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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>La &#171; sanglante semaine &#187; de Lyon </title>
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		<dc:date>2022-06-30T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Roux</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Marx et Engels, commentant l'insurrection des quartiers ouvriers de Paris en juin 1848, &#233;crivirent qu'ils ne voyaient de mouvement comparable dans le pass&#233; que &#171; la guerre des esclaves &#224; Rome (Spartacus) et l'insurrection lyonnaise de 1834 &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-gavroche-no134-mars-avril-2004-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;134 - Mars-Avril 2004&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-gavroche-revue-d-histoire-populaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1120-5a993.jpg?1774838467' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Marx et Engels, commentant l'insurrection des quartiers ouvriers de Paris en juin 1848, &#233;crivirent qu'ils ne voyaient de mouvement comparable dans le pass&#233; que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la guerre des esclaves &#224; Rome (Spartacus) et l'insurrection lyonnaise de 1834&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouvelle Gazette Rh&#233;nane, 28 juin 1848.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les deux th&#233;oriciens de la lutte des classes comme pour tous les autres penseurs socialistes de l'&#233;poque (Proudhon, Blanqui, Consid&#233;rant, etc.), les deux insurrections lyonnaises, &#224; vingt-huit mois d'intervalle (les &#171; Trois Glorieuses prol&#233;tariennes &#187; de novembre 1831, puis la &#171; Sanglante semaine &#187; d'avril 1834), marquaient l'irruption du prol&#233;tariat sur la sc&#232;ne politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1830, trois jours d'&#233;meute, les &#171; Trois Glorieuses &#187; de Paris, avaient chass&#233; le r&#233;gime archa&#239;que de Charles X. &#192; Lyon comme &#224; Paris, les bourgeois avaient d&#251; faire appel aux &#171; blouses &#187;, aux ouvriers : pour construire les barricades, il fallait des mains calleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, Louis-Philippe et le banquier Laffitte, install&#233;s au pouvoir, les belles promesses et les grands discours sont bien oubli&#233;s : le peuple a toujours faim. La moindre avanc&#233;e du ch&#244;mage jette imm&#233;diatement &#224; la rue des masses de travailleurs sans protection sociale et sans &#233;conomies. Or, d&#232;s 1831, le ch&#244;mage repart &#224; la hausse.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les journ&#233;es de novembre 1831 &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Lyon que, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire moderne. le prol&#233;tariat va s'affronter &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi &#224; Lyon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me agglom&#233;ration de France compte alors 180 000 habitants. &#192; la diff&#233;rence de Paris, dont les industries diverses permettent au peuple de passer d'un emploi &#224; l'autre lorsqu'un secteur est en crise, plus de la moiti&#233; des habitants de Lyon et des communes alentour vivent du tissage de la soie. La crise qui frappe cette industrie &#224; la fin de l'ann&#233;e 1831 ne laisse donc aucune chance aux Canuts d'&#233;chapper &#224; la mis&#232;re. Or, tout ce peuple de tisseurs, de d&#233;videuses, d'ourdisseuses, de liseurs, de plieurs, de teinturiers, etc., que l'on a appel&#233;s par d&#233;rision &#171; Canuts &#187; (du nom de la bobine de fil, la canette), a d&#233;j&#224; compris, plus t&#244;t qu'ailleurs &#224; cause de l'industrialisation avanc&#233;e du secteur de la soie, que l'antagonisme entre le capital et le travail est irr&#233;ductible. Accul&#233;s par la faim, les Canuts vont exprimer dans leur r&#233;volte une conscience de classe inconnue jusqu'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers de la soie forment en effet un ensemble particuli&#232;rement homog&#232;ne : les chefs d'ateliers, propri&#233;taires de deux &#224; six m&#233;tiers en moyenne, et leurs compagnons, v&#233;ritables prol&#233;taires, sont solidaires face aux &#171; fabricants &#187; qui ne fabriquent rien du tout et se contentent de fournir la mati&#232;re premi&#232;re et le dessin des commandes. La ville est d'ailleurs coup&#233;e en deux : les riches habitent la presqu'&#238;le et la plaine des Broteaux, les pauvres s'entassent sur le plateau et sur les pentes de la Croix-Rousse, et au pied de la colline de Fourvi&#232;re. Les journ&#233;es sont de quinze, voire dix-huit heures. Le travail de la soie s'effectue dans des positions p&#233;nibles, qui provoquent des malformations et des maladies professionnelles ; la tuberculose fait des ravages, surtout parmi les jeunes filles. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'&#233;tait piti&#233;, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;raconte un fabricant t&#233;moin des premi&#232;res manifestations&lt;/span&gt;, de voir les joues creuses, les teints h&#226;ves, la complexion malingre et r&#233;tr&#233;cie de la plupart de ces malheureux l'&#233;nergie semblait devoir fuir des corps aussi faibles, aussi peu d&#233;velopp&#233;s mais ces individus &#233;taient r&#233;unis, ils &#233;taient organis&#233;s, ils formaient un corps compact et les masses ont conscience de leur force&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1828 est fond&#233;e &#224; Lyon l'Association mutuelliste pour &#171; la r&#233;sistance &#224; l'oppression &#187;, sorte de franc-ma&#231;onnerie ouvri&#232;re, premi&#232;re &#233;bauche d'un syndicat ouvrier, qui va fournir les cadres du mouvement revendicatif des Canuts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'automne 1831, les Canuts entreprennent de s'organiser ouvertement en vue d'un affrontement avec les fabricants. Ils r&#233;clament une augmentation des salaires. Le 24 puis le 25 octobre, tandis que des n&#233;gociations se poursuivent entre repr&#233;sentants des fabricants et d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers, des cort&#232;ges de plusieurs milliers de chefs d'ateliers et de compagnons traversent Lyon pour converger place Bellecour. Ils marchent en silence et sans armes. Organis&#233;s en sections, centuries, d&#233;curies, men&#233;s par des chefs &#233;lus, leur organisation et leur discipline quasi militaire impressionnent les autorit&#233;s civiles, qui poussent les fabricants &#224; la n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tarif r&#233;clam&#233; par les Canuts, est adopt&#233; le 25 octobre par les fabricants, apr&#232;s quatre heures de d&#233;lib&#233;ration : on fait la f&#234;te sur les pentes de la Croix-Rousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le 17 novembre, alors que le nouveau tarif n'est toujours pas entr&#233; en vigueur, une lettre du ministre du Commerce vient donner raison aux fabricants qui refusent de l'appliquer. Les quartiers ouvriers entrent en &#233;bullition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain. une revue de la garde nationale a lieu place Bellecour ; les gardes ouvriers r&#233;pondent par des menaces aux gardes bourgeois qui se moquent de leurs uniformes de pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1443 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH356/sans_titre-8-c954f.jpg?1774879609' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le 21 novembre, &#224; l'heure o&#249; s'ouvrent les ateliers, les &#233;missaires des chefs de section parcourent les traboules de la Croix-Rousse en appelant &#224; cesser le travail. Un groupe d'ouvriers se retrouve nez &#224; nez avec un d&#233;tachement de gardes nationaux compos&#233; de fabricants et de commis. Des coups de feu &#233;clatent : plusieurs ouvriers tombent. Les autres remontent vers le plateau en appelant aux armes. La colline se couvre de barricades. Sur l'une d'elles flotte le drapeau noir, en signe de deuil, avec cette devise : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vivre en travaillant ou mourir en combattant&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les colonnes militaires qui tentent de monter la pente sont bombard&#233;es de tuiles, de moellons et de meubles ; des unit&#233;s isol&#233;es sont d&#233;sarm&#233;es par des hommes arm&#233;s de b&#226;tons et de pierres. Comme les lignards ren&#226;clent &#224; fusiller le peuple, on fait ouvrir leurs rangs pour laisser tirer la garde nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 novembre au matin, les gardes nationaux bourgeois se sont d&#233;band&#233;s, alors que les combattants de la Croix-Rousse ont re&#231;u des renforts venus de Vaise et de la Guillotti&#232;re. Les Canuts sont maintenant arm&#233;s de fusils pris aux soldats. Une colonne qui tente de monter &#224; l'assaut de la Croix-Rousse par la c&#244;te des carm&#233;lites est contrainte de capituler. Des ouvriers de tous les quartiers et de tous les m&#233;tiers rejoignent &#224; pr&#233;sent l'&#233;meute. Avant le soir, toute la ville est aux mains du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militaires ont perdu plus de 100 hommes, et comptent pr&#232;s de 300 bless&#233;s. Du c&#244;t&#233; des &#233;meutiers, les pertes sont estim&#233;es &#224; 70 morts, et le double de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s civiles et militaires ayant pris la fuite (&#224; l'exception du Pr&#233;fet, claquemur&#233; dans sa pr&#233;fecture), Lyon va rester pendant une semaine &#8212; du 23 au 29 novembre &#8212; au pouvoir des Canuts. Les chefs des ouvriers en soie, des mutuellistes dont l'objectif est de faire appliquer le tarif et qui sont organis&#233;s au sein de l'Association des Volontaires du Rh&#244;ne, s'installent &#224; la mairie, se constituent en &#171; &#233;tat-major &#187;, et s'efforcent de garder le contr&#244;le de la situation. Leur premier soin est de contenir le lumpenprol&#233;tariat, cette &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;vermine passive, la lie des plus basses couches de la vieille soci&#233;t&#233;&lt;/q&gt; commente Marx, dans son analyse du soul&#232;vement lyonnais. Et Engels de rench&#233;rir : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;tout chef ouvrier qui emploie ces vagabonds comme d&#233;fenseurs ou qui s'appuie sur eux prouve qu'il n'est qu'un tra&#238;tre au mouvement&lt;/q&gt;. La garde nationale est convoqu&#233;e &#171; sans uniforme &#187; et la consigne est donn&#233;e : on br&#251;le les h&#244;tels particuliers des fabricants les plus honnis, mais on ne pille pas ; quelques voleurs pris sur le fait sont pass&#233;s par les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mutuellistes se m&#233;fient &#233;galement des r&#233;volutionnaires et des r&#233;publicains sociaux, qui r&#233;clament qu'on arme le prol&#233;tariat, que la ville soit administr&#233;e par un &#171; conseil d'ouvriers &#233;lus et que le mouvement soit &#233;tendu. Pendant plusieurs jours, radicaux et mutuellistes se disputent l'H&#244;tel de Ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 novembre, le mouvement faiblit. Les r&#233;publicains sociaux n'ont pas r&#233;ussi &#224; entra&#238;ner le peuple derri&#232;re eux, et les chefs mutuellistes, qui n'ont jamais rompu le dialogue avec le pr&#233;fet, pensent enfin tenir leur tarif. En gage de bonne volont&#233;, le roi Louis-Philippe, dont l'avarice est pourtant proverbiale, annonce une commande de 640 000 francs. Deux repr&#233;sentants des Canuts partent pour Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout rentre dans l'ordre d&#232;s les premiers jours de d&#233;cembre : les Canuts reprennent le travail, et le duc d'Orl&#233;ans entre dans Lyon &#224; c&#244;t&#233; du mar&#233;chal Soult, dont l'arm&#233;e investit la ville. Les ouvriers les plus compromis et les &#233;trangers s'enfuient, mais le pouvoir a choisi, provisoirement, l'apaisement : au terme de plusieurs proc&#232;s, deux ouvriers seulement, dont l'auteur de la devise &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vivre en travaillant ou mourir en combattant&lt;/q&gt; sont condamn&#233;s &#224; de l&#233;g&#232;res peines de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que reste-t-il aux Canuts de leurs revendications ? Quasiment rien : aucune des promesses ne sera tenue. La strat&#233;gie de l'apolitisme a conduit &#224; un &#233;chec total. Cependant, la prise d'une grande ville par le peuple, ne serait-ce qu'une semaine, sans que le pouvoir ose se livrer &#224; des repr&#233;sailles tant sont fortes les organisations ouvri&#232;res, va avoir un impact immense sur tout le mouvement progressiste de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Organisation du mouvement ouvrier &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les chefs du mutualisme ont compris leur erreur et vont se radicaliser. La ville des Canuts devient le creuset du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les saint-simoniens voient en Lyon la J&#233;rusalem nouvelle. Leur guide spirituel, le P&#232;re Enfantin, pr&#244;ne une doctrine sociale qui imagine la soci&#233;t&#233; comme une vaste association bas&#233;e sur la solidarit&#233;. Il envoie des &#171; ap&#244;tres &#187; en mission dans la ville de la soie, qui traversent les faubourgs en chantant et vont s'embaucher dans les ateliers, &#224; 40 sous par jour, pour pr&#234;cher aux prol&#233;taires la religion nouvelle. Cette &#233;trange &#171; &#201;glise &#187; qui a emprunt&#233; au christianisme ses rites et sa terminologie, et dont les membres portent un habit boutonn&#233; par derri&#232;re, mani&#232;re d'exercer leur solidarit&#233;, est alors tr&#232;s influente : pacifistes, tr&#232;s actifs et organis&#233;s, les missionnaires saint-simoniens restent influents &#224; Lyon jusqu'au d&#233;but de 1833, lorsque le mouvement ouvrier se radicalise brusquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les saint-simoniens, les militants progressistes de ce d&#233;but de l'&#232;re industrielle se comparent souvent dans leurs &#233;crits aux premiers chr&#233;tiens pers&#233;cut&#233;s, et, de fait, leurs organisations ont de nombreux traits communs avec la secte chr&#233;tienne du temps de N&#233;ron : l'organisation hi&#233;rarchis&#233;e, secr&#232;te, les rituels, le discours proph&#233;tique, l'id&#233;alisme. On a vu que les disciples du P&#232;re Enfantin fonctionnaient comme une &#233;glise et proph&#233;tisaient la cit&#233; id&#233;ale ; les fouri&#233;ristes, &#233;galement, croient dans l'av&#232;nement proche de la cit&#233; id&#233;ale, gr&#226;ce &#224; l'organisation phalanst&#233;rienne. Les rites de la Charbonnerie renaissante ressemblent eux beaucoup &#224; ceux des francs-ma&#231;ons, et l'organisation secr&#232;te des Carbonari inspirera bient&#244;t Blanqui ou Bakounine, mais d&#233;j&#224; les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes sont nombreuses : les &#171; Prol&#233;taires &#187;, les &#171; Ind&#233;pendants philanthropes &#187;, la &#171; Soci&#233;t&#233; du progr&#232;s &#187;, etc. Les mutuellistes enfin, de loin les plus nombreux &#224; Lyon, organisent leurs cadres en &#171; loges &#187; semi-clandestines, et se disent la &#171; Franc-ma&#231;onnerie ouvri&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce mouvement id&#233;aliste o&#249; le terme de &#171; socialisme &#187; vient de faire son apparition, est fortement impr&#233;gn&#233; de religion, et Fran&#231;ois de Lamennais (le &#171; Babeuf en chasuble &#187; siffle la presse catholique) apportera son soutien aux inculp&#233;s de la Sanglante semaine. Les &#233;l&#233;ments les plus radicaux du mouvement se r&#233;clament de Gracchus Babeuf et des &#201;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conviction est commune &#224; ces militants : tous imaginent qu'une soci&#233;t&#233; juste est &#224; port&#233;e de main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse joue un r&#244;le majeur dans les &#233;v&#233;nements lyonnais : les saint-simoniens diffusent leur utopie mystique dans leurs journaux, &lt;i&gt;Le Producteur&lt;/i&gt;, jusqu'en 1826, puis &lt;i&gt;Le Globe&lt;/i&gt; ;&lt;i&gt; L'Echo de la Fabrique&lt;/i&gt;, organe des mutuellistes. se veut le journal de la caste prol&#233;taire. &#192; l'image des chefs Canuts, il se radicalise apr&#232;s 1831. N&#233; &#224; la veille des Trois Glorieuses r&#233;publicaines, il sera toujours au c&#339;ur du mouvement et dispara&#238;tra avec lui, en mai 1834, apr&#232;s avoir proclam&#233;, quinze ans avant Marx : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Prol&#233;taires de tous &#233;tats&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;lci dans le sens de &#171; m&#233;tier &#187;.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, unissez-vous !&lt;/q&gt; &lt;i&gt;La Glaneuse&lt;/i&gt; joue &#233;galement un r&#244;le important. Seul ce journal a os&#233; diffuser l'appel des r&#233;volutionnaires en novembre 1831 : c'est le cauchemar des autorit&#233;s royales, qui n'auront de cesse de le faire dispara&#238;tre, &#224; la veille de la Sanglante semaine. Il y a encore&lt;i&gt; Le Phalanst&#232;re&lt;/i&gt;, de Fourier, et &lt;i&gt;Le Pr&#233;curseur&lt;/i&gt;, journal des r&#233;publicains mod&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les vingt-huit mois qui s&#233;parent la fin du premier acte de la r&#233;volte des Canuts de la Sanglante semaine, le mouvement ouvrier s'organise et se politise, s'affirmant ouvertement r&#233;publicain. Le pouvoir royal sent le danger et d&#233;cide d'en finir avant que les id&#233;es factieuses n'aient essaim&#233;. Le pi&#232;ge dans lequel vont tomber les r&#233;publicains de Lyon sera le m&#234;me que Thiers tendra aux communards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;solus &#224; provoquer un affrontement d&#233;cisif avec les Canuts encore isol&#233;s, les repr&#233;sentants de Louis-Philippe guettent l'occasion d'engager les hostilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Avril 1834 : la Sanglante semaine &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 12 f&#233;vrier 1834, les Canuts votent la gr&#232;ve pour protester contre la baisse des salaires. Le 13, ils manifestent. Le 14, la gr&#232;ve est totale. Mais le 19 f&#233;vrier, les fabricants font des concessions, et les ouvriers reprennent le m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les meneurs de la &#171; coalition &#187; de f&#233;vrier sont inculp&#233;s et passent en jugement le 5 avril. Les troupes convergent vers la ville. Des incidents &#233;clatent aux alentours du tribunal, mais les soldats fraternisent avec la foule et le calme revient vite. Les chefs mutuellistes, confiants dans les sympathies des soldats pour le peuple, se sentent en position de force et lancent un mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour le jour du verdict, le 9 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8, trois colonnes de l'arm&#233;e investissent les faubourgs de Lyon. Le lendemain, la foule est compacte autour du Palais de justice ; des orateurs, mont&#233;s sur des bornes, haranguent la foule, mais il n'y a pas de violences. Deux canons tirent alors &#224; blanc, provoquant un d&#233;but de panique. Dans la confusion, un homme fait feu sur les gendarmes, qui r&#233;pliquent et le tuent. Les ouvriers prennent les papiers du mort, qui s'av&#232;re &#234;tre un agent de police, nomm&#233; Faivre. D'autres policiers en civil, m&#234;l&#233;s aux manifestants, ont tir&#233; sur la troupe, qui fusille la foule. On crie : &#171; Aux armes ! &#187; Des barricades s'&#233;l&#232;vent dans la h&#226;te, aussit&#244;t canonn&#233;es. Les fuyards se r&#233;fugient dans les maisons o&#249; les soldats les poursuivent, tuant tout sur leur passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance s'organise dans les quartiers populaires, parcourus de ruelles &#233;troites, faciles &#224; obstruer, de passages couverts escaladant les pentes de la Croix-Rousse, les fameuses traboules. L&#224;, les insurg&#233;s sont sur leur terrain : des fen&#234;tres, des barricades, partent des coups de feu. Deux canons sont pris et tirent sur le quartier-g&#233;n&#233;ral de l'arm&#233;e &#233;tabli place Bellecour. La Guilloti&#232;re se soul&#232;ve &#224; son tour. Les soldats n'avancent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le drapeau noir flotte sur Fourvi&#232;re, sur l'Antiquaille, sur Saint-Mizier. Le drapeau rouge appara&#238;t sur l'&#233;glise Saint-Polycarpe, et c'est l&#224; que meurt vraiment Gavroche : un gamin de dix ans est all&#233; planter le drapeau au sommet de l'&#233;glise. Une salve abat l'embl&#232;me ; il remonte et accroche un pantalon de soldat garance en guise d'oriflamme ; une salve le foudroie &#224; la descente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les combattants r&#233;volutionnaires ne sont pas nombreux : 3 000 au total, mais rarement plus d'un millier &#224; la fois, dont la moiti&#233; seulement est arm&#233;e, &#224; cause des d&#233;sarmements de 1831. C'est un mouvement politique, r&#233;publicain. qui veut renverser l'ordre &#233;tabli, mais ce n'est plus un mouvement de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence de 1831, il n'y a pas de commandement unifi&#233; des &#233;meutiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de l'affrontement, les insurg&#233;s lyonnais tentent d'&#233;tablir le contact avec l'ext&#233;rieur. Le mouvement ne restera pas sans &#233;cho : des troubles &#233;clatent dans de nombreuses villes de province et &#224; Paris, o&#249; l'&#233;meute est &#233;cras&#233;e apr&#232;s deux jours de combat. Le massacre de la rue Transnonain, de Daumier, aurait pu illustrer de nombreuses sc&#232;nes de l'insurrection lyonnaise.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1442 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/rue_transnonain__le_15_avril_1834.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH349/rue_transnonain__le_15_avril_1834-c3897.jpg?1774879610' width='500' height='349' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Massacre de la rue Transnonain par Honor&#233; Daumier&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La lutte est bien trop in&#233;gale. Les soldats, exasp&#233;r&#233;s par la tactique de harc&#232;lement des Canuts, ne font pas de quartier. Apr&#232;s six jours de combats acharn&#233;s, les derniers r&#233;sistants se dispersent en haut de la Croix-Rousse. On estime &#224; deux cents le nombre des morts civils, dont la plus grande partie n'&#233;tait pas combattante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#232;s de 1835 condamn&#232;rent plus lourdement les &#171; politiques &#187; que les syndicalistes. Monsieur Thiers avait dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il n'est pas sage de faire le proc&#232;s &#224; une classe enti&#232;re&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ceux qui veulent en savoir plus liront le livre de Fernand Rude, &lt;i&gt;Les r&#233;voltes des Canuts, 1831-1834&lt;/i&gt; (&#201;ditions La D&#233;couverte, Paris. 2001), dont cet article s'inspire largement. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Nouvelle Gazette Rh&#233;nane&lt;/i&gt;, 28 juin 1848.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;lci dans le sens de &#171; m&#233;tier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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