et l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coordination par des libres associations plut&#244;t que l'administration par des hi&#233;rarchies constitu&#233;es aura pour r&#233;sultat une d&#233;centralisation extr&#234;me selon des principes f&#233;d&#233;ralistes. Cela peut sembler un argument contre l'anarchisme, mais nous affirmons que c'est un argument en sa faveur. Une des bizarreries de la pens&#233;e politique moderne, c'est de pr&#233;tendre que les guerres sont dues &#224; l'existence de petites nations, alors que les pires guerres de l'histoire ont &#233;t&#233; caus&#233;es par un petit nombre de grands pays. De m&#234;me, les gouvernements essaient de cr&#233;er des unit&#233;s administratives de plus en plus grandes, alors que l'observation montre que les plus petites sont les meilleures. La chute des grands syst&#232;mes politiques sera un des grands bienfaits de l'anarchisme, et les pays pourront redevenir des entit&#233;s culturelles, tandis que les nations dispara&#238;tront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association charg&#233;e de toute sorte de richesses ou de biens aura la grave responsabilit&#233; soit de s'assurer qu'ils soient honn&#234;tement r&#233;partis entre les gens concern&#233;s, soit de les garder en propri&#233;t&#233;s commune et de s'assurer que leur usage soit honn&#234;tement r&#233;parti entre les gens concern&#233;s. Les solutions anarchistes varient, et celles des membres d'une soci&#233;t&#233; libre varieront sans doute aussi ; ce sera aux membres de chaque association d'adopter la m&#233;thode qu'ils pr&#233;f&#233;reront. Il pourra y avoir une r&#233;mun&#233;ration &#233;gale pour tous, ou proportionnelle aux besoins, ou pas de r&#233;mun&#233;ration du tout. Certaines associations utiliseront l'argent pour leurs &#233;changes, d'autres pour des transactions importantes ou complexes, d'autres n'en utiliseront pas du tout. Les biens seront achet&#233;s ou lou&#233;s, rationn&#233;s ou libres. Si des sp&#233;culations de cette sorte semblent absurdes, irr&#233;alistes ou utopiques, que l'on pense simplement &#224; tout ce que nous poss&#233;dons d&#233;j&#224; en commun et &#224; tout ce qui peut &#234;tre utilis&#233; sans payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, par exemple, la communaut&#233; poss&#232;de quelques industries lourdes, les transports par air et par rail, les bacs et les autobus la radio, l'eau, le gaz et l'&#233;lectricit&#233;, mais nous devons payer pour utiliser tout &#231;a ; en revanche, les rues, les ponts, les rivi&#232;res, les plages, les parcs, les biblioth&#232;ques, les terrains de jeux, les toilettes publiques, les &#233;coles, les universit&#233;s, les h&#244;pitaux et le service du feu ne sont pas seulement propri&#233;t&#233; commune, ce sont aussi des services gratuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et propri&#233;t&#233; commune, et entre ce qu'on peut utiliser contre paiement et ce qui est gratuit, est tout arbitraire. Il peut paraitre naturel de pouvoir utiliser les routes et les plages sans rien payer, mais ce n'a pas toujours &#233;t&#233; le cas, et la gratuit&#233; des h&#244;pitaux et des universit&#233;s n'existe en Angleterre que depuis le d&#233;but du si&#232;cle. De m&#234;me, il peut sembler naturel de payer pour les transports et pour l'essence, mais ce ne sera pas n&#233;cessairement toujours le cas, et il n'y a pas de raison pour que ce ne soit pas gratuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, tous les services doivent &#234;tre financ&#233;s par une sorte d'imp&#244;ts, mais ceux-ci n'auront pas forc&#233;ment toujours la forme contraignante qu'ils ont dans la soci&#233;t&#233; actuelle. On peut imaginer que les membres d'une soci&#233;t&#233; assurent sans r&#233;mun&#233;ration une grande partie des services publics, que les contributions soient volontaires ou diff&#233;renci&#233;es (argent ou autres prestations) ; le fonctionnement des services publics tient &#233;videmment &#224; la division du travail &#233;tablie dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division &#233;quitable ou la libre distribution des richesses plut&#244;t que leur accumulation aura pour r&#233;sultat la fin du syst&#232;me de classes bas&#233; sur la propri&#233;t&#233;. Mais les anarchistes veulent aussi la fin du syst&#232;me de classe bas&#233; sur le contr&#244;le monopolistique. Cela implique une vigilance constante pour pr&#233;venir la croissance de la bureaucratie, et par-dessus tout cela implique la r&#233;organisation du travail sans classe patronale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les besoins &#233;l&#233;mentaires de l'homme sont la nourriture, l'abri et les v&#234;tements qui permettent de survivre ; ses seconds besoins sont un confort suppl&#233;mentaire qui fait que la vie vaut la peine d'&#234;tre v&#233;cue. La premi&#232;re activit&#233; &#233;conomique de tout groupe humain est la production et la distribution de biens qui satisfont ces besoins ; et l'aspect le plus important de la soci&#233;t&#233; &#8212; apr&#232;s les relations personnelles, dans lesquelles elle se fonde &#8212; est l'organisation du travail indispensable. Que pensent les anarchistes du travail ? En premier lieu, ils consid&#232;rent que tout travail est d&#233;sagr&#233;able mais peut &#234;tre organis&#233; de fa&#231;on &#224; devenir supportable et m&#234;me agr&#233;able ; en second lieu, que le travail devrait &#234;tre organis&#233; par ceux qui le fournissent r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes s'accordent avec les marxistes pour dire que le travail dans la soci&#233;t&#233; actuelle ali&#232;ne le travailleur. Ce n'est pas sa vie, mais ce qu'il fait pour pouvoir, vivre ; sa vie est ce qu'il fait en dehors du travail, et lorsqu'il fait quelque chose qui lui fait plaisir il ne l'appelle pas travail. C'est vrai de la plupart des travaux que font la plupart des gens, partout, et c'est s&#251;rement vrai d'une quantit&#233; de travaux qu'ont fait une quantit&#233; de gens &#224; toutes les &#233;poques. Le labeur fatigant et r&#233;p&#233;titif qu'il faut effectuer pour faire pousser des plantes et prosp&#233;rer des animaux, pour faire marcher des branches industrielles ou des transports, pour procurer aux gens ce qu'ils d&#233;sirent et pour leur enlever ce dont ils ne veulent pas, ce labeur ne peut &#234;tre aboli sans une chute radicale, du niveau de vie mat&#233;riel ; et l'automation, qui peut diminuer la fatigue, augmente encore la r&#233;p&#233;tition. Mais les anarchistes affirment eue la solution n'est pas de conditionner les gens &#224; croire que cette situation est in&#233;vitable ; ce qu'il faut faire, c'est r&#233;organiser le travail essentiel de telle sorte que, en premier lieu, il soit normal que chaque personne capable en fasse sa part et qu'elle n'y passe pas plus de quelques heures par jour ; en second lieu, qu'il soit possible &#224; chacun d'alterner entre diff&#233;rents types de travaux ennuyeux, qui par leur vari&#233;t&#233; perdront un peu de leur ennui. Ce n'est pas seulement une question de parts &#233;quitables pour chacun, mais aussi de travaux &#233;quivalents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes s'accordent aussi avec les syndicalistes pour dire que le travail doit &#234;tre organis&#233; par les travailleurs. Cela ne veut pas dire que la classe ouvri&#232;re &#8212; ou les syndicats, ou un parti de la classe ouvri&#232;re (c'est-&#224;-dire un parti qui pr&#233;tende la repr&#233;senter) &#8212; organise l'&#233;conomie et ait un contr&#244;le ultime sur le travail. Cela ne veut pas dire non plus, &#224; une &#233;chelle plus petite, que le personnel d'une usine puisse &#233;lire le directeur ou voir les comptes. Cela veut simplement dire que les gens qui ont une t&#226;che particuli&#232;re contr&#244;lent totalement et directement ce qu'ils font, sans patrons ni directeurs ni inspecteurs. Certains peuvent faire de bons coordinateurs, et ils peuvent se borner &#224; faire de la coordination, mais il n'est pas n&#233;cessaire qu'ils aient aucun pouvoir sur ceux qui fournissent le travail r&#233;el. D'autres peuvent &#234;tre paresseux ou inefficaces, mais il y en a d&#233;j&#224; aujourd'hui. Il faut arriver &#224; avoir le plus grand contr&#244;le possible sur son propre travail, aussi bien que sur sa propre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce principe s'applique &#224; toutes les sortes de travail &#8212; aux champs comme en usine, dans de grandes ou de petites entreprises, &#224; des t&#226;ches qualifi&#233;es ou non, et &#224; des travaux salissants comme aux professions lib&#233;rales &#8212; et ce n'est pas qu'une mesure utile pour rendre les ouvriers heureux, mais c'est un principe fondamental pour toute &#233;conomie lib&#233;r&#233;e. On objectera imm&#233;diatement que le contr&#244;le total des travailleurs m&#232;nera &#224; une comp&#233;tition d&#233;sastreuse entre les divers lieux de travail et &#224; la production de biens inutiles ; on r&#233;pondra imm&#233;diatement que le manque total de contr&#244;le ouvrier conduit exactement &#224; cette situation. Ce qu'il faut, c'est une planification intelligente, et malgr&#233; ce que l'on semble penser celle-ci ne repose pas sur un contr&#244;le plus &#233;tendu au sommet mais sur une information plus &#233;tendue &#224; la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des &#233;conomistes se sont pr&#233;occup&#233;s de la production plus que de la consommation &#8212; de la fabrication des biens plut&#244;t que de leur utilisation. Les gens de gauche et de droite veulent tous que la production augmente, soit pour que les riches s'enrichissent, soit pour que l'&#201;tat se renforce, et il en r&#233;sulte une surproduction c&#244;toyant la pauvret&#233;, une productivit&#233; croissante avec un ch&#244;mage croissant, de plus hauts b&#226;timents administratifs en m&#234;me temps qu'une crise du logement, de plus grandes moissons &#224; l'hectare avec de plus en plus d'hectares en friche. Les anarchistes se pr&#233;occupent plus de la consommation que de la production &#8212; de l'utilisation des biens pour satisfaire les besoins de tous plut&#244;t que pour augmenter les profits des riches et des puissants.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le n&#233;cessaire et le superflu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; qui pr&#233;tend &#224; la d&#233;cence ne peut pas autoriser l'exploitation des besoins fondamentaux. On peut admettre que les objets de luxe soient achet&#233;s et vendus, puisqu'on a le choix de les utiliser ou non ; mais les objets n&#233;cessaires ne sont pas de pures marchandises, puisqu'on n'a pas le choix de les utiliser ou non. S'il faut retirer quelque chose du march&#233; commercial et des mains des groupes monopolistiques, c'est bien certainement la terre sur laquelle nous vivons, la nourriture qui y pousse, les maisons qui y sont construites, et les choses essentielles qui constituent la base mat&#233;rielle de la vie humaine &#8212; v&#234;tements, outils, meubles, essence, etc. Il est aussi &#233;vident que, lorsqu'une chose n&#233;cessaire est abondante, chacun devrait pouvoir en prendre autant qu'il en a besoin ; mais, lorsque quelque chose manque, il devrait y avoir un syst&#232;me de rationnement adopt&#233; librement, de telle sorte que chacun ait une part &#233;quitable. Il y a &#233;videmment quelque chose de faux dans un syst&#232;me o&#249; gaspillage et p&#233;nurie se c&#244;toient, o&#249; certains ont plus que le n&#233;cessaire tandis que d'autres manquent de tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par-dessus tout, il est clair que le premier devoir d'une soci&#233;t&#233; saine est d'&#233;liminer la raret&#233; des biens indispensables &#8212; comme le manque de nourriture dans les pays sous-d&#233;velopp&#233;s et le manque de logements dans les pays d&#233;velopp&#233;s &#8212; par l'utilisation des connaissances techniques et des ressources sociales. Si les qualifications et la force de travail existant en Angleterre ou en France, par exemple, &#233;taient convenablement utilis&#233;es, il n'y a pas de raison qu'on ne puisse produire assez de nourriture et construire assez de maisons pour nourrir et loger toute la population. Ce n'est pas le cas aujourd'hui, parce que la soci&#233;t&#233; actuelle a d'autres priorit&#233;s, mais ce n'est pas impossible. On a pr&#233;tendu &#224; une &#233;poque qu'il &#233;tait impossible que chacun soit habill&#233; convenablement, et les pauvres portaient des guenilles ; maintenant, on dispose d'une quantit&#233; de v&#234;tements, et on pourrait aussi disposer d'une quantit&#233; d'autres choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le luxe par un &#233;trange paradoxe, est aussi n&#233;cessaire, mais ce n'est pas une n&#233;cessit&#233; de base. Le second devoir d'une soci&#233;t&#233; saine est de rendre le luxe accessible librement bien que ce soit un domaine o&#249; l'argent pourrait avoir encore une fonction utile &#224;, condition qu'il ne soit pas distribu&#233; selon le syst&#232;me ridicule des pays capitalistes, ou le syst&#232;me encore plus absurde des pays communistes. Le probl&#232;me essentiel est que chacun ait acc&#232;s librement et &#233;galement au luxe. Mais l'homme ne vit pas de pain seulement, ni m&#234;me de g&#226;teaux. Les anarchistes ne voudraient pas voir toutes les activit&#233;s de loisir, intellectuelles, culturelles, etc., aux mains de la soci&#233;t&#233; &#8212; m&#234;me de la soci&#233;t&#233; la plus libertaire. N&#233;anmoins, il y a des activit&#233;s qui ne peuvent &#234;tre laiss&#233;es aux individus group&#233;s en associations libres mais qui doivent &#234;tre g&#233;r&#233;es par la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Ce sont les services sociaux, l'entraide au-del&#224; des limites de la famille et des amis, en dehors du lieu d'habitation ou de travail. Examinons trois de ces services.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La soci&#233;t&#233; du bien-&#234;tre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation est tr&#232;s importante dans les soci&#233;t&#233;s humaines, parce que l'homme met beaucoup de temps &#224;, grandir et &#224; apprendre les faits et les techniques n&#233;cessaires &#224; la vie sociale, et les anarchistes se sont toujours beaucoup int&#233;ress&#233;s aux probl&#232;mes de l'&#233;ducation. Plusieurs penseurs anarchistes ont apport&#233; des contributions de valeur &#224; la th&#233;orie et &#224; la pratique de l'&#233;ducation, et plusieurs r&#233;formateurs de l'&#233;ducation ont eu des tendances libertaires &#8212; de Rousseau et Pestalozzi &#224; Montessori, A. S. Neill et Freinet. Des id&#233;es sur l'&#233;ducation que l'on croyait utopiques sont maintenant int&#233;gr&#233;es &#224; l'enseignement tant publie que priv&#233;, et l'&#233;ducation est peut-&#234;tre le domaine de la soci&#233;t&#233; le plus enthousiasmant pour ceux qui veulent mettre l'anarchisme en pratique. Si on nous dit que l'anarchisme est une id&#233;e attrayante mais inapplicable, nous n'avons qu'&#224; montrer une &#233;cole d'avant-garde, une classe d'adaptation pratiquant des m&#233;thodes actives, un club de jeunes autog&#233;r&#233;. Cependant, m&#234;me le meilleur syst&#232;me d'&#233;ducation reste contr&#244;l&#233; par les gens en place : enseignants, directeurs, administrateurs, inspecteurs, etc. Les adultes concern&#233;s par l'&#233;ducation ont g&#233;n&#233;ralement tendance &#224; en contr&#244;ler toutes les formes ; en v&#233;rit&#233;, il n'est pas n&#233;cessaire qu'elle soit contr&#244;l&#233;e par eux, ni &#224; plus forte raison par les gens qui n'ont rien &#224; y voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes voudraient que les r&#233;formes actuelles de l'enseignement aillent beaucoup plus loin. Il ne faudrait pas seulement abolir la discipline stricte et les ch&#226;timents, il faudrait abolir toute discipline et toute punition. Il ne faudrait pas seulement que les institutions d'enseignement soient d&#233;livr&#233;es du pouvoir des autorit&#233;s ext&#233;rieures, mais les &#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes devraient &#234;tre d&#233;livr&#233;s du pouvoir des enseignants et des directeurs. Dans une relation &#233;ducative saine, le fait que l'un en sache plus que l'autre n'est pas une raison pour que l'enseignant ait une autorit&#233; quelconque sur l'enseign&#233;. Le statut des ma&#238;tres dans la soci&#233;t&#233; actuelle est bas&#233; sur l'&#226;ge, la force, l'exp&#233;rience, la loi ; mais le seul statut que devraient avoir les ma&#238;tres devrait &#234;tre bas&#233; sur leurs connaissances dans un domaine et leur capacit&#233; de l'enseigner, et finalement sur leur capacit&#233; d'inspirer l'admiration et le respect. Il ne faut pas tant un pouvoir &#233;tudiant bien qu'il soit un utile correctif au pouvoir des enseignants et des bureaucrates &#8212; qu'un &#171; contr&#244;le ouvrier &#187; exerc&#233; par tous ceux qui sont concern&#233;s par une institution &#233;ducative. Le probl&#232;me essentiel est de briser le cha&#238;non entre enseigner et gouverner, et de lib&#233;rer l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rupture est en fait beaucoup plus proche dans le service m&#233;dical que dans l'enseignement. Les docteurs ne sont plus des magiciens, les infirmi&#232;res ne sont plus des saintes ; et dans bien des pays &#8212; en particulier en Angleterre &#8212; le droit aux soins m&#233;dicaux gratuits est garanti. Ce qui est n&#233;cessaire, c'est une extension du principe de libert&#233; &#233;conomique au c&#244;t&#233; politique de la m&#233;decine. Il faudrait qu'on puisse aller partout &#224; l'h&#244;pital sans payer, et il faudrait aussi qu'on puisse travailler dans les h&#244;pitaux sans hi&#233;rarchie. Une fois de plus, il faut un contr&#244;le exerc&#233; par tous les travailleurs employ&#233;s dans une institution m&#233;dicale. De m&#234;me que l'enseignement est fait pour les &#233;l&#232;ves, de m&#234;me les services m&#233;dicaux sont faits pour les patients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement de la d&#233;linquance a aussi beaucoup progress&#233;, mais il est encore loin d'&#234;tre satisfaisant. Que pensent les anarchistes de la d&#233;linquance ? En premier lieu, ils consid&#232;rent que la plupart de ceux qu'on appelle criminels sont comme les autres gens juste un peu plus pauvres, plus faibles, plus fous, plus malchanceux ; en second lieu, que ceux qui nuisent sans cesse aux autres ne devraient pas &#234;tre punis &#224; leur tour, mais qu'il faudrait prendre soin d'eux. Les plus grands criminels ne sont pas les cambrioleurs mais les patrons, pas les gangsters mais les gouvernants, pas les meurtriers mais ceux qui exterminent les masses. Quelques injustices mineures sont mises au pilori et punies par l'&#201;tat, tandis que les plus grandes injustices de la soci&#233;t&#233; actuelle sont dissimul&#233;es et m&#234;me commises par l'&#201;tat lui-m&#234;me. En g&#233;n&#233;ral, la punition cause un plus grand mal &#224; la soci&#233;t&#233; que le crime ; elle est plus syst&#233;matique, mieux organis&#233;e, et beaucoup plus efficace. N&#233;anmoins, m&#234;me la soci&#233;t&#233; la plus libertaire devra se prot&#233;ger contre quelques personnes, et cela impliquera forc&#233;ment une certaine contrainte. Mais le traitement propre de la d&#233;linquance fera partie du syst&#232;me &#233;ducatif et curatif et ne sera pas un syst&#232;me p&#233;nal institutionnalis&#233;. En dernier ressort, on n'imposera pas l'emprisonnement ni la mort, mais le boycott ou l'expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le pluralisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le contraire peut aussi arriver. Un individu ou un groupe peut refuser de se joindre &#224; la meilleure soci&#233;t&#233; possible, ou il peut insister pour la quitter ; rien ne saurait l'arr&#234;ter. Th&#233;oriquement, un homme peut subvenir seul &#224; ses besoins, bien qu'en pratique il d&#233;pende de la communaut&#233; qui lui fournit du mat&#233;riau et prend ses produits en &#233;change ; il est donc difficile de se suffire litt&#233;ralement &#224; soi-m&#234;me. Une soci&#233;t&#233; collectiviste ou communiste devra tol&#233;rer et m&#234;me encourager les zones d'individualisme. Ce qui serait inacceptable, ce serait qu'une personne ind&#233;pendante essaie d'exploiter la force de travail des autres en les engageant &#224; des salaires injustes, ou qu'elle &#233;change des produits &#224; de faux prix. Cela ne doit pas arriver, parce qu'on ne travaillera g&#233;n&#233;ralement pas ni n'ach&#232;tera de produits au profit d'autrui, mais seulement au sien propre ; et de m&#234;me qu'aucune loi n'interdira l'appropriation, aucune n'interdira l'expropriation &#8212; on pourra prendre ce qu'on voudra &#224; autrui, niais il pourra le reprendre. L'autorit&#233; et la propri&#233;t&#233; pourront difficilement &#234;tre retrouv&#233;es par des individus isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un plus grand danger peut venir de groupes ind&#233;pendants. Une communaut&#233; s&#233;par&#233;e pourra facilement exister dans une soci&#233;t&#233;, et pourra provoquer de graves tensions ; si elle retourne au syst&#232;me de propri&#233;t&#233; et d'autorit&#233;, ce qui pourra augmenter le standard de vie d'une minorit&#233;, d'autres seront tent&#233;s de rejoindre les s&#233;paratistes, particuli&#232;rement si la soci&#233;t&#233; dans son ensemble traverse une dure p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une soci&#233;t&#233; libre doit &#234;tre pluraliste, et tol&#233;rer non seulement des diff&#233;rences d'opinion sur la mani&#232;re de pratiquer la libert&#233; et l'&#233;galit&#233;, mais encore des d&#233;viations &#224; sa th&#233;orie de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233;. La seule condition devrait &#234;tre que personne ne soit forc&#233; d'adh&#233;rer &#224; aucune tendance contre son gr&#233;, et il faudra l&#224; une sorte de contrainte pour prot&#233;ger m&#234;me la plus libertaire des soci&#233;t&#233;s. Mais les anarchistes veulent remplacer la soci&#233;t&#233; de masse par une masse de soci&#233;t&#233;s, vivant ensemble aussi librement que leurs membres. Le plus grand danger pour les soci&#233;t&#233;s libres qui ont exist&#233; n'a pas &#233;t&#233; la r&#233;gression int&#233;rieure mais l'agression ext&#233;rieure, et le vrai probl&#232;me n'est pas tant de savoir comment faire marcher une soci&#233;t&#233; libre que de savoir comment la faire d&#233;marrer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volution ou r&#233;forme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes ont traditionnellement &#233;t&#233; partisans d'une r&#233;volution violente pour &#233;tablir une soci&#233;t&#233; libre, mais certains d'entre eux ont rejet&#233; la violence, ou la r&#233;volution, ou les deux &#224; la fois la violence est si souvent suivie d'une contre-violence, et la r&#233;volution d'une contre-r&#233;volution. D'autre part, peu d'anarchistes ont &#233;t&#233; partisans de simples r&#233;formes, car ils estimaient que, tant que le syst&#232;me d'autorit&#233; et de propri&#233;t&#233; existe, des changements superficiels ne mettront jamais en danger l'infrastructure de la soci&#233;t&#233;. Le difficile, c'est que ce que les anarchistes veulent est bien r&#233;volutionnaire, mais une r&#233;volution n'am&#232;nera pas n&#233;cessairement &#8212; et m&#234;me probablement pas &#8212; ce qu'ils veulent. Voil&#224; pourquoi les anarchistes se sont souvent r&#233;solus &#224; des actions d&#233;sesp&#233;r&#233;es ou sont tomb&#233;s dans une inactivit&#233; sans espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pratiquement, la plupart des disputes entre les anarchistes r&#233;formistes et r&#233;volutionnaires sont vaines, car seuls les r&#233;volutionnaires les plus fanatiques refusent d'accueillir favorablement les r&#233;formes, tous savent bien que leur action &#8216;ne m&#232;nera g&#233;n&#233;ralement &#224;, rien de plus qu'&#224; des r&#233;formes et tous les r&#233;formistes savent que leur action m&#232;ne en g&#233;n&#233;ral &#224; une sorte de r&#233;volution. Ce que les anarchistes veulent, c'est une pression constante qui am&#232;ne la conversion des individus, la formation de groupes, la r&#233;forme d'institutions, le soul&#232;vement du peuple, et la destruction de l'autorit&#233; et de la propri&#233;t&#233;. Si cela arrivait sans d&#233;sordre, cela comblerait nos v&#339;ux ; mais &#231;a n'est jamais arriv&#233;, et n'arrivera probablement jamais. Vient le moment o&#249; il faut sortir et affronter les forces de l'&#201;tat dans son quartier, au travail, dans les rues &#8212; et si l'&#201;tat est vaincu il faudra d'autant plus continuer &#224; agir pour emp&#234;cher l'&#233;tablissement d'un nouvel &#201;tat et pour commencer &#224; construire une soci&#233;t&#233; libre. Il y a une place pour chacun dans ce processus, et tous les anarchistes trouveront quelque chose &#224; faire dans le combat pour obtenir ce qu'ils veulent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pour l'anarchisme - Les divers courants de l'anarchisme</title>
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		<dc:subject>Nicolas Walter </dc:subject>
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&lt;p&gt;Les anarchistes sont c&#233;l&#232;bres pour leurs d&#233;saccords, et en l'absence de chefs et de fonctionnaires, de hi&#233;rarchies et d'orthodoxies, de punitions et de r&#233;compenses, de politiques et de programmes, il est normal que des gens dont le principe de base est le refus d'autorit&#233; tendent perp&#233;tuellement &#224;, diverger d'opinion. N&#233;anmoins, il y a plusieurs types bien &#233;tablis d'anarchismes parmi lesquels la plupart des anarchistes ont choisi celui qui exprime le mieux leurs vues personnelles. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-nicolas-walter-pour-l-anarchisme-" rel="directory"&gt;Anarchisme et non-violence N&#176;18-19 &#8211; Octobre 1969&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-nicolas-walter-+" rel="tag"&gt;Nicolas Walter &lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-bibliotheque-anarchiste-+" rel="tag"&gt;Biblioth&#232;que Anarchiste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1267-49c56.jpg?1774700063' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les anarchistes sont c&#233;l&#232;bres pour leurs d&#233;saccords, et en l'absence de chefs et de fonctionnaires, de hi&#233;rarchies et d'orthodoxies, de punitions et de r&#233;compenses, de politiques et de programmes, il est normal que des gens dont le principe de base est le refus d'autorit&#233; tendent perp&#233;tuellement &#224;, diverger d'opinion. N&#233;anmoins, il y a plusieurs types bien &#233;tablis d'anarchismes parmi lesquels la plupart des anarchistes ont choisi celui qui exprime le mieux leurs vues personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'anarchisme philosophique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;A l'origine, l'anarchisme &#233;tait ce qu'on appelle maintenant l'anarchisme philosophique. C'est l'id&#233;e qu'une soci&#233;t&#233; sans gouvernement est belle, mais pas vraiment d&#233;sirable, ou plut&#244;t d&#233;sirable, mais pas vraiment possible, du moins pas encore. Une telle attitude domine dans tous les &#233;crits anarchistes d'avant 1840, et cela a emp&#234;ch&#233; les mouvements populaires anarchiques de devenir une menace plus s&#233;rieuse pour les gouvernements. C'est une attitude que l'on trouve encore chez ceux qui se disent anarchistes mais restent &#224; l'&#233;cart de tout mouvement organis&#233;, et aussi chez quelques personnes au sein du mouvement anarchiste. Tr&#232;s souvent, cela semble &#234;tre une attitude inconsciente de croire que l'anarchisme, comme le Royaume de Dieu, est en vous. Cela se r&#233;v&#232;le t&#244;t ou tard par des phrases comme : &#171; Bien s&#251;r, je suis anarchiste, mais... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes militants ont tendance &#224; d&#233;daigner les anarchistes philosophiques, et c'est compr&#233;hensible, bien que regrettable. Tant que l'anarchisme reste un mouvement minoritaire, un sentiment d'ensemble favorable aux id&#233;es anarchistes, m&#234;me vague, cr&#233;e un climat qui fait que l'on &#233;coute la propagande et que le mouvement peut se d&#233;velopper. D'un autre c&#244;t&#233;, l'adh&#233;sion &#224; l'anarchisme philosophique peut aller &#224; l'encontre d'une appr&#233;ciation de l'anarchisme v&#233;ritable ; mais c'est au moins pr&#233;f&#233;rable &#224; l'indiff&#233;rence totale. Comme les anarchistes philosophiques, il y a beaucoup de gens proches de nous qui refusent l'&#233;tiquette d'anarchistes, et d'autres qui refusent toute &#233;tiquette. Eux tous ont un r&#244;le &#224; jouer, ne serait-ce que pour fournir une audience favorable et pour travailler &#224; la libert&#233; dans leur vie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Individualisme, &#233;go&#239;sme, courant libertaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le premier type d'anarchisme qui fut plus que simplement philosophique fut l'individualisme. C'est l'id&#233;e que la soci&#233;t&#233; n'est pas un organisme mais une collection d'individualit&#233;s autonomes, qui n'ont aucune obligation envers la soci&#233;t&#233; mais seulement les unes envers les autres. Cette optique existait bien avant qu'il y ait quoi que ce soit comme l'anarchisme, et elle a continu&#233; d'exister ind&#233;pendamment de lui. Mais l'individualisme tend toujours &#224; supposer que les individus qui forment la soci&#233;t&#233; doivent &#234;tre libres et &#233;gaux, et qu'ils peuvent le devenir seulement par un effort personnel et non par l'action d'institutions ext&#233;rieures ; et tout d&#233;veloppement de cette attitude tend &#233;videmment &#224; faire passer l'individualisme pur vers l'anarchisme vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re personne &#224; &#233;laborer une th&#233;orie clairement anarchiste fut un individualiste : William Godwin, dans &lt;i&gt;An Enquiry concerning Political Justice &lt;/i&gt; (Recherche sur la justice politique), 1793. En r&#233;action contre les partisans et les adversaires de la R&#233;volution fran&#231;aise, il postula une soci&#233;t&#233; sans gouvernement et avec le minimum d'organisation possible, dans laquelle les individus souverains devraient se garder de toute forme d'association permanente ; malgr&#233; de nombreuses variantes, c'est encore la base de l'anarchisme individualiste. C'est l'anarchisme des intellectuels, des artistes et des non-conformistes, des gens qui travaillent seuls et pr&#233;f&#232;rent rester &#224; l'&#233;cart. Depuis l'&#233;poque de Godwin, il en a s&#233;duit plusieurs, en Angleterre et en Am&#233;rique du Nord, par exemple des personnalit&#233;s comme Shelley et Wilde, Emerson et Thoreau, Augustus John et Herbert Read. Ils peuvent se donner une autre &#233;tiquette, mais on sent toujours l'individualisme chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous &#233;gare peut-&#234;tre un peu de limiter l'individualisme &#224; une sorte d'anarchisme ; l'individualisme a eu une influence profonde sur tout le mouvement anarchiste, et si on observe les anarchistes on voit que c'est encore une partie essentielle de leur id&#233;ologie, ou du moins de leur motivation. Les individualistes sont, pourrait-on dire, les anarchistes de base, qui souhaitent simplement d&#233;truire l'autorit&#233; et ne voient pas la n&#233;cessit&#233; de mettre quoi que ce soit &#224; la place. C'est un point de vue valable jusqu'&#224; un certain point, mais il ne va pas assez loin pour affronter les probl&#232;mes r&#233;els de la soci&#233;t&#233;, qui a s&#251;rement plus besoin d'action sociale que personnelle. Seuls, nous pouvons nous sauver nous-m&#234;mes, mais nous ne pouvons rien pour les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une forme plus extr&#234;me de l'individualisme est l'&#233;go&#239;sme, surtout sous la forme exprim&#233;e par Max Stirner dans &lt;i&gt;Der Einzige und sein Eigentum&lt;/i&gt; (L'Unique et sa propri&#233;t&#233;), 1845. Comme Marx ou Freud, il est difficile d'interpr&#233;ter Stirner sans irriter ses disciples, mais on peut quand m&#234;me dire que son &#233;go&#239;sme diff&#232;re de l'individualisme en g&#233;n&#233;ral, parce qu'il rejette des abstractions telles que la moralit&#233;, la justice, l'obligation, la raison, le devoir, au profit d'une reconnaissance intuitive de l'existence unique de chaque individu. Il refuse &#233;videmment l'&#201;tat, mais il refuse &#233;galement la soci&#233;t&#233; et tend vers le nihilisme (l'id&#233;e que rien n'a d'importance) et le solipsisme (l'id&#233;e que seul soi-m&#234;me existe). Ceci est de toute &#233;vidence anarchiste, mais de fa&#231;on plut&#244;t improductive puisque toute forme d'organisation visant au-del&#224; d'une &#233;ph&#233;m&#232;re &#171; union d'&#233;go&#239;stes &#187; est consid&#233;r&#233;e comme la source d'une nouvelle oppression. C'est l'anarchisme des po&#232;tes et des vagabonds, de ceux qui veulent une solution absolue et refusent tout compromis. C'est l'anarchie ici et maintenant, sinon dans le monde, du moins dans notre propre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tendance plus mod&#233;r&#233;e qui d&#233;rive de l'individualisme est le courant libertaire. Dans son sens le plus simple, cela signifie que la libert&#233; est une bonne chose ; dans un sens plus strict, c'est l'id&#233;e que la libert&#233; est le but politique le plus important. Ainsi le &#171; libertarisme &#187; n'est pas tant un type sp&#233;cifique d'anarchisme qu'une forme temp&#233;r&#233;e de celui-ci, un premier pas. On emploie parfois ce dernier comme synonyme ou euph&#233;misme pour l'anarchisme en g&#233;n&#233;ral, lorsqu'il y a quelque raison d'&#233;viter un mot trop lourd d'&#233;motivit&#233; ; mais plus souvent il signifie la reconnaissance d'id&#233;es anarchistes dans un domaine particulier, sans que cela implique l'acceptation compl&#232;te de l'anarchisme. Les individualistes sont libertaires par d&#233;finition, mais les socialistes libertaires ou les communistes libertaires sont ceux qui apportent au socialisme ou au communisme la reconnaissance de la valeur essentielle de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mutualisme et f&#233;d&#233;ralisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le type d'anarchisme qui appara&#238;t quand des individualistes mettent leurs id&#233;es en pratique est le mutuellisme. C'est l'id&#233;e nue, au lieu de s'en remettre &#224; l'&#201;tat, la soci&#233;t&#233; devrait &#234;tre organis&#233;e par des individus qui concluraient entre eux des accords volontaires sur une base d'&#233;galit&#233; et de r&#233;ciprocit&#233;, Le mutuellisme est un aspect de toute association qui est plus qu'instinctive et moins qu'officielle, et il n'est pas n&#233;cessairement anarchiste ; mais il a &#233;t&#233; historiquement important pour le d&#233;veloppement de l'anarchisme, et presque toutes les propositions anarchistes visant &#224; la r&#233;organisation de la soci&#233;t&#233; ont &#233;t&#233; essentiellement mutuellistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier qui se nomma d&#233;lib&#233;r&#233;ment anarchiste &#233;tait mutuelliste : Pierre-Joseph Proudhon, dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 1840. En r&#233;action contre les socialistes utopiques et r&#233;volutionnaires du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il postula une soci&#233;t&#233; compos&#233;e de groupes coop&#233;ratifs d'individus libres, &#233;changeant les produits indispensables &#224; la vie sur la base de la valeur du travail, et permettant le cr&#233;dit gratuit gr&#226;ce &#224; une Banque du peuple. C'est l'anarchisme des artisans, des petits propri&#233;taires et petits commer&#231;ants, de ceux qui exercent des professions lib&#233;rales et des sp&#233;cialistes, des gens qui tiennent &#224; leur ind&#233;pendance. Malgr&#233; ses contradicteurs, Proudhon eut de nombreux disciples, surtout parmi les ouvriers qualifi&#233;s et les petits bourgeois, et son influence fut consid&#233;rable en France pendant la deuxi&#232;me moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ; le mutuellisme eut aussi un attrait particulier en Am&#233;rique du Nord. Il fut repris plus tard par des gens qui voulaient instaurer une r&#233;forme mon&#233;taire ou des communaut&#233;s autonomes mesures qui promettent des r&#233;sultats rapides mais qui ne changent pas la structure fondamentale de la soci&#233;t&#233;. C'est un point de vue valable jusqu'&#224; un certain point, mais il ne va pas assez loin pour traiter des probl&#232;mes de l'industrie et du capital, du syst&#232;me de classes qui les domine ni &#8212; par-dessus tout &#8212; de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mutuellisme est bien s&#251;r le principe du mouvement coop&#233;ratif, mais les soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives suivent des r&#232;gles plut&#244;t d&#233;mocratiques qu'anarchistes. Une soci&#233;t&#233; organis&#233;e selon le principe de l'anarchisme mutuelliste serait une soci&#233;t&#233; dans laquelle les activit&#233;s communales seraient aux mains de soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives sans directeurs permanents ni administrateurs &#233;lus. Le mutuellisme &#233;conomique peut ainsi &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un coop&#233;ratisme moins la bureaucratie, ou un capitalisme moins le profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan g&#233;ographique plut&#244;t qu'&#233;conomique, le mutuellisme devient le f&#233;d&#233;ralisme. C'est l'id&#233;e que la soci&#233;t&#233;, dans un sens plus large que la communaut&#233; locale, devrait &#234;tre coordonn&#233;e par un r&#233;seau de conseils couvrant de plus grandes zones. Le trait essentiel de l'anarchisme f&#233;d&#233;raliste est que les membres de tels conseils seraient d&#233;l&#233;gu&#233;s sans aucune autorit&#233; ex&#233;cutive, imm&#233;diatement r&#233;vocables, et que les conseils n'auraient aucun pouvoir central mais seulement un simple secr&#233;tariat. Proudhon, premier th&#233;oricien du mutuellisme, fut aussi le premier th&#233;oricien du f&#233;d&#233;ralisme &#8212; dans &lt;i&gt;Du principe f&#233;d&#233;ratif...&lt;/i&gt;, 1863 &#8212; et ses disciples furent appel&#233;s f&#233;d&#233;ralistes aussi bien que mutuellistes, surtout ceux qui particip&#232;rent activement au mouvement ouvrier ; ainsi de ceux qui, au d&#233;but de la Premi&#232;re Internationale et lors de la Commune de Paris, devanc&#232;rent les id&#233;es du mouvement anarchiste moderne, la plupart se disaient f&#233;d&#233;ralistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;d&#233;ralisme n'est pas tant un type d'anarchisme qu'une partie in&#233;vitable de l'anarchisme. Virtuellement, tous les anarchistes sont f&#233;d&#233;ralistes, mais aucun ne se d&#233;finit comme uniquement f&#233;d&#233;raliste. Apr&#232;s tout, le f&#233;d&#233;ralisme est un principe commun qui n'est d'aucune fa&#231;on exclusivement anarchiste. Il ne comporte rien d'utopique. Les syst&#232;mes internationaux de coordination des chemins de fer, de la navigation, des liaisons a&#233;riennes, des services postaux, du t&#233;l&#233;graphe et du t&#233;l&#233;phone, la recherche scientifique, les campagnes contre la faim ou contre les sinistres, et beaucoup d'autres activit&#233;s &#224; l'&#233;chelle mondiale sont essentiellement de structure f&#233;d&#233;raliste. Les anarchistes ajoutent simplement que de tels syst&#232;mes marcheraient tout aussi bien &#224; l'int&#233;rieur d'un pays qu'entre diff&#233;rents pays. D'ailleurs, c'est d&#233;j&#224; vrai de l'&#233;norme quantit&#233; de soci&#233;t&#233;s, d'associations et d'organisations volontaires de toutes sortes qui tiennent en main la partie des activit&#233;s sociales qui ne sont pas rentables sur le plan financier ou politique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Collectivisme, communisme, syndicalisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le type d'anarchisme qui va plus loin que l'individualisme ou le mutuellisme et qui comporte une menace directe pour le syst&#232;me de classes et pour l'&#201;tat est ce que l'on appelait autrefois le collectivisme. C'est l'id&#233;e que la soci&#233;t&#233; ne pourra &#234;tre reconstruite que lorsque la classe ouvri&#232;re aura pris le contr&#244;le de l'&#233;conomie par une r&#233;volution sociale, aura d&#233;truit l'appareil de l'&#201;tat et r&#233;organis&#233; la production sur la base de la propri&#233;t&#233; collective contr&#244;l&#233;e par les associations de travailleurs. Les instruments de travail seront propri&#233;t&#233; collective, mais les produits du travail seront distribu&#233;s selon la formule : &#171; De chacun selon ses moyens &#224; chacun selon son travail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers anarchistes modernes &#8212; les bakounistes de la Premi&#232;re Internationale &#8212; &#233;taient collectivistes. En r&#233;action contre les mutuellistes et les f&#233;d&#233;ralistes r&#233;formistes ainsi que contre les blanquistes et les marxistes autoritaires, ils revendiqu&#232;rent une forme simple d'anarchisme r&#233;volutionnaire, l'anarchisme de la lutte de classe et du prol&#233;tariat, de l'insurrection en masse des pauvres contre les riches, et le passage imm&#233;diat &#224; une soci&#233;t&#233; libre et sans classes, sans aucune p&#233;riode transitoire de dictature. C'est l'anarchisme des ouvriers et des paysans qui ont une conscience de classe, des militants du mouvement ouvrier, des socialistes qui veulent la libert&#233; autant que l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce collectivisme anarchiste ou r&#233;volutionnaire ne doit pas &#234;tre confondu avec le collectivisme autoritaire et r&#233;formiste, mieux connu, des sociaux-d&#233;mocrates &#8212; collectivisme fond&#233; sur la propri&#233;t&#233; collective de l'&#233;conomie mais aussi sur le contr&#244;le de la production par l'&#201;tat. En partie &#224; cause du danger de confusion, et en partie parce que c'est ici que les anarchistes et les socialistes se rapprochent le plus, on appellera plus volontiers ce type d'anarchisme socialisme libertaire ; celui-ci comprend non seulement des anarchistes qui sont socialistes mais aussi des socialistes qui penchent vers l'anarchisme sans y adh&#233;rer tout &#224; fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type d'anarchisme qui appara&#238;t dans un collectivisme plus &#233;labor&#233; est le communisme. C'est l'id&#233;e qu'il n'est pas suffisant que les moyens de production soient la propri&#233;t&#233; de tous, mais que les produits du travail doivent aussi &#234;tre mis en commun et distribu&#233;s selon la formule : &#171; De chacun selon ses moyens &#224; chacun selon ses besoins. &#187; L'argument communiste est le suivant : tout homme a droit &#224; la pleine valeur de son travail, mais il est impossible de calculer la valeur du travail d'un seul homme, car le travail de chacun est englob&#233; dans le travail de tous, et des travaux diff&#233;rents ont des valeurs diff&#233;rentes. Il vaut donc mieux que l'&#233;conomie tout enti&#232;re soit aux mains de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, et que le syst&#232;me des salaires et des prix soit aboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnalit&#233;s marquantes du mouvement anarchiste de la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et du d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; &#8212; comme Kropotkine, Malatesta, Reclus, Grave, Faure, Goldman, Berkman, Rocker, etc. &#8212; &#233;taient communistes. Partant du collectivisme, et en r&#233;action contre Marx, ils postul&#232;rent une forme d'anarchisme r&#233;volutionnaire plus &#233;labor&#233; &#8212; un anarchisme contenant une critique des plus minutieuses de la soci&#233;t&#233; actuelle et des propositions pour la soci&#233;t&#233; future. C'est l'anarchisme de ceux qui acceptent la lutte de classe mais ont une vision du monde plus large. Si le collectivisme est un anarchisme r&#233;volutionnaire ax&#233; sur le probl&#232;me du travail et fond&#233; sur la collectivit&#233; des travailleurs, alors le communisme est un anarchisme r&#233;volutionnaire ax&#233; sur le probl&#232;me de la vie et fond&#233; sur la commune populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1870, le principe du communisme est admis par la plupart des organisations anarchistes r&#233;volutionnaires. La principale exception a &#233;t&#233; le mouvement espagnol, qui conserva le principe du collectivisme &#224; cause d'une forte influence bakouninienne ; mais, en fait, ses buts &#233;taient &#224; peine diff&#233;rents de ceux des autres mouvements, et pratiquement le &#171; comunismo libertario &#187; instaur&#233; pendant la r&#233;volution espagnole de 1936 fut l'exemple le plus marquant de communisme anarchiste dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce communisme anarchiste ou libertaire ne doit &#233;videmment pas &#234;tre confondu avec le communisme beaucoup mieux connu des marxistes &#8212; communisme fond&#233; sur la propri&#233;t&#233; collective de l'&#233;conomie et sur le contr&#244;le de l'&#201;tat sur la production et la distribution, et fond&#233; aussi sur la dictature du Parti. L'origine historique du mouvement anarchiste moderne dans la controverse avec les marxistes pendant la Premi&#232;re et la Deuxi&#232;me Internationale se refl&#232;te dans l'obsession qu'ont les anarchistes du communisme autoritaire, qui s'est renforc&#233;e depuis les r&#233;volutions russe et espagnole. Le r&#233;sultat fut que beaucoup d'anarchistes semblent s'&#234;tre appel&#233;s communistes non pas tant par conviction profonde que par d&#233;sir de lancer un d&#233;fi aux marxistes sur leur propre terrain et de les discr&#233;diter aux yeux de l'opinion publique. On peut soup&#231;onner les anarchistes d'&#234;tre rarement vraiment communistes, en partie parce qu'ils sont toujours trop individualistes, et aussi parce qu'ils refusent de faire des plans pr&#233;cis pour un avenir qui doit rester libre de s'organiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type d'anarchisme qui appara&#238;t quand le collectivisme ou le communisme se concentrent exclusivement sur le probl&#232;me du travail est le syndicalisme. C'est l'id&#233;e que la soci&#233;t&#233; devrait &#234;tre bas&#233;e sur les syndicats consid&#233;r&#233;s comme l'expression de la classe ouvri&#232;re, r&#233;organis&#233;s de fa&#231;on &#224; couvrir &#224; la fois les activit&#233;s et le territoire, et transform&#233;s de fa&#231;on &#224; &#234;tre entre les mains de la base, de sorte que l'&#233;conomie enti&#232;re soit dirig&#233;e selon le principe du contr&#244;le ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des collectivistes anarchistes et de nombreux communistes au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#233;taient implicitement syndicalistes ; c'est particuli&#232;rement vrai des anarchistes de la Premi&#232;re Internationale. Mais l'anarcho-syndicalisme ne fut pas explicitement d&#233;velopp&#233; avant l'essor du mouvement syndical fran&#231;ais &#224; la fin du si&#232;cle. Lorsque ce dernier se scinda en sections r&#233;volutionnaires et sections r&#233;formistes dans les ann&#233;es 1890, les syndicalistes r&#233;volutionnaires eurent la majorit&#233; et de nombreux anarchistes se joignirent &#224; eux. Quelques-uns, tels Fernand Pelloutier et Emile Pouget, devinrent influents, et le mouvement syndicaliste fran&#231;ais, quoique jamais compl&#232;tement anarchiste, fut une force importante pour l'anarchisme jusqu'&#224; la premi&#232;re guerre mondiale et &#224; la r&#233;volution russe. Les organisations anarcho-syndicalistes furent aussi fortes dans les mouvements ouvriers d'Italie et de Russie tout de suite apr&#232;s la premi&#232;re guerre mondiale, et surtout en Espagne jusqu'&#224; la fin de la guerre civile en 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'anarchisme des &#233;l&#233;ments les plus militants et les plus conscients dans un mouvement ouvrier puissant. Mais le syndicalisme n'est pas n&#233;cessairement anarchiste ni m&#234;me r&#233;volutionnaire ; dans la pratique, les anarcho-syndicalistes ont eu tendance &#224; devenir autoritaires, ou r&#233;formistes, ou les deux &#224; la fois, et il s'est r&#233;v&#233;l&#233; difficile de maintenir un &#233;quilibre entre les principes libertaires et les pressions de la lutte quotidienne pour obtenir un salaire et des conditions de travail meilleures. Ceci n'est pas tant un argument contre les anarcho-syndicalistes que le signe du danger qui les menace constamment. L'argument v&#233;ritable contre l'anarcho-syndicalisme et le syndicalisme en g&#233;n&#233;ral, c'est qu'il accentue &#224; l'exc&#232;s l'importance du travail et le r&#244;le de la classe ouvri&#232;re. Le syst&#232;me de classes est un probl&#232;me politique crucial, mais la lutte des classes n'est pas la seule activit&#233; politique pour les anarchistes. Le syndicalisme est acceptable lorsqu'on le consid&#232;re comme un aspect de l'anarchisme, non lorsqu'il en dissimule tous les autres aspects. C'est un point de vue valable jusqu'&#224; un certain point, mais il ne va pas assez loin pour traiter des probl&#232;mes de la vie en dehors du travail.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des diff&#233;rences minimes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Reconnaissons que les diff&#233;rences entre les types d'anarchisme se sont estomp&#233;es ces derni&#232;res ann&#233;es. A l'exception des sectaires, la plupart des anarchistes ont tendance &#224; consid&#233;rer les vieilles distinctions comme plus apparentes que r&#233;elles &#8212; comme des diff&#233;rences artificielles d'accentuation, m&#234;me de vocabulaire, plut&#244;t que comme de s&#233;rieuses diff&#233;rences de principe. Il vaudrait mieux en fait les consid&#233;rer non pas comme des anarchismes diff&#233;rents, mais comme des aspects diff&#233;rents de l'anarchisme, et cela en fonction de l'orientation de nos int&#233;r&#234;ts personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans notre vie priv&#233;e nous sommes individualistes, ayant nos propres occupations et choisissant nos compagnons et amis pour des raisons personnelles ; dans notre vie sociale nous sommes mutuellistes concluant librement des accords entre nous, donnant ce que nous avons et recevant ce dont nous manquons par des &#233;changes &#233;galitaires ; dans notre travail nous serions pratiquement collectivistes, nous joignant &#224; nos coll&#232;gues pour produire les biens communs &#8212; et dans l'organisation du travail nous serions syndicalistes, nous joignant &#224; nos coll&#232;gues pour d&#233;cider comment le travail doit &#234;tre fait ; dans notre vie politique nous serions plut&#244;t communistes, nous alliant &#224; nos voisins pour d&#233;cider comment la communaut&#233; doit &#234;tre organis&#233;e. C'est bien s&#251;r un sch&#233;ma, mais il exprime assez bien ce que les anarchistes pensent aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pour l'anarchisme - Que croient les anarchistes</title>
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		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les premiers que l'on surnomma anarchistes le furent par insulte au cours des r&#233;volutions anglaise et fran&#231;aise des XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, pour laisser entendre qu'ils voulaient l'anarchie, c'est-&#224;-dire le chaos ou la confusion. Mais, depuis les ann&#233;es 1840, furent anarchistes ceux qui accept&#232;rent ce nom comme symbole pour montrer qu'ils voulaient l'anarchie, c'est-&#224;-dire l'absence de gouvernement. Le mot grec anarkhia, comme le mot fran&#231;ais anarchie, a les deux sens ; ceux qui ne sont pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1266-be946.jpg?1774700063' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les premiers que l'on surnomma anarchistes le furent par insulte au cours des r&#233;volutions anglaise et fran&#231;aise des XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, pour laisser entendre qu'ils voulaient l'anarchie, c'est-&#224;-dire le chaos ou la confusion. Mais, depuis les ann&#233;es 1840, furent anarchistes ceux qui accept&#232;rent ce nom comme symbole pour montrer qu'ils voulaient l'anarchie, c'est-&#224;-dire l'absence de gouvernement. Le mot grec &lt;i&gt;anarkhia&lt;/i&gt;, comme le mot fran&#231;ais anarchie, a les deux sens ; ceux qui ne sont pas anarchistes soutiennent que tous deux reviennent au m&#234;me, mais les anarchistes tendent &#224; faire la distinction. Depuis plus d'un si&#232;cle, sont anarchistes ceux qui croient non seulement que l'absence de gouvernement ne signifie pas forc&#233;ment chaos et confusion, mais encore qu'une soci&#233;t&#233; sans gouvernement sera vraiment meilleure que celle o&#249; nous vivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anarchie est l'&#233;laboration politique de la r&#233;action psychologique contre l'autorit&#233; qui appara&#238;t dans les groupes humains. Chacun conna&#238;t les anarchistes instinctifs qui refusent de croire ou de faire ce qu'on leur dit pr&#233;cis&#233;ment parce qu'on le leur a ordonn&#233;. Au cours de l'histoire, cette tendance se rencontre chez les individus et les groupes se r&#233;voltant contre ceux qui les gouvernent. L'id&#233;e th&#233;orique de l'anarchie est &#233;galement tr&#232;s vieille ; en effet, on peut trouver la description d'un &#226;ge d'or r&#233;volu, sans gouvernement, dans la pens&#233;e de la Chine et de l'Inde anciennes, de l'Egypte, de la M&#233;sopotamie, de la Gr&#232;ce et de Rome, et de m&#234;me d'innombrables &#233;crivains politiques et religieux ainsi que des communaut&#233;s r&#234;vent d'une utopie sans gouvernement. Mais l'application de l'anarchie &#224; la situation pr&#233;sente est plus r&#233;cente, et c'est seulement dans le mouvement anarchiste du si&#232;cle dernier que l'on trouve l'exigence d'une soci&#233;t&#233; sans gouvernement ici et maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre groupes, &#224; gauche comme &#224; droite, veulent en th&#233;orie se d&#233;barrasser du gouvernement, soit lorsque l'&#233;conomie de march&#233; sera si libre qu'elle ne n&#233;cessitera plus de contr&#244;le, soit lorsque les individus seront si &#233;gaux qu'il n'y aura plus de contrainte n&#233;cessaire ; mais les mesures qu'ils prennent semblent renforcer toujours plus le gouvernement. Seuls les anarchistes veulent se d&#233;barrasser du gouvernement en pratique. Cela ne veut pas dire qu'ils pensent que tous les hommes sont naturellement bons, identiques, perfectibles, ou quelque autre sornette romantique. Cela veut dire qu'ils estiment que presque tous les hommes sont sociables, &#233;gaux, et capables de vivre leur propre vie. Beaucoup de gens disent que le gouvernement est n&#233;cessaire parce qu'il y a des gens qui ne savent pas se conduire, mais les anarchistes disent que le gouvernement est nuisible parce qu'on ne peut faire confiance &#224; personne pour conduire les autres. Si tous les hommes sont &#224; ce point mauvais qu'ils doivent &#234;tre gouvern&#233;s par d'autres, disent-ils, qui est alors assez bon pour gouverner les autres ? Le pouvoir tend &#224; corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument. D'autre part, les richesses de la terre sont produites par le travail de l'humanit&#233; tout enti&#232;re, et tous les hommes ont un droit &#233;gal &#224; prendre part &#224; ce travail et &#224; jouir de son produit. L'anarchisme est un mod&#232;le id&#233;al qui exige &#224; la fois la libert&#233; totale et l'&#233;galit&#233; totale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Lib&#233;ralisme et socialisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer l'anarchisme comme un d&#233;veloppement soit du lib&#233;ralisme, soit du socialisme, soit des deux. Comme les lib&#233;raux, les anarchistes veulent la libert&#233; ; comme les socialistes, ils veulent, l'&#233;galit&#233;. Mais le lib&#233;ralisme seul ou le socialisme seul ne les satisfont pas. La libert&#233; sans &#233;galit&#233; signifie que les pauvres et les faibles sont moins libres que les riches et les forts, et l'&#233;galit&#233; sans libert&#233; signifie que nous sommes tous esclaves ensemble. La libert&#233; et l'&#233;galit&#233; ne sont pas contradictoires mais compl&#233;mentaires ; &#224; la place de la vieille polarisation libert&#233;-&#233;galit&#233; &#8212; selon laquelle plus de libert&#233; signifierait moins d'&#233;galit&#233;, et vice-versa &#8212;, les anarchistes font remarquer qu'en pratique on ne peut avoir l'une sans l'autre. La libert&#233; n'est pas authentique si quelques-uns sont trop pauvres ou trop faibles pour en jouir, et l'&#233;galit&#233; n'est pas authentique si quelques-uns sont gouvern&#233;s par d'autres. La contribution d&#233;cisive des anarchistes &#224; la th&#233;orie politique est la constatation que libert&#233; et &#233;galit&#233; sont en fin de compte la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anarchisme se diff&#233;rencie aussi du lib&#233;ralisme et du socialisme par sa conception du progr&#232;s. Les lib&#233;raux voient l'histoire comme un d&#233;roulement lin&#233;aire allant de la sauvagerie, de la superstition, de l'intol&#233;rance et de la tyrannie &#224; la civilisation, &#224; la culture, &#224; la tol&#233;rance et &#224; l'&#233;mancipation. Il y a des avances et des reculs, mais le v&#233;ritable progr&#232;s de l'humanit&#233; va dans le sens d'un sombre pass&#233; &#224; un avenir radieux. Les socialistes voient l'histoire comme un d&#233;veloppement dialectique depuis la sauvagerie, passant par le despotisme, la f&#233;odalit&#233; et le capitalisme, jusqu'au triomphe du prol&#233;tariat et &#224; l'abolition du syst&#232;me des classes. Il y a des r&#233;volutions et des r&#233;actions, mais le vrai progr&#232;s de l'humanit&#233; va encore d'un triste pass&#233; &#224; un bel avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes consid&#232;rent le progr&#232;s tout diff&#233;remment ; en fait, ils consid&#232;rent souvent qu'il n'y a pas de progr&#232;s du tout. Nous voyons l'histoire non pas comme un d&#233;roulement lin&#233;aire ou dialectique dans une direction, mais comme un processus dualiste. L'histoire de toutes les soci&#233;t&#233;s humaines est l'histoire d'une lutte entre gouvernants et gouvern&#233;s, entre nantis et mis&#233;reux, entre ceux qui veulent commander et &#234;tre command&#233;s et ceux qui veulent se lib&#233;rer en m&#234;me temps que leurs camarades ; les principes d'autorit&#233; et de libert&#233;, de gouvernement et de r&#233;bellion, d'&#201;tat et de soci&#233;t&#233; sont en perp&#233;tuel conflit. Cette tension n'est jamais r&#233;solue ; le mouvement de l'humanit&#233; va tant&#244;t dans un sens, tant&#244;t dans l'autre. La naissance d'un nouveau r&#233;gime ou la chute d'un ancien ne sont pas des ruptures myst&#233;rieuses dans le d&#233;veloppement ou des paliers encore plus myst&#233;rieux dans ce d&#233;veloppement, elles ne sont que des &#233;v&#233;nements. Les &#233;v&#233;nements historiques ne sont bienvenus que dans la mesure o&#249; ils accroissent la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; pour tout le monde ; il n'y a aucune raison d'appeler bon ce qui est mauvais simplement parce que c'est in&#233;vitable. Nous ne pouvons faire aucune pr&#233;vision utile pour l'avenir, et nous ne pouvons pas &#234;tre s&#251;rs que le monde sera meilleur. Notre seul espoir c'est que, au fur et &#224; mesure que la connaissance et la conscience se d&#233;veloppent, les gens deviendront plus aptes &#224; d&#233;couvrir qu'ils peuvent s'organiser sans avoir besoin d'aucune autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, l'anarchisme d&#233;rive bien du lib&#233;ralisme et du socialisme, &#224; la fois historiquement et id&#233;ologiquement. Le lib&#233;ralisme et le socialisme ont pr&#233;c&#233;d&#233; l'anarchisme, et celui-ci est n&#233; de leur opposition ; la plupart des anarchistes ont d'abord &#233;t&#233; lib&#233;raux, ou socialistes, ou tous les deux. L'esprit de r&#233;volte est rarement pleinement d&#233;velopp&#233; &#224; sa naissance, et g&#233;n&#233;ralement il m&#232;ne &#224; l'anarchisme plut&#244;t qu'il n'en provient. Dans un sens, les anarchistes restent toujours lib&#233;raux et socialistes, et, chaque fois qu'ils rejettent ce qui est bon dans chacune de ces id&#233;ologies, ils trahissent un peu l'anarchisme. D'un c&#244;t&#233; nous nous appuyons sur la libert&#233; d'expression, de r&#233;union, de mouvement, de comportement, et particuli&#232;rement sur la libert&#233; d'&#234;tre diff&#233;rent ; d'un autre c&#244;t&#233; nous nous appuyons sur l'&#233;galit&#233; des possessions, sur la solidarit&#233; humaine et particuli&#232;rement sur le partage des pouvoirs. Nous somme lib&#233;raux, mais plus que cela, nous sommes socialistes, et plus que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'anarchisme n'est pas seulement un m&#233;lange de lib&#233;ralisme et de socialisme ; &#231;a c'est la social-d&#233;mocratie, ou le capitalisme d'abondance. Quoi que nous devions aux lib&#233;raux et aux socialistes, si proches d'eux que nous soyons, nous sommes fondamentalement diff&#233;rents d'eux &#8212; et des sociaux-d&#233;mocrates &#8212; parce que nous rejetons l'institution du gouvernement. Tous comptent sur le gouvernement &#8212; les lib&#233;raux ostensiblement pour pr&#233;server la libert&#233; mais en v&#233;rit&#233; pour emp&#234;cher l'&#233;galit&#233;, les socialistes ostensiblement pour pr&#233;server l'&#233;galit&#233; mais en v&#233;rit&#233; pour emp&#234;cher la libert&#233;. M&#234;me les lib&#233;raux et les socialistes les plus extr&#233;mistes ne peuvent se passer du gouvernement, de l'exercice de l'autorit&#233; par quelques-uns sur les autres. L'essence de l'anarchisme, la seule chose sans laquelle il n'y a plus d'anarchisme, c'est le refus de l'autorit&#233; d'un homme sur un autre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;mocratie et repr&#233;sentation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Bien des gens sont oppos&#233;s &#224; un gouvernement antid&#233;mocratique, mais les anarchistes se distinguent d'eux en s'opposant aussi aux gouvernements d&#233;mocratiques. Il y a d'autres gens qui sont oppos&#233;s aux gouvernements d&#233;mocratiques, mais les anarchistes se distinguent d'eux en l'&#233;tant non point parce qu'ils craignent ou ha&#239;ssent le gouvernement du peuple, mais parce qu'ils croient que la d&#233;mocratie n'est pas le gouvernement du peuple &#8212; que la d&#233;mocratie est en fait une contradiction logique, une impossibilit&#233; physique. La vraie d&#233;mocratie n'est possible que dans une petite communaut&#233;, o&#249; chacun peut prendre part &#224; toutes les d&#233;cisions ; &#224; ce moment-l&#224;, elle n'est plus n&#233;cessaire ? Ce qu'on appelle d&#233;mocratie et dont on pr&#233;tend que c'est le gouvernement du peuple par lui-m&#234;me, c'est en fait le gouvernement du peuple par des gouvernants &#233;lus, et on devrait plut&#244;t l'appeler &#171; oligarchie consentie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement par des chefs qu'on a choisis est diff&#233;rent et g&#233;n&#233;ralement meilleur que celui o&#249; les chefs se sont choisis eux-m&#234;mes, mais c'est encore le gouvernement de certains sur d'autres. M&#234;me dans le gouvernement le plus d&#233;mocratique, il y a toujours ceux qui ordonnent ou interdisent, et ceux qui ob&#233;issent. M&#234;me quand nous sommes gouvern&#233;s par nos repr&#233;sentants nous continuons d'&#234;tre gouvern&#233;s, et d&#232;s qu'ils commencent &#224; le faire contre notre volont&#233; ils cessent d'&#234;tre nos repr&#233;sentants. La plupart des gens admettent que l'on n'a aucune obligation envers un gouvernement dans lequel on ne peut se faire entendre ; les anarchistes vont plus loin et soulignent que nous n'avons aucune obligation envers le gouvernement que nous avons &#233;lu. Nous pouvons lui ob&#233;ir parce que nous sommes d'accord ou parce que nous sommes trop faibles pour d&#233;sob&#233;ir, mais rien ne nous force &#224; lui ob&#233;ir quand nous sommes en d&#233;saccord et assez forts pour refuser de le faire. La plupart des gens admettent que ceux qui sont concern&#233;s par un changement devraient &#234;tre consult&#233;s avant qu'une d&#233;cision soit prise ; les anarchistes vont plus loin et soulignent qu'ils devraient prendre la d&#233;cision eux-m&#234;mes et la mettre en application.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes rejettent donc l'id&#233;e du contrat social et celle de la d&#233;l&#233;gation des pouvoirs. Sans aucun doute, en pratique, la plupart des choses seront toujours faites par peu de monde &#8212; par ceux qui sont int&#233;ress&#233;s par un probl&#232;me et sont capables de le r&#233;soudre &#8212;, mais il n'y a aucune raison pour qu'ils soient choisis par s&#233;lection ou &#233;lection. Ils &#233;mergeront toujours de toute fa&#231;on, et il vaut mieux que cela se fasse naturellement. L'important est que les leaders et les experts ne soient pas forc&#233;ment des chefs, que l'exp&#233;rience et la capacit&#233; d'organisation ne soient pas n&#233;cessairement li&#233;es &#224; l'autorit&#233;. Il peut arriver que la repr&#233;sentation soit utile ; mais le vrai repr&#233;sentant est le d&#233;l&#233;gu&#233; ou le d&#233;put&#233; qui est mandat&#233; par ceux qui l'envoient et qui peut &#234;tre r&#233;voqu&#233; imm&#233;diatement par eux. En quelque sorte, le chef qui se r&#233;clame de la repr&#233;sentativit&#233; est pire que l'usurpateur, parce qu'il est plus difficile de s'attaquer &#224; l'autorit&#233; quand elle est envelopp&#233;e de jolis mots ou d'arguments abstraits. Que nous puissions &#233;lire nos chefs de temps &#224; autre ne signifie pas que nous devions leur ob&#233;ir tout le temps. Si nous le faisons, c'est pour des raisons pratiques et non morales. Les anarchistes sont contre les gouvernements, de quelque mani&#232;re qu'ils soient parvenus au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;tat et classe&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes ont traditionnellement concentr&#233; leur opposition &#224; l'autorit&#233; sur l'&#201;tat &#8211; l'institution qui r&#233;clame le monopole de l'autorit&#233; dans un certain domaine. Cela parce que l'&#201;tat est l'exemple supr&#234;me de l'autorit&#233; dans la soci&#233;t&#233;, et &#233;galement la source ou la confirmation de l'utilisation de l'autorit&#233; dans son sein. D'ailleurs, les anarchistes se sont traditionnellement oppos&#233;s &#224; toutes les formes d'&#201;tats &#8212; non seulement &#224; la tyrannie &#233;vidente d'un roi, d'un dictateur ou d'un conqu&#233;rant, mais aussi &#224; des variantes telles que le despotisme &#233;clair&#233;, la monarchie progressiste, l'oligarchie f&#233;odale ou commerciale, la d&#233;mocratie parlementaire, le communisme sovi&#233;tique, etc. Ils ont m&#234;me eu tendance &#224; dire que tous les &#201;tats se valent et qu'il n'y a pas &#224; choisir parmi eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une simplification abusive. Certes tous les &#201;tats sont autoritaires, mais quelques-uns le sont bien plus que d'autres, et toute personne normale pr&#233;f&#232;re vivre dans un &#201;tat moins autoritaire qu'un autre. Pour donner un simple exemple, cet expos&#233; de l'anarchisme n'aurait pas pu &#234;tre publi&#233; dans la plupart des &#201;tats du pass&#233;, et il ne pourrait toujours pas &#234;tre publi&#233; dans la plupart des &#201;tats de gauche comme de droite, &#224; l'Est comme &#224; l'Ouest ; j'aime mieux vivre l&#224; o&#249; il peut &#234;tre publi&#233;, et la plupart de mes lecteurs aussi, sans doute...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rares sont les anarchistes qui ont encore une attitude aussi simpliste vis-&#224;-vis de cette abstraction appel&#233;e &#171; l'&#201;tat &#187;, et les anarchistes concentrent leurs efforts &#224; l'attaque du gouvernement central et des institutions qui en d&#233;rivent, non pas uniquement parce qu'ils font partie de l'&#201;tat mais parce qu'ils sont les exemples extr&#234;mes de l'utilisation de l'autorit&#233; dans la soci&#233;t&#233;. Nous opposons l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233;, mais nous ne le voyons plus comme oppos&#233; &#224; elle, comme une excroissance artificielle ; au contraire, nous consid&#233;rons qu'il fait partie de la soci&#233;t&#233;, qu'il en est un d&#233;veloppement naturel, tout comme l'agressivit&#233; : mais c'est un comportement qu'il faut contr&#244;ler et dont il faut se lib&#233;rer. On n'y arrivera pas en essayant de trouver les moyens de l'institutionnaliser, mais en cherchant &#224; s'en passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes refusent les institutions ouvertement r&#233;pressives du gouvernement &#8212; administration, lois, police, tribunaux, prisons, arm&#233;e, etc. &#8212; et aussi celles qui sont apparemment bienfaisantes &#8212; conseils locaux, industries nationalis&#233;es, services publics, banques et compagnies d'assurances, &#233;coles et universit&#233;s, presse et radio, et tout le reste. Chacun peut voir que les premi&#232;res reposent non sur le consentement mais sur l'obligation, et en fin de compte sur la force ; les anarchistes affirment que les secondes ont la m&#234;me main de fer, m&#234;me si elles portent un gant de velours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, les institutions qui d&#233;rivent directement ou indirectement de l'&#201;tat ne peuvent &#234;tre comprises si on les consid&#232;re uniquement comme mauvaises. Elles peuvent avoir leurs bons c&#244;t&#233;s. D'une part, elles ont une fonction n&#233;gative utile lorsqu'elles emp&#234;chent l'usage de l'autorit&#233; par d'autres institutions telles que parents cruels, propri&#233;taires avides de gain, patrons brutaux, criminels violents ; et elles ont une fonction positive utile quand elles mettent sur pied des institutions sociales d&#233;sirables comme les travaux publics, les interventions en cas de catastrophes, les transports, l'art et la culture, les services m&#233;dicaux, les retraites, le soutien aux pauvres, l'&#233;ducation, la radio. Il y a donc l'&#201;tat lib&#233;rateur et l'&#201;tat providentiel, l'&#201;tat travaillant pour la justice et l'&#201;tat travaillant pour l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;ponse anarchiste &#224; cela, c'est que nous avons aussi l'&#201;tatoppresseur &#8212; que la principale fonction de l'&#201;tat est en fait de soumettre le peuple, de limiter la libert&#233; &#8212; et que toutes les fonctions utiles de l'&#201;tat peuvent &#234;tre exerc&#233;es, et l'ont souvent &#233;t&#233;, par des associations volontaires. Ici l'&#201;tat ressemble &#224; l'&#201;glise m&#233;di&#233;vale. Au Moyen-Age, l'&#201;glise &#233;tait impliqu&#233;e dans toutes les activit&#233;s essentielles, et on ne pouvait imaginer que ces activit&#233;s fussent possibles sans elle. Seule l'&#201;glise pouvait baptiser, marier et enterrer les gens, et il fallut apprendre qu'elle ne contr&#244;lait pas en fait l'amour, la naissance et la mort. Tout acte public devait recevoir une b&#233;n&#233;diction religieuse (c'est encore le cas pour certains), et il fallut apprendre que l'acte &#233;tait tout aussi effectif sans b&#233;n&#233;diction. l'&#201;glise s'interposait et souvent contr&#244;lait les aspects de la vie qui sont maintenant domin&#233;s par l'&#201;tat. On apprit &#224; se rendre compte que la participation de l'&#201;glise &#233;tait inutile et m&#234;me nuisible ; ce qu'il faut apprendre maintenant, c'est que la domination de l'&#201;tat est &#233;galement pernicieuse et superflue. Nous avons besoin de l'&#201;tat aussi longtemps que nous croyons en avoir besoin, et tout ce qu'il fait peut &#234;tre fait aussi bien et m&#234;me mieux sans la sanction de l'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde r&#233;ponse anarchiste, c'est que la fonction essentielle de l'&#201;tat est de maintenir l'in&#233;galit&#233; existante. Les anarchistes ne consid&#232;rent pas comme les marxistes que l'unit&#233; de base de la soci&#233;t&#233; est la classe sociale, mais ils sont d'accord pour dire que l'&#201;tat est l'expression politique de la structure &#233;conomique, qu'il est le repr&#233;sentant de ceux qui poss&#232;dent ou contr&#244;lent la richesse de la communaut&#233; et l'exploiteur de ceux qui fournissent le travail qui cr&#233;e cette richesse. L'&#201;tat ne peut redistribuer &#233;quitablement la richesse parce qu'il est le principal instrument de la distribution injuste. Les anarchistes pensent comme les marxistes que le syst&#232;me actuel doit &#234;tre d&#233;truit, mais ils ne pensent pas que le syst&#232;me futur puisse &#234;tre &#233;tabli par un &#201;tat tenu en de nouvelles mains ; l'&#201;tat est une cause aussi bien qu'une cons&#233;quence du syst&#232;me de classes, et une soci&#233;t&#233; sans classe instaur&#233;e par un &#201;tat redeviendra vite une soci&#233;t&#233; de classes. L'&#201;tat ne d&#233;p&#233;rira pas &#8212; il doit &#234;tre d&#233;lib&#233;r&#233;ment aboli par le peuple prenant le pouvoir aux dirigeants et la richesse aux poss&#233;dants ; ces deux actions sont li&#233;es, et l'une sans l'autre sera toujours inutile. L'anarchie au sens le plus vrai signifie une soci&#233;t&#233; &#224; la fois sans dirigeants et sans riches.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Organisation et bureaucratie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que les anarchistes rejettent l'organisation, bien qu'il y ait l&#224; un des pr&#233;jug&#233;s les plus fort contre eux. La plupart des gens admettent bien que l'anarchie puisse ne pas signifier seulement chaos et confusion et que les anarchistes ne veuillent pas le d&#233;sordre mais l'ordre sans gouvernement, mais ils sont s&#251;rs que l'anarchie signifie l'ordre qui surgit spontan&#233;ment, et que les anarchistes refusent l'organisation. C'est le contraire de la v&#233;rit&#233;. En fait, ils veulent beaucoup plus d'organisation, mais sans autorit&#233;. Le pr&#233;jug&#233; contre l'anarchisme d&#233;rive d'un pr&#233;jug&#233; au sujet de l'organisation ; on ne peut pas imaginer qu'elle ne repose pas sur l'autorit&#233;, qu'en fait elle marche mieux sans autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un instant d'attention montre &#224; l'&#233;vidence que, lorsque l'obligation sera remplac&#233;e par le consentement, il y aura plus de discussions et de plans, pas moins ? Tous ceux qui sont concern&#233;s par une d&#233;cision pourront prendre part &#224; son &#233;laboration, et personne ne pourra laisser cette t&#226;che &#224; des fonctionnaires pay&#233;s ou &#224; des repr&#233;sentants &#233;lus. Sans r&#232;gles &#224; observer, sans pr&#233;c&#233;dents &#224; suivre, chaque d&#233;cision devra &#234;tre prise pour la premi&#232;re fois. Sans dirigeants &#224; qui ob&#233;ir, sans guides &#224; suivre, chacun sera capable de prendre sa propre d&#233;cision. Pour que tout fonctionne, la multiplicit&#233; et la complexit&#233; des liens entre les individus seront accrues, non r&#233;duites. Une telle organisation peut &#234;tre brouillonne et inefficace, mais elle collera de plus pr&#232;s aux besoins et aux sentiments des gens concern&#233;s. Si on ne peut faire quelque chose que gr&#226;ce &#224; l'ancienne forme d'organisation, avec son autorit&#233; et sa contrainte, c'est qu'il ne vaut probablement pas la peine de le faire, et il vaudrait mieux le laisser tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les anarchistes rejettent, c'est l'institutionnalisation de l'organisation, l'&#233;tablissement d'un groupe particulier dont la fonction est d'organiser les autres gens. L'organisation anarchiste serait fluide et ouverte ; d&#232;s qu'une organisation se durcit et se ferme, elle tombe aux mains d'une bureaucratie, devient l'instrument d'une classe et l'expression de l'autorit&#233; au lieu du lien de coordination de la soci&#233;t&#233;. Tout groupe tend vers l'oligarchie, le gouvernement du petit nombre, et toute organisation tend vers la bureaucratie, le gouvernement des professionnels ; les anarchistes doivent toujours lutter contre ces tendances, aujourd'hui comme demain, et parmi eux aussi bien que chez les autres.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La propri&#233;t&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes ne rejettent pas non plus la propri&#233;t&#233;, bien qu'ils aient l&#224;-dessus leur id&#233;e propre. En un sens, la propri&#233;t&#233; c'est le vol &#8212; c'est-&#224;-dire que l'appropriation exclusive de quoi que ce soit par qui que ce soit est une spoliation pour tous les autres. Cela ne veut pas dire que nous soyons tous communistes ; cela veut dire que le droit d'une personne sur un objet ne repose pas sur le fait qu'elle l'ait fabriqu&#233;, trouv&#233;, achet&#233;, re&#231;u, qu'elle l'utilise ou le d&#233;sire, ou qu'elle ait un droit l&#233;gal sur cela, mais sur le fait qu'elle en a besoin &#8212; plus encore qu'elle en a davantage besoin que quelqu'un d'autre. Cela n'est pas une question de justice abstraite ou de loi naturelle, mais de solidarit&#233; humaine et de bon sens. Si j'ai une miche de pain et que tu as faim, elle est &#224; toi, non &#224; moi. Si j'ai un manteau et que tu as froid, il t'appartient. Si j'ai une maison et que tu n'en as pas, tu as le droit d'utiliser au moins une de mes chambres. Mais, dans un autre sens, la propri&#233;t&#233; c'est la libert&#233;, c'est-&#224;-dire que la jouissance de biens en quantit&#233; suffisante est une condition essentielle d'une vie agr&#233;able pour l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes sont pour la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de ce qui ne peut &#234;tre utilis&#233; pour exploiter autrui &#8212; ces objets personnels que nous accumulons depuis l'enfance et qui font partie de notre vie. Mais nous sommes contre la propri&#233;t&#233; publique qui n'est pas utile en elle-m&#234;me et ne peut servir qu'&#224; exploiter &#8212; propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et immobili&#232;re, instruments de production et de distribution, mati&#232;res premi&#232;res et articles manufactur&#233;s. Le principe, en fin de compte, c'est qu'un homme peut avoir un droit sur ce qu'il produit par son propre travail mais non sur ce qu'il obtient par le travail des autres ; il a un droit sur ce dont il a besoin et qu'il utilise, mais non sur ce dont il n'a pas besoin et qu'il ne peut utiliser. D&#232;s qu'un homme a plus qu'assez, ou bien il gaspille ou bien il emp&#234;che quelqu'un d'autre d'avoir assez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, les riches n'ont aucun droit sur leurs propri&#233;t&#233;s, car ils sont riches non parce qu'ils travaillent beaucoup, mais parce que beaucoup de gens travaillent pour eux ; et les pauvres ont un droit sur la propri&#233;t&#233; des riches, car ils sont pauvres non parce qu'ils travaillent peu mais parce qu'ils travaillent pour les autres. En fait, les pauvres travaillent toujours beaucoup plus longtemps &#224; des t&#226;ches beaucoup plus ingrates que les riches, et dans des conditions pires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'est jamais devenu riche ni ne l'est demeur&#233; par son propre travail, mais seulement en exploitant le travail des autres. Un homme peut avoir une maison et un bout de terre, les outils de sa profession et une bonne sant&#233; toute sa vie et il peut travailler aussi dur qu'il voudra et aussi longtemps qu'il pourra, il produira assez pour sa famille mais pas beaucoup plus ; et il ne sera m&#234;me pas ind&#233;pendant, il d&#233;pendra des autres pour obtenir certaines mati&#232;res premi&#232;res et pour &#233;changer ses produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est des biens publics, il ne s'agit pas seulement de savoir qui les poss&#232;de mais encore qui les contr&#244;le. Il n'est pas n&#233;cessaire d'&#234;tre propri&#233;taire pour exploiter les autres. Les riches ont toujours employ&#233; d'autres gens pour g&#233;rer leurs biens et maintenant que des soci&#233;t&#233;s anonymes et des entreprises nationalis&#233;es tendent &#224; remplacer les propri&#233;taires priv&#233;s, ce sont les &#171; managers &#187; qui deviennent les principaux exploiteurs des ouvriers. Tant dans les pays avanc&#233;s que dans les pays sous-d&#233;velopp&#233;s, tant dans les &#201;tats capitalistes que communistes, c'est une petite minorit&#233; de la population qui poss&#232;de ou contr&#244;le la grande majorit&#233; des biens publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit des apparences, cela n'est pas un probl&#232;me politique ou l&#233;gal. Ce qui importe n'est pas la distribution de l'argent ou le syst&#232;me de r&#233;partition des terres, l'organisation des imp&#244;ts, la m&#233;thode de taxation ou la loi sur les h&#233;ritages, mais le fait fondamental que certaines personnes travaillent pour d'autres, tout comme certaines ob&#233;issent &#224; d'autres. Si nous refusions de travailler pour les riches et les puissants, la propri&#233;t&#233; dispara&#238;trait, de la m&#234;me fa&#231;on que, si nous refusions d'ob&#233;ir aux dirigeants, l'autorit&#233; dispara&#238;trait. Pour les anarchistes, la propri&#233;t&#233; est bas&#233;e sur l'autorit&#233;, non le contraire. Le probl&#232;me n'est pas de savoir comment les paysans engraissent les propri&#233;taires ou comment les ouvriers enrichissent les patrons, mais &lt;i&gt;pourquoi &lt;/i&gt; ils le font, et c'est l&#224; qu'est le probl&#232;me politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains essaient de r&#233;soudre le probl&#232;me de la propri&#233;t&#233; en changeant la loi ou le gouvernement, par des r&#233;formes ou par la r&#233;volution. Les anarchistes n'ont aucune confiance dans ces solutions, mais ils ne s'accordent pas tous sur la bonne solution. Il y en a qui veulent le partage de tout entre tout le monde, afin que chacun ait une part de la richesse mondiale, et un syst&#232;me commercial de laisser-faire avec cr&#233;dit gratuit pour &#233;viter l'accumulation excessive. Mais la plupart des anarchistes n'ont pas non plus confiance dans cette solution, et veulent l'expropriation de tous ceux qui poss&#232;dent plus que le n&#233;cessaire, afin que nous ayons tous acc&#232;s &#224; la richesse mondiale, et que le contr&#244;le soit aux mains de la communaut&#233;. Mais ; au moins, tous s'accordent pour dire que le syst&#232;me actuel de propri&#233;t&#233; doit &#234;tre d&#233;truit en m&#234;me temps que le syst&#232;me actuel d'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Dieu et l'Eglise&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes sont traditionnellement anticl&#233;ricaux et ath&#233;es. Les premiers anarchistes &#233;taient autant oppos&#233;s &#224; l'&#201;glise qu'&#224; l'&#201;tat, et la plupart d'entre eux s'opposaient &#224; la religion m&#234;me. La formule &#171; Ni Dieu ni Ma&#238;tre &#187; a souvent &#233;t&#233; utilis&#233;e pour r&#233;sumer le message anarchiste. Bien des gens font encore leur premier pas vers l'anarchisme en abandonnant leur foi et en devenant rationalistes ou humanistes ; le refus de l'autorit&#233; divine encourage le refus de l'autorit&#233; humaine. La plupart des anarchistes aujourd'hui sont probablement ath&#233;es, ou du moins agnostiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a eu des anarchistes religieux, bien qu'ils soient habituellement en dehors du courant principal du mouvement. Ce sont par exemple les sectes h&#233;r&#233;tiques qui devanc&#232;rent les id&#233;es anarchistes avant le XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et les groupes de pacifistes religieux en Europe et en Am&#233;rique du Nord durant les XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, en particulier Tolsto&#239; et ses disciples au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et le mouvement ouvrier catholique (&#171; Catholic Worker &#187;) aux &#201;tats-Unis depuis 1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haine g&#233;n&#233;rale des anarchistes envers la religion d&#233;cline &#224; mesure que d&#233;cline la puissance de l'&#201;glise, et beaucoup d'anarchistes pensent maintenant qu'il s'agit l&#224; d'une question personnelle. Ils s'opposeraient &#224; l'interdiction de la religion par la force comme &#224; son renouveau par la force. Ils laisseraient chacun croire et faire ce qu'il veut tant que cela ne concerne que lui ; mais ils ne laisseraient pas l'Eglise reprendre davantage de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'histoire de la religion est un mod&#232;le pour l'histoire de l'&#201;tat. On a longtemps pens&#233; qu'une soci&#233;t&#233; sans Dieu &#233;tait impossible ; aujourd'hui, Dieu est mort. On pense encore qu'une soci&#233;t&#233; sans &#201;tat est impossible ; il s'agit maintenant de d&#233;truire l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Guerre et violence&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes se sont toujours oppos&#233;s &#224; la guerre, mais ils ne s'opposent pas tous &#224; la violence. Ils sont antimilitaristes, mais pas n&#233;cessairement pacifistes. Pour eux, la guerre est l'exemple supr&#234;me de l'autorit&#233; hors d'une soci&#233;t&#233;, et &#224; la fois une puissante confirmation de l'autorit&#233; au sein de la soci&#233;t&#233;. La violence et la destruction organis&#233;es de la guerre sont une version immens&#233;ment agrandie de la violence et de la destruction organis&#233;es de l'&#201;tat, la guerre est la sant&#233; de l'&#201;tat. Le mouvement anarchiste a une solide tradition de r&#233;sistance &#224; la guerre et &#224; la pr&#233;paration de la guerre. Quelques anarchistes ont soutenu des guerres, mais ils ont toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s comme des ren&#233;gats par leurs camarades, et cette totale opposition aux guerres nationales est un des grands facteurs unificateurs des anarchistes. Mais les anarchistes ont distingu&#233; les guerres nationales &#8212; entre &#201;tats &#8212; des guerres civiles &#8212; entre classes. Le mouvement r&#233;volutionnaire anarchiste, depuis la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, appelle &#224; l'insurrection violente pour d&#233;truire l'&#201;tat, et les anarchistes ont pris une part active dans maints soul&#232;vements arm&#233;s et guerres civiles, surtout en Russie et en Espagne. Tout en y participant, ils ne se faisaient pas d'illusions sur les chances de d&#233;clencher la r&#233;volution par ces seuls combats. La violence pouvait &#234;tre n&#233;cessaire pour d&#233;truire l'ancien syst&#232;me, mais elle &#233;tait inutile et m&#234;me dangereuse pour construire un nouveau syst&#232;me. Une arm&#233;e populaire peut vaincre une classe dirigeante et d&#233;truire un gouvernement, mais elle ne peut aider le peuple &#224; cr&#233;er une soci&#233;t&#233; libre, et il ne sert &#224; rien de gagner une guerre si on ne sait pas gagner la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'anarchistes doutent en fait que la violence puisse jamais &#234;tre utile. Comme l'&#201;tat, ce n'est pas une force neutre dont les effets varient selon qui l'utilise, et elle n'aura pas forc&#233;ment de bons effets simplement parce qu'elle est en de bonnes mains. Bien s&#251;r, la violence des opprim&#233;s n'est pas la m&#234;me que la violence de l'oppresseur, mais, m&#234;me lorsque c'est la meilleure fa&#231;on de sortir d'une situation intol&#233;rable, elle n'est qu'un pis aller. C'est un des ph&#233;nom&#232;nes les plus d&#233;plaisants de la soci&#233;t&#233; actuelle, et elle demeure d&#233;plaisante m&#234;me si elle part de bonnes intentions ; d'ailleurs, elle a tendance &#224; d&#233;truire son propre but, m&#234;me dans les circonstances o&#249; elle semble n&#233;cessaire &#8212; comme dans une r&#233;volution. L'exp&#233;rience de l'histoire montre que le succ&#232;s de la r&#233;volution n'est pas garanti par la violence ; au contraire, plus il y a de violence, moins il y a de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela peut sembler absurde &#224; qui n'est pas anarchiste. L'un des pr&#233;jug&#233;s les plus anciens et les plus tenaces &#224; l'&#233;gard des anarchistes, c'est qu'ils sont avant tout violents. Le st&#233;r&#233;otype de l'anarchiste avec une bombe sous le manteau est vieux de quatre-vingts ans, mais il est encore vivace. Beaucoup d'anarchistes ont &#233;t&#233; favorables &#224; la violence, certains ont &#233;t&#233; partisans de l'assassinat de personnalit&#233;s, et un petit nombre a m&#234;me &#233;t&#233; pour le terrorisme dans la population, pour aider &#224; d&#233;truire le syst&#232;me actuel. C'est une face sombre de l'anarchisme, et il n'y a pas &#224; la nier. Mais ce n'est qu'un aspect de l'anarchisme, et un petit aspect. La plupart des anarchistes sont oppos&#233;s &#224; toute violence, sauf &#224; celle qui est vraiment in&#233;vitable &#8212; la violence qui survient quand le peuple se d&#233;barrasse de ses dirigeants et de ses exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui commettent le plus de violence sont ceux qui exercent l'autorit&#233;, non ceux qui l'attaquent. Les grands lanceurs de bombes ne sont pas les desperados tragiques de l'Europe m&#233;ridionale d'il y a un demi-si&#232;cle, mais les engins militaires de tous les &#201;tats du monde &#224; travers l'histoire. Aucun anarchiste ne peut rivaliser avec le Blitz ou la bombe atomique, aucun Ravachol ou Bonnot ne peut &#234;tre compar&#233; &#224; un Hitler ou &#224; un Staline. Nous encourageons les travailleurs &#224; occuper leurs usines et les paysans &#224; s'emparer de leurs terres, et il se pourrait que des vitrines soient bris&#233;es et des barricades construites, mais nous n'avons pas de soldats, pas d'avions, pas de police, pas de prisons, pas de camps, pas de pelotons d'ex&#233;cution, pas de chambres &#224; gaz ni de bourreaux. Pour les anarchistes, la violence est l'exemple extr&#234;me de l'usage du pouvoir d'une personne contre une autre, le paroxysme de tout ce contre quoi nous luttons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques anarchistes ont m&#234;me &#233;t&#233; pacifistes, bien que ce ne soit pas fr&#233;quent. Beaucoup de pacifistes ont &#233;t&#233; (ou sont devenus) anarchistes, et les anarchistes ont eu tendance &#224; se rapprocher du pacifisme au fur et &#224; mesure que le monde s'est rapproch&#233; de la destruction. Quelques-uns ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement attir&#233;s par le pacifisme militant d&#233;fendu par Tolsto&#239; et Gandhi et par l'utilisation de la non-violence comme technique d'action directe, et un grand nombre ont pris part aux mouvements contre la guerre o&#249; ils ont eu parfois une certaine influence. Mais la plupart des anarchistes &#8212; m&#234;me les plus militants &#8212; trouvent le pacifisme trop large dans son refus de toute violence par tout homme en toute circonstance, et trop &#233;troit dans son affirmation que l'&#233;limination de la violence seule rendra la soci&#233;t&#233; diff&#233;rente. L&#224; o&#249; les pacifistes voient l'autorit&#233; comme une version affaiblie de la violence, les anarchistes voient la violence comme une manifestation exacerb&#233;e de l'autorit&#233;. Ils sont aussi rebut&#233;s par le c&#244;t&#233; moralisateur du pacifisme, l'asc&#233;tisme et la droiture, et par sa conception bienveillante du monde. R&#233;p&#233;tons-le, ils sont antimilitaristes mais pas n&#233;cessairement pacifistes !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'individu et la soci&#233;t&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; de base de l'humanit&#233; est l'homme, l'&#234;tre humain individuel. Presque tous les individus vivent en soci&#233;t&#233;, mais la soci&#233;t&#233; n'est rien de plus qu'une somme d'individus, et son seul but est de leur permettre une vie &#233;panouie. Les anarchistes ne croient pas que les hommes aient des droits naturels, et cela s'applique &#224; chacun : aucun individu ne peut se r&#233;clamer d'un droit pour agir ni pour interdire &#224; un autre d'agir. Il n'y a pas de volont&#233; g&#233;n&#233;rale, pas de norme sociale &#224; laquelle on doive se soumettre. Nous sommes &#233;gaux, non identiques. La comp&#233;tition et l'entraide, l'agressivit&#233; et la tendresse, l'intol&#233;rance et la tol&#233;rance, la violence et la douceur, l'autorit&#233; et la r&#233;volte sont toutes des formes naturelles de comportement social, mais certaines favorisent et d'autres entravent l'&#233;panouissement de la vie individuelle. Des anarchistes croient que le meilleur moyen de garantir cet &#233;panouissement est d'accorder une libert&#233; &#233;gale &#224; chaque membre de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, nous n'avons pas le temps de moraliser au sens traditionnel, et nous ne nous int&#233;ressons pas &#224; la vie priv&#233;e des autres... Que chacun fasse ce qu'il veut dans la limite de ses propres capacit&#233;s, du moment qu'il laisse les autres faire de m&#234;me. Des choses telles que l'habillement, l'apparence, le langage, la mani&#232;re de vivre les relations, etc., sont mati&#232;res &#224; pr&#233;f&#233;rences personnelles. De m&#234;me pour la sexualit&#233;. Nous sommes pour l'amour libre, mais cela ne veut pas dire que nous soyons pour la promiscuit&#233; universelle ; cela veut dire que tout amour est libre, sauf la prostitution et le viol, et que les gens devraient &#234;tre capables de choisir (ou de rejeter) les formes d'attitude sexuelle et les partenaires sexuels qui leur conviennent Une libert&#233; sexuelle extr&#234;me pourra convenir &#224; l'un et une extr&#234;me chastet&#233; &#224; l'autre &#8212; bien que la plupart des anarchistes pensent que le monde serait plus vivable si on avait moins fait de tracas et plus fait l'amour. Le m&#234;me principe s'applique aux drogues : les gens peuvent s'intoxiquer &#224; l'alcool, &#224; la caf&#233;ine, au haschich ou aux amph&#233;tamines, au tabac ou &#224; l'opium, et nous n'avons aucun droit de les en emp&#234;cher, de les punir, bien qu'on puisse essayer de les aider. De m&#234;me, que chacun adore &#224; sa fa&#231;on, tant qu'ils laissent les autres pratiquer le culte qui leur convient ou n'en point pratiquer du tout. Tant pis pour les offusqu&#233;s ; ce qui importe, c'est de ne pas blesser. Il n'y a pas besoin de s'inqui&#233;ter des diff&#233;rences d'attitude personnelle ; ce dont il faut s'inqui&#233;ter, c'est de la grossi&#232;re Injustice de la soci&#233;t&#233; autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennemi principal du libre individu est le pouvoir &#233;crasant de l'&#201;tat mais les anarchistes sont aussi oppos&#233;s &#224; tout autre forme d'autorit&#233; qui limite la libert&#233; &#8212; dans la famille, &#224; l'&#233;cole, au travail, dans le voisinage &#8212; et &#224; toute tentative de standardiser l'individu. Cependant, avant d'examiner comment la soci&#233;t&#233; peut &#234;tre organis&#233;e pour donner le maximum de libert&#233; &#224; ses membres, il nous faut d&#233;crire les diff&#233;rentes formes qu'a prises l'anarchisme selon les conceptions des relations entre l'individu et la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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