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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>&#201;mile Pataud</title>
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		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;mile Pataud</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#201;mile Pataud, le citoyen Pataud, ou plut&#244;t le camarade Pataud, comme on dit &#224; la C.G.T., est un &#233;teigneur de lumi&#232;re d'une autre envergure que le falot Viviani. Il ne grimpe pas dans le ciel pour y d&#233;crocher les &#233;toiles. Il est plus terre &#224; terre. Il se contente de supprimer le courant, d'un geste. Et il accomplit cela avec une d&#233;sinvolture, une bonhomie souriante, une gr&#226;ce bon enfant qui effarent et d&#233;sarment en m&#234;me temps. Chez lui, point de grandiloquence, point d'emphase, point (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no67-du-1er-mai-1909-emile-pataud-" rel="directory"&gt;Les Hommes du Jour n&#176;67 du 1er mai 1909 - Emile Pataud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-emile-pataud-421-+" rel="tag"&gt;&#201;mile Pataud&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/pataux-6b330.jpg?1774739431' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;mile Pataud, le citoyen Pataud, ou plut&#244;t le camarade Pataud, comme on dit &#224; la C.G.T., est un &#233;teigneur de lumi&#232;re d'une autre envergure que le falot Viviani. Il ne grimpe pas dans le ciel pour y d&#233;crocher les &#233;toiles. Il est plus terre &#224; terre. Il se contente de supprimer le courant, d'un geste. Et il accomplit cela avec une d&#233;sinvolture, une bonhomie souriante, une gr&#226;ce bon enfant qui effarent et d&#233;sarment en m&#234;me temps. Chez lui, point de grandiloquence, point d'emphase, point d'attitudes superbes. Il ne montre pas le poing au p&#232;re &#233;ternel et ne va pas chercher ses m&#233;taphores dans les po&#232;mes de Richepin. Il dit et fait les choses tout simplement. Sachant que les travailleurs n'obtiendront rien que par l'entente qui cr&#233;e la force et par la violence, il s'est occup&#233; de grouper ses camarades, de les constituer en syndicat puissant et quand il les a eus dans les mains, quand il les a vus d&#233;cid&#233;s &#224; marcher, sur un signe, alors, crac d'un geste il a plong&#233; la capitale dans les t&#233;n&#232;bres. Les patrons ahuris n'y ont vu que du bleu pour commencer. Puis ils ont r&#233;fl&#233;chi. A la faveur de la nuit, ils ont r&#233;ussi &#224; y voir plus clair dans le probl&#232;me qui se pose. Ils ont compris quelle formidable et irr&#233;sistible puissance se dressait contre eux et ils ont capitul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'avoir fait que cela, c'est-&#224;-dire avoir, par un exemple aveuglant, quoique n&#233; de l'obscurit&#233;, d&#233;montr&#233; l'efficacit&#233; du groupement et la force ouvri&#232;re, c'est d&#233;j&#224; &#233;norme pour la gloire d'un homme ! Mais ce qui attire surtout l'attention sur Pataud, c'est non seulement ce qu'il a fait, c'est encore la fa&#231;on dont il le fait. Avec lui, pas de menaces terrifiantes, pas de promesses sanglantes. La R&#233;volution, croquemitaine des bourgeois qui ne sont pas sages se fait souriante. Le probl&#232;me social para&#238;t devoir se d&#233;nouer &#224; la rigolade. Il n'est pas question d'&#233;meutes, de gr&#232;ves violentes, de coups de fusil. Une simple interruption de courant. L'affolement dans les caf&#233;s, les repr&#233;sentations publiques arr&#234;t&#233;es net, les gens affair&#233;s courant apr&#232;s leurs ombres, les bougies p&#226;lottes plant&#233;es aux goulots des bouteilles et jetant une demi-clart&#233; sur la mine constern&#233;e des noctambules d&#233;sempar&#233;s. Et le lendemain, un vaste &#233;clat de rire, une gaiet&#233; colossale, le Tout-Paris populaire qui la trouve bien bonne et d&#233;clare que d&#233;cid&#233;ment ce sacr&#233; Pataud est irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que, peu &#224; peu, Pataud est devenu l'homme le plus populaire de la capitale, le Roi de Paris. Il a conquis tous les suffrages. Les faubourgs raffolent de lui. Les ouvriers lui donnent toute leur confiance. A chaque conflit nouveau on se demande si Pataud marchera. On escompte l'&#233;vanouissement brusque de l'&#233;lectricit&#233;. Vous comprenez que le pauvre bougre se soucie mod&#233;r&#233;ment de ce genre de lumi&#232;re. Il n'a pas les moyens de s'offrir une telle d&#233;bauche de clart&#233;. Il en est encore &#224; la vieille lampe &#224; p&#233;trole. La nuit, d'ailleurs, il est dans son lit. Ce sont les heureux d'ici-bas qui r&#244;dent, f&#234;tent, s'amusent, courent les brasseries, les cabarets et les restaurants nocturnes. Aussi la plaisanterie appara&#238;t-elle savoureuse au populo qui n'en subit pas les cons&#233;quences et se r&#233;jouit volontiers de la d&#233;convenue de ses ennemis. Par l&#224;, Pataud a touch&#233; au bon endroit. Il peut continuer. Plus il fera de l'ombre autour de lui, plus les faces s'&#233;claireront de contentement. Il est assur&#233; d'avoir les rieurs constamment de son c&#244;t&#233; ; et avoir su faire rire, au d&#233;pens de l'adversaire, c'est d&#233;j&#224; avoir gagn&#233; la partie.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5537 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/png/emile_pataud_1910.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/emile_pataud_1910-6c067-6113e.png?1774777551' width='150' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Emile Pataud&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Et la partie, n'en doutez pas, Pataud la gagnera compl&#232;tement et avec lui, le monde du travail. Les bourgeois l'ont compris de bonne heure. Tous ceux qui r&#233;fl&#233;chissent voient nettement les progr&#232;s incessants du syndicalisme qui monte chaque jour en force, en pr&#233;cision, en nombre. Cette myst&#233;rieuse C.G.T. dont on a fait une sorte de repaire de malfaiteurs, c'est le cauchemar du capitalisme chancelant. Longtemps on s'est efforc&#233; de la montrer au peuple comme un danger immense et mortel ; on lui pr&#234;tait les plus noirs desseins, les plus t&#233;n&#233;breuses pens&#233;es. Bien des gens ne voyaient en elle qu'une monstrueuse association de bandits sans scrupules r&#234;vant de destruction et de guerre civile. Et voil&#224; que soudain Pataud appara&#238;t. Et tout s'&#233;claire, quoique ce soit pr&#233;cis&#233;ment la fonction de Pataud de supprimer l'&#233;clairage. Quoi ! c'est donc &#231;a l'anarchiste, le fou furieux, le criminel, ce Pataud qui en se jouant plonge les patrons dans la nuit. C'est donc &#231;a, la R&#233;volution ? Et tous se sentent rassur&#233;s. Le drame tourne &#224; la grosse farce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ne sont pas rassur&#233;s, cependant, ce sont les ma&#238;tres. Ces &#233;clipses de lumi&#232;re les plongent dans d'affreuses incertitudes. Que va-t-il donc se produire si les travailleurs de tous les m&#233;tiers, imitant l'exemple des &#233;lectriciens, s'avisent de suspendre brusquement le travail ? Ce Pataud, d&#233;cid&#233;ment, avec ses allures de grand gamin qui fait une blague, est un individu tr&#232;s dangereux. C'est contre lui qu'il faut avant tout se d&#233;fendre. Alors on a essay&#233; de le ridiculiser ; on l'a montr&#233; jouant &#224; la manille avec des partenaires coiff&#233;es de casquettes et jaspinant l'argot le plus excentrique ; on l'a d&#233;peint sous les traits d'un gros gar&#231;on, tr&#232;s bourgeois, au fond, prenant du ventre et se laissant vivre aux d&#233;pens des poires que sont les travailleurs. On l'a appel&#233; le roi Pataud. On lui a jet&#233; dans les jambes un pauvre cabot sans talent, d&#233;sireux de conqu&#233;rir un peu de r&#233;clame. Puis on l'a accus&#233; de mille m&#233;faits. On a voulu le rendre odieux. On lui a pr&#234;t&#233; des pens&#233;es machiav&#233;liques. On a essay&#233; aussi de l'intimider. On a parl&#233; de poursuites, de condamnations, de prison, de bagne m&#234;me. Vains efforts. Pataud gardait toujours sur ses l&#232;vres son sourire imp&#233;n&#233;trable. Que voulez-vous ? Il est comme &#231;a, cet homme. Il a le sourire. Il se moque de ce qu'on dit, de ce qu'on raconte, de ce qu'on insinue sur son compte. Il sait que quand il le voudra, il fera de la lumi&#232;re &#224; l'aide des t&#233;n&#232;bres ; il &#233;clairera la conscience de ses contemporains. D'ailleurs, l'homme d'action se double chez Pataud d'un optimiste clairvoyant. Sa philosophie, c'est d'agir et de laisser dire. L'acte a selon lui une valeur essentielle, une port&#233;e qui d&#233;passe tous les discours et toutes les paroles. Et il agit, avec s&#233;r&#233;nit&#233;, avec confiance, avec mansu&#233;tude, certain qu'il est de la justice de sa cause et du triomphe prochain de ses id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est justement cet optimisme bonhomme, cette philosophie nonchalante qui lui encha&#238;ne les cerveaux et lui conquiert les c&#339;urs plus que ne pourraient le faire la violence des d&#233;clamations et la sauvagerie des propos.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Aux abords de ce premier mai qu'on nous a d&#233;peint &#8212; comme toujours &#8212; sous des aspects effrayants, Pataud redevient d'actualit&#233;. On attend, cette fois encore, son intervention, comme on l'attendait au lendemain de Villeneuve-Saint-Georges. Va-t-il marcher ? La nuit envahira-t-elle la capitale. Les bourgeois se posent anxieusement la question. Les travailleurs se pr&#233;parent &#224; rigoler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient que vers la fin de l'Empire, alors que la menace planait sur toutes les t&#234;tes, alors que chacun &#233;tait agenouill&#233; dans la terreur, un homme se leva, et avec une effront&#233;e gaminerie, dans un geste irrespectueux, esquissa un pied de nez &#224; la barbe du C&#233;sar d'occasion qui r&#233;gnait sur la France. Cet homme s'appelait Rochefort. Ce pied de nez ce fut le signal de la d&#233;b&#226;cle imp&#233;riale. Au lendemain de la &lt;i&gt;Lanterne &lt;/i&gt; la France &#233;tait secou&#233;e par un rire &#233;norme. Ce rire venait la d&#233;livrer de la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud, en ce cr&#233;puscule de r&#233;gime, &#224; une &#233;poque de poursuites, de condamnations et de fusillades, a recommenc&#233; le geste de Rochefort. Seulement il n'a pas pris la plume. Il a simplement tourn&#233; un bouton &#233;lectrique. Il n'a pas lanc&#233; la &lt;i&gt;Lanterne &lt;/i&gt; ; il a souffl&#233; les lumignons. Et le rire, cette fois encore, a boulevers&#233; les ventres. La bourgeoisie est d&#233;sarm&#233;e. Le capital est aux abois. On rit ; c'est la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne rira pas toujours. Ce que les bourgeois devraient le plus ardemment souhaiter, c'est que Pataud dure longtemps. Avec lui, la r&#233;volte affecte des dehors d&#233;bonnaires. On peut esp&#233;rer que tout se passera paisiblement et qu'il n'y aura que quelques &#339;ufs cass&#233;s. Gare au jour o&#249; l'on ne rira plus, o&#249; les visages deviendront sinistres, o&#249; l'on entendra des grincements de dents dans les t&#233;n&#232;bres. Apr&#232;s le vaudeville, viendra la trag&#233;die. Bourgeois, profiteurs, tripoteurs, &#233;cumeurs, politiciens, ren&#233;gats, rendez gr&#226;ce &#224; Pataud, au roi Pataud, &#224; l'Empereur de Paris, au ma&#238;tre de la Lumi&#232;re. En jetant le ridicule sur vos faces congestionn&#233;es d'effroi, il a peut-&#234;tre pour quelque temps d&#233;tourn&#233; les col&#232;res et suspendu les revanches.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Occupons-nous un peu de ce redoutable et irr&#233;sistible Pataud ; essayons de faire quelque lumi&#232;re sur sa personnalit&#233; et de pr&#233;senter sa physionomie au grand jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud est un enfant de Paris. Il est venu au monde &#224; l'h&#244;pital Saint-Antoine, en 1870, l'ann&#233;e terrible. Ses parents &#233;taient dans une pauvret&#233; voisine de l'indigence. L'enfance du futur Roi de l'ombre s'&#233;coula donc au milieu de mille privations. Il connut toutes les souffrances qui attendent, en cette existence, les d&#233;sh&#233;rit&#233;s. Durant l'hiver rigoureux de 1879-80, Pataud se rappelle que ses parents, trop pauvres, ne firent pas une seule fois de feu chez eux. L'enfant manqua succomber de froid. Avec &#231;a, point de ces petites joies qui attendent les enfants des riches ; pas de jouets, pas de no&#235;ls, pas de v&#234;tements bien chauds pour l'hiver, pas d'habits l&#233;gers pour l'&#233;t&#233;. La g&#234;ne, la douleur physique d&#232;s ses premi&#232;res ann&#233;es. C'est l&#224; un sort commun aux enfants des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plac&#233; &#224; l'&#233;cole communale, le jeune Pataud y d&#233;croche son certificat d'&#233;tudes et obtient une bourse pour une &#233;cole sup&#233;rieure. On le mit &#224; Lavoisier. Mais il n'y resta pas longtemps. A quinze ans, il lui fallut gagner son pain. Il entra aux usines Caille, gr&#226;ce &#224; une supercherie, en se servant du livret de son oncle, plus &#226;g&#233; que lui de quatre ans ! Voil&#224; bien un des plus terribles effets de la mis&#232;re. Les travailleurs oblig&#233;s de violer eux-m&#234;mes une loi protectrice, &#224; leur d&#233;pens ; un enfant oblig&#233; de se vieillir parce qu'il faut qu'il travaille et qu'il mange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux usines Caille, Pataud gagnait 0 fr. 40 de l'heure ; il faisait le m&#233;tier de frappeur riveur. Quelque temps apr&#232;s, il est d&#233;bauch&#233;, se trouve sans travail. Il se place successivement comme comptable-fumiste, marchand de tonneaux, puis rentre de nouveau aux usines Caille. Il a un peu plus de dix-huit ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un beau jour, la maison Caille l'envoie &#224; Cherbourg pour des exp&#233;riences de torpilleurs. Il y fait connaissance avec les marins. Ce jeune homme qui n'avait jamais quitt&#233; le pav&#233; de Paris s'enthousiasme pour la vie du matelot. Il devance l'appel et s'engage. Jusque-l&#224; il &#233;tait demeur&#233; &#224; peu pr&#232;s &#233;tranger &#224; toute politique. Pourtant, quoique tr&#232;s jeune, il s'&#233;tait occup&#233; quelque peu de questions sociales. Une &#226;me de r&#233;volt&#233; s'agitait en lui. Il avait fait partie de plusieurs groupes d'&#233;tudes sociales et de cercles socialistes, mais il ignorait compl&#232;tement le syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la marine, il serait exag&#233;r&#233; de pr&#233;tendre que Pataud fut un remarquable sujet. Il y r&#233;colta quelques punitions pour indiscipline et insultes aux sup&#233;rieurs. Malgr&#233; tout, il en sortit avec des certificats de bonne capacit&#233;. Mais la vie du bord qui &#233;tait bien diff&#233;rente de celle que, dans sa na&#239;vet&#233; de jeune homme, il s'&#233;tait figur&#233;e, l'avait transform&#233; en ennemi de la discipline et de l'autorit&#233;. L'antimilitariste naissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud reprit alors son existence d'autrefois, c'est-&#224;-dire qu'il se remit au travail. Il entra comme comptable dans une soci&#233;t&#233; de constructions &#233;lectriques o&#249; il put, tout en s'occupant de comptabilit&#233;, faire son apprentissage d'&#233;lectricien. Lorsqu'il eut conquis d&#233;finitivement son m&#233;tier, il abandonna la place de comptable et, toujours dans la m&#234;me soci&#233;t&#233;, fit ses d&#233;buts comme ouvrier &#233;lectricien.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quelque temps apr&#232;s, Pataud fut employ&#233; dans diff&#233;rentes compagnies d'&#233;clairage. Sa vie est alors tr&#232;s mouvement&#233;e. Il commence &#224; s'occuper s&#233;rieusement de politique. Il est secr&#233;taire de Chauvi&#232;re dans le XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement ; il fonde une universit&#233; populaire dans le m&#234;me quartier. Cela nous m&#232;ne jusqu'&#224; l'affaire Dreyfus. Socialiste r&#233;volutionnaire, Pataud marche &#224; fond ; il d&#233;pense sans compter son temps et son argent. Mais cette aventure ne devait pas lui &#234;tre inutile. Il apprend le d&#233;go&#251;t des politiciens de toutes nuances. Il se promet fermement qu'on ne l'y reprendra plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud &#233;tait employ&#233; &#224; cette &#233;poque au Compteur Michel. Il &#233;tait tr&#232;s bien not&#233;. Mais comme il commen&#231;ait &#224; s'occuper de syndicalisme, on le consid&#233;rait comme un individu tr&#232;s dangereux, en p&#233;riode de gr&#232;ve. Un jour, sous un pr&#233;texte quelconque, diminution de travail je crois, on voulut le remercier avec cent cinquante de ses camarades. L&#224;-dessus les ouvriers se concert&#232;rent et envoy&#232;rent une d&#233;l&#233;gation au patron, lui proposant de travailler un nombre d'heures moindre, pour permettre aux autres de demeure dans la maison. Premi&#232;re manifestation de solidarit&#233; ouvri&#232;re. Le patron accepta, mais il accepta seulement en ce qui concernait Pataud et se refusa &#224; prendre la m&#234;me mesure &#224; l'&#233;gard des autres. Pataud ne voulut pas accepter cette sorte de faveur et quitta la boite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, il erra quelque temps, se d&#233;brouillant comme il pouvait, faisant tous les m&#233;tiers. Tant&#244;t il est marchand de quatre saisons. Crainquebille-Pataud ! Puis il entre, gr&#226;ce &#224; la recommandation d'un maitre des requ&#234;tes qu'il avait connu dans les U.P., &#224; la Compagnie parisienne de l'air comprim&#233;. Nous sommes en 1902.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette &#233;poque que Pataud eut l'id&#233;e de constituer ses camarades de l'&#233;lectricit&#233; en syndicat. Il y fut aid&#233; puissamment par d'autres militants : Harvois, Baudry, Morel, Passerieu (ce dernier encore secr&#233;taire adjoint au syndicat). Mais d&#233;j&#224;, un syndicat des ouvriers de l'industrie priv&#233;e existait. Les deux syndicats, le nouveau et l'ancien, durent fusionner pour &#234;tre re&#231;us &#224; la C.G.T. et devinrent le Syndicat g&#233;n&#233;ral de l'industrie &#233;lectrique qui allait au cours des &#233;v&#233;nements futurs, jouer le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant que l'on conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud, nomm&#233; secr&#233;taire du nouveau syndicat, se mit ardemment &#224; la besogne. Dans le courant d'une ann&#233;e, il organisa pr&#232;s de trois cents r&#233;unions. Dou&#233; d'une prodigieuse activit&#233;, il se multiplia, fut partout &#224; la fois. Surtout il pr&#233;parait, sans vains bavardages, sans bruit, ces fameuses gr&#232;ves qui devaient &#233;tonner la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re gr&#232;ve &#233;clata en 1905, &#224; la Compagnie Edison. Elle eut pour r&#233;sultat de faire mettre sur pied quatre mille hommes de troupe pour quatre-vingt-deux gr&#233;vistes. Pataud put se f&#233;liciter de son initiative ; il obtint pour ses camarades une diminution des heures de travail et une l&#233;g&#232;re augmentation du tarif avec quelques autres menus avantages assez appr&#233;ciables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Pataud r&#234;vait mieux. Il ne voulut pas se contenter seulement d'obtenir quelques garanties et quelques avantages pour les travailleurs de son m&#233;tier. Il voyait plus loin. D&#233;go&#251;t&#233; de la politique, revenu du socialisme parlementaire et d&#233;finitivement acquis aux id&#233;es r&#233;volutionnaires, il songeait &#224; montrer, par un exemple saisissant, la puissance du syndicalisme. Il r&#233;fl&#233;chit longuement &#224; l'exp&#233;rience qu'il voulait tenter. Il m&#233;dita des journ&#233;es enti&#232;res, s'entretint avec ses camarades, scruta les bonnes volont&#233;s. Puis quand il fut certain du triomphe, quand il vit qu'il pouvait marcher, il se d&#233;cida. Et la gr&#232;ve la plus impr&#233;vue, la plus d&#233;concertante &#233;clata sur Paris. Un mot de Pataud avait suffi, un mot qui n'&#233;tait pas le&lt;i&gt; Fiat Lux&lt;/i&gt; du Seigneur, car en place de la lumi&#232;re, ce fut la nuit sombre qui vint dans la capitale morne comme un cercueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas perdu la m&#233;moire de cette nuit &#233;pique. C'&#233;tait en 1905. A huit heures du soir, brusquement, sans qu'on put savoir comment cela s'&#233;tait fait, les lumi&#232;res s'&#233;teignirent. Les th&#233;&#226;tres et les caf&#233;s concerts o&#249; s'entassait un public joyeux, durent c&#233;der aux r&#233;criminations et rembourser l'argent. Dans les caf&#233;s et les brasseries, les gar&#231;ons affol&#233;s s'enfuyaient dans toutes les directions. Cela dura plusieurs heures avant qu'on se d&#233;cid&#226;t &#224; comprendre. Vers les onze heures, on vit les boutiques essayer timidement de reconqu&#233;rir un peu de lumi&#232;re ; des torches furent plant&#233;es &#224; tous les carrefours et au milieu des places, avec des cordons d'agents pour les garder. Des bougies furent scell&#233;es sur des bouteilles pour permettre aux joueurs de continuer leurs manilles. Spectacle inoubliable. Mille bruits couraient. On parlait de catastrophe, de banqueroute. On ne songea &#224; la gr&#232;ve que fort avant dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dire la surprise des bourgeois, le lendemain, &#224; la lecture des journaux, ce serait difficile. Qu'&#233;tait-ce donc encore que cette fumisterie et ce Pataud dont personne jusque-l&#224; n'avait entendu parler ? On se mit &#224; sa recherche. Les reporters l'assaillirent. On apprit alors que ce Pataud myst&#233;rieux qui faisait et d&#233;faisait, &#224; son caprice, le jour et la nuit, &#233;tait un de ces abominables r&#233;volutionnaires, un de ces f&#233;roces antimilitaristes condamn&#233;s pour la fameuse affiche rouge. Lui, cependant, goguenard et plein de bonne humeur, laissait dire, laissait faire. En vingt-quatre heures, sa renomm&#233;e devint universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re gr&#232;ve de l'&#233;lectricit&#233; fut celle organis&#233;e en ao&#251;t 1908, au lendemain des massacres de Villeneuve. Cette fois encore, on ne s'y attendait pas. La veille, on avait parl&#233; de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, et d&#233;j&#224; les bourgeois se frottaient les mains en constatant que les &#233;lectriciens n'avaient pas march&#233;. Soudain, &#224; huit heures du soir, les lumi&#232;res disparurent pour repara&#238;tre &#224; dix. Simple gr&#232;ve de deux heures. Pataud avait voulu montrer tout bonnement au gouvernement ce que peut la puissance syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors la fureur patronale ne connut plus de bornes. Sa terreur s'accrut. D&#233;j&#224; un cabotin avait poursuivi Pataud et lui avait r&#233;clam&#233; des dommages et int&#233;r&#234;ts. Un juge s'&#233;tait trouv&#233; pour condamner le secr&#233;taire du syndicat des &#233;lectriciens. On r&#233;solut de le tuer par le ridicule ou par l'odieux. Les journaux se charg&#232;rent de la besogne. Il est impossible de relater ici tous les racontars, toutes les fumisteries, toutes les insanit&#233;s r&#233;pandues sur son compte. Mais, fid&#232;le &#224; sa m&#233;thode, Pataud laissait couler les paroles et l'encre, et continuait sa besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelque temps, on n'entendit parler de lui. On affecta d'oublier ses menaces. Les revues de fin d'ann&#233;e s'empar&#232;rent de sa personne et la jet&#232;rent sur la sc&#232;ne, en p&#226;ture, &#224; la malignit&#233; publique. Tout &#224; coup, Pataud fit sa r&#233;apparition. Cette fois, il ne plongea pas la ville dans l'ombre. Il se contenta de s'en prendre &#224; l'h&#244;tel Continental, dont le patron, avare et parjure, repoussait les revendications du personnel. Viviani devait justement, ce soir-l&#224;, pr&#233;sider un banquet. L'occasion &#233;tait propice. Pataud fit un signe : les lumi&#232;res disparurent. Le ministre dut ravaler son discours et le directeur de l'h&#244;tel accepter les revendications ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que, depuis, ce directeur a reni&#233; une fois encore ses engagements. Il a cong&#233;di&#233; ses quatorze ouvriers et menac&#233; Pataud de poursuites. Mais Pataud est bien tranquille. Les poursuites ne viendront pas.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#231;a, s'occupant de choses plus s&#233;rieuses, Pataud s'est occup&#233; &#224; organiser le fameux meeting de l'Hippodrome qui a fait couler, ces jours derniers, des tor-rents d'encre. Pour la premi&#232;re fois, ouvriers et fonctionnaires se trouvaient unis dans la lutte. On se souvient des discours prononc&#233;s, des menaces prof&#233;r&#233;es. Aujourd'hui m&#234;me, la bourgeoisie n'est pas revenue de son effroi et de sa col&#232;re. Ce meeting, d'ailleurs, a mis le comble &#224; l'exasp&#233;ration de la classe capitaliste qui, oubliant toute mesure, a parl&#233; carr&#233;ment d'exp&#233;dier Pataud au bagne, comme si derri&#232;re Pataud il n'y avait pas des centaines d'autres travailleurs pr&#234;ts, comme lui, &#224; &#233;teindre les lumi&#232;res et &#224; plonger la bourgeoisie apeur&#233;e dans la nuit sanglante, annonciatrice de l'aube de justice et de libert&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5538 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH344/emile_pataud_a_la_tribune-90c25.jpg?1774777551' width='500' height='344' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Gr&#232;ve des postiers &#224; l'hippodrome, meeting du 14 mai 1909, Pataud &#224; la tribune.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Tel est donc Pataud. On con&#231;oit maintenant son existence de grand laborieux, d'enfant du peuple, gagnant p&#233;niblement et opini&#226;trement son existence. Le gamin qui d&#233;butait, &#224; quinze ans, comme apprenti aux usines Caille, est devenu aujourd'hui un des personnages consid&#233;rables de notre &#233;poque. est plus populaire et aussi redout&#233; que le grand Flic. Et s'il est parvenu &#224; cette situation, ce n'est pas seulement gr&#226;ce aux circonstances. Il le doit surtout &#224; sa t&#233;nacit&#233; dans le travail, &#224; son d&#233;sir de s'instruire et de comprendre. Ce roi de l'Ombre s'est fait tout seul, en consacrant ses nuits &#224; l'&#233;tude et au labeur ! Ils sont comme &#231;a des centaines dans le monde ouvrier qui, arm&#233;s de leur simple certificat d'&#233;tudes, sont parvenus, au prix de mille efforts, en sacrifiant leurs heures de repos &#224; apprendre tous les secrets de la sociologie moderne, qui connaissent toutes les lois et toute la science du travail et peuvent assumer &#8212; mieux que tous les &#233;conomistes en chambre &#8212; la haute responsabilit&#233; de refaire une soci&#233;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au physique, Pataud est un gros gar&#231;on r&#233;joui, jovial, plein d'entrain et d'esprit, &#224; la r&#233;plique facile, &#224; la verve gavroche, &#233;maillant ses discours de traits et saillies qui vont droit au c&#339;ur des travailleurs faubouriens. Cependant, la lutte l'a quelque peu fatigu&#233;. Le roi Pataud voudrait bien se reposer, r&#233;parer sa sant&#233; &#233;branl&#233;e par un surmenage incessant. Des scrupules l'emp&#234;chent de prendre sa retraite. Il ne veut pas laisser &#224; d'autres le soin de mener &#224; bien la besogne commenc&#233;e. Il demeure donc &#224; son poste de combat. Mais chaque jour qui vient lui demande une plus grande &#233;nergie. Heureusement, il a pour lui sa philosophie paisible et sereine, que nulle perfidie, nulle accusation ne parviennent &#224; d&#233;monter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous voil&#224; &#224; la veille d'une nouvelle intervention de Pataud. On en parle. On en parle. Que va-t-il encore se passer ? Quel abominable tour ce sacr&#233; Pataud va-t-il nous jouer ? La soci&#233;t&#233; va-t-elle &#234;tre chahut&#233;e de fond en comble ? La bourgeoisie va-t-elle se voir enfonc&#233;e encore dans une p&#233;taudi&#232;re dont elle pourra difficilement sortir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas. Ce Premier Mai, pourtant, s'annonce encore comme charg&#233; de menaces et d'&#233;pouvante. Salutaires effets de l'action du joyeux Pataud. Le monde du capital en sera quitte pour la peur. Le monde du travail s'amusera une fois de plus. Quant aux ma&#238;tres, devant cette royaut&#233; qui s'affirme et grandit, ils font une vilaine grimace. Quelles mesures prendre contre Pataud ? Comment le saisir, &#224; t&#226;tons, dans les t&#233;n&#232;bres dont il s'entoure ? Les soldats ? Que peuvent-ils ? Pas m&#234;me remplacer les gr&#233;vistes dans une fonction &#224; laquelle ils ne connaissent absolument rien. Les poursuites ? En vertu de quel principe ? Il ne reste plus qu'une ressource &#224; Clemenceau, s'il en a encore le temps et la force, c'est d'imaginer quelque complot bien myst&#233;rieux, bien sombre, et de cueillir, sous ce pr&#233;texte, les chefs du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur, c'est que le coup du complot ne prend plus gu&#232;re. Le gouvernement reste impuissant contre les &#233;lectriciens comme il a &#233;t&#233; impuissant contre les postiers. Et les gr&#232;ves se suivent, se pr&#233;cipitent. Ouvriers et fonctionnaires marchent la main dans la main. Allons ! encore quelques efforts ! Encore quelques lumi&#232;res &#224; &#233;teindre, et le jour luira sur la ruine de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Gr&#226;ce aux t&#233;n&#232;bres de Pataud, on aura appris &#224; voir tr&#232;s clairement dans les choses. Comme disait Victor Hugo, c'est au moment o&#249; l'on y voit le moins qu'on y voit encore le mieux. Le jour o&#249; les travailleurs du gaz s'uniront &#224; ceux de l'&#233;lectricit&#233; et o&#249; Paris entier sombrera dans la plus &#233;paisse des nuits, les yeux des capitalistes s'ouvriront &#224; la, v&#233;rit&#233;. Seulement, cette fois, ce sera fini de rire. Et derri&#232;re cet hilarant Pataud, joyeux bon vivant qui divertit si fort les Parisiens, on peut d&#233;j&#224; entrevoir les redoutables figures qui pr&#233;parent le bouleversement n&#233;cessaire et d&#233;finitif, dussent-ils pour cela plonger la capitale, non plus dans la nuit, mais dans le sang !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://fr.anarchistlibraries.net/library/emile-pataud-emile-pouget-comment-nous-ferons-la-revolution" class="spip_out"&gt;&#201;mile Pataud, &#201;mile Pouget : &lt;i&gt;Comment nous ferons la R&#233;volution&lt;/i&gt; (Biblioth&#232;que Anarchiste)&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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