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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Luc&#237;a S&#225;nchez Saornil, 1895-1970. De la militance anarchiste au f&#233;minisme, de l'exil &#224; la clandestinit&#233;</title>
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		<dc:subject>Luc&#237;a S&#225;nchez Saornil </dc:subject>
		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution espagnole (1936-1939)</dc:subject>
		<dc:subject>CIRA Lausanne</dc:subject>
		<dc:subject>CNT</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Luc&#237;a S&#225;nchez Saornil na&#238;t &#224; Madrid le 13 d&#233;cembre 1895. Son p&#232;re, Eugenio, est t&#233;l&#233;phoniste et sa m&#232;re, Gabriela, n'a pas d'activit&#233; r&#233;mun&#233;r&#233;e. Comme si la pauvret&#233; n'&#233;tait pas d&#233;j&#224; assez accablante, Lucia perd jeune sa m&#232;re et son fr&#232;re, et se retrouve seule avec son p&#232;re et une petite s&#339;ur qu'elle a en charge d'&#233;duquer.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-lucia-sanchez-saornil-lesbienne-feministe-anarchiste-poete-" rel="directory"&gt;Luc&#237;a S&#225;nchez Saornil Lesbienne, f&#233;ministe, anarchiste, po&#232;te &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-lucia-sanchez-saornil-+" rel="tag"&gt;Luc&#237;a S&#225;nchez Saornil &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-espagne-+" rel="tag"&gt;Espagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-revolution-espagnole-1936-1939-+" rel="tag"&gt;R&#233;volution espagnole (1936-1939)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-centre-international-de-recherches-sur-l-anarchisme-cira-de-202-+" rel="tag"&gt;CIRA Lausanne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-cnt-espagne-+" rel="tag"&gt;CNT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH106/saornil2b-8dc60.png?1774739889' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D'apr&#232;s Guillaume Goutte, &lt;i&gt; Lucia Sanchez Saornil. Po&#233;tesse, anarchiste et f&#233;ministe&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions du Monde libertaire, 2011, pp. 3-35&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Luc&#237;a S&#225;nchez Saornil na&#238;t &#224; Madrid le 13 d&#233;cembre 1895. Son p&#232;re, Eugenio, est t&#233;l&#233;phoniste et sa m&#232;re, Gabriela, n'a pas d'activit&#233; r&#233;mun&#233;r&#233;e. Comme si la pauvret&#233; n'&#233;tait pas d&#233;j&#224; assez accablante, Lucia perd jeune sa m&#232;re et son fr&#232;re, et se retrouve seule avec son p&#232;re et une petite s&#339;ur qu'elle a en charge d'&#233;duquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 21 ans, en 1916, elle entre &#224; la T&#233;l&#233;fonica comme t&#233;l&#233;phoniste. Ce m&#233;tier ne la passionne gu&#232;re et, en dehors de ses heures de travail, elle suit un cursus d'&#233;tudes artistiques &#224; l'Acad&#233;mie des Beaux-Arts de San Fernando. Avec la peinture elle s'adonne aussi &#224; la po&#233;sie. Elle aborde r&#233;guli&#232;rement un th&#232;me alors presque jamais explor&#233; par les po&#232;tes espagnols : l'homosexualit&#233;. Elle-m&#234;me lesbienne, Luc&#237;a &#233;crit un certain nombre de po&#232;mes &#233;rotiques dans lesquels elle fait l'apologie de l'amour lesbien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les ann&#233;es 1920 que Luc&#237;a entre dans la militance anarchiste et anarcho-syndicaliste. Son activisme au sein de la Conf&#233;d&#233;ration nationale du travail (CNT) est alors tel que la direction de la T&#233;l&#233;fonica d&#233;cide, en 1927, de la muter &#224; Valence. Mais deux ans apr&#232;s elle revient dans sa ville natale et, lorsqu'une gr&#232;ve nationale &#233;clate en juillet 1931, la direction la licencie d'embl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mouvement anarchiste et anarcho-syndicaliste espagnol, les femmes sont bel et bien pr&#233;sentes, certaines y ont des responsabilit&#233;s. Pour autant, les militantes ne sont pas toujours reconnues &#224; leur juste valeur et le mouvement n'&#233;chappe pas &#224; certains pr&#233;jug&#233;s sur les femmes. Face au machisme ambiant, Luc&#237;a se fait l'avocate des femmes, notamment dans les journaux anarchistes pour lesquels elle r&#233;dige de nombreux articles. Le point culminant de cette campagne est en 1935 lorsqu'elle publie, dans le journal &lt;i&gt;Solidaridad Obrera&lt;/i&gt;, une s&#233;rie de cinq articles regroup&#233;s sous le titre de &lt;i&gt;La question des femmes dans nos milieux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 mai 1936, en compagnie de Mercedes Comaposada et d'Amparo Poch y Gasc&#243;n, elle fonde la revue &lt;i&gt;Mujeres Libres &lt;/i&gt; (&#171; femmes libres &#187;), qui deviendra ensuite une organisation. Ses objectifs sont clairement d&#233;finis et expos&#233;s : &#171; permettre &#224; la femme de s'&#233;manciper du triple esclavage [condition d'ignorance, de femme et de travailleuse] &#187;, mettre sur pied &#171; une force f&#233;minine consciente et responsable, agissant comme avant-garde de la r&#233;volution &#187; et &#171; arriver &#224; ce que les camarades, hommes et femmes [&#8230;] parviennent &#224; vivre ensemble et &#224; collaborer sans s'exclure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement anarchiste, Mujeres libres aspire &#224; &#234;tre reconnue comme le quatri&#232;me pilier du mouvement libertaire espagnol, &#224; c&#244;t&#233; de la CNT, de la F&#233;d&#233;ration anarchiste ib&#233;rique (FAI) et de la F&#233;d&#233;ration ib&#233;riques des jeunesses libertaires (FIJL). Mais, une partie du mouvement s'opposant &#224; l'organisation des femmes en structure sp&#233;cifiquement f&#233;minine, la non-mixit&#233; &#233;tant consid&#233;r&#233;e comme contraire aux id&#233;aux anarchistes, le groupe n'obtiendra jamais de reconnaissance formelle. Pourtant, elle constitue la seule organisation f&#233;minine de l'&#233;poque totalement ind&#233;pendante et rassemble, en 1938, plus de 20 000 cotisantes en 170 groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1939 Lucia, en tant que secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de Solidarit&#233; internationale antifasciste (SIA), lance un appel &#224; la France pour accueillir les r&#233;fugi&#233;s espagnols. Franco victorieux, elle s'exile &#224; son tour dans l'hexagone o&#249; elle reste jusqu'en 1942, date &#224; laquelle elle regagne secr&#232;tement l'Espagne pour &#233;chapper aux d&#233;portations nazies. Recherch&#233;e par les franquistes en raison de la loi sur les responsabilit&#233;s politiques de 1939, elle est contrainte de vivre cach&#233;e &#224; Valence jusqu'en 1954.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 juin 1970, elle d&#233;c&#232;de d'un cancer.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Groupe de lectures du CIRA, d&#233;cembre 2021&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://anarlivres.free.fr/pages/archives_nouv/pages_nouv/TableauxFemmes/TabSaornil2.html" class="spip_out"&gt;Tableaux bibliographiques - Femmes anarchistes : Luc&#237;a S&#225;nchez Saornil&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Luc&#237;a S&#225;nchez Saornil (1895 &#8211; 1970) : &#171; La question f&#233;minine dans nos milieux &#187;</title>
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		<dc:creator>Luc&#237;a S&#225;nchez Saornil (1895 &#8211; 1970)</dc:creator>


		<dc:subject>CIRA Lausanne</dc:subject>
		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>Luc&#237;a S&#225;nchez Saornil </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution espagnole (1936-1939)</dc:subject>
		<dc:subject>CNT</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Je remercie M. R. Vazquez qui, avec son article publi&#233; dans ces colonnes, &#171; La femme, facteur r&#233;volutionnaire &#187; &#8211; o&#249; le probl&#232;me est d'ailleurs tr&#232;s bien trait&#233; &#8211; me donne l'occasion de revenir sur le sujet. &#192; diff&#233;rentes reprises et dans d'autres journaux &#8211;&lt;i&gt; Le Libertaire, CNT&lt;/i&gt; &#8211; j'ai &#233;crit un peu sur tout ce qu'il y aurait &#224; dire quant &#224; l'importance qu'il y aurait pour notre mouvement &#224; y attirer des femmes. Mais &#224; ce propos il faut parler clairement, tr&#232;s clairement ; entre nous les circonlocutions n'ont pas lieu d'&#234;tre, nous devons &#234;tre sinc&#232;res, m&#234;me si cette sinc&#233;rit&#233; nous afflige ; donnons nous-m&#234;me les verges pour nous faire battre. C'est seulement &#224; ce prix que nous prendrons la voie de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/+-espagne-+" rel="tag"&gt;Espagne&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1239-00303.png?1774726131' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; La cuestion femenina en nuestro medios &#187;, in &lt;i&gt;Solidaridad Obrera&lt;/i&gt;, premi&#232;re partie, 26 septembre 1935. Traduction dans Mary Nash, &lt;i&gt;&#171; Femmes Libres &#187;. Espagne 1936-1939&lt;/i&gt;, La pens&#233;e sauvage, 1977, pp. 37-40.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je remercie M. R. Vazquez qui, avec son article publi&#233; dans ces colonnes, &#171; La femme, facteur r&#233;volutionnaire &#187; &#8211; o&#249; le probl&#232;me est d'ailleurs tr&#232;s bien trait&#233; &#8211; me donne l'occasion de revenir sur le sujet. &#192; diff&#233;rentes reprises et dans d'autres journaux &#8211;&lt;i&gt; Le Libertaire, CNT&lt;/i&gt; &#8211; j'ai &#233;crit un peu sur tout ce qu'il y aurait &#224; dire quant &#224; l'importance qu'il y aurait pour notre mouvement &#224; y attirer des femmes. Mais &#224; ce propos il faut parler clairement, tr&#232;s clairement ; entre nous les circonlocutions n'ont pas lieu d'&#234;tre, nous devons &#234;tre sinc&#232;res, m&#234;me si cette sinc&#233;rit&#233; nous afflige ; donnons nous-m&#234;me les verges pour nous faire battre. C'est seulement &#224; ce prix que nous prendrons la voie de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vazquez se plaint, comme moi-m&#234;me je me suis plainte maintes fois, que &lt;i&gt;nous ne propagions pas suffisamment nos id&#233;es parmi les femmes &lt;/i&gt; ; et apr&#232;s avoir observ&#233; et analys&#233; les faits j'en suis arriv&#233;e &#224; la conclusion suivante : &lt;i&gt;les camarades anarcho-syndicalistes &lt;/i&gt; &#8211; et non l'anarcho-syndicalisme, attention &#8211; &lt;i&gt;ne sont que peu int&#233;ress&#233;s par la participation de la femme&lt;/i&gt;. Il me semble entendre un ch&#339;ur de voix irrit&#233;es qui s'&#233;l&#232;ve &#224; mon encontre. Du calme mes amis ; je n'ai pas encore commenc&#233;. Quand j'affirme quelque chose je suis toujours pr&#234;te &#224; le d&#233;montrer, et j'y arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de plus facile que la propagande parmi les femmes &#8211; quel dommage que tous les objectifs n'aient pas la m&#234;me simplicit&#233;. De la propagande dans les syndicats ? De la propagande dans les ath&#233;n&#233;es ? La propagande &#224; la maison ! C'est la plus facile et la plus efficace. Dans quel foyer n'y a-t-il pas une femme, compagne, fille ou s&#339;ur ? C'est donc l&#224; qu'est le n&#339;ud du probl&#232;me. Supposons que la Conf&#233;d&#233;ration Nationale du Travail ait un million d'affili&#233;s. Ne devrait-elle pas avoir parmi les femmes au moins un autre million de sympathisantes ? Si cela &#233;tait jug&#233; n&#233;cessaire, qu'est-ce que cela co&#251;terait alors de les organiser ? Comme nous le voyons ce n'est pas l&#224; que r&#233;side la difficult&#233;, le probl&#232;me est ailleurs ; il est chez les compagnons eux-m&#234;mes, dans leur manque de volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu nombre de foyers, non seulement de simples conf&#233;d&#233;r&#233;s mais bien anarchistes (!?), r&#233;gis selon les plus pures normes f&#233;odales. &#192; quoi servent donc les meetings, les conf&#233;rences, les cours de formation, et tout le reste, si celles qui s'y rendent ne sont pas vos compagnes, les femmes de votre foyer ? &#192; quelles femmes vous r&#233;f&#233;rez vous donc ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela qu'il ne suffit pas de dire : &#171; il faut faire de la propagande parmi les femmes, il faut les attirer &#224; nos milieux &#187; ; mais nous devons prendre le probl&#232;me en partant de plus loin, bien plus loin. Les compagnons, exception faite d'une douzaine bien orient&#233;s, ont dans leur immense majorit&#233; une mentalit&#233; contamin&#233;e par les aberrations bourgeoises les plus caract&#233;ristiques. Tout en se r&#233;criant contre la pro-pri&#233;t&#233;, ce sont les plus enrag&#233;s des propri&#233;taires. Tout en se dressant contre l'esclavage, ce sont les &#171; ma&#238;tres &#187; les plus cruels. Tout en vocif&#233;rant contre les monopoles, ce sont les plus acharn&#233;s monopolistes. Et tout cela d&#233;coule du plus faux des concepts qu'ait pu cr&#233;er l'humanit&#233; : la suppos&#233;e &#171; inf&#233;riorit&#233; f&#233;minine &#187;. Erreur de qui nous a peut-&#234;tre fait prendre un retard de civilisation de plusieurs si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier des esclaves se transforme, une fois franchi le seuil de sa demeure, en un souverain et ma&#238;tre. Un de ses d&#233;sirs, &#224; peine &#233;bau-ch&#233;, est un ordre cat&#233;gorique pour les femmes de sa maison. Lui, qui dix minutes avant avalait encore le fiel de l'humiliation bourgeoise, se dresse comme un tyran en faisant sentir a ces malheureuses toute l'affliction de leur pr&#233;tendue inf&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on ne me dise pas que j'exag&#232;re. Je pourrais en offrir des exemples &#224; pleines mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concours de la femme n'int&#233;resse pas les camarades. Je cite des cas v&#233;ridiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais eu plusieurs fois l'occasion de dialoguer avec un compagnon qui me paraissait assez sens&#233; et je l'avais toujours entendu mettre l'accent sur la n&#233;cessit&#233; qui se faisait sentir, pour notre mouvement, de la participation de la femme. Un jour qu'il y avait une conf&#233;rence au Centro, je lui demandai :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et ta compagne, pourquoi n'est-elle pas venue &#233;couter la conf&#233;rence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse me gla&#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ma compagne a bien assez &#224; faire pour s'occuper de moi et de mes enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre jour, ce fut dans les couloirs du Palais de Justice. Je me trouvais en compagnie d'un camarade qui faisait &#233;talage de fonctions repr&#233;sentatives. Une avocate, peut-&#234;tre d&#233;fenseur d'un prol&#233;taire, sortait de l'une des salles. Mon accompagnateur la regarda &#224; la d&#233;rob&#233;e et, tout en &#233;bauchant un sourire plein de ranc&#339;ur, murmura :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je les enverrais laver, moi, celles-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux &#233;pisodes, &#224; premi&#232;re vue si banals, que de tristes choses ne disent-ils pas ? Ce qu'ils veulent dire avant tout, c'est que nous avons oubli&#233; quelque chose de tr&#232;s important ; que pendant que nous concentrions toute notre &#233;nergie sur le travail d'agitation, nous avions oubli&#233; notre t&#226;che &#233;ducative ; &lt;i&gt;que nous ne devons pas faire la propagande pour attirer les femmes parmi les femmes, mais parmi les compagnons eux-m&#234;mes&lt;/i&gt;, nous devons commencer par extirper de leur cerveau l'id&#233;e de sup&#233;riorit&#233; ; quand on leur dit que nous les humains sommes tous &#233;gaux, nous devons leur dire aussi que la femme, bien qu'elle v&#233;g&#232;te &#8211; confondue avec les casseroles et les animaux domestiques &#8211; parmi les objets du foyer, &lt;i&gt;appartient aussi &#224; l'esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt;. Il faut leur dire que chez la femme existe une intelligence &#233;gale &#224; la leur, qu'elle poss&#232;de une sensibilit&#233; aigu&#235; et un besoin de se d&#233;passer ; il faut leur dire qu'avant de reformer la soci&#233;t&#233; il convient de r&#233;former leur foyer ; il faut leur dire que ce dont ils r&#234;vent pour le futur &#8211; l'&#233;galit&#233; et la justice &#8211; ils doivent l'implanter &#224; partir d'aujourd'hui m&#234;me parmi les leurs ; il faut leur dire qu'il est absurde de demander &#224; la femme de comprendre les probl&#232;mes de l'humanit&#233; si, avant, ils ne l'&#233;clairent pas pour qu'elle voie clair en elle-m&#234;me, s'ils n'essaient pas de r&#233;veiller chez les femmes qui partagent leur vie la conscience de leur personnalit&#233; et, enfin, si avant ils ne les &#233;l&#232;vent pas &#224; la cat&#233;gorie d'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette propagande, et non une autre, qui peut attirer les femmes vers nos milieux. Qui, parmi elles, n'embrassera pas la cause qui a produit le &#171; miracle &#187; de lui r&#233;v&#233;ler son &#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, au travail, camarades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si nous consid&#233;rons que ce probl&#232;me est int&#233;ressant pour le mouvement r&#233;volutionnaire, ne le dissimulons pas comme une honte dans nos journaux, parmi les &#233;troites colonnes des pages d'informations t&#233;l&#233;graphiques ; a&#233;rons-le, mettons-le &#224; la vue de tout le monde. (Ceci est pour toi, camarade directeur.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux compagnons, ils me pardonneront ma duret&#233;, mais elle est n&#233;cessaire si nous ne voulons pas nous duper nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme je n'ai pas termin&#233;, je ne vous dis qu'au revoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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