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		<title>Ludovic Mass&#233; </title>
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		<dc:creator>Henry Poulaille</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Ludovic Mass&#233;, dernier d'une famille de cinq enfants, est n&#233; en m&#234;me temps que notre si&#232;cle, en janvier 1900. Son p&#232;re &#233;tait instituteur dans la vall&#233;e du Tech, et c'est l&#224; que l'enfant v&#233;cut jusqu'&#224; son entr&#233;e &#224; l'&#201;cole normale de Perpignan. Il &#233;tait un &#233;l&#232;ve fantasque, qu'on dut traduire plusieurs fois devant le conseil de discipline, mais lors des examens il gagnait les suffrages des plus difficiles. Au r&#233;giment, le bleu (c'&#233;tait un bleu rouge !) montra les m&#234;mes dispositions de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-1-34-cda58.jpg?1774717472' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ludovic Mass&#233;, dernier d'une famille de cinq enfants, est n&#233; en m&#234;me temps que notre si&#232;cle, en janvier 1900. Son p&#232;re &#233;tait instituteur dans la vall&#233;e du Tech, et c'est l&#224; que l'enfant v&#233;cut jusqu'&#224; son entr&#233;e &#224; l'&#201;cole normale de Perpignan. Il &#233;tait un &#233;l&#232;ve fantasque, qu'on dut traduire plusieurs fois devant le conseil de discipline, mais lors des examens il gagnait les suffrages des plus difficiles. Au r&#233;giment, le bleu (c'&#233;tait un bleu rouge !) montra les m&#234;mes dispositions de caract&#232;re, ce qui lui valut une surveillance que doivent prendre pour de la sollicitude les braves gens qui consid&#232;rent que l'arm&#233;e est une grande famille. De retour &#224; la vie civile, il fut nomm&#233; instituteur &#224; C&#233;ret. C'est de l&#224; que, de 1930 &#224; 1933, il envoya ses manuscrits aux &#233;diteurs et aux revues de la capitale, o&#249; ils furent refus&#233;s tour &#224; tour : &lt;i&gt;Le Livre des b&#234;tes famili&#232;res&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Fi&#232;vre au village&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Lliam la truite&lt;/i&gt; (en collaboration avec son fr&#232;re) et &lt;i&gt;Versant de la douleur&lt;/i&gt;, devenu&lt;i&gt; Le Mas des Oubells&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;La Grande Revue&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Nouvel Age&lt;/i&gt;, il y a trois ans, furent les seules revues qui l'h&#233;berg&#232;rent. Depuis, deux ou trois autres &#8212; c'est assez peu ! &#8212; tinrent &#224; publier quelque chose de lui. On doit &#224; &#231;a que Mass&#233; soit rest&#233; un type neuf pour le public, ce qui est peut-&#234;tre une chance. En tout cas, il n'est pas du type habituel du jeune auteur de province, et il vient dans le monde de la chose litt&#233;raire avec le m&#234;me esprit d'ind&#233;pendance, la m&#234;me intransigeance qui le faisait &#171; mettre dehors &#187; &#224; l'&#233;cole et &#171; dedans &#187; &#224; l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mass&#233; s'est fait lui-m&#234;me et, comme la plupart des autodidactes, en tire quelque satisfaction, mais il n'en est pas vaniteux et d&#233;clare qu'il est un peu comme ces b&#226;tards de chiens qui, d'avoir emprunt&#233; &#224; mille rencontres, en acqui&#232;rent avec l'&#226;ge une esp&#232;ce de race &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autodidacte veut dire pour beaucoup de gens : &#171; qui a bouff&#233; de tout &#187;, et de fait l'on voit tr&#232;s bien notre jeune &#233;l&#232;ve instituteur d&#233;vorer Hugo, Flaubert, Stendhal, Huysmans, Vall&#232;s et Barr&#232;s, etc. C'est plus qu'exact pour notre auteur ; non seulement il les lisait, mais il les pastichait. Il savait Jules Renard par c&#339;ur. Il &#233;tait si enthousiaste d'Alphonse Daudet qu'il &#233;crivait une r&#233;habilitation de Delobelle dans &lt;i&gt;Fromont jeune et Risler a&#238;n&#233;&lt;/i&gt; ; il terminait le &lt;i&gt;Bouvard et P&#233;cuchet&lt;/i&gt; de Flaubert. Et nous ne mentionnerons que pour m&#233;moire les involontaires &#171; &#224; la mani&#232;re &#187; de Bloy et Mirbeau, Jules Renard, dont, fort heureuse-ment pour eux, pour nous et l'&#233;crivain, il ne reste plus que quelques pages publi&#233;es dans &lt;i&gt;la Grande Revue&lt;/i&gt;, o&#249; Mass&#233;-Jules Renard, justement, signait des petits craquetons en prose.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ludovic Mass&#233;, &#233;crivain catalan &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, c'&#233;tait de la jeunesse. Notre chien b&#226;tard faisait peu &#224; peu peau neuve. Les notations litt&#233;raires firent place &#224; l'observation de la vie de tous les jours. Il notait ce qu'il voyait, ce qu'il entendait, ce qu'il devinait, des travers des voisins, des amis, des siens. Il consignait les drames, les menus faits qui constituent la vie paysanne, tout cela un peu pour se d&#233;barrasser de toutes les influences litt&#233;raires recherch&#233;es ou subies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; que tout &#224; coup, de ces petits papiers qui avaient remplac&#233; les grandes feuilles lyriques, sourdaient les multiples voix de la geste terrienne. Cela ordonn&#233;, c'&#233;tait la nature, le village, ses hommes frustes qui revivaient. La premi&#232;re cristallisation fut&lt;i&gt; Fi&#232;vre au village&lt;/i&gt;, o&#249; l'atmosph&#232;re &#233;tait recr&#233;&#233;e encore litt&#233;rairement, mais qui annon&#231;ait un temp&#233;rament puissant que &lt;i&gt;Le Mas des Oubells &lt;/i&gt; montre mieux encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de la fin tolsto&#239;enne du &lt;i&gt;Mas des Oubells&lt;/i&gt;, que des lecteurs regretteront peut-&#234;tre, je rappellerai une discussion que nous avions eue entre lui, son fr&#232;re et moi. D&#233;j&#224;, il y a trois ans, quand il parlait de son livre, il disait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je ne sais si le tueur sera ch&#226;ti&#233; ; je ne le crois pas n&#233;cessaire. Cela ne r&#233;pond pas, en tout cas, chez moi, &#224; un besoin.&lt;/q&gt; Comme je lui &#233;crivais : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il faut que votre Chouline soit vaincu et avec lui tout le village, car on pourrait craindre de le voir revenir&lt;/q&gt;, Mass&#233; me r&#233;pondait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Oui, demain, le Chouline peut revenir, quoique je lui aie pr&#234;t&#233; assez de l&#226;chet&#233; et quelque peu la peur du gendarme.&lt;/q&gt; Le fr&#232;re du romancier lui &#233;crivait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Fais crever le bonhomme d'une fa&#231;on ou d'une autre.&lt;/q&gt; On peut voir dans le livre que notre auteur, t&#234;tu comme les mulets de la Catalogne, son pays, ne tint point compte de ces remarques. A-t-il raison, a-t-il tort ? Cela n'a point d'importance, puisque le livre est tr&#232;s beau et qu'il est, para&#238;t-il, l'un de ceux que retiennent les Goncourt. Quant au Prix... nous ne croyons pas que Ludovic Mass&#233; soit une b&#234;te &#224; concours.&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article paru dans le Peuple, 6 novembre 1933.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Henry Poulaille &lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5870 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-2-30.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L200xH264/sans_titre-2-30-0f833-756c0.jpg?1774720490' width='200' height='264' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Un visage clair, un regard qui se pose sur les choses, comme pour les animer d'une vie placide et harmonieuse. Le sens du merveilleux, o&#249; baignent ces montagnes du Vallespir, ces for&#234;ts de ch&#234;nes-li&#232;ges, ces villages d&#233;daigneux et dignes. Une connaissance nuanc&#233;e et directe du temp&#233;rament paysan, de ses go&#251;ts, de ses superstitions. Une interpr&#233;tation myst&#233;rieuse qui ne trouve en d&#233;finitive sa source que dans de prosa&#239;ques motifs. Certains d&#233;butent dans la litt&#233;rature avec des id&#233;es personnelles, des directives, des conceptions politiques et sociales d&#233;finies et syst&#233;matis&#233;es. Ils apportent &#171; quelque chose &#187;. Ludovic Mass&#233; s'avance modestement, un livre &#224; la main, &#339;uvre toute chaude encore d'avoir &#233;t&#233; longuement m&#251;rie. Il s'appuie sur le fragile &#233;tai des conceptions individualistes. Il affirme &#171; quelqu'un &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#338;uvre du terroir, c'est sa premi&#232;re marque significative, encore qu'elle se d&#233;fende avec bonheur du vernis quelque peu craquel&#233; d'un r&#233;gionalisme &#224; lunettes et &#224; pellicules. On n'y retrouve qu'avec plus de s&#251;ret&#233; la fine et malicieuse bonhomie, le sens aigu du sym&#233;trique, la passion fougueuse de nettet&#233; qui semblent constituer l'essentiel du g&#233;nie catalan. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mass&#233; construit seul un monde qu'il voudrait unifier d'un souffle humanitaire, comme un enfant superpose les cubes de son jeu. Il s'est fait riche d'une connaissance parfaite de l'atmosph&#232;re et du milieu, de tout ce qui touche &#224; la vie des champs et du village, aux travaux et m&#233;tiers de leurs habitants, aux habitudes et sentiments qui leur sont propres, aux inqui&#233;tudes de leur &#233;tat, aux passions qui les agitent, aux plaisirs qu'il leur arrive de prendre. Ils sont propri&#233;taires, m&#233;tayers ou travailleurs &#224; la journ&#233;e, artisans de l'espadrille ou du bouchon, b&#251;cherons ou charbonniers, &#233;corceurs de li&#232;ge, vendangeurs, marchands ambulants, contrebandiers ou, simplement, vagabonds ; tous fiers &#233;pris de libert&#233;, aimant la chasse, le jeu, le sport, les f&#234;tes populaires, la course de taureaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous les r&#233;v&#232;le en toute v&#233;rit&#233; et humanit&#233; et un peu comme en un portrait de lui-m&#234;me avec &lt;i&gt;Terre du li&#232;ge&lt;/i&gt;, son chef-d'&#339;uvre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ludovic Mass&#233;, anarchiste de temp&#233;rament, &#233;corch&#233; vif, a gard&#233; de ce fait m&#234;me, toute la puret&#233; de son &#226;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Claude Mass&#233; &lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Article paru dans &lt;i&gt;le Peuple&lt;/i&gt;, 6 novembre 1933.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;mile Guillaumin </title>
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		<dc:creator>Henry Poulaille</dc:creator>


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		<dc:subject>Henry Poulaille</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Emile Guillaumin, l'&#233;crivain paysan, l'auteur de La Vie d'un simple, vient de mourir &#224; Ygrande o&#249; il &#233;tait n&#233;. Il s'est &#233;teint dans sa soixante-dix-huiti&#232;me ann&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute la presse s'est born&#233;e &#224; l'&#233;nonc&#233; de cette nouvelle, l'&#233;tirant en dix ou quinze lignes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous le constatons simplement. Guillaumin restera comme une des figures les plus attachantes de notre litt&#233;rature. Po&#232;te, essayiste, romancier f&#233;cond, il &#233;tait rest&#233; un homme de la gl&#232;be, et son &#339;uvre est, dans la litt&#233;rature (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-henry-poulaille-218-+" rel="tag"&gt;Henry Poulaille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-emile-guillaumin-399-+" rel="tag"&gt;&#201;mile Guillaumin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-6-4-f5e03.jpg?1774714941' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Emile Guillaumin, l'&#233;crivain paysan, l'auteur de &lt;i&gt;La Vie d'un simple&lt;/i&gt;, vient de mourir &#224; Ygrande o&#249; il &#233;tait n&#233;. Il s'est &#233;teint dans sa soixante-dix-huiti&#232;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la presse s'est born&#233;e &#224; l'&#233;nonc&#233; de cette nouvelle, l'&#233;tirant en dix ou quinze lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le constatons simplement. Guillaumin restera comme une des figures les plus attachantes de notre litt&#233;rature. Po&#232;te, essayiste, romancier f&#233;cond, il &#233;tait rest&#233; un homme de la gl&#232;be, et son &#339;uvre est, dans la litt&#233;rature paysanne, la plus caract&#233;ristique par son authenticit&#233; parce que c'&#233;tait de la m&#234;me main qui s'appuyait sur la b&#234;che ou tenait le mancheron de la charrue qu'il l'&#233;crivit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Vie d'un simple&lt;/i&gt;, en 1904, ayant connu un grand succ&#232;s, nationalement et internationalement, et les livres qui suivirent n'ayant pas obtenu une si large audience, on a tendance &#224; vouloir voir en leur auteur l'homme d'un seul livre. C'est une grossi&#232;re erreur, contre laquelle il faut s'&#233;lever. Dans un des rares articles (car ils ont &#233;t&#233; rares) qui viennent d'&#234;tre donn&#233;s, celui du &lt;i&gt;Peuple&lt;/i&gt; de Bruxelles, Louis Pi&#233;rard d&#233;clara : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il &#233;tait l'auteur d'un seul livre, mais quel livre !&lt;/q&gt;. Pi&#233;rard n'aurait-il pas lu &lt;i&gt;Le Syndicat de Baugignoux&lt;/i&gt;, c'est &#224; croire et c'est bien dommage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible que tels de ses ouvrages ne soient pas de la m&#234;me puissance, de l'ampleur des &lt;i&gt;M&#233;moires d'un m&#233;tayer&lt;/i&gt;, mais tous sont gonfl&#233;s de la m&#234;me &#233;motion saine et d'une &#233;gale v&#233;ridicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5196 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;53&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/guillaumin4_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH180/guillaumin4_copie-442c7-f9a9e.jpg?1774765808' width='150' height='180' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Emile Guillaumin&lt;br&gt; dans la cour de sa ferme&lt;br&gt; en 1942 &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Devant un &#233;crivain comme Guillaumin, autodidacte, il ne peut &#234;tre question de juger seulement un artiste. Il avait &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole jusqu'&#224; douze ans, rappel&#233; aux r&#233;alit&#233;s des exigences de sa vie de pauvre, ses humanit&#233;s se poursuivirent dans le travail quotidien de la petite ferme que faisaient valoir ses parents. Rien ne le pr&#233;disposait &#224; &#234;tre un homme de lettres si ce n'est qu'il aimait lire. Il lisait tout ce qui lui tombait sous la main, mais ses lectures furent moins l'enseignement de la technique de l'&#233;criture qu'une confrontation avec la vie qu'il vivait ; ces livres ne faisaient que rarement une part &#224; l'existence rurale et ceux qui en parlaient montraient plus d'application et de bonnes intentions que des dons d'observation. Il essaya alors de prendre la plume. Tr&#232;s vite, il tenta d'exprimer ce qu'il voyait au milieu des siens. &lt;i&gt;Dialogues bourbonnais &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Tableaux champ&#234;tres&lt;/i&gt;, &#233;crits vers la vingt-cinqui&#232;me ann&#233;e, n'&#233;taient certes pas des livres propres &#224; imposer leur auteur, mais ils avaient d&#233;j&#224; un ton. Et c'est le ton que l'on retrouvait trois ans plus tard dans &lt;i&gt;La Vie d'un simple&lt;/i&gt;. Guillaumin y montrait le paysan plong&#233; dans la r&#233;alit&#233;, aimant la nature comme l'enfant aime sa m&#232;re ; et peut-&#234;tre pour la premi&#232;re fois dans le roman fran&#231;ais, un auteur avait su dire combien la vie paysanne &#233;tait la communion au jour le jour de l'homme avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; L'homme d'un seul livre &#187; ! &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une sorte de fresque que retra&#231;aient ces M&#233;moires d'un m&#233;tayer, mais le peintre s'y r&#233;v&#233;lait plus un psychologue et un historien qu'un dessinateur. Par-del&#224; la couleur et le trait, c'&#233;tait, au-del&#224; des mots, l'expression m&#234;me de l'&#226;me paysanne. Dans une langue simple, sans &#233;clat, mais vibrante, l'&#339;uvre donnait l'impression d'apporter un sujet neuf. Mirbeau le comprit qui lan&#231;a le livre... et des esprits aussi diff&#233;rents que Daniel Hal&#233;vy, Pourrat, Jean-Richard Bloch, le po&#232;te auvergnat Vermenouze, en dirent alors les m&#233;rites. Cependant, nul mieux que Lucien Jean, qui r&#233;v&#233;la Charles-Louis Philippe &#224; lui-m&#234;me, ne sut d&#233;gager la le&#231;on de cette publication. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je tiens &#224; le signaler, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;notait Lucien Jean&lt;/span&gt;, comme un &#233;v&#233;nement en dehors de la litt&#233;rature, comme l'expression spontan&#233;e de la vie d'une classe, d'une &#233;poque&lt;/q&gt;. Devenu &#233;crivain par vocation, M. Guillaumin, disait-il, a mis dans ce livre l'essentiel, la vie profonde, sans souci de l'&#233;motion qui se d&#233;gage puissamment, d'ailleurs. Lucien Jean d&#233;finissait d'une formule que je veux reprendre l'originalit&#233; de cette &#339;uvre : celle d'art spontan&#233;. Toute l'&#339;uvre de Guillaumin est sous ce signe. Qu'on prenne &lt;i&gt;Le Syndicat de Baugignoux&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; Pr&#232;s du sol&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; A tous vents sur la gl&#232;be&lt;/i&gt;, et m&#234;me les &#339;uvres secondaires, comme &lt;i&gt;Rose et sa Parisienne&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Baptiste et sa femme&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; La Peine aux chaumi&#232;res&lt;/i&gt;, on retrouve cette spontan&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayiste, Guillaumin avait donn&#233; deux remarquables &#233;tudes,&lt;i&gt; Panorama de l'&#233;volution paysanne, de 1870 &#224; 1935&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Fran&#231;ois P&#233;ron, enfant du peuple, voyageur et g&#233;ographe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militant socialiste, il resta toujours d&#233;vou&#233; &#224; sa classe, et l'explication de l'insucc&#232;s du &lt;i&gt;Syndicat de Baugignoux&lt;/i&gt;, livre magnifique, c'est que son auteur, au lieu de hanter les salons, profitant du succ&#232;s de &lt;i&gt;La Vie d'un simple&lt;/i&gt;, faisait de l'action syndicaliste et coop&#233;rative. &lt;i&gt;Le Syndicat de Baugignoux&lt;/i&gt; retra&#231;ait les luttes, les espoirs et les premi&#232;res victoires acquises du prol&#233;tariat paysan. Il est curieux de constater que c'est &#224; partir de ce livre que la critique se d&#233;sint&#233;ressa de lui. C'est &#224; partir de ce moment qu'on d&#233;clara qu'il &#233;tait l'homme d'un seul livre. Au bout de quelques ann&#233;es il &#233;tait devenu quasi inconnu. Au point que Th&#233;rive, en 1925, le croyait d&#233;funt, ce qui lui valut une lettre du pseudo-mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guillaumin venait de temps en temps &#224; Paris mais on le connaissait si mal dans les milieux litt&#233;raires &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'un jour un homme de lettres ayant l'id&#233;e de composer une anthologie de la litt&#233;rature paysanne, me posant quelques questions, en arriva &#224; Guillaumin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#8212; Pour Emile Guillaumin, je ne sais si je l'irai voir... ce doit &#234;tre un paysan honoraire... &lt;br /&gt;&#8212; Ah ! lui r&#233;pondis-je, si vous avez l'honneur de serrer la main de Guillaumin un jour, vous pourrez com-parer avec la v&#244;tre. Vous verrez si on a ces mains-l&#224; en maniant le porte-plume...&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs fois couronn&#233; par l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, Guillaumin avait obtenu le prix Olivier de Serres en 1942 pour l'ensemble de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait connu la gloire, mais sans la richesse, et jusqu'&#224; la fin mena de pair sa petite exploitation agricole et l'&#233;dition de ses derniers manuscrits. Le dernier paru,&lt;i&gt; Sur l'appui du manche&lt;/i&gt;, tra&#238;na d'&#233;diteur en &#233;diteur avant de pouvoir sortir.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5197 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/ygrande-fr-03-stele_guillaumin-02.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/ygrande-fr-03-stele_guillaumin-02-5c6ec-9f055.jpg?1774765808' width='150' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Buste d'&#201;mile Guillaumin&lt;br&gt; &#224; Ygrande&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Mais Guillaumin &#233;tait un sage, et il savait que son &#339;uvre lui survivrait. Pour le reste, il demandait au travail de la terre de le nourrir, lui et les siens. Dure peut-&#234;tre, du moins elle n'est pas ingrate. Qu'importait la vente de ses livres et les satisfactions de vanit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa mort le rappelle au souvenir des vivants. On r&#233;p&#233;tera sans doute encore : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il &#233;tait l'homme d'un seul livre&lt;/q&gt;. La critique litt&#233;raire vit sur des clich&#233;s. Mais m&#234;me en serait-il ainsi qu'il y aurait une diff&#233;rence entre Guillaumin et les auteurs qu'on d&#233;clare hommes d'un seul livre... &lt;i&gt;La Vie d'un simple&lt;/i&gt;, c'&#233;tait aussi une date. Une des rares dates inoubliables dans l'histoire des lettres, celle de l'entr&#233;e d'un accent nouveau dans le domaine de l'art.&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article paru dans la R&#233;volution prol&#233;tarienne, n&#176; 357, d&#233;c. 1951.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Article paru dans la &lt;i&gt;R&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt;, n&#176; 357, d&#233;c. 1951.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'intertitre est de la r&#233;daction (N.d.R.).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pana&#239;t Istrati </title>
		<link>https://partage-noir.fr/panait-istrati-1262</link>
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		<dc:date>2023-01-17T11:53:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maurice Colombo</dc:creator>


		<dc:subject>Pana&#239;t Istrati</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le 3 janvier 1921, dans le parc Albert-1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; &#224; Nice, un homme &#226;g&#233; de 37 ans tente de se donner la mort en se tranchant la gorge. Ce fait divers passa presque inaper&#231;u et pourtant cet individu n'&#233;tait autre que le &lt;q&gt;Gorki des Balkans&lt;/q&gt;, Pana&#239;t Istrati. Romain Rolland le pr&#233;sentera ainsi aux lecteurs fran&#231;ais, le 15 ao&#251;t 1923, &#224; l'occasion de la parution dans la revue &lt;i&gt;Europe &lt;/i&gt; de son premier conte&lt;i&gt; Kyra Kyralina&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-itineraire-une-vie-une-pensee-no12-henry-poulaille-" rel="directory"&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e n&#176;12 : &#171; Henry Poulaille &#187;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-panait-istrati-+" rel="tag"&gt;Pana&#239;t Istrati&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-itineraire-une-vie-une-pensee-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1262-7474c.jpg?1774717472' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 3 janvier 1921, dans le parc Albert-1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; &#224; Nice, un homme &#226;g&#233; de 37 ans tente de se donner la mort en se tranchant la gorge. Ce fait divers passa presque inaper&#231;u et pourtant cet individu n'&#233;tait autre que le &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Gorki des Balkans&lt;/q&gt;, Pana&#239;t Istrati. Romain Rolland le pr&#233;sentera ainsi aux lecteurs fran&#231;ais, le 15 ao&#251;t 1923, &#224; l'occasion de la parution dans la revue &lt;i&gt;Europe &lt;/i&gt; de son premier conte&lt;i&gt; Kyra Kyralina&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pana&#239;t Istrati est n&#233; le 24 ao&#251;t 1884 &#224; Bra&#239;la, en Roumanie. Sa m&#232;re, Zo&#239;tza Istrati, est blanchisseuse et son p&#232;re, Gherassim Valsamis, Grec originaire de l'&#238;le de C&#233;phalonie, vit de la contrebande du tabac dans la r&#233;gion. En 1885, il laisse femme et enfant pour retourner en Gr&#232;ce o&#249; il restera jusqu'&#224; sa mort. Le jeune Istrati est alors plac&#233; chez sa grand-m&#232;re maternelle &#224; Baldovinesti, un hameau &#224; la campagne, autrefois repaire de ha&#239;doucs&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bandits de grand chemin et personnages de l&#233;gende dans l'histoire roumaine.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Il y c&#244;toie ses oncles Dimi et Anghel. Sa m&#232;re peut ainsi se consacrer &#224; son travail, &#224; raison de trois &#224; quatre maisons par jour. Bient&#244;t, cependant, elle le reprendra et, la suivant d'un quartier &#224; l'autre, il d&#233;couvre la mis&#232;re qui l'entoure. Chez lui, il n'est gu&#232;re malheureux : brioche et &#339;ufs rouges &#224; P&#226;ques, porc &#224; No&#235;l et jouet de temps en temps. Les punitions corporelles et les injures ne lui sont connus que par ses voisins&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pana&#239;t Istrati, Le P&#232;lerin du c&#339;ur (souvenirs), &#233;d. Gallimard, 1984.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Ainsi la vie s'&#233;coule jusqu'en 1891 o&#249;, &#224; l'&#226;ge de 7 ans, il commence les quatre ann&#233;es d'enseignement primaire obligatoire &#224; l'&#233;cole n&#176;3 de Bra&#239;la. Il redouble sa premi&#232;re ann&#233;e et, selon ses propres &#233;crits, il est un &#233;colier sage et m&#233;diocre. D&#232;s ce moment, il gardera en m&#233;moire tout ce qu'il vivra pour s'en servir plus tard dans ses livres. De cette enfance mouvement&#233;e, bien qu'heureuse aupr&#232;s de sa m&#232;re, certains &#233;pisodes seront d&#233;crits, avec quelques modifications dans &lt;i&gt;Oncle Anghel &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pana&#239;t Istrati, Oncle Anghel, &#233;d. Gallimard, 1992.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 12 &#224; 17 ans (1896 &#224; 1901), il demeure &#224; Bra&#239;la ou dans les environs, occupant de multiples emplois d'apprenti : gar&#231;on de cabaret et d'&#233;picerie, p&#226;tissier, m&#233;canicien, serrurier et chaudronnier, p&#234;cheur, ouvrier dans une usine de cordage... Cette instabilit&#233;, qui le pousse d'un m&#233;tier &#224; l'autre, lui permet de constater et de comprendre le drame social qui afflige sa classe : la servilit&#233;. D&#232;s lors, il sera en r&#233;volte permanente contre l'autorit&#233; et en qu&#234;te d'une justice absolue : &#224; 14 ans, il se d&#233;clare pr&#234;t &#224; agir pour que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'heure de la justice arrive sur cette terre&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., Le P&#232;lerin du c&#339;ur, op. cit.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Cette p&#233;riode est &#233;galement marqu&#233;e par sa passion de lire et sa rencontre avec Mikha&#239;l Mikha&#239;lovici Kazanski, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'ami unique destin&#233; &#224; tout &#234;tre humain&lt;/q&gt;. Amiti&#233; qui durera neuf ans, seulement interrompue par la mort de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le ha&#239;douc de Bra&#239;la &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Toujours &#224; la recherche de nouveaux horizons et de rencontres, une autre p&#233;riode de sa vie tumultueuse s'ouvre avec les ann&#233;es de vagabondage. Au grand d&#233;sespoir de sa m&#232;re, il part pour Bucarest avec Mikha&#239;l. Il y sera tour &#224; tour valet d'&#233;tage, agent dans un bureau de placement, domestique. De ce moment date ses premiers contacts avec le mouvement socialiste. Il se liera &#233;galement d'amiti&#233;, et pour longtemps, avec la famine, les poux et la mis&#232;re. Des divergences de vue le s&#233;pare momentan&#233;ment de Mikha&#239;l qui d&#233;cide de partir pour la Mandchourie. Quant &#224; lui, se retrouvant seul et sans argent, il gagne Giurgiu, un port danubien &#224; la fronti&#232;re bulgare, o&#249; il esp&#232;re trouver du travail. Occasionnellement man&#339;uvre d&#233;chargeant les wagons de sel, de dures conditions de vie l'accablent, qu'il &#233;voquera dans &lt;i&gt;Sarkiss &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des Arm&#233;niens y faisaient alors commerce et l'un d'eux s'appelait Sarkiss. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Couch&#233; dans une baraque &#224; moiti&#233; couverte, par un gel de 25 degr&#233;s, sans couverture, sans matelas, sur la paille. Tous les deux ou trois jours, un peu de pain avec du th&#233; par la piti&#233; des Arm&#233;niens.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1746 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-2-7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH185/sans_titre-2-7-ff17a-c7460.jpg?1774767172' width='150' height='185' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Sa m&#232;re vient finalement le chercher et le ram&#232;ne &#224; la maison. Ce retour &#224; Bra&#239;la le stabilise un peu et il apprend le m&#233;tier de peintre en b&#226;timent. Pendant quelque temps, il conna&#238;t une vie heureuse. En 1905, la R&#233;volution russe l'enthousiasme et le 24 janvier il participe &#224; la grande manifestation de solidarit&#233; envers celle-ci. Cette m&#234;me ann&#233;e le voit dispens&#233; de service militaire apr&#232;s un mois de caserne. Le 12 d&#233;cembre 1906, il part en Egypte rejoindre Mikha&#239;l et, de 1906 &#224; 1912, il fera six fois le voyage aller-retour en Egypte et au Proche-Orient. En 1907, il y passe toute l'ann&#233;e. Ces ann&#233;es de vagabondage, ainsi que la mort de Mikha&#239;l, Istrati les racontera dans &lt;i&gt;M&#233;diterran&#233;e &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Lever de soleil et Coucher de soleil&lt;/i&gt;, inclus dans le volume III de ses &#339;uvres : &lt;i&gt;Vie d'Adrien Zograffi&lt;/i&gt;). De retour en Roumanie en 1912, il participe au Congr&#232;s socialiste qui le nomme secr&#233;taire du syndicat des dockers du port de Bra&#239;la. Atteint de tuberculose, il est hospitalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une ann&#233;e pass&#233;e au syndicat des dockers, Istrati d&#233;cide de partir d&#233;couvrir Paris. Le 25 d&#233;cembre 1913, il foule le pav&#233; parisien et commence un s&#233;jour de quatre ans au cours duquel il fait la connaissance de Georges Ionesco, un cordonnier roumain, activiste du mouvement socialiste roumain avant 1905. Il poss&#233;dait un magasin de chaussures au 24, rue du Colis&#233;e et Istrati y s&#233;journera un certain temps (une plaque comm&#233;more son passage). S'ennuyant &#224; Paris, notre vagabond retourne &#224; Bra&#239;la et exerce le m&#233;tier de peintre en b&#226;timent, puis se lance dans l'&#233;levage de porcs. La Premi&#232;re Guerre mondiale &#233;clate et il se brouille avec le mouvement socialiste qui lui reproche d'&#234;tre trop &#224; gauche. En 1915, il &#233;pouse Jeannette Maltus, militante socialiste : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;tr&#232;s bonne oratrice, mais peu apte pour l'&#233;levage des porcs&lt;/q&gt;, &#233;crira-t-il dans un texte autobiographique dat&#233; de mars 1923.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son mariage n'est pas une r&#233;ussite et, pour soigner sa tuberculose, il quitte seul la Roumanie en mars 1916 pour la Suisse. Il s&#233;journe &#224; Leysin et demeure pendant trois mois au repos complet. A 32 ans, Istrati apprend le fran&#231;ais en se servant d'un dictionnaire afin de lire les classiques. Puis de nouveaux m&#233;tiers, une d&#233;ception amoureuse, la famine et la d&#233;tresse, mais cette fois tout cela se d&#233;roulera &#224; travers divers cantons helv&#233;tiques. En janvier 1919, malade, il est hospitalis&#233; par la Croix-Rouge am&#233;ricaine au sanatorium de Sylvana-sur-Lausanne. Etant toujours anim&#233; par la passion de la lecture, un jeune journaliste&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Josu&#233; Jehouda, &#233;crivain et journaliste, avec lequel il a &#233;crit La Famille (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; lui conseille &lt;i&gt;Vies des hommes illustres&lt;/i&gt;, puis &lt;i&gt;Jean-Christophe&lt;/i&gt;, de Romain Rolland. Il d&#233;vore les &#339;uvres de cet auteur en quatre mois et, d&#232;s lors, lui vouera une admiration sans bornes, trouvant dans ses romans de quoi esp&#233;rer en une humanit&#233; meilleure.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1744 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH212/rolland_postcard-30d6b-f5278.jpg?1774767172' width='150' height='212' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le 20 ao&#251;t 1919, il lui &#233;crit une lettre et l'adresse &#224; l'h&#244;tel d'Interlaken o&#249; Romain Rolland s&#233;journe. Cette lettre qui lui reviendra le plongera dans un profond d&#233;sarroi qu'il r&#233;sume ainsi : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Depuis 1919 &#8212; quand ma lettre me fut retourn&#233;e avec la mention &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;parti sans laisser d'adresse&lt;/q&gt; &#8212; et jusqu'en 1921, j'ai v&#233;cu deux ann&#233;es en vous lisant et en me demandant sans cesse : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Est-il possible que cet homme n'ait pas voulu recevoir ma lettre ? Est-elle, vraiment, si laide l'existence ?&lt;/span&gt;. Et en un jour de triste janvier, d'autres peines y aidant, je me suis r&#233;pondu : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Oui, elle est laide, finissons-en !&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi arrive ce jour du 3 janvier 1921, &#224; Nice, o&#249; &#233;c&#339;ur&#233; par 25 ans de luttes avec la vie, il tente de se suicider. Parmi ses papiers, on trouve la lettre et Fernand Despr&#232;s, journaliste &#224; &lt;i&gt;l'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, se charge de la faire parvenir &#224; son destinataire. Romain Rolland, boulevers&#233; par ce que lui &#233;crit Pana&#239;t Istrati, lui r&#233;pond le 15 mars. C'est le d&#233;but d'une importante correspondance et d'une profonde amiti&#233;. Le 27 mars, &lt;i&gt;l'Humanit&#233;&lt;/i&gt; publie le premier article d'Istrati, &#171; Nicola&#239; Tziganou &#187;, &#233;pisode de la lutte r&#233;volutionnaire de l'&#233;poque pass&#233;e &#224; Bra&#239;la o&#249;, avec Stephan Gheorgh&#239;u, il organisa la grande gr&#232;ve des ouvriers portuaires. Les ann&#233;es qui suivent nous montrent un Pana&#239;t Istrati photographe ambulant sur la C&#244;te d'Azur et en Normandie, ou peintre en b&#226;timent &#224; Paris. Encourag&#233; par Romain Rolland qu'il rencontre enfin en 1922, il va extirper du plus profond de lui son amour pour l'homme et raconter ce qu'il a v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 37 ans pass&#233;, avec seulement quatre ann&#233;es d'&#233;cole primaire et une vie de vagabond rythm&#233;e par la mis&#232;re, la faim et sa tuberculose qui l'oblige &#224; de fr&#233;quents s&#233;jours en sanatorium, il r&#233;ussit comme le souligne Michel Ragon (7) &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le prodige d'&#233;crire dans une langue qui n'est pas la sienne dix-huit livres, t&#233;moignage d'une &#233;pop&#233;e populaire balkanique passionnante et que l'on ne peut en effet comparer qu'&#224; l'&#339;uvre s&#339;ur de Gorki&lt;/q&gt;. Parmi ces livres, citons entre autres : &lt;i&gt;Kyra Kyralina&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Oncle Anghel&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Pr&#233;sentation des ha&#239;doucs&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les Chardons du Baragan&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Vers l'autre flamme &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; En 1925, Henry Poulaille, voulant rompre le silence qui suit la publication d'&lt;i&gt;Oncle Anghel&lt;/i&gt; cr&#233;e un &#233;v&#233;nement litt&#233;raire, le Prix sans nom, qui est attribu&#233; &#224; Pana&#239;t Istrati. Celui qui fut pendant quelque temps son ami le d&#233;crit ainsi : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il &#233;tait oriental sans s'en rendre compte &#224; quel point ! D'une exub&#233;rance sans nuances (...). Il eut au moins autant d'amis qu'il put ensuite avoir d'ennemis &#8212; parfois ce furent les m&#234;mes d'ailleurs... Il professait l'amiti&#233; mais un peu comme un proph&#232;te, tr&#232;s &#233;gocentriquement. Se prenant &#224; ses propres paroles, mais les oubliant aussit&#244;t... Istrati, s'il avait bien des d&#233;fauts, comme homme et comme auteur (...), avait aussi du g&#233;nie&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1742 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/panait-istrati-_i-nikos-kazantzakis-in-urss-in-1927-1107x1600.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH217/panait-istrati-_i-nikos-kazantzakis-in-urss-in-1927-1107x1600-9744c-3ee31.jpg?1774767172' width='150' height='217' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le 15 octobre 1927, invit&#233; aux f&#234;tes du X&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire de la r&#233;volution d'Octobre, il part pour Moscou en compagnie de l'ambassadeur d'URSS en France, Christian Rakovsky. De cette date au 15 f&#233;vrier 1929, il va parcourir ce pays de long en large, d'abord avec une d&#233;l&#233;gation officielle qui lui permettra de rencontrer Victor Serge et Maxime Gorki, puis en compagnie de Nikos Kazantzaki, &#233;crivain grec, qui sera son &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;compagnon de route &#224; travers l'URSS &#224; la recherche d'une humanit&#233; meilleure&lt;/q&gt;. Son enthousiasme est complet...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un bref s&#233;jour en Gr&#232;ce o&#249; il est inculp&#233; pour &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;discorde sociale et agitation communiste&lt;/q&gt;, il retourne &#224; la d&#233;couverte de l'URSS avec son ami Kazantzaki, de Mourmansk au Caucase, de l'Ukraine &#224; l'Astrakan. Eloign&#233; de la d&#233;l&#233;gation officielle, il s'apercevra en cette arm&#233;e 1928 de la r&#233;alit&#233; de la terrible collectivisation des campagnes. Il conna&#238;tra sous son vrai jour la patrie du socialisme o&#249; r&#232;gnent les &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;exploiteurs du peuple&lt;/q&gt;, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ces poux qui d&#233;vorent la r&#233;volution&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;100%&#034; height=&#034;400&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/_NqF4teTRwo&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Paris, il ne peut se taire et d&#233;cide de transcrire ce qu'il a vu. Le 20 mai 1929, il annonce &#224; Romain Rolland dans une carte postale qu'il a termin&#233; le premier volume de la trilogie &lt;i&gt;Vers l'autre flamme&lt;/i&gt; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ami, j'ai cass&#233; la vaisselle !&lt;/q&gt;. En octobre, sort le premier volume. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ce sera,&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt; &#233;crit-il&lt;/span&gt;, un terrible p&#233;tard dans toute l'Europe, car ces volumes sont, comme leur titre l'affirme : feu et flamme ! &lt;/q&gt; D&#232;s lors, la gauche fran&#231;aise dans son ensemble va le renier et le poursuivre de calomnies. Henri Barbusse orchestrera une violente campagne de presse qui l'accusera de trahison. En juin, il rencontre une derni&#232;re fois Romain Rolland qui d&#233;cidera d'arr&#234;ter toute correspondance en 1930, d&#233;sapprouvant ses &#233;crits de retour d'URSS (ils la reprendront en 1934).&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1745 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH179/50450432282_6e8d73ed32_w-9b449-309b8.jpg?1774767172' width='150' height='179' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Les derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, Pana&#239;t Istrati poursuivra son &#339;uvre litt&#233;raire avec la publication du &lt;i&gt;P&#234;cheur d'&#233;ponges&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Tsatsa-Minnka&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Maison Th&#252;ringer&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Bureau de placement&lt;/i&gt;. Attaqu&#233; de toutes parts, se retrouvant seul, il retourne &#224; Bra&#239;la en 1930. Deux ans plus tard, il fera une tourn&#233;e de conf&#233;rences (&#171; Les arts et l'humanit&#233; d'aujourd'hui &#187;) &#224; Vienne, Munich, Cologne... De sanatorium en sanatorium, en 1935, apr&#232;s que les &#233;ditions Rieder aient fait faillite et e&#251;t cess&#233; le paiement de ses droits d'auteur, il gagnera son pain comme lecteur de manuscrits dans une maison d'&#233;dition populaire. Gravement malade, il d&#233;c&#233;dera le 16 avril 1935 &#224; Bucarest o&#249; il fut enterr&#233; sans service religieux au cimeti&#232;re Bellu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui son &#339;uvre litt&#233;raire est reconnu comme &#233;tant celle d'un grand &#233;crivain de langue fran&#231;aise, h&#233;las ! pratiquement inconnu en Roumanie, et il restera ainsi que l'a d&#233;crit Nikos Kazantzaki : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pana&#239;t Istrati n'est ni communiste, ni bourgeois, ni ouvrier, ni intellectuel. Il vit en de&#231;&#224; des &#233;tiquettes &#233;ph&#233;m&#232;res de la phras&#233;ologie contemporaine. Il est l'&#226;me qui, dans le corps humain, se bat pour la libert&#233;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bandits de grand chemin et personnages de l&#233;gende dans l'histoire roumaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pana&#239;t Istrati, &lt;i&gt;Le P&#232;lerin du c&#339;ur&lt;/i&gt; (souvenirs), &#233;d. Gallimard, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pana&#239;t Istrati,&lt;i&gt; Oncle Anghel&lt;/i&gt;, &#233;d. Gallimard, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Id., &lt;i&gt;Le P&#232;lerin du c&#339;ur&lt;/i&gt;, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Des Arm&#233;niens y faisaient alors commerce et l'un d'eux s'appelait Sarkiss. Ce texte autobiographique fut &#233;crit en 1932 &#224; Bilhoven (Pays-Bas) chez l'&#233;crivain hollandais A. M. de Jong.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Josu&#233; Jehouda, &#233;crivain et journaliste, avec lequel il a &#233;crit &lt;i&gt;La Famille Perimutter&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		

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		<title>Neel Doff </title>
		<link>https://partage-noir.fr/neel-doff-1263</link>
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		<dc:date>2023-01-07T10:55:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J.-P. Canon </dc:creator>


		<dc:subject>Neel Doff </dc:subject>
		<dc:subject>Henry Poulaille</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1930, dans son Nouvel Age litt&#233;raire, Poulaille &#233;crivait : Neel Doff est l'&#233;crivain qui a su le mieux montrer la mis&#232;re dans son absolue nudit&#233;, dans toutes ses horreurs morales et physiques. Nulle &#339;uvre n'est plus authentique de ton que la sienne. (...) Chez Neel Doff, c'est instinct pur. Un livre comme Jours de famine et de d&#233;tresse est un document inou&#239;. (...) On n'analyse pas l'art d'une Neel Doff, on le sent et on l'admire, ou l'on ne le sent point et l'on hausse les &#233;paules. C'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-itineraire-une-vie-une-pensee-no12-henry-poulaille-" rel="directory"&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e n&#176;12 : &#171; Henry Poulaille &#187;&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1263-6bbf6.png?1774717472' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1930, dans son &lt;i&gt;Nouvel Age litt&#233;raire&lt;/i&gt;, Poulaille &#233;crivait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Neel Doff est l'&#233;crivain qui a su le mieux montrer la mis&#232;re dans son absolue nudit&#233;, dans toutes ses horreurs morales et physiques. Nulle &#339;uvre n'est plus authentique de ton que la sienne. (...) Chez Neel Doff, c'est instinct pur. Un livre comme &lt;i&gt;Jours de famine et de d&#233;tresse &lt;/i&gt; est un document inou&#239;. (...) On n'analyse pas l'art d'une Neel Doff, on le sent et on l'admire, ou l'on ne le sent point et l'on hausse les &#233;paules. C'est une question de temp&#233;rament.&lt;/q&gt; On le sent ou l'on ne le sent point : tout est dit dans ces quelques mots. Les commentateurs qui reprochaient &#224; Neel Doff de ne pas savoir &#233;crire, qui d&#233;nigraient son style, n'avaient pas compris qu'il s'agissait moins de litt&#233;rature que d'un extraordinaire t&#233;moignage humain. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je n'ai &#233;crit que pour me d&#233;gorger, me soulager d'abc&#232;s qu'il fallait que je cr&#232;ve &#224; plein couteau&lt;/q&gt;, &#233;crira-t-elle &#224; Victor M&#233;ric en 1930.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une mis&#232;re profonde &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH223/neel_doff-a57d8-593ae.jpg?1774726555' width='150' height='223' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Mais d'o&#249; vient cette Neel Doff rest&#233;e longtemps inconnue dans les histoires de la litt&#233;rature, aujourd'hui encore ignor&#233;e du public et m&#234;me de nombreux libraires ? Elle na&#238;t le 27 janvier 1858 &#224; Buggenum, village du Limbourg hollandais. Son p&#232;re, Jan Doff, est un grand Frison dont les parents travaillaient comme ouvriers agricoles. Lui est gendarme, puis cocher de fiacre, ouvrier. La m&#232;re, Catherine Paques, n&#233;e de p&#232;re inconnu, est d'origine li&#233;geoise. Sa grand-m&#232;re &#233;tait fille de notaire, Catherine est dentelli&#232;re. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ces deux &#234;tres, de race et de nature si diff&#233;rentes, s'&#233;taient &#233;pous&#233;s pour leur beaut&#233; et par amour ; leurs &#233;pousailles furent un &#233;change de deux virginit&#233;s ; ils eurent neuf enfants. Pour le surplus, peu de leurs go&#251;ts et de leurs tendances s'accordaient, et, avec la mis&#232;re comme base, il en r&#233;sulta un g&#226;chis inextricable.&lt;/q&gt; (&lt;i&gt;Jours de famine et de d&#233;tresse&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neel vivra enfance et adolescence dans une mis&#232;re profonde, d&#233;m&#233;nageant de taudis en taudis, d'une ville &#224; l'autre, habitant Amsterdam pendant dix ans. En 1874, sa famille quitte la Hollande pour venir s'installer &#224; Anvers, puis &#224; Bruxelles. Neel travaille dans une fabrique de chapeaux, pose pour des peintres. Pour emp&#234;cher les siens de crever de faim, elle est oblig&#233;e de se livrer &#224; la prostitution : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La simplicit&#233; avec laquelle mes parents s'adaptaient &#224; cette situation, me les faisait prendre en une aversion qui croissait chaque jour. Ils en &#233;taient arriv&#233;s &#224; oublier que moi, la plus jolie de la nich&#233;e, je me prostituais tous les soirs aux passants. Sans doute il n'y avait d'autre moyen pour nous de ne pas mourir de faim, mais je me refusais &#224; admettre que ce moyen f&#251;t accept&#233; sans la r&#233;volte et les impr&#233;cations qui, nuit et jour, me secouaient. J'&#233;tais trop jeune pour comprendre que, chez eux, la mis&#232;re avait achev&#233; son &#339;uvre, tandis que j'avais toute ma jeunesse et toute ma vigueur pour me cabrer devant le sort&lt;/q&gt;. (&lt;i&gt;Jours de famine et de d&#233;tresse&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neel est la seule de la famille &#224; se cabrer devant le sort. La plupart de ses six fr&#232;res et s&#339;urs &#8212; deux sont morts en bas &#226;ge &#8212; dont elle devra s'occuper pendant longtemps, se laisseront engluer dans la mis&#232;re, le petit banditisme. Pourquoi les accuser ? C'est le cas de Neel Doff qui est &#233;tonnant : son refus de courber la t&#234;te, joint &#224; une sensibilit&#233; exacerb&#233;e, feront d'elle l'auteur d'une &#339;uvre quasi autobiographique, &#233;loign&#233;e de toute litt&#233;rature, une &#339;uvre au ton unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 1882, ayant quitt&#233; sa famille depuis deux ans, elle rencontre Fernand Brouez&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fernand Brouez dirigera pendant douze ans la Soci&#233;t&#233; nouvelle (1884-1897), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, &#233;tudiant en m&#233;decine, fils d'un notaire disciple du socialiste rationnel Colins, qu'elle &#233;pousera en 1896. Gr&#226;ce &#224; lui, notre petite Hollandaise, qui ne connaissait pas un mot de fran&#231;ais en arrivant &#224; Bruxelles, se met &#224; suivre des cours de diction et de chant, &#224; d&#233;couvrir les classiques. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'ai le go&#251;t de la lecture inn&#233; en moi, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;dira-t-elle au cours d'une interview&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr&#233;d&#233;ric Lef&#232;vre, &#171; Une heure avec Neel Doff &#187; les Nouvelles litt&#233;raires, 21 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &lt;/span&gt;. Depuis ma plus tendre enfance que de nuits enti&#232;res pass&#233;es &#224; lire. La lecture a &#233;t&#233; ma passion, plus m&#234;me que l'amour.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es suivantes, elle se met &#224; voyager, conna&#238;t des &#233;crivains, des peintres, des sculpteurs. Cette p&#233;riode, qui est sans doute la plus heureuse de sa vie, prend fin en 1900 avec la mort de Fernand Brouez, victime d'une grave maladie dont les sympt&#244;mes s'&#233;taient manifest&#233;s cinq ans auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1738 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH206/x50y15imgfotopub00048044444-d1d5b-9bab5.jpg?1774726555' width='150' height='206' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Neel se remariera avec Georges Serigiers, un avocat qui avait fr&#233;quent&#233; des milieux anarchistes et d&#233;fendu des ouvriers accus&#233;s d'insultes au roi. Elle ira vivre &#224; Anvers o&#249; elle se trouvera &#224; nouveau m&#234;l&#233;e au monde artistique et litt&#233;raire, rencontrant Verhaeren, Eekhoud, Elskamp, Tailhade, Colette... La petite Neel des taudis d'Amsterdam est devenue une grande bourgeoise. Comment vit-elle cette transformation ? Elle est aussi mal &#224; l'aise dans ce milieu qu'elle se sentait mis&#233;rable en Hollande. Toute sa vie sera ainsi en porte-&#224;-faux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mettre &#224; nu des plaies douloureuses &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un jour d'hiver, elle regarde, de sa fen&#234;tre, des enfants qui jouent dans la rue enneig&#233;e : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En voyant ce gamin battu parce qu'il &#233;tait mis&#233;rable, j'eus une r&#233;miniscence tr&#232;s violente de mon enfance, je me souvins de sc&#232;nes analogues dont mes fr&#232;res avaient &#233;t&#233; les h&#233;ros, les victimes. Je pris un crayon et des petits papiers, je me mis &#224; &#233;crire, et tout sortit en une fois, sans ratures : c'&#233;tait le 28 f&#233;vrier 1909, avenue du Sud &#224; Anvers. Quand mon petit bloc-notes fut &#233;puis&#233;, le livre &#233;tait achev&#233;. J'&#233;prouvai alors une merveilleuse sensation d'apaisement et de s&#233;r&#233;nit&#233;, comme si j'avais veng&#233; mon enfance et celle de tous les grelotteux. Mais cette sensation dura peu et je fus prise ensuite d'une tristesse effroyable.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce petit bloc-notes, c'est le manuscrit de l'inoubliable &lt;i&gt;Jours de famine et de d&#233;tresse&lt;/i&gt;. Une amie le fait lire &#224; Laurent Tailhade qui s'&#233;crie : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est admirable, mais surtout n'y changez rien.&lt;/q&gt; Lugn&#233;-Poe, cr&#233;ateur du Th&#233;&#226;tre de l'&#338;uvre, le fait &#233;diter chez Fasquelle, en 1911, et ce livre remporte trois voix au prix Goncourt : celles de Mirbeau, de Lucien Descaves et de Gustave Geffroy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1911 et 1937, neuf volumes para&#238;tront, de valeur in&#233;gale, mais tous largement autobiographiques. L'histoire de Keetje Oldema, qui est celle de Neel Doff, s'&#233;tale sur trois livres : &lt;i&gt;Jours de famine et de d&#233;tresse&lt;/i&gt; (Fasquelle, 1911), &lt;i&gt;Keetje &lt;/i&gt; (Ollendorff, 1919), et &lt;i&gt;Keetje Trottin&lt;/i&gt; (Cr&#232;s, 1921). &lt;i&gt;Contes farouches&lt;/i&gt; (Ollendorff, 1913), &lt;i&gt;Angelinette &lt;/i&gt; (Cr&#232;s, 1923), &lt;i&gt;Une fourmi ouvri&#232;re&lt;/i&gt; (Au sans pareil, 1935) comportent, partiellement, des &#233;pisodes de cette trilogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Campine &lt;/i&gt; (Rieder, 1926) nous pr&#233;sente des sc&#232;nes de la vie d'un village flamand o&#249; Neel Doff allait passer l'&#233;t&#233;. Elle s'efforce d'aider une famille de paysans et s'indigne de leur cruaut&#233;, de leurs superstitions. C'est ici que s'exprime le mieux son anticl&#233;ricalisme. &lt;i&gt;Elva &lt;/i&gt; (Rieder, 1929), histoire d'une servante, est suivi de &lt;i&gt;Dans nos bruy&#232;res&lt;/i&gt;, sorte de compl&#233;ment &#224; Campine. &lt;i&gt;Quitter tout cela &lt;/i&gt; est suivi d'&lt;i&gt;Au jour le jour&lt;/i&gt; (Entre nous, 1937), dernier livre d'une Neel Doff au terme de sa vie : elle s'enchante de son jardin, des animaux, des saisons, mais elle supporte mal la vieillesse, les maux de son &#226;ge, et reste hant&#233;e par ses souvenirs de d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1739 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/403_cornelia_doff_193x-1980x_-quality_80_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH207/403_cornelia_doff_193x-1980x_-quality_80_-46a36-8c4d9.jpg?1774726555' width='150' height='207' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le 28 avril 1930, quelques jours apr&#232;s la mort de Georges Serigiers, Neel Doff r&#233;pond &#224; Poulaille qui lui avait envoy&#233; ses livres d&#233;dicac&#233;s. Ainsi commence une correspondance de huit ans&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cinquante-quatre lettres de Neel Doff &#224; Henry Poulaille (1930-1938), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; entre ces deux &#234;tres qui ont en commun les m&#234;mes origines prol&#233;tariennes, une m&#234;me enfance p&#233;nible, un m&#234;me besoin de redresser la t&#234;te, de d&#233;couvrir la vie et de d&#233;noncer l'injustice. Cette correspondance est pr&#233;cieuse, elle nous r&#233;v&#232;le une Neel Doff fort &#233;loign&#233;e du personnage qu'on l'a parfois accus&#233; d'&#234;tre. Ainsi &#233;crira-t-elle, le 17 juillet 1934 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le bien-&#234;tre que j'ai bient&#244;t depuis soixante ans n'a rien effac&#233;. La mis&#232;re m'a stigmatis&#233;e d'une mani&#232;re ind&#233;l&#233;bile.&lt;/q&gt; Violemment &#233;mue par une relecture du &lt;i&gt;Pain quotidien&lt;/i&gt;, qui lui avait rappel&#233; ses propres souvenirs, elle &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mon cher Poulaille, vous &#234;tes mon enfant, le seul qui ait v&#233;cu mes jours de d&#233;tresse avec moi.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre du 3 juin 1935.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Poulaille a d&#233;fendu avec tant d'acharnement l'&#339;uvre de sa vieille amie, s'il s'est d&#233;pens&#233; sans compter pour faire publier ses textes, &#233;diter ses livres, c'est qu'il avait tout de suite senti en elle cette &#171; authenticit&#233; &#187; qu'il a toujours d&#233;fendue. Il rencontrera Neel Doff en 1933 et une seconde fois en janvier 1935, &#224; l'occasion d'une Exposition internationale de la litt&#233;rature prol&#233;tarienne, sur la grand-place de Bruxelles. Neel, pacifiste dans l'&#226;me, supportera mal la mont&#233;e de l'hitl&#233;risme, la d&#233;claration de la Seconde Guerre mondiale. Elle est devenue une vieille dame et se voit diminuer petit &#224; petit. Elle meurt le 14 juillet 1942, &#224; Ixelles, o&#249; elle est enterr&#233;e. Sa tombe est depuis longtemps disparue, les h&#233;ritiers n'ayant jamais renouvel&#233; la concession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui qu'est devenue son &#339;uvre ? Quelques traductions, quelques travaux universitaires, quelques r&#233;&#233;ditions d&#233;j&#224; &#233;puis&#233;es. Deux titres seulement sont disponibles en librairie : &lt;i&gt;Keetje&lt;/i&gt; (Bruxelles, Labor, 1987), et &lt;i&gt;Contes farouches &lt;/i&gt; (Bassac, Plein Chant, 2&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;dition, 1988). En 1964, Marianne Pierson-Pi&#233;rard avait publi&#233; &lt;i&gt;Neel Doff par elle-m&#234;me&lt;/i&gt; (Bruxelles, Esseo), pr&#233;fac&#233; par Poulaille. En 1975, le r&#233;alisateur hollandais Paul Verhoeven sortira son &lt;i&gt;Keetje Tippel&lt;/i&gt;, un film h&#233;las ! commercial et croustillant qui raconte l'histoire d'une jeune prostitu&#233;e, trahissant ainsi Neel Doff qui avait dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je n'ai pas &#233;crit pour all&#233;cher le go&#251;t ordurier du public mais pour mettre &#224; nu des plaies douloureuses sous lesquelles ploient les trois quarts de l'humanit&#233;.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; Poulaille, 30 janvier 1934.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1992, Evelyne Wilwerth a fait para&#238;tre une &#233;tude fort document&#233;e : &lt;i&gt;Neel Doff &lt;/i&gt; (Bruxelles, Pr&#233; aux Sources), mais qui tient plus de la biographie romanc&#233;e que de l'&#233;tude scientifique. E. Wilwerth a voulu c&#233;l&#233;brer le cinquantenaire de la mort de Neel Doff en organisant, &#224; la Biblioth&#232;que royale de Bruxelles, une exposition consacr&#233;e &#224; l'&#233;crivain. D'autre part, l'historien Eric Defoort a sorti en 1993 &lt;i&gt;Neel Doff, leven na Keetje Tippel &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;La Vie de Neel Doff apr&#232;s Keetje Tippel&lt;/i&gt;, Anvers, Hadewijch Baarn), qui devrait &#234;tre traduit en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fernand Brouez dirigera pendant douze ans la Soci&#233;t&#233; nouvelle (1884-1897), fond&#233;e par son p&#232;re, Jules Brouez. Etonnante revue qui r&#233;unissait les grands noms des lettres : Maeterlinck, Eekhoud, Lemonnier, Verhaeren, Elskamp, Paul Fort, Saint-Pol Roux, mais aussi des militants socialistes et surtout anarchistes : Bakounine, Kropotkine, Elis&#233;e Reclus, Charles Malato, Domela Nieuwenhuis...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lef&#232;vre, &#171; Une heure avec Neel Doff &#187; &lt;i&gt;les Nouvelles litt&#233;raires&lt;/i&gt;, 21 d&#233;cembre 1929.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Idem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cinquante-quatre lettres de Neel Doff &#224; Henry Poulaille (1930-1938), conserv&#233;es au Centre d'archives Henry-Poulaille, &#224; Cachan, et dont l'essentiel a &#233;t&#233; publi&#233; par J.-P. Canon : &#171; Neel Doff et Henry Poulaille &#187; in &lt;i&gt;Cahiers Henry Poulaille&lt;/i&gt; n&#176;1, 1989. Les lettres de Poulaille &#224; Neel Doff n'ont pas &#233;t&#233; retrouv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lettre du 3 juin 1935.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lettre &#224; Poulaille, 30 janvier 1934.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Interview de Michel Ragon : Henry Poulaille - L'ami </title>
		<link>https://partage-noir.fr/interview-de-michel-ragon-henry-poulaille-l-ami</link>
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		<dc:date>2023-01-04T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Maricourt </dc:creator>


		<dc:subject>Henry Poulaille</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#8212; &#171; Itin&#233;raire &#187; : Tu &#233;tais tr&#232;s jeune lorsque tu es arriv&#233; &#224; Paris . Pourquoi as-tu cherch&#233; &#224; rencontrer Poulaille, un &#233;crivain qui devait tout de m&#234;me &#234;tre impressionnant ? Son caract&#232;re n'&#233;tait pas des plus faciles, tous ceux qui l'ont connu l'attestent... &#8212; Michel Ragon : En fait, je correspondais avec lui depuis un certain temps d&#233;j&#224;. A Nantes, o&#249; j'habitais, j'avais &#233;tabli une correspondance avec plusieurs &#233;crivains d'expression populaire : Emile Guillaumin, Ludovic Mass&#233;, quelques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-itineraire-une-vie-une-pensee-no12-henry-poulaille-" rel="directory"&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e n&#176;12 : &#171; Henry Poulaille &#187;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-henry-poulaille-218-+" rel="tag"&gt;Henry Poulaille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-itineraire-une-vie-une-pensee-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH104/arton1261-d3fe7.jpg?1774717472' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#8212; &#171; Itin&#233;raire &#187; :&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt; Tu &#233;tais tr&#232;s jeune lorsque tu es arriv&#233; &#224; Paris&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233; &#224; Marseille en 1924, travailleur manuel d&#232;s ses quatorze ans, Michel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Pourquoi as-tu cherch&#233; &#224; rencontrer Poulaille, un &#233;crivain qui devait tout de m&#234;me &#234;tre impressionnant ? Son caract&#232;re n'&#233;tait pas des plus faciles, tous ceux qui l'ont connu l'attestent... &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8212; Michel Ragon :&lt;/strong&gt; En fait, je correspondais avec lui depuis un certain temps d&#233;j&#224;. A Nantes, o&#249; j'habitais, j'avais &#233;tabli une correspondance avec plusieurs &#233;crivains d'expression populaire : Emile Guillaumin, Ludovic Mass&#233;, quelques autres encore et, bien s&#251;r, Henry Poulaille. J'arrive donc en 1945 &#224; Paris, j'ai 21 ans et Poulaille pr&#232;s de 50 ans. Chez Grasset, rue des Saints-P&#232;res, il m'a re&#231;u d'abord avec rudesse : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Qu'est-ce que tu viens foutre &#224; Paris ? Tu ne pouvais pas rester o&#249; tu &#233;tais, t'&#233;tais tr&#232;s bien, t'avais du boulot... Qu'est-ce que tu viens faire ici ?&lt;/q&gt; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je ne sais pas, je vais chercher du travail&lt;/q&gt;, ai-je d&#251; lui r&#233;pondre. A l'&#233;poque, il &#233;tait plus facile d'avoir du travail que maintenant : il suffisait d'aller dans une agence de placement, en usine, dans les bureaux. Mais tr&#232;s vite, nous sommes devenus amis. C'&#233;tait un bourru au grand c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1735 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;53&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/salon_du_livre_de_paris_2011_-_michel_ragon_-_001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH225/salon_du_livre_de_paris_2011_-_michel_ragon_-_001-79683-47ec6.jpg?1774694788' width='150' height='225' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Michel Ragon (2011). &lt;br&gt;Thesupermat &lt;br&gt;(CC BY-SA 3.0)&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#8212; I. :&lt;/strong&gt; Il est vrai que vous partagiez les m&#234;mes centres d'int&#233;r&#234;t... &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8212; M. R. : &lt;/strong&gt; La litt&#233;rature prol&#233;tarienne m'enthousiasmait. Je suis moi-m&#234;me issu du peuple et autodidacte. Il y a des exp&#233;riences qui rapprochent ainsi les individus. Je m'&#233;tais mis en t&#234;te d'&#233;crire un livre sur ce sujet (ce sera &lt;i&gt;Les Ecrivains du peuple&lt;/i&gt;, paru en 1947). Des renseignements, Poulaille en avait &#233;norm&#233;ment &#224; me communiquer. Il connaissait la litt&#233;rature prol&#233;tarienne mieux que quiconque, pour en avoir &#233;t&#233; le principal instigateur. Il m'a ouvert en grand ses dossiers, m'a pr&#233;sent&#233; ses amis...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#8212; I. : &lt;/strong&gt; Qui sont aussi devenus les tiens ? &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8212; M. R. : &lt;/strong&gt; Oui. J'ai fr&#233;quent&#233; Tristan R&#233;my, auteur prol&#233;tarien &#233;galement sp&#233;cialiste du cirque ; Germain Delatousche, peintre du vieux Paris et libertaire ; Marc Bernard, Ren&#233; Bonnet, Georges Navel, Lucien Bourgeois qui, bien que tr&#232;s pauvre, m'invitait souvent &#224; manger chez lui. Malva... ah ! non ! pas Malva car il &#233;tait f&#226;ch&#233; avec lui &#224; l'&#233;poque, &#224; cause de ses rapports avec le milieu collaborationniste pendant la guerre. J'ai connu Malva je ne sais trop comment, j'ai eu une tr&#232;s grande amiti&#233; pour lui et nous avons beaucoup correspondu. Celle-ci a d'ailleurs &#233;t&#233; publi&#233;e en Belgique. Il y avait aussi Teul&#233;, bouquiniste sur les quais ; les enfants de Poulaille bien s&#251;r : Georgette, qui &#233;tait toute jeune, son mari Desternes... Poulaille aimait d'ailleurs peu ce gendre, mais c'est assez fr&#233;quent chez les p&#232;res. Il avait des c&#244;t&#233;s tr&#232;s humains et reprochait &#224; son gendre de lui voler ses cravates ; ce qui ne manque pas de sel sachant que Poulaille mettait rarement des cravates et plut&#244;t des n&#339;uds papillon. C'est assez curieux ce go&#251;t des n&#339;uds papillon... Poulaille &#233;tait quelqu'un d'extr&#234;mement g&#233;n&#233;reux, qui se d&#233;vouait pour un tas de gens : il l'a fait pour moi et pour bien d'autres. Et puis, il pouvait &#234;tre extr&#234;mement col&#233;reux, injuste tr&#232;s souvent, tr&#232;s intol&#233;rant. L'exemple d'un anar d'une intol&#233;rance totale... Assez tyrannique, il n'y avait que la litt&#233;rature prol&#233;tarienne qui comptait, tout le reste c'&#233;tait de la merde. En fait, Poulaille aimait surtout les &#233;crivains qui n'&#233;taient pas connus. Il n'y en avait qu'un d'assez connu et qu'il aimait beaucoup : c'&#233;tait Peisson. Mais d&#232;s que des &#233;crivains obtenaient une certaine cote... comme Giono, par exemple : alors l&#224;, &#231;a le d&#233;bectait pas mal et il commen&#231;ait &#224; cracher dessus. (...) En fait, Poulaille a toujours &#233;t&#233; un redresseur de torts ; dans ce sens, il appartenait bien &#224; la tradition libertaire... c'&#233;tait un perp&#233;tuel redresseur de torts entre autres pour r&#233;habiliter des &#233;crivains peu connus, &#233;trangers par exemple comme Neel Doff, qu'il a port&#233;e tr&#232;s haut et pour laquelle il s'est beaucoup d&#233;vou&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#8212; I. :&lt;/strong&gt; L'&#233;crivain prol&#233;tarien belge Augustin Habaru a &#233;t&#233; d&#233;fini comme un &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;grand rassembleur d'hommes et d'id&#233;es&lt;/q&gt;. Ne pourrait-on dire la m&#234;me chose de Poulaille, auquel Habaru a d'ailleurs &#233;t&#233; souvent compar&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;67&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/1945-1956-bouquiniste1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH213/1945-1956-bouquiniste1-bfa28-43707.jpg?1774694788' width='150' height='213' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Michel Ragon, bouquiniste sur les quais de Seine, de 1954 &#224; 1961.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8212; M. R. :&lt;/strong&gt; En effet. Beaucoup de monde se retrouvait autour de lui. Il se d&#233;pensait sans compter pour tous ceux qui lui semblaient d&#233;fendre la m&#234;me conception de la litt&#233;rature. Poulaille a toujours plac&#233; tr&#232;s haut l'amiti&#233;. C'est par son biais que j'ai rencontr&#233; pour la premi&#232;re fois des anarchistes : Louis Louvet, Simone Larcher, Gaston Leval. J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s li&#233; &#224; Lecoin, &#224; Maurice Joyeux, &#224; Pierre-Valentin Berthier. J'ai m&#234;me &#233;t&#233; quelques mois commis libraire pour Berthier. J'assistais aussi, de temps en temps, aux conf&#233;rences d'Emile Armand. Ensuite, j'ai exerc&#233; la profession de bouquiniste, sur les quais de la Seine, et de nombreux anarchistes venaient s'approvisionner en livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#8212; I. :&lt;/strong&gt; Poulaille m'a toujours donn&#233; l'impression de disposer de journ&#233;es de quarante-huit ou m&#234;me de quatre-vingt-seize heures, tant il d&#233;bordait d'activit&#233;s. Etait-ce d&#233;j&#224; le cas au moment o&#249; tu l'as connu ? &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8212; M. R. : &lt;/strong&gt; A ce moment, il &#233;tait au fa&#238;te de sa gloire, avec une masse de disciples autour de lui. Son bureau ne d&#233;semplissait pas. Un bureau poussi&#233;reux, plein de dossiers... Les copains repartaient les bras charg&#233;s de livres. Le service en bas demandait parfois : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Qu'est-ce que vous voulez en faire ? C'est pour votre usage personnel ? Vous &#234;tes journaliste ?&lt;/q&gt; Il travaillait d'une mani&#232;re tr&#232;s m&#233;thodique, d&#233;coupait les articles ou les reproductions, les collait, en faisait des dossiers... Il dormait tr&#232;s peu et avait somme toute une vie rang&#233;e, sauf parfois quelques d&#233;bordements amoureux, mais cela rentrait assez vite dans les normes. C'&#233;tait le travail qui l'int&#233;ressait avant tout, la recherche, la compilation, l'&#233;criture et l'animation, car ce fut un animateur extraordinaire. C'est inou&#239; le nombre de revues qu'il a pu fonder, depuis &lt;i&gt;Nouvel Age&lt;/i&gt; jusqu'&#224; &lt;i&gt;Maintenant&lt;/i&gt;. &#199;a demande une disponibilit&#233;, une &#233;coute des autres, une g&#233;n&#233;rosit&#233; par rapport aux autres... Mais il avait aussi un poste qui lui permettait de le faire, &#233;tant appoint&#233; et cadre chez Grasset, avec un bureau, une secr&#233;taire. Cela facilite les choses... moi, je n'ai jamais connu &#231;a, j'ai toujours &#233;t&#233; ind&#233;pendant, &#171; free-lance &#187;, je n'ai jamais &#233;t&#233; pay&#233; r&#233;guli&#232;rement sauf lorsque j'&#233;tais prof : je trouvais &#231;a merveilleux, on te paie tous les mois. Je le suis devenu parce que je commen&#231;ais &#224; &#234;tre fatigu&#233; de toujours courir apr&#232;s les &#171; cachetons &#187;. Tandis que Poulaille, la majorit&#233; de sa vie s'est pass&#233;e dans un bureau avec ce que cela comporte de structure organis&#233;e, lui permettant quand m&#234;me de recevoir des gens... C'est aussi un probl&#232;me, car Poulaille disait qu'il fallait rester ouvrier, ne pas quitter le travail manuel, mais lui a &#233;t&#233; un cadre de l'&#233;dition pratiquement toute sa vie. (...) Je me souviens aussi qu'il avait comme assistant un Russe &#233;migr&#233;, un menchevick qui lui devait tout et qui pourtant le jalousait, car lui aussi &#233;crivait, mais sans aucun succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#8212; I. :&lt;/strong&gt; Comment r&#233;agissait Poulaille ? &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8212; M. R. :&lt;/strong&gt; Il s'en fichait. Il se fichait de pas mal de choses. Il &#233;tait toujours v&#234;tu n'importe comment, avec parfois m&#234;me des allures un peu clochardisantes, un &#233;ternel m&#233;got &#233;teint au coin des l&#232;vres. Il &#233;tait myope mais ne portait pas de lunettes, pr&#233;f&#233;rant se servir d'une grosse loupe pour lire. Il refusait d'aller chez le dentiste et arrachait ses dents tout seul lorsqu'elles le faisaient souffrir. Si bien que, devenu vieux, il avait la bouche &#233;dent&#233;e de Voltaire. A l'h&#244;pital, dans les derniers jours, comme il ne pouvait pas m&#226;cher, on lui apportait des trucs hach&#233;s. La nourriture &#224; l'h&#244;pital, c'est assez d&#233;gueulasse en g&#233;n&#233;ral. Mais, comme il ne mangeait pas, je lui disais : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Allez, &#233;coute, mange, regarde, &#231;a c'est bon !&lt;/q&gt; Alors il prenait l'assiette et me la donnait en disant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Oh ! ben, non ! mange-la toi, puisque tu trouves &#231;a bon !&lt;/q&gt; Il avait beaucoup d'humour sous un c&#244;t&#233; un peu provocateur. C'est quelqu'un qui avait des curiosit&#233;s presque encyclop&#233;diques et l'on oublie tr&#232;s souvent qu'il &#233;tait un sp&#233;cialiste du dessin d'humour et de la caricature. Il en avait d'ailleurs une collection extraordinaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#8212; I. :&lt;/strong&gt; A cette &#233;poque, il venait de lancer la revue &lt;i&gt;Maintenant&lt;/i&gt;. Peux-tu nous la d&#233;crire ? &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8212; M. R. : &lt;/strong&gt; Une superbe revue que publiaient les &#233;ditions Grasset. Elle se situait au carrefour de la litt&#233;rature prol&#233;tarienne et du folklore, proposait des articles d'auteurs de tous les pays, d'hier ou d'aujourd'hui, certains m&#233;connus, d'autres prestigieux. Poulaille avait jou&#233; un r&#244;le consid&#233;rable entre les deux guerres, il avait impos&#233; la litt&#233;rature prol&#233;tarienne. Cette revue concr&#233;tisait ce travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#8212; I. :&lt;/strong&gt; Et pourtant, quelques ann&#233;es plus tard seulement, Poulaille prendra sa retraite et se retirera du monde litt&#233;raire. L'oubli se fera autour de son nom. Comment expliques-tu cela ? &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8212; M. R. : &lt;/strong&gt; Il prend sa retraite en 1956. Les &#233;ditions Grasset venaient de perdre leur ind&#233;pendance, rachet&#233;es par Hachette. Poulaille a pr&#233;f&#233;r&#233; partir, mais du m&#234;me coup il s'&#233;cartait du milieu de l'&#233;dition. A peu pr&#232;s en m&#234;me temps, il a fait la connaissance de Florence Littr&#233;, une jeune femme avec laquelle il a d&#233;cid&#233; de vivre. C'est toujours mal vu... Tu perds des amis. De plus, certains lui ont reproch&#233; de trahir la litt&#233;rature prol&#233;tarienne au profit d'&#339;uvres d'&#233;rudition, tels ses travaux sur Corneille/Moli&#232;re. Comme quoi, il ne faut jamais jeter l'excommunication sur quelqu'un car &#231;a vous retombe dessus un jour... Poulaille ne voyait plus personne et devenait acari&#226;tre. Copain avec ses enfants et son gendre, je me suis cependant &#233;loign&#233; de lui : je d&#233;laissais quelque peu la litt&#233;rature prol&#233;tarienne au profit de la critique d'art et cela lui d&#233;plaisait. Pendant longtemps, il a trouv&#233; que j'avais trahi et nous ne nous sommes plus vus &#224; cause justement de son caract&#232;re tyrannique. C'est un peu le probl&#232;me des fils et des p&#232;res... On ne s'est jamais r&#233;ellement f&#226;ch&#233;, mais je suis parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#8212; I. :&lt;/strong&gt; Pourtant il s'int&#233;ressait &#224; l'art, alors pourquoi te le reprocher &lt;/i&gt; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8212; M. R. :&lt;/strong&gt; Non, il s'int&#233;ressait &#224; la caricature et pas du tout &#224; la peinture... surtout abstraite dont j'&#233;tais un sp&#233;cialiste. Peut-&#234;tre &#224; un seul peintre abstrait, Lacasse, qui &#233;tait un vieux copain &#224; lui. Moi, Lacasse, cela ne m'emballait pas du tout... alors, il m'en voulait de ne pas en parler. Ce qu'il aimait vraiment, c'&#233;tait les illustrateurs comme Naudin, Grandjouan, la gravure sur bois avec Masereel, Gustave Dor&#233;. Donc, d'une part, la caricature et, par ailleurs, l'illustration des livres, mais pas la peinture. Sa passion, c'&#233;tait en fait les arts graphiques : de la caricature &#224; l'illustration, en passant par la gravure. Mais cet int&#233;r&#234;t de Poulaille pour l'aspect graphique ne doit pas nous faire oublier qu'il a aussi &#233;t&#233; critique litt&#233;raire pendant longtemps, dans &lt;i&gt;Le Peuple &lt;/i&gt; ; critique musical dans &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt; et critique de cin&#233;ma. Il avait une collection de disques assez formidable. Une collection de chansons &#233;rotiques aussi, dont il s'est servi pour faire une anthologie. Il a fait &#233;galement une anthologie des no&#235;ls anciens, publi&#233;e chez Albin Michel. Il a particip&#233; aux cahiers folkloriques d'Arnold Van Gennep. Sa curiosit&#233; l'a ainsi men&#233; &#224; certaines &#233;tudes qui lui ont &#233;t&#233; reproch&#233;es par ses disciples. Pas par moi, d'ailleurs, mais par ses vieux copains. (...) Poulaille a ensuite disparu dans une esp&#232;ce d'anonymat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#8212; I. :&lt;/strong&gt; Au point que beaucoup ont &#233;t&#233; surpris d'apprendre sa mort, en 1980, pensant qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; d&#233;c&#233;d&#233; depuis des ann&#233;es... &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8212; M. R. :&lt;/strong&gt; C'est exact... Notre brouille a heureusement pris fin en 1978. Quand il a perdu sa derni&#232;re femme, il &#233;tait dans un &#233;tat effroyable. On s'est t&#233;l&#233;phon&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Voulez-vous que j'aille vous voir ?&lt;/q&gt; C'&#233;tait une &#233;poque o&#249; les jeunes ne tutoyaient pas les vieux. Lui me tutoyait, mais moi je le vouvoyais. Il m'a dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ah, oui, je voudrais bien.&lt;/q&gt; Je me suis pr&#233;cipit&#233; &#224; Cachan, on est tomb&#233; dans les bras l'un de l'autre et on s'est tutoy&#233; &#224; partir de l&#224;... moi, j'avais beaucoup vieilli &#233;videmment et il n'y avait plus les barri&#232;res de l'&#226;ge. Il &#233;tait tellement heureux, dans les derniers instants de sa vie, de m'avoir retrouv&#233; qu'il &#233;tait d'une tendresse de p&#232;re ou de grand-p&#232;re. Enfin, il ne m'a repris qu'une fois : &#224; propos de &lt;i&gt;L'Accent de ma m&#232;re&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#233;galement : Michel Ragon, J'en ai connu des &#233;quipages (entretiens avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; dont il &#233;tait tr&#232;s heureux parce que je retrouvais la litt&#233;rature d'expression populaire. Mais il y avait un chapitre qu'il n'aimait pas, celui sur les puces, parce qu'&#224; l'&#233;poque on &#233;tait plein de puces, et alors il disait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pourquoi t'as pris les puces ?&lt;/q&gt; &#199;a lui revenait &#224; chaque fois que je le voyais : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;T'aurais pas d&#251; mettre les puces.&lt;/q&gt; De la m&#234;me mani&#232;re, &#224; propos du dessin d'humour et de la caricature, il avait vendu ou donn&#233; toute sa collection &#224; une biblioth&#232;que suisse et il me le reprochait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mais pourquoi tu me l'as pas demand&#233;e, je te l'aurais donn&#233;e, t'aurais pu faire d'autres livres avec...&lt;/q&gt; Donc toujours ce m&#233;lange de g&#233;n&#233;rosit&#233; et de mauvais caract&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Thierry Maricourt et la r&#233;daction &lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.michelragon.fr/" class="spip_out"&gt;Michel Ragon - Site officiel&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N&#233; &#224; Marseille en 1924, travailleur manuel d&#232;s ses quatorze ans, Michel Ragon passe son enfance en Vend&#233;e, r&#233;gion qui servira de cadre &#224; plusieurs de ses romans, puis monte &#224; Paris au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, o&#249; il exerce diff&#233;rents emplois. Il prend alors place tout naturellement dans le milieu des &#233;crivains prol&#233;tariens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#233;galement : Michel Ragon, &lt;i&gt;J'en ai connu des &#233;quipages&lt;/i&gt; (entretiens avec Claude Glayman), &#233;d. Jean-Claude Latt&#233;s, 1991 ; et, bien s&#251;r, &lt;i&gt;Histoire de la litt&#233;rature prol&#233;tarienne de langue fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Albin Michel, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Louis Guilloux </title>
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		<dc:date>2023-01-04T13:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>V&#233;ronique Fau-Vincenti</dc:creator>


		<dc:subject>Albert Camus</dc:subject>
		<dc:subject>Louis Guilloux</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;De Louis Guilloux, on conna&#238;t surtout l'&#339;uvre tour &#224; tour militante, d&#233;chirante, douloureuse ou enthousiaste, mais toujours ancr&#233;e dans son temps et g&#233;n&#233;reuse, pleine de doute et charg&#233;e malgr&#233; tout de conviction, de foi et d'esp&#233;rance. Litt&#233;rature &#171; populiste &#187; ou &#171; prol&#233;tarienne &#187;, Louis Guilloux s'est toujours refus&#233; &#224; prendre part aux pol&#233;miques qui entouraient sa production, car son &#339;uvre, c'&#233;tait lui... Fid&#232;le &#224; lui-m&#234;me comme aux siens, l'&#339;uvre de Louis Guilloux, fils d'un modeste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-itineraire-une-vie-une-pensee-no12-henry-poulaille-" rel="directory"&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e n&#176;12 : &#171; Henry Poulaille &#187;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-albert-camus-167-+" rel="tag"&gt;Albert Camus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-louis-guilloux-221-+" rel="tag"&gt;Louis Guilloux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-itineraire-une-vie-une-pensee-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1260-6ae32.png?1774716673' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De Louis Guilloux, on conna&#238;t surtout l'&#339;uvre tour &#224; tour militante, d&#233;chirante, douloureuse ou enthousiaste, mais toujours ancr&#233;e dans son temps et g&#233;n&#233;reuse, pleine de doute et charg&#233;e malgr&#233; tout de conviction, de foi et d'esp&#233;rance. Litt&#233;rature &#171; populiste &#187; ou &#171; prol&#233;tarienne &#187;, Louis Guilloux s'est toujours refus&#233; &#224; prendre part aux pol&#233;miques qui entouraient sa production, car son &#339;uvre, c'&#233;tait lui... Fid&#232;le &#224; lui-m&#234;me comme aux siens, l'&#339;uvre de Louis Guilloux, fils d'un modeste cordonnier militant socialiste, est empreinte d'une gracilit&#233; que nul ne peut d&#233;savouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'homme, on conna&#238;t moins l'histoire et la destin&#233;e... N&#233; en 1899 &#224; Saint-Brieuc, Louis Guilloux fut &#233;lev&#233; dans un milieu militant (son p&#232;re fut secr&#233;taire de la section socialiste de sa ville natale de 1911 &#224; 1914). A l'&#226;ge de treize ans, il dut, pour poursuivre ses &#233;tudes au lyc&#233;e, obtenir une bourse ; l'ann&#233;e suivante cependant, il choisit d'y renoncer, pr&#233;f&#233;rant un poste de &#171; pion &#187; comme beaucoup d'autres jeunes gens d&#233;munis. Sans doute pensa-t-il aussi &#224; Jules Vall&#232;s, dont il affectionnait la lecture, qui en avait fait autant quelques d&#233;cennies plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t, contraint sans doute par cette peur de trahir les siens et de rompre d'avec les valeurs communautaires de son milieu, il en vint en 1917 &#224; abandonner ses &#233;tudes, vivant de &#171; petits &#187; m&#233;tiers : tour &#224; tour colporteur, employ&#233; de bureau ou d&#233;m&#233;nageur quant il arriva &#224; Paris en 1918. De 1921 &#224; 1924, il travaille comme lecteur d'anglais au journal l&lt;i&gt;'Intransigeant&lt;/i&gt;. Il se promit de se consacrer enfin &#224; la litt&#233;rature. Trois ans plus tard en effet, est publi&#233; son premier roman &lt;i&gt;La Maison du peuple &lt;/i&gt; qui retrace les luttes et les espoirs militants de son p&#232;re &#224; la veille de la Grande Guerre. Et, en 1931, paraissait &lt;i&gt;Compagnons&lt;/i&gt;... Par ces deux premiers romans, Guilloux, soutenu par Jean Gu&#233;henno aux &#233;ditions Grasset, manifestait avec force son attachement au monde prol&#233;tarien... En 1935, fut publi&#233; &lt;i&gt;Le Sang noir&lt;/i&gt;, &#171; &#339;uvre mutil&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Camus/Jean Grenier, Correspondance, 1932-1960, &#233;d. Gallimard, 1981 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; que certains trouv&#232;rent &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d&#233;sesp&#233;r&#233;e&lt;/q&gt; et d'un grand pessimisme, que d'autres consid&#232;rent comme son chef-d'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre son activit&#233; litt&#233;raire, Louis Guilloux ne manqua pas de s'engager dans les combats qui secou&#232;rent son &#233;poque. Sans jamais s'inscrire au sein d'un parti, il se lan&#231;a n&#233;anmoins dans le mouvement antifasciste et, en 1935, il est secr&#233;taire du premier Congr&#232;s mondial des &#233;crivains antifascistes ; puis, jusqu'en 1940, s'attache &#224; la condition des r&#233;fugi&#233;s espagnols en Bretagne, en tant que responsable du Secours populaire de France &#224; Saint-Brieuc. Il prit part &#233;galement aux luttes de soutien en faveur des ch&#244;meurs. Toujours &#224; Saint-Brieuc, o&#249; il &#233;tait revenu en 1930, il adh&#233;ra tr&#232;s vite au mouvement de r&#233;sistance durant la Seconde Guerre mondiale. En 1941, il se mit en contact avec des responsables de la R&#233;sistance des C&#244;tes-du-Nord et, en 1943, participa &#224; l'unification des diff&#233;rentes forces, communiste et non communiste. A la fin de la guerre enfin il fut choisi par le Comit&#233; d&#233;partementale de la Lib&#233;ration comme interpr&#232;te des forces am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C&#339;ur solitaire, c&#339;ur solidaire &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Son engagement, son &#339;uvre ne sauraient cependant masquer l'homme, ses liens et ses amiti&#233;s. Lors de son passage &#224; Paris, le jeune homme se lia avec Max Jacob, Daniel Hal&#233;vy et Jean Gu&#233;henno. Quelques ann&#233;es plus tard, ce furent Dabit, Aragon, Malraux ou Gide qui s'exprim&#232;rent &#224; propos de la parution du &lt;i&gt;Sang noir&lt;/i&gt; le 12 d&#233;cembre 1935 &#224; la Maison de la Culture de Saint-Brieuc. Andr&#233; Gide, qui appr&#233;ciait tant l'&#339;uvre que l'homme, lui demanda de bien vouloir participer au voyage qu'il entreprit l'&#233;t&#233; 36. Louis Guilloux accompagna ainsi Gide en URSS Revenu en France, Gide publia &lt;i&gt;Retour d'URSS&lt;/i&gt; , qui lui valut d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme un ren&#233;gat par les communistes pour avoir confess&#233; ses d&#233;sillusions sur l'Union sovi&#233;tique. Louis Guilloux, bien qu'en accord avec Gide, n'&#233;crivit rien... Pouss&#233; bient&#244;t par Aragon qui d&#233;sirait le voir critiquer les d&#233;clarations de Gide, Guilloux s'y refusa : ce qui lui valut d'&#234;tre remplac&#233; &#224; la chronique litt&#233;raire qu'il tenait au &lt;i&gt;Soir &lt;/i&gt; par Paul Nizan (1937).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lui resta quoi qu'il en soit d'autres amiti&#233;s, plus solides celles-ci, car g&#233;n&#233;reuses. Ainsi de Jean Grenier, romancier lui aussi et professeur de philosophie. Ils se rencontr&#232;rent, alors qu'ils n'&#233;taient que deux adolescents, &#224; la biblioth&#232;que municipale de Saint-Brieuc et leur amiti&#233; ne devait plus d&#232;s lors s'interrompre. En ao&#251;t 1942, Jean Grenier exp&#233;dia &#224; son ancien &#233;l&#232;ve et d&#233;sormais ami &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;des souvenirs d'enfance tr&#232;s r&#233;ussis&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., Lettre 57, J.G. &#224; A.C., p.72.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Le Pain des r&#234;ves&lt;/i&gt;, prix populiste 1942 qui &#233;voque l'enfance d&#233;munie de Louis Guilloux, fait forte impression sur Albert Camus (dont le premier roman vient d'&#234;tre publi&#233;), destinataire de cet envoi. En septembre 1942, Camus dit &#224; Jean Grenier avoir lu &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le tr&#232;s beau livre de Guilloux&lt;/q&gt;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Peut-&#234;tre,&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt; confie-t-il, &lt;/span&gt;son accent m'a-t-il plus touch&#233; que d'autres. Je sais aussi ce que c'est. Et comme je comprends aussi qu'&#224; l'&#226;ge m&#251;r un homme ne trouve de sujet plus beau que son enfance pauvre&lt;/q&gt;, et d'ajouter : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la critique en zone libre a &#233;t&#233; stupide pour &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Le Pain des r&#234;ves.&lt;/span&gt; On dirait que &#231;a g&#234;ne, la pauvret&#233; des autres&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., Lettre 60, A.C. &#224; J.G., p.75.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La pauvret&#233; &#187;... l'un et l'autre l'ont connue et c&#244;toy&#233;e, et elle ne cessera de hanter, si ce n'est leurs &#339;uvres respectives, au moins leurs esprits. Suite &#224; cette premi&#232;re lecture, Camus entreprit de conna&#238;tre les autres romans de Louis Guilloux. Bient&#244;t, par l'interm&#233;diaire de Jean Grenier, ils se rencontr&#232;rent et sympathis&#232;rent... Si l'un, l'a&#238;n&#233; &#233;tait n&#233; sous les brumes briochines et l'autre, le cadet, nourri au soleil alg&#233;rois d&#232;s 1913, c'est parce qu'ils firent tous deux &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;leurs classes &#224; l'&#233;cole de la n&#233;cessit&#233;&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Guilloux, La Maison du peuple, Grasset, 1983, pr&#233;face d'Albert Camus, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; que leurs itin&#233;raires si souvent parall&#232;les finirent par converger pour ne plus se s&#233;parer. De leur amiti&#233; naquit sans tarder une complicit&#233;... Guilloux fit conna&#238;tre &#224; Camus la tombe de son p&#232;re &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;mort au champ d'honneur&lt;/q&gt; en 1914 et enterr&#233; &#224; Saint-Brieuc, Camus emmena Guilloux &#224; Tipasa, d&#233;sireux de lui faire d&#233;couvrir ce soleil et cette lumi&#232;re qui lui manquaient tant &#224; Paris... De leur amiti&#233;, il y aurait encore beaucoup &#224; dire : anecdotes, vacances en famille, etc.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;43&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-2-15.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/sans_titre-2-15-7d8e7.png?1774833289' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Albert Camus et Louis Guilloux en Alg&#233;rie&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;En 1947, Albert Camus s'appliqua &#224; &#233;crire la pr&#233;face d'une r&#233;&#233;dition de &lt;i&gt;La Maison du peuple&lt;/i&gt;, rappelant non sans ironie que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;presque tous les &#233;crivains fran&#231;ais qui pr&#233;tendent aujourd'hui parler au nom du prol&#233;tariat sont n&#233;s de parents ais&#233;s ou fortun&#233;s&lt;/q&gt;, d&#233;fiant quiconque de lire &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ce r&#233;cit sans le terminer la gorge serr&#233;e&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.13.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. L'&#339;uvre de Louis Guilloux, essentiellement autobiographique, et parce que autobiographique, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ne flatte &#8212; en fait &#8212; ni ne m&#233;prise le peuple dont il parle et lui restitue la seule grandeur qu'on ne puisse lui arracher, celle de la v&#233;rit&#233;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Albert Camus/Jean Grenier, &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, 1932-1960, &#233;d. Gallimard, 1981 (Lettre 89, A.C. &#224; J. G., page 100).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Id., Lettre 57, J.G. &#224; A.C., p.72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Id., Lettre 60, A.C. &#224; J.G., p.75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Louis Guilloux,&lt;i&gt; La Maison du peuple&lt;/i&gt;, Grasset, 1983, pr&#233;face d'Albert Camus, pp. 14 et 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Id., p.13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		

	</item>
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		<title>Tristan R&#233;my </title>
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		<dc:date>2023-01-03T13:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>D. Cottel, J.-P. Gault </dc:creator>


		<dc:subject>Henry Poulaille</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Poulaille r&#233;p&#232;te constamment qu'il n'est pas d'accord avec R&#233;my, mais il ne peut pas se f&#226;cher avec lui, il tient &#224; son amiti&#233;. &#187;&lt;/i&gt; P.-A. Loffler,&lt;i&gt; Journal de Paris d'un exil&#233;&lt;/i&gt; (22 mai 1933).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-itineraire-une-vie-une-pensee-no12-henry-poulaille-" rel="directory"&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e n&#176;12 : &#171; Henry Poulaille &#187;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-henry-poulaille-218-+" rel="tag"&gt;Henry Poulaille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-itineraire-une-vie-une-pensee-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1259-fa3e5.png?1774717472' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Poulaille r&#233;p&#232;te constamment qu'il n'est pas d'accord avec R&#233;my, mais il ne peut pas se f&#226;cher avec lui, il tient &#224; son amiti&#233;. &#187;&lt;/i&gt; P.-A. Loffler,&lt;i&gt; Journal de Paris d'un exil&#233;&lt;/i&gt; (22 mai 1933).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Je suis convaincu que dans quelques d&#233;cennies les historiens de la litt&#233;rature d&#233;couvriront Poulaille (...). Ils d&#233;couvriront R&#233;my, &#233;crivain, comme Poulaille, qui a donn&#233; la topographie de l'&#233;tat d'esprit d'une couche du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/i&gt; (P-A. Loffler, op. cit.). &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps, bien qu'il travaille toujours dans le posthume, a fini par reconna&#238;tre l'importance d'Henry Poulaille, et ce n'est que justice. Tristan R&#233;my, lui, ne &#171; b&#233;n&#233;ficie &#187; que de quelques indications lacunaires : aucune biographie &#224; notre connaissance ne lui a &#233;t&#233; consacr&#233;e&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. cependant Michel Ragon, Histoire de la litt&#233;rature prol&#233;tarienne, &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Tout se passe comme si nous ne le trouvions que dans l'ombre de Poulaille, souvent coinc&#233; entre une virgule et un etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne serait-il pas temps de reconstituer le puzzle, de rendre sa place &#224; ce &#171; fr&#232;re ennemi &#187; dont le nom, durant plus de dix ans, s'est trouv&#233; associ&#233; &#224; celui de Poulaille, contribuant &#224; &#233;laborer cette notion de litt&#233;rature prol&#233;tarienne ? Nous ne pr&#233;tendons naturellement pas &#224; l'exhaustif : nous nous contenterons d'essayer de &#171; cerner &#187; le personnage, voire d'ouvrir quelques pistes. Que savons-nous de Tristan R&#233;my (pseudonyme de Raymond Desprez) ? En tout cas, ni la date exacte ni le lieu de sa naissance. Il na&#238;t en 1897 d'un p&#232;re &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;salari&#233; agricole picard&lt;/q&gt; et d'une m&#232;re &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;fille de boulang&#232;re&lt;/q&gt; qui viennent s'installer &#224; Paris dans la &#171; zone &#187;, le quartier de la Chapelle, en 1898.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa rencontre avec Henry Poulaille date de 1922, alors qu'ils collaborent tous deux &#224; la &lt;i&gt;Vache enrag&#233;e &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Maurice Hall&#233;, introduction de Par la grand route et les chemins creux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; (organe officiel de la Commune libre du vieux Montmartre, auquel collaboraient &#233;galement les chansonniers Maurice Hall&#233; et Roger Toziny). A cette date, R&#233;my est &#171; gratte-papier &#187;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression est de Poulaille.&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; aux Chemins de fer. L'id&#233;e existe d&#233;j&#224;, semble-t-il, de cr&#233;er un groupe d'auteurs mais les divergences entre Poulaille (plus affinitaire) et R&#233;my (plus organisationnel) font que le projet sera diff&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1930, R&#233;my appartient au comit&#233; de r&#233;daction de la revue de Poulaille : &lt;i&gt;Nouvel Age&lt;/i&gt;. En 1932, deux ans apr&#232;s le congr&#232;s de Kharkov auquel ni l'un ni l'autre, malgr&#233; une invitation, ne s'&#233;taient rendus&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henry Poulaille a d&#233;j&#224; publi&#233; plusieurs ouvrages dont Le Pain quotidien et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, est fond&#233; apr&#232;s discussion le Groupe des &#233;crivains prol&#233;tariens. Cette initiative sera &#233;reint&#233;e par Fr&#233;ville dans&lt;i&gt; l'Humanit&#233;&lt;/i&gt;. Fr&#233;ville, n&#232;gre &#171; officiel &#187; de Thorez, fils de grands bourgeois, &#233;tait par cons&#233;quent un &#233;minent sp&#233;cialiste de la lutte des classes et un fin connaisseur des fins de mois difficiles. Il convient cependant de s'arr&#234;ter sur le mot &#171; groupe &#187; qui r&#233;v&#232;le les divergences existantes : alors que Poulaille et les autres &#233;crivains y sont hostiles (quoique pour des raisons diff&#233;rentes), R&#233;my souhaite une v&#233;ritable association poss&#233;dant des statuts, une organisation structur&#233;e, des buts d&#233;finis et un travail collectif des membres de l'association sur un th&#232;me donn&#233;, du type compagnonnage : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Un mouvement pr&#233;suppose une entente, une direction spirituelle, une coh&#233;sion, un but&lt;/q&gt; (&lt;i&gt;le Peuple&lt;/i&gt;, 17 novembre 1933). Peut-&#234;tre R&#233;my songe-t-il d&#233;j&#224;, mais rien ne le prouve, &#224; une revue autonome, donc ind&#233;pendante des &#233;diteurs comme le notera Loffler en 1937 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si les &#233;crivains prol&#233;tariens avaient &#233;t&#233; solidaires, nous aurions pu acheter une petite machine d'imprimerie &#224; bras, comme les &#233;crivains de l'Abbaye en 1906 ; aujourd'hui, nous aurions notre revue&lt;/q&gt; (op. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La recherche d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'une organisation &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le groupe prol&#233;tarien publie un bulletin, qui durera peu&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les textes du bulletin sont en attente de publication aux &#233;ditions Plein Chant.&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. La page offerte par la revue &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt; d'Henri Barbusse (une id&#233;e de Poulaille et de R&#233;my est &#224; l'origine de cette revue) sera vite supprim&#233;e par suite de la reprise en main de la revue par le PCF. En d&#233;cembre 1932, l'Association des &#233;crivains et artistes r&#233;volutionnaires (AEAR), d'ob&#233;dience communiste, align&#233;e sur les th&#232;ses de Kharkov, invite R&#233;my &#224; rejoindre ses rangs ; ce qu'il ne fait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque un an plus tard, dans un article du 17 novembre 1933 intitul&#233; &#171; Les &#233;crivains dits prol&#233;tariens et la litt&#233;rature &#187;, paru dans &lt;i&gt;le Peuple&lt;/i&gt;, il d&#233;nonce le Groupe prol&#233;tarien : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Des &#233;crivains prol&#233;tariens ? Non ! Des &#233;crivains dits prol&#233;tariens ? Peut-&#234;tre ! Des litt&#233;rateurs ? S&#251;rement !&lt;/q&gt;. Cet article violent avait-il pour but de clarifier la situation &#224; l'int&#233;rieur du groupe ? Toujours est-il qu'il provoqua une quasi-rupture avec Poulaille et les autres membres du groupe. R&#233;my avait-il adh&#233;r&#233; &#224; l'AEAR &#224; ce moment ou manifestait-il son sentiment d'isolement vis-&#224;-vis de ses camarades. Il a d'ailleurs fond&#233; son propre groupe &#171; Dod&#233;ca&#232;dre &#187; (tourn&#233; vers les arts plastiques et la peinture, autant que vers la litt&#233;rature, semble-t-il) et envisagera la publication d'une revue au titre r&#233;v&#233;lateur : &lt;i&gt;le D&#233;sert&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1935, R&#233;my sera rappel&#233; &#224; l'ordre par l'AEAR (sous la plume aur&#233;ol&#233;e de po&#233;sie prol&#233;tarienne r&#233;volutionnaire de Louis Aragon) alors que, comme Poulaille, il d&#233;nonce le Front litt&#233;raire commun propos&#233; par L&#233;on Lemonnier, &#171; th&#233;oricien &#187; du populisme, au Groupe prol&#233;tarien. Ce qui ne l'emp&#234;chera pas d'accepter le prix populiste en 1936 pour son roman &lt;i&gt;Faubourg-Saint-Antoine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;my attaque &#224; nouveau le Groupe prol&#233;tarien dans son article de &lt;i&gt;l'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 20 novembre 1937 : &#171; L'&#233;crivain et les &#233;coles &#187;, lui reprochant une &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;absence de base id&#233;ologique et de buts cons&#233;quents&lt;/q&gt;. Alors qu'il est adh&#233;rent de l'Association internationale des &#233;crivains pour la d&#233;fense de la culture (&#233;largissement de l'AEAR &#224; toutes les autres formes d'expressions artistiques destin&#233; &#224; mieux soutenir l'URSS), il &#233;crit un article dans&lt;i&gt; l'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 2 ao&#251;t 1936 o&#249; il reprend les id&#233;es qui lui sont ch&#232;res, concernant notamment le travail collectif des &#233;crivains : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il sera utile que, parall&#232;lement &#224; l'inventaire des richesses litt&#233;raires dress&#233; par les &#233;crivains de la Maison de la culture, des &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;collectifs&lt;/q&gt; dressent celui des traditions populaires. Collectif d'usine pour r&#233;unir la documentation sur les gr&#232;ves ; collectif de syndicat pour entreprendre l'histoire des luttes de leur corporation ; collectif de village ou de r&#233;gion pour relever, classer, mettre en valeur les documents (...)&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre arrive, qui rend vaine toute pol&#233;mique sur la litt&#233;rature. En juin 1941, il tentera de publier une revue clandestine et 1945 le verra se rapprocher de Poulaille, puisqu'il collabore &#224; la revue &lt;i&gt;Maintenant&lt;/i&gt;. Comme Poulaille, il se consacrera dor&#233;navant &#224; des travaux d'&#233;rudition (except&#233; deux romans : &lt;i&gt;Milly &lt;/i&gt; en 1946 et &lt;i&gt;L'Homme du canal &lt;/i&gt; en 1947), ax&#233;s principalement sur le cirque pour lequel il a toujours manifest&#233; de l'int&#233;r&#234;t. On le verra d'ailleurs appara&#238;tre dans le film de Fellini &lt;i&gt;Les Clowns&lt;/i&gt;. Il publiera &#233;galement&lt;i&gt; Le Temps des cerises&lt;/i&gt; en 1968, biographie de J.-B. Cl&#233;ment, et &lt;i&gt;La Commune de Montmartre, 23 mai 1871&lt;/i&gt; o&#249;, en une introduction titr&#233;e &#171; Gen&#232;se &#187;, il livre quelques &#233;l&#233;ments autobiographiques. Il meurt le 25 novembre 1977 &#224; Meriel (Val-d'Oise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adh&#233;sion de R&#233;my aux th&#232;ses de l'AEAR, puis &#224; celles du parti communiste, est davantage motiv&#233;e par la volont&#233; de trouver un cadre de travail avec de r&#233;els statuts et des perspectives affirm&#233;es (cadre qu'il pensait trouver dans une organisation marxiste), que par le d&#233;sir propre de militer. N'oublions pas que le Parti communiste fran&#231;ais des ann&#233;es 30 voyait d&#233;j&#224; l'aura de la r&#233;volution bolchevique peu &#224; peu s'estomper au profit de l'&#233;mergence du stalinisme le plus forcen&#233;. Les h&#233;sitations de R&#233;my et le flou de son adh&#233;sion &#224; l'AEAR et au PCF sont sans doute une volont&#233; de ne pas couper d&#233;finitivement les ponts avec le milieu libertaire dans lequel Poulaine aura toujours une place indiscut&#233;e. Sans doute Tristan R&#233;my trouvait-il dans chacun des deux &#171; mouvements &#187;, malgr&#233; leurs antagonismes et leurs acrimonies, les ressources n&#233;cessaires &#224; son &#233;panouissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les d&#233;saccords Poulaille-R&#233;my, quelques fondamentaux qu'ils aient &#233;t&#233;, ne peuvent r&#233;sister &#224; la maturation de leurs pens&#233;es. Cette phrase extraite de la &#171; Gen&#232;se &#187; de &lt;i&gt;La Commune de Montmartre &lt;/i&gt; &#233;crite par R&#233;my apr&#232;s guerre, quand les passions se furent apais&#233;es&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pas tout &#224; fait, puisque R&#233;my r&#233;digera pour la revue Entretiens un article (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, illustre parfaitement l'esprit prol&#233;tarien partag&#233; par les deux &#233;crivains : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La condition prol&#233;tarienne au d&#233;but du si&#232;cle est ignor&#233;e de tous ceux qui ont parl&#233; du peuple sans savoir ce que sont les fins de semaine et que vivre &#224; cr&#233;dit n'est pas un po&#232;me&lt;/q&gt;. Oui, d&#233;cid&#233;ment, quand R&#233;my est en col&#232;re, &#233;crira Paul Loffler, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'anarchiste (prend) le dessus sur le communiste&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. cependant Michel Ragon, &lt;i&gt;Histoire de la litt&#233;rature prol&#233;tarienne&lt;/i&gt;, &#233;d. Albin Michel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Maurice Hall&#233;, introduction de &lt;i&gt;Par la grand route et les chemins creux&lt;/i&gt;, Le Vent du ch'min &#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'expression est de Poulaille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Henry Poulaille a d&#233;j&#224; publi&#233; plusieurs ouvrages dont &lt;i&gt;Le Pain quotidien&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Nouvel Age litt&#233;raire &lt;/i&gt; ; R&#233;my deux romans, dont &lt;i&gt;Porte Clignancourt&lt;/i&gt;, et des po&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les textes du bulletin sont en attente de publication aux &#233;ditions Plein Chant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pas tout &#224; fait, puisque R&#233;my r&#233;digera pour la revue &lt;i&gt;Entretiens &lt;/i&gt; un article intitul&#233; &#171; Comment j'ai rencontr&#233; Poulaille &#187;. Cet article de 80 pages fut jug&#233; trop long par la r&#233;daction et par Poulaille lui-m&#234;me ; une proposition de le r&#233;duire &#224; 30 pages lui d&#233;plut et d&#233;clencha une de ses c&#233;l&#232;bres col&#232;res ; ce qui provoqua une nouvelle brouille et la non-publication de l'article.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ren&#233; Bonnet </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Muller </dc:creator>


		<dc:subject>Ren&#233; Bonnet</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>
		<dc:subject>Henry Poulaille</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir lu votre livre Nouvel Age litt&#233;raire, j'ai donc &#233;crit les quelques lignes que vous trouverez ci-jointes puis, r&#233;fl&#233;chissant, je me suis dit : Pourquoi ne les enverrais-je pas &#224; Henry Poulaille qui est un ancien ouvrier, comme je le suis ? C'est ainsi que Ren&#233; Bonnet (1905-1988) s'adresse pour la premi&#232;re fois &#224; Henry Poulaille en mai 1931. Fils d'un scieur de long et d'une femme de m&#233;nage, il s'est tr&#232;s t&#244;t assign&#233; une discipline intellectuelle qui le distingue de la plupart de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-itineraire-une-vie-une-pensee-no12-henry-poulaille-" rel="directory"&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e n&#176;12 : &#171; Henry Poulaille &#187;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-rene-bonnet-220-+" rel="tag"&gt;Ren&#233; Bonnet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-itineraire-une-vie-une-pensee-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-henry-poulaille-218-+" rel="tag"&gt;Henry Poulaille&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1257-18593.jpg?1774697012' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Apr&#232;s avoir lu votre livre &lt;i&gt;Nouvel Age litt&#233;raire&lt;/i&gt;, j'ai donc &#233;crit les quelques lignes que vous trouverez ci-jointes puis, r&#233;fl&#233;chissant, je me suis dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Pourquoi ne les enverrais-je pas &#224; Henry Poulaille qui est un ancien ouvrier, comme je le suis ?&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;&lt;/q&gt; C'est ainsi que Ren&#233; Bonnet (1905-1988) s'adresse pour la premi&#232;re fois &#224; Henry Poulaille en mai 1931. Fils d'un scieur de long et d'une femme de m&#233;nage, il s'est tr&#232;s t&#244;t assign&#233; une discipline intellectuelle qui le distingue de la plupart de ses camarades charpentiers. Lire, &#233;crire, lorsqu'on est ouvrier, c'est d'abord engager une interminable lutte contre la fatigue, veiller tard apr&#232;s le travail pour engranger ce savoir que la division de la soci&#233;t&#233; en classes manuelle et intellectuelle entend lui refuser : la &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;nuit des prol&#233;taires&lt;/q&gt;, selon l'expression de J. Ranci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas d'apprendre, il faut partager, et vite : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous devons donc int&#233;resser un lecteur fatigu&#233; et qui souvent ne peut lire que dans le m&#233;tro et dans le train... Si nous r&#233;ussissons &#224; l'int&#233;resser, il sera dispos&#233; &#224; faire un effort&lt;/q&gt; (lettre de R. Bonnet &#224; R. Messac, 7 avril 1933).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En 1932, je fis la connaissance d'Henry Poulaille, auquel je montrai mes notes et r&#233;flexions. Il me dit &#224; peu pr&#232;s ceci : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Ce que tu &#233;cris l&#224; d'autres l'ont d&#233;j&#224; &#233;crit ou l'&#233;criront mieux que toi. Tu devrais plut&#244;t faire des r&#233;cits sur ton m&#233;tier, sur la vie des charpentiers&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;. J'&#233;coutai les conseils de mon ami qui ne me m&#233;nagea pas ses encouragements&lt;/q&gt; (r&#233;ponse de R. Bonnet &#224; l'enqu&#234;te de R. Ninck). C'est entre ces deux hommes le d&#233;but d'une amiti&#233; qui jamais ne se d&#233;mentira. Ensemble, il b&#226;tiront cette exp&#233;rience in&#233;dite que fut le Mus&#233;e du soir, entre 1935 et 1939. Ren&#233; Bonnet y joue un r&#244;le central, participant &#224; la collecte des livres, assurant les permanences, l'organisation des conf&#233;rences...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la captivit&#233;, l'apr&#232;s-guerre est la p&#233;riode des r&#233;alisations litt&#233;raires. Ce fut d'abord &lt;i&gt;A l'&#233;cole de la vie&lt;/i&gt; en 1945, r&#233;cit des ann&#233;es d'apprentissage, de la vie de chantier. Puis la red&#233;couverte de ses racines paysannes, son &lt;i&gt;Enfance limousine&lt;/i&gt; (1954), retrac&#233;e au fil des jours de paix et des jours de guerre des ann&#233;es 1910-1920. On retrouve l'influence de la vie rurale dans &lt;i&gt;Veill&#233;e limousine&lt;/i&gt; (1951), pi&#232;ce en un acte, o&#249; se nouent les amours paysannes. &lt;i&gt;Petite histoire de la charpenterie et d'une charpente&lt;/i&gt; (1960) prolonge la description du monde du travail : il s'agit &#224; nouveau d'un r&#233;cit d'initiation, mais cette fois l'auteur est devenu un professionnel aguerri. Il prend en charge un jeune apprenti et les le&#231;ons qu'il lui donne sont l'occasion de transmettre au lecteur quelques-unes des lois de son m&#233;tier. Enfin &lt;i&gt;Contes de la ville et de la campagne&lt;/i&gt; (1982) r&#233;alise sur un mode plus litt&#233;raire une synth&#232;se des deux sources d'inspiration de son &#233;criture : les racines rurales et l'exp&#233;rience de l'ouvrier charpentier qu'il fut toute sa vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Henry Poulaille, l'anar </title>
		<link>https://partage-noir.fr/henry-poulaille-l-anar</link>
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		<dc:date>2022-12-25T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Maricourt </dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>
		<dc:subject>Henry Poulaille</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;S'il ne fut pas un militant comme on le con&#231;oit habituellement, il sut sa vie durant rester fid&#232;le &#224; son id&#233;al. Ses &#233;crits, comme ses engagements, refl&#232;tent l'anarchiste. Solidarit&#233;, authenticit&#233;, refus de parvenir et de toute oppression demeur&#232;rent des constantes de son existence.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-itineraire-une-vie-une-pensee-no12-henry-poulaille-" rel="directory"&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e n&#176;12 : &#171; Henry Poulaille &#187;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-itineraire-une-vie-une-pensee-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-henry-poulaille-218-+" rel="tag"&gt;Henry Poulaille&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH79/arton1253-76128.jpg?1774717472' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;S'il ne fut pas un militant comme on le con&#231;oit habituellement, il sut sa vie durant rester fid&#232;le &#224; son id&#233;al. Ses &#233;crits, comme ses engagements, refl&#232;tent l'anarchiste. Solidarit&#233;, authenticit&#233;, refus de parvenir et de toute oppression demeur&#232;rent des constantes de son existence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avec ses assurances mais aussi ses doutes, son &#171; authenticit&#233; &#187; mais aussi ses (rares) contradictions, Henry Poulaille est l'un des &#233;crivains fran&#231;ais les plus repr&#233;sentatifs de la pens&#233;e libertaire. Sans avoir jamais appartenu &#224; une organisation, sans avoir, &#224; proprement parler, &#233;t&#233; un jour militant, et surtout sans avoir consacr&#233; d'&#233;crits se rapportant directement &#224; la doctrine ou &#224; l'histoire anarchiste, il s'int&#232;gre pourtant sans difficult&#233; aucune dans un mouvement auquel il a &#233;t&#233; fid&#232;le sa vie durant.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un p&#232;re syndicaliste r&#233;volutionnaire &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;47&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH195/poulaillelebedef-4011b-5a31a.jpg?1774768452' width='150' height='195' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;Henry Poulaille par Jean L&#233;b&#233;deff.&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa naissance, Henry Poulaille baigne dans un milieu sinon anarchiste, du moins anticl&#233;rical, antimilitariste et syndicaliste r&#233;volutionnaire. La diff&#233;rence, on en conviendra, est plus formelle que fondamentale. D'autant plus qu'&#224; cette &#233;poque (Poulaille na&#238;t en 1896), la fronti&#232;re id&#233;ologique entre anarchisme et syndicalisme r&#233;volutionnaire est floue et que le mouvement socialiste, bien que d&#233;j&#224; divis&#233; entre marxistes et non-marxistes, englobe cependant encore, et notamment &#171; sur le terrain &#187;, autoritaires et anti-autoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charpentier, Henri Poulaille p&#232;re (son premier fils portera son pr&#233;nom, le transformant toutefois en &#171; Henry &#187;) est depuis longtemps s&#233;duit par un syndicalisme revendicatif et de lutte, comme le pr&#233;conise alors la CGT, et ne cesse de rabrouer les hommes politiques, tous des &#171; vendus &#187; selon lui (cf&lt;i&gt; Le Pain quotidien, Les Damn&#233;s de la terre,&lt;/i&gt; etc.). Deux classes sociales aux int&#233;r&#234;ts antagonistes se dressent l'une contre l'autre. Le salariat, ajoute le charpentier, doit dispara&#238;tre. Dans ce but, tous les moyens sont bons. Une partie de sa maigre paie est r&#233;serv&#233;e aux abonnements ou aux dons &#224; la presse anarchiste, socialiste et syndicaliste. Une autre partie va dans les caisses de solidarit&#233; des gr&#233;vistes, nombreux en ce d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse politique du charpentier, sommaire, mais que les &#233;v&#233;nements confortent, sera reprise par son &#233;crivain de fils. Elle forme la base de l'anarchisme de ce dernier : refus visc&#233;ral de confier &#224; autrui le soin de d&#233;cider pour soi ; autogestion, en quelque sorte, de sa vie quotidienne, ceci dans un esprit d'&#233;galit&#233; et de justice.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1144 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH223/grave_jean-2dc15-1bc09-516a7.jpg?1774723977' width='150' height='223' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;Jean Grave.&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Mais Henri Poulaille p&#232;re n'est gu&#232;re militant et ne fait rien pour susciter une prise de conscience th&#233;orique de ses enfants, allant m&#234;me jusqu'&#224; sermonner le futur auteur du &lt;i&gt;Nouvel Age litt&#233;raire&lt;/i&gt; lorsque celui-ci, puisant dans la petite biblioth&#232;que paternelle, se lance &#224; l'assaut de la pens&#233;e de Proudhon ou de Kropotkine. Il est vrai que les conditions de vie de la famille Poulaille suffisent &#224; &#233;clairer les trois enfants. Pas r&#233;ellement la mis&#232;re, mais gu&#232;re mieux. En bref, une situation critique, &#224; g&#233;rer au jour le jour. Le charpentier n'a, bien s&#251;r, pas b&#233;n&#233;fici&#233; d'une longue scolarit&#233;, mais, d&#233;sireux d'am&#233;liorer les conditions de vie de la classe ouvri&#232;re, il fait preuve d'une vive curiosit&#233; pour tout ce qui concerne la question sociale. Remarquons que son fils, l&#224; encore, fera sien ce souci de recherche autodidacte. Que trouve-t-il dans la biblioth&#232;que paternelle ? Des &#339;uvres d'Elis&#233;e Reclus, de Jean Grave, de Jules Vall&#232;s, de Louise Michel, de Kropotkine (dont une photo orne un mur de l'appartement) ou de... Z&#233;vaco. C'est-&#224;-dire tout l'&#233;ventail de la pens&#233;e libertaire. Apr&#232;s un tel inventaire, on ne sera pas surpris d'apprendre que Magneux (autrement dit Henri Poulaille p&#232;re dans la s&#233;rie du &lt;i&gt;Pain quotidien&lt;/i&gt;) &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;se sentait plus pr&#232;s des &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;anars&lt;/q&gt; que des socialistes&lt;/q&gt;, fussent-ils &#224; l'image de Jaur&#232;s. Il se m&#233;fie des parlementaires et l&#233;guera cette hostilit&#233; &#224; son fils.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des bouquinistes anarchistes &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est donc tout naturellement qu'Henry Poulaille d&#233;couvre le mouvement anarchiste. Apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de son p&#232;re &#224; la suite d'un accident du travail, puis de sa m&#232;re, il est contraint de gagner sa vie. Un pharmacien l'embauche. Ag&#233; seulement de treize ans, il parcourt Paris du matin au soir pour livrer les &#171; potions &#187; de son employeur. Bient&#244;t, il se risque &#224; pousser la porte des bouquinistes, press&#233; par un insatiable besoin de lecture (cf &lt;i&gt;Seul dans la vie &#224; quatorze ans&lt;/i&gt;). Les rares ouvrages ou journaux bien pensants qu'il trouve chez son patron ne sauraient combler sa soif de savoir. La fameuse question sociale le tourmente. Henry Poulaille veut comprendre les rouages de ce monde dans lequel il est oblig&#233; de se d&#233;battre.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1126 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/ob_35ea72_paul-delesalle-ea887-a9203.jpg?1774768452' width='150' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;Paul Delesalle.&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ancien secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration des Bourses du Travail, Paul Delesalle tient une librairie rue Monsieur-le-Prince. Un jour, un jeune client s'am&#232;ne et r&#233;clame, comme si cela allait de soi, plusieurs titres qu'il ne parvient pas &#224; d&#233;nicher, tous &#233;crits par des anarchistes. Le libraire ne cache pas sa surprise et offre au gamin quelques brochures. Poulaille sera d&#232;s lors un habitu&#233; des lieux, s'y rendant deux fois par semaine. A sa mort, apr&#232;s la Lib&#233;ration, Paul Delesalle lui l&#233;guera sa maison de Palaiseau.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1149 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH212/charles_malato-3792f-6482f.jpg?1774723978' width='150' height='212' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;Charles Malato.&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Puis Henry Poulaille d&#233;cide de rencontrer des militants. Il se souvient d'un certain Jean Grave, dont son p&#232;re, enthousiaste, tra&#231;ait souvent le portrait. Grave dirige alors un hebdomadaire, &lt;i&gt;Les Temps nouveaux &lt;/i&gt; (la Premi&#232;re Guerre mondiale entra&#238;nera sa disparition). Les locaux sont &#224; proximit&#233;, il s'y rend. Mais le &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pape de la rue Mouffetard&lt;/q&gt;, comme l'appelait Malato (en fait, Grave est install&#233; &#224; cette &#233;poque rue Broca) lui r&#233;serve un accueil mitig&#233;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Tu es trop jeune pour rejoindre le mouvement,&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt; dit-il en substance. &lt;/span&gt;M&#233;fie-toi des mouchards, des faux-monnayeurs et, plus encore, gardes toi bien des femmes !&lt;/q&gt; D&#233;contenanc&#233;, Henry Poulaille tourne les talons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une f&#234;te socialiste a lieu peu de temps apr&#232;s. Son premier vrai contact avec des militants le d&#233;&#231;oit plut&#244;t. Personne ne s'int&#233;resse &#224; ce gamin avide d'apprendre les rudiments de la lutte sociale. L'ambiance rel&#232;ve du &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;patronage bourgeois&lt;/q&gt;, se d&#233;sole-t-il. Mais qu'&#224; cela ne tienne ! Poulaille entend parler d'une autre f&#234;te, organis&#233;e cette fois-ci par &lt;i&gt;l'anarchie&lt;/i&gt;, l'organe des individualistes. L'atmosph&#232;re est radicalement diff&#233;rente. Ici, tout le monde se conna&#238;t et se tutoie, discute et plaisante. Des hommes, des femmes se demandent qui est cet adolescent au regard empli de curiosit&#233;, qui s'attarde devant la table sur laquelle un libraire, Jules Erlebach, dit Ducret, a pos&#233; ses ouvrages. La conversation s'engage.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1723 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/garnier_octave-5d057-2b228.jpg?1774768452' width='150' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;Octave Garnier&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ducret tient une &#233;choppe au 15, passage de Clichy. Poulaille lui rendra souvent visite et, par son biais (nous sommes en 1911-1912), fera la connaissance de quelques-uns des membres de la &#171; bande &#224; Bonnot &#187;. Octave Garnier, par exemple, lui appara&#238;tra non pas comme un &#234;tre assoiff&#233; de sang, ainsi que le d&#233;crit la police relay&#233;e par la presse, mais comme un individu sensible et r&#233;volt&#233; par l'injustice. Lorsque les vols de ces anarchistes font les premi&#232;res pages des journaux, Poulaille, comme il s'y exerce d&#233;j&#224; pour d'autres sujets, entame un cahier dans lequel il colle les articles s'y rapportant. Comme il l'avouera, seuls son jeune &#226;ge et son go&#251;t pour la lecture l'emp&#234;chent alors de se joindre aux &#171; bandits tragiques &#187;. Deux volumes in&#233;dits du cycle du &lt;i&gt;Pain quotidien&lt;/i&gt; abordent directement l'affaire Bonnot : &lt;i&gt;Vivre sa vie &lt;/i&gt; (le titre reprend l'un des mots d'ordre des individualistes) et &lt;i&gt;Fin d'&#233;poque.&lt;/i&gt; Quand Ducret sera assassin&#233; par un personnage louche qui l'accusait d'&#234;tre un indicateur (ce qui &#233;tait faux, comme Poulaille en recevra plus tard l'assurance de la bouche m&#234;me de Xavier Guichard, chef de la police d'alors), il est afflig&#233;, ayant un peu l'impression de perdre un grand fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La &#171; magnifique id&#233;e d'anarchie &#187; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les journ&#233;es de travail sont longues (une douzaine d'heures, au minimum), &#224; d&#233;faut d'&#234;tre excessivement p&#233;nibles. Le jeune Henry accorde beaucoup de temps &#224; la lecture, ne se privant pas pour lire &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la pharmacie lorsque son patron ne l'observe pas, et r&#233;ussissant &#224; se satisfaire de peu d'heures de sommeil. Les r&#233;unions politiques ne le passionnent pas. Il ne sera jamais un militant et, d&#232;s cette &#233;poque, poss&#233;dant d&#233;j&#224; des id&#233;es pr&#233;cises, il ne tente pas de s'en faire le pros&#233;lyte. Par la suite, la litt&#233;rature prol&#233;tarienne accaparera ses efforts. Il est vrai, cependant, que la conception que Poulaille se faisait de celle-ci est d'esprit libertaire : une litt&#233;rature faite par et pour des travailleurs, en dehors de toute ob&#233;dience. Une fa&#231;on, finalement, de se r&#233;approprier sa propre vie.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1251 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH188/mauricius-d1b38-5042c.jpg?1774718564' width='150' height='188' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;Mauricius.&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Henry Poulaille se d&#233;tourne assez vite du milieu individualiste. L'anarchisme, selon lui, se situe &#224; mille lieues des th&#233;ories brumeuses de Mauricius, d'E. Armand ou de Lorulot. Dans les volumes in&#233;dits du &lt;i&gt;Pain quotidien &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Vivre sa vie&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Fin d'&#233;poque&lt;/i&gt;), il s'insurge contre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;cette magnifique id&#233;e d'anarchie&lt;/q&gt; que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Lorulot et autres avaient salie&lt;/q&gt;. M&#234;me S&#233;bastien Faure ne trouve pas gr&#226;ce &#224; ses yeux. Tr&#232;s t&#244;t, Poulaille est donc capable de faire des choix parmi les diff&#233;rentes versions de l'id&#233;al libertaire : l'anarchie, pour lui, est une id&#233;e tangible, explicit&#233;e par Kropotkine, Malatesta ou Reclus. Parmi les personnalit&#233;s s'en r&#233;clamant, il pr&#233;f&#232;re celles qui n'ont pas simplement discouru, mais qui se sont attach&#233;es &#224; concr&#233;tiser, de quelque fa&#231;on que ce soit, leurs th&#233;ories et qui leur ont donn&#233; une dimension collective. Il voue de l'estime &#224; Jean Grave, qu'il n'ose cependant pas aller revoir, de crainte que celui-ci ne lui reproche son intrusion dans le milieu &#171; ill&#233;galiste &#187;. Poulaille se r&#233;v&#232;le d&#233;j&#224; un pragmatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Epistolaires, donc, ses rapports avec le mouvement anarchiste n'en seront pas moins r&#233;guliers. Ainsi, on rel&#232;ve son nom dans la presse sans &#171; Dieu ni ma&#238;tre &#187; d&#232;s ses premiers pas litt&#233;raires : &lt;i&gt;le Libertaire&lt;/i&gt; (&#224; partir de 1924), &lt;i&gt;la Revue anarchiste&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;l'Insurg&#233; &lt;/i&gt; (dirig&#233; par Andr&#233; Colomer), etc. Mais Poulaille, pr&#233;occup&#233; avant tout par le combat culturel, dans le cadre de la litt&#233;rature prol&#233;tarienne, veillera &#224; ne jamais faire preuve de sectarisme. Sa participation &#224; la presse marxiste non stalinienne sera fr&#233;quente ; sa signature appara&#238;tra souvent &#233;galement dans des journaux syndicalistes r&#233;volutionnaires (comme la R&#233;volution prol&#233;tarienne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses romans, dont, &#233;videmment, &lt;i&gt;Le Pain quotidien&lt;/i&gt; (1931), mettent souvent en sc&#232;ne des anarchistes ou des syndicalistes r&#233;volutionnaires, &#224; commencer par le propre p&#232;re de l'&#233;crivain, et nombreux sont les extraits de journaux libertaires cit&#233;s. Les luttes sociales sont toujours c&#233;l&#233;br&#233;es, mais Poulaille ne camoufle pas les d&#233;ceptions que suscite en lui le comportement, de certains membres de la classe ouvri&#232;re. Appartenant lui aussi &#224; cette classe, il plaide en sa faveur sans taire ses critiques. Le manque d'autonomie des luttes ouvri&#232;res (que l'on peut relier aux diverses formes de socialisme autoritaire pr&#244;n&#233;es par les leaders dits ouvriers) le d&#233;concertent. Le prol&#233;tariat ne saurait-il se passer de ma&#238;tres ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Prol&#233;tariens et libertaires &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nouvel Age litt&#233;raire&lt;/i&gt; para&#238;t en 1930. Des auteurs approuvent le projet de Poulaille : d&#233;velopper une culture sp&#233;cifique au prol&#233;tariat ne peut que contribuer &#224; l'affranchir du capitalisme. Un Groupe prol&#233;tarien se cr&#233;e, en dehors des marxistes (puis, devant leurs attaques, contre eux) de l'Association des &#233;crivains et artistes r&#233;volutionnaires (AEAR) et des populistes de Th&#233;rive et de Lemonnier. En 1937, une coop&#233;ration plus &#233;troite est envisag&#233;e entre ces auteurs et &lt;i&gt;le Libertaire&lt;/i&gt;, qui doit publier des pages r&#233;serv&#233;es &#224; la litt&#233;rature prol&#233;tarienne. Malheureusement, l'exp&#233;rience tourne court. Les querelles partisanes entretenues notamment par l'AEAR et la question de l'attitude &#224; adopter face &#224; la mont&#233;e des p&#233;rils (nazisme, menaces de guerre, etc.) entra&#238;neront la d&#233;sunion du Groupe prol&#233;tarien, au sein duquel de nombreux auteurs faisaient preuve de sympathie pour les id&#233;es libertaires.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1725 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH166/sans_titre-4-8-51b17-258d8.jpg?1774768452' width='150' height='166' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;Rirette Maitrejean&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Auparavant, l'affaire Victor Serge aura &#233;t&#233; pour Poulaille l'occasion d'exprimer &#224; nouveau ses convictions. Il prend la d&#233;fense de celui qu'il avait connu des ann&#233;es auparavant sous le nom de Victor Kibaltchitch, aux c&#244;t&#233;s de Rirette Maitrejean (qui, pour l'anecdote, pr&#233;sentera &#224; Henry Poulaille celle qui sera sa derni&#232;re compagne, H&#233;l&#232;ne Patou) et au sein de l'&#233;quipe du journal &lt;i&gt;l'anarchie&lt;/i&gt;, o&#249; se formera la &#171; bande &#224; Bonnot &#187;. Apr&#232;s avoir adh&#233;r&#233; au Parti communiste, puis en avoir &#233;t&#233; exclu pour cause de &#171; dissidence &#187;, Victor Serge est &#224; pr&#233;sent retenu en URSS ; sa famille est victime de repr&#233;sailles ; ses manuscrits, lorsqu'il les envoie &#224; des &#233;diteurs, disparaissent myst&#233;rieusement dans la nature (dont un roman relatant l'histoire de la &#171; bande &#224; Bonnot &#187;). Les staliniens d&#233;versent sur son compte des tombereaux d'insultes. Sans h&#233;siter, Poulaille se fait son avocat. Les critiques se d&#233;cha&#238;nent contre lui et contre les membres du Groupe prol&#233;tarien. Pourtant, violemment anti-stalinien, Poulaille n'aura jamais &#233;t&#233; &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; hostile &#224; l'URSS et au communisme.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;M&#233;pris de toute abdication de l'individu &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1726 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH213/paix_immediate-a9236-62c8a.jpg?1774768452' width='150' height='213' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La Seconde Guerre mondiale voit l'&#233;clatement d&#233;finitif du Groupe prol&#233;tarien. Elle ne contraint pas pour autant Poulaille &#224; taire ses convictions. Il signe ainsi l'appel &#171; Paix imm&#233;diate &#187; de Louis Lecoin, se f&#233;licitant m&#234;me de son geste devant un juge d'instruction passablement g&#234;n&#233; par ce pr&#233;venu peu repentant. Parmi les signataires, il sera l'un des rares &#224; conserver un comportement digne, comme le soulignera Lecoin dans ses M&#233;moires. A l'instar de nombreux autres libertaires, Poulaille oscillera &#224; cette &#233;poque entre sa haine du totalitarisme et sa haine du militarisme. Doit-on admettre la militarisation du pays dans lequel on vit pour combattre le fascisme ? Entre deux maux, faut-il toujours choisir le moindre ?...&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1724 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/portret_van_de_schrijver_multatuli__cropped_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH181/portret_van_de_schrijver_multatuli__cropped_-371b4-1ba47.jpg?1774768452' width='150' height='181' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;Eduard Douwes Dekker in 1864&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Alors que la collaboration entre la France vichyste et l'Allemagne nazie bat son plein, que les Drieu, Brasillach et autres C&#233;line se frottent les mains de contentement, Poulaille, non sans risque, pr&#233;face en 1942 la version &#233;court&#233;e du roman &lt;i&gt;Max Havelaar&lt;/i&gt; de l'&#233;crivain anarchiste n&#233;erlandais Eduard Douwes Dekker, dit Multatuli. Au passage, il en profite pour exprimer le peu de bien qu'il pense de l'auteur de &lt;i&gt;Bagatelles pour un massacre&lt;/i&gt;, qu'il se pla&#238;t &#224; appeler Louis-Ferdinand S&#233;nile. Il r&#233;cidive, en 1943, en pr&#233;sentant un recueil de &lt;i&gt;Pages choisies &lt;/i&gt; de Multatuli. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Anti-&#233;tatiste, antimilitariste, anticolonialiste, antiparlementaire, ath&#233;e, anarchiste complet donc (...)&lt;/q&gt;, &#233;crit-il, comme s'il faisait son propre portrait. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Iconoclaste, Multatuli n'avait aucun respect des usages sacr&#233;s, (...) ni pour les grands principes &#224; l'ombre desquels commande le mensonge. Son ath&#233;isme ne s'arr&#234;tait pas &#224; la seule critique des religions ; les morales d'usage ne trouvaient pas gr&#226;ce devant lui. Il avait la haine de l'hypocrisie et le m&#233;pris de toute abdication de l'individu. Loi, religion, morale, propri&#233;t&#233;, &#233;taient autant de masques &#224; arracher.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_378 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH198/leval_gaston-042e6-380c5.jpg?1774768452' width='150' height='198' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small &gt;Gaston Leval&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;On notera, toujours en 1943, sa pr&#233;face &#224;&lt;i&gt; L'Enfance en croix &lt;/i&gt; de Gaston Piller, plus connu sous le pseudonyme de Gaston Leval. Dans ce roman initialement publi&#233; dans une revue espagnole, le militant anarchiste hier engag&#233; dans la r&#233;volution outre-Pyr&#233;n&#233;es relate son enfance malheureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, il faut encore voir la griffe libertaire de Poulaille dans la pr&#233;face qu'il r&#233;dige pour une r&#233;&#233;dition du &lt;i&gt;Roman de Renart&lt;/i&gt;. Il per&#231;oit dans ce livre les m&#234;mes qualit&#233;s que celles qui apparaissent dans la litt&#233;rature prol&#233;tarienne : authenticit&#233;, r&#233;cit de la vie quotidienne des &#171; petites gens &#187;, irr&#233;v&#233;rence face au pouvoir en place.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La p&#233;rennit&#233; d'un id&#233;al &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tous les th&#232;mes classiques de l'anarchie sont d&#233;clin&#233;s dans l'&#339;uvre de Poulaille : antimilitarisme, anticl&#233;ricalisme, antiracisme (et, en cela, il se montre plut&#244;t pr&#233;curseur) ou encore luttes de classes. Sa volont&#233; d'autodidacte provient elle-m&#234;me de son anarchisme : c'est parce que Poulaille entend &#234;tre libre qu'il s'instruit sans rel&#226;che. Et c'est parce qu'il est conscient qu'il ne sera vraiment libre que le jour o&#249; chacun, autour de lui, le sera &#233;galement, qu'il montre de telles vell&#233;it&#233;s didactiques tout au long de son existence ; ouvrant, par exemple, le Mus&#233;e du soir, ou cr&#233;ant diverses revues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;ge et, surtout, la marginalit&#233; dans laquelle le monde litt&#233;raire l'a repouss&#233; apr&#232;s la Lib&#233;ration, lorsque le &#171; nouveau roman &#187; et l'existentialisme ont fleuri, ne le rendent pas aigri. Col&#233;reux, Poulaille, ronchonnant, instinctif, comme beaucoup de proches l'ont d&#233;crit, mais nullement aigri. L'id&#233;al libertaire lui semble toujours repr&#233;senter ce &#224; quoi l'homme peut aspirer de mieux.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1728 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH213/patou_hele-8b294-da999.jpg?1774768452' width='150' height='213' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;H&#233;l&#232;ne Patou&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si sa derni&#232;re compagne, H&#233;l&#232;ne Patou, est &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;une vieille militante anarchiste de la tendance de Kropotkine et Reclus. Elle fut des pionniers de la colonie de Bascon quand Bascon succ&#233;da apr&#232;s la guerre de Quatorze &#224; la colonie libertaire Le Milieu libre, de Vaux, fond&#233; en 1906 et dont Lucien Descaves et Maurice Donnay s'inspir&#232;rent pour leur pi&#232;ce La Clairi&#232;re. Apr&#232;s Bascon, elle tenta dans le Midi, d'autres exp&#233;rimentations, aida la R&#233;volution espagnole et &#233;vita, de justesse, lors de l'av&#232;nement de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la France libre&lt;/q&gt; de P&#233;tain, l'arrestation et le camp de concentration en se r&#233;fugiant dans la montagne...&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henry Poulaille, pr&#233;face &#224; H&#233;l&#232;ne Patou, Le Domaine du hameau perdu, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ultimes ouvrages de Poulaille attestent de la p&#233;rennit&#233; de son id&#233;al. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Mon ami Calandri&lt;/i&gt;, publi&#233; chez Spartacus en 1970, il relate comment, alors qu'il n'&#233;tait qu'un gamin, il avait entam&#233; une longue discussion avec un ouvrier anarchiste italien et pourquoi, soixante ans apr&#232;s, il juge utile d'&#233;voquer les id&#233;es que cette rencontre agita en lui. Dans&lt;a href=&#034;https://www.partage-noir.fr/aristide-delannoy-1874-1911&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la pr&#233;face au recueil de dessins d'Aristide Delannoy&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Un crayon de combat&lt;/i&gt;, que lui demandent les animateurs (pour la plupart libertaires) des &#233;ditions du Vent du Ch'min, il expose d'autres souvenirs, r&#233;it&#233;rant ses espoirs de nagu&#232;re, sans un instant songer &#224; les renier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anarchie, pour Poulaille, &#233;tait non seulement une philosophie, mais &#233;galement une attitude. Elle lui interdisait de jouer au poseur, pratique pourtant courante dans les milieux de la presse et de l'&#233;dition qui &#233;taient les siens, et, reprenant une id&#233;e ch&#232;re &#224; Albert Thierry, de chercher &#224; &#171; monter &#187; socialement. Sa conception de l'art, au demeurant proche de celle de Dubuffet (qui, lui aussi, se r&#233;clamait de l'anarchisme), t&#233;moigne de ses id&#233;aux. Rejetant toute forme d'&#233;litisme, il souhaitait d&#233;velopper une formule artistique sp&#233;cifique au peuple afin que celui-ci ne s'en remette plus, pour ses go&#251;ts comme pour son devenir, &#224; ses dirigeants. Alors, pas militant, Poulaille ? A voir ! Finalement, pour changer radicalement le monde, ne proposait-il pas un travail culturel qui poss&#233;dait peut-&#234;tre l'avantage sur une action militante strictement &#171; de terrain &#187; d'&#234;tre men&#233; &#171; en profondeur &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demeurer soi-m&#234;me envers et contre tout, refuser l'oppression pour soi et pour les autres, se montrer solidaire (&#224; ce propos, combien d'auteurs a-t-il aid&#233;s, sans rien demander en &#233;change !)... En fait, tout au long de sa vie, Poulaille s'est efforc&#233; de conjuguer sur tous les tons l'authenticit&#233;, une notion qui lui tenait particuli&#232;rement &#224; c&#339;ur. Dans cet exploit, sans aucun doute, r&#233;side sa conception de l'anarchisme&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thierry Maricourt est l'auteur, entre autres, d'une biographie tr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Henry Poulaille, pr&#233;face &#224; H&#233;l&#232;ne Patou, &lt;i&gt;Le Domaine du hameau perdu,&lt;/i&gt; L'Amiti&#233; par le livre, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Thierry Maricourt est l'auteur, entre autres, d'une biographie tr&#232;s document&#233;e sur Henry Poulaille, parue aux &#233;ditions Manya, et pr&#233;pare un ouvrage sur les &#233;crivains prol&#233;tariens (NdR).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Victor Serge</title>
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		<dc:date>2022-06-14T22:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aurore Kermadec </dc:creator>


		<dc:subject>Victor Serge</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Se forger une pens&#233;e n'est pas chose facile. Lorsque l'environnement social s'y oppose, faire co&#239;ncider cette pens&#233;e avec ses actes exige des sacrifices mat&#233;riels et une r&#233;flexion permanente que peu d'&#234;tres humains peuvent soutenir. Victor Serge appartient &#224; cette cat&#233;gorie d'hommes. L'histoire le pla&#231;a tr&#232;s t&#244;t aux c&#244;t&#233;s des vaincus qui, dot&#233;s d'une force morale exceptionnelle, ne se r&#233;signent jamais ; ceux qui ne rendent jamais leurs armes.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1113-5e1fc.jpg?1774710834' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Se forger une pens&#233;e n'est pas chose facile. Lorsque l'environnement social s'y oppose, faire co&#239;ncider cette pens&#233;e avec ses actes exige des sacrifices mat&#233;riels et une r&#233;flexion permanente que peu d'&#234;tres humains peuvent soutenir. Victor Serge appartient &#224; cette cat&#233;gorie d'hommes. L'histoire le pla&#231;a tr&#232;s t&#244;t aux c&#244;t&#233;s des vaincus qui, dot&#233;s d'une force morale exceptionnelle, ne se r&#233;signent jamais ; ceux qui ne rendent jamais leurs armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'itin&#233;raire peu banal de Victor Kibaltchitch (dit Victor Serge) commen&#231;a &#224; la fin du si&#232;cle dernier en Belgique, pays dans lequel son p&#232;re, r&#233;volutionnaire russe, s'&#233;tait r&#233;fugi&#233;. Il naquit en 1890 &#224; Bruxelles. Son p&#232;re fut aussi son pr&#233;cepteur : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je n'avais pas &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole primaire, mon p&#232;re m&#233;prisant ce &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;stupide enseignement bourgeois pour les pauvres&lt;/q&gt;&lt;/span&gt; et ne pouvant pas payer le coll&#232;ge. Il travaillait lui-m&#234;me avec moi, peu et mal ; mais la passion de savoir et le rayonnement d'une intelligence qui ne consentait jamais &#224; s'assoupir, qui ne reculait jamais devant une recherche ou une conclusion, &#233;manaient de lui &#224; un tel degr&#233; que j'en &#233;tais magn&#233;tis&#233; et que je courais les mus&#233;es, les biblioth&#232;ques, les &#233;glises, remplissant des cahiers de notes, fouillant les encyclop&#233;dies.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. Serge, M&#233;moires d'un r&#233;volutionnaire 1901-1941, Paris, Seuil, 1978, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Vers l'&#226;ge de 16 ans, il eut divers petits boulots jusqu'&#224; son d&#233;part pour Lille o&#249; il v&#233;cut quelques mois avant de s'installer &#224; Paris en 1909.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1187 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH221/libertad_albert-23d0b-bb52f.jpg?1774724785' width='150' height='221' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;Albert Libertad.&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Adolescent, il se consid&#233;rait comme socialiste mais n'avait d'attirance ni pour le socialisme r&#233;formiste ni pour le socialisme intransigeant de Jules Guesde. Il se sentait plus proche des anarchistes. Il v&#233;cut d'ailleurs quelques mois dans une communaut&#233; libertaire o&#249; il apprit &#224; r&#233;diger, &#224; composer, &#224; corriger et &#224; imprimer. D&#232;s son arriv&#233;e &#224; Paris, il fr&#233;quenta certains libertaires. Travaillant tout d'abord comme dessinateur dans une fabrique de machines &#224; Belleville, il abandonna tr&#232;s vite ce travail, s'installa pr&#232;s du Panth&#233;on et v&#233;cut en donnant des cours de fran&#231;ais &#224; des &#233;tudiants russes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mieux valait crever un peu de faim en lisant dans le jardin du Luxembourg que manger &#224; ma faim et dessiner des bielles jusqu'&#224; ne plus pouvoir penser &#224; rien.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 30.&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Il collabora, sous plusieurs pseudonymes &#8212;Le R&#233;tif surtout &#8212;, au journal &lt;i&gt;l'anarchie&lt;/i&gt; fond&#233; par Albert Libertad et devait en assurer la direction &#224; partir de 1911.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anarchiste d&#233;clar&#233; et ami d'enfance de Raymond Callemin (le &#171; Raymond la Science &#187; de la bande &#224; Bonnot), il fut arr&#234;t&#233; et condamn&#233; &#224; cinq ans de r&#233;clusion dans le cadre du proc&#232;s. Il avait alors 22 ans : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La prison me chargea d'une si lourde exp&#233;rience, et si intol&#233;rable &#224; porter, que longtemps apr&#232;s, quand je me remis &#224; &#233;crire, mon premier livre &#8212; un roman &#8212; fut un effort pour me lib&#233;rer de ce cauchemar int&#233;rieur, et aussi l'accomplissement d'un devoir envers tous ceux qui ne s'en lib&#233;reront jamais &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;(Les Hommes dans la prison)&lt;/span&gt;.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 52. Pour plus de pr&#233;cisions sur les relations de V. Serge avec la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A sa lib&#233;ration en 1917, n'ayant plus le droit de r&#233;sider en France, il partit pour Barcelone o&#249; il reprit une action militante. Il participa notamment &#224; l'insurrection de juillet dans cette ville. Fr&#233;quentant les milieux anarchistes espagnols, il s'exprimait dans &lt;i&gt;Solidaridad Obrera&lt;/i&gt;, le journal de la CNT, et dans &lt;i&gt;Tierra y Libertad&lt;/i&gt;. C'est d'ailleurs dans ce second journal qu'il signa pour la premi&#232;re fois Victor Serge.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une vie pour la r&#233;volution &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1412 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/victor_serge-31453-605d7.jpg?1774787620' width='150' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Victor Serge.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;En 1918, comme d'autres, il d&#233;cida de partir pour la Russie, pensant qu'il pourrait &#234;tre utile &#224; la r&#233;volution. Pourtant, d&#232;s le premier contact, il eut quelques doutes quant &#224; la volont&#233; d&#233;mocratique des bolcheviks : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous nous attendions &#224; respirer &#224; Petrograd l'air d'une libert&#233;, sans doute dure et m&#234;me cruelle &#224; ses ennemis, mais large et tonique. Et nous trouvions dans ce premier journal un terne article sign&#233; G. Zinoviev sur &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le monopole du pouvoir&lt;/q&gt;&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;moires, p. 77.&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Il se fit cependant &#171; compagnon de route &#187; avant d'adh&#233;rer au Parti en 1919. Bien qu'il consid&#233;r&#226;t la centralisation et l'autoritarisme comme des erreurs, il d&#233;cida de travailler avec les bolcheviks, occupant alors diverses fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1921, les mensonges de la presse bolchevique &#224; propos de la r&#233;volte des marins de Cronstadt et la violente r&#233;pression qui suivit le laiss&#232;rent perplexe. N'ayant aucun moyen d'action sur le gouvernement, il d&#233;cida, comme d'autres, de fuir la Russie sans rompre avec le r&#233;gime, en se faisant nommer &#224; l'&#233;tranger. C'est ainsi que les autorit&#233;s sovi&#233;tiques l'envoy&#232;rent d'abord &#224; Berlin en 1921 o&#249; il travailla &#224; la r&#233;daction d'une agence de presse de l'Internationale communiste, puis &#224; Vienne en 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 1923, il se rapprocha de l'aile gauche du Parti (tendance repr&#233;sent&#233;e par Preobrajenski et Trotski). Il rentra en Russie en 1925 pensant qu'il &#233;tait alors encore possible de r&#233;nover le Parti, de restaurer l'esprit de la r&#233;volution. Il devint ainsi l'un des dirigeants de l'opposition de gauche &#224; Leningrad. La r&#233;action des autorit&#233;s fut rapide. Il fut exclu du Parti en 1928 et emprisonn&#233;, mais lib&#233;r&#233; apr&#232;s quelques semaines car la nouvelle de son arrestation &#233;tait arriv&#233;e &#224; Paris. Il perdit alors toute illusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terrass&#233; par une occlusion intestinale &#224; sa sortie de prison, il crut mourir et regretta alors de n'avoir pas suffisamment &#233;crit. Opposant r&#233;duit &#224; l'inaction politique, il d&#233;cida, au cas o&#249; il ne mourrait pas, de se consacrer &#224; l'&#233;criture. C'est effectivement ce qu'il fit. Craignant toutefois d'&#234;tre arr&#234;t&#233;, il adapta la forme de ses &#233;crits aux conditions dans lesquelles il &#233;tait plac&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'adoptai pour mes livres une forme appropri&#233;e ; il fallait les construire par fragments d&#233;tach&#233;s susceptibles d'&#234;tre achev&#233;s s&#233;par&#233;ment et aussit&#244;t envoy&#233;s &#224; l'&#233;tranger ; susceptibles d'&#234;tre publi&#233;s &#224; la rigueur tels quels sans continuation ; et il me serait difficile de composer autrement. &lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 275.&#034; id=&#034;nh9-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Entre 1928 et 1933, il &#233;crivit plusieurs romans et ouvrages historiques qui furent publi&#233;s en France et en Espagne&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une analyse de l'&#339;uvre litt&#233;raire de V. Serge, voir notamment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1933, il fut arr&#234;t&#233;, puis condamn&#233; apr&#232;s deux mois d'interrogatoire &#224; trois ans de d&#233;portation dans l'Oural. A partir de 1934 et surtout en 1935, des intellectuels protest&#232;rent en France pour obtenir des informations sur sa d&#233;tention, voire sa lib&#233;ration (A. Gide, H. Poulaille, R. Rolland, etc.)&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus de pr&#233;cisions sur ce soutien actif, cf. Socialisme, op. cit., pp. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Il fut finalement lib&#233;r&#233; en 1936 et expuls&#233; d'Union sovi&#233;tique avec femme et enfants apr&#232;s avoir pass&#233; dix-sept ans dans ce pays. Seule la Belgique accepta de l'accueillir et lui accorda un permis de s&#233;jour de trois ans. Des ann&#233;es de calomnies et de menaces commenc&#232;rent alors, d'abord en Belgique puis &#224; Paris o&#249; il retourna s'installer &#224; partir de 1937. Il fut r&#233;guli&#232;rement d&#233;nonc&#233; &#224; la police pour diverses actions terroristes sans fondement. Les communistes pr&#233;sents dans les maisons d'&#233;dition exer&#231;aient une forte pression pour qu'il ne soit pas &#233;dit&#233;. Pour la m&#234;me raison, il ne pouvait pas plus s'exprimer dans la presse de gauche. Ne pouvant vivre de sa plume, il reprit le m&#233;tier de sa jeunesse : correcteur d'imprimerie&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gr&#226;ce aux efforts d'Henry Poulaille, les &#233;ditions Grasset accept&#232;rent de le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa rupture d&#233;finitive avec les communistes et les trotskistes date de cette &#233;poque. Elle eut la guerre d'Espagne pour toile de fond. Serge comprit tr&#232;s vite que Staline, bien qu'aidant en apparence les r&#233;volutionnaires espagnols, n'avait, en fait, aucun int&#233;r&#234;t &#224; voir triompher les r&#233;publicains dans les rangs desquels se battaient un grand nombre d'anarchistes et de marxistes critiques. Habitu&#233; aux m&#339;urs politiques sovi&#233;tiques, il put pr&#233;voir, sans grande difficult&#233;, que l'assassinat politique et la calomnie seraient institu&#233;s par les communistes en Espagne :&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous n'e&#251;mes qu'un cri : &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La R&#233;publique espagnole est perdue !&lt;/q&gt;&lt;/span&gt; Impossible de vaincre le fascisme, en effet, en instituant &#224; l'int&#233;rieur un r&#233;gime de camps de concentration et d'assassinat contre les antifascistes les plus &#233;nergiques et les plus s&#251;rs ; et en perdant ainsi le prestige moral de la d&#233;mocratie.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;moires, p. 356. Sur les rapports de V. Serge avec l'Espagne, lire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; C'est aussi face &#224; leur attitude dans la guerre d'Espagne que Serge commen&#231;a &#224; entrevoir le sectarisme de Trotski et des trotskistes&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une analyse plus d&#233;taill&#233;e des relations Serge-Trotski, cf. Socialisme, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le trotskisme calomni&#233;, fusill&#233;, assassin&#233; faisait &#224; l'occasion preuve d'une mentalit&#233; sym&#233;trique &#224; celle du stalinisme qui le broyait.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;moires, p. 369.&#034; id=&#034;nh9-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1940, il partit pour le sud de la France. Ayant pu obtenir un visa pour le Mexique, il quitta d&#233;finitivement ce pays avec son fils au d&#233;but de l'ann&#233;e 1941. Il consacra l'essentiel des derni&#232;res ann&#233;es de sa vie &#224; la r&#233;daction de ses M&#233;moires et mourut d'une crise cardiaque &#224; Mexico en 1947.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge incarne une &#233;poque, celle des engagements id&#233;ologiques. L'&#233;poque o&#249; l'on croyait que le syst&#232;me capitaliste pouvait &#224; force de luttes &#234;tre renvers&#233; pour un syst&#232;me meilleur, plus juste, o&#249; l'&#234;tre humain serait n&#233;cessairement respect&#233;. Toujours oppos&#233; par principe &#224; la suppression des libert&#233;s politiques, &#224; la censure sous toutes ses formes, il consid&#233;rait que sans libert&#233; de pens&#233;e, aucun progr&#232;s intellectuel n'&#233;tait possible. C'est pour cela qu'il fut d'abord anarchiste, c'est pour cela qu'il soutint la r&#233;volution russe, c'est pour cela aussi qu'il rompit avec le bolchevisme, puis le trotskisme, et revint &#224; un socialisme libertaire. Optimiste jusqu'&#224; la fin de sa vie, il consid&#233;ra que les exp&#233;riences de sa g&#233;n&#233;ration, ses combats, ses sacrifices, ses erreurs pouvaient &#234;tre utiles aux g&#233;n&#233;rations futures pour construire un socialisme humain, un socialisme qui ne renierait pas les libert&#233;s &#233;l&#233;mentaires de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie de Victor Serge nous offre un bel exemple de lutte, de r&#233;flexion et surtout d'int&#233;grit&#233; intellectuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V. Serge, &lt;i&gt;M&#233;moires d'un r&#233;volutionnaire 1901-1941&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1978, collection Points, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., p. 52. Pour plus de pr&#233;cisions sur les relations de V. Serge avec la bande &#224; Bonnot, voir notamment &#171; Actes du colloque organis&#233; par l'Institut de sociologie de l'Universit&#233; libre de Bruxelles, 21, 22, 23 mars 1991 &#187; &lt;i&gt;Socialisme &lt;/i&gt; n&#176;226-227, Bruxelles, juillet-octobre 1991, notamment pp. 284-285.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, p. 77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., p. 275.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour une analyse de l'&#339;uvre litt&#233;raire de V. Serge, voir notamment &lt;i&gt;Socialisme&lt;/i&gt;, op. cit., pp. 408-422.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour plus de pr&#233;cisions sur ce soutien actif, cf. &lt;i&gt;Socialisme&lt;/i&gt;, op. cit., pp. 328-337.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gr&#226;ce aux efforts d'Henry Poulaille, les &#233;ditions Grasset accept&#232;rent de le publier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, p. 356. Sur les rapports de V. Serge avec l'Espagne, lire l'article tr&#232;s int&#233;ressant de Pelai Pages I Blanch publi&#233; dans &lt;i&gt;Socialisme&lt;/i&gt;, op. cit., pp. 357-367.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour une analyse plus d&#233;taill&#233;e des relations Serge-Trotski, cf. &lt;i&gt;Socialisme&lt;/i&gt;, op. cit., pp. 337-352. Voir &#233;galement les explications de Serge dans ses &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, notamment les pages 411-412.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, p. 369.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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