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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>&#201;mile Pataud</title>
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		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;mile Pataud</dc:subject>
		<dc:subject>CGT</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#201;mile Pataud, le citoyen Pataud, ou plut&#244;t le camarade Pataud, comme on dit &#224; la C.G.T., est un &#233;teigneur de lumi&#232;re d'une autre envergure que le falot Viviani. Il ne grimpe pas dans le ciel pour y d&#233;crocher les &#233;toiles. Il est plus terre &#224; terre. Il se contente de supprimer le courant, d'un geste. Et il accomplit cela avec une d&#233;sinvolture, une bonhomie souriante, une gr&#226;ce bon enfant qui effarent et d&#233;sarment en m&#234;me temps. Chez lui, point de grandiloquence, point d'emphase, point (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no67-du-1er-mai-1909-emile-pataud-" rel="directory"&gt;Les Hommes du Jour n&#176;67 du 1er mai 1909 - Emile Pataud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-emile-pataud-421-+" rel="tag"&gt;&#201;mile Pataud&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/pataux-6b330.jpg?1774739431' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;mile Pataud, le citoyen Pataud, ou plut&#244;t le camarade Pataud, comme on dit &#224; la C.G.T., est un &#233;teigneur de lumi&#232;re d'une autre envergure que le falot Viviani. Il ne grimpe pas dans le ciel pour y d&#233;crocher les &#233;toiles. Il est plus terre &#224; terre. Il se contente de supprimer le courant, d'un geste. Et il accomplit cela avec une d&#233;sinvolture, une bonhomie souriante, une gr&#226;ce bon enfant qui effarent et d&#233;sarment en m&#234;me temps. Chez lui, point de grandiloquence, point d'emphase, point d'attitudes superbes. Il ne montre pas le poing au p&#232;re &#233;ternel et ne va pas chercher ses m&#233;taphores dans les po&#232;mes de Richepin. Il dit et fait les choses tout simplement. Sachant que les travailleurs n'obtiendront rien que par l'entente qui cr&#233;e la force et par la violence, il s'est occup&#233; de grouper ses camarades, de les constituer en syndicat puissant et quand il les a eus dans les mains, quand il les a vus d&#233;cid&#233;s &#224; marcher, sur un signe, alors, crac d'un geste il a plong&#233; la capitale dans les t&#233;n&#232;bres. Les patrons ahuris n'y ont vu que du bleu pour commencer. Puis ils ont r&#233;fl&#233;chi. A la faveur de la nuit, ils ont r&#233;ussi &#224; y voir plus clair dans le probl&#232;me qui se pose. Ils ont compris quelle formidable et irr&#233;sistible puissance se dressait contre eux et ils ont capitul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'avoir fait que cela, c'est-&#224;-dire avoir, par un exemple aveuglant, quoique n&#233; de l'obscurit&#233;, d&#233;montr&#233; l'efficacit&#233; du groupement et la force ouvri&#232;re, c'est d&#233;j&#224; &#233;norme pour la gloire d'un homme ! Mais ce qui attire surtout l'attention sur Pataud, c'est non seulement ce qu'il a fait, c'est encore la fa&#231;on dont il le fait. Avec lui, pas de menaces terrifiantes, pas de promesses sanglantes. La R&#233;volution, croquemitaine des bourgeois qui ne sont pas sages se fait souriante. Le probl&#232;me social para&#238;t devoir se d&#233;nouer &#224; la rigolade. Il n'est pas question d'&#233;meutes, de gr&#232;ves violentes, de coups de fusil. Une simple interruption de courant. L'affolement dans les caf&#233;s, les repr&#233;sentations publiques arr&#234;t&#233;es net, les gens affair&#233;s courant apr&#232;s leurs ombres, les bougies p&#226;lottes plant&#233;es aux goulots des bouteilles et jetant une demi-clart&#233; sur la mine constern&#233;e des noctambules d&#233;sempar&#233;s. Et le lendemain, un vaste &#233;clat de rire, une gaiet&#233; colossale, le Tout-Paris populaire qui la trouve bien bonne et d&#233;clare que d&#233;cid&#233;ment ce sacr&#233; Pataud est irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que, peu &#224; peu, Pataud est devenu l'homme le plus populaire de la capitale, le Roi de Paris. Il a conquis tous les suffrages. Les faubourgs raffolent de lui. Les ouvriers lui donnent toute leur confiance. A chaque conflit nouveau on se demande si Pataud marchera. On escompte l'&#233;vanouissement brusque de l'&#233;lectricit&#233;. Vous comprenez que le pauvre bougre se soucie mod&#233;r&#233;ment de ce genre de lumi&#232;re. Il n'a pas les moyens de s'offrir une telle d&#233;bauche de clart&#233;. Il en est encore &#224; la vieille lampe &#224; p&#233;trole. La nuit, d'ailleurs, il est dans son lit. Ce sont les heureux d'ici-bas qui r&#244;dent, f&#234;tent, s'amusent, courent les brasseries, les cabarets et les restaurants nocturnes. Aussi la plaisanterie appara&#238;t-elle savoureuse au populo qui n'en subit pas les cons&#233;quences et se r&#233;jouit volontiers de la d&#233;convenue de ses ennemis. Par l&#224;, Pataud a touch&#233; au bon endroit. Il peut continuer. Plus il fera de l'ombre autour de lui, plus les faces s'&#233;claireront de contentement. Il est assur&#233; d'avoir les rieurs constamment de son c&#244;t&#233; ; et avoir su faire rire, au d&#233;pens de l'adversaire, c'est d&#233;j&#224; avoir gagn&#233; la partie.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5537 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/png/emile_pataud_1910.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/emile_pataud_1910-6c067-6113e.png?1774777551' width='150' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Emile Pataud&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Et la partie, n'en doutez pas, Pataud la gagnera compl&#232;tement et avec lui, le monde du travail. Les bourgeois l'ont compris de bonne heure. Tous ceux qui r&#233;fl&#233;chissent voient nettement les progr&#232;s incessants du syndicalisme qui monte chaque jour en force, en pr&#233;cision, en nombre. Cette myst&#233;rieuse C.G.T. dont on a fait une sorte de repaire de malfaiteurs, c'est le cauchemar du capitalisme chancelant. Longtemps on s'est efforc&#233; de la montrer au peuple comme un danger immense et mortel ; on lui pr&#234;tait les plus noirs desseins, les plus t&#233;n&#233;breuses pens&#233;es. Bien des gens ne voyaient en elle qu'une monstrueuse association de bandits sans scrupules r&#234;vant de destruction et de guerre civile. Et voil&#224; que soudain Pataud appara&#238;t. Et tout s'&#233;claire, quoique ce soit pr&#233;cis&#233;ment la fonction de Pataud de supprimer l'&#233;clairage. Quoi ! c'est donc &#231;a l'anarchiste, le fou furieux, le criminel, ce Pataud qui en se jouant plonge les patrons dans la nuit. C'est donc &#231;a, la R&#233;volution ? Et tous se sentent rassur&#233;s. Le drame tourne &#224; la grosse farce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ne sont pas rassur&#233;s, cependant, ce sont les ma&#238;tres. Ces &#233;clipses de lumi&#232;re les plongent dans d'affreuses incertitudes. Que va-t-il donc se produire si les travailleurs de tous les m&#233;tiers, imitant l'exemple des &#233;lectriciens, s'avisent de suspendre brusquement le travail ? Ce Pataud, d&#233;cid&#233;ment, avec ses allures de grand gamin qui fait une blague, est un individu tr&#232;s dangereux. C'est contre lui qu'il faut avant tout se d&#233;fendre. Alors on a essay&#233; de le ridiculiser ; on l'a montr&#233; jouant &#224; la manille avec des partenaires coiff&#233;es de casquettes et jaspinant l'argot le plus excentrique ; on l'a d&#233;peint sous les traits d'un gros gar&#231;on, tr&#232;s bourgeois, au fond, prenant du ventre et se laissant vivre aux d&#233;pens des poires que sont les travailleurs. On l'a appel&#233; le roi Pataud. On lui a jet&#233; dans les jambes un pauvre cabot sans talent, d&#233;sireux de conqu&#233;rir un peu de r&#233;clame. Puis on l'a accus&#233; de mille m&#233;faits. On a voulu le rendre odieux. On lui a pr&#234;t&#233; des pens&#233;es machiav&#233;liques. On a essay&#233; aussi de l'intimider. On a parl&#233; de poursuites, de condamnations, de prison, de bagne m&#234;me. Vains efforts. Pataud gardait toujours sur ses l&#232;vres son sourire imp&#233;n&#233;trable. Que voulez-vous ? Il est comme &#231;a, cet homme. Il a le sourire. Il se moque de ce qu'on dit, de ce qu'on raconte, de ce qu'on insinue sur son compte. Il sait que quand il le voudra, il fera de la lumi&#232;re &#224; l'aide des t&#233;n&#232;bres ; il &#233;clairera la conscience de ses contemporains. D'ailleurs, l'homme d'action se double chez Pataud d'un optimiste clairvoyant. Sa philosophie, c'est d'agir et de laisser dire. L'acte a selon lui une valeur essentielle, une port&#233;e qui d&#233;passe tous les discours et toutes les paroles. Et il agit, avec s&#233;r&#233;nit&#233;, avec confiance, avec mansu&#233;tude, certain qu'il est de la justice de sa cause et du triomphe prochain de ses id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est justement cet optimisme bonhomme, cette philosophie nonchalante qui lui encha&#238;ne les cerveaux et lui conquiert les c&#339;urs plus que ne pourraient le faire la violence des d&#233;clamations et la sauvagerie des propos.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Aux abords de ce premier mai qu'on nous a d&#233;peint &#8212; comme toujours &#8212; sous des aspects effrayants, Pataud redevient d'actualit&#233;. On attend, cette fois encore, son intervention, comme on l'attendait au lendemain de Villeneuve-Saint-Georges. Va-t-il marcher ? La nuit envahira-t-elle la capitale. Les bourgeois se posent anxieusement la question. Les travailleurs se pr&#233;parent &#224; rigoler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient que vers la fin de l'Empire, alors que la menace planait sur toutes les t&#234;tes, alors que chacun &#233;tait agenouill&#233; dans la terreur, un homme se leva, et avec une effront&#233;e gaminerie, dans un geste irrespectueux, esquissa un pied de nez &#224; la barbe du C&#233;sar d'occasion qui r&#233;gnait sur la France. Cet homme s'appelait Rochefort. Ce pied de nez ce fut le signal de la d&#233;b&#226;cle imp&#233;riale. Au lendemain de la &lt;i&gt;Lanterne &lt;/i&gt; la France &#233;tait secou&#233;e par un rire &#233;norme. Ce rire venait la d&#233;livrer de la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud, en ce cr&#233;puscule de r&#233;gime, &#224; une &#233;poque de poursuites, de condamnations et de fusillades, a recommenc&#233; le geste de Rochefort. Seulement il n'a pas pris la plume. Il a simplement tourn&#233; un bouton &#233;lectrique. Il n'a pas lanc&#233; la &lt;i&gt;Lanterne &lt;/i&gt; ; il a souffl&#233; les lumignons. Et le rire, cette fois encore, a boulevers&#233; les ventres. La bourgeoisie est d&#233;sarm&#233;e. Le capital est aux abois. On rit ; c'est la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne rira pas toujours. Ce que les bourgeois devraient le plus ardemment souhaiter, c'est que Pataud dure longtemps. Avec lui, la r&#233;volte affecte des dehors d&#233;bonnaires. On peut esp&#233;rer que tout se passera paisiblement et qu'il n'y aura que quelques &#339;ufs cass&#233;s. Gare au jour o&#249; l'on ne rira plus, o&#249; les visages deviendront sinistres, o&#249; l'on entendra des grincements de dents dans les t&#233;n&#232;bres. Apr&#232;s le vaudeville, viendra la trag&#233;die. Bourgeois, profiteurs, tripoteurs, &#233;cumeurs, politiciens, ren&#233;gats, rendez gr&#226;ce &#224; Pataud, au roi Pataud, &#224; l'Empereur de Paris, au ma&#238;tre de la Lumi&#232;re. En jetant le ridicule sur vos faces congestionn&#233;es d'effroi, il a peut-&#234;tre pour quelque temps d&#233;tourn&#233; les col&#232;res et suspendu les revanches.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Occupons-nous un peu de ce redoutable et irr&#233;sistible Pataud ; essayons de faire quelque lumi&#232;re sur sa personnalit&#233; et de pr&#233;senter sa physionomie au grand jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud est un enfant de Paris. Il est venu au monde &#224; l'h&#244;pital Saint-Antoine, en 1870, l'ann&#233;e terrible. Ses parents &#233;taient dans une pauvret&#233; voisine de l'indigence. L'enfance du futur Roi de l'ombre s'&#233;coula donc au milieu de mille privations. Il connut toutes les souffrances qui attendent, en cette existence, les d&#233;sh&#233;rit&#233;s. Durant l'hiver rigoureux de 1879-80, Pataud se rappelle que ses parents, trop pauvres, ne firent pas une seule fois de feu chez eux. L'enfant manqua succomber de froid. Avec &#231;a, point de ces petites joies qui attendent les enfants des riches ; pas de jouets, pas de no&#235;ls, pas de v&#234;tements bien chauds pour l'hiver, pas d'habits l&#233;gers pour l'&#233;t&#233;. La g&#234;ne, la douleur physique d&#232;s ses premi&#232;res ann&#233;es. C'est l&#224; un sort commun aux enfants des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plac&#233; &#224; l'&#233;cole communale, le jeune Pataud y d&#233;croche son certificat d'&#233;tudes et obtient une bourse pour une &#233;cole sup&#233;rieure. On le mit &#224; Lavoisier. Mais il n'y resta pas longtemps. A quinze ans, il lui fallut gagner son pain. Il entra aux usines Caille, gr&#226;ce &#224; une supercherie, en se servant du livret de son oncle, plus &#226;g&#233; que lui de quatre ans ! Voil&#224; bien un des plus terribles effets de la mis&#232;re. Les travailleurs oblig&#233;s de violer eux-m&#234;mes une loi protectrice, &#224; leur d&#233;pens ; un enfant oblig&#233; de se vieillir parce qu'il faut qu'il travaille et qu'il mange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux usines Caille, Pataud gagnait 0 fr. 40 de l'heure ; il faisait le m&#233;tier de frappeur riveur. Quelque temps apr&#232;s, il est d&#233;bauch&#233;, se trouve sans travail. Il se place successivement comme comptable-fumiste, marchand de tonneaux, puis rentre de nouveau aux usines Caille. Il a un peu plus de dix-huit ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un beau jour, la maison Caille l'envoie &#224; Cherbourg pour des exp&#233;riences de torpilleurs. Il y fait connaissance avec les marins. Ce jeune homme qui n'avait jamais quitt&#233; le pav&#233; de Paris s'enthousiasme pour la vie du matelot. Il devance l'appel et s'engage. Jusque-l&#224; il &#233;tait demeur&#233; &#224; peu pr&#232;s &#233;tranger &#224; toute politique. Pourtant, quoique tr&#232;s jeune, il s'&#233;tait occup&#233; quelque peu de questions sociales. Une &#226;me de r&#233;volt&#233; s'agitait en lui. Il avait fait partie de plusieurs groupes d'&#233;tudes sociales et de cercles socialistes, mais il ignorait compl&#232;tement le syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la marine, il serait exag&#233;r&#233; de pr&#233;tendre que Pataud fut un remarquable sujet. Il y r&#233;colta quelques punitions pour indiscipline et insultes aux sup&#233;rieurs. Malgr&#233; tout, il en sortit avec des certificats de bonne capacit&#233;. Mais la vie du bord qui &#233;tait bien diff&#233;rente de celle que, dans sa na&#239;vet&#233; de jeune homme, il s'&#233;tait figur&#233;e, l'avait transform&#233; en ennemi de la discipline et de l'autorit&#233;. L'antimilitariste naissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud reprit alors son existence d'autrefois, c'est-&#224;-dire qu'il se remit au travail. Il entra comme comptable dans une soci&#233;t&#233; de constructions &#233;lectriques o&#249; il put, tout en s'occupant de comptabilit&#233;, faire son apprentissage d'&#233;lectricien. Lorsqu'il eut conquis d&#233;finitivement son m&#233;tier, il abandonna la place de comptable et, toujours dans la m&#234;me soci&#233;t&#233;, fit ses d&#233;buts comme ouvrier &#233;lectricien.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quelque temps apr&#232;s, Pataud fut employ&#233; dans diff&#233;rentes compagnies d'&#233;clairage. Sa vie est alors tr&#232;s mouvement&#233;e. Il commence &#224; s'occuper s&#233;rieusement de politique. Il est secr&#233;taire de Chauvi&#232;re dans le XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement ; il fonde une universit&#233; populaire dans le m&#234;me quartier. Cela nous m&#232;ne jusqu'&#224; l'affaire Dreyfus. Socialiste r&#233;volutionnaire, Pataud marche &#224; fond ; il d&#233;pense sans compter son temps et son argent. Mais cette aventure ne devait pas lui &#234;tre inutile. Il apprend le d&#233;go&#251;t des politiciens de toutes nuances. Il se promet fermement qu'on ne l'y reprendra plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud &#233;tait employ&#233; &#224; cette &#233;poque au Compteur Michel. Il &#233;tait tr&#232;s bien not&#233;. Mais comme il commen&#231;ait &#224; s'occuper de syndicalisme, on le consid&#233;rait comme un individu tr&#232;s dangereux, en p&#233;riode de gr&#232;ve. Un jour, sous un pr&#233;texte quelconque, diminution de travail je crois, on voulut le remercier avec cent cinquante de ses camarades. L&#224;-dessus les ouvriers se concert&#232;rent et envoy&#232;rent une d&#233;l&#233;gation au patron, lui proposant de travailler un nombre d'heures moindre, pour permettre aux autres de demeure dans la maison. Premi&#232;re manifestation de solidarit&#233; ouvri&#232;re. Le patron accepta, mais il accepta seulement en ce qui concernait Pataud et se refusa &#224; prendre la m&#234;me mesure &#224; l'&#233;gard des autres. Pataud ne voulut pas accepter cette sorte de faveur et quitta la boite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, il erra quelque temps, se d&#233;brouillant comme il pouvait, faisant tous les m&#233;tiers. Tant&#244;t il est marchand de quatre saisons. Crainquebille-Pataud ! Puis il entre, gr&#226;ce &#224; la recommandation d'un maitre des requ&#234;tes qu'il avait connu dans les U.P., &#224; la Compagnie parisienne de l'air comprim&#233;. Nous sommes en 1902.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette &#233;poque que Pataud eut l'id&#233;e de constituer ses camarades de l'&#233;lectricit&#233; en syndicat. Il y fut aid&#233; puissamment par d'autres militants : Harvois, Baudry, Morel, Passerieu (ce dernier encore secr&#233;taire adjoint au syndicat). Mais d&#233;j&#224;, un syndicat des ouvriers de l'industrie priv&#233;e existait. Les deux syndicats, le nouveau et l'ancien, durent fusionner pour &#234;tre re&#231;us &#224; la C.G.T. et devinrent le Syndicat g&#233;n&#233;ral de l'industrie &#233;lectrique qui allait au cours des &#233;v&#233;nements futurs, jouer le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant que l'on conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud, nomm&#233; secr&#233;taire du nouveau syndicat, se mit ardemment &#224; la besogne. Dans le courant d'une ann&#233;e, il organisa pr&#232;s de trois cents r&#233;unions. Dou&#233; d'une prodigieuse activit&#233;, il se multiplia, fut partout &#224; la fois. Surtout il pr&#233;parait, sans vains bavardages, sans bruit, ces fameuses gr&#232;ves qui devaient &#233;tonner la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re gr&#232;ve &#233;clata en 1905, &#224; la Compagnie Edison. Elle eut pour r&#233;sultat de faire mettre sur pied quatre mille hommes de troupe pour quatre-vingt-deux gr&#233;vistes. Pataud put se f&#233;liciter de son initiative ; il obtint pour ses camarades une diminution des heures de travail et une l&#233;g&#232;re augmentation du tarif avec quelques autres menus avantages assez appr&#233;ciables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Pataud r&#234;vait mieux. Il ne voulut pas se contenter seulement d'obtenir quelques garanties et quelques avantages pour les travailleurs de son m&#233;tier. Il voyait plus loin. D&#233;go&#251;t&#233; de la politique, revenu du socialisme parlementaire et d&#233;finitivement acquis aux id&#233;es r&#233;volutionnaires, il songeait &#224; montrer, par un exemple saisissant, la puissance du syndicalisme. Il r&#233;fl&#233;chit longuement &#224; l'exp&#233;rience qu'il voulait tenter. Il m&#233;dita des journ&#233;es enti&#232;res, s'entretint avec ses camarades, scruta les bonnes volont&#233;s. Puis quand il fut certain du triomphe, quand il vit qu'il pouvait marcher, il se d&#233;cida. Et la gr&#232;ve la plus impr&#233;vue, la plus d&#233;concertante &#233;clata sur Paris. Un mot de Pataud avait suffi, un mot qui n'&#233;tait pas le&lt;i&gt; Fiat Lux&lt;/i&gt; du Seigneur, car en place de la lumi&#232;re, ce fut la nuit sombre qui vint dans la capitale morne comme un cercueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas perdu la m&#233;moire de cette nuit &#233;pique. C'&#233;tait en 1905. A huit heures du soir, brusquement, sans qu'on put savoir comment cela s'&#233;tait fait, les lumi&#232;res s'&#233;teignirent. Les th&#233;&#226;tres et les caf&#233;s concerts o&#249; s'entassait un public joyeux, durent c&#233;der aux r&#233;criminations et rembourser l'argent. Dans les caf&#233;s et les brasseries, les gar&#231;ons affol&#233;s s'enfuyaient dans toutes les directions. Cela dura plusieurs heures avant qu'on se d&#233;cid&#226;t &#224; comprendre. Vers les onze heures, on vit les boutiques essayer timidement de reconqu&#233;rir un peu de lumi&#232;re ; des torches furent plant&#233;es &#224; tous les carrefours et au milieu des places, avec des cordons d'agents pour les garder. Des bougies furent scell&#233;es sur des bouteilles pour permettre aux joueurs de continuer leurs manilles. Spectacle inoubliable. Mille bruits couraient. On parlait de catastrophe, de banqueroute. On ne songea &#224; la gr&#232;ve que fort avant dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dire la surprise des bourgeois, le lendemain, &#224; la lecture des journaux, ce serait difficile. Qu'&#233;tait-ce donc encore que cette fumisterie et ce Pataud dont personne jusque-l&#224; n'avait entendu parler ? On se mit &#224; sa recherche. Les reporters l'assaillirent. On apprit alors que ce Pataud myst&#233;rieux qui faisait et d&#233;faisait, &#224; son caprice, le jour et la nuit, &#233;tait un de ces abominables r&#233;volutionnaires, un de ces f&#233;roces antimilitaristes condamn&#233;s pour la fameuse affiche rouge. Lui, cependant, goguenard et plein de bonne humeur, laissait dire, laissait faire. En vingt-quatre heures, sa renomm&#233;e devint universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re gr&#232;ve de l'&#233;lectricit&#233; fut celle organis&#233;e en ao&#251;t 1908, au lendemain des massacres de Villeneuve. Cette fois encore, on ne s'y attendait pas. La veille, on avait parl&#233; de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, et d&#233;j&#224; les bourgeois se frottaient les mains en constatant que les &#233;lectriciens n'avaient pas march&#233;. Soudain, &#224; huit heures du soir, les lumi&#232;res disparurent pour repara&#238;tre &#224; dix. Simple gr&#232;ve de deux heures. Pataud avait voulu montrer tout bonnement au gouvernement ce que peut la puissance syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors la fureur patronale ne connut plus de bornes. Sa terreur s'accrut. D&#233;j&#224; un cabotin avait poursuivi Pataud et lui avait r&#233;clam&#233; des dommages et int&#233;r&#234;ts. Un juge s'&#233;tait trouv&#233; pour condamner le secr&#233;taire du syndicat des &#233;lectriciens. On r&#233;solut de le tuer par le ridicule ou par l'odieux. Les journaux se charg&#232;rent de la besogne. Il est impossible de relater ici tous les racontars, toutes les fumisteries, toutes les insanit&#233;s r&#233;pandues sur son compte. Mais, fid&#232;le &#224; sa m&#233;thode, Pataud laissait couler les paroles et l'encre, et continuait sa besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelque temps, on n'entendit parler de lui. On affecta d'oublier ses menaces. Les revues de fin d'ann&#233;e s'empar&#232;rent de sa personne et la jet&#232;rent sur la sc&#232;ne, en p&#226;ture, &#224; la malignit&#233; publique. Tout &#224; coup, Pataud fit sa r&#233;apparition. Cette fois, il ne plongea pas la ville dans l'ombre. Il se contenta de s'en prendre &#224; l'h&#244;tel Continental, dont le patron, avare et parjure, repoussait les revendications du personnel. Viviani devait justement, ce soir-l&#224;, pr&#233;sider un banquet. L'occasion &#233;tait propice. Pataud fit un signe : les lumi&#232;res disparurent. Le ministre dut ravaler son discours et le directeur de l'h&#244;tel accepter les revendications ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que, depuis, ce directeur a reni&#233; une fois encore ses engagements. Il a cong&#233;di&#233; ses quatorze ouvriers et menac&#233; Pataud de poursuites. Mais Pataud est bien tranquille. Les poursuites ne viendront pas.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#231;a, s'occupant de choses plus s&#233;rieuses, Pataud s'est occup&#233; &#224; organiser le fameux meeting de l'Hippodrome qui a fait couler, ces jours derniers, des tor-rents d'encre. Pour la premi&#232;re fois, ouvriers et fonctionnaires se trouvaient unis dans la lutte. On se souvient des discours prononc&#233;s, des menaces prof&#233;r&#233;es. Aujourd'hui m&#234;me, la bourgeoisie n'est pas revenue de son effroi et de sa col&#232;re. Ce meeting, d'ailleurs, a mis le comble &#224; l'exasp&#233;ration de la classe capitaliste qui, oubliant toute mesure, a parl&#233; carr&#233;ment d'exp&#233;dier Pataud au bagne, comme si derri&#232;re Pataud il n'y avait pas des centaines d'autres travailleurs pr&#234;ts, comme lui, &#224; &#233;teindre les lumi&#232;res et &#224; plonger la bourgeoisie apeur&#233;e dans la nuit sanglante, annonciatrice de l'aube de justice et de libert&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5538 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH344/emile_pataud_a_la_tribune-90c25.jpg?1774777551' width='500' height='344' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Gr&#232;ve des postiers &#224; l'hippodrome, meeting du 14 mai 1909, Pataud &#224; la tribune.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Tel est donc Pataud. On con&#231;oit maintenant son existence de grand laborieux, d'enfant du peuple, gagnant p&#233;niblement et opini&#226;trement son existence. Le gamin qui d&#233;butait, &#224; quinze ans, comme apprenti aux usines Caille, est devenu aujourd'hui un des personnages consid&#233;rables de notre &#233;poque. est plus populaire et aussi redout&#233; que le grand Flic. Et s'il est parvenu &#224; cette situation, ce n'est pas seulement gr&#226;ce aux circonstances. Il le doit surtout &#224; sa t&#233;nacit&#233; dans le travail, &#224; son d&#233;sir de s'instruire et de comprendre. Ce roi de l'Ombre s'est fait tout seul, en consacrant ses nuits &#224; l'&#233;tude et au labeur ! Ils sont comme &#231;a des centaines dans le monde ouvrier qui, arm&#233;s de leur simple certificat d'&#233;tudes, sont parvenus, au prix de mille efforts, en sacrifiant leurs heures de repos &#224; apprendre tous les secrets de la sociologie moderne, qui connaissent toutes les lois et toute la science du travail et peuvent assumer &#8212; mieux que tous les &#233;conomistes en chambre &#8212; la haute responsabilit&#233; de refaire une soci&#233;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au physique, Pataud est un gros gar&#231;on r&#233;joui, jovial, plein d'entrain et d'esprit, &#224; la r&#233;plique facile, &#224; la verve gavroche, &#233;maillant ses discours de traits et saillies qui vont droit au c&#339;ur des travailleurs faubouriens. Cependant, la lutte l'a quelque peu fatigu&#233;. Le roi Pataud voudrait bien se reposer, r&#233;parer sa sant&#233; &#233;branl&#233;e par un surmenage incessant. Des scrupules l'emp&#234;chent de prendre sa retraite. Il ne veut pas laisser &#224; d'autres le soin de mener &#224; bien la besogne commenc&#233;e. Il demeure donc &#224; son poste de combat. Mais chaque jour qui vient lui demande une plus grande &#233;nergie. Heureusement, il a pour lui sa philosophie paisible et sereine, que nulle perfidie, nulle accusation ne parviennent &#224; d&#233;monter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous voil&#224; &#224; la veille d'une nouvelle intervention de Pataud. On en parle. On en parle. Que va-t-il encore se passer ? Quel abominable tour ce sacr&#233; Pataud va-t-il nous jouer ? La soci&#233;t&#233; va-t-elle &#234;tre chahut&#233;e de fond en comble ? La bourgeoisie va-t-elle se voir enfonc&#233;e encore dans une p&#233;taudi&#232;re dont elle pourra difficilement sortir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas. Ce Premier Mai, pourtant, s'annonce encore comme charg&#233; de menaces et d'&#233;pouvante. Salutaires effets de l'action du joyeux Pataud. Le monde du capital en sera quitte pour la peur. Le monde du travail s'amusera une fois de plus. Quant aux ma&#238;tres, devant cette royaut&#233; qui s'affirme et grandit, ils font une vilaine grimace. Quelles mesures prendre contre Pataud ? Comment le saisir, &#224; t&#226;tons, dans les t&#233;n&#232;bres dont il s'entoure ? Les soldats ? Que peuvent-ils ? Pas m&#234;me remplacer les gr&#233;vistes dans une fonction &#224; laquelle ils ne connaissent absolument rien. Les poursuites ? En vertu de quel principe ? Il ne reste plus qu'une ressource &#224; Clemenceau, s'il en a encore le temps et la force, c'est d'imaginer quelque complot bien myst&#233;rieux, bien sombre, et de cueillir, sous ce pr&#233;texte, les chefs du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur, c'est que le coup du complot ne prend plus gu&#232;re. Le gouvernement reste impuissant contre les &#233;lectriciens comme il a &#233;t&#233; impuissant contre les postiers. Et les gr&#232;ves se suivent, se pr&#233;cipitent. Ouvriers et fonctionnaires marchent la main dans la main. Allons ! encore quelques efforts ! Encore quelques lumi&#232;res &#224; &#233;teindre, et le jour luira sur la ruine de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Gr&#226;ce aux t&#233;n&#232;bres de Pataud, on aura appris &#224; voir tr&#232;s clairement dans les choses. Comme disait Victor Hugo, c'est au moment o&#249; l'on y voit le moins qu'on y voit encore le mieux. Le jour o&#249; les travailleurs du gaz s'uniront &#224; ceux de l'&#233;lectricit&#233; et o&#249; Paris entier sombrera dans la plus &#233;paisse des nuits, les yeux des capitalistes s'ouvriront &#224; la, v&#233;rit&#233;. Seulement, cette fois, ce sera fini de rire. Et derri&#232;re cet hilarant Pataud, joyeux bon vivant qui divertit si fort les Parisiens, on peut d&#233;j&#224; entrevoir les redoutables figures qui pr&#233;parent le bouleversement n&#233;cessaire et d&#233;finitif, dussent-ils pour cela plonger la capitale, non plus dans la nuit, mais dans le sang !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://fr.anarchistlibraries.net/library/emile-pataud-emile-pouget-comment-nous-ferons-la-revolution" class="spip_out"&gt;&#201;mile Pataud, &#201;mile Pouget : &lt;i&gt;Comment nous ferons la R&#233;volution&lt;/i&gt; (Biblioth&#232;que Anarchiste)&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un de ceux qui firent la CGT : Paul Delesalle </title>
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		<dc:creator>Jean Maitron</dc:creator>


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&lt;p&gt;Paul Delesalle n'est plus. Le mardi 13 avril nous f&#251;mes une trentaine &#8212; quelques compagnons des luttes d'antan et quelques amis &#8212; &#224; l'accompagner au P&#232;re-Lachaise et l'on ne peut que regretter l'absence d'une d&#233;l&#233;gation ouvri&#232;re &#224; une telle c&#233;r&#233;monie. Certes Chambelland avait &#233;t&#233; charg&#233; d'apporter les excuses de L&#233;on Jouhaux emp&#234;ch&#233;, mais on e&#251;t aim&#233;, et Paul Delesalle e&#251;t aim&#233;, que d'authentiques prol&#233;taires, d&#233;laissant l'usine ou l'atelier, soient venus dire adieu &#224; l'a&#238;n&#233; qui durant toute (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1007-957b1.jpg?1774700089' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;Paul Delesalle n'est plus. Le mardi 13 avril nous f&#251;mes une trentaine &#8212; quelques compagnons des luttes d'antan et quelques amis &#8212; &#224; l'accompagner au P&#232;re-Lachaise et l'on ne peut que regretter l'absence d'une d&#233;l&#233;gation ouvri&#232;re &#224; une telle c&#233;r&#233;monie. Certes Chambelland avait &#233;t&#233; charg&#233; d'apporter les excuses de L&#233;on Jouhaux emp&#234;ch&#233;, mais on e&#251;t aim&#233;, et Paul Delesalle e&#251;t aim&#233;, que d'authentiques prol&#233;taires, d&#233;laissant l'usine ou l'atelier, soient venus dire adieu &#224; l'a&#238;n&#233; qui durant toute une vie s'&#233;tait, sans compter, d&#233;vou&#233; &#224; la cause de l'&#233;mancipation ouvri&#232;re. Il e&#251;t aim&#233; non des obs&#232;ques solennelles et guind&#233;es, mais un adieu fraternel et viril o&#249;, entre combattants d'une m&#234;me cause, on e&#251;t &#233;voqu&#233; le pass&#233;... et pr&#233;par&#233; l'avenir. Cela n'a pas &#233;t&#233;. Du moins Maurice Dommanget sut-il retracer en termes &#233;mus les grandes &#233;tapes de la vie du probe militant que fut Paul Delesalle&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un autre discours fut prononc&#233; par M. Poursin, pr&#233;sident du Syndicat de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chambelland, qui l'a vu une derni&#232;re fois alors que la mort avait enfin mis un terme &#224; ses souffrances, nous disait les attentions touchantes de son admirable compagne qui avait tenu &#224; &#233;pingler sur la poitrine du militant son vieil insigne de la CGT. Par del&#224; la mort, Paul Delesalle restait ainsi fid&#232;le &#224; lui-m&#234;me, fid&#232;le aux premiers enthousiasmes de sa jeunesse, fid&#232;le &#224; sa classe, et c'est en t&#233;moignage de profonde admiration que j'essaierai ici, pour ceux qui n'ont pas connu les temps h&#233;ro&#239;ques du syndicalisme, de retracer &#224; grands traits cette vie, qui restera un exemple. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_974 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH211/sans_titre-3-3-f5b7d.png?1774693718' width='150' height='211' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Paul Delesalle.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Paul Delasalle naquit le 29 juillet 1870 &#224; Issy-les-Moulineaux. Son p&#232;re et sa m&#232;re connurent comme tant d'autres la dure condition ouvri&#232;re, &#224; un moment o&#249; nulle loi sociale ne garantissait le salari&#233; contre un patronat de combat aux dents longues. Le p&#232;re ouvrier ajusteur et fraiseur, n'avait pas une &#226;me de r&#233;volt&#233;. Il limitait son ambition &#224; &#233;conomiser chichement et n'aurait pas sacrifi&#233; quelques sous &#224; l'achat d'une brochure. La m&#232;re, couturi&#232;re, dut tr&#232;s vite abandonner son m&#233;tier pour &#233;lever la &#171; nich&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul fut l'a&#238;n&#233; de quatre enfants : deux gar&#231;ons et deux filles. L'une de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; et se consacrer aux t&#226;ches ingrates du foyer. Aussi la vie &#224; la maison s'&#233;coula-t-elle grise et morne et les joies tant pr&#244;n&#233;es de la famille ne laiss&#232;rent-elles aucune trace dans la m&#233;moire de Paul qui notera seulement, lorsqu'il aura l'occasion de parler de ces ann&#233;es : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je n'ai pas toujours mang&#233; &#224; ma faim &#233;tant tout enfant &lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A contre-courant, Mars 1936. &#171; En trimardant &#187; par P. Delesalle.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Ann&#233;es de mis&#232;re dans un foyer uni o&#249; le manque d'argent apporte chaque jour ses soucis renouvel&#233;s. Une seule date a marqu&#233; : 1883, l'ann&#233;e o&#249; Paul est re&#231;u &#224; son certificat d'&#233;tudes. Mais le grand liseur qu'il sera doit abandonner aussit&#244;t l'&#233;cole et c'est l'apprentissage aux c&#244;t&#233;s du p&#232;re &#224; la maison Foucher, boulevard Jourdan. Trois ans et demi durant, le jeune gar&#231;on se familiarise avec les machines qui, apr&#232;s avoir r&#233;duit le salari&#233; &#224; la condition d'esclave, finiront bien un jour par concourir &#224; son affranchissement. Ann&#233;es p&#233;nibles encore o&#249; l'enfant ne gagne rien qu'une gratification en fin de mois. Mais tr&#232;s vite Paul comprend que l'ouvrier doit conqu&#233;rir ce que la bourgeoisie r&#233;serve jalousement pour ses fils : la culture. Il lit, il &#233;tudie. Apr&#232;s les longues journ&#233;es de 10 et 12 heures, il va suivre les cours que la Ville de Paris organise pour les jeunes apprentis et une m&#233;daille de dessin industriel qui lui fut d&#233;cern&#233;e en 1888 atteste l'ardeur qu'il mit &#224; apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son apprentissage termin&#233;, il reste dans la m&#234;me maison encore deux ans &#8212; jusqu'au 18 juillet 1890. Ouvrier qualifi&#233;, il change, apr&#232;s cette date, fr&#233;quemment de patron afin de se familiariser avec d'autres techniques. Successivement il travaille &#224; l'Imprimerie Chaix, rue Berg&#232;re ; chez Rayasse, ing&#233;nieur, rue de Crim&#233;e ; chez Deschiens, sp&#233;cialis&#233; dans la t&#233;l&#233;graphie et l'horlogerie &#233;lectrique, boulevard St-Michel ; chez Br&#233;guet, rue Didot ; puis un beau jour &#8212; apr&#232;s quelques semaines de ch&#244;mage &#8212; le voil&#224; parti &#171; sur le trimard &#187;. Paris ne suffit plus au jeune homme avide d'&#233;largir ses horizons. Il fait son baluchon et, plus riche d'id&#233;al que d'&#233;cus, il s'en va au soleil des grandes routes. La France m&#234;me est trop petite et il pousse jusqu'&#224; Bruxelles. C'est l&#224; qu'il fait la connaissance de L&#233;ona qui sera sa d&#233;vou&#233;e compagne. Il revient &#224; Paris puis, au printemps de 1893, il se lance dans un nouveau voyage. Cette fois, c'est le Sud qui l'attire et sp&#233;cialement l'Espagne avec sa Catalogne, terre &#233;lue de l'anarchisme. Il s&#233;journe &#224; Barcelone puis revient &#224; Cette avec Villeval, un compagnon de trimard, et, de l&#224;, entreprend une sorte de tour de France, travaillant ici, s'arr&#234;tant l&#224;, au hasard des rencontres ou de la fantaisie. Montpellier, N&#238;mes, Avignon, Valence, Lyon, Dijon seront les principales &#233;tapes de ce p&#233;riple qui le ram&#232;nera &#224; Paris fin 1893.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps, Paul est devenu un homme. A un moment o&#249; les fils de bourgeois pensent aux &#233;tudes, au jeu, aux amours de vingt ans, le fils d'ouvrier est aux prises avec l'&#226;pre lutte pour l'existence. Dure mais excellente &#233;cole au fond pour une &#226;me bien tremp&#233;e. Aussi, d&#232;s 1891, une note parue dans &lt;i&gt;La R&#233;volte &lt;/i&gt;, journal anarchiste de Jean Grave, annonce que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le compagnon P. Delesalle se charge de la correspondance du groupe anarchiste du XIV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La R&#233;volte n&#176;14, 26 d&#233;cembre 1891.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Un rapport de police d'avril 1892 classe le jeune homme parmi &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les cent et quelques militants que compte le parti anarchiste &#224; Paris&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Document d'archives.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Ce m&#234;me mois, le 22, il est arr&#234;t&#233; et reste &#224; Mazas dix-huit jours, le temps de laisser passer l'&#233;ch&#233;ance toujours redoutable du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai. Le 7 janvier 1893 enfin, il adh&#232;re &#224; la Chambre syndicale des ouvriers en instruments de pr&#233;cision qui n'a que quelques mois d'existence&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fond&#233;e le 12 Juillet 1892.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. D&#232;s lors, Delesalle est un militant et les pouvoirs publics ont l'&#339;il sur lui ; il suffit, pour s'en rendre compte, de feuilleter les nombreux rapports de police qui le suivent sur les routes de France lorsqu'il accomplit son voyage dans le Midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi Delesalle est-il anarchiste ? Il faut, si l'on veut comprendre, revivre le pass&#233;. A cette &#233;poque le socialisme est scind&#233; en deux grands courants : d'un c&#244;t&#233;, les socialistes &#171; autoritaires &#187; &#233;parpill&#233;s dans les multiples chapelles : guesdiste, broussiste, blanquiste..., de l'autre, les libertaires dont le prestige est grand, qui promettent un saut imm&#233;diat de l'&#232;re de la fatalit&#233; dans celle de la libert&#233;, pour reprendre l'expression d'Engels. L'&#226;me de Delesalle, &#233;prise de justice sociale et de puret&#233;, fut sensible &#224; cette conception sans doute simpliste mais absolue d'une R&#233;volution dont se portaient garants, non seulement des ouvriers comme Grave ou Pouget, mais des savants comme Elis&#233;e Reclus ou Kropotkine, des &#233;crivains de talent comme Mirbeau et toute une pl&#233;iade d'artistes et de po&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1892-1894, c'est l'&#233;poque troubl&#233;e des attentats, &#233;poque de Ravachol, d'Emile Henry, de Vaillant, de Caserio, &#233;poque de cette geste romantique de l'anarchie o&#249; de jeunes t&#234;tes de vingt ans se jetaient en d&#233;fi &#224; une soci&#233;t&#233; &#233;clabouss&#233;e par les scandales de Panama. Delesalle, comme tous les compagnons qui, au fond d'eux-m&#234;mes, &#233;taient en d&#233;saccord avec cette tactique, ne manifesta jamais, c'est &#233;vident, de d&#233;sapprobation ouverte. On ne hurle pas avec les loups. Mais je ne crois pas qu'il se soit jamais laiss&#233; tenter par les attitudes hautaines mais vaines des propagandistes par le fait&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M, Z&#233;va&#232;s a cru pouvoir annoncer &#8212; L'Ordre du 13 avril 1948 &#8212; que Delesalle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Bien plus volontiers &#233;t&#233; s&#233;duit par le travail obscur, ingrat, mais combien f&#233;cond, d'un Pelloutier qui, d&#232;s 1894, &#233;tait secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration des Bourses du Travail. Au surplus, le Proc&#232;s des Trente d'ao&#251;t 1894 va clore l'&#232;re des attentats. Les compagnons r&#233;alistes vont se lancer &#224; corps perdu dans la lutte corporative au cri de Pouget : Plus de politique dans les syndicats ! A un moment o&#249; ceux-ci servaient de champ clos aux groupements politiques pour vider leurs querelles de boutiques, ce mot d'ordre connut un incontestable succ&#232;s ; les anarchistes surent par la suite maintenir et d&#233;velopper leur influence et par leur dynamisme conqu&#233;rir la CGT tout enti&#232;re lorsqu'en 1902 se r&#233;alisera l'unit&#233; au Congr&#232;s de Montpellier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1894 &#224; 1897, Delesalle est &#224; la fois un ouvrier et un militant. Ouvrier chez l'ing&#233;nieur Doignon, rue N.-D.-des-Champs, c'est lui qui avec son camarade Viardot construit de juin &#224; novembre 1895&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ses carnets de travail en font foi.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; le premier appareil de cin&#233;ma, &#171; appareil chronophotographique des fr&#232;res Lumi&#232;re de Lyon &#187;. Militant, il est d&#233;l&#233;gu&#233; par sa Chambre corporative au Comit&#233; d'action pour l'&#233;dification de la Verrerie ouvri&#232;re d'Albi et il participe, au nom de son syndicat et de la Bourse du Travail d'Amiens, au fameux Congr&#232;s de Londres &#8212; juillet-ao&#251;t 1896 &#8212; o&#249; s'affront&#232;rent dans une bataille hom&#233;rique les tenants de l'anarchisme et ceux du marxisme, et qui consacra de fa&#231;on d&#233;finitive la scission entre ces deux courants du socialisme&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une premi&#232;re scission entre bakouninistes et marxistes s'&#233;tait d&#233;j&#224; produite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1006 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-1-4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH311/sans_titre-1-4-c08de.jpg?1774731974' width='500' height='311' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Cependant Delesalle fait de plus en plus corps avec le mouvement et un jour que Grave cherche un compagnon pour l'aider dans son travail de r&#233;daction, d'impression et d'administration des &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt;, il se laisse tenter et devient ce que L&#233;nine appellera plus tard un &#171; r&#233;volutionnaire professionnel &#187;, c'est-&#224;-dire celui qui se donne corps et &#226;me &#224; la cause et y consacre sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le 10 mai 1897 qu'il quitte la maison Doignon. Depuis le 14 septembre 1895, il collabore aux &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt;, journal anarchiste inspir&#233; par Elis&#233;e Reclus et Pierre Kropotkine et administr&#233; par Jean Grave. Depuis le 7 janvier 1893, il est syndiqu&#233; et syndicaliste, et ces deux propagandes, anarchiste d'une part, syndicaliste de l'autre, vont occuper tous les instants du militant pendant dix ann&#233;es. Dans l'organisation syndicale, Delesalle se verra confier des postes importants, mais les documents manquent pour &#233;tablir avec exactitude la date &#224; laquelle il est &#171; entr&#233; en fonctions &#187;. En ce qui concerne la F&#233;d&#233;ration des Bourses du Travail, nous savons qu'il fit partie du Comit&#233; f&#233;d&#233;ral d&#232;s novembre 1897&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir proc&#232;s-verbaux du 22 novembre 1892 au 12 juillet 1901. Mus&#233;e Social (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Par ailleurs, lors du renouvellement du bureau de la F&#233;d&#233;ration apr&#232;s le Congr&#232;s de Rennes &#8212; r&#233;union du comit&#233; f&#233;d&#233;ral du 11 novembre 1898 &#8212; il est dit :&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1007 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L260xH320/pelloutier-76c5f.jpg?1774701289' width='260' height='320' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Fernand Pelloutier.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;(...) Le camarade Pelloutier est r&#233;&#233;lu &#224; l'unanimit&#233; secr&#233;taire, le camarade Delesalle, secr&#233;taire adjoint (...)&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons en conclure que, d&#232;s 1897 vraisemblablement, Delesalle &#233;tait le second de Pelloutier &#224; la t&#234;te de cet organisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; du mouvement syndical s'&#233;tait r&#233;alis&#233;e au Congr&#232;s de Limoges de 1895 o&#249; avait &#233;t&#233; fond&#233;e la CGT. Mais cette unit&#233; resta purement th&#233;orique, et jusqu'au Congr&#232;s de Montpellier de 1902 les deux organisations &#8212; F&#233;d&#233;ration des Bourses et Conf&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale du Travail &#8212; men&#232;rent une existence autonome. Cependant les militants se retrouvaient aux deux congr&#232;s qui avaient lieu en g&#233;n&#233;ral dans la m&#234;me ville &#224; quelques jours d'intervalle et Delesalle, d&#232;s cette &#233;poque, joua un r&#244;le important dans la CGT. En effet le rapport du Conseil national pour l'exercice 1897-1898 pr&#233;sent&#233; au X&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s corporatif tenu &#224; Rennes signale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;(...) le citoyen Delesalle fut nomm&#233; secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral adjoint&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xe Congr&#232;s national corporatif (IVe de la CGT) tenu &#224; Rennes les 26, 27, 28, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, que ce soit &#224; la F&#233;d&#233;ration des Bourses, d'inspiration plus purement anarchiste, ou &#224; la CGT. Delesalle occupa des postes de direction &#224; la suite du Congr&#232;s de Toulouse de 1897.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1008 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L250xH333/griffuelhes-5cdd8.jpg?1774701289' width='250' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt; Victor Griffuelhes.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La ligne directrice de son action fut double et simple &#224; la fois car, si elle s'orienta d'une part vers les groupes anarchistes d'autre part vers les chambres syndicales, elle eut n&#233;anmoins un seul objet : grouper les travailleurs en vue de leur &#233;mancipation par le syndicalisme r&#233;volutionnaire. Pour cela, il lui fallut agir d'un c&#244;t&#233; sur les anarchistes toujours rebelles &#224; l'embrigadement et &#224; l'organisation en leur faisant comprendre que les syndicats ne contiennent pas en germe le virus &#233;tatique, de l'autre sur les syndiqu&#233;s venus d'autres horizons pour les convaincre de l'inutilit&#233; des r&#233;formes, de la malfaisance de l'&#201;tat et des bienfaits de l'action directe, seule susceptible de les conduire, par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, &#224; leur &#233;mancipation. Delesalle &#8212; lui qui avait le culte de la v&#233;rit&#233; ne m'en aurait pas voulu de cette pr&#233;cision &#8212; n'appartint pas &#224; la lign&#233;e des grands militants. Ni th&#233;oricien, &#233;ducateur ou administrateur comme Pelloutier, ce mod&#232;le du militant ouvrier, ni strat&#232;ge de classe comme Griffuelhes, ni &#233;crivain ou connaisseur d'hommes comme Pouget, ni orateur populaire comme Tortelier, il fut plus modestement mais non moins efficacement le militant de deuxi&#232;me zone qui, par son travail consciencieux et probe, assure la difficile propagande de chaque jour et fait que les r&#233;solutions prennent vie au contact de la masse ouvri&#232;re. Mais o&#249; Delesalle eut peut-&#234;tre le plus de m&#233;rite, c'est dans son action patiente et tenace aux &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt;. Sa collaboration de dix ans &#224; ce journal tient du prodige. Grave, qui &#233;tait un brave homme, avait, il faut bien le dire, un caract&#232;re souvent bourru. Ainsi Pelloutier apr&#232;s quelques articles dut renoncer &#224; &#233;crire dans le journal anarchiste. Monatte, Am&#233;d&#233;e Dunois, bien d'autres ne firent qu'y passer et Grave fit par la suite, &#224; leur sujet, des r&#233;flexions aussi dures qu'imm&#233;rit&#233;es&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Le Mouvement libertaire sous la R&#233;publique. Les &#338;uvres repr&#233;sentatives. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Lui qui se consid&#233;rait un peu comme le d&#233;positaire de la pure doctrine anarchiste &#8212; ne le surnomma-t-on pas &#171; le pape de la rue Mouffetard &#187; &#8212; avait une certaine pr&#233;vention contre le syndicalisme qui attirait les meilleurs hommes de l'anarchie et, selon lui, leur faisait perdre de vue le grand but libertaire qu'ils finissaient par confondre avec le syndicalisme lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le compte rendu du Congr&#232;s anarchiste d'Amsterdam &#8212; 1907 &#8212; et le d&#233;bat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Delesalle donc eut ce m&#233;rite immense de &#171; tenir &#187; aux &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt;, d'y mener une propagande syndicaliste de plus en plus intense et si l'anarchisme philosophique, intellectuel et abstrait du journal maintint son influence, c'est &#224; un homme comme Delesalle qu'incontestablement il le dut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1897, au Congr&#232;s de Toulouse&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;VIe Congr&#232;s national des Bourses du Travail. 15-18 septembre. IXe Congr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, son action syndicale devint particuli&#232;rement active. Ses interventions y furent nombreuses : elles eurent trait &#224; la cr&#233;ation d'un quotidien syndicaliste, au vote du principe de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, &#224; la suppression du pourboire, etc., mais surtout il fut, au nom de la huiti&#232;me commission, le rapporteur de la question du boycottage, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;syst&#233;matisation de ce que nous appelons, en France la mise &#224; l'index&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;IXe Congr&#232;s national corporatif. Compte rendu des travaux, Toulouse. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Il fit un historique de ce mode d'action qui prit naissance en Irlande ; et apr&#232;s en avoir fait l'analyse, il examina les modalit&#233;s de son application, avant tout contre les commer&#231;ants &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;conservateurs de la soci&#233;t&#233; actuelle&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. &#8212; P. 144.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. A cette m&#233;thode de lutte, et comme compl&#233;ment indispensable, il adjoignit le Sabotage, d'origine anglaise &#233;galement, et qui peut se d&#233;finir par la formule &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#224; mauvaise paye, mauvais travail&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. &#8212; P. 146.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Son rapport fut adopt&#233; &#224; l'unanimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delesalle n'assista pas personnellement &#8212; sans doute en raison d'une grave maladie de sa compagne &#8212; au Congr&#232;s de Rennes de 1898 o&#249; il fut mis en cause ainsi que Pelloutier par le secr&#233;taire de la CGT Lagailse, homme assez m&#233;diocre et qui n'allait pas tarder &#224; &#234;tre remplac&#233; par Copigneaux &#224; la t&#234;te de la Conf&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1900 fut l'ann&#233;e de l'Exposition et pour cette raison les congr&#232;s syndicaux eurent lieu &#224; Paris. Delesalle y participa et s'y occupa surtout de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et de la structure de la CGT (travaux des quatri&#232;me et sixi&#232;me commissions du congr&#232;s corporatif). Ces assises ouvri&#232;res, suivies de congr&#232;s internationaux, dur&#232;rent du 5 au 22 septembre. Par ailleurs, et en r&#233;plique au congr&#232;s socialiste international qui fit suite &#224; celui de Londres de 1896, les anarchistes avaient souhait&#233; organiser un Congr&#232;s ouvrier r&#233;volutionnaire international du 19 au 22 septembre. Cette r&#233;union ne put avoir lieu, le gouvernement s'y &#233;tant oppos&#233;. Cependant les nombreux rapports qui devaient y &#234;tre pr&#233;sent&#233;s parurent dans le suppl&#233;ment litt&#233;raire des &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt; et notamment celui de Delesalle intitul&#233; &#171; L'action syndicale et les anarchistes &#187;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paru en brochure. Editions de l'Education Libertaire, 1900.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; ; c'est cette m&#234;me ann&#233;e qu'il fit paraitre une brochure : &lt;i&gt;Aux travailleurs. La Gr&#232;ve ! &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Petite Biblioth&#232;que &#233;conomique, n&#176;2, 1900.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Enfin il d&#233;ploya une grande activit&#233; pour populariser les r&#233;sultats de ce congr&#232;s dans des r&#233;unions publiques organis&#233;es en novembre 1900 et janvier 1901.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 mars 1901, &#224; 33 ans, meurt Fernand Pelloutier, et Delesalle, qui se forma &#224; son &#233;cole, lui rend un hommage &#233;mu dans les &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#176;48, 23-29 mars 1901.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Il fait partie ensuite de la d&#233;l&#233;gation qui en juin 1901 se rend &#224; Londres pour r&#233;pondre &#224; la visite que les d&#233;l&#233;gu&#233;s des travailleurs anglais ont faite &#224; leurs camarades parisiens au moment o&#249; les menaces de guerre &#233;taient s&#233;rieuses entre les deux pays, &#224; la suite de l'occupation de Fachoda par la mission Marchand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me ann&#233;e se tiennent les congr&#232;s de Lyon et de Nice&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;IXe Congr&#232;s des Bourses du Travail &#224; Nice. XIIe Congr&#232;s national corporatif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. On peut dire qu'ils sont marqu&#233;s essentiellement par le rapprochement des deux organisations CGT-Bourses du Travail. Delesalle y intervient sur les syndicats et l'action politique (deuxi&#232;me commission) et la r&#233;solution adopt&#233;e rappelle que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'action syndicale doit... partout s'affirmer en dehors de toute influence politique, laissant aux individus le droit imprescriptible de se livrer au genre de luttes qui leur convient dans le domaine politique&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;XIIe Congr&#232;s national corporatif tenu &#224; la Bourse du Travail de Lyon. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Montpellier, en 1902&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;XIIIe Congr&#232;s national corporatif, septembre 1902.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, a lieu le Congr&#232;s de l'Unit&#233; syndicale qui consacre dans les faits la r&#233;union au sein de la CGT de l'union de la F&#233;d&#233;ration des Bourses du Travail et de la F&#233;d&#233;ration des Syndicats. Delesalle est pr&#233;sent comme il sera pr&#233;sent au Congr&#232;s de Bourges en 1904&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est dans l'intervalle de ces deux congr&#232;s que Delesalle publia Les deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; qui verra s'affronter les partisans de la repr&#233;sentation proportionnelle (r&#233;formistes) et les partisans du vote par syndicat (syndicalistes r&#233;volutionnaires), question doctrinale qui consacre le succ&#232;s des derniers favorables aux &#171; minorit&#233;s agissantes &#187;. Au point de vue de l'action ce congr&#232;s rev&#234;t une grande importance car c'est lui qui lance la campagne pour les huit heures. Delesalle est d&#233;sign&#233; comme secr&#233;taire de la commission qui a pour t&#226;che de populariser ce mot d'ordre. Dans la lutte qui s'engage il voit d'ailleurs moins la possibilit&#233; d'obtenir une r&#233;forme qui peut &#234;tre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;aussi profitable &#224; la bourgeoisie qu'aux travailleurs&lt;/q&gt; qu'une possibilit&#233; d'action, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;un tremplin destin&#233; &#224; intensifier pendant un certain laps de temps la propagande... un pr&#233;texte &#224; action et agitation, un moyen de tenir les esprits en &#233;veil...&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Temps Nouveaux, n&#176;37, 14-20 janvier 1905.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes alors dans la grande &#233;poque du syndicalisme r&#233;volutionnaire, &#233;poque que Delesalle vit intens&#233;ment si l'on en juge par son action : r&#233;daction d'articles pour &lt;i&gt;Les Temps Nouveaux&lt;/i&gt;, collaboration au &lt;i&gt;Mouvement socialiste&lt;/i&gt; d'H. Lagardelle qui du r&#233;formisme puis du guesdisme est venu au syndicalisme r&#233;volutionnaire, participation au Congr&#232;s des Verriers &#224; Rive-de-Gier en septembre 1905, action antimilitariste avec ses camarades du comit&#233; conf&#233;d&#233;ral (tension franco-allemande &#224; la suite de l'affaire du Maroc), action suivie de perquisitions et d'annonce de poursuites, &#171; complicit&#233; &#187; dans les gr&#232;ves du Nord, ce qui lui vaut une nouvelle perquisition aux environs du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1906...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre enfin, c'est le Congr&#232;s d'Amiens, congr&#232;s historique o&#249; s'&#233;labore la fameuse &#171; Charte &#187; du mouvement syndical qui se caract&#233;rise essentiellement par les deux traits suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le syndicalisme est apolitique et, mieux que les partis politiques, il est susceptible de r&#233;aliser l'unit&#233; du monde ouvrier face au patronat ; &lt;br /&gt;&#8212; Le syndicalisme est une doctrine, le syndicat un parti, et cela forme un tout qui se suffit &#224; soi-m&#234;me. La CGT, organisation majeure, vise, par del&#224; l'&#339;uvre revendicative quotidienne, &#224; l'&#233;mancipation int&#233;grale des travailleurs ; le syndicat sera, dans la soci&#233;t&#233; future, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le groupement de production et de r&#233;partition, base de r&#233;organisation sociale&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Pouget qui tient la plume, Griffuelhes, Niel et Morizet, Delesalle compte parmi l&#233;s auteurs de cette fameuse r&#233;solution.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1010 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L376xH508/arton7598-9d75c.jpg?1774701289' width='376' height='508' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La lutte cependant s'exacerbe, les conflits se multiplient : lock-out de Foug&#232;res en novembre 1906, gr&#232;ve des dockers de Nantes et des &#233;lectriciens de Paris en mars 1907, action suivie de r&#233;vocations, d&#233;s postiers et des instituteurs, manifestations violentes des vignerons du Midi en mai-juin 1907 marqu&#233;e par la r&#233;volte du 17&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; que c&#233;l&#233;brera Mont&#233;hus... La bourgeoisie, qui a trembl&#233; le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1906, a trouv&#233; son homme dans la personne de Clemenceau devenu pr&#233;sident du Conseil en octobre 1906 et qui, avec Briand et Viviani, va s'efforcer de ma&#238;triser le mouvement ouvrier. La CGT tient t&#234;te et dans une affiche &#171; Gouvernement d'assassins &#187; fustige le &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;trio sinistre qui symbolise le Pouvoir&lt;/q&gt; et c&#233;l&#232;bre le geste des soldats du 17&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; dans lequel elle voit la justification de sa campagne antimilitariste. Douze membres du Comit&#233; conf&#233;d&#233;ral, arbitrairement choisis parmi les 77 qui le composent, comparaissent sous l'inculpation devenue classique &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d'injures &#224; l'arm&#233;e et de provocation de militaires &#224; la d&#233;sob&#233;issance&lt;/q&gt;. Delesalle est du lot. Avec Griffuelhes, Garnery, Merrheirn, Pouget, Monatte, etc. il comparait le 20 f&#233;vrier 1908 devant la Cour d'Assises de la Seine&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gazette des Tribunaux, 21, 22, 23, f&#233;vrier 1908.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Mais les jur&#233;s, se refusant &#224; suivre l'avocat g&#233;n&#233;ral Peyssonni&#233; dans son r&#233;quisitoire, acquittent les &#171; douze &#187;... qui &#8212; ainsi que Delesalle aimait &#224; le raconter &#8212; f&#234;tent ce succ&#232;s en prenant, &#224; la sortie de l'audience, l'ap&#233;ritif avec ceux qui venaient de les juger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Delesalle cependant, entra&#238;n&#233; par son amour profond pour les livres et sp&#233;cialement pour les livres sociaux, r&#234;vait depuis longtemps de librairie et d'&#233;dition. D&#232;s janvier 1900 il fait para&#238;tre une s&#233;rie de chansons r&#233;volutionnaires, en 1902 il commence l'&#233;dition de l'&lt;i&gt;Almanach illustr&#233; de la R&#233;volution&lt;/i&gt; qu'il poursuivra les ann&#233;es suivantes. Aussi lorsque son ami Chapoutot, plus fortun&#233;, offre de lui fournir la premi&#232;re mise de fonds pour ouvrir une librairie, il accepte avec joie et s'installe 46, puis 16, rue. Monsieur-le-Prince. Ne se jugeant plus qualifi&#233; pour repr&#233;senter ses camarades ouvriers, il d&#233;missionne alors du poste de secr&#233;taire adjoint qu'il occupait au bureau conf&#233;d&#233;ral et donne par l&#224;-m&#234;me un bel exemple de probit&#233; morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant il n'a pas chang&#233;, il demeure le militant fid&#232;le &#224; sa classe et &#224; ses id&#233;es. Acheter bon march&#233; et vendre cher n'est pas son id&#233;al. Ce qu'il veut, c'est faire de sa maison un lieu d'asile peur le tract, le vieux journal, le compte rendu de congr&#232;s qui sont un moment de la lutte ouvri&#232;re et qui, bien vite, se dispersent et disparaissent au feu de l'action. Ce qu'il veut, c'est faire de sa maison un foyer culturel o&#249; les militants aimeront, entre deux meetings, &#224; feuilleter quelque revue et &#224; deviser sur le mouvement. Et il y r&#233;ussit. Il &#233;dite &lt;i&gt;La Publication sociale &lt;/i&gt; dont le premier num&#233;ro parait en janvier 1907 et qui veut &#234;tre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;plus une &#339;uvre de propagande et de diffusion qu'une affaire commerciale&lt;/q&gt;. Elle vise &#224; faciliter les recherches de ceux qu'int&#233;resse la question sociale et il faut voir avec quel soin m&#233;ticuleux sont consign&#233;es les observations sur chaque volume que le militant a recueilli ici ou l&#224;. Tr&#232;s vite Delesalle accumule dans sa boutique des tr&#233;sors inestimables par leur raret&#233; et bien des figures connues de militants, d'&#233;crivains, d'artistes fr&#233;quentent la librairie. C'est l&#224; notamment que Sorel, dont il a fait la connaissance en 1903, et qui peu &#224; peu s'est pris d'une grande amiti&#233; pour lui, va &#171; tenir salon &#187; chaque jeudi. Et l'on peut voir combien pr&#233;cieuse lui fut cette amiti&#233; lorsqu'on feuillette ses &#171; Lettres &#224; Paul Delesalle &#187; o&#249; revient comme un leit-motiv cette phrase : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je me demande quand je pourrai reprendre l'&#232;re des bavardages de la rue Monsieur-le-Prince.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre du 9 juin 1921.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delesalle n'est pas un mercanti. Il vend au plus juste prix. Quel plus bel exemple en donner que celui d'Henry Poulaine&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a cont&#233; l'anecdote dans Les Damn&#233;s de la Terre, Edition Grasset, pp. 460-462.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; qui, orphelin, ne disposait le plus souvent que de quelques sous pour apaiser sa soif de lecture. Notre libraire, apr&#232;s s'&#234;tre adroitement inform&#233; des d&#233;sirs du jeune homme, lui glissait les publications convoit&#233;es dans la bo&#238;te &#224; bon march&#233; et trouvait ainsi moyen de le satisfaire sans froisser sa susceptibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_975 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH235/sans_titre-4-2-a914f.png?1774693718' width='150' height='235' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Emile Pouget.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Mais vendre des livres ou &#171; tenir salon &#187; ne suffit pas au militant qu'est Paul Delesalle. S'il a quitt&#233; la CGT il n'a pas rompu avec le mouvement ni reni&#233; les amis. Syndicaliste r&#233;volutionnaire il &#233;tait, syndicaliste r&#233;volutionnaire il est rest&#233; et restera. Pendant les 25 ans qu'il demeurera libraire il collabore &#224; la presse socialiste et syndicaliste : &#224; &lt;i&gt; l'Action directe&lt;/i&gt; et au &lt;i&gt;Mouvement socialiste&lt;/i&gt; en 1908, &#224; &lt;i&gt;la Revue socialiste&lt;/i&gt; en 1911, &#224; &lt;i&gt; la Bataille syndicaliste &lt;/i&gt; et &#224; &lt;i&gt;l'Humanit&#233;&lt;/i&gt; en 1922, au &lt;i&gt;Cri du Peuple &lt;/i&gt; en 1931... Il &#233;dite aussi des brochures syndicalistes dues &#224; sa plume comme La &lt;i&gt;CGT &lt;/i&gt; en 1907 ou &#224; celle de son camarade Yvetot : &lt;i&gt; Le Syndicalisme&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les Intellectuels et la CGT&lt;/i&gt;. Il r&#233;imprime &lt;i&gt;Boycottage et Sabotage&lt;/i&gt; en 1908 ainsi que &lt;i&gt;Le Syndicalisme et la R&#233;volution&lt;/i&gt; du D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; Pierrot. En 1908 &#233;galement il &#233;dite le compte rendu du congr&#232;s anarchiste tenu &#224; Amsterdam l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Mais Delesalle sait aussi faire plaisir aux amis et tout d'abord &#224; Chapoutot qui lui a permis de s'&#233;tablir et dont il fait para&#238;tre un &lt;i&gt;Villiers de l'Isle Adam &lt;/i&gt; en 1908. Puis c'est un &lt;i&gt;Guy de Maupassant &lt;/i&gt; de L. Deffoux et Emile Zavie en 1918. Encore de Deffoux et la m&#234;me ann&#233;e &lt;i&gt;L'Immortalit&#233; litt&#233;raire selon M. de Goncourt&lt;/i&gt;. En 1921 un &lt;i&gt;G. Sorel&lt;/i&gt; de Max Ascoli et en 1924 un &lt;i&gt;Hommage &#224; Verlaine&lt;/i&gt;, &#224; ce pauvre L&#233;lian qu'il a plus d'une fois reconduit &#224; son domicile quand la passion &#233;thylique l'emportait chez lui sur la foi religieuse. Enfin, avant de quitter d&#233;finitivement la rue Monsieur-le-Prince, Paul Delesalle cl&#244;t ses travaux d'&#233;dition par une plaquette &lt;a href=&#034;https://pandor.u-bourgogne.fr/archives-en-ligne/functions/ead/detached/BMP/brb88.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ad Memoriam&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; dans laquelle, il r&#233;unit quelques articles en hommage au P&#232;re Peinard, &#224; Emile rouget, son vieux camarade qui vient de mourir le 21 juillet 1931&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette &#233;num&#233;ration n'a pas la pr&#233;tention d'&#234;tre compl&#232;te. Je signalerai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Paul Delesalle est trop &#233;motif, trop tourment&#233;, tranchons le mot, trop honn&#234;te, pour faire un bon commer&#231;ant. Les soucis ont d&#233;termin&#233; chez lui une grande fatigue, une grande an&#233;mie et sur le conseil des m&#233;decins il doit songer &#224; la retraite. Il a 62 ans. Il va, accompagn&#233; de la fid&#232;le L&#233;ona, se retirer &#224; Palaiseau dans la petite maison aux contrevents verts entour&#233;e d'un jardin. Il vit l&#224; sans grand confort mais avec l'espoir que, la sant&#233; revenue, il retournera &#224; Paris fl&#226;ner aux &#233;talages des bouquinistes et bavarder avec les amis. Cependant il a emport&#233; toute la biblioth&#232;que dont il ne se s&#233;pare jamais. Delesalle n'est pas pass&#233; par la librairie sans r&#233;unir un fonds solide de beaux et rares ouvrages. C'est tout d'abord une collection sociologique unique dont chaque livre vaut par son contenu mais aussi par son cachet propre : tous sont d&#233;dicac&#233;s et plus d'un a appartenu &#224; tel militant connu. Aussi amis et anciens clients &#8212; ils sont tous rest&#233;s ses amis &#8212; connaissent le petit sentier Ch&#233;rif-Pacha qui conduit &#224; l'hospitali&#232;re demeure des Delesalle. D&#232;s le seuil, tout vous sollicite : les peintures d'Utrillo ou de Maximilien Luce, les portraits de Sorel ou de Pelloutier et si vous montez &#224; la suite du vieux militant l'escalier &#224; pente raide qui tient de l'&#233;chelle de meunier, jusqu'&#224; la pi&#232;ce du haut o&#249; dorment tant de souvenirs alors c'est un &#233;merveillement : livres sur la Commune avec cette belle peinture de Louise Michel... qui sert de tablier &#224; la chemin&#233;e, collection unique de brochures, comptes rendus de congr&#232;s, revues, livres, cartons &#224; dessin o&#249; s'empilent les journaux anarchistes aux noms de bataille : &lt;i&gt;Le Drapeau noir&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;l'Emeute&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;le D&#233;fi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;l'Hydre anarchiste&lt;/i&gt;... Que ne faudrait-il citer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au milieu de ces vestiges du pass&#233;, amoureusement conserv&#233;s, que le vieux militant participe encore au mouvement prol&#233;tarien en &#233;crivant une plaquette &lt;i&gt;Paris sous la Commune&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parue au Bureau d'Editions en 1938.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Enfin en 1939, en souvenir de la vieille amiti&#233;, il constitue une &#171; Bibliographie sor&#233;lienne &#187; qui parait dans l'&lt;i&gt;International Review for social History &lt;/i&gt; &#224; Amsterdam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre vient, deuxi&#232;me guerre mondiale qui dut &#234;tre bien p&#233;nible pour celui qui avait r&#234;v&#233; la fraternit&#233; des peuples. Le retour &#224; Paris se r&#233;v&#232;le impossible et les deux vieux compagnons se trouvent bien seuls dans leur retraite de Palaiseau. Les infirmit&#233;s de la vieillesse ne les &#233;pargnent pas et c'est apr&#232;s une douloureuse maladie que Paul Delesalle meurt le 8 avril 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa vie du moins restera comme un exemple et il a m&#233;rit&#233; jusqu'au bout le bel &#233;loge que lui d&#233;cerna autrefois Georges Sorel : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; Voil&#224; ce que j'appelle un serviteur d&#233;sint&#233;ress&#233; du prol&#233;tariat... L'exemple de cet homme si probe, pour qui une doctrine n'est pas un tremplin... est pour moi la preuve quotidienne qu'il existe encore des hommes capables de vivre pour une id&#233;e. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;widget_sitereference71|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://archivesautonomies.org/spip.php?article1657" class="spip_out"&gt;Cet article de Jean Maitron est extrait de &lt;i&gt;La R&#233;volution Prol&#233;tarienne, revue syndicaliste r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; n&#176;15 - Juin 1948. De nombreux num&#233;ros de cette revue sont sur le site Fragments d'Histoire de la gauche radicale.&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Un autre discours fut prononc&#233; par M. Poursin, pr&#233;sident du Syndicat de la Librairie ancienne et moderne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Paul fut l'a&#238;n&#233; de quatre enfants : deux gar&#231;ons et deux filles. L'une de celles-ci fera une brillante carri&#232;re th&#233;&#226;trale et deviendra par son mariage la comtesse Patrimonio.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt; A contre-courant&lt;/i&gt;, Mars 1936. &#171; En trimardant &#187; par P. Delesalle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La R&#233;volte&lt;/i&gt; n&#176;14, 26 d&#233;cembre 1891.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Document d'archives.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fond&#233;e le 12 Juillet 1892.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M, Z&#233;va&#232;s a cru pouvoir annoncer &#8212; &lt;i&gt;L'Ordre&lt;/i&gt; du 13 avril 1948 &#8212; que Delesalle &#233;tait l'auteur de l'attentat du restaurant Foyot. Il y a l&#224; une affirmation que je crois pour ma part erron&#233;e et sur laquelle Je me propose de revenir plus tard [Lire &lt;a href=&#034;http://archivesautonomies.org/IMG/pdf/syndrev/revolutionproletarienne/serieap1947/larevolutionproletarienne-n042.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Paul Delesalle et la bombe du restaurant Foyot &#187;&lt;/a&gt; , &lt;i&gt;La R&#233;volution Prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; n&#176;42, septembre 1950].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ses carnets de travail en font foi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Une premi&#232;re scission entre bakouninistes et marxistes s'&#233;tait d&#233;j&#224; produite au Congr&#232;s de La Haye en 1872, scission qui avait mis pratiquement fin &#224; l'existence de la Premi&#232;re Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir proc&#232;s-verbaux du 22 novembre 1892 au 12 juillet 1901. Mus&#233;e Social 26166 v. 4&#176;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;X&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s national corporatif (IV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; de la CGT) tenu &#224; Rennes les 26, 27, 28, 29, 30 septembre et 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; octobre 1898. Compte rendu des travaux du congr&#232;s. Rennes, 1898, P. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Le Mouvement libertaire sous la R&#233;publique&lt;/i&gt;. Les &#338;uvres repr&#233;sentatives. Paris, 1930.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le compte rendu du Congr&#232;s anarchiste d'Amsterdam &#8212; 1907 &#8212; et le d&#233;bat qui, sur cette question, mit aux prises Malatesta et Monatte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;VI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s national des Bourses du Travail. 15-18 septembre. &lt;br class='autobr' /&gt;
IX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s national corporatif (III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; de la CGT), 20-25 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;IX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s national corporatif. Compte rendu des travaux, Toulouse. Imprimerie Berthoumieu, 1897, p. 141.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid. &#8212; P. 144.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid. &#8212; P. 146.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Paru en brochure. Editions de l'Education Libertaire, 1900.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Petite Biblioth&#232;que &#233;conomique, n&#176;2, 1900.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N&#176;48, 23-29 mars 1901.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;IX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s des Bourses du Travail &#224; Nice. XII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s national corporatif (VI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; de la CGT) &#224; Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;XII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s national corporatif tenu &#224; la Bourse du Travail de Lyon. Imprimerie Decl&#233;ris, Lyon, 1901, p. 151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;XIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s national corporatif, septembre 1902.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est dans l'intervalle de ces deux congr&#232;s que Delesalle publia &lt;i&gt;Les deux M&#233;thodes du Syndicalisme&lt;/i&gt;, Petite Biblioth&#232;que d'Etudes &#233;conomiques. N&#176;5, juillet 1903.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Temps Nouveaux&lt;/i&gt;, n&#176;37, 14-20 janvier 1905.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gazette des Tribunaux&lt;/i&gt;, 21, 22, 23, f&#233;vrier 1908.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lettre du 9 juin 1921.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il a cont&#233; l'anecdote dans &lt;i&gt;Les Damn&#233;s de la Terre&lt;/i&gt;, Edition Grasset, pp. 460-462.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette &#233;num&#233;ration n'a pas la pr&#233;tention d'&#234;tre compl&#232;te. Je signalerai toutefois la brochure que Paul Delesalle publia chez Rivi&#232;re en 1909 : &#171; &lt;i&gt;Les Bourses du Travail et la CGT &lt;/i&gt; et dont G. Sorel a dit qu'elle &#233;tait &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;singuli&#232;rement pr&#233;cieuse&lt;/q&gt;. (Propos de G. Sorel recueillis par J. Varlot. N.R.V. Gallimard, 4&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;dition, p. 169.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Parue au Bureau d'Editions en 1938.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Vie militante d'Emile Pouget</title>
		<link>https://partage-noir.fr/la-vie-militante-d-emile-pouget</link>
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		<dc:date>2024-07-20T22:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Delesalle</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;mile Pouget</dc:subject>
		<dc:subject>Paul Delesalle</dc:subject>
		<dc:subject>Victor Griffuelhes</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>
		<dc:subject>CGT</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Cri du Peuple&lt;/i&gt;, dans ses num&#233;ros du 29 juillet et 5 ao&#251;t 1931, a publi&#233; l'article ci-apr&#232;s : &lt;q&gt;Personne ne pouvait mieux retracer &#8212; pour les g&#233;n&#233;rations qui ne l'ont pas connu &#8212; la vie militante d'Emile Pouget que Paul Delesalle, son ami, son compagnon de luttes de quarante ann&#233;es et qui fut lui aussi, secr&#233;taire de la CGT, de la vraie CGT, celle d'hier, celle que nous travaillons &#224; reconstruire. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-emile-pouget-ad-memoriam-" rel="directory"&gt;Emile Pouget. Ad memoriam&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-emile-pouget-+" rel="tag"&gt;&#201;mile Pouget&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-paul-delesalle-+" rel="tag"&gt;Paul Delesalle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-victor-griffuelhes-+" rel="tag"&gt;Victor Griffuelhes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1157-9f282.jpg?1774700089' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Cri du Peuple&lt;/i&gt;, dans ses num&#233;ros du 29 juillet et 5 ao&#251;t 1931, a publi&#233; l'article ci-apr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Personne ne pouvait mieux retracer &#8212; pour les g&#233;n&#233;rations qui ne l'ont pas connu &#8212; la vie militante d'Emile Pouget que Paul Delesalle, son ami, son compagnon de luttes de quarante ann&#233;es et qui fut lui aussi, secr&#233;taire de la CGT, de la vraie CGT, celle d'hier, celle que nous travaillons &#224; reconstruire. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 21 juillet, &#224; cinq heures du soir, une courte d&#233;p&#234;che, Emile plus mal, m'avertissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre vieux camarade s'&#233;tait &#233;teint tout d'un coup dans son fauteuil vers 2 heures de l'apr&#232;s-midi, &#224; l'&#226;ge de 71 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades du &lt;i&gt;Cri &lt;/i&gt; m'ont demand&#233; d'&#233;crire un article sur Emile Pouget. C'est une t&#226;che difficile tant sa vie, toute au service de la classe ouvri&#232;re, fut remplie. J'ai tent&#233; de le faire mais je me rends compte de l'insuffisance de mon papier. Ecrire une vie, m&#234;me r&#233;sum&#233;e, de Pouget, c'est &#233;crire l'histoire du mouvement prol&#233;tarien pendant plus de trente ann&#233;es et cela d&#233;passe, et de beaucoup, le cadre d'un article.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;sc&gt;La jeunesse&lt;/sc&gt; &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_367 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH211/delesalle_paul-36b5f-45d63.jpg?1774787751' width='150' height='211' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Paul Delesalle&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Emile Pouget &#233;tait n&#233; en 1860, pr&#232;s de Rodez, dans le d&#233;partement de l'Aveyron. Son p&#232;re qui &#233;tait notaire, mourut de bonne heure. Sa m&#232;re se remaria et de ce fait sa vie fut en quelque sorte d&#233;sax&#233;e. N&#233;anmoins, son beau-p&#232;re, bon r&#233;publicain de l'&#233;poque, batailleur comme son beau-fils, perdit vite sa place de petit fonctionnaire pour avoir &#233;crit dans une petite feuille de combat qu'il avait du reste fond&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au lyc&#233;e de Rodez o&#249; il commen&#231;a ses &#233;tudes que naquit sa passion pour le journalisme. Il fonda &#8212; &#224; 15 ans &#8212;son premier journal, le &lt;i&gt;Lyc&#233;en r&#233;publicain&lt;/i&gt;. Je n'ai pas besoin de dire comment ses ma&#238;tres accueillirent la petite feuille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1875, son beau-p&#232;re mourut. Il lui fallut quitter le lyc&#233;e pour gagner sa vie. Paris l'attira. Ce que furent ses d&#233;buts dans la capitale, je ne puis &#224; mon grand regret le dire ici dans leurs d&#233;tails. Employ&#233; dans un magasin de nouveaut&#233;s, il se mit, la t&#226;che termin&#233;e, &#224; courir les r&#233;unions publiques, les groupes avanc&#233;s et rapidement se donna tout entier &#224; la propagande r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre exact et complet, il me faudrait refaire ici l'histoire des scissions socialistes, la cr&#233;ation des premiers groupements anarchistes avec ce que l'on a appel&#233; &#224; l'&#233;poque le demi-quarteron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#233;j&#224;, l'anarchisme purement sp&#233;culatif et id&#233;aliste ne pouvait satisfaire un sens social prononc&#233; et d&#232;s 1879 il prit part &#224; la fondation, &#224; Paris, dit premier syndicat d'employ&#233;s. Il y a une telle unit&#233; de vie militante chez Pouget qu'il sut bient&#244;t d&#233;cider son syndicat &#224; publier la premi&#232;re en date des brochures antimilitaristes. Inutile de dite que de fut notre syndicaliste qui la r&#233;digea et j'ajoute qu'elle serait aujourd'hui impubliable aussi bien par la v&#233;h&#233;mence de son texte que par les conseils dont elle &#233;tait largement &#233;maill&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers les ann&#233;es 1882-1883, le ch&#244;mage s&#233;vissait &#224; Paris avec une certaine intensit&#233;, si bien que le 8 mars 1883 la Chambre syndicale des menuisiers convoquait les sans-travail &#224; un meeting et plein air qui devait se tenir sur l'esplanade des Invalides.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1520 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-1-5.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH230/sans_titre-1-5-b95f6-3208d.png?1774787751' width='150' height='230' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, le meeting fut rapidement dissous par la police, mais deux groupes importants de manifestants se form&#232;rent : l'un prit le chemin de l'Elys&#233;e et fut rapidement dispers&#233;, l'autre, avec Louise Michel et Pouget, d&#233;vala vers le boulevard Saint-Germain. Rue du Four une boulangerie fut plus ou moins d&#233;valis&#233;e. Peut-&#234;tre raconterai-je un jour par le d&#233;tail ce que fut exactement cette randonn&#233;e telle que me la conta Pouget un 8 mars anniversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la manifestation continua et ce ne fut qu'arriv&#233;e place Maubert qu'elle se trouva en pr&#233;sence d'une force de police importante. Les agents s'&#233;tant pr&#233;cipit&#233;s pour arr&#234;ter Louise Michel, Pouget s'effor&#231;a de la d&#233;livrer ; il fut &#224; son tour arr&#234;t&#233; et conduit au poste. Quelque temps apr&#232;s, sous l'inculpation &#8212; inexacte &#8212; de pillage &#224; main arm&#233;e, il passait en cour d'assises. Louise &#233;tait condamn&#233;e &#224; six ans de r&#233;clusion, Pouget &#224; huit ans, peine qu'il dut purger &#224; la prison de droit commun de Melun. Il y resta trois ann&#233;es pleines et une amnistie intervenue, &#224; la suite d'une &#233;lection de Rochefort l'en tira au bout de ce temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prison, bien au contraire, n'avait pas assagi le militant. Pour vivre, il s'occupa alors de repr&#233;sentation, voire de librairie en m&#234;me temps qu'il reprenait la propagande.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;sc&gt;&lt;i&gt;Le P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;&lt;/sc&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Et la propagande le prit si bien que l'id&#233;e lui vint naturellement d'avoir un journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le 24 f&#233;vrier 1889 que paru le premier num&#233;ro du &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt; en petite brochure, rappelant les &lt;i&gt;Lanternes &lt;/i&gt; de Rochefort, &#233;crit &#224; la fa&#231;on imag&#233;e du&lt;i&gt; P&#232;re Duch&#234;ne&lt;/i&gt;, d'H&#233;bert, mais d'un style plus prol&#233;tarien. Dans l'un des premiers num&#233;ros, il reproduit la lettre d'un correspondant qui montre combien Pouget avait touch&#233; juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Dans mon bureau il y a huit copains... Je leur fais lire le &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;P&#232;re Peinard&lt;/span&gt;. Ils sont malheureusement trop couillons pour l'acheter, mais je leur pr&#234;te, et il faut l'avouer, c'est la forme qui fait passer les id&#233;es qui y sont contenues. Donc cela prouve que vous avez raison. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Pouget de r&#233;pondre : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'ai foutu ta lettre, cher copain, malgr&#233; la pommade que tu me passes : justement parce que tu as mis le doigt sur un des chouettes c&#244;t&#233;s de mes flanches&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme, en ceci, faisait passer le fond et c'est pourquoi les petits pamphlets de Pouget eurent un succ&#232;s dont on se rend difficilement compte aujourd'hui. Tant que dura le &lt;i&gt;P&#232;re Peinard &lt;/i&gt; &#8212; puis la &lt;i&gt;Sociale&lt;/i&gt;, &#8212; il y eut dans certains centres ouvriers une r&#233;elle agitation prol&#233;tarienne et je pourrais citer dix, vingt localit&#233;s ouvri&#232;res, telles Tr&#233;laz&#233;, Fourchambault o&#249; tout mouvement est tomb&#233; &#224; rien apr&#232;s la disparition de ses pamphlets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, notamment, parmi les &#233;b&#233;nistes du faubourg Saint-Antoine, le mouvement revendicatif dura tant que v&#233;cut le &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;. Un petit br&#251;lot &lt;i&gt;Le Pot-&#224;-Colle&lt;/i&gt;, &#233;crit dans le m&#234;me style y parut m&#234;me vers les armes 1891-1893. Depuis, le faubourg est &#224; peu pr&#232;s rest&#233; en sommeil. Telle a &#233;t&#233; &#224; une certaine &#233;poque l'influence profonde de Pouget sur le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1521 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-cc.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH209/sans_titre-cc-af3cd-6abd9.png?1774787751' width='150' height='209' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;Le P&#232;re Peinard&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Et cela n'est en rien surprenant car l'anarchisme de Pouget est avant tout et surtout prol&#233;tarien. D&#232;s les premiers num&#233;ros du &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;, il exalte les mouvements de gr&#232;ve, les num&#233;ros du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; Mai sont uniquement consacr&#233;s &#224; encourager &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les copains&lt;/q&gt; &#224; y prendre part. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; Mai est une occase qui peut tourner bien. Il suffirait pour cela que nos frangins, les troubades, l&#232;vent la crosse en l'air, comme en f&#233;vrier 1848, comme au 18 mars 1871, et &#231;a ne serait pas long du coup.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des premiers, il sent tout ce que l'on peut tirer de l'id&#233;e de &#171; Gr&#232;ve G&#233;n&#233;rale &#187; et d&#232;s 1889, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Oui, nom de Dieu, y a plus que &#231;a aujourd'hui la Gr&#232;ve G&#233;n&#233;rale ! &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Voyez-vous ce qui arriverait si dans quinze jours y avait plus de charbon. Les usines s'arr&#234;teraient, les grandes villes, n'auraient plus de gaz, les chemins de fer roupilleraient. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Du coup, le populo presque tout entier se reposerait. &#199;a lui donnerait le temps de r&#233;fl&#233;chir ; il comprendrait qu'il est salement vol&#233; par les patrons, et dame, il se pourrait bien qu'il leur secoue les puces dare-dare !&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Donc une fois que les mineurs seraient tous en l'air, que la gr&#232;ve serait quasi g&#233;n&#233;rale, faudrait, nom de dieu, qu'ils se foutent &#224; turbiner pour leur propre compte ; la mine est &#224; eux, elle leur a &#233;t&#233; vol&#233;e par les richards ; qu'ils reprennent leur bien, mille bombes. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Et le jour o&#249;, assez marioles, y aura une tripot&#233;e de bons bougres qui commenceront le chabanais dans ce sens, eh bien ! foi de P&#232;re Peinard, le commencement de la fin sera arriv&#233; !&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;sc&gt;Un grand pamphl&#233;taire prol&#233;tarien&lt;/sc&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais si le mouvement ouvrier y tient une tr&#232;s grande place, tous les autres aspects de la question sociale, Pouget les passe au crible de son implacable censure ; aucune des tares de la soci&#233;t&#233; bourgeoise ne lui &#233;chappe ; une grande banque, &#171; Le Comptoir d'Escompte &#187;, vient-elle de sauter : son article &#171; Les Accapareurs &#187; serait &#224; citer en entier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Gouvernants, bouffe-galette et financiers, c'est fripouille et C&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;ie&lt;/sup&gt;. Comme aujourd'hui, l'on a d&#233;cid&#233; une enqu&#234;te Je pr&#233;f&#232;re,&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt; &#233;crit-il&lt;/span&gt;, le syst&#232;me de 89, c'&#233;tait mieux. Ainsi au mois de juillet 89, Berthier de Sauvigny &#233;tait accroch&#233; &#224; un r&#233;verb&#232;re, et un autre de ses copains, Foulon, &#233;tait massacr&#233;. Quand donc nous foutrons-nous &#224; appliquer &#224; nouveau ce syst&#232;me, pour faire passer le go&#251;t du pain &#224; toute la clique des Rothschild et des Schneider ? &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agitation &#224; l'ext&#233;rieur ne le laisse jamais indiff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi : &#171; Chez les copains d'&#224;-c&#244;t&#233; &#187; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En plus des gars d'Allemagne qui se tr&#233;moussent gaillardement, les Macaronis cassent la margoulette &#224; leurs grands proprios, les paysans serbes et bulgares, qualifi&#233;s de brigands par nos salopiots de journaleux, tapent sur leurs grosses l&#233;gumes... Y a pas jusqu'aux Angliches qui, malgr&#233; leur flegme et leur air gnangnan, y sont all&#233;s de leur petite gr&#232;ve. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ensuite &#171; Les Jean-foutreries militaires &#187;, critique de l'arm&#233;e, des &#171; saloperies de la caserne &#187; et c'est une charge &#224; fond &#8212; et quelle charge ! &#8212; de l'arm&#233;e et du militarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au Palais d'injustice &#187;, c'est la magistrature et la justice de classe et je ne vous dis que &#231;a, qui est &#224; son tour jug&#233;e comme elle le m&#233;rite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas tout. A chaque sursaut de l'opinion publique c'est un article, voire un num&#233;ro sp&#233;cial, car Pouget a, par-dessus tout, le sens exact de la propagande, de ce qu'il y a &#224; dire aux foules.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1522 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;47&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-3-12.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH239/sans_titre-3-12-65687-9b374.png?1774787751' width='150' height='239' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;a href=&#034;https://placard.ficedl.info/mot6978.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ficedl - Affiches - Le P&#232;re Peinard au populo&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le tirage au sort lui est un bon pr&#233;texte, de m&#234;me l'anniversaire de la Commune ou du 14 juillet, et souvent un placard&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nombre de placards et affiches &#171; Le P&#232;re Peinard au Populo &#187; ont &#233;t&#233; tir&#233;s &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; accompagne le num&#233;ro du &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;. Pas un fait qui ne touche tant soit peu l'opinion ne le laisse indiff&#233;rent. C'est que Pouget est avant tout et surtout un journaliste-n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais o&#249; la pol&#233;mique rev&#234;t une forme plus personnelle, bien que sans lui &#234;tre particuli&#232;re puisqu'elle est celle de tous les anarchistes &#224; cette &#233;poque, c'est dans sa critique du parlementarisme et de tout l'organisme &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que ressuscitaient Pouget et les anarchistes de cette &#233;poque c'&#233;taient en r&#233;alit&#233; les anciennes luttes de la Premi&#232;re Internationale, le socialisme libertaire d'une part, repr&#233;sent&#233; par Bakounine et la F&#233;d&#233;ration dite Jurassienne, et le socialisme autoritaire de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guesde, &#8212; le meilleur des repr&#233;sentants du socialisme autoritaire de l'&#233;poque &#8212; la b&#234;te noire de Pouget et qui le lui rendait bien, &#8212; allait partout clamant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Envoyez au Parlement, vous classe ouvri&#232;re, la moiti&#233; des d&#233;put&#233;s plus un et la R&#233;volution ne sera pas loin d'&#234;tre un fait accompli&lt;/q&gt;. Ce &#224; quoi Pouget et ses amis r&#233;pondaient : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Groupez-vous dans vos Soci&#233;t&#233;s ouvri&#232;res, dans vos syndicats et emparez-vous des ateliers.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux m&#233;thodes qui mettaient et mettent aujourd'hui encore &#8212; aux prises, et de fa&#231;ons parfois violentes, socialistes libertaires et autoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Pinget d'illustrer sa th&#232;se, aussi la pol&#233;mique est-elle acerbe. Qu'on en juge : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est dimanche qu'elles ont lieu, ces sacr&#233;es &#233;lections ! Turellement c'est pas les candidats qui manquent ; y en a pour tous les go&#251;ts et de toutes les couleurs une truie n'y trouverait pas ses petits. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mais, nom de dieu, si la couleur et l'&#233;tiquette des candidats changent, y a une chose qui ne varie pas : les boniments ! R&#233;acs, r&#233;publicains, boulangeards, socialos, etc., etc., tous promettent au populo de se faire mourir de fatigue ! &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et un violent placard de d&#233;velopper sa d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;pression &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais une telle propagande, men&#233;e avec tant de vigueur, n'&#233;tait certes pas sans inconv&#233;nients. Les poursuites pleuvaient dru et si ses g&#233;rants &#233;copaient, Pouget, lui aussi, allait faire de temps &#224; autre des s&#233;jours &#224; Sainte-P&#233;lagie, la prison politique de l'&#233;poque, ce qui n'emp&#234;chait pas le&lt;i&gt; P&#232;re Peinard &lt;/i&gt; de para&#238;tre, des copains allant &#224; tour de r&#244;le chercher la copie &#224; prison m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une p&#233;riode d'agitation aussi intense &#8212; et il faut bien le dire, elle n'&#233;tait pas seule &#8212; avait exasp&#233;r&#233; certaines individualit&#233;s, une s&#233;rie d'attentats s'ensuivit avec, comme couronnement, l'assassinat &#224; Lyon du pr&#233;sident Carnot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie, excit&#233;e par la presse &#224; son service, fut prise d'une frousse telle qu'elle ne crut trouver son salut que dans le vote par les Parlements d'une s&#233;rie de lois de r&#233;pression qualifi&#233;es justement, la peur pass&#233;e, de lois sc&#233;l&#233;rates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arrestations succ&#233;d&#232;rent aux perquisitions qui eurent lieu par centaines &#224; travers le pays et un grand proc&#232;s, dit &#171; Proc&#232;s des Trente &#187;, fut engag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouget et pas mal d'autres camarades mirent alors la fronti&#232;re entre eux et leurs pr&#233;tendus juges. L'exil commen&#231;ait pour lui et le 21 f&#233;vrier 1894, le 253&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et dernier num&#233;ro de la premi&#232;re s&#233;rie du &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt; paraissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fugi&#233; &#224; Londres o&#249; il retrouva Louise Michel, ce serait mal conna&#238;tre notre camarade que de croire qu'il allait s'arr&#234;ter, et en septembre de la m&#234;me ann&#233;e le premier num&#233;ro de la s&#233;rie londonienne du &lt;i&gt;P&#232;re Peinard &lt;/i&gt; paraissait. Huit num&#233;ros parurent jusqu'en janvier 1895.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'exil n'&#233;tait pas une solution, la bourgeoisie se sentait un peu rassur&#233;e, Pouget revint en France pour purger sa contumace et fut acquitt&#233; comme l'avaient du reste &#233;t&#233; tous ses co-accus&#233;s du &#171; Proc&#232;s des Trente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces p&#233;rip&#233;ties n'avaient en rien alt&#233;r&#233; l'ardeur du militant ; cela ne tra&#238;na pas ; le 11 mai de la m&#234;me ann&#233;e paressait &lt;i&gt;La Sociale&lt;/i&gt; qui succ&#233;dait au &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;, dont son fondateur dateur, pour de multiples raisons, n'avait pu reprendre, momentan&#233;ment le titre (qui ne fut repris qu'en octobre 1896).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces deux nouveaux n&#233;s de Pouget, que dire sinon qu'ils furent &#233;gaux, par l'intensit&#233; de la propagande, &#224; leur a&#238;n&#233; ? M&#234;me courage &#8212; plus de courage m&#234;me, car les &#171; Lois sc&#233;l&#233;rates &#187; aggravaient les difficult&#233;s &#8212; et m&#234;me vaillance. C'est de cette &#233;poque que datent les fameux &lt;i&gt;Almanachs du P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;, de nombreuses brochures de propagande dont l'une, entre autres, sign&#233;e Pouget, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k856091z.texteImage&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les variations Guesdistes&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, fit quelque bruit dans le landerneau du socialisme politicien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-ce le moment de rappeler que l'artiste chez Pouget n'&#233;tait pas inf&#233;rieur au propagandiste et &#224; l'&#233;crivain. Chaque semaine une page du &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt; &#233;tait r&#233;serv&#233;e &#224; l'illustration, et ses dessins si v&#233;h&#233;ments &#233;taient souvent sign&#233;s d'artistes tels Maximilien Luce qui se sont fait depuis une place de premier plan parmi les meilleurs peintres de ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1458 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/pissarro-portrait-216f4-9f424.jpg?1774768698' width='150' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Camille Pissarro&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Les dessins des &lt;i&gt;Almanachs du P&#232;re Peinard &lt;/i&gt; sont sign&#233;s Camille Pissaro et des fils de ce grand artiste et Paul Signac apporta parfois sa collaboration &#224; l'&#339;uvre de Pouget.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une belle exposition des &#339;uvres du plus grand des sculpteurs du labeur prol&#233;tarien : Constantin Meunier, ayant lieu &#224; Paris, ne pouvait laisser Pouget indiff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son ami de toujours, Maximilien Luce, fit de superbes croquis de l'&#339;uvre de Constantin Meunier et de la collaboration de ces deux grands artistes qui eurent mieux que tous autres, le sens de la beaut&#233; du labeur ouvrier, sortit le bel album : &lt;i&gt;Les Gueules Noires&lt;/i&gt;, qu'&#233;dita Emile Pouget.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vint l'affaire Dreyfus. Pouget l&#224; encore ne pouvait pas rester indiff&#233;rent. Il se jeta dans la bataille, mais ce fut pour r&#233;clamer la justice aussi pour les anarchistes envoy&#233;s au bagne et qui se mouraient aux Iles du Salut, qui leur &#233;taient &#224; cette &#233;poque sp&#233;cialement affect&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par de multiples articles, par sa brochure, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k836767.texteImage&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les lois sc&#233;l&#233;rates&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &#233;crite en collaboration avec Francis de Pressens&#233;, il r&#233;ussit &#224; attirer l'attention des masses, et les gouvernants de l'&#233;poque durent mettre en libert&#233; quelques-uns de ceux qui restaient d'une pr&#233;tendue r&#233;volte habilement machin&#233;e ant&#233;rieurement par l'administration du bagne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;La Voix du peuple&lt;/i&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes arriv&#233;s &#224; l'ann&#233;e 1898. La Conf&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale du Travail prend un d&#233;veloppement de plus en plus grand, une importance sociale toujours plus forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s de Toulouse (1897), sous l'impulsion de Pouget, avait adopt&#233; un important rapport sur &lt;i&gt;Le Boycottage et le Sabotage&lt;/i&gt;, qui apportait &#224; la classe ouvri&#232;re une nouvelle forme de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et c'&#233;tait l&#224; son id&#233;e la plus ch&#232;re, il avait envisag&#233; de doter la classe ouvri&#232;re d'un organe de combat exclusivement r&#233;dig&#233; par les int&#233;ress&#233;s. D&#233;j&#224; un premier v&#339;u dans ce sens avait &#233;t&#233; adopt&#233; au Congr&#232;s de Toulouse, puis repris au Congr&#232;s de Rennes. Il s'agissait alors dans l'esprit des camarades d'un journal quotidien, projet auquel l'on dut renoncer par la suite, en pr&#233;sence de difficult&#233;s financi&#232;res de tout ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'importe, l'id&#233;e &#233;tait lanc&#233;e et il est bon de le rappeler ici, c'est aussi gr&#226;ce &#224; la t&#233;nacit&#233; de Pouget que le premier num&#233;ro de la &lt;i&gt;Voix du Peuple &lt;/i&gt; paraissait le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 1900.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1523 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;61&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/arton5954.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH212/arton5954-a9339-592f4.jpg?1774787751' width='150' height='212' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;&#171; Ah ! jean-foutre ! tu as tir&#233; sur le Peuple ! &#187;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Pouget, nomm&#233; secr&#233;taire adjoint de la CGT, section des F&#233;d&#233;rations, &#233;tait charg&#233; d'assurer la parution hebdomadaire du journal. Gr&#226;ce &#224; son effort pers&#233;v&#233;rant et aid&#233; par Fernand Pelloutier, la classe ouvri&#232;re pour la premi&#232;re fois &#233;tait dot&#233;e d'un organe bien &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les difficult&#233;s du d&#233;but, difficult&#233;s de tous ordres, morales surtout, car on ne voyait pas d'un bon &#339;il dans certains milieux le nouvel organe, je ne m'&#233;tendrai pas. Il me faudrait refaire en quelque sorte l'historique des d&#233;buts du syndicalisme de ce que des camarades ont surnomm&#233; les temps h&#233;ro&#239;ques de la CGT et dont d'autres ont pens&#233; et pensent encore qu'ils ont &#233;t&#233; l'un des moments les plus beaux de l'histoire du mouvement ouvrier fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me serait facile, la collection de&lt;i&gt; La Voix du Peuple&lt;/i&gt; aidant, de reprendre une &#224; une les campagnes de tous ordres, lutte contre les bureaux de placements, repos hebdomadaire, journ&#233;e de huit heures, lutte contre les iniquit&#233;s les plus diverses auxquelles le nom d'&#201;mile Pouget est constamment m&#234;l&#233; et toujours au premier plan de la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute la classe ouvri&#232;re qui luttait par sa plume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me faut cependant rappeler ces beaux et inoubliables num&#233;ros sp&#233;ciaux sur &#171; Le tirage au sort &#187;, sur &#171; Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; Mai &#187;, con&#231;us et mis en valeur d'une telle fa&#231;on qu'il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que jamais une telle intensit&#233; de propagande n'a &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappellerai-je aussi la campagne pour la journ&#233;e de huit heures, ayant son aboutissement au 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1906 ? Il faut avoir v&#233;cu cette &#233;poque au c&#244;t&#233; de Pouget pour savoir quelle science &#8212; le mot ne me parait pas trop fort &#8212; de la propagande il d&#233;ploya alors. Second&#233; par son &lt;i&gt;alter ego&lt;/i&gt; Victor Griffuelhes, pendant pr&#232;s de deux ann&#233;es, ils surent trouver chaque fois du nouveau pour tenir en haleine la masse des travailleurs qui parfois a trop tendance &#224; douter d'elle-m&#234;me. Il n'est donc pas exag&#233;r&#233; de dire que si l&#224; o&#249; elle sait l'imposer int&#233;gralement, la classe ouvri&#232;re jouit de la journ&#233;e de huit heures, elle le doit pour une part assez appr&#233;ciable &#224; &#201;mile Pouget.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de reprendre la collection des Congr&#232;s de la CGT entre 1896 et 1907 pour bien juger de l'influence profonde qu'il exer&#231;a sur ces assises du travail. Ses rapports, ses interventions et surtout son travail effectif au sein des commissions sont encore les plus s&#251;rs garants de ce que lui doit le syndicalisme. Rappellerai-je qu'&#224; Amiens c'est lui qui tint la plume et que la motion, qui aujourd'hui encore reste la charte du v&#233;ritable syndicalisme, est en partie son &#339;uvre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler aussi, en dehors des nombreuses brochures qu'il signa, et dont on trouvera plus loin une liste que je crains incompl&#232;te, sa collaboration &#224; nombre de petits journaux ouvriers et aussi ses grands articles parus dans le &lt;i&gt;Mouvement socialiste&lt;/i&gt; d'Hubert Lagardelle, &#233;tudes si substantielles qu'il sera impossible de les ignorer lorsque l'on voudra &#224; l'avenir &#233;tudier plus que superficiellement les origines et les m&#233;thodes du Mouvement syndicaliste en France.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;sc&gt;La r&#233;volution - Villeneuve-Saint-Georges - La retraite&lt;/sc&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Journaliste n&#233;, je l'ai d&#233;j&#224; dit, Pouget eut toute sa vie comme la hantise d'un journal quotidien, mais d'un journal prol&#233;tarien refl&#233;tant exclusivement les aspirations de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors ce qu'il tenta en fondant avec d'autres camarades,&lt;i&gt; La R&#233;volution&lt;/i&gt;. Griffuelhes en &#233;tait, Monatte aussi. Malheureusement, il faut pour cela beaucoup d'argent pour faire vivre un journal quotidien et l'aide escompt&#233;e n'&#233;tant pas venue, &lt;i&gt;La R&#233;volution&lt;/i&gt; dut, au bout de quelques mois, cesser de para&#238;tre. Ce fut bien l&#224; l'un des plus grands cr&#232;ve-c&#339;ur de sa vie de voir sombrer l'&#339;uvre qu'il avait si ardemment d&#233;sir&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1524 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-4-7.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/sans_titre-4-7-01d75.png?1774800660' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Gr&#232;ve Draveil 1908&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais presque m'arr&#234;ter ici mais il me faut bien rappeler l'affaire de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges. Il semble bien en effet, avec le recul des ann&#233;es, que cette mis&#233;rable et triste journ&#233;e ait &#233;t&#233; voulue par Clemenceau. C'&#233;tait du reste l'opinion de Griffuelhes autant que celle de Pouget. Des poursuites furent engag&#233;es contre un certain nombre de militants et naturellement Pouget &#233;tait du nombre. Mais au bout de plus de deux mois pass&#233;s &#224; la prison de Corbeil, l'accusation dut &#234;tre abandonn&#233;e et il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que si le proc&#232;s &#233;tait venu, le banc d'infamie n'aurait sans doute pas &#233;t&#233; celui des accus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#233;j&#224; la sant&#233; de Pouget, qui &#233;tait notre a&#238;n&#233; d'une bonne dizaine d'ann&#233;es, commen&#231;ait &#224; laisser &#224; d&#233;sirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la longue, la lutte telle qu'il la comprenait use quelque peu son homme. Le repos pour lui consista alors &#224; se remettre au travail pour gagner sa vie et jusqu'au jour o&#249; la maladie le terrassa, il n'arr&#234;ta pas &#8212; bien qu'&#226;g&#233; de 71 ans &#8212; de travailler. Telle fut la vie, trop largement esquiss&#233;e ici, de cet admirable lutteur, que la classe ouvri&#232;re, pour qui il a donn&#233; plus que le meilleur de lui-m&#234;me, semble aujourd'hui avoir par trop oubli&#233;. Mais de cela Pouget n'avait cure. Il lui a suffi d'avoir toujours travaill&#233; suivant ses id&#233;es pour trouver en elles toutes les satisfactions qu'il attendait de la vie. Car cet homme si simple, si cordial, si bon camarade, si courageux souvent, &#233;tait un rude homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades qui venez de me lire, vous pouvez m'en croire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nombre de placards et affiches &#171; Le P&#232;re Peinard au Populo &#187; ont &#233;t&#233; tir&#233;s &#224; plus de 20 000 exemplaires, et je pourrais en citer plus de trente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Juin 36</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maurice Joyeux</dc:creator>


		<dc:subject>CGT</dc:subject>
		<dc:subject>CGT-U</dc:subject>
		<dc:subject>CGT-SR</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;Le mouvement s'est d&#233;clench&#233; sans qu'on sut exactement comment et o&#249;. Nous avons assist&#233; &#224; une explosion de m&#233;contentement des masses populaires qui pendant des ann&#233;es avaient rem&#226;ch&#233; leur m&#233;contentement.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;L&#233;on Jouhaux, le 16 juin, au CCN. &lt;/div&gt;

-
&lt;a href="https://partage-noir.fr/-le-monde-libertaire-no123-juin-1966-" rel="directory"&gt;Le Monde Libertaire n&#176;123 - Juin 1966&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-cgt-u-+" rel="tag"&gt;CGT-U&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-cgt-sr-+" rel="tag"&gt;CGT-SR&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/les_ouvriers_de_l_usine_renault____agence_de_btv1b9028245m_1_copie-68bef.jpg?1774726401' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le mouvement s'est d&#233;clench&#233; sans qu'on sut exactement comment et o&#249;. Nous avons assist&#233; &#224; une explosion de m&#233;contentement des masses populaires qui pendant des ann&#233;es avaient rem&#226;ch&#233; leur m&#233;contentement.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;L&#233;on Jouhaux, le 16 juin, au CCN. &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il n'en est pas moins certain, pour ceux qui ont v&#233;cu de pr&#232;s ces heures angoissantes, que l'accord Matignon a pr&#233;serv&#233; le pays d'&#233;v&#233;nements singuli&#232;rement plus redoutables, de graves &#233;meutes susceptibles de d&#233;g&#233;n&#233;rer en guerre civile.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt; M. Lambert-Ribot, d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral du Comit&#233; des Forges. &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;AVANT L'EXPLOSION &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Explosion sociale, comme l'&#233;crivait M. Lucien Romier, dans le &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, ou complot dirig&#233; par Berlin, comme le pr&#233;tendait Henri de K&#233;rillis, dans &lt;i&gt;L'Echo de Paris&lt;/i&gt; ? Complot communiste, s'exclamait dans la &lt;i&gt;Revue de Paris&lt;/i&gt;, Jacques Bardoux, ou bataille r&#233;volutionnaire, comme le d&#233;clara M. Pierre Thiriez, pr&#233;sident de la Chambre de Commerce de Lille ? M&#233;ditons plut&#244;t cette page admirable, &#233;crite par Louzon, dans la &lt;i&gt;R&#233;volution Prol&#233;tarienne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Quel admirable sens de l'opportunit&#233; et du geste &#224; faire ont les ouvriers parisiens ! Pas tr&#232;s enclins &#224; l'organisation certes ! Faciles &#224; se laisser prendre aux boniments des h&#226;bleurs de la politique, tr&#232;s certainement encore. Mais comme sens du combat, v&#233;ritablement extraordinaires. Exactement le moment qu'il fallait choisir pour rentrer dans la lutte. Un gouvernement qui n'a plus d'autorit&#233; puisqu'il va d&#233;missionner demain, un gouvernement auquel il faut donner le s&#233;rieux avertissement, qu'on ne se contentera pas de belles phrases, mais qu'on veut du positif.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est &#231;a, c'est tr&#232;s exactement &#231;a ! Les ouvriers parisiens ont saisi l'instant que cr&#233;ait la conjoncture &#233;conomique et politique pour jeter dans la balance le poids de leur r&#233;volte, entra&#238;nant derri&#232;re eux tout le prol&#233;tariat du pays. Apr&#232;s, devaient &#233;crire les &#233;crivains et les sociologues, rien ne serait plus tout &#224; fait comme avant. Mais cette situation &#233;conomique et politique, elle &#233;tait le r&#233;sultat de la liquidation des clivages l&#233;gu&#233;s par la grande guerre de 14-18.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=circle&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3892 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/unemployed_men_queued_outside_a_depression_soup_kitchen_opened_in_chicago_by_al_capone__02-1931_-_nara_-_541927.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH407/unemployed_men_queued_outside_a_depression_soup_kitchen_opened_in_chicago_by_al_capone__02-1931_-_nara_-_541927-56ac7.jpg?1774848680' width='500' height='407' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Soupe populaire &#224; Chicago en 1931&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;1932 ? L'effondrement de l'&#233;conomie am&#233;ricaine s'&#233;tend sur le monde europ&#233;en. La France, durement touch&#233;e par les destructions de toutes sortes engendr&#233;es par la guerre s'enfonce dans une crise qui paralyse l'industrie. Aux portes des soupes populaires les files sombres et d&#233;penaill&#233;es s'allongent ; 500 000 ch&#244;meurs sont inscrits dans les bureaux de placement. Un nombre aussi important, qui ne fut jamais inscrit, ou qui a &#233;t&#233; radi&#233;, tra&#238;ne dans les villes ou sur les routes, &#224; l'aff&#251;t d'un travail au rabais ou d'une combine qui les emp&#234;chera de crever de faim. Les partis politiques sombrent dans un &#233;lectoralisme de pacotille, qui aboutit &#224; des cartels de gauche impuissants et disloqu&#233;s aux premi&#232;res pouss&#233;es de la r&#233;action. Blum fait des ronds de jambe, Herriot des discours, l'esprit de Poincar&#233; r&#232;gne sur l'&#233;conomie et la politique fran&#231;aises. Le syndicalisme a ploy&#233; les reins. Durement marqu&#233; par les scissions successives, envahi par la politicaillerie, il se survit p&#233;niblement, ses effectifs fondent, son audience diminue, ses militants sont impitoyablement pourchass&#233;s par une organisation patronale, la Conf&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale de la Production Fran&#231;aise, qui tient ses listes noires &#224; jour et les fait circuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'ext&#233;rieur le fascisme s'est install&#233; en Italie, l'hitl&#233;risme &#233;tend son ombre sur l'Allemagne ; la Russie, l'homme au couteau entre les dents, servent d'&#233;pouvantail &#224; une petite bourgeoisie &#233;triqu&#233;e qui n'a rien compris et qui all&#233;grement, poursuit une politique qui la conduira tout droit &#224; une guerre qui sera la suite logique de &#171; la der des ders &#187;. Elle d&#233;file dans le sillage de ces pauvres cons d'anciens combattants qui, p&#233;riodiquement, toutes m&#233;dailles au vent, remontent les Champs-Elys&#233;es avant de s'embrigader derri&#232;re le colonel de la Rocque, un personnage sorti tout droit d'un roman de Courteline. Cinq ans d&#233;j&#224; se sont &#233;coul&#233;s depuis que la foule immense a d&#233;ferl&#233; sur les boulevards pour protester contre l'assassinat de Sacco et Vanzetti. La rue est calme, on compte par dizaines les ouvriers syndiqu&#233;s chez Citro&#235;n ou chez Renault, par centaines, les membres de la CGT dans les services publics. Pourtant, c'est dans ce creux de vague qu'est n&#233; cet &#233;lan qui, quatre ans plus tard, &#233;branlera la soci&#233;t&#233;, bousculera l'autorit&#233;, et finalement, &#233;tablira entre le capital et le travail, de nouveaux rapports.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=circle&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3888 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/emeute_fevrier_1934_place_de_la_concorde.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH370/emeute_fevrier_1934_place_de_la_concorde-060a6.jpg?1774848680' width='500' height='370' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre le 6 f&#233;vrier 1934.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;En 1932 une, Chambre de gauche avait &#233;t&#233; &#233;lue, qui, comme sa devanci&#232;re de 1924, devait sombrer devant les attaques de la r&#233;action et du fascisme, qui faisait son apparition dans le pays. On a tout dit sur les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roul&#232;rent le 6 f&#233;vrier 1934 et sur la r&#233;action populaire qui jeta, &#224; l'appel des organisations syndicales, un million de travailleurs parisiens sur la place de la Nation. On n'a peut-&#234;tre pas assez dit que l'immense cort&#232;ge apr&#232;s sa dislocation officielle, se r&#233;pandit dans les faubourgs populaires et que tard dans la nuit le bourgeois calfeutr&#233; derri&#232;re ses volets, put s'endormir au chant de l'&lt;i&gt;Internationale&lt;/i&gt;. On a coutume de dater le r&#233;veil du monde ouvrier de cette journ&#233;e organis&#233;e par les syndicats et les partis ouvriers dans l'unit&#233; et il est certain que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, qui fut totale &#224; Paris et extr&#234;mement importante en province, devait &#234;tre un des &#233;l&#233;ments d&#233;cisifs qui allait permettre l'explosion sociale de juin 36, mais d&#233;j&#224;, pour un esprit averti, le monde ouvrier avait commenc&#233; &#224; soulever sa paupi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille des &#233;v&#233;nements de f&#233;vrier 34 l'organisation syndicale est scind&#233;e en plusieurs tron&#231;ons. La vieille CGT, qui regroupe les services publics et recrute surtout en province. Ses cadres, dont beaucoup viennent de l'anarcho-syndicalisme, sont comp&#233;tents mais vieillis et comme Jouhaux leur &#171; g&#233;n&#233;ral &#187;, ils ne croient plus gu&#232;re &#224; la r&#233;volution et aspirent &#224; une place raisonnable dans la soci&#233;t&#233; du profit. La CGT-U est domin&#233;e par les communistes. Le Congr&#232;s de Huyghens, que j'ai &#233;voqu&#233; autre part, a vu la liquidation des &#233;l&#233;ments trotskistes de l'enseignement et des quelques anarchistes qui s'y &#233;taient maintenus. L'opposition ne jouera plus aucun r&#244;le dans cette organisation dont les effectifs sont maigres, mais qui poss&#232;de des cadres aguerris au cours des ann&#233;es qui vont suivre, s'installer au premier plan. Les Fonctionnaires encore autonomes, vont rejoindre la CGT et lui apporter des effectifs qui seront pr&#233;cieux au moment de la r&#233;unification syndicale &#224; Toulouse en 1935. Enfin, la CGT-SR. Quelques ann&#233;es auparavant, Besnard et ses amis, qui n'avaient pu se maintenir &#224; la direction de la CGT-U, &#233;taient sortis de l'organisation et avaient cr&#233;&#233; cette nouvelle Centrale, la CGT-SR, qui verra ses effectifs fondre au fil des ann&#233;es ; son r&#244;le, sauf dans l'industrie du b&#226;timent, ira en s'amenuisant et elle ne jouera aucun r&#244;le, except&#233; peut-&#234;tre &#224; la base dans quelques secteurs bien d&#233;limit&#233;s, dans les ann&#233;es qui pr&#233;c&#232;deront Juin 36.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3891 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/m_leon_jouhaux_president_de____agence_de_btv1b90351802_1_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH367/m_leon_jouhaux_president_de____agence_de_btv1b90351802_1_copie-ee240.jpg?1774848680' width='500' height='367' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;L&#233;on Jouhaux&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit plus haut que le r&#233;veil ouvrier a pr&#233;c&#233;d&#233; les journ&#233;es de f&#233;vrier. A Paris, en 1933, de nombreuses gr&#232;ves avaient oppos&#233; dans des combats de rue les travailleurs aux flics. Gr&#232;ve chez Citro&#235;n, gr&#232;ve des terrassiers travaillant &#224; creuser les souterrains du m&#233;tro, etc., qui s'&#233;taient termin&#233;es par un mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour la r&#233;gion parisienne d&#233;clench&#233;e par la CGT-U et par une manifestation &#224; l'H&#244;tel de Ville. La gr&#232;ve fut un &#233;chec, mais la manifestation une r&#233;ussite gr&#226;ce &#224; la Syndicale Taxis qui barrant les rues et immobilisant les autobus, provoquait un savant embouteillage (d&#233;j&#224;). Les 20 000 ouvriers qui se sont, ce soir-l&#224;, battus contre les flics, qui ont envahi et paralys&#233; l'ancienne place de Gr&#232;ve, qui ont essay&#233; de forcer les barrages qui interdisaient l'acc&#232;s des faubourgs populaires, ont v&#233;ritablement donn&#233; le branle &#224; ce qui devait aboutir aux journ&#233;es de Juin 36.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tard dans la nuit, dans les permanences surchauff&#233;es, les militants discut&#232;rent longuement de ce qu'ils pressentaient comme devant &#234;tre le prologue au r&#233;veil du mouvement ouvrier. C'est l&#224; que je rencontrais pour la premi&#232;re fois un jeune homme au destin tragique, qui comme moi, n'avait pas beaucoup plus de vingt ans et avec lequel j'engageais une controverse passionn&#233;e. ll s'appelait J.-P. Timbaud.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;POLITIQUE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;ll est vrai que la constitution du Front Populaire, c'est-&#224;-dire l'entente entre les partis politiques de gauche auxquels devait se joindre, avec quelque r&#233;ticence, l'organisation syndicale r&#233;unifi&#233;e a agi comme une catapulte. La constitution de ce Front Populaire avait &#233;t&#233; difficile. La politique classe contre classe du parti communiste, son intention avou&#233;e de &#171; plumer la volaille &#187;, sa volont&#233; de conserver envers et contre tous, la direction des masses qui s'&#233;veillaient d'une part, et d'autre part, la politique de bascule du Parti radical qui consistait &#224; avoir un pied dans chaque camp pour jouer &#224; coup s&#251;r sur le clan gagnant et qui avait, dans le pass&#233;, en 1924 comme en 1932, rendu fragile toutes les alliances de gauche, paralysait &#224; nouveau les premiers pas de ce rassemblement. La m&#233;fiance de la SFIO et la constitution de minorit&#233;s dissidentes aux grands partis, le groupe Doriot et les trotskistes pour le PC, les amis de Bergery pour les radicaux et l'&#233;quipe Zyromsky-Pivert pour les socialistes, ajout&#232;rent encore &#224; la confusion qui pr&#233;sida aux premiers pas du Front Populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;v&#233;nement capital devait transformer ce climat. Ce fut le voyage de Pierre Laval &#224; Moscou, et la transformation brutale de la tactique du parti communiste, qui abandonnant sa politique &#171; classe contre classe &#187;, commen&#231;a ce cycle nationaliste qui devait le conduire &#224; approuver le r&#233;armement, &#224; embo&#238;ter le pas par-dessus la t&#234;te du socialisme, au radicalisme le plus chauvin et le plus r&#233;trograde et qui devait se traduire par une nouvelle formule, le Front des Fran&#231;ais. Ce qui conduisait le colonel de La Rocque &#224; ins&#233;rer dans son journal le &lt;i&gt;Flambeau&lt;/i&gt;, ce placard ironique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Les loups se font bergers. Les chefs communistes se parent subitement des id&#233;es Croix de Feu. Ils pr&#234;chent la r&#233;conciliation. Ils s'int&#233;ressent &#224; la d&#233;fense nationale. Ils adoptent le drapeau tricolore. Ils r&#233;pudient m&#234;me l'influence de Moscou. Trahison ? Calcul ?&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la nouvelle position du parti communiste facilita, c'est certain, la constitution du Front Populaire et son d&#233;veloppement, les fascistes ne furent pas les seuls &#224; se poser des questions sur ce brusqu&#233; revirement. Les militants socialistes, les militants syndicalistes et l'extr&#234;me-gauche trotskiste et anarchiste, virent avec m&#233;fiance cette nouvelle politique, qu'ils furent nombreux &#224; qualifier de politique de &#171; sac au dos &#187;, expression reprise d'une d&#233;claration du socialiste Ziromsky : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pr&#234;t &#224; mettre le sac au dos contre l'hitl&#233;risme&lt;/q&gt;, ce qui conduira des pacifistes &#224; tous crins dans une direction diam&#233;tralement oppos&#233;e et Math&#233;, au Congr&#232;s de Toulouse, s'&#233;criera :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Le mouvement syndical condamne la guerre &#233;conomique et ses mis&#232;res. Il condamne la guerre tout court et son moulin sanglant. Et je vous traduirai nos sentiments profonds d'une mani&#232;re qui vous fera peut-&#234;tre tressaillir et nous condamner. N&#233;anmoins je n'h&#233;site pas : plut&#244;t que la guerre la servitude, parce que de la servitude on en sort. De la guerre on n'en revient pas.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on plus raisonnable, nos camarades de la &lt;i&gt;R&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; exprimaient mieux la position du syndicalisme r&#233;volutionnaire en &#233;crivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;A bas la guerre, &#224; bas l'union sacr&#233;e. La plus dure le&#231;on de 1914 n'est-elle pas que la guerre contre le militarisme n'a pas tu&#233; le militarisme. Le peuple allemand est seul capable de se d&#233;barrasser d'Hitler. Une nouvelle guerre ne pourrait que retarder sa lib&#233;ration. Nous ne marchons pas.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux autres &#233;l&#233;ments allaient encore accentuer la m&#233;fiance du mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire authentique &#224; l'&#233;gard du parti communiste et par voie de cons&#233;quence &#224; l'&#233;gard du Front Populaire. L'un fut la guerre d'Espagne, l'autre les purges qui, &#224; Moscou, liquid&#232;rent tous les anciens compagnons de L&#233;nine. ; ceux qui avaient &#233;t&#233; les pionniers de la R&#233;volution d'Octobre. D&#232;s le d&#233;but de la guerre d'Espagne, il fut &#233;vident que le communisme &#233;tait rest&#233; lui-m&#234;me et que l&#224;-bas, ce qu'il importait au stalinisme, c'&#233;tait moins le triomphe d'une r&#233;volution sociale et &#233;conomique originale, que la constitution d'un &#201;tat fort, susceptible d'appuyer la politique &#233;trang&#232;re de la Russie. Et pour cela, les communistes n'h&#233;sitaient pas &#224; appliquer &#224; Madrid ou &#224; Barcelone, la politique d'&#233;limination de tous les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires et de reprendre pour l'Espagne la politique des &#171; purges &#187; dont la Russie venait d'&#234;tre victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tiraill&#233; de l'int&#233;rieur, en proie &#224; l'hostilit&#233; du mouvement r&#233;volutionnaire, &#224; la m&#233;fiance du mouvement syndical, le Front Populaire devait &#233;prouver d'&#233;normes difficult&#233;s &#224; dresser un programme &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT r&#233;unifi&#233;e avait bien propos&#233; le Plan que cette organisation avait &#233;tabli mais certaine r&#233;forme de structure de ce Plan risquait d'affaiblir la d&#233;fense nationale et le parti communiste comme le parti radical se trouv&#232;rent d'accord pour rejeter. Les communistes qui ne voulaient &#224; aucun prix se couper de la petite bourgeoisie patriotarde et rebelle aux socialisations, impos&#232;rent alors ce compromis connu dans l'histoire sous le nom de &#171; Programme du Rassemblement Populaire &#187; et avec amertume, Vincent Auriol d&#233;clarera :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Les radicaux n'ont voulu aucune nationalisation, sauf celles des fabrications de guerre. Par une singuli&#232;re attitude les communistes disent non, eux aussi. Pourquoi ? Il nous a &#233;t&#233; difficile de percer leurs desseins.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, le programme &#233;lectoral bu Rassemblement ne diff&#232;re gu&#232;re de ceux qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent dans le pass&#233; la Constitution du Cartel des gauches et l'&#233;ternel &#233;motionnel qui va pr&#233;sider &#224; cette consultation &#233;lectorale de mai 1936 est moins &#233;conomique que politique. Il faut battre le fascisme &#224; l'ext&#233;rieur comme &#224; l'int&#233;rieur, et pour cela il faut faire &#233;lire une Chambre qui formera un gouvernement dirig&#233; Par le parti radical, auquel collaborera le parti socialiste, que soutiendra le parti communiste, un gouvernement qui sera patriote, r&#233;publicain et qui, en mati&#232;re sociale et dans le cadre de l'&#233;conomie lib&#233;rale, accordera aux travailleurs un certain nombre de satisfactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les urnes d'abord, en envoyant au Parlement une grosse majorit&#233; de d&#233;put&#233;s socialistes et la rue ensuite vont en d&#233;cide autrement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LES GREVES &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;cor est plant&#233;, l'union de la gauche r&#233;alis&#233;e, le Front Populaire politique pr&#234;t &#224; assumer ses responsabilit&#233;s. Pourtant, un &#233;v&#233;nement impr&#233;visible s'est produit, qui prend naissance dans les cadres inf&#233;rieurs qui sont la plus pr&#233;cieuse richesse du syndicalisme. Cet &#233;v&#233;nement c'est la prise de conscience de l'incapacit&#233; des politiciens &#224; tenir leurs promesses &#233;lectorales. Les militants des usines sont d&#233;cid&#233;s &#224; jouer leur r&#244;le dans le concert politique que les &#233;tats-majors pr&#233;parent et c'est ce r&#244;le qu'ils vont jouer avec &#233;clat qui va transformer ce Front Populaire et le faire passer d'une alliance &#233;lectorale sans lendemain en une page d'histoire que les travailleurs de ce pays n'oublieront jamais plus.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3895 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;49&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/les_ouvriers_en_greve_aux____agence_de_btv1b90282498_1_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH344/les_ouvriers_en_greve_aux____agence_de_btv1b90282498_1_copie-fc83a.jpg?1774848680' width='500' height='344' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Les ouvriers en gr&#232;ve aux Usines Renault (1936)&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;L'origine du mot d'ordre d'occupation des usines reste obscur. Cette forme d'action avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; employ&#233;e en Italie avant la marche sur Rome des troupes de Mussolini. A vrai dire, cette tactique &#233;tait controvers&#233;e dans les milieux ouvriers et si certains consid&#233;raient que l'usine occup&#233;e pouvait devenir une forteresse, d'autres y voyaient bien plus s&#251;rement une prison o&#249; seraient enferm&#233;s les travailleurs, laissant ainsi la voie libre aux fascistes. De toute mani&#232;re, les grandes centrales syndicales n'avaient pas, au cours de leurs r&#233;cents Congr&#232;s, et plus particuli&#232;rement au cours du Congr&#232;s d'unification de Toulouse, retenu ou m&#234;me discut&#233; de ce moyen original de lutte. Ce fut une explosion sociale due &#224; quelques initiatives obscures et qui se r&#233;pandit avec une rapidit&#233; impressionnante. On peut essayer de trouver dans cette explosion deux modes d'anti-&#233;lectoralisme virulent. Celui qui persistait dans le mouvement ouvrier &#224; la base et qui couvait depuis l'origine du mouvement syndical. Bien que combattu par les communistes, il &#233;tait renforc&#233; par le peu d'&#233;lus que la politique classe contre classe avait valu &#224; ce parti et par le peu d'efficacit&#233; de ces &#233;lus dirig&#233;s par un sombre cr&#233;tin, Andr&#233; Marty. Mais pour la grande masse des ouvriers, c'est l'&#233;chec des combinaisons &#233;lectorales de gauche qui, invariablement se transformaient en Bloc national, les scandales de l'affaire Stavisky o&#249; de nombreux parlementaires radicaux avaient &#233;t&#233; compromis, qui motivaient leur m&#233;fiance envers le Parlement. Pour les plus simples, la propagande effr&#233;n&#233;e des ligues de droite, fervente admiratrice de Mussolini, et qui avait l'audience de la grande presse quotidienne, s'ajoutait encore et contribuait &#224; entretenir des doutes sur la sinc&#233;rit&#233; des combinaisons &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1934 la classe ouvri&#232;re &#233;tait sortie de sa l&#233;thargie, gr&#232;ves et combats de rue s'&#233;taient multipli&#233;s. Les travailleurs avaient eu des morts &#224; Malakoff, &#224; la Cit&#233; Jeanne d'Arc. Organis&#233;s dans des comit&#233;s (j'ai racont&#233; l'histoire d'un de ces Comit&#233;s dans mon livre le &lt;i&gt;Consulat polonais&lt;/i&gt;), les ch&#244;meurs formaient une masse active toujours disponible pour distribuer le mat&#233;riel syndical et faire nombre, les jours de manifestations. Le r&#233;sultat du premier tour des &#233;lections, qui avait eu lieu le 26 avril 1936, avait &#233;t&#233; un succ&#232;s pour les partis de gauche, m&#234;me si le rapport des forces n'avait pas sensiblement vari&#233; (3 % seulement du corps &#233;lectoral se d&#233;pla&#231;a). Le Premier Mai qui, quelques jours plus tard, rassembla une foule immense qui &#233;tonna les militants ouvriers les plus avertis, donna aux travailleurs une confiance accrue en la force impressionnante qu'ils repr&#233;sentaient et que le r&#233;sultat du deuxi&#232;me tour devait confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3897 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;186&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/png/rassemblement-populaire-14-juillet-1936_cropped.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH200/rassemblement-populaire-14-juillet-1936_cropped-5ddb1.png?1774848680' width='500' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Manifestation du Rassemblement populaire, 14 juillet 1936. Dans la tribune, de gauche &#224; droite : Th&#233;r&#232;se Blum, L&#233;on Blum, Maurice Thorez, Roger Salengro, Maurice Viollette, Pierre Cot.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Et Salengro &#224; la d&#233;l&#233;gation des gauches d&#233;clarera :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Que ceux qui ont pour mission de guider les organisations ouvri&#232;res fassent leur devoir ; qu'ils s'empressent de mettre un terme &#224; cette agitation injustifi&#233;e. Pour ma part, mon choix est fait entre l'ordre et l'anarchie. Je maintiendrai l'ordre envers et contre tous.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le mouvement continue &#224; se d&#233;velopper et gagne toute la province. La masse en lutte &#233;chappe au contr&#244;le de la CGT et Jouhaux constate :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Le mouvement a r&#233;v&#233;l&#233; &#224; chacun de nous, j'en suis s&#251;r, une situation que nous ne connaissions pas. Les ouvriers, avec une certaine dignit&#233;, n'affichaient jamais les conditions mis&#233;rables des salaires auxquelles ils &#233;taient r&#233;duits.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il faudra attendre le 7 juin pour qu'&#224; l'H&#244;tel Matignon s'engage des discussions d'ensemble entre le gouvernement, le patronat et les repr&#233;sentants de la CGT. Le r&#233;sultat de ces accords est connu et appartient aujourd'hui &#224; l'histoire du mouvement ouvrier. Il est juste de remarquer que Blum, qui arbitrait les d&#233;bats, imposa un taux d'augmentation des salaires de 12%. Je ne crois pas qu'on puisse clore un paragraphe consacr&#233; aux accords Matignon sans rappeler la d&#233;claration constern&#233;e de M. Duchemin, Pr&#233;sident de la Conf&#233;d&#233;ration patronale, mis devant les r&#233;alit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Comment est-ce possible ? Comment avant avons-nous pu laisser faire cela ? Nous avons manqu&#233; &#224; notre devoir en laissant les choses aller ainsi.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;claration qui rejoint celle de Jouhaux, dont il faudra &#233;ternellement se souvenir, qui venant soit de la bouche d'un leader syndical soit de celle d'un leader patronal, justifie pleinement la th&#233;orie de Proudhon et des anarchistes qui conseille aux travailleurs de s'occuper eux-m&#234;mes de leurs propres affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est directement de ce Premier Mai, o&#249; les masses prirent conscience de leur coh&#233;sion que d&#233;bute cette gigantesque &#233;ruption sociale dans la vie &#233;conomique et politique du pays. Car les premi&#232;res gr&#232;ves avec occupation d'usines, celle du Havre, celle de Marseille sont justement des gr&#232;ves de protestation contre le licenciement de travailleurs ayant ch&#244;m&#233; le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; Mai. Ces gr&#232;ves se termineront par des victoires, la r&#233;int&#233;gration des travailleurs licenci&#233;s et le paiement des journ&#233;es de gr&#232;ves, et Lucien Erbal, Secr&#233;taire des m&#233;taux, peut &#233;crire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;La gr&#232;ve sur le tas est la deuxi&#232;me et importante le&#231;on &#224; tirer de la bataille gagn&#233;e par nos camarades de Lat&#233;co&#232;re. Nous sommes partisans (le Conseil syndical a su prendre ses responsabilit&#233;s en appliquant cette m&#233;thode) de la gr&#232;ve sur le tas avec occupation d'usine jusqu'&#224; compl&#232;te satisfaction.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte ne sera connu que du petit cadre de la base car ni les journaux ouvriers ni les syndicats ne propageront cette forme d'action. Mais le petit cadre est sensible &#224; toute action d&#233;coulant de ce Premier Mai et soigneusement il enregistrera le r&#233;sultat. Le Front Populaire attend, lui, le moment (1 mois) o&#249; ses &#233;lus s'installeront au pouvoir. Et pendant ce mois les occupations vont se multiplier avec un programme identique : reconnaissance des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'entreprise, augmentation des salaires, suppression des heures suppl&#233;mentaires, semaine de quarante heures, pour atteindre leur point culminant &#224; la fin mai.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3893 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/les_ouvriers_de_l_usine_renault____agence_de_btv1b9028243s_1_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH351/les_ouvriers_de_l_usine_renault____agence_de_btv1b9028243s_1_copie-a31c1.jpg?1774848681' width='500' height='351' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;1936 - Les ouvriers de l'Usine Renault en gr&#232;ve sont mass&#233;s sur le pont Seguin&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;A Paris, le 24 mai, plus de cinq cent mille ouvriers d&#233;filent devant le Mur des F&#233;d&#233;r&#233;s et d&#232;s le lendemain, les responsables des sections d'entreprise d&#233;clenchent la bataille ; c'est Hotchkiss &#224; Levallois, Lavalette &#224; Saint-Ouen, Farman &#224; Billancourt, puis Renault, Chausson, Citro&#235;n, Rosengart, etc., toute la m&#233;tallurgie parisienne explose bient&#244;t, suivie par la province. Un personnage qui n'en manque pas une et qui sera ministre, Ambroise Croizat, d&#233;clare gravement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Le mouvement de gr&#232;ve de la R&#233;gion parisienne peut tr&#232;s rapidement se calmer si, du c&#244;t&#233; patronal, on est pr&#234;t &#224; faire droit aux l&#233;gitimes revendications des travailleurs.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait, l'organisation syndicale, d&#233;bord&#233;e, va s'employer &#224; r&#233;gler les conflits. A ce moment-l&#224; plus de 100 000 m&#233;tallurgistes sont en lutte. Les patrons r&#233;agissent et r&#233;clament avant toute discussion l'&#233;vacuation des usines et l'officieuse &lt;i&gt;Journ&#233;e Industrielle&lt;/i&gt; &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Il va sans dire que la continuation d'une telle proc&#233;dure (celle de la conciliation) ne peut &#234;tre envisag&#233;e dans le cadre des troubles graves qui est pr&#233;sentement apport&#233; aux r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de l'ordre et de la direction des entreprises.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les patrons, repr&#233;sent&#233;s par leur organisation le CGPF, refusent de n&#233;gocier tant que les usines ne seront pas lib&#233;r&#233;es et le travail repris, de nombreux contrats &#224; l'&#233;chelle de l'entreprise sont sign&#233;s. Les ouvriers reprennent le travail chez Citro&#235;n, chez Renault, etc., sur les bases suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Les heures de gr&#232;ve seront pay&#233;es. Le salaire augment&#233; de un franc de l'heure. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s seront &#233;lus. Le droit syndical respect&#233;. Les heures de nuit major&#233;es, etc.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3894 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/paris___greve_dans_une____agence_de_btv1b9028321j_1_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH360/paris___greve_dans_une____agence_de_btv1b9028321j_1_copie-a0514.jpg?1774848681' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Paris 1936 : gr&#232;ve dans une usine de m&#233;tallurgie : mannequin pendu&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si les &#171; grandes taules &#187; de la m&#233;tallurgie qui travaillaient &#224; plein rendement pour la guerre avaient c&#233;d&#233;, pour le reste des corporations, le probl&#232;me restait entier. Alors que le gouvernement et le patronat pouvaient esp&#233;rer voir le calme se r&#233;tablir apr&#232;s ces accords, le mouvement repartait de plus belle, gagnant toutes les corporations, s'&#233;talant &#224; travers tout le pays. Le gouvernement alors encore en place pour quelques jours et que dirige Albert Sarraut s'affole et fait appel &#224; L&#233;on Blum pour r&#233;gler le conflit, mais le leader socialiste &#171; respectueux de la Constitution &#187; attendra la r&#233;union l&#233;gale des Chambres pour former son gouvernement. L'&#233;tat d'esprit des chefs du Front Populaire m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;. Certes, Blum refusera de faire appel &#224; la force publique pour faire &#233;vacuer les usines, mais il se d&#233;clarera profond&#233;ment offens&#233; par ce mouvement qui bouscule les r&#232;gles traditionnelles et dans son appel aux travailleurs il d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;L'action du gouvernement, pour &#234;tre efficace, doit s'exercer dans la s&#233;curit&#233; publique. Elle serait paralys&#233;e par toute atteinte &#224; l'ordre. Le gouvernement demande donc aux travailleurs de s'en remettre &#224; la loi pour leurs revendications qui doivent &#234;tre r&#233;gl&#233;es par la loi. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;CONCLUSION &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les journ&#233;es de Juin sont riches en enseignements. Le reflux de la vague, la veulerie des politiciens de gauche et enfin la dislocation de l'union des gauches qui, comme les autres unions, celle de 1924 et celle de 1932, se transformera en une union des droites, en un bloc national contre les travailleurs est &#233;galement &#233;difiant niais appartient &#224; un autre moment de l'histoire du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui reste important, c'est justement ce que les travailleurs, d&#233;bordant les partis politiques, ont arrach&#233; par leur action propre. Certes, la victoire &#233;lectorale de la gauche, la certitude que le gouvernement Blum ne ferait pas intervenir la force ont &#233;t&#233; des facteurs importants, mais ce qui rend ces journ&#233;es inoubliables, c'est justement la conscience que, pour la premi&#232;re fois dans son histoire, la classe ouvri&#232;re a eue, que m&#234;me lorsqu'un climat favorable &#233;tait cr&#233;&#233;, c'est de son action directe que d&#233;pendent les conditions de succ&#232;s de ses revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les occupations d'usines furent l'&#339;uvre des militants &#224; l'&#233;chelle de l'entreprise et dans ce travail de la base les militants anarchistes furent pr&#233;sents. Une fois de plus on peut d&#233;plorer que leur dispersion les ait emp&#234;ch&#233;s de jouer un r&#244;le au moment du r&#232;glement. Ceux d'entre nous, appartenant au groupe syndicaliste &#171; Lutte de classe &#187; &#233;taient trop peu nombreux pour peser sur la CGT. Les autres, isol&#233;s dans la CGT-SR se trouv&#232;rent &#233;cart&#233;s de toute possibilit&#233; d'action &#224; l'&#233;chelle de la discussion nationale ou m&#234;me r&#233;gionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut mettre en garde les travailleurs. L'histoire ne se recommence pas. Ce qui fut l'originalit&#233; de ce combat, ce fut moins les m&#233;thodes employ&#233;es que le climat qui leur conf&#233;ra une efficacit&#233; certaine. Mais il reste deux le&#231;ons qui resteront &#233;ternellement vraies et qui conditionnent notre lutte, m&#234;me dans un climat diff&#233;rent, m&#234;me avec des techniques diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re le&#231;on c'est que les luttes doivent &#234;tre conduites en marge et contre toutes les organisations politiques fussent-elles de gauche et quelles que soient les promesses &#233;lectorales de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde, c'est que la d&#233;cision doit se faire &#224; la base de l'entreprise et que pour peser sur l'&#233;v&#233;nement il est indispensable qu'&#224; l'&#233;chelle de l'entreprise, l'influence du mouvement anarcho-syndicaliste soit r&#233;elle. Car aux instants de paroxysme, c'est seulement l'influence du petit cadre syndical qui peut faire sauter le frein des appareils syndicaux &#233;pouvant&#233;s par l'explosion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che de notre Mouvement libertaire est de travailler &#224; remplir ces conditions qui sont les garanties indispensables &#224; la r&#233;ussite de nouveaux juin 36.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le d&#233;bat Malatesta-Monatte toujours d'actualit&#233; </title>
		<link>https://partage-noir.fr/le-debat-malatesta-monatte-toujours-d-actualite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://partage-noir.fr/le-debat-malatesta-monatte-toujours-d-actualite</guid>
		<dc:date>2023-05-04T10:16:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Pelletier </dc:creator>


		<dc:subject>Errico Malatesta</dc:subject>
		<dc:subject>Pierre Monatte</dc:subject>
		<dc:subject>CGT</dc:subject>
		<dc:subject>CNT</dc:subject>
		<dc:subject>FORA </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les familiers du mouvement anarchiste connaissent le d&#233;bat qui opposa Errico Malatesta (1853-1932) et Pierre Monatte (1881-1960) lors du congr&#232;s anarchiste international d'Amsterdam en 1907 . Tout cela pourrait para&#238;tre lointain mais il est utile d'y revenir pour &#233;valuer les choses &#224; la lumi&#232;re d'aujourd'hui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Monatte est alors un jeune militant actif au sein de la jeune CGT fran&#231;aise, alors syndicaliste r&#233;volutionnaire et fortement influenc&#233;e par les anarchistes. Monatte d&#233;fend (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-le-monde-libertaire-no1073-du-27-fevrier-1997-" rel="directory"&gt;Le Monde libertaire n&#176;1073 du 27 f&#233;vrier 1997&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-errico-malatesta-52-+" rel="tag"&gt;Errico Malatesta&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-pierre-monatte-+" rel="tag"&gt;Pierre Monatte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-cnt-espagne-+" rel="tag"&gt;CNT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-fora-argentine-+" rel="tag"&gt;FORA &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1366-64b12.jpg?1774725264' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les familiers du mouvement anarchiste connaissent le d&#233;bat qui opposa Errico Malatesta (1853-1932) et Pierre Monatte (1881-1960) lors du congr&#232;s anarchiste international d'Amsterdam en 1907&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les pi&#232;ces du d&#233;bat : (Articles politiques de Malatesta dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Tout cela pourrait para&#238;tre lointain mais il est utile d'y revenir pour &#233;valuer les choses &#224; la lumi&#232;re d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Monatte est alors un jeune militant actif au sein de la jeune CGT fran&#231;aise, alors syndicaliste r&#233;volutionnaire et fortement influenc&#233;e par les anarchistes. Monatte d&#233;fend l'id&#233;e que le syndicat, d&#233;sormais sur ces bases r&#233;volutionnaires et libertaires, se suffit &#224; lui-m&#234;me : &#224; la fois comme outil de lutte, comme forme de regroupement et comme pr&#233;misses de la future r&#233;organisation sociale. Quant &#224; Errico Malatesta, c'est d&#233;j&#224; un v&#233;t&#233;ran du mouvement anarchiste qui a connu la premi&#232;re Internationale, Bakounine, Kropotkine, James Guillaume ou Elis&#233;e Reclus. Il a fait le bilan de la &#171; propagande par le fait &#187; de type insurrectionnel, qui s'est av&#233;r&#233; un &#233;chec cuisant tant pour le mouvement anarchiste que pour l'&#233;mancipation sociale comme le soul&#232;vement du B&#233;n&#233;vent en 1877. Il essaie de mettre les choses au point.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_2121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende descriptif' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/theanarchist-malatesta_medium_large_1612427278.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH213/theanarchist-malatesta_medium_large_1612427278-9f530-3fed7.jpg?1774695128' width='150' height='213' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Errico Malatesta. &lt;br&gt;Dessin de &lt;a href=&#034;https://www.gengiskahn-artwork.com/albums/narchie/&#034; target=&#034;_blank&#034;&gt;Gr&#233;gory L&#234;&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que l'on dit et croit parfois, Malatesta n'est absolument pas hostile &#224; l'entr&#233;e et &#224; l'action des anarchistes dans les syndicats. Bien au contraire, et il ne se d&#233;partira jamais de cette position&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans sa r&#233;ponse &#224; Monatte : Je reconnais toute l'utilit&#233;, la n&#233;cessit&#233; m&#234;me, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Seulement, sa vision d&#233;passe celle du syndicat et du syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, selon lui, le syndicalisme v&#233;hicule fatalement les contradictions du capitalisme. En effet, il &#233;pouse n&#233;cessairement le mode d'organisation de celui-ci. Sur la forme : il se structure en fonction de l'usine, de l'entreprise ou de la branche d'activit&#233;s, ce qui minimise les relations entre les autres secteurs de la soci&#233;t&#233; et affadit la dimension communale. Sur le fond : le capitalisme &#233;tant, entre autres choses, fond&#233; sur la concurrence, l'organisation du syndicat qui se construit &#224; partir de la production et du travail concurrentiels refl&#232;te plus ou moins cette situation, quoi qu'il s'en d&#233;fende. Les ouvriers n'ont pas forc&#233;ment les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts : ceux d'une corporation peuvent se sentir menac&#233;s par une autre, ceux d'une r&#233;gion par une autre, au gr&#233; des mutations technologiques, des choix capitalistes et des crises diverses. Leur r&#233;action est l&#233;gitime, mais elle est sensible aux boucs &#233;missaires (les nouvelles corporations, les immigr&#233;s, les ouvriers des autres pays), elle entrave l'&#233;lan f&#233;d&#233;rateur, collectif et r&#233;volutionnaire&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;lb. : Peut-&#234;tre la cause du malentendu se trouve dans la croyance, selon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Le syndicalisme est en soi r&#233;formiste&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malatesta n'utilise pas le mot de &#171; r&#233;formisme &#187; en 1907 dans sa r&#233;ponse &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Ce qui n'est pas une mauvaise chose, estime Malatesta, car il faut bien se battre pour une am&#233;lioration imm&#233;diate des conditions de vie et de travail, mais cela ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Malatesta : judicieux, optimiste et pessimiste. Monatte opportuniste ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il faut, selon lui, d&#233;passer cette double tendance, corporatiste et r&#233;formiste du syndicalisme, li&#233;e &#224; ses conditions objectives. Cela veut dire d&#233;passer le plan mat&#233;riel et s'attacher &#224; l'id&#233;al et &#224; l'id&#233;ologique. L&#224; dessus, Malatesta a une position tr&#232;s tranch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vain et dangereux, selon lui, de constituer des syndicats par affinit&#233; id&#233;ologique qui ruinerait le peu de ce que les travailleurs ont en commun en aggravant leurs divisions. Il faut certes se montrer le plus actif possible dans les syndicats, mais avec les limites que cela comporte. Il faut donc cr&#233;er, maintenir et d&#233;velopper l'organisation sp&#233;cifique anarchiste qui, v&#233;ritable &#171; minorit&#233; agissante &#187;, devra se montrer l'&#233;l&#233;ment le plus d&#233;cid&#233; lors du processus r&#233;volutionnaire, en d&#233;passant le stade de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et en s'acheminant vers la gr&#232;ve insurrectionnelle et communaliste, c'est-&#224;-dire communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malatesta s'est montr&#233; &#224; la fois judicieux, optimiste et pessimiste. Judicieux, car il a annonc&#233; et d&#233;nonc&#233; tr&#232;s t&#244;t les d&#233;rives d'un syndicalisme qui pr&#233;tend &#171; se suffire &#224; lui-m&#234;me &#187;. Optimiste, car il a surestim&#233; la capacit&#233; du mouvement ouvrier &#224; maintenir l'unit&#233; organique. Sa position s'explique tout &#224; fait par le contexte historique o&#249;, effectivement, et avant la bolchevisation du syndicalisme que Malatesta n'a connu qu'&#224; la fin de sa vie, un seul grand syndicat unitaire dominait le monde du travail, &#224; l'exception des groupements de jaunes ou de chr&#233;tiens sociaux encore tr&#232;s minoritaires. Depuis, la situation a beaucoup chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pessimiste, car, sur le fond, Malatesta a probablement sous-estim&#233; le besoin et la capacit&#233; qu'ont les travailleurs d'avoir leur propre id&#233;ologie, quelle qu'elle soit, et de b&#226;tir une organisation qui s'y conforme. Le politique et l'id&#233;ologique traversent bien le mouvement ouvrier, qu'on le veuille ou non. Le th&#232;me de la &#171; neutralit&#233; politique et id&#233;ologique &#187; trouve vite ses limites. Le poids de la religion marxiste-l&#233;niniste hier, ou chr&#233;tienne et musulmane aujourd'hui, dans le mouvement ouvrier nous rappelle l'ampleur de ce ph&#233;nom&#232;ne. C'est une donn&#233;e dont il faut absolument tenir compte et qui donne effectivement toutes ses chances &#224; un syndicalisme qui se voudrait afficher ses convictions r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_2119 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;142&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-1-16.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH296/sans_titre-1-16-38634.jpg?1774776131' width='500' height='296' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Pierre Monatte (assis au centre) avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la minorit&#233; syndicaliste r&#233;volutionnaire au congr&#232;s de la CGT de Lyon, septembre 1919.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;On sait comment Pierre Monatte a &#233;volu&#233; : face &#224; la d&#233;rive social-d&#233;mocrate de la CGT, face aux incoh&#233;rences de certains anarchistes eux-m&#234;mes (Kropotkine et le Manifeste des Seize, par exemple, en faveur de l'Union sacr&#233;e en 1916), face au bouleversement de la R&#233;volution russe et, enfin, face au besoin d'&#234;tre efficace, il a fini par adh&#233;rer au PC, m&#234;me s'il ne le fit que bri&#232;vement et qu'il finit par en &#234;tre exclu. Le probl&#232;me, c'est que ce ralliement se fit au pire moment pour le mouvement anarchiste et r&#233;volutionnaire et que, compte tenu de son influence, Monatte entra&#238;na dans l'impasse un grand nombre de camarades. Louis Lecoin, bien que lui-m&#234;me ne soit pas tr&#232;s net avec son pacifisme int&#233;gral qui l'amena &#224; fr&#233;quenter des gens pas tr&#232;s recommandables pendant et apr&#232;s Vichy, eut raison de souligner qu'&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;il est hors de doute que les partisans de la dictature dite du prol&#233;tariat n'eussent jamais caus&#233; tant de mal chez nous si des r&#233;volutionnaires int&#232;gres du type Monatte ne leur avaient servi de truchement et ne les avaient mis en selle&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lecoin Louis (1965) : Le cours d'une vie. Ed. suppl. &#171; La Libert&#233; &#187;, 358 p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cas espagnol &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'alternative Monatte-Malatesta, les anarchistes espagnols ont propos&#233; une autre r&#233;ponse, celle d'un syndicat de masse, non pas unique mais pr&#233;dominant, organis&#233; non pas en f&#233;d&#233;rations d'industries (danger corporatiste) mais en unions locales (communales ou r&#233;gionales), reposant sur les principes de l'action directe et sur la finalit&#233; du communisme libertaire : la CNT. Mais le cas de l'Espagne est-il l'exception qui confirme la r&#232;gle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il est difficile de faire abstraction de ses &#233;motions &#8212;la R&#233;volution espagnole de 1936 qui est le fruit d'un demi-si&#232;cle de militantisme organis&#233; et de luttes&#8212; est pour les anarchistes l'un des plus grands moments de l'humanit&#233;, et c'est un pass&#233; qui n'est pas si loin &#8212;il faut tenter d'analyser les choses avec recul et s&#233;r&#233;nit&#233;, d'un point de vue mat&#233;rialiste et non id&#233;aliste, c'est-&#224;-dire en prenant en compte la situation objective de l'Espagne. Gardons en t&#234;te les caract&#233;ristiques culturelles, sociales et &#233;conomiques propres &#224; l'Espagne, qui explique la force de son courant anarchiste aussi bien dans la rurale Andalousie que dans l'industrielle Catalogne, ou encore le contexte international, avec la victoire des fascismes bruns et rouges qui isola le mouvement ouvrier ib&#233;rique au moment de son apog&#233;e en 1936. Soulignons &#233;galement la sp&#233;cificit&#233; de ce mouvement ouvrier qui sut prolonger l'h&#233;ritage de la premi&#232;re Internationale et marginaliser le courant marxiste-l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais malgr&#233; cette tradition, la CNT elle-m&#234;me ne fut pas exempte de tendances r&#233;formistes (le trentisme), de manipulations (bolcheviques, voire franquistes ult&#233;rieurement) et de d&#233;rives &#233;tatistes (minist&#233;rialisme, m&#234;me qualifi&#233; de &#171; circonstanciel &#187;, en 1936, etc.). Toute l'histoire de la CNT, depuis sa cr&#233;ation en 1910 &#224; son apog&#233;e en 1937, montre que les anarchistes et l'anarchisme eurent toujours besoin de s'organiser sp&#233;cifiquement. Ce qui conduisit notamment &#224; la cr&#233;ation de la FAI (F&#233;d&#233;ration Anarchiste Ib&#233;rique) en 1927. Mais, de par cette propre histoire, la FAI est g&#233;n&#233;tiquement et quasi-organiquement indissociable de la CNT, soit comme &#171; organe de d&#233;fense &#187;, soit comme outil plus ou moins secret de la minorit&#233; agissante. A l'exception, peut-&#234;tre, de l'Argentine avec la FORA, mais qui, elle, a voulu &#233;viter la solution de l'organisation sp&#233;cifique et n'a d&#251; s'y r&#233;signer qu'apr&#232;s l'ascension des marxistes, ce type de configuration est unique dans l'histoire du mouvement anarchiste et ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Repartir de presque z&#233;ro &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc se garder de vouloir calquer ce qui pourrait appara&#238;tre comme un mod&#232;le, inapplicable ailleurs, quoiqu'on le veuille. D'autant que la situation a beaucoup &#233;volu&#233; et que le mouvement anarchiste ne repart pas de z&#233;ro, mais presque. En effet, avec la double victoire du bolchevisme en Russie puis du fascisme en Espagne, le mouvement anarchiste s'est trouv&#233; compl&#232;tement lamin&#233;, marginalis&#233; et pratiquement interdit de cit&#233; pendant plusieurs d&#233;cennies, malgr&#233;, &#231;&#224; et l&#224;, quelques bastions de r&#233;sistance. Les &#233;v&#233;nements de mai 68, qui donn&#232;rent la parole puis, quelques ann&#233;es plus tard, des strapontins sociaux ou minist&#233;riels aux rejetons de la nouvelle classe moyenne urbaine, a certes secou&#233; le cocotier mais, pendant deux d&#233;cennies, elle a en fait entretenu la confusion sur la finalit&#233; et l'&#233;thique de l'anarchisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, la d&#233;composition de l'empire sovi&#233;tique a incontestablement modifi&#233; la donne mais, contrairement aux plus optimistes d'entre nous, elle n'a pas ouvert &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; la voie &#224; l'anarchisme. Malgr&#233; le tumulte des analyses allant de la droite &#224; l'extr&#234;me gauche, les partis communistes des pays industriels ne se sont pas effondr&#233;s et, forts de leurs acquis et de leur base sociale, ils sont en train de r&#233;am&#233;nager leur nouvelle niche &#233;cologique au sein du syst&#232;me capitaliste, en optant pour la carte social-d&#233;mocrate alors que la social-d&#233;mocratie classique file de plus en plus &#224; droite. Le mouvement syndical, qui n'&#233;chappe pas au contexte de ces recompositions, en est l&#224;. Il serait erron&#233; et pr&#233;somptueux de la part des anarchistes de vouloir faire des choix &#224; sa place. C'est au syndicalisme de prendre en compte les nouvelles &#233;volutions, de tirer un bilan de la faillite de toutes les pr&#233;tendues alternatives, qu'elles soient r&#233;formistes, bolcheviques ou &#233;cologistes, et, par cons&#233;quent, d'&#233;laborer un v&#233;ritable projet social... r&#233;volutionnaire, si le besoin s'en fait sentir comme nous le pensons et l'esp&#233;rons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout aussi important que les anarchistes soient pr&#233;sents et actifs dans ce processus, mais sans se montrer plus rapides que la musique ou autoritaires comme une avant-garde. Le choix de tel ou tel syndicat, ou m&#234;me de telle ou telle forme de syndicalisme (syndicalisme r&#233;volutionnaire ? anarcho-syndicalisme ?) n'appartient pas seulement aux anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, le mode de fonctionnement de l'organisation sp&#233;cifique anarchiste et son positionnement dans le champ social des luttes est bien de leur ressort, et d&#233;pend de leur volont&#233; ! Vouloir &#224; pr&#233;sent n&#233;gliger ou sacrifier cette organisation sp&#233;cifique au profit de formes plus ou moins nouvelles de syndicalisme serait une grave erreur. Ce ne serait rendre un service ni &#224; l'anarchisme, ni au projet social, ni &#224; la r&#233;volution (un objectif bien absent de certains discours !), ni, non plus, &#224; ce syndicalisme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car n'oublions pas une chose : dans la soci&#233;t&#233; post-r&#233;volutionnaire, appara&#238;tront n&#233;cessairement de nouvelles structures qui transcenderont les clivages ouvriers et syndicaux existants. M&#234;me si, de par leur position et leur h&#233;ritage de lutte. les syndicats sont les noyaux incontournables de cette recomposition, ils sont d&#233;passables, ils seront d&#233;pass&#233;s ! Car, jusqu'&#224; preuve du contraire, le fonctionnement d'un h&#244;pital, d'une gare ou d'un laminoir ne sera pas cloisonn&#233; entre x sections syndicales mais bien g&#233;r&#233; par un organisme commun &#8212;conseil, comit&#233;, collectivit&#233; ou qu'on l'appelle d'un tout autre nom&#8212; pour le bienfait de la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re, et non pas celui d'un int&#233;r&#234;t partisan. La commune, en particulier, sera l'un des &#233;l&#233;ments-clefs de ce d&#233;passement communiste. Autrement dit, le syndicat doit porter en lui les germes de sa propre dissolution, ce qui n'est pas forc&#233;ment le cas de l'organisation sp&#233;cifique. D'ailleurs, cette organisation sp&#233;cifique, qui doit &#234;tre la plus active, la plus dynamique et la plus f&#233;d&#233;rative du mouvement ouvrier-paysan r&#233;volutionnaire, mais sans consensus mou ou artifices, n'a pas la pr&#233;tention d'&#234;tre h&#233;g&#233;monique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour les pi&#232;ces du d&#233;bat : (&lt;i&gt;Articles politiques&lt;/i&gt; de Malatesta dans la collection 10/18, p. 143-175. &lt;i&gt;La lutte syndicale&lt;/i&gt; de Pierre Monate, chez Masp&#233;ro, p. 53-60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans sa r&#233;ponse &#224; Monatte : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je reconnais toute l'utilit&#233;, la n&#233;cessit&#233; m&#234;me, de la participation active des anarchistes au mouvement ouvrier, et je n'ai pas besoin d'insister pour &#234;tre cru, car j'ai &#233;t&#233; des premiers &#224; regretter l'attitude d'isolement hautain que prirent les anarchistes apr&#232;s la dissolution de l'ancienne Internationale, et &#224; pousser de nouveau les camarades dans la voie que Monatte, oubliant l'histoire, appelle nouvelle&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;lb. : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Peut-&#234;tre la cause du malentendu se trouve dans la croyance, selon moi, erron&#233;e quoique g&#233;n&#233;ralement accept&#233;e, que les int&#233;r&#234;ts des ouvriers sont solidaires, et que, cons&#233;quemment, il suffit que des ouvriers se mettent &#224; d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts et &#224; poursuivre l'am&#233;lioration de leurs conditions, pour qu'ils soient naturellement amen&#233;s &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de tout le prol&#233;tariat contre le patronat. La v&#233;rit&#233; est, selon moi, bien diff&#233;rente. Les ouvriers subissent, comme tout le monde, la loi d'antagonisme g&#233;n&#233;ral qui d&#233;rive du r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; individuelle : et voil&#224; pourquoi les groupements d'int&#233;r&#234;ts, r&#233;volutionnaires toujours au d&#233;but, tant qu'ils sont faibles et dans le besoin des autres, deviennent conservateurs et exclusivistes quand ils acqui&#232;rent de la force, et avec la force, la conscience de leurs int&#233;r&#234;ts particuliers&lt;/q&gt;. Et Malatesta de citer l'exemple du trade-unionisme anglo-saxon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Malatesta n'utilise pas le mot de &#171; r&#233;formisme &#187; en 1907 dans sa r&#233;ponse &#224; Monatte. Mais c'est tout comme. D'ailleurs, Malatesta pr&#233;cise, dans un article de 1922, intitul&#233; &#171; Syndicalisme et anarchisme &#187;, qu'&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;en un mot le syndicat ouvrier est de par sa nature r&#233;formiste et non pas r&#233;volutionnaire&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lecoin Louis (1965) : &lt;i&gt;Le cours d'une vie&lt;/i&gt;. Ed. suppl. &#171; La Libert&#233; &#187;, 358 p. p. 93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le Soir : Emile Pouget</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;mile Pouget</dc:subject>
		<dc:subject>CGT</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Du bon camarade Victor M&#233;ric qui, lui aussi a bien connu Pouget, article ci-apr&#232;s, paru dans &lt;i&gt;Le Soir&lt;/i&gt; du 26 juillet.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-emile-pouget-ad-memoriam-" rel="directory"&gt;Emile Pouget. Ad memoriam&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-emile-pouget-+" rel="tag"&gt;&#201;mile Pouget&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton1164-baaf6.jpg?1774700016' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du bon camarade Victor M&#233;ric qui, lui aussi a bien connu Pouget, article ci-apr&#232;s, paru dans &lt;i&gt;Le Soir&lt;/i&gt; du 26 juillet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce pauvre Emile Pouget, qui vient de mourir &#224; l'&#226;ge de soixante et onze ans et que la jeunesse d'aujourd'hui ignore naturellement, aura cependant empli son temps de son nom, de ses aventures, de son influence. C'&#233;tait un journaliste remar&#173;quable et un organisateur de premier ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;buta dans le mouvement social vers 1879, en contribuant &#224; fonder le premier syndicat des employ&#233;s, il &#233;tait anar&#173;chiste et appartenait &#224; ce petit groupement de militants disciples de Bakounine qui se r&#233;unissaient 131 de la rue Saint-Martin et qu'on appelait le &lt;i&gt;quarteron&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 mars 1833, la Chambre syndicale des menuisiers orga&#173;nisait un vaste meeting sur l'esplanade des Invalides. Deux grou&#173;pes se form&#232;rent, dont l'un prit la route du faubourg Saint-Antoine. Sur son passage, il y eut quelques pains d&#233;rob&#233;s chez les boulangers. Pouget &#233;tait de la manifestation, &#224; c&#244;t&#233; de Louise Michel. Tous deux furent arr&#234;t&#233;s. Louise r&#233;colta six ans de r&#233;&#173;clusion. Pouget en eut pour huit ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne demeura que trois ans &#224; Melun, gr&#226;ce &#224; l'amnistie. A sa sortie, il fonda l'inoubliable &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;, une sorte de r&#233;&#173;plique au &lt;i&gt;P&#232;re Duch&#234;ne&lt;/i&gt; o&#249; il donnait la parole &#224; un gniaf. Ce br&#251;lot &#233;tait r&#233;dig&#233; dans un style &#224; dessein populaire, plein de verve mordante et d'aper&#231;us originaux. Pouget y disait de dures v&#233;rit&#233;s. Si bien qu'il fut de nouveau poursuivi. En 1894, &#233;poque de la grande frousse bourgeoise, il est fourr&#233; dans le fameux proc&#232;s des Trente, s'enfuit &#224; Londres d'o&#249; il continue &#224; publier son &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, il &#233;crit dans la &lt;i&gt;Sociale&lt;/i&gt;, dans le &lt;i&gt;Journal du Peuple&lt;/i&gt;. C'est &#224; ce moment que je l'ai connu. Il ne pensait qu'&#224; la con&#173;qu&#234;te des syndicats. Il fut parmi les pionniers de la CGT dont on le proclamait l'Eminence grise. Il fonda la fameuse &lt;i&gt;Voix du Peuple&lt;/i&gt;. Mais l'histoire de Pouget, depuis le premier syndicat des employ&#233;s jusqu'aux bagarres de Draveil-Villeneuve, c'est l'histoire du mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, Pouget &#233;tait un modeste. Il s'effa&#231;ait volontiers. Mais sa t&#233;nacit&#233; &#233;tait proverbiale. Il ne renon&#231;ait jamais. Le &lt;i&gt;Journal du Peuple&lt;/i&gt; &#233;tait mort, faute de munitions, qu'on voyait encore Pouget, ent&#234;t&#233;, s'acharnant &#224; vouloir faire la mise en pages. Le quotidien, ce fut toujours sa marotte. Un jour, je le vis arriver &#224; la Sant&#233; o&#249; j'&#233;tais hospitalis&#233;, il me dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a y est. Je fonde un journal. Je l'appelle&lt;i&gt; La R&#233;volution&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La R&#233;volution &lt;/i&gt; dura deux mois. J'y collaborai de ma cellule, fid&#232;lement. C'&#233;tait un beau canard, combatif, ardent, il ne lui manquait que le nerf de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, Pouget avait abandonn&#233; le mouve&#173;ment. Il vivait &#224; l'&#233;cart, modestement. Il &#233;tait de ceux qui ne s'enrichissent pas dans la politique. Je le rencontrais, de temps en temps, avenue d'Orl&#233;ans o&#249;, un sac &#224; la main, il venait faire son march&#233;. Il allait le regard perdu, vieilli, la d&#233;marche h&#233;si&#173;tante. Mais sa m&#233;moire demeurait intacte. Que de fois nous avons &#233;voqu&#233; les luttes d'antan et les hommes dont quelques-uns avaient mal tourn&#233; ! Pouget hochait la t&#234;te, plein de mansu&#233;tude et de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un rude et bon ouvrier, un propagandiste merveilleux, un journaliste de grand talent. Il a fait sa besogne et, le soir venu, il s'endort paisiblement, sans bruit. Avec lui, &#231;'est toute une &#233;poque de luttes h&#233;ro&#239;ques qui dispara&#238;t. Je salue avec infiniment de douleur le vieil ami et le v&#233;t&#233;ran r&#233;volutionnaire qui va conna&#238;tre, enfin, le repos. Les vieux s'en vont. Place aux jeunes ! crie-t-on. Mais on aura du mal &#224; retrouver un Pouget.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le Peuple : Emile Pouget est mort</title>
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		<dc:subject>&#201;mile Pouget</dc:subject>
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		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Du journal &lt;i&gt;Le Peuple&lt;/i&gt;, du 22 juillet 1931, nous extrayons les lignes ci-apr&#232;s.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-emile-pouget-ad-memoriam-" rel="directory"&gt;Emile Pouget. Ad memoriam&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-emile-pouget-+" rel="tag"&gt;&#201;mile Pouget&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1162-955c4.jpg?1774800661' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du journal &lt;i&gt;Le Peuple&lt;/i&gt;, du 22 juillet 1931, nous extrayons les lignes ci-apr&#232;s :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est une figure bien originale et qui a laiss&#233; son empreinte dans le syndicalisme fran&#231;ais. Il publia diverses brochures sur le syndicalisme qui firent autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dou&#233; d'un v&#233;ritable talent d'&#233;crivain, il &#233;crivit plusieurs romans qui furent publi&#233;s dans les journaux d'extr&#234;me gauche et qui obtinrent un vif succ&#232;s. Journaliste de combat, il collabora &#224; de nombreux quotidiens et p&#233;riodiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouget, avec tant d'autres, a apport&#233; sa pierre &#224; l'&#233;difice du syndicalisme, difficilement &#233;lev&#233; contre les forces hostiles et les pers&#233;cutions haineuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous respectons profond&#233;ment sa m&#233;moire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'Humanit&#233; : Emile Pouget</title>
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		<dc:subject>&#201;mile Pouget</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>
		<dc:subject>CGT</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le journal l'&lt;i&gt;Humanit&#233;&lt;/i&gt; dans son num&#233;ro du 22 juillet, publiait une notice sympathique dont nous extrayons les lignes suivantes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-emile-pouget-ad-memoriam-" rel="directory"&gt;Emile Pouget. Ad memoriam&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-emile-pouget-+" rel="tag"&gt;&#201;mile Pouget&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH85/arton1161-1f548.jpg?1774700017' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le journal l'&lt;i&gt;Humanit&#233;&lt;/i&gt; dans son num&#233;ro du 22 juillet, publiait une notice sympathique dont nous extrayons les lignes suivantes :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Emile Pouget, ancien secr&#233;taire de la CGT., charg&#233; jusqu'en 1907 de la r&#233;daction de la &lt;i&gt;Voix du Peuple&lt;/i&gt;, vient de mourir, &#226;g&#233; de 71 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secr&#233;taire de la CGT, il prit une part de premier plan &#224; l'organisation de la classe ouvri&#232;re entre 1897 et 1907. Au moment des &#233;v&#233;nements de Draveil-Vigneux et ou lendemain des barricades de Villeneuve-Saint-Georges, il fut arr&#234;t&#233; avec ses camarades de la CGT et poursuivi pour complot contre la s&#251;ret&#233; int&#233;rieure de l'&#201;tat &#8212; Clemenceau &#233;tant alors ministre de l'int&#233;rieur et, comme il s'en vantait, le &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Premier Flic de France&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il publia de nombreuses brochures de propagande, notamment en collaboration avec Francis de Pressens&#233;, un ouvrage sur les &lt;i&gt;Lois sc&#233;l&#233;rates&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec lui dispara&#238;t une curieuse figure d'un pass&#233; de luttes. Pouget eut une influence consid&#233;rable sur la premi&#232;re CGT, en un temps o&#249; l'on ignorait encore les d&#233;fections et les abdi&#173;cations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que vieilli, Pouget s'int&#233;ressait, avec passion aux ex&#173;p&#233;riences bolcheviques et n'ignorait rien des grandes r&#233;alisations de l'URSS.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Plus loin : Emile Pouget</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>&#201;mile Pouget</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>
		<dc:subject>CGT</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Du n&#176;77 (septembre 1931), de &lt;i&gt;Plus loin&lt;/i&gt;, dont notre camarade M. Pierrot assure la r&#233;daction, ce bon article d'un raccourcit si &#233;vocateur qu'il ne laisse que peu &#224; dire apr&#232;s .&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-emile-pouget-ad-memoriam-" rel="directory"&gt;Emile Pouget. Ad memoriam&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-emile-pouget-+" rel="tag"&gt;&#201;mile Pouget&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1160-41970.png?1774800661' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du n&#176;77 (septembre 1931), de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/anarchismes/entre-deux/plusloin/plusloin-n077.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Plus loin&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, dont notre camarade M. Pierrot assure la r&#233;daction, ce bon article d'un raccourcit si &#233;vocateur qu'il ne laisse que peu &#224; dire apr&#232;s .&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Notre ami Pouget est mort. Il avait 71 ans. Il ne laisse apr&#232;s lui que des regrets et de la sympathie. Cet homme modeste, qui avait du talent comme &#233;crivain, qui avait des go&#251;ts artistiques, qui avait un sens critique des plus fins, fut en m&#234;me temps un homme d'action. Au lieu de se contenter d'&#233;crire, il prit part directement &#224; la lutte des syndicats ouvriers contre le patronat et contre l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce besoin d'activit&#233;, il le montra de bonne heure, quand en 1883 (il avait alors 23 ans) il organisa avec Louise Michel la manifestation des sans-travail...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fonda le &lt;i&gt;P&#232;re Peinard &lt;/i&gt; en 1889, r&#233;dig&#233; avec une verve que personne n'&#233;gala. Ce n'&#233;tait pas le pol&#233;miste qui s'attaque grossi&#232;rement aux personnes, comme L&#233;on Bloy ou L&#233;on Daudet, c'&#233;tait, ce qui est plus rare, l'ironiste mordant, qui, avec le bon sens du populo et en langue verte, en argot, s'attaque aux injustices et montre la cupidit&#233; des parasites sous leur feinte philanthropie et leur hypocrite moralit&#233;. Il d&#233;molit le respect des institutions. Son journal eut une grande vogue et toucha un grand nombre de lecteurs. Il pr&#233;para ainsi efficacement la diffusion des id&#233;es anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouget, au lieu de se cantonner dans le' domaine des id&#233;es, au lieu de se fossiliser dans une doctrine intransigeante et incompatible avec la vie sociale, prit, un des premiers, l'initiative de participer &#224; la lutte syndicale, qui, dans les d&#233;buts, paraissait li&#233;e &#224; l'action politique et parlementaire et tenue en grave suspicion. n fonde ou il aide &#224; fonder le syndicat des employ&#233;s. Il apporte son appui &#224; Pelloutier dans la propagande pour l'id&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et celle d'action directe. Il devient enfin le secr&#233;taire adjoint de la Conf&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale du Travail en 1897, o&#249; il s'occupe de la r&#233;daction de la &lt;i&gt;Voix du Peuple&lt;/i&gt;. Il joue surtout le r&#244;le effac&#233;, mais efficace, d'une sorte d'Eminence grise, conseiller intime de Griffuelhes, le plus intelligent dies secr&#233;taires conf&#233;d&#233;raux qui se sont succ&#233;d&#233;s &#224; la t&#234;te de la grande organisation ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A son exemple, et couverts, peut-on dire, par l'initiative de leur a&#238;n&#233;, nombre de jeunes anarchistes entrent dans les syndicats et y diffusent des tendances d'ind&#233;pendance et de combativit&#233; ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du patron ou du politicien, action directe fond&#233;e sur la valeur morale des individus et sur leur coh&#233;sion, id&#233;al d'affranchissement fond&#233; sur l'organisation f&#233;d&#233;rale et en dehors de l'&#201;tat, etc. A ce point de vue on peut dire que les anarchistes vivifi&#232;rent le mouvement ouvrier et lui inspir&#232;rent la tactique de self-government. Pouget, sans s'&#234;tre jamais mis en avant, eut, entre tous, une tr&#232;s grande influence sur l'orientation du mouvement. Mais ne le savent gu&#232;re que ceux qui l'ont connu personnellement, que ceux qui ont connu son intelligence et sa tr&#232;s grande valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;small style=&#034;color:white;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/small&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un num&#233;ro ant&#233;rieur de &lt;i&gt;Plus loin&lt;/i&gt;, le camarade Wintsch, &#224; propos de la mort d'un autre vieil anarchiste, Jacques Gross, nous relevons ces lignes si expressives :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on voyait surtout chez Gross des collections de vieux journaux anarchistes que je consid&#233;rais alors comme des tr&#233;sors inestimables. C'est le &lt;i&gt;Bulletin de la F&#233;d&#233;ration Jurassienne&lt;/i&gt; &#224; laquelle Gross avait appartenu, tr&#232;s corporatiste et f&#233;d&#233;raliste. Puis surtout les publications un peu post&#233;rieures &lt;i&gt;La R&#233;volte&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;. Le plaisir &#233;tait immense pour nous de d&#233;guster les tartines de Pouget, pleines d'esprit faubourien, frondeur et cr&#226;ne, ayant toujours en vue d'ailleurs le d&#233;veloppement du travailleur &#8212; gnaf ou campluchard &#8212; sur son propre terrain du travail ; et il y avait l&#224; des images de Luce, de Constantin Meunier, de Pissarro et autres impressionnistes, un tas de types qui faisaient rudement bien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le Cri du Peuple, num&#233;ro du 22 juillet 1931 : Emile Pouget</title>
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		<dc:subject>&#201;mile Pouget</dc:subject>
		<dc:subject>Victor Griffuelhes</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>
		<dc:subject>CGT</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une p&#233;nible nouvelle nous parvient : le P&#232;re Peinard est mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce nom qui ne dit peut-&#234;tre pas grand'chose aux militants d'aujourd'hui &#233;voquera &#224; tous ceux d'avant-guerre une foule de souvenirs. C'est que Pouget fut, avec Griffuelhes, la figure la plus repr&#233;sentative du syndicalisme r&#233;volutionnaire de la grande p&#233;riode.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-emile-pouget-ad-memoriam-" rel="directory"&gt;Emile Pouget. Ad memoriam&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-emile-pouget-+" rel="tag"&gt;&#201;mile Pouget&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-victor-griffuelhes-+" rel="tag"&gt;Victor Griffuelhes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1159-47f7f.png?1774723452' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une p&#233;nible nouvelle nous parvient : le P&#232;re Peinard est mort.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1008 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/griffuelhes-77973-f69af.jpg?1774800661' width='150' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ce nom qui ne dit peut-&#234;tre pas grand'chose aux militants d'aujourd'hui &#233;voquera &#224; tous ceux d'avant-guerre une foule de souvenirs. C'est que Pouget fut, avec Griffuelhes, la figure la plus repr&#233;sentative du syndicalisme r&#233;volutionnaire de la grande p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouget tint la plume pour toute la pl&#233;iade de militants d'alors, en sa qualit&#233; de secr&#233;taire de r&#233;daction de la &lt;i&gt;Voix du Peuple&lt;/i&gt;, de 1900 &#224; 1908. Une plume vigoureuse et exp&#233;riment&#233;e. Il fallait qu'elle le f&#251;t pour que le syndicalisme r&#233;volutionnaire, avec un simple hebdomadaire, tint le coup devant le socialisme parlementaire et son quotidien d'alors, la &lt;i&gt;Petite R&#233;publique&lt;/i&gt;, tirant sur lui &#224; boulets rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Pouget se rejoignaient les qualit&#233;s d'un grand journaliste populaire et une longue exp&#233;rience de militant r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1883 &#8212; il avait alors 23 ans &#8212; il avait particip&#233; &#224; la manifestation de ch&#244;meurs des Invalides et avait &#233;t&#233; condamn&#233; pour ce fait, avec Louis Michel, &#224; 8 ans de r&#233;clusion. Il ne devait faire que trois ans &#224; Clairvaux, une amnistie &#233;tant intervenue. Libre, il commen&#231;ait la publication du &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;, qu'il poursuivait jusqu'en 1894, o&#249;, &#233;chappant aux pattes des policiers et coupant au proc&#232;s des Trente, il passait en Angleterre. Son anarchisme avait toujours &#233;t&#233; li&#233; &#233;troitement aux pr&#233;occupations et aux luttes journali&#232;res des travailleurs. Aussi comprend-on facilement que Pouget, qui avait fond&#233;, vers la vingtaine d'ann&#233;es, le premier syndicat d'employ&#233;s de magasins parisien, se trouv&#226;t vers la quarantaine, &#224; la t&#234;te de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son r&#234;ve &#233;tait de doter le mouvement r&#233;volutionnaire d'un quotidien. Il crut pouvoir le r&#233;aliser en 1908, quand il fonda la &lt;i&gt;R&#233;volution&lt;/i&gt;. L'insucc&#232;s de ce quotidien l'affecta beaucoup. Il survenait, il est vrai, en pleine crise grave de la CGT. Apr&#232;s Villeneuve-Saint-Georges, le gouvernement tenta, par tous les moyens, de briser la force montante du syndicalisme. Il ne put la briser, mais il r&#233;ussit &#224; l'affaiblir. Ce fut l'amer d&#233;couragement pour d'aucuns, le repliement pour d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouget fut de ces derniers. Mais son souvenir ne s'effacera pas. M&#234;me. quand ceux qui l'ont aim&#233; et connu ne seront plus l&#224;, son nom demeurera grav&#233; dans l'histoire de la CGT et du mouvement ouvrier fran&#231;ais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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