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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Edward Carpenter : &#171; Soci&#233;t&#233; sans gouvernement &#187; </title>
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		<dc:date>2025-11-15T10:42:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Edward Carpenter</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Dans mon ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Prisons, police et ch&#226;timents&lt;/i&gt; j'attaque, avec les documents &#224; l'appui, la triple institution Loi, Police et Ch&#226;timent sur laquelle est bas&#233;e notre soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://partage-noir.fr/-terre-libre-no8-decembre-1934-" rel="directory"&gt;Terre libre n&#176;8 - D&#233;cembre 1934&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-2-27-e4562.jpg?1774836908' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA LOI ET LA COUTUME. &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans mon ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Prisons, police et ch&#226;timents&lt;/i&gt; j'attaque, avec les documents &#224; l'appui, la triple institution Loi, Police et Ch&#226;timent sur laquelle est bas&#233;e notre soci&#233;t&#233; actuelle. Je d&#233;montre que cette institution est la source d'une multitude de maux &#8212; corruption, chantage, parjure, espionnage et mensonges, accusations erron&#233;es, souffrances et cruaut&#233;s inutiles et voulues ; &#8212; que cette institution sanctionne et organise publiquement la violence ; soutient et maintient directement et volontairement des iniquit&#233;s aussi &#233;videntes et &#233;tendues que le monopole de la terre, par ex. ; que, dans la plus grande partie des cas, sa th&#233;orie et sa pratique sont absurdes et contradictoires ; qu'elle paralyse le peuple qui se soumet &#224; elle ou met en elle sa confiance (comme l'a &#233;crit souvent aussi Herbert Spencer) ; qu'elle est, en grande partie, si vieille et &#171; anachronique &#187; qu'il semble maintenant, impossible de la r&#233;former, du moins s'il s'agit de l'adapter &#224; une fin humainement utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pr&#233;tends pas que toutes ces attaques r&#233;solvent la situation de fait qui est la cause premi&#232;re de l'existence de telles institutions, ni qu'il n'y ait point de raisons qui plaident en leur faveur ; mais m&#234;me s'il en &#233;tait ainsi, les avantages &#224; en retirer ne sauraient &#234;tre assez grands pour arriver &#224; compenser les d&#233;savantages et les maux qu'engendre le syst&#232;me p&#233;nal. A dire vrai, pratiquement parlant, chacun admet que la loi est un mal ; mais l'argument de d&#233;fense est que c'est un mal n&#233;cessaire, dont on ne peut se passer parce que sans lui s'&#233;tendrait le r&#232;gne du d&#233;sordre, de la violence, du chaos social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assez curieusement. l'histoire des nations et des peuples prouve le contraire. Les premi&#232;res formes tribales ont &#233;volu&#233; dans la solidarit&#233; spontan&#233;e, et ont pratiqu&#233; l'&#171; amiti&#233; sociale &#187;, sans recourir &#224; un pesant et rigide syst&#232;me de lois. Chez quelques populations paysannes, de nos jours, en Irlande, en Suisse, en Su&#232;de, par exemple, se survivent des conditions qui rappellent, de loin, l'&#233;tat primitif. L&#224;, le joug de la loi, son fonctionnement, ses institutions, ne remplissent qu'un r&#244;le secondaire dans la vie. Il est vrai que l'habitude remplit un grand r&#244;le parmi les primitifs ; il para&#238;t hors de doute qu'elle constitue l'&#233;pine dorsale ou le cadre de leur soci&#233;t&#233; ; mais la coutume est une chose tr&#232;s diff&#233;rente de la loi. La coutume est la loi &#224; l'&#233;tat embryonnaire &#8212; la loi rudimentaire, &#224; titre d'essai. Pour dures, rigides, absurdes m&#234;me que puissent &#234;tre les coutumes de quelques tribus sauvages, elles sont beaucoup plus faciles &#224; modifier que lorsqu'elles se sont ossifi&#233;es sous la forme d'une loi &#233;crite, prot&#233;g&#233;e par l'anciennet&#233; et la solennit&#233;, soutenue par l'autorit&#233; et la force arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les soci&#233;t&#233;s humaines ne puissent subsister sans une certaine somme de coutumes, cela est &#224; voir. Mais qu'elles puissent subsister et se maintenir ordonn&#233;es et viables sans loi &#233;crite, sans les institutions qui en d&#233;rivent, nous n'avons aucune raison d'en douter. Car la coutume, pratiqu&#233;e par un peuple raisonnable et mod&#233;r&#233;ment avanc&#233;, (qui a abandonn&#233; la grossi&#232;ret&#233; des temps primitifs) se manifeste sous une forme plus douce et, quoique exer&#231;ant une pression consid&#233;rable sur les individus, se montre assez souple et adaptable aux &#233;volutions de l'ambiance. Dans cette pression exerc&#233;e par la coutume, nous avons &#224; faire &#224; une force aussi sup&#233;rieure &#224; la loi que la vie est sup&#233;rieure &#224; l'automatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En notre vie sociale d'aujourd'hui&lt;/i&gt;, la coutume est limit&#233;e &#224; un petit nombre de probl&#232;mes. Cependant il est des coutumes comme celle de la &#171; respectabilit&#233; &#187; et celle de la &#171; mode &#187; qui exercent une tr&#232;s efficace tyrannie. Il n'existe pas de loi qui oblige au paiement des dettes de jeu et cependant ceux qui ne paient pas sont extr&#234;mement rares.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;POLICE ET JUSTICE SOCIALE. &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, habitu&#233;s comme on l'est &#224; recourir &#224; la police en toute occasion, il est difficile de concevoir la vie sans cette institution. La vie sociale actuelle reposant en grande partie sur son existence, elle lui est indispensable ; sans elle surviendrait la catastrophe. Autrement dit, sans la police l'actuelle exploitation des pauvres ne serait pas possible, les &#233;normes diff&#233;rences qui s&#233;parent la richesse de la pauvret&#233; ne se produiraient jamais. &#8212; Sans les formes polici&#232;res, en effet, la soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur les in&#233;galit&#233;s artificielles ne pourrait subsister. Pr&#233;tendre que, parce qu'une certaine institution est n&#233;cessaire pour constituer et maintenir la soci&#233;t&#233; dans une forme anormale et antinaturelle, la soci&#233;t&#233; ne pourrait exister sans cette institution, c'est un peu comme si l'on disait : &#171; Puisque les dames de l'aristocratie chinoise ne peuvent se passer des bandages qui leur compriment les pieds, aucune femme ne doit pouvoir vivre sans ces liens &#187;. Il est n&#233;cessaire de comprendre que nos formes sociales actuelles sont aussi fausses et inhumaines qu'un pied-bot artificiel ; quand nous aurons compris cela, nous remarquerons le peu d'utilit&#233; de ces institutions comme la loi et la police, dont la fonction et l'objectif principal consistent &#224; maintenir et d&#233;fendre ces infirmit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale difficult&#233; qui se pr&#233;sente &#224; l'esprit humain quand il s'agit d'une soci&#233;t&#233; libre et sans gouvernement n'est donc pas sa &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d&#233;sirabilit&#233;&lt;/q&gt; &#8212; tout le monde reconna&#238;t qu'elle est d&#233;sirable et soi &#8212; mais sa &lt;i&gt;praticabilit&#233;&lt;/i&gt;. Cette difficult&#233; a ses racines dans la conception de la soci&#233;t&#233; actuelle. On sait qu'une lutte intestine pour l'obtention du pain quotidien est la force qui domine aujourd'hui, le principal stimulant de la production. On conclut de l&#224; que, sans gouvernement, la soci&#233;t&#233; se dissoudrait dans un chaos de banditisme et de fain&#233;antise. C'est cette difficult&#233;-l&#224; qu'il faut d&#233;raciner.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA DICTATURE DE LA PEUR. &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est p&#233;nible de l'&#233;crire, mais c'est la crainte qui inspire la vie ext&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; contemporaine. Cela commence par le mis&#233;rable salari&#233; qui se l&#232;ve avant l'aurore, part de sa maison quand l'appelle la &#171; sir&#232;ne &#187; et, pendant neuf ou dix heures, quelquefois plus, pour un gain qui lui assure &#224; peine la pitance, se prostitue &#224; un labeur monotone qui ne lui procure ni int&#233;r&#234;t ni plaisir ; la nuit arriv&#233;e, il retourne &#224; son logis, trouve ses enfants couch&#233;s : il mange et, fatigu&#233;, se couche pour recommencer le jour suivant ; s'il supporte une vie aussi monotone, inhumaine, vide de toute dignit&#233;, d&#233;pourvue de toute r&#233;alit&#233;, c'est parce qu'il se sent poursuivi par la crainte de mourir de faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela continue avec le commer&#231;ant qui n'ignore pas que sa richesse lui vient gr&#226;ce &#224; la sp&#233;culation, aux tromperies et aux mensonges du march&#233;, et qui craint qu'elle s'en aille par le m&#234;me chemin il se rend compte de ce que plus on est riche, plus se pr&#233;sentent de moyens pour se ruiner, desquels proc&#232;de la surabondance de pr&#233;occupations et d'anxi&#233;t&#233; ; pour assurer sa position, il est forc&#233; de s'abaisser continuellement &#224; toutes esp&#232;ces de combinaisons basses et troubles. Enfin, sur la grande masse rurale du peuple, c'est le m&#234;me d&#233;mon qui &#233;tend ses ailes sinistres. C'est une anxi&#233;t&#233; f&#233;brile qui donne le ton &#224; toutes ces vies. Il n'y a pas de place pour les joies naturelles, pour la vivacit&#233; d'esprit. Parcourons les rues des grandes cit&#233;s d'Angleterre, vous n'entendrez chanter personne, &#224; moins que ce soit pour r&#233;colter des sous. Il n'est pas un gar&#231;on de labour qui ose, aujourd'hui, siffler en creusant son sillon. Quelle est la fabrique d'o&#249; ne serait pas jet&#233; &#224; la rue l'ouvrier qui se mettrait &#224; chanter au cours de son travail ? Nous sommes comme des naufrag&#233;s qui grimpent sur les pentes d'un &#233;cueil. Les vagues font des ravages. Celui-l&#224; s'&#171; aide &#187; de la main, cet autre du pied. La panique est telle que l'on peut arriver &#224; jeter en bas le voisin d&#233;j&#224; en s&#233;curit&#233;, et le malheureux tombe &#224; l'eau. C'est certainement lamentable mais on ne peut rien y faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, cet &#233;tat de choses n'est pas normal. Admettons que la lutte pour l'existence soit in&#233;vitable sous une forme ou sous une autre. L'histoire des si&#232;cles nous d&#233;montre que, sauf en des crises exceptionnelles, l'&#233;volution de l'humanit&#233; n'abonde pas en sc&#232;nes &#171; d'anxi&#233;t&#233; &#187; aussi g&#233;n&#233;rales ; des races indig&#232;nes que nous pouvons consid&#233;rer en &#233;tat de d&#233;g&#233;n&#233;rescence ne nous r&#233;v&#232;le nulle part l'existence d'une telle dictature de la peur...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;DE LA PEUR A LA, LIBERT&#201; : LE TRAVAIL. &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il parait donc concevable qu'un peuple qui ne serait pas abattu par l'obligation ni tourment&#233; par l'autorit&#233; brutale, se mettrait &#224; produire, spontan&#233;ment, les objets dont il aurait besoin. Cela ne veut pas dire que, du premier coup, le r&#233;sultat serait harmonieux et parfaitement ordonn&#233;. Mais nous pouvons faire ici quelques observations destin&#233;es &#224; examiner le probl&#232;me de fa&#231;on pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, chacun serait guid&#233; dans le choix de son occupation par son inclination ou son habilet&#233;. L'augmentation de vitalit&#233; et d'initiative effective, proc&#233;dant de cette cause seulement, serait &#233;norme. Chacun serait, mieux qu'aujourd'hui, en situation de trouver le travail qui lui convient le mieux, et serait, ainsi, mieux guid&#233; qu'il l'est actuellement. L'immense vari&#233;t&#233; des go&#251;ts et des dispositions, dont sont dot&#233;s les &#234;tres humains, susciterait une vari&#233;t&#233; correspondante de produits spontan&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, le travail ex&#233;cut&#233; serait utile. Il est certain que personne, par sa propre impulsion, n'ouvrirait un foss&#233; pour le remplir ensuite &#8212; et cependant une bonne partie du travail effectu&#233; de nos jours n'est pas plus utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un &#233;b&#233;niste confectionne une armoire, soit pour lui soit pour son voisin, il n'y a pas de doute que les tiroirs s'ouvriront et se fermeront. Et pourtant : les neuf dixi&#232;mes des armoires fabriqu&#233;es selon la m&#233;thode du profit commercial sont faites de telle fa&#231;on que leurs tiroirs ne s'ouvrent ni ne se ferment. Elles ne sont pas fabriqu&#233;es pour &#234;tre utiles ; elles sont fabriqu&#233;es pour avoir l'apparence de l'utilit&#233; ; elles sont faites pour &#234;tre vendues ; pour le march&#233; et, par cons&#233;quent, pour laisser un b&#233;n&#233;fice. Si, paraissant utiles quoique n'&#233;tant d'aucune utilit&#233;, elles r&#233;pondent tout de m&#234;me &#224; leur objet c'est parce que cet objet est uniquement le suivant : emp&#234;cher le chaland d'aller ailleurs. Le gaspillage dont la communaut&#233; est victime &#224; cause de faits de ce genre est &#233;norme ; mais peu importe puisqu'il s'agit du b&#233;n&#233;fice de l'exploiteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; libre, on travaillera pour ce qui est utile. Il est curieux de constater que le travail ne peut s'expliquer par aucune autre raison que son utilit&#233;. Naturellement, dans ce qui est utile, nous comprenons ce qui est &#171; beau &#187; parce qu'il n'y a aucune raison pour &#233;tablir une diff&#233;rence entre ce qui satisfait un des besoins de l'homme, comme la beaut&#233; et ce qui satisfait d'autres n&#233;cessit&#233;s, comme l'alimentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disons donc que l'id&#233;e du travail implique que le produit du travail r&#233;ponde &#224; quelque n&#233;cessit&#233; humaine. Mais, dans le commerce, il n'en est pas ainsi. &lt;i&gt;Le travail a pour objectif la vente et par cons&#233;quent le b&#233;n&#233;fice.&lt;/i&gt; Peu importe la qualit&#233; du produit, bonne ou mauvaise, pourvu qu'il remplisse cette unique condition. Dans une autre soci&#233;t&#233;, la tournure d'esprit diff&#233;rerait de telle fa&#231;on de celle &#224; laquelle nous sommes habitu&#233;s, qu'il nous est difficile d'&#233;tablir quelque pr&#233;vision. Il n'est pas cependant difficile de se rendre compte que si l'on ne produisait pas, comme maintenant, pour l'amour de la quantit&#233; et si l'on ne travaillait pas pendant tant d'heures par jour qu'actuellement (et cela m&#233;caniquement), les produits livr&#233;s &#224; la consommation r&#233;pondraient &#224; leur utilit&#233; r&#233;elle et les r&#233;sultats obtenus seraient bien diff&#233;rents de ceux r&#233;sultant du jeu du syst&#232;me commercial actuellement en vigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu, le travail r&#233;alis&#233; dans ces conditions &#8212; comme l'affirma toujours William Morris &#8212; serait un &#171; plaisir &#187; ; un des grands plaisirs certainement de la vie. Cela transformerait enti&#232;rement le caract&#232;re du travail. Combien sont-ils, ceux qui trouvent plaisir et joie dans leur travail quotidien ? On pourrait, dans chaque cit&#233;, les compter sur les doigts ! Est-ce utile de vivre, si le principal &#233;l&#233;ment de la vie &#8212; ce que le travail poursuit &#233;tant son &#233;l&#233;ment principal &#8212; est une douleur ? Non, le sens v&#233;ritable de la vie exige que le travail quotidien soit en lui-m&#234;me agr&#233;able. C'est seulement alors que la vie vaut la peine d'&#234;tre v&#233;cue. Si le travail est une joie, le produit du travail s'en ressentira ; la distinction entre le beau et l'utile dispara&#238;tra ; tout produit sera une &#339;uvre d'art. L'art &#171; p&#233;n&#233;trera &#187; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; actuelle est bas&#233;e sur un syst&#232;me l&#233;gal qui fait, gr&#226;ce &#224; l'appui de la loi et du gouvernement, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e une institution privil&#233;gi&#233;e. L'homme de proie, le grand propri&#233;taire territorial, terrorise le petit propri&#233;taire. Le r&#233;sultat de cet ordre de chose est une lutte &#226;pre et continue pour la &#171; possession &#187;, o&#249; la crainte est le principal facteur d'activit&#233;. Nous voulons mettre en relief une conception de la soci&#233;t&#233; dans laquelle la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, n'&#233;tant plus soutenue par aucune force arm&#233;e, n'existera plus qu'&#224; titre d'ordre de choses spontan&#233;, syst&#232;me dans lequel les facteurs dominants de l'activit&#233; ne sont ni la crainte, ni l'app&#226;t du gain, mais la communaut&#233; de vie et l'int&#233;r&#234;t de vivre. En r&#233;sum&#233; on travaillera parce que l'on aimera travailler, &lt;i&gt;parce que &lt;/i&gt; l'on sentira qu'on pourra faire le travail avec soin, et &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; l'on saura que le produit de son travail sera utile, &#224; soi-m&#234;me et aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA P&#201;RIODE TRANSITOIRE. &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Soyons pratiques. Sur la possibilit&#233; d'une soci&#233;t&#233; libre et &#171; communaliste &#187;, supposons que personne n'&#233;met plus le moindre doute. La question &#224; dis-cuter est celle de la p&#233;riode transitoire. Par quelles &#233;tapes passerons nous ou devrons-nous passer pour arriver &#224; cette terre de libert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cours des changements qui m&#232;neront finalement &#224; une soci&#233;t&#233; &#171; sans gouvernement &#187;, et &#171; absolument volontaire &#187;, il est probable que quelques institutions, bas&#233;es sur la propri&#233;t&#233;, quoique d&#233;pourvues d'id&#233;al, continueront &#224; survivre pendant une longue p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisons remarquer ici qu'il ne peut y avoir la moindre esp&#233;rance de ce qu'un &#171; id&#233;al &#187; de soci&#233;t&#233; pure et simple puisse &#234;tre jamais r&#233;alis&#233;. D'autre part un id&#233;al, y compris le plus avantageux, est une chose incommode. L'id&#233;al de Smith ou l'id&#233;al de Brown peuvent convenir parfaitement, mais il est &#224; peu pr&#232;s certain que l'id&#233;al de Brown ne satisfera pas Smith tout comme celui de Smith ne satisfera pas un Brown. Nous voyons bien que la soci&#233;t&#233; s'oriente vers une forme communiste, mais nous esp&#233;rons et nous escomptons que cette forme ne repr&#233;sentera l'id&#233;al exact d'aucun parti ; nous voulons que cette soci&#233;t&#233; soit assez vaste pour enfermer une immense diversit&#233; d'institutions et d'habitudes, y compris une importante survivance des formes sociales actuelles. On peut dire que, sous certains aspects, une entente g&#233;n&#233;reuse sur la question du paiement des salaires, sur une base parfaitement d&#233;mocratique, susciterait plus de libert&#233; qu'un anarchisme amorphe dans lequel chacun prendrait selon ses besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le syst&#232;me des salaires, un homme pourrait travailler deux heures s'il reconnaissait pouvoir vivre avec un salaire ad&#233;quat, tandis qu'un autre pourrait travailler huit heures et vivre avec un salaire de huit heures s'il en ressentait le besoin. Chacun jouirait alors d'une parfaite libert&#233; morale. Si le syst&#232;me de salaires n'existe pas, l'homme qui ne travaillera que deux heures pourra avoir le sentiment d'exploiter la communaut&#233; &#8212; la communaut&#233; pourra ressentir le m&#234;me sentiment &#8212; tant et si bien que, pour se tranquilliser, il se forcera &#224; travailler huit heures comme tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que la monnaie subsistera longtemps encore, servant pour le paiement des salaires, l'achat et la vente, etc. ; elle perdra son caract&#232;re rigide d'usage obligatoire &#224; mesure que la mentalit&#233; se transformera. Son usage pourra acqu&#233;rir l'&#233;lasticit&#233; de la coutume, dispos&#233;e &#224; la transformation si le sentiment g&#233;n&#233;ral le demande. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e perdra son caract&#232;re virulent et ne sera d&#233;j&#224; plus qu'une affaire d'usage ou de convenance. A mesure que le temps passerait, les comptes, les actes, se convertiraient en simples formalit&#233;s comme ce qui a d&#233;j&#224; lieu entre amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte ne subsisterait plus que la coutume... se transformant lentement. Une chose s&#251;re est que la forme des soci&#233;t&#233;s de l'avenir sera plus vitale, plus organique, plus v&#233;ritablement humaine qu'elle l'a &#233;t&#233; ou qu'elle aurait pu l'&#234;tre sous la domination rigide de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;CE QUE NOUS VOULONS.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il est des millions d'&#234;tres humains qui travaillent dix et douze heures par jour, dans des conditions odieuses, en &#233;change d'un salaire insuffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est des millions de vieillards qui, ayant aliment&#233; la richesse publique et &#233;difi&#233; des fortunes particuli&#232;res durant une carri&#232;re de vingt-cinq, trente ou quarante ans, tendent aux passants une main calleuse et d&#233;charn&#233;e, ou sollicitent leur entr&#233;e dans les asiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est des millions d'enfants, beaux et innocents, qui manquent d'alimentation et de la culture indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est des millions de femmes, belles, naturellement aptes &#224; inspirer et ressentir l'amour, qui vivent dans l'horrible et d&#233;gradante irr&#233;gularit&#233; de la prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est des millions d'&#234;tres vigoureux qui cherchent du travail, et qui, sans travail, manquent de tout le n&#233;cessaire. Il est des millions de jeunes gens arrach&#233;s au champ, &#224; l'atelier, &#224; leur famille, &#224; leurs amours, en pr&#233;vision de tueries incompr&#233;hensibles et criminelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est des millions de malheureux que la mis&#232;re, l'ignorance et l'oppression poussent fatalement &#224; enfreindre la loi dirig&#233;e contre eux, et, comme cons&#233;quence, qui g&#233;missent dans les prisons et les bagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Toute personne d'intelligence et de c&#339;ur doit vouloir que cela cesse. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intrigants, ambitieux investis d'un mandat par la candeur populaire, rus&#233;s et imb&#233;ciles rev&#234;tus du caract&#232;re de fonctionnaires par complaisance gouvernementale, pillent le tr&#233;sor public qu'alimente le prol&#233;tariat. Les ministres d'un dieu ridicule appuient sur l'absurdit&#233; des dogmes et la m&#233;taphysique des croyances la domination d'une classe et les privil&#232;ges qui l'accompagnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En leur grande ignorance et dans leurs habitudes de servitude, les multitudes acclament celui qui les fouette et les &#233;crase ; elles accourent respectueusement sur le passage d'un grand qui les m&#233;prise ou les flatte, et elles acceptent passivement les conseils des endormeurs et de ceux qui pr&#234;chent la r&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les esprits libres et tous les c&#339;urs g&#233;n&#233;reux d&#233;sirent que cela prenne fin. Vivre, &#234;tre heureux, &#234;tre libres... c'est ce que veulent les anarchistes. Go&#251;ter le bien-&#234;tre physique qu'assure une alimentation saine, un bon v&#234;tement et une habitation commode. Cultiver notre intelligence, d&#233;velopper nos connaissances, enrichir notre cerveau avec les notions acquises, r&#233;jouir nos regards &#224; la contemplation des &#339;uvres ma&#238;tresses de l'art et de la nature, procurer &#224; nos oreilles l'enchantement des pures harmonies, &#233;tudier d'un esprit ind&#233;pendant les probl&#232;mes de la vie, promener librement notre curiosit&#233; &#224; travers le monde, penser ce que nous inspirera notre raison &#233;clair&#233;e, et confier &#224; notre bouche audacieuse le soin d'exprimer nos. id&#233;es. C'est cela que nous voulons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous voulons aussi fonder le plus t&#244;t possible un milieu social favorable au d&#233;veloppement int&#233;gral de la personnalit&#233; humaine par le libre jeu des forces qui s'agitent en nous, et des passions qui nous impulsent, par le d&#233;gagement normal de nos affinit&#233;s, par la noble radiation de nos sympathies. Nous voulons demander &#224; la vie toutes les joies qu'elle contient.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'HOMME EST-IL LIBRE ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'homme est libre ; le peuple est souverain et, cependant, sur son passage se dressent mille obstacles pour l'arr&#234;ter dans son chemin triomphal ; et, en d&#233;pit de la souverainet&#233; du peuple, les fameux &#171; souverains &#187; gisent dans la plus p&#233;nible indigence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme est libre et, comme une insulte &#224; sa libert&#233;, on dresse des prisons m&#233;lancoliques, on proclame des bannissements, on dresse des &#233;chafauds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme est libre, et comme une b&#234;te indomptable, on le pers&#233;cute et on lui donne la mort violente dans les massacres ou les guerres, ou bien on le fait mourir de consomption lorsqu'il ose s'&#233;lever au-dessus des multitudes, pr&#233;tendant, tel un invincible titan, rompre le cercle de fer &#8212; form&#233; par les pr&#233;jug&#233;s s&#233;culaires et les &#171; conventionnalismes &#187; stupides &#8212; qui emprisonne tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme est libre, le peuple est souverain ! Et pour rendre esclaves le peuple et l'homme, on forge des lois criminelles ; pour noyer dans le sang les convulsions de la faim, on forme des arm&#233;es. L'homme est-il libre ? Oh ! non, l'homme est esclave !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.ephemanar.net/aout29.html" class="spip_out"&gt;Biographie sommaire d'Edward Carpenter - Eph&#233;m&#233;ride anarchiste&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note du traducteur :&lt;/strong&gt; L'argumentation de notre ami Edward Carpenter n'est certainement pas nouvelle mais la clart&#233; de sa critique ne peut que fournir une excellente base de discussion &#224; ceux que pr&#233;occupe l'&#233;laboration d'une soci&#233;t&#233; meilleure. Sa th&#232;se d'une p&#233;riode transitoire a trouv&#233; d&#233;j&#224; de nombreux partisans mais aussi un nombre &#233;gal d'adversaires. Pour notre part, nous ne partageons pas cette conception. Cette fameuse p&#233;riode transitoire, &#171; but &#187; de certains, &#233;voque l'id&#233;e de la stagnation. Or, quoique sachant que la soci&#233;t&#233; libertaire ne peut jaillir des entrailles du sol parfaite, comme par magie, nous croyons &#224; la possibilit&#233; d'&#233;tablir une soci&#233;t&#233; libertaire dans laquelle sera aboli le salariat et tous les vestiges des institutions qui attentent actuellement &#224; la dignit&#233; humaine. La gangr&#232;ne autoritaire a d&#233;j&#224; fait assez de ravages. Faut-il que nous fassions des concessions &#224; cette peste qui mine l'humanit&#233; ! Nous croyons avec Max Nettlau &#224; la force cr&#233;atrice de la libert&#233; pure. Nous croyons en elle et non pas on la n&#233;cessit&#233; de ces att&#233;nuations que nous appelons faiblesse. Nous pensons, au contraire, que la p&#233;riode pr&#233;sente doit &#234;tre celle de notre &#171; effort libertaire &#187; plus conscient, plus complet et plus direct. La seule soci&#233;t&#233; viable ne peut &#234;tre que la soci&#233;t&#233; libertaire, soci&#233;t&#233; qui r&#233;alisera d&#232;s ses d&#233;buts la v&#233;ritable &#233;galit&#233; dans tous les domaines, condition sine qua non de son acheminement constant vers des formes plus parfaites de l'anarchie. &lt;strong&gt;S. V.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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