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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Patagonie 1921 : Avant-propos</title>
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		<dc:date>2022-02-17T23:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex Matin</dc:creator>


		<dc:subject>Diego Abad de Santill&#225;n</dc:subject>
		<dc:subject>FORA </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le 18 f&#233;vrier 1927, naissance d'Osvaldo Bayer&#224; Santa F&#233; (Argentine).&lt;br class='autobr' /&gt;
Journaliste, sc&#233;nariste pour le cin&#233;ma et historien du mouvement anarchiste argentin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s des &#233;tudes d'histoire &#224; l'Universit&#233; de Hambourg de 1952 &#224; 1956, il retourne en Argentine o&#249; il devient secr&#233;taire de r&#233;daction dans le journal &lt;i&gt;Noticias Graficas&lt;/i&gt; de Patagonie. Il collabore &#224; diverses revues et milite dans le syndicat de presse dont il devient (de 1959 &#224; 1962), le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Il se consacre par ailleurs &#224; des recherches historiques et publie le livre &lt;i&gt;Patagonie Rebelle&lt;/i&gt;, qui sera tourn&#233; en film par Hector Ovivera dont il sera le sc&#233;nariste (film laur&#233;at de l'Ours d'Argent au festival de Berlin en 1974). Mais il est contraint &#224; l'exil en 1975 sous la pr&#233;sidence de Peron, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; &#224; plusieurs reprises menac&#233; et pers&#233;cut&#233; par les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-fora-argentine-+" rel="tag"&gt;FORA &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton52-3183a.jpg?1774693359' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fin 1921, une imposante gr&#232;ve &#233;clata dans le Sud de l'Argentine. Cette gr&#232;ve, impuls&#233;e par des anarchistes, impliqua surtout des travailleurs ruraux ; tout le territoire de Santa Cruz &#233;tait paralys&#233;. La r&#233;action du gouvernement (d&#233;mocratiquement &#233;lu) fut terrible : un corps exp&#233;ditionnaire de l'arm&#233;e fut envoy&#233; pour r&#233;primer ces gr&#232;ves. Plus qu'une r&#233;pression, ce fut un massacre ; entre 1 000 et 1 500 travailleurs furent fusill&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette trag&#233;die demeure tr&#232;s peu connue. En fait, on essaya de la cacher d&#232;s 1921. Pour l'Histoire &#171; officielle &#187;, il s'agirait d'un groupe de bandits et d'anarchistes anti-patriotes qui, avec l'appui de l'arm&#233;e chilienne, auraient voulu faire s&#233;cession et priver l'Argentine de la Patagonie. &#201;videmment, ceci est totalement faux, mais ceux qui voulurent le prouver eurent beaucoup de mal, car avant m&#234;me que les massacres commencent, les autorit&#233;s impos&#232;rent un black-out total, facilit&#233; par les conditions g&#233;ographiques. Il est d'ailleurs significatif que peu d'ouvrages d'histoire du mouvement ouvrier en parlent ; et quand ils le font (comme par exemple dans les ouvrages de r&#233;f&#233;rence que sont &lt;i&gt;El Movimiento Sindical Argentino&lt;/i&gt; de S. Marotta, ou &lt;i&gt;La FORA&lt;/i&gt; de D. Abad de Santillan), c'est pour &#233;voquer ces tragiques &#233;v&#233;nements qui &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ont vu couler tant de sang innocent&lt;/q&gt;, sans pouvoir dire ce qu'il s'est r&#233;ellement pass&#233;. La raison en est simple : presque tout le monde l'ignorait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'&#224; la fin des ann&#233;es 60 qu'un journaliste et essayiste, Osvaldo Bayer, mena une enqu&#234;te en allant recueillir sur place des dizaines de t&#233;moignages. La r&#233;alit&#233; est donc aujourd'hui r&#233;tablie du moins pour les lecteurs hispanisants, car rien en fran&#231;ais n'est paru sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure se propose de retracer dans les grandes lignes ces dramatiques &#233;pisodes, mais aussi le contexte dans lequel ils s'ins&#232;rent : l'organisation et la pratique syndicale, fortement influenc&#233;es par les anarchistes, ainsi que les comportements exemplaires du gouvernement, de l'arm&#233;e et des propri&#233;taires fonciers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Patagonie 1921 : Annexe</title>
		<link>http://partage-noir.fr/patagonie-1921-annexe</link>
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		<dc:date>2019-05-12T22:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex Matin</dc:creator>


		<dc:subject>Antonio Soto</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On trouvera ci-dessous la traduction de la convention r&#233;dig&#233;e par la Soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re de Rio Gallegos exposant les conditions exig&#233;es pour mettre fin aux gr&#232;ves de la fin 1920. L'accord sign&#233; par les propri&#233;taires sous la pression du gouverneur Yza reprend, &#224; quelques d&#233;tails pr&#232;s, ce texte. C'est pour protester contre le non respect de cette convention que les travailleurs ruraux se mettront en gr&#232;ve fin 1921. Le texte, vot&#233; en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale et sign&#233; par A. Soto le 18 novembre 1920, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-patagonie-1921-greves-et-massacres-" rel="directory"&gt;Patagonie 1921, gr&#232;ves et massacres&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-antonio-soto-+" rel="tag"&gt;Antonio Soto&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton58-3af5d.png?1774693907' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On trouvera ci-dessous la traduction de la convention r&#233;dig&#233;e par la Soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re de Rio Gallegos exposant les conditions exig&#233;es pour mettre fin aux gr&#232;ves de la fin 1920. L'accord sign&#233; par les propri&#233;taires sous la pression du gouverneur Yza reprend, &#224; quelques d&#233;tails pr&#232;s, ce texte. C'est pour protester contre le non respect de cette convention que les travailleurs ruraux se mettront en gr&#232;ve fin 1921. Le texte, vot&#233; en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale et sign&#233; par A. Soto le 18 novembre 1920, est une r&#233;ponse du syndicat &#224; une proposition faite par les propri&#233;taires quelques jours auparavant. On remarquera, dans quelques passages, une phras&#233;ologie typiquement radicale, les radicaux ayant encore une certaine influence &#224; cette &#233;poque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Convention de Capital et Travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;1. Les estancieros [propri&#233;taires] s'engagent &#224; am&#233;liorer, dans les plus brefs d&#233;lais possibles impos&#233;s par les circonstances locales et r&#233;gionales, les conditions de confort et d'hygi&#232;ne de leurs travailleurs, d&#233;termin&#233;es par ce qui suit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Dans une pi&#232;ce de 4 x 4 m&#232;tres ne dormiront au maximum que trois hommes ; ils le feront dans des lits avec matelas ; les couchettes seront abolies. Les chambres seront bien ventil&#233;es et d&#233;sinfect&#233;es tous les 8 jours. Il y aura dans chaque pi&#232;ce un lavabo et de l'eau en quantit&#233; pour permettre aux travailleurs de se laver apr&#232;s le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) La lumi&#232;re sera &#224; la charge du patron, qui devra donner tous les mois &#224; chaque travailleur un paquet de bougies. Dans chaque salle de r&#233;union, il devra y avoir une po&#234;le, une lampe, et des bancs, tout ceci &#233;tant &#224; la charge du patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Le samedi apr&#232;s-midi servira exclusivement &#224; laver les v&#234;tements des peones ; exceptionnellement ceci sera effectu&#233; un autre jour de la semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) Le repas comprendra 3 plats y compris la soupe, ainsi qu'un dessert et du caf&#233;, du th&#233; ou du &#171; mat&#233; &#187; (NDT : infusion typiquement argentine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;e) Le matelas et le lit seront &#224; la charge du patron et les v&#234;tements &#224; celle de l'ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;f) En cas de vents forts ou de pluie, on ne travaillera pas, sauf dans des cas d'urgence reconnus par les deux parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;g) Une trousse de secours avec instructions en espagnol devra &#234;tre install&#233;e dans chaque estancia ou bergerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;h) Le patron s'engage &#224; conduire le travailleur licenci&#233;, ou dont il n'a plus besoin, au lieu d'&#339;il a &#233;t&#233; amen&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Les estancieros s'engagent &#224; payer &#224; leurs ouvriers un salaire minimum de 100 pesos et la nourriture ; les salaires qui d&#233;passent actuellement cette somme ne seront pas abaiss&#233;s. L'augmentation des salaires sera laiss&#233;e au libre arbitre des patrons et sera toujours en relation avec la capacit&#233; et le m&#233;rite du travailleur. Les patrons s'engagent aussi &#224; employer un aide cuisinier pour un nombre de personnes compris entre 10 et 20 ; 2 aide-cuisiniers si le nombre est compris entre 20 et 40, et en plus un boulanger s'il d&#233;passe 40.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peones mensualis&#233;s qui devront conduire un harnais en dehors de l'&#233;tablissement gagneront en sus du salaire mensuel 12 pesos par jour avec des chevaux de l'estancia ; ceux qui ne sont pas mensualis&#233;s, 20 pesos par jour en utilisant leurs propres chevaux. Les harnacheurs mensualis&#233;s toucheront 20 pesos par poulain dompt&#233; ; ceux qui ne sont pas mensualis&#233;s, 30 pesos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les estancieros s'engagent &#224; mettre dans chaque bergerie un ou plusieurs bergers selon son importance, en &#233;tablissant une inspection bihebdomadaire pour faire face aux n&#233;cessit&#233;s du ou des occupants, en donnant pr&#233;f&#233;rence pour ces postes &#224; ceux qui ont de la famille, &#224; qui on donnera des avantages selon le nombre d'enfants, en croyant de la sorte encourager l'augmentation de la population et l'agrandissement du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Les estancieros s'engagent &#224; reconna&#238;tre et reconnaissent de fait la Soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re de Rio Gallegos en tant qu'une entit&#233; repr&#233;sentative des ouvriers, et acceptent que soit d&#233;sign&#233; dans chaque estancia un d&#233;l&#233;gu&#233; qui servira d'interm&#233;diaire dans les relations entre les patrons et la Soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re et qui sera autoris&#233; &#224; r&#233;soudre provisoirement les questions d'urgence affectant les droits et les devoirs de l'ouvrier ainsi que ceux des patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Les estancieros t&#226;cheront, dans la mesure du possible, que tous leurs ouvriers soient f&#233;d&#233;r&#233;s, mais ils se compromettent &#224; ne pas les obliger &#224; se f&#233;d&#233;rer et &#224; ne pas embaucher uniquement du personnel f&#233;d&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. La Soci&#233;t&#233; s'engage &#224; son tour &#224; lever la gr&#232;ve actuelle, les travailleurs retournant &#224; leurs occupations respectives imm&#233;diatement apr&#232;s la signature de cette convention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. La Soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re s'engage &#224; adopter les r&#232;glements et instructions que ses membres devront suivre pour tendre &#224; une meilleure harmonie du capital et du travail, bases fondamentales de la soci&#233;t&#233; actuelle, en inculquant au moyen de brochures, conf&#233;rences et conversations les id&#233;es d'ordre, de go&#251;t pour le travail, et de respect mutuel que personne ne doit oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Cette convention sera appliqu&#233;e &#224; partir du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; novembre ; tout le personnel sera r&#233;int&#233;gr&#233; et les avoirs des jours de gr&#232;ve seront pay&#233;s, sans repr&#233;sailles d'un c&#244;t&#233; comme de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La convention &#233;tait accompagn&#233;e d'un appel, intitul&#233; Au monde civilis&#233; dont nous traduisons quelques extraits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans les campagnes a &#233;t&#233; d&#233;cr&#233;t&#233;e, elle sera totale et absolue ; &#224; partir de cette date, il ne sera effectu&#233; plus aucun travail (...) d'exploitation de l'&#233;levage, unique source de revenus du territoire. (...). Les travailleurs des villes sont fermement d&#233;cid&#233;s &#224; aider avec toute leur &#233;nergie leurs compagnons des campagnes. (...) Les estancieros sont en train de d&#233;montrer la plus crasseuse ignorance ou la m&#233;chancet&#233; la plus raffin&#233;e, ainsi qu'une carence absolue de sentiments d'humanit&#233; et d'altruisme, d'id&#233;es de justice et d'&#233;quit&#233;, en continuant de traiter brutalement leurs ouvriers salari&#233;s (...) en les confondant avec les hommes de la gl&#232;be et de l'esclavage, et en les transformant en de nouveaux produits de march&#233;s r&#233;pugnants, o&#249; la cotisation de l'homme ne suffit pas &#224; celle du mulet, du mouton, et du cheval (...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) TRAVAILLEURS : Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons montrer notre in&#233;branlable volont&#233; d'&#234;tre dignes (...) en unissant toutes nos forces (...) et d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s, dans la soci&#233;t&#233; moderne, comme les plus efficients facteurs du progr&#232;s et de la civilisation. (...). Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons montrer notre culture et notre &#233;ducation (...) en laissant de c&#244;t&#233; les violences (...) sans user ou abuser de la force que celle-ci soit le dernier sympt&#244;me du manque de conscience des patrons (...) qui recourent imm&#233;diatement, lorsqu'ils sont l'objet d'une juste demande des ouvriers, aux ba&#239;onnettes, fusils, et uniformes (...). Opposons &#224; la force de leurs armes la force de nos raisonnements, la clart&#233; de nos proc&#233;d&#233;s, l'honn&#234;tet&#233; de nos actions, et le triomphe sera n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commission&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Patagonie 1921 : Epilogues</title>
		<link>http://partage-noir.fr/patagonie-1921-epilogues</link>
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		<dc:date>2019-05-11T22:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex Matin</dc:creator>


		<dc:subject>Kurt Gustav Wilckens</dc:subject>
		<dc:subject>FORA </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'arm&#233;e ayant termin&#233; sa mission, le gouverneur de Santa Cruz, A. Yza, rentre &#224; Rio Gallegos en janvier 1922. En effet, pendant toute la p&#233;riode des massacres, il &#233;tait rest&#233; &#224; Buenos Aires, montrant ainsi la volont&#233; &#233;vidente du gouvernement de d&#233;marquer le pouvoir politique de la r&#233;pression, l'arm&#233;e ayant eu les mains libres. Mais est dupe qui le veut. En octobre 1921, juste avant son d&#233;part vers la Patagonie, le lieutenant colonel Varela avait eu un entretien avec le pr&#233;sident Hipolito (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton57-97c83.png?1774714711' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'arm&#233;e ayant termin&#233; sa mission, le gouverneur de Santa Cruz, A. Yza, rentre &#224; Rio Gallegos en janvier 1922. En effet, pendant toute la p&#233;riode des massacres, il &#233;tait rest&#233; &#224; Buenos Aires, montrant ainsi la volont&#233; &#233;vidente du gouvernement de d&#233;marquer le pouvoir politique de la r&#233;pression, l'arm&#233;e ayant eu les mains libres. Mais est dupe qui le veut. En octobre 1921, juste avant son d&#233;part vers la Patagonie, le lieutenant colonel Varela avait eu un entretien avec le pr&#233;sident Hipolito Yrigoyen. Radical de longue date et homme de confiance du pr&#233;sident, Varela n'a pas agit de sa propre initiative en vue d'objectifs politiques ; il avait des consignes pr&#233;cises &#233;manant de Buenos Aires, comme ses actions sur place tendent &#224; le sugg&#233;rer. Alors peu importe que les directives proviennent du ministre des Arm&#233;es ou directement d'Yrigoyen : le fait essentiel est que les massacres avaient &#233;t&#233; planifi&#233;s d&#232;s le d&#233;part. Car il ne s'agissait pas d'en terminer avec d'&#233;ventuelles violences ; &#224; cet &#233;gard, le mouvement &#233;tait bien plus pacifique (et &#233;galement plus disciplin&#233; et plus puissant) que les gr&#232;ves de 1920. Il ne s'agissait pas non plus d'en finir avec les gr&#232;ves de la fin de l'ann&#233;e 1921 stricto sensu. Il s'agissait de mettre fin &#224; la d&#233;sob&#233;issance civile qui g&#234;nait aussi bien les propri&#233;taires que les autorit&#233;s, et surtout d'&#233;viter que ce type de situation se reproduise dans le futur. Ceci est mis en &#233;vidence par le type m&#234;me de r&#233;pression : ex&#233;cutions syst&#233;matiques des meneurs (anarchistes, syndiqu&#233;s), terrorisation des autres ouvriers (personnes fusill&#233;es au hasard).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste encore &#224; voir comment ces massacres ont pu se produire, dans une indiff&#233;rence relative. En premier lieu il convient de retenir la situation g&#233;ographique de Santa Cruz &#224; l'extr&#234;me sud de l'Argentine, ce territoire, faiblement peupl&#233;, est loin des centres habit&#233;s. La communication avec le reste du pays se faisait gr&#226;ce au t&#233;l&#233;graphe et par voie maritime. Or les gr&#233;vistes avaient &#233;t&#233; coup&#233;s des villes c&#244;ti&#232;res, sous le contr&#244;le de l'arm&#233;e ; en ce qui concerne le t&#233;l&#233;graphe, la situation &#233;tait similaire. Du reste, les gr&#233;vistes n'avaient pratiquement aucun moyen de communiquer entre eux, except&#233; &#224; cheval ou en voiture, moyen peu efficace quand les distances &#224; couvrir se comptent en centaines de kilom&#232;tres. En second lieu, bien &#233;videmment, le black-out impos&#233; par Varela : les faux communiqu&#233;s qu'il transmettait &#224; Buenos Aires alimentaient l'intoxication de la presse ; et il n'appartenait pas aux propri&#233;taires, seuls t&#233;moins pouvant circuler plus ou moins librement, de s'insurger des massacres qu'ils avaient eux-m&#234;mes provoqu&#233;s et encourag&#233;s. Enfin, une autre raison qui permit que ces massacres aient pu avoir lieu presque sans r&#233;action, c'est l'&#233;tat du mouvement ouvrier pendant cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la plus importante centrale syndicale, la FORA du IX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s, dite &#171; FORA syndicaliste &#187; avait pris, avec la d&#233;mocratisation de l'appareil d'&#201;tat, une tournure tr&#232;s r&#233;formiste, et certains de ses dirigeants &#233;taient proches des radicaux. Les personnes que la direction avait envoy&#233; &#224; Santa Cruz pour casser la F&#233;d&#233;ration locale sont rest&#233;s clo&#238;tr&#233;es, totalement muettes, &#224; Rio Gallegos pendant toute la dur&#233;e de la r&#233;pression. Alors que la F&#233;d&#233;ration locale de Rio Gallegos &#233;tait adh&#233;rente &#224; la FORA syndicaliste (m&#234;me si depuis le congr&#232;s de janvier 1921 elle ne payait plus sa cotisation et avait amorc&#233; un rapprochement avec la FORA anarchiste), la centrale ne fera rien pour venir en aide aux militants f&#233;d&#233;r&#233;s. Elle observa un silence prudent pendant la dur&#233;e des massacres. Pourtant, c'&#233;tait la seule organisation qui disposait d'assez bonnes informations en temps r&#233;el en effet tous les syndicats du sud du pays appartenaient &#224; la FORA syndicaliste, ainsi que la F&#233;d&#233;ration ouvri&#232;re maritime, qui aurait pu emp&#234;cher le transport des troupes. Mais la FORA syndicaliste avait sans doute d'autres probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre : elle pr&#233;parait en effet une recomposition du mouvement syndical (un congr&#232;s de fusion d&#233;bouchera en mars 1922 sur la cr&#233;ation de l'USA - Union Sindical Argentina). Et sans m&#234;me tenir compte des pressions du gouvernement, la FORA syndicaliste ne voyait sans doute pas d'un mauvais &#339;il strat&#233;gique la disparition de syndicats contr&#244;l&#233;s par des anarchistes. Il n'est donc pas exag&#233;r&#233; de dire qu'elle a couvert les massacres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restent alors les anarchistes. D&#232;s septembre 1921, le principal quotidien anarchiste, &lt;i&gt;La Protesta&lt;/i&gt;, avertit sur les dangers d'une &#233;ventuelle r&#233;pression. Et ce quotidien lancera tous les jours des cris de d&#233;sespoir pendant les massacres, dont il n'a malgr&#233; tout que tr&#232;s peu d'informations. Le 25 novembre, la FORA anarchiste lance un appel &#224; toutes les organisations ouvri&#232;res afin de se mobiliser pour d&#233;fendre les gr&#233;vistes de Santa Cruz. La FORA du V&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s, dite anarchiste, est d&#233;j&#224; rentr&#233;e, fin 1921, dans sa p&#233;riode de d&#233;clin (elle a perdu des plumes pendant la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de juin 1921, o&#249; elle s'est vue l&#226;ch&#233;e par la FORA syndicaliste qui avait ordonn&#233; de reprendre le travail alors m&#234;me que les gr&#232;ves s'&#233;tendaient) mais elle reste encore puissante. Son appel ne re&#231;oit, on s'en doute, aucune r&#233;ponse. Mais m&#234;me en son sein, la mobilisation est peu importante. D'ailleurs, courant d&#233;cembre, &lt;i&gt;La Protesta&lt;/i&gt; publie quotidiennement dans ses colonnes des articles d&#233;non&#231;ant la couardise du prol&#233;tariat argentin, incapable de se mobiliser. Ceci laisse entrevoir l'indiff&#233;rence des travailleurs par rapport &#224; ces massacres en terres lointaines. Mais ils &#233;taient tout de m&#234;me loin de s'imaginer ce qui se passait r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il &#233;tait effectivement tr&#232;s difficile de savoir quelle &#233;tait la situation &#224; Santa Cruz. C'est pourquoi la FORA anarchiste envoya des d&#233;l&#233;gu&#233;s pour enqu&#234;ter sur place. Un d'entre eux, Gonzalez Diez, qui s'occupait &#224; Rio Gallegos de rassembler des renseignements sur les &#233;v&#233;nements des campagnes fut fusill&#233; par l'arm&#233;e &#224; la mi-d&#233;cembre. D'autres eurent plus de chance : ils furent expuls&#233;s vers Buenos Aires, sort r&#233;serv&#233; &#224; tout citadin suspect&#233; &#171; d'agitation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il &#233;tait impossible d'obtenir des informations pendant la r&#233;pression, il n'en va plus de m&#234;me apr&#232;s les &#233;v&#233;nements. Les anarchistes sont les premiers &#224; sortir au grand jour, d&#232;s janvier 1922, les massacres commis par Varela et ses troupes, en s'appuyant sur de nombreux t&#233;moignages de rescap&#233;s. Le quotidien anarchiste de Buenos Aires &lt;i&gt;La Antorcha&lt;/i&gt; publie une brochure rassemblant ces t&#233;moignages ; le chiffre de 1 500 morts est avanc&#233; pour la premi&#232;re fois. La FORA anarchiste tire des tracts et organise des meetings (il restait encore 180 gr&#233;vistes emprisonn&#233;s &#224; Rio Gallegos ; ils seront effectivement lib&#233;r&#233;s en avril 1922). La FORA syndicaliste lui embo&#238;te mollement le pas (tout comme elle ne se pr&#233;occupera gu&#232;re de reconstruire la F&#233;d&#233;ration locale de Santa Cruz). Puis c'est toute la presse qui en parle. Il devient &#233;vident pour tout le monde que quelque chose s'est pass&#233; en Patagonie, m&#234;me si on n'arrive pas &#224; &#233;valuer l'ampleur des ex&#233;cutions. D&#233;but f&#233;vrier 1922, &#224; quelques mois des &#233;lections pr&#233;sidentielles, les 8 d&#233;put&#233;s du parti socialiste font &#233;clater l'affaire &#224; la Chambre des d&#233;put&#233;s : apr&#232;s avoir fort bien r&#233;sum&#233; la situation, ils demandent la cr&#233;ation d'une commission d'enqu&#234;te parlementaire. Sous l'&#339;il amus&#233; de l'opposition conservatrice, ils se la voient refuser par la majorit&#233; radicale. Mais les radicaux sont visiblement g&#234;n&#233;s ; quant au gouvernement, il reste silencieux. Varela, rentr&#233; &#224; Buenos Aires, est l&#226;ch&#233; par le r&#233;sident, qui refuse de le recevoir : le fusible a saut&#233;. Il s'agit alors de mettre le gouvernement &#224; l'abri en faisant peser sur Varela les soup&#231;ons quant &#224; d'&#233;ventuels massacres. Cependant, le lieutenant-colonel ne sera jamais accus&#233; de quoi que ce soit ; on ne l'oblige pas &#224; passer &#224; la retraite. Petit &#224; petit, le sujet passe de mode. Fin 1922, le radical Alvear, dauphin d'Yrigoyen, est &#233;lu Pr&#233;sident de la Nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de Patagonie pr&#233;sentent, par certains c&#244;t&#233;s, un caract&#232;re d'exemplarit&#233;. Il n'y a effectivement rien de surprenant dans les agissements des propri&#233;taires. Voulant &#234;tre les seuls ma&#238;tres &#224; bord, hostiles au syndicat, refusant la moindre augmentation &#224; leurs employ&#233;s, ils font pression sur les autorit&#233;s pour obtenir la fin du conflit, c'est-&#224;-dire pour la r&#233;pression. Le jeu politique est &#233;galement classique. Quand le gouverneur conservateur est encore au pouvoir, les radicaux appuient fortement la F&#233;d&#233;ration locale. Ensuite arrive le gouverneur radical A. Yza. Au changement d'hommes correspond un changement de politique : la police, qui &#233;tait aux bottes des propri&#233;taires, est totalement r&#233;organis&#233;e ; les latifundistes sont oblig&#233;s de signer un accord. Mais les travailleurs ruraux veulent voir leurs revendications satisfaites, et un nouveau mouvement, puissant, est lanc&#233; en octobre 1921. C'en est trop pour le gouvernement ; car d'une part, nous l'avons dit, il est soumis aux pressions des propri&#233;taires. De l'autre, l'&#201;tat ne peut accepter que l'ordre, l'autorit&#233; qu'il exerce, soit bafou&#233; ; et &#224; plus long terme, les gr&#232;ves, ainsi que l'existence d'un mouvement syndical revendicatif et anarchiste, allaient &#224; l'encontre des projets de d&#233;veloppement qu'il avait pour la Patagonie, territoire qui somme toute n'&#233;tait sous son contr&#244;le que depuis une trentaine d'ann&#233;es. La r&#233;pression est alors d&#233;cid&#233;e ; et cette fois, les syndicats de Santa Cruz vont se retrouver seuls face &#224; des militaires bien d&#233;cid&#233;s &#224; remplir les ordres. Ils n'avaient alors presque aucune chance. Les gr&#233;vistes n'avaient ni l'envie, ni encore moins les moyens de se battre. Sinon, comment comprendre qu'&#224; l'estancia La Anita, plusieurs centaines de gr&#233;vistes discutent toute la nuit en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, pour prendre une d&#233;cision collective, alors m&#234;me qu'ils savent qu'une colonne de soldats disciplin&#233;s campe &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien que la th&#233;orie du balancier de Hipolito Yrigoyen (donner une fois raison aux uns, une autre fois aux autres) &#233;tait vici&#233;e d&#232;s le d&#233;part. Ceci avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; prouv&#233; pendant la &#171; Semaine tragique &#187; d&#233;but 1919, une gr&#232;ve &#233;clate dans la plus grande usine de m&#233;tallurgie de Buenos Aires. La police intervient et 4 gr&#233;vistes sont tu&#233;s. Une imposante gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de solidarit&#233; paralyse une grande partie du pays et surtout la r&#233;gion de Buenos Aires. Les ouvriers pillent des armureries pour faire face aux provocations de la Ligue patriotique. De son c&#244;t&#233;, le gouvernement organise une r&#233;pression f&#233;roce. 600 ouvriers seront tu&#233;s, d'autres d&#233;port&#233;s. Mais le gouvernement veillera &#224; ce que toutes les revendications des ouvriers de l'entreprise de m&#233;tallurgie soient satisfaites... Les peones des steppes de Patagonie n'ont m&#234;me pas eu cette chance au contraire, leurs salaires sont baiss&#233;s d'un tiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'histoire ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Le 27 janvier 1923, comme tous les matins, le lieutenant-colonel Varela sort de chez lui. Ce jour-ci, un homme l'attend, une bombe &#224; la main. Kurt Wilckens, jeune anarchiste de tendance tolsto&#239;enne, lance sa bombe presque &#224; &#233;gale distance entre lui et Varela. Le lieutenant-colonel est ensuite achev&#233; de 6 coups de revolver. Bless&#233; par les &#233;clats de la bombe, Kurt Wilckens ne peut s'enfuir ; il est arr&#234;t&#233; par 2 policiers, &#224; qui il dira : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'ai veng&#233; mes fr&#232;res&lt;/q&gt;. Six mois plus tard, le 16 juin, Wilckens est assassin&#233; en prison par un gardien agissant probablement pour le compte de la Ligue patriotique. Aussit&#244;t, la FORA (anarchiste) et l'USA (qui a succ&#233;d&#233; &#224; la FORA syndicaliste) lancent un appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. La gr&#232;ve est massivement suivie ; ce sera d'ailleurs le mouvement de plus d'ampleur des ann&#233;es 1922-1923. L'USA appelle d&#232;s le 19 juin &#224; reprendre le travail. Qualifiant l'USA de tra&#238;tre, la FORA est oblig&#233;e &#224; son tour de terminer la gr&#232;ve le 21 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi, il appara&#238;t que les &#233;v&#233;nements de Santa Cruz &#233;taient connus des gens. Ceci n'est que partiellement vrai. De son c&#244;t&#233;, l'arm&#233;e n'est bien &#233;videmment jamais intervenue pour r&#233;tablir les faits. Mais elle ne s'est pas non plus mise en avant pour d&#233;fendre Varela ; on comprend que les m&#233;thodes utilis&#233;es par ce dernier puissent porter atteinte &#224; son honneur. En fait, la p&#233;riode des massacres constituait plut&#244;t une sorte de tabou. Seul le capitaine Anaya, devenu par la suite g&#233;n&#233;ral, d&#233;fend sans vergogne le r&#244;le jou&#233; par l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier livre sur ces massacres est paru en 1928 : &lt;i&gt;La Patagonia Tragica &lt;/i&gt; a &#233;t&#233; &#233;crit par Jos&#233;-Maria Borrero. Avocat radical de Rio Gallegos pendant les &#233;v&#233;nements, qui lors des premi&#232;res gr&#232;ves de 1920 r&#233;digeait les tracts pour la F&#233;d&#233;ration locale, son livre est plus un r&#232;glement de comptes qu'une &#233;tude historique. Il cherche &#224; disculper Yrigoyen et l'arm&#233;e, en d&#233;signant comme seuls responsables des massacres les propri&#233;taires. Son livre contient n&#233;anmoins quelques documents iconographiques int&#233;ressants. Tir&#233; &#224; 10 000 exemplaires, La Patagonia Tragica a disparu assez vite des librairies. On dit que tout le tirage avait &#233;t&#233; rachet&#233; par les Braun et les Menendez-Behety. A la fin de cet ouvrage, un deuxi&#232;me tome, intitul&#233; Orgies de sang &#233;tait annonc&#233;. Ce deuxi&#232;me tome ne para&#238;tra jamais. Borrero est mort en 1931 ; ses manuscrits n'ont pas &#233;t&#233; retrouv&#233;s. Il se peut qu'ils aient &#233;t&#233; vol&#233;s par des hommes travaillant pour les Braun et les Menendez-Behety. Dans les ann&#233;es qui suivirent, presque aucun livre n'est paru sur ce sujet, en tout cas aucune &#233;tude historique. Antonio Soto s'&#233;tait &#233;chapp&#233; au Chili en 1921, et apr&#232;s quelques mois de planque, il y reprit une vie normale, &#224; Punta Arenas. Il a lui aussi &#233;crit ses m&#233;moires, mais les manuscrits br&#251;l&#232;rent lors d'un incendie qui ravagea sa maison, et il n'eut pas le courage de les r&#233;&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu attendre la fin des ann&#233;es soixante pour qu'un journaliste et essayiste, Osvaldo Bayer, s'attaque au sujet. Retrouvant, presque 50 ans apr&#232;s les faits, des protagonistes des &#233;v&#233;nements, recueillant des dizaines de t&#233;moignages, consultant toutes sortes d'archives, Bayer publie divers articles dans des revues d'histoire. Ses recherches culminent avec son &#339;uvre en 4 tomes &lt;i&gt;Les vengeurs de la Patagonie tragique&lt;/i&gt;, &#233;tude historique, quoique l&#233;g&#232;rement romanc&#233;e, que nous avons largement utilis&#233;e pour la r&#233;daction de cette brochure (&lt;i&gt;Los vengadores de la Patagonia Tr&#224;gica, Editorial Galerna&lt;/i&gt;, Buenos Aires, 1972 &#224; 1974). 0. Bayer a &#233;crit, entre autres Les anarchistes expropriateurs, &lt;i&gt;Radowitzky : martyr ou assassin ?,&lt;/i&gt; ainsi qu'un essai sur l'influence de l'immigration italienne sur le mouvement libertaire argentin. Il a &#233;galement r&#233;dig&#233; le sc&#233;nario du film &#224; grand spectacle &lt;i&gt;La Patagonia rebelde&lt;/i&gt; (la Patagonie rebelle) qui retrace ces &#233;v&#233;nements. Plus r&#233;cemment, d'autres &#233;tudes d'historiens argentins sont parues sur ce sujet, &#233;videmment en espagnol. Car &#224; notre connaissance, rien en fran&#231;ais n'a &#233;t&#233; publi&#233;. C'est d&#233;sormais chose faite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Patagonie 1921 : Marches fun&#232;bres</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex Matin</dc:creator>


		<dc:subject>Antonio Soto</dc:subject>
		<dc:subject>FORA </dc:subject>

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&lt;p&gt;Les latifundistes et autres propri&#233;taires regroup&#233;s au sein de la Sociedad Rural de Rio Gallegos se sentent brim&#233;s. Non seulement ils ont d&#251; signer un accord r&#233;dig&#233; par la Sociedad Obrera, mais de plus, malgr&#233; leur insistance, aucune poursuite judiciaire n'est engag&#233;e contre les gr&#233;vistes ayant particip&#233; aux &#171; r&#233;quisitions &#187;. Il arrive m&#234;me qu'un navire ne puisse partir, les machinistes du bateau refusant de travailler sous pr&#233;texte qu'est embarqu&#233; un propri&#233;taire qui s'&#233;tait mal comport&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-patagonie-1921-greves-et-massacres-" rel="directory"&gt;Patagonie 1921, gr&#232;ves et massacres&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-antonio-soto-+" rel="tag"&gt;Antonio Soto&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton54-1e03f.png?1774693907' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les latifundistes et autres propri&#233;taires regroup&#233;s au sein de la Sociedad Rural de Rio Gallegos se sentent brim&#233;s. Non seulement ils ont d&#251; signer un accord r&#233;dig&#233; par la Sociedad Obrera, mais de plus, malgr&#233; leur insistance, aucune poursuite judiciaire n'est engag&#233;e contre les gr&#233;vistes ayant particip&#233; aux &#171; r&#233;quisitions &#187;. Il arrive m&#234;me qu'un navire ne puisse partir, les machinistes du bateau refusant de travailler sous pr&#233;texte qu'est embarqu&#233; un propri&#233;taire qui s'&#233;tait mal comport&#233; avec les ouvriers ruraux ; ou alors qu'un commer&#231;ant boycott&#233; par la F&#233;d&#233;ration locale ne puisse se faire couper les cheveux, tous les coiffeurs de Rio Gallegos appliquant jusqu'au bout le boycott sur sa personne. Quelques semaines plus tard, lorsque les quelques commer&#231;ants boycott&#233;s par le syndicat depuis des mois capituleront (c'est-&#224;-dire qu'ils doivent reprendre le personnel licenci&#233; et lui payer les salaires correspondant &#224; la p&#233;riode de licenciement), les anarchistes de la F&#233;d&#233;ration locale iront jusqu'&#224; exiger que ces commer&#231;ants payent les frais que le syndicat a d&#233;bours&#233; pour mener la campagne du boycott !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le vent va vite tourner. Au d&#233;but f&#233;vrier 1921 se d&#233;roule &#224; Buenos Aires le XI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s de la FORA syndicaliste. Antonio Soto est le d&#233;l&#233;gu&#233; des 768 affili&#233;s cotisant &#224; la Soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re de Rio Gallegos (un autre d&#233;l&#233;gu&#233; repr&#233;sente les sections locales des autres villes de Santa Cruz &#8211; Puerto Deseado, San Julian, Puerto Santa Cruz &#8211; en tout quelques 700 affili&#233;s). Il critique l'inaction des instances nationales de la FORA lors des r&#233;centes gr&#232;ves et tire la sonnette d'alarme pour les mois &#224; venir en appelant &#224; la vigilance. Il ne sera pas &#233;cout&#233;. Certes, la FORA syndicaliste avait d'autres probl&#232;mes sur les bras. Mais elle voit d'un tr&#232;s mauvais &#339;il le d&#233;veloppement de syndicats revendicatifs impuls&#233;s par les anarchistes, et le secr&#233;tariat national, au lieu de tout mettre en &#339;uvre pour aider de les travailleurs du grand Sud va man&#339;uvrer pour casser leur mouvement. Ainsi, des &#171; d&#233;l&#233;gu&#233;s &#187; du secr&#233;tariat sont envoy&#233;s &#224; Santa Cruz en tant qu'observateurs (une de ces personnes s'av&#233;rera &#234;tre un indicateur de police). En fait, avec la complicit&#233; des propri&#233;taires de la Sociedad Rural, ils vont tenter de d&#233;velopper des &#171; syndicats autonomes &#187; afin de contrer la F&#233;d&#233;ration locale tenue par les anarchistes. De sorte, ils se livreront &#224; une v&#233;ritable action de calomnie et de sabotage. Mais ces envoy&#233;s n'obtiendront aucun succ&#232;s : forte de l'exp&#233;rience acquise lors des derni&#232;res gr&#232;ves, la F&#233;d&#233;ration locale de Rio Gallegos, ainsi que celles du nord du territoire de Santa Cruz, se d&#233;veloppent &#233;norm&#233;ment au cours de la premi&#232;re moiti&#233; de l'ann&#233;e. Les actions ne sont pas toujours couronn&#233;es de succ&#232;s. Ainsi une gr&#232;ve qui &#233;clate fin mars 1921 dans les frigorifiques d'une compagnie am&#233;ricaine (la c&#233;l&#232;bre Swift Co.) &#233;choue face &#224; la pression des patrons, qui cr&#233;ent un syndicat &#171; autonome &#187; jaune, et &#224; l'intervention du gouverneur Yza, qui donne de cette fa&#231;on des garanties &#224; la Sociedad Rural. Parall&#232;lement, les latifundistes, qui disposent de maintes relations &#224; Buenos Aires, font mener une campagne de presse sur l'ins&#233;curit&#233; qui r&#233;gnerait en Patagonie, assimilant les anciens gr&#233;vistes &#224; des bandits (&#171; El Toscano &#187; avec une dizaine d'hommes continuait &#233;pisodiquement &#224; piller des estancias ; ces actes &#233;taient condamn&#233;s par la F&#233;d&#233;ration locale de Rio Gallegos).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1921, alors que l'hiver commence (dans l'h&#233;misph&#232;re sud, les saisons sont invers&#233;es), le gouverneur A. Yza part de mani&#232;re inexpliqu&#233;e &#224; Buenos Aires (il y restera six mois), laissant en charge son second. En juillet, la F&#233;d&#233;ration locale re&#231;oit un grand nombre de plaintes &#233;manant des campagnes : il semble que les propri&#233;taires se sont concert&#233;s pour ne pas appliquer la convention qu'ils avaient pourtant sign&#233;e 6 mois auparavant. La Soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re de Rio Gallegos va bien &#233;videmment laisser entendre son m&#233;contentement ; ce sera le d&#233;but d'un long bras de fer qui culminera quelques mois plus tard avec les massacres de centaines de travailleurs et l'&#233;limination totale, dans le sud de la Patagonie, de toute trace d'anarchisme et de syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hors-d'&#339;uvre commence le 9 juillet, jour de f&#234;te nationale comm&#233;morant l'ind&#233;pendance du pays (obtenue le 9 juillet 1816). A Rio Gallegos, dans un salon de la ville, un banquet r&#233;unit les notables de la r&#233;gion (patronat, avocats et hauts fonctionnaires). Or parmi eux se trouve un des rares commer&#231;ants toujours boycott&#233;s par les syndicats. Les cuisiniers et les serveurs refusent alors de commencer le service &#224; moins que la personne incrimin&#233;e s'en aille, ce qui est refus&#233;. Eh bien r&#233;pond Antonio Paris, secr&#233;taire syndical de l'&#233;tablissement et de surcro&#238;t anarchiste, le banquet n'aura pas lieu ! Le lendemain, presque tous les journaux montrent leur indignation contre cet acte antipatriotique (n'oublions pas que la plupart des salari&#233;s &#233;taient des immigr&#233;s de premi&#232;re g&#233;n&#233;ration). Les radicaux font aussi bloc pour le condamner ; la section locale de la Ligue patriotique argentine (extr&#234;me droite nationaliste) se renforce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Visiblement, la tension commence &#224; monter. Fin juillet Correa Falcon, qui est toujours pr&#233;sident de la Sociedad Rural de Santa Cruz, part &#224; Buenos Aires afin de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires. Il demande l'envoi permanent de troupes, s'entretient avec des conseillers du pr&#233;sident Yrigoyen, ainsi qu'avec des g&#233;n&#233;raux de l'arm&#233;e. Il intensifie la campagne d'intoxication dans la presse en parlant de, la &#171; situation catastrophique &#187; de Santa Cruz. Parall&#232;lement, les patrons de toute la Patagonie (Santa Cruz, Chubut, Terre de Feu) s'unissent dans une seule organisation. Enfin, le 14 septembre 1921, Mauriclo Braun et Carlos Menendez-Behety, les deux hommes les plus puissants de la Patagonie sont re&#231;us personnellement par Yrigoyen, qui ordonne l'envoi imm&#233;diat de renforts &#224; Santa Cruz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats en Patagonie s'activent eux aussi. Le 15 septembre, Antonio Soto d&#233;missionne de son poste de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la F&#233;d&#233;ration locale (c'est Paris qui est &#233;lu &#224; sa place). A bord d'une voiture, il part, avec 7 compagnons, entreprendre une tourn&#233;e des haciendas pour faire le point et mobiliser les travailleurs. Des meetings, des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales sont organis&#233;s ; des centaines et des centaines de &#171; peones &#187; et d'ouvriers adh&#232;rent au syndicat. Il est d&#233;cid&#233; de lancer des gr&#232;ves uniquement dans les haciendas qui refusent d'appliquer la convention sign&#233;e au d&#233;but de l'ann&#233;e. Le mouvement d&#233;bute le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la (petite ?) histoire, ajoutons qu'&#224; Buenos Aires, le Congr&#232;s (Chambre des d&#233;put&#233;s et S&#233;nat), &#224; majorit&#233; radicale, vote le m&#234;me jour (1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; octobre) l'abolition de la peine de mort. Et que le 8 octobre, &#171; El Toscano &#187; et ses hommes sont captur&#233;s par... des travailleurs f&#233;d&#233;r&#233;s, qui les livrent &#224; la police. Cet acte sera ensuite critiqu&#233;, mais il en dit long sur le degr&#233; de &#171; banditisme &#187; des gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police, qui &#233;tait rest&#233;e &#171; neutre &#187; depuis l'arriv&#233;e d'Yza, r&#233;agit violemment d&#232;s le d&#233;but du mouvement. A Rio Gallegos, le local du syndicat est pris d'assaut ; 15 militants, pour la plupart des responsables du secr&#233;tariat (et notamment A. Paris) sont emprisonn&#233;s ; les locaux sont ferm&#233;s, le petit journal de la F&#233;d&#233;ration locale, Primero de Mayo (Premier Mai) est interdit. A Puerto Pietdo, &#224; San Julian, &#224; Puerto Santa Cruz, le sc&#233;nario est le m&#234;me. Les leaders syndicaux, les anarchistes, sont emprisonn&#233;s et souvent envoy&#233;s de force &#224; Buenos Aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin octobre, une commission de gr&#232;ve se forme et &#233;dite clandestinement deux tracts appelant &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et &#224; l'occupation des estancias. Tr&#232;s vite, le mouvement s'&#233;tend &#224; tout le territoire ; il ne s'agit plus seulement de demander l'application de la convention mais &#233;galement d'exiger la lib&#233;ration des prisonniers et le retour des d&#233;port&#233;s. A l'estancia Bella Vista, appartenant aux Braun et un des centres du mouvement, flottent des drapeaux rouges et noirs. Les gr&#232;ves sont men&#233;es de mani&#232;re pacifique : il ne s'agit pas d'un mouvement &#171; subversif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s ne l'entendent pas de cette mani&#232;re. Trois &#233;missaires, envoy&#233;s par les gr&#233;vistes &#224; Rio Gallegos pour n&#233;gocier (pour Soto, il &#233;tait vital de garder un contact avec les ports c&#244;tiers) sont imm&#233;diatement emprisonn&#233;s. D&#233;but novembre, Yrigoyen renvoit Varela et ses hommes &#224; Santa Cruz ; apr&#232;s 6 jours de voyage, ils accostent pr&#232;s de Rio Gallegos le 9 novembre. Le lieutenant colonel Varela (qui avait &#233;t&#233; d&#233;cri&#233; comme laxiste par les propri&#233;taires lors des gr&#232;ves de 1920) n'a aucun ordre &#233;crit &#233;manant du gouvernement. Mais son intention est claire &#224; peine d&#233;barqu&#233; il estime que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la situation est gravissime (...) des hommes en armes s'&#233;tant lev&#233;s contre la Patrie, mena&#231;ant la stabilit&#233; des autorit&#233;s&lt;/q&gt;. Venant de lire un rapport (&#233;quilibr&#233;) du gouverneur en second C. Pandolfi, et connaissant de plus le contexte par son exp&#233;dition ant&#233;rieure, il ne pouvait ignorer que dans le pire des cas, les gr&#233;vistes ne disposeraient que de quelques vieilles carabines de chasse. Pourtant sa position officielle (que l'on retrouve en lisant les rapports fantaisistes qu'il enverra &#224; ses sup&#233;rieurs hi&#233;rarchiques) indique qu'il s'agit d'une guerre, soutenue par l'arm&#233;e chilienne. En fait, cette derni&#232;re collaborera avec l'arm&#233;e argentine lorsque viendra l'heure de pourchasser les gr&#233;vistes, notamment en fermant la fronti&#232;re aux fugitifs tout en laissant passer les troupes de Varela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 novembre, les soldats se mettent en route vers l'int&#233;rieur et le nord du territoire. Les gr&#233;vistes avaient mis &#224; profit l'enseignement des premi&#232;res gr&#232;ves fin 1920. Mieux encadr&#233;s par des travailleurs f&#233;d&#233;r&#233;s, beaucoup plus nombreux et plus exp&#233;riment&#233;s que lors des pr&#233;c&#233;dents mouvements &#8211; ce qui emp&#234;chera l'apparition de leaders comme l'avaient &#233;t&#233; &#171; El Toscano &#187; ou &#171; El 68 &#187; &#8211;, les gr&#233;vistes agissent en plusieurs &#233;tapes. Lorsqu'une estancia se met en gr&#232;ve, elle est imm&#233;diatement occup&#233;e ; certains employ&#233;s restent sur place, d'autres se dirigent vers les estancias voisines. Ainsi se forment, dans chaque r&#233;gion, des gros groupes de gr&#233;vistes, qui s'installent dans une estancia donn&#233;e. Cette estancia devient de la sorte la base des gr&#233;vistes de la r&#233;gion ; c'est l&#224; que se tiennent les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales o&#249; les d&#233;cisions sont prises collectivement. En g&#233;n&#233;ral, bien s&#251;r, ce sont les militants syndiqu&#233;s qui parlent, souvent des anarchistes originaires des villes c&#244;ti&#232;res. Mais les ouvriers ruraux, et particuli&#232;rement les peones chiliens analphab&#232;tes vont &#233;galement prendre la parole, surtout lorsque viendra l'heure de prendre des d&#233;cisions graves. Les principaux groupes sont bas&#233;s &#224; l'ouest de Rio Gallegos (vers Punta Alta et Fuentes del Coyle), plus au nord pr&#232;s du lac Argentino (l&#224; se trouve A. Soto), &#224; Paso Ibaez (&#224; deux pas de Puerto Santa Cruz), &#224; l'estancia Bella Vista au centre du territoire (Ca&#241;adon L&#233;on), et dans la zone de Puerto Deseado au nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propri&#233;taires et les administrateurs (quand ils ne se sont pas enfuis) sont dans la plupart des cas pris en otage ; mais, comme ils en t&#233;moigneront eux-m&#234;mes, ils ne sont jamais mal trait&#233;s ; on s'occupe m&#234;me d'amener leur famille sur place quand c'est possible (car en g&#233;n&#233;ral, femmes et enfants &#233;taient renvoy&#233;s vers les villes c&#244;ti&#232;res). Si les personnes sont respect&#233;es, il n'en va pas de m&#234;me avec la propri&#233;t&#233; les gr&#233;vistes prennent ce dont ils ont besoin (en g&#233;n&#233;ral de la nourriture, et des chevaux pour se d&#233;placer). Tout est not&#233; noir sur blanc : comme lors des premi&#232;res gr&#232;ves, une liste des choses prises est &#233;tablie, et un exemplaire remis &#224; la personne que le propri&#233;taire avait laiss&#233; en charge ; sur cet exemplaire est appos&#233; le sceau de la F&#233;d&#233;ration locale. Les stocks d'alcool sont toujours d&#233;truits par les anarchistes soucieux de ne pas voir le mouvement se transformer en &#233;bri&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale (d'ailleurs, un paragraphe du Pacte de Solidarit&#233; de la F&#233;d&#233;ration locale soulignait l'importance de la propagande anti-alcoolique). Des militants f&#233;d&#233;r&#233;s emp&#234;chent &#233;galement que des d&#233;pr&#233;dations ne soient commises ; il n'&#233;tait pas rare de voir Antonio Soto r&#233;primander s&#233;v&#232;rement des peones qui s'en allaient chercher les femmes de l'estancia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc le 11 novembre que l'arm&#233;e se met en route ; Varela divise ses hommes en plusieurs groupes d'une trentaine de soldats, qui chacun doit s'occuper d'une zone particuli&#232;re, tout en maintenant un contact entre eux pour s'unir si besoin est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 novembre a lieu la premi&#232;re rencontre entre des troupes command&#233;es par le capitaine Vi&#241;as Ibarra et un groupe de gr&#233;vistes, &#224; Punta Alta. A peine les gr&#233;vistes sont-ils en vue que les soldats d&#233;chargent leurs fusils sans leur laisser le temps de r&#233;agir. On rel&#232;ve des morts, les soldats se chargent d'achever les hommes bless&#233;s, le reste est fait prisonnier. Selon les rapports de l'arm&#233;e, les soldats auraient &#233;t&#233; attaqu&#233;s par des gr&#233;vistes arm&#233;s ; il y aurait eu 5 morts et 140 prisonniers. Mais les rapports de l'arm&#233;e ne tiennent pas debout et sont bourr&#233;s de nombreuses contradictions : le nombre et le type d'armes prises n'est jamais sp&#233;cifi&#233; (car il n'y en avait presque pas), le nombre de prisonniers entre deux rapports successifs baisse myst&#233;rieusement, etc. Plus instructifs sont les t&#233;moignages des travailleurs ou ceux d'anciens soldats (recueillis apr&#232;s les faits) qui se recoupent tous : les soldats ont commenc&#233; &#224; tirer, sans sommation, d&#232;s que les gr&#233;vistes &#233;taient en vue. Les corps des tu&#233;s ont ensuite &#233;t&#233; br&#251;l&#233;s ; parmi les prisonniers, un certain nombre sont fusill&#233;s. Il y aurait eu au total une trentaine de morts. Mais ce n'est que le d&#233;but des massacres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#233;vistes sont totalement coup&#233;s des villes c&#244;ti&#232;res, et n'ont aucun moyen de communication entre eux (et a fortiori avec le reste du pays), except&#233; le cheval. De toutes fa&#231;ons, &#224; Rio Gallegos r&#232;gne une sorte de loi martiale qui ne dit pas son nom. Le journal patronal local, La Union, r&#233;p&#232;te les informations donn&#233;es par l'arm&#233;e. Le 22 novembre, Varela interdit de facto les syndicats ouvriers et installe un syst&#232;me de fichage des travailleurs non gr&#233;vistes. A Buenos Aires, la presse rapporte des imaginaires pillages, incendies, viols, meurtres. L'arm&#233;e doit donc r&#233;tablir &#171; l'ordre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le lieutenant-colonel Varela lui-m&#234;me qui se charge de le faire &#224; Puerto Santa Cruz. En effet, 400 gr&#233;vistes occupent Paso Iba&#241;ez, une bourgade de 800 habitants &#224; 30 km de Pto Santa Cruz. Les gr&#233;vistes, qui ont pour leader R. Outerelo, anarchiste et secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration locale de Puerto Santa Cruz, demandent l'ouverture de n&#233;gociations, pour satisfaire leurs revendications (application de la convention, lib&#233;ration des syndicalistes emprisonn&#233;s). Varela leur laisse le choix entre une reddition inconditionnelle ou le poteau d'ex&#233;cution (la peine de mort venait d'&#234;tre abolie moins de deux mois auparavant par le tr&#232;s &#171; Honorable Congr&#232;s de la Nation &#187;). Rendons-nous bien compte qu'il ne s'agit pas d'une guerre : l'arm&#233;e attaque des ouvriers luttant pacifiquement pour des revendications que nous pouvons consid&#233;rer comme parfaitement justes. A aucun moment les gr&#233;vistes ne pens&#232;rent mener une gu&#233;rilla contre l'arm&#233;e ; ils n'en avaient ni la volont&#233; ni le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir rel&#226;ch&#233; leurs otages en signe de bonne volont&#233; (certains otages s'&#233;tant m&#234;me propos&#233;s pour servir d'interm&#233;diaires), les gr&#233;vistes d&#233;cident de fuir vers Ca&#241;adon L&#233;on, o&#249; se trouve l'estancia Bella Vista. L'arm&#233;e se lance &#224; leur poursuite ; un premier groupe de 80 gr&#233;vistes est rattrap&#233;. Ils se rendent ; 10 d'entre eux (les gr&#233;vistes les plus actifs) sont fusill&#233;s. Dans son rapport, Varela note qu'il a &#233;t&#233; attaqu&#233; ; mais comment expliquer qu'il n'ait subi aucune perte, et surtout que les 10 morts soient les militants syndiqu&#233;s les plus actifs ? C'est qu'il poss&#233;dait les bonnes listes. On obligeait les prisonniers &#224; d&#233;noncer leurs camarades, ou mieux, les propri&#233;taires &#233;taient appel&#233;s avant les ex&#233;cutions pour qu'ils choisissent eux-m&#234;mes les travailleurs &#224; fusiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, le gros des gr&#233;vistes enfuis (ils sont maintenant 500 hommes avec 4 000 chevaux) est rattrap&#233; &#224; Bella Vista. Ils se rendent sans qu'un coup de feu soit tir&#233;. Mais les militaires les arr&#234;tent. Selon tous les t&#233;moignages, certains hommes sont violemment frapp&#233;s ; d'autres sont attach&#233;s nus aux barbel&#233;s ; enfin beaucoup d'entre eux, dont tous les dirigeants, seront fusill&#233;s, mais auparavant, on les oblige &#224; creuser leurs tombes ou &#224; couper le bois avec lequel leurs corps seront incin&#233;r&#233;s. Au total &#171; 12 morts au combat &#187; (sic) selon le rapport de Varela ; 200 personnes fusill&#233;es d'apr&#232;s la publication anarchiste de Buenos Aires &lt;i&gt;La Antorcha&lt;/i&gt; ; Osvaldo Bayer parle lui d'une cinquantaine d'ex&#233;cutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il restait alors deux grandes zones de gr&#233;vistes : l'une entre Puerto San Julian et Puerto Deseado, qui sera r&#233;prim&#233;e plus tard, l'autre autour du lac Argentine, o&#249; se, trouvent de nombreuses estancias. C'est au capitaine Vi&#241;as Ibarra que revient l'ordre de s'occuper de cette zone. En remontant du sud vers la r&#233;gion des lacs Argentino et Viedma (alors contr&#244;l&#233;s par les gr&#233;vistes group&#233;es &#224; l'estancia La Anita autour d'Antonio Soto), il proc&#232;de au &#171; nettoyage &#187; de cette zone ; ainsi, le 29 novembre, une vingtaine de gr&#233;vistes qui fuyaient sont abattus, alors m&#234;me que certains se rendaient. Il va sans dire qu'apr&#232;s le passage de l'arm&#233;e, le travail reprenait dans toutes les haciendas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 d&#233;cembre au soir, apr&#232;s avoir remont&#233; le Rio Santa Cruz, les troupes de Vi&#241;as Ibarra campent &#224; une dizaine de kilom&#232;tres de l'estancia La Anita, o&#249; sont retranch&#233;s Soto et plus de 600 gr&#233;vistes, ainsi que quelques rescap&#233;s des massacres de Bella Vista (ils sont donc parfaitement au courant des &#171; m&#233;thodes militaires &#187;). Alors que les soldats peaufinent les plans d'attaque, une importante assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale se d&#233;roule pendant toute la nuit &#224; La Anita, o&#249; trois positions s'affrontent. Pour Soto, il faut prendre les chevaux et fuir l'arm&#233;e en esp&#233;rant qu'elle se lassera de les poursuivre et sera ainsi contrainte de n&#233;gocier. Bien qu'&#224; son initiative toutes les armes de la r&#233;gion aient &#233;t&#233; r&#233;quisitionn&#233;es, il sait fort bien que quelques carabines de chasse ne peuvent rivaliser ni en force ni en puissance avec les &#171; Mausers &#187; de l'arm&#233;e. La deuxi&#232;me position est celle de l'anarchiste Pablo Schulz : il faut transformer La Anita en camp retranch&#233; imprenable pour pouvoir se d&#233;fendre ; il est hors de question de fuir, les hommes sont trop fatigu&#233;s ils n'en ont pas l'envie. Enfin, pour le Chilien Farina, il faut se rendre sans condition. D'une part, les militaires sont les plus fort. D'autre part, il ne s'agissait apr&#232;s tout que d'une gr&#232;ve, et non pas de s'affronter &#224; l'arm&#233;e. De plus, il se souvient que lors des gr&#232;ves de 1920, c'est lorsque l'arm&#233;e est arriv&#233;e que les patrons ont accept&#233; de signer la convention. La plupart des gr&#233;vistes, inquiets et &#233;puis&#233;s, sont de l'avis de Farina : il faut se rendre. Mais apr&#232;s un discours &#233;mouvant, Soto parvient &#224; faire accepter par l'assembl&#233;e l'envoi de d&#233;l&#233;gu&#233;s charg&#233;s d'aller discuter avec l'arm&#233;e. Remarquons qu'&#224; aucun moment il n'est question pour les gr&#233;vistes de mettre sur la balance la vie des propri&#233;taires qu'ils d&#233;tiennent en otages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux d&#233;l&#233;gu&#233;s sont donc envoy&#233;s ; ils rencontrent les troupes alors m&#234;me que celles-ci montaient vers La Anita, &#224; l'aube du 7 d&#233;cembre. Ils sont imm&#233;diatement fusill&#233;s. Arriv&#233;s pr&#232;s de La Anita, les militaires donnent une heure aux ouvriers pour se rendre inconditionnellement. Ils leur promettent toutefois qu'il ne leur sera fait aucun mal, et que peut-&#234;tre leurs revendications pourraient aboutir une fois le calme ramen&#233;. L'ultime assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale opte alors pour la reddition. Une quarantaine de gr&#233;vistes, dont Soto, pour qui une telle reddition &#233;tait la mort assur&#233;e, r&#233;ussissent &#224; s'&#233;chapper &#224; la tomb&#233;e de la nuit. Ils voulaient bien rester pour se battre, mais non pour se suicider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me nuit, les militaires prennent possession de La Anita ; 7 dirigeants gr&#233;vistes sont ex&#233;cut&#233;s sur le moment, dont Schulz, qui malgr&#233; son d&#233;saccord avait d&#233;cid&#233; de rester avec les peones jusqu'au bout. Le lendemain, le 8 d&#233;cembre, le lieutenant-colonel Varela arrive sur les lieux. Les gr&#233;vistes sont fusill&#233;s par quinzaines. Derri&#232;re le peloton d'ex&#233;cution, on a install&#233; une deuxi&#232;me ligne de soldats charg&#233;s de tirer sur le peloton au cas o&#249; celui-ci refuserait de faire feu. Le rapport d'Ibarra fait &#233;tat de 7 morts au combat. Mais si en prenant le m&#234;me rapport, on fait la diff&#233;rence entre le nombre de gr&#233;vistes estim&#233;s avant l'assaut et le nombre de prisonniers effectivement recens&#233;s, 180 personnes ont disparu du compte. On peut estimer, avec &lt;i&gt;La Antorcha&lt;/i&gt;, qu'il y eut 250 fusill&#233;s &#224; La Anita m&#234;me, mais on ne conna&#238;tra jamais le nombre exact. Les propri&#233;taires, appel&#233;s sur place pour d&#233;noncer les gr&#233;vistes meneurs, avaient alors un droit de vie et de mort sur leurs propres employ&#233;s. On conna&#238;t le cas d'un propri&#233;taire qui a fait fusiller 37 de ses employ&#233;s car on lui avait pris 37 chevaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir termin&#233; leurs massacres &#224; La Anita (nous ne nous &#233;tendrons pas sur le d&#233;tail des horreurs, car il y aurait de quoi remplir plusieurs chapitres), des patrouilles sont envoy&#233;es dans toutes les directions pour &#171; nettoyer &#187; les estancias alentour. L&#224; aussi, des dizaines de travailleurs seront fusill&#233;s, soit &#224; la demande des propri&#233;taires, soit de mani&#232;re totalement arbitraire, comme si un certain quota devait &#234;tre rempli. Le territoire de Santa Cruz est ainsi presque totalement &#171; pacifi&#233; &#187;, selon l'expression consacr&#233;e, sauf au nord, o&#249; les gr&#233;vistes ont pris le contr&#244;le de la ligne de chemin de fer Puerto Deseado-Colonia Las Heras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine Anaya avait d&#233;barqu&#233; d&#233;but d&#233;cembre &#224; Puerto San Julian avec des troupes fra&#238;chement arriv&#233;es de Buenos Aires (dont une importante proportion de sous-officiers par rapport aux soldats). Il remonte vers Pto Deseado en nettoyant la zone. Les peones sont oblig&#233;s de reprendre le travail de la mani&#232;re forte. Le 18 d&#233;cembre, &#224; l'estancia San Jos&#233;, 50 gr&#233;vistes sont fusill&#233;s, quelques-uns au hasard, les autres sous d&#233;nonciation. D'autres personnes sont sauvagement tortur&#233;es. Le 20 d&#233;cembre, une dizaine de gr&#233;vistes sont fusill&#233;s &#224; l'estancia Santa Maria. Le t&#233;moignage du propri&#233;taire de cette estancia est accablant pour l'arm&#233;e : il affirme qu'un grad&#233; lui a dit qu'il avait re&#231;u l'ordre d'ex&#233;cuter 10% des gr&#233;vistes et de les faire figurer ensuite comme morts au combat (alors qu'il n'y a jamais eu de combats).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuant ses actions en remontant vers Puerto Deseado, le capitaine (plus tard g&#233;n&#233;ral) Anaya est rejoint par son chef Varela, qui prend les choses en main. Dans cette r&#233;gion, le mouvement n'avait commenc&#233; que d&#233;but d&#233;cembre. Les gr&#233;vistes, parmi lesquels des cheminots, s'&#233;taient choisi pour dirigeant un gaucho, Jos&#233; Font dit Facon Grande. Environ 400 personnes avaient ainsi pris le contr&#244;le du chemin de fer, et &#233;taient donc beaucoup plus mobiles qu'aucun autre groupe de gr&#233;vistes. Cependant ils n'avaient pas en t&#234;te d'aller &#233;tendre les gr&#232;ves vers le nord, vers la province du Chubut et surtout la grande ville industrielle Comodoro Rivadavia (ou peut-&#234;tre n'eurent-ils pas le temps de le faire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Tehuelches que sera tu&#233; le premier soldat (le seul militaire mort au cours des op&#233;rations de r&#233;pression) : croyant avoir &#224; faire &#224; un d&#233;tachement de police, les hommes de Facon Grande r&#233;pondent &#224; un groupe de militaires, peu nombreux, qui avaient ouvert le feu. Varela, qui se trouvait parmi ces soldats, adopte alors une autre tactique : il accepte de n&#233;gocier une reddition. Il promet que tous les prisonniers seront lib&#233;r&#233;s et qu'un nouvel accord sera sign&#233;. La seule condition : les gr&#233;vistes doivent d'abord se rendre. En assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, les ouvriers, joyeux, pouss&#233;s par Facon Grande, acceptent. Ceci montre bien que les gr&#233;vistes cherchaient avidement &#224; arriver &#224; un accord. Mais cette d&#233;cision leur fut tragique. A peine les gr&#233;vistes se sont-ils rendus que Varela leur fait comprendre qu'ils sont tomb&#233;s dans un pi&#232;ge. Cinquante personnes, en commen&#231;ant par J. Font, sont fusill&#233;es, souvent apr&#232;s avoir &#233;t&#233; battues ; les ex&#233;cutions ne s'arr&#234;tent que gr&#226;ce &#224; un d&#233;tachement de marine, qui arrive dans cette zone le 28 d&#233;cembre, et qui , ne disposant pas des m&#234;mes ordres, s'oppose &#224; ces proc&#233;d&#233;s. En tout cas, cet &#233;pisode se passe de commentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, la mission du lieutenant-colonel Varela est men&#233;e &#224; son terme. Les campagnes ont repris le travail, les villes, o&#249; l'on a aussi fusill&#233; une dizaine de personnes, sont calmes. Fin d&#233;cembre, la Sociedad Rural publie une nouvelle convention de travail ; les salaires y sont inf&#233;rieurs d'un tiers &#224; ce qu'ils &#233;taient dans la Convention Yza. Enfin et surtout, le syndicalisme mettra des ann&#233;es &#224; refaire surface ; quant &#224; l'anarchisme, il a purement et simplement &#233;t&#233; &#233;limin&#233;. Les latifundistes peuvent donc tranquillement trinquer au r&#233;veillon avec Varela et les autres chefs militaires, en se souhaitant entre eux une bonne et heureuse ann&#233;e. Dans les campagnes, le vent d'&#233;t&#233;, sec et poussi&#233;reux, en balayant la terre laisse appara&#238;tre des cadavres en d&#233;composition. A moiti&#233; nus, ils avaient &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;s de tous leurs objets de valeur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Patagonie 1921 : Pr&#233;lude pour un massacre</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex Matin</dc:creator>


		<dc:subject>FORA </dc:subject>
		<dc:subject>Antonio Soto</dc:subject>

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&lt;p&gt;La province de Santa Cruz occupe la moiti&#233; australe de la Patagonie, &#224; l'extr&#234;me sud de l'Argentine Vaste de 250 000 km2 (presque la moiti&#233; de la superficie de la France), au climat rude et froid, elle est encore aujourd'hui faiblement peupl&#233;e. En 1920, les principaux centres habit&#233;s sont sur la c&#244;te. Rio Gallegos, la capitale et plus grande ville du territoire, a alors 4 000 habitants. La distance routi&#232;re &#224; Buenos Aires est de 3 000 km ; le principal moyen de transport est en fait maritime (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-patagonie-1921-greves-et-massacres-" rel="directory"&gt;Patagonie 1921, gr&#232;ves et massacres&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-fora-argentine-+" rel="tag"&gt;FORA &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-antonio-soto-+" rel="tag"&gt;Antonio Soto&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton53-9559d.jpg?1774693907' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La province de Santa Cruz occupe la moiti&#233; australe de la Patagonie, &#224; l'extr&#234;me sud de l'Argentine Vaste de 250 000 km2 (presque la moiti&#233; de la superficie de la France), au climat rude et froid, elle est encore aujourd'hui faiblement peupl&#233;e. En 1920, les principaux centres habit&#233;s sont sur la c&#244;te. Rio Gallegos, la capitale et plus grande ville du territoire, a alors 4 000 habitants. La distance routi&#232;re &#224; Buenos Aires est de 3 000 km ; le principal moyen de transport est en fait maritime (une semaine de voyage), mais le t&#233;l&#233;graphe assure une communication en un temps raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le mouton qui fait vivre Santa Cruz l'&#233;levage, la tonte pour la laine, puis les abattoirs et les frigorifiques. Trente ans auparavant, le territoire &#233;tait encore quasiment vierge ; en 1920, un groupe d'une vingtaine de latifundistes &#8211; en g&#233;n&#233;ral des immigr&#233;s ou des fils d'immigr&#233;s espagnols, anglais, allemands, etc. &#8211; poss&#232;dent les terres, dont les plus puissants sont les Braun et surtout les Menendez qui poss&#232;dent plus d'un million d'hectares chacun (et en plus des commerces, des navires). Il y a &#233;galement des exploitants plus modestes. Les estancias et les haciendas (ranchs) travaillent en g&#233;n&#233;ral pour des int&#233;r&#234;ts britanniques : la laine, la viande sont achet&#233;es et achemin&#233;es par des compagnies anglaises, qui poss&#232;dent souvent elles-m&#234;mes des terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs des haciendas, qui logent g&#233;n&#233;ralement sur place, supportent un travail difficile et mal pay&#233;, mais ils ne meurent pas de faim, loin de l&#224; . Ils sont immigr&#233;s (Espagnols, Russes, Fran&#231;ais, Allemands, Italiens), ou alors Argentins du Nord ; mais la plupart des &#171; peones &#187;, la main-d'&#339;uvre &#224; tout faire, peu qualifi&#233;e et mal trait&#233;e, sont des Chiliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1916 avaient eu lieu les premi&#232;res &#233;lections pr&#233;sidentielles au suffrage universel (masculin). Hipolito Yrigoyen, leader de l'Union Civique Radicale (centre-gauche, anti-conservatrice) est &#233;lu pr&#233;sident de la R&#233;publique ; l'UCR obtient la majorit&#233; &#224; la Chambre des d&#233;put&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux centrales se partagent le mouvement syndical. En effet la FORA (F&#233;d&#233;ration ouvri&#232;re R&#233;gionale argentine), qui lors de son V&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s en 1905 avait clairement affirm&#233; son orientation anarcho-syndicaliste, s'est scind&#233;e en deux en 1915 lors de son IX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s : suite &#224; l'entr&#233;e massive de tous les autres syndicats (d'orientation syndicaliste r&#233;volutionnaire, socialiste, r&#233;formistes), la r&#233;f&#233;rence &#224; l'anarchisme est bannie du &#171; Pacte de Solidarit&#233; &#187; ; de nombreux anarchistes d&#233;cident alors de quitter cette FORA pour reconstruire l'ancienne. Il y a donc deux FORA : la FORA du IX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s, dite &#171; syndicaliste &#187; et la FORA se r&#233;clamant du V&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s, dite &#171; quintiste &#187; ou &#171; anarchiste &#187;. La premi&#232;re, dont la direction est franchement r&#233;formiste (mais y militent n&#233;anmoins des anarchistes et des communistes), est bien plus importante. Mais la FORA anarchiste est encore puissante : 70 000 adh&#233;rents en 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Sociedad Obrera de Rio Gallegos (Soci&#233;t&#233; Ouvri&#232;re de Rio Gallegos), adh&#233;rente depuis sa fondation en 1910 &#224; la FORA, ne s'est pas pr&#233;occup&#233;e de changer de syndicat lors de la scission et reste donc affili&#233;e &#224; la FORA syndicaliste. Elle regroupe des dockers (par ailleurs adh&#233;rents, au sein de la FORA, de la F&#233;d&#233;ration Ouvri&#232;re Maritime &#8211; FOM &#8211; , dont le secr&#233;taire national est un intime d'Yrigoyen), des employ&#233;s d'h&#244;tels et de commerces, et quelques travailleurs ruraux. En 1920, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la F&#233;d&#233;ration Locale Ouvri&#232;re de Rio Gallegos est un jeune Espagnol de 23 ans, antonio Soto, asturien et anarchiste. Arriv&#233; &#224; Santa Cruz quelques mois auparavant, il s'est fix&#233; &#224; Rio Gallegos et travaille en en tant que docker. D'autres anarchistes sont membres de la F&#233;d&#233;ration locale, la plupart d'entre eux d'origine espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propri&#233;taires fonciers sont eux aussi bien organis&#233;s, notamment au sein de la tr&#232;s conservatrice Sociedad Rural de Rio Gallegos, dont le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, Correa Falcon est &#233;galement, en 1920, le gouverneur provisoire du Territoire de Santa Cruz. Il existe par ailleurs une Ligue du Commerce et de l'Industrie ainsi qu'une section locale de la Ligue Patriotique Argentine (extr&#234;me droite), qui avait tir&#233;e sur les ouvriers lors de la &#171; Semana Tragica &#187; de Buenos Aires, en 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation sociale n'&#233;tait pas toujours calme : une gr&#232;ve des travailleurs ruraux avait eu lieu en 1915 et en 1919, des gr&#232;ves du c&#244;t&#233; chilien (Punta Arenas) avaient &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1920, la crise mondiale touche durement la Patagonie : le prix de la laine chute lourdement, les salaires baissent, le commerce local est en crisde. De plus, Yrigoyen vient r&#233;cemment d'introduire un syst&#232;me d'imp&#244;ts en Patagonie, ce qui lui vaut les reproches des propri&#233;taires. D'ailleurs, les radicaux de Rio Gallegos s'opposent aux conservateurs et ils attendent avec impatience l'arriv&#233;e d'un gouverneur radical qui vient d'&#234;tre nomm&#233;. Le juge f&#233;d&#233;ral Ismael Vi&#241;as, radical, fait des proc&#232;s contre les compagnies britanniques et prot&#232;ge les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 1920, la F&#233;d&#233;ration locale demande &#224; la police l'autorisation de manifester le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; octobre : il s'agit de comm&#233;morer le onzi&#232;me anniversaire de lex&#233;cution de F. Ferrer, l'&#233;ducateur espagnol. Le 28 septembre, la police refuse ; la F&#233;d&#233;ration locale d&#233;cide en repr&#233;sailles de voter une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 48 heures, appuy&#233;e par les radicaux. Depuis 2 mois, le climat &#233;tait tendu : en juillet avait eu lieu une gr&#232;ve des ports et des employ&#233;s d'h&#244;tels qui s'&#233;tait sold&#233;e par la victoire du syndicat ; les h&#244;tels qui avaient refus&#233; toute n&#233;gociation ont d&#251; capituler face au boycott d&#233;cr&#233;t&#233; par la F&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, faisant suite &#224; une mesure de la Ligue pour le Commerce et l'Industrie, la F&#233;d&#233;ration locale appelle &#224; boycotter 3 &#233;tablissements de commerce. La riposte ne se fait pas attendre : le 19 octobre, la police donne l'assaut du local syndical et arr&#234;te une dizaine de personnes, dont les dirigeants. I. Vi&#241;as, qui d&#233;tient le pouvoir judiciaire sur le territoire, juge la d&#233;tention ill&#233;gale et demande au gouvernement de rel&#226;cher les prisonniers. Ce dernier refuse et en appelle &#224; Buenos Aires. Entre-temps, la F&#233;d&#233;ration locale avait d&#233;clar&#233; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e jusqu'&#224; lib&#233;ration de tous les d&#233;tenus. Elle envoie &#233;galement des tracts et des d&#233;l&#233;gu&#233;s dans les campagnes pour expliquer aux travailleurs ruraux les raisons de la gr&#232;ve, et en leur demandant leur adh&#233;sion. On note clairement l'influence des radicaux (cultiv&#233;s, ils avaient un certain ascendant sur des ouvriers souvent autodidactes) : les appels &#224; la gr&#232;ve sont mesur&#233;s, les actions doivent &#234;tre men&#233;es dans la l&#233;galit&#233;. Correa Falcon d&#233;cide de rel&#226;cher une partie des prisonniers, mais la gr&#232;ve continue. Finalement, apr&#232;s une guerre de t&#233;l&#233;grammes entre radicaux et conservateurs, le ministre de l'Int&#233;rieur ordonne de lib&#233;rer tous les prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve est donc lev&#233;e. Mais plusieurs travailleurs ruraux, venus justement pour cette gr&#232;ve, se trouvaient alors &#224; Rio Gallegos. Ils ne tard&#232;rent pas &#224; s'organiser au sein de la F&#233;d&#233;ration locale, et la nouvelle tombe comme une bombe : partant sur leurs propres revendications (salaires et conditions de travail), les &#171; ruraux &#187; menacent de d&#233;clencher une gr&#232;ve totale dans les campagnes &#224; partir du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; novembre. Alors que des centaines de peones arrivent &#224; Rio Gallegos, marchant derri&#232;re des drapeaux rouges et noirs, les patrons refusent de reconna&#238;tre le syndicat et pr&#233;tendent n&#233;gocier au cas par cas. Quinze jours plus tard, sous la menace de perdre la saison (le sud de Santa Cruz est totalement paralys&#233;) des n&#233;gociations sont entreprises. La F&#233;d&#233;ration locale propose une &#171; Convention de travail et capital &#187; o&#249; les revendications &#8211; somme toute assez mod&#233;r&#233;es &#8211; sont clairement d&#233;finies (voir traduction en annexe). Le patronat rompt les n&#233;gociations, mais sous la pression, il accepte une version l&#233;g&#232;rement modifi&#233;e de cette &#171; Convention &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le 4 d&#233;cembre, dans un local bond&#233;, A. Soto r&#233;ussit &#224; convaincre la majorit&#233; de refuser l'offre patronale, car celle-ci ne comportait aucune garantie et de plus, les radicaux conseillaient d'attendre l'arriv&#233;e prochaine du nouveau gouverneur, le radical Yza, r&#233;cemment nomm&#233; mais encore &#224; Buenos Aires. Lors de cette r&#233;union, un nouveau bureau, compos&#233; en grande majorit&#233; d'anarchistes, est mandat&#233;. La gr&#232;ve continue donc ; elle s'&#233;tend m&#234;me dans le nord, &#224; Puerto Deseado, touchant &#233;galement des cheminots, o&#249; le 17 d&#233;cembre un gr&#233;viste sera abattu par la police lors d'une manifestation. Dans le sud, de nombreux gr&#233;vistes se regroupent autour de El Toscano et El 68, deux anciens bagnards de Terre de Feu qui sont partisans de prendre les armes pour se d&#233;fendre. Mais les d&#233;cisions sont toujours prises collectivement par les 600 gr&#233;vistes assembl&#233;s autour de El 68. Les haciendas qui se refusaient &#224; signer la convention sont pacifiquement occup&#233;es. Les gr&#233;vistes y prennent ce dont ils ont besoin (surtout des chevaux et de la nourriture), en notant soigneusement les articles embarqu&#233;s : un exemplaire &#233;tait remis au patron ou &#224; l'administrateur de l'estancia ; cet exemplaire valait comme ordre de paiement tir&#233; sur les fonds de la F&#233;d&#233;ration locale (cette pratique avait &#233;videmment lieu l&#224; o&#249; le syndicat &#233;tait pr&#233;sent). Les haciendas sont ensuite &#233;vacu&#233;es, certains gr&#233;vistes restant sur place et d'autres allant rejoindre le groupe de El Toscano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but janvier 1921 un commissaire de police, connu pour avoir arr&#234;t&#233; et frapp&#233; sans raisons des gr&#233;vistes, est fait prisonnier avec quelques hommes par El Toscano. Deux policiers sont tu&#233;s lors des affrontements. D'autres policiers r&#233;ussissent &#224; s'&#233;chapper et regagnent Rio Gallegos totalement affol&#233;s, o&#249; ils r&#233;pandent le mythe de 200 bandoleros (bandits) fortement arm&#233;s mena&#231;ant la s&#233;curit&#233; du territoire. Les propri&#233;taires et leurs familles, apeur&#233;s bien que n'ayant subi aucune violence, se replient &#224; Rio Gallegos. Les autorit&#233;s envoient des t&#233;l&#233;grammes d&#233;sesp&#233;r&#233;s &#224; Buenos Aires, en demandant des renforts au gouvernement et en s'assurant une propagande favorable dans la presse de Buenos Aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 janvier, deux bateaux de la marine accostent &#224; Rio Gallegos. Tous les dirigeants de la F&#233;d&#233;ration locale sont emprisonn&#233;s (sauf Soto qui r&#233;ussit &#224; s'&#233;chapper). Les marins imposent le couvre-feu dans la ville et toute r&#233;union est d&#233;sormais interdite. Face &#224; la r&#233;pression, et au mutisme de la FORA syndicaliste, pourtant tenue inform&#233;e par la F&#233;d&#233;ration Ouvri&#232;re Maritime, la gr&#232;ve est lev&#233;e &#224; Rio Gallegos. Mais dans les campagnes, elle continue, avec une nouvelle revendication : lib&#233;ration des syndicalistes emprisonn&#233;s. Plusieurs propri&#233;taires sont d&#233;sormais retenus comme otages par les gr&#233;vistes. Alors qu'&#224; Santa Cruz 20 000 tonnes de laine croupissent dans des entrep&#244;ts, &#224; Buenos Aires le consulat britannique exprime sa &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pr&#233;occupation&lt;/q&gt;. A la mi-janvier, le consulat allemand et le gouvernement chilien s'inqui&#232;tent de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement, qui essayait de temporiser, r&#233;agit en envoyant Yza, radical pur jus, pour remplacer le conservateur gouverneur par int&#233;rim Correa Falcon et pour prendre en main la situation. Mais il ne vient pas seul le X&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; bataillon de cavalerie est envoy&#233; pour pacifier le Sud. A sa t&#234;te, Yrigoyen choisit personnellement le lieutenant-colonel Hector Varela, radical et homme de confiance du pr&#233;sident. Le 28 janvier 1921, il quitte le port de Buenos Aires avec 200 hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouverneur Yza vient alors d'arriver &#224; Rio Gallegos, accueilli par les ouvriers tout comme par les patrons. Ces derniers vont &#234;tre d&#233;&#231;us : sa premi&#232;re mesure sera de renvoyer tous les policiers tabasseurs aux bottes des conservateurs, et il ordonne ensuite de lib&#233;rer tous les prisonniers. Les propri&#233;taires se voient alors oblig&#233;s, sous son &#233;gide, de pr&#233;senter aux gr&#233;vistes une nouvelle plate-forme, dite &#171; Convention Yza &#187; qui reprend presque int&#233;gralement la premi&#232;re convention r&#233;dig&#233;e par la F&#233;d&#233;ration locale. La seule revendication non satisfaite est celle du paiement des jours de gr&#232;ve (qui sont tout de m&#234;me pay&#233;s &#224; moiti&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;l&#233;gu&#233;s partent donc dans les campagnes pour rencontrer les gr&#233;vistes, qui votent l'acceptation de l'accord. La contrepartie consiste &#224; lib&#233;rer les otages (qui pour la plupart avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233;s) et de rendre les (quelques) armes qu'ils poss&#232;dent aux troupes du lieutenant-colonel Varela, fra&#238;chement d&#233;barqu&#233;es, qui leur d&#233;livrent un sauf conduit avec lequel ils peuvent regagner leur hacienda. Seul El Toscano et une dizaine d'hommes refusent et gagnent le maquis avec les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les travailleurs ruraux, la victoire est totale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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