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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Maximilien Luce (1858-1941) [01]</title>
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		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Maximilien Luce</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Mon dieu, oui ! Maximilien Luce. Il nous pla&#238;t aujourd'hui de laisser &#224; leurs pitreries les cabotins de la politique, dont nous avons, par malheur, trop souvent l'occasion de nous occuper.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no60-du-13-mars-1909-maximilien-luce-" rel="directory"&gt;Les Hommes du Jour n&#176;60 du 13 mars 1909 - Maximilien Luce&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-maximilien-luce-92-+" rel="tag"&gt;Maximilien Luce&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton669-ea508.jpg?1774714125' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mon dieu, oui ! Maximilien Luce. Il nous pla&#238;t aujourd'hui de laisser &#224; leurs pitreries les cabotins de la politique, dont nous avons, par malheur, trop souvent l'occasion de nous occuper. Il nous a paru que ce serait assez r&#233;confortant d'aller prendre, dans son atelier, un artiste probe et modeste et de le pr&#233;senter aux lecteurs. Aussi bien, les &lt;i&gt;Hommes du Jour&lt;/i&gt; ne sont-ils pas faits pour chanter uniquement la gloire des ren&#233;gats et des larbins dont la politique et la litt&#233;rature nous offrent de multiples et si parfaits &#233;chantillons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que si nous nous &#233;tions pr&#233;occup&#233;s avant tout des besoins de l'actualit&#233;, m&#234;me en exhibant un peintre, nous eussions pu choisir une renomm&#233;e plus flambante que Luce. Qui peut se flatter, en effet, en dehors des artistes v&#233;ritables et des lecteurs des hebdomadaires r&#233;volutionnaires, de conna&#238;tre ce peintre des ateliers et du populaire ? Luce n'est pas de ceux &#224; qui la r&#233;clame bruyante, le bluff savant ouvrent les portes des lieux officiels. C'est un travailleur d&#233;sint&#233;ress&#233;, aimant son art, ne courant pas au-devant des flatteries et, confiant dans sa force, attendant tranquillement qu'on lui fasse justice. De plus, sa formule d'art, pour avoir triomph&#233; aupr&#232;s d'une &#233;lite, ne s'est pas encore impos&#233;e au public de rhinoc&#233;ros qu'on rencontre d'ordinaire aux vernissages et que distingue une extraordinaire facult&#233; d'incompr&#233;hension. Car Luce est, ou plut&#244;t &#233;tait, ou plut&#244;t encore appara&#238;t un de ceux qu'on a appel&#233;s les n&#233;o-impressionnistes, avec les Signac, les Cross, les Seurat. Ce qu'on entend par n&#233;o-impressionnisme, il ne faudrait pas le demander au public pr&#233;cit&#233;, qui range d&#233;lib&#233;r&#233;ment dans cette cat&#233;gorie tous les petits jeunes gens maladroits, &#224; peine &#233;chapp&#233;s de l'Ecole et d&#233;sireux avant tout de se singulariser par d'outrecuidantes productions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions, certes, tenter de commenter ici le n&#233;o-impressionnisme. Oh ! qu'on se rassure Nous n'allons pas nous lancer dans des consid&#233;rations artistiques et &#233;taler des connaissances qui ne sont pas les n&#244;tres, en d&#233;finissant doctoralement les rapports ou en &#233;tudiant minutieusement les techniques diverses et, malgr&#233; tout, apparent&#233;es des Seurat, des Luce, des Signac. Nous aurions trop peur de bafouiller &#224; la fa&#231;on dont bafouillent g&#233;n&#233;ralement les critiques d'art.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;mile Pataud</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;mile Pataud</dc:subject>
		<dc:subject>CGT</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;mile Pataud, le citoyen Pataud, ou plut&#244;t le camarade Pataud, comme on dit &#224; la C.G.T., est un &#233;teigneur de lumi&#232;re d'une autre envergure que le falot Viviani. Il ne grimpe pas dans le ciel pour y d&#233;crocher les &#233;toiles. Il est plus terre &#224; terre. Il se contente de supprimer le courant, d'un geste. Et il accomplit cela avec une d&#233;sinvolture, une bonhomie souriante, une gr&#226;ce bon enfant qui effarent et d&#233;sarment en m&#234;me temps. Chez lui, point de grandiloquence, point d'emphase, point (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no67-du-1er-mai-1909-emile-pataud-" rel="directory"&gt;Les Hommes du Jour n&#176;67 du 1er mai 1909 - Emile Pataud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-emile-pataud-421-+" rel="tag"&gt;&#201;mile Pataud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/pataux-6b330.jpg?1774739431' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;mile Pataud, le citoyen Pataud, ou plut&#244;t le camarade Pataud, comme on dit &#224; la C.G.T., est un &#233;teigneur de lumi&#232;re d'une autre envergure que le falot Viviani. Il ne grimpe pas dans le ciel pour y d&#233;crocher les &#233;toiles. Il est plus terre &#224; terre. Il se contente de supprimer le courant, d'un geste. Et il accomplit cela avec une d&#233;sinvolture, une bonhomie souriante, une gr&#226;ce bon enfant qui effarent et d&#233;sarment en m&#234;me temps. Chez lui, point de grandiloquence, point d'emphase, point d'attitudes superbes. Il ne montre pas le poing au p&#232;re &#233;ternel et ne va pas chercher ses m&#233;taphores dans les po&#232;mes de Richepin. Il dit et fait les choses tout simplement. Sachant que les travailleurs n'obtiendront rien que par l'entente qui cr&#233;e la force et par la violence, il s'est occup&#233; de grouper ses camarades, de les constituer en syndicat puissant et quand il les a eus dans les mains, quand il les a vus d&#233;cid&#233;s &#224; marcher, sur un signe, alors, crac d'un geste il a plong&#233; la capitale dans les t&#233;n&#232;bres. Les patrons ahuris n'y ont vu que du bleu pour commencer. Puis ils ont r&#233;fl&#233;chi. A la faveur de la nuit, ils ont r&#233;ussi &#224; y voir plus clair dans le probl&#232;me qui se pose. Ils ont compris quelle formidable et irr&#233;sistible puissance se dressait contre eux et ils ont capitul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'avoir fait que cela, c'est-&#224;-dire avoir, par un exemple aveuglant, quoique n&#233; de l'obscurit&#233;, d&#233;montr&#233; l'efficacit&#233; du groupement et la force ouvri&#232;re, c'est d&#233;j&#224; &#233;norme pour la gloire d'un homme ! Mais ce qui attire surtout l'attention sur Pataud, c'est non seulement ce qu'il a fait, c'est encore la fa&#231;on dont il le fait. Avec lui, pas de menaces terrifiantes, pas de promesses sanglantes. La R&#233;volution, croquemitaine des bourgeois qui ne sont pas sages se fait souriante. Le probl&#232;me social para&#238;t devoir se d&#233;nouer &#224; la rigolade. Il n'est pas question d'&#233;meutes, de gr&#232;ves violentes, de coups de fusil. Une simple interruption de courant. L'affolement dans les caf&#233;s, les repr&#233;sentations publiques arr&#234;t&#233;es net, les gens affair&#233;s courant apr&#232;s leurs ombres, les bougies p&#226;lottes plant&#233;es aux goulots des bouteilles et jetant une demi-clart&#233; sur la mine constern&#233;e des noctambules d&#233;sempar&#233;s. Et le lendemain, un vaste &#233;clat de rire, une gaiet&#233; colossale, le Tout-Paris populaire qui la trouve bien bonne et d&#233;clare que d&#233;cid&#233;ment ce sacr&#233; Pataud est irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que, peu &#224; peu, Pataud est devenu l'homme le plus populaire de la capitale, le Roi de Paris. Il a conquis tous les suffrages. Les faubourgs raffolent de lui. Les ouvriers lui donnent toute leur confiance. A chaque conflit nouveau on se demande si Pataud marchera. On escompte l'&#233;vanouissement brusque de l'&#233;lectricit&#233;. Vous comprenez que le pauvre bougre se soucie mod&#233;r&#233;ment de ce genre de lumi&#232;re. Il n'a pas les moyens de s'offrir une telle d&#233;bauche de clart&#233;. Il en est encore &#224; la vieille lampe &#224; p&#233;trole. La nuit, d'ailleurs, il est dans son lit. Ce sont les heureux d'ici-bas qui r&#244;dent, f&#234;tent, s'amusent, courent les brasseries, les cabarets et les restaurants nocturnes. Aussi la plaisanterie appara&#238;t-elle savoureuse au populo qui n'en subit pas les cons&#233;quences et se r&#233;jouit volontiers de la d&#233;convenue de ses ennemis. Par l&#224;, Pataud a touch&#233; au bon endroit. Il peut continuer. Plus il fera de l'ombre autour de lui, plus les faces s'&#233;claireront de contentement. Il est assur&#233; d'avoir les rieurs constamment de son c&#244;t&#233; ; et avoir su faire rire, au d&#233;pens de l'adversaire, c'est d&#233;j&#224; avoir gagn&#233; la partie.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5537 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/png/emile_pataud_1910.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/emile_pataud_1910-6c067-6113e.png?1774777551' width='150' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Emile Pataud&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Et la partie, n'en doutez pas, Pataud la gagnera compl&#232;tement et avec lui, le monde du travail. Les bourgeois l'ont compris de bonne heure. Tous ceux qui r&#233;fl&#233;chissent voient nettement les progr&#232;s incessants du syndicalisme qui monte chaque jour en force, en pr&#233;cision, en nombre. Cette myst&#233;rieuse C.G.T. dont on a fait une sorte de repaire de malfaiteurs, c'est le cauchemar du capitalisme chancelant. Longtemps on s'est efforc&#233; de la montrer au peuple comme un danger immense et mortel ; on lui pr&#234;tait les plus noirs desseins, les plus t&#233;n&#233;breuses pens&#233;es. Bien des gens ne voyaient en elle qu'une monstrueuse association de bandits sans scrupules r&#234;vant de destruction et de guerre civile. Et voil&#224; que soudain Pataud appara&#238;t. Et tout s'&#233;claire, quoique ce soit pr&#233;cis&#233;ment la fonction de Pataud de supprimer l'&#233;clairage. Quoi ! c'est donc &#231;a l'anarchiste, le fou furieux, le criminel, ce Pataud qui en se jouant plonge les patrons dans la nuit. C'est donc &#231;a, la R&#233;volution ? Et tous se sentent rassur&#233;s. Le drame tourne &#224; la grosse farce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ne sont pas rassur&#233;s, cependant, ce sont les ma&#238;tres. Ces &#233;clipses de lumi&#232;re les plongent dans d'affreuses incertitudes. Que va-t-il donc se produire si les travailleurs de tous les m&#233;tiers, imitant l'exemple des &#233;lectriciens, s'avisent de suspendre brusquement le travail ? Ce Pataud, d&#233;cid&#233;ment, avec ses allures de grand gamin qui fait une blague, est un individu tr&#232;s dangereux. C'est contre lui qu'il faut avant tout se d&#233;fendre. Alors on a essay&#233; de le ridiculiser ; on l'a montr&#233; jouant &#224; la manille avec des partenaires coiff&#233;es de casquettes et jaspinant l'argot le plus excentrique ; on l'a d&#233;peint sous les traits d'un gros gar&#231;on, tr&#232;s bourgeois, au fond, prenant du ventre et se laissant vivre aux d&#233;pens des poires que sont les travailleurs. On l'a appel&#233; le roi Pataud. On lui a jet&#233; dans les jambes un pauvre cabot sans talent, d&#233;sireux de conqu&#233;rir un peu de r&#233;clame. Puis on l'a accus&#233; de mille m&#233;faits. On a voulu le rendre odieux. On lui a pr&#234;t&#233; des pens&#233;es machiav&#233;liques. On a essay&#233; aussi de l'intimider. On a parl&#233; de poursuites, de condamnations, de prison, de bagne m&#234;me. Vains efforts. Pataud gardait toujours sur ses l&#232;vres son sourire imp&#233;n&#233;trable. Que voulez-vous ? Il est comme &#231;a, cet homme. Il a le sourire. Il se moque de ce qu'on dit, de ce qu'on raconte, de ce qu'on insinue sur son compte. Il sait que quand il le voudra, il fera de la lumi&#232;re &#224; l'aide des t&#233;n&#232;bres ; il &#233;clairera la conscience de ses contemporains. D'ailleurs, l'homme d'action se double chez Pataud d'un optimiste clairvoyant. Sa philosophie, c'est d'agir et de laisser dire. L'acte a selon lui une valeur essentielle, une port&#233;e qui d&#233;passe tous les discours et toutes les paroles. Et il agit, avec s&#233;r&#233;nit&#233;, avec confiance, avec mansu&#233;tude, certain qu'il est de la justice de sa cause et du triomphe prochain de ses id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est justement cet optimisme bonhomme, cette philosophie nonchalante qui lui encha&#238;ne les cerveaux et lui conquiert les c&#339;urs plus que ne pourraient le faire la violence des d&#233;clamations et la sauvagerie des propos.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Aux abords de ce premier mai qu'on nous a d&#233;peint &#8212; comme toujours &#8212; sous des aspects effrayants, Pataud redevient d'actualit&#233;. On attend, cette fois encore, son intervention, comme on l'attendait au lendemain de Villeneuve-Saint-Georges. Va-t-il marcher ? La nuit envahira-t-elle la capitale. Les bourgeois se posent anxieusement la question. Les travailleurs se pr&#233;parent &#224; rigoler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient que vers la fin de l'Empire, alors que la menace planait sur toutes les t&#234;tes, alors que chacun &#233;tait agenouill&#233; dans la terreur, un homme se leva, et avec une effront&#233;e gaminerie, dans un geste irrespectueux, esquissa un pied de nez &#224; la barbe du C&#233;sar d'occasion qui r&#233;gnait sur la France. Cet homme s'appelait Rochefort. Ce pied de nez ce fut le signal de la d&#233;b&#226;cle imp&#233;riale. Au lendemain de la &lt;i&gt;Lanterne &lt;/i&gt; la France &#233;tait secou&#233;e par un rire &#233;norme. Ce rire venait la d&#233;livrer de la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud, en ce cr&#233;puscule de r&#233;gime, &#224; une &#233;poque de poursuites, de condamnations et de fusillades, a recommenc&#233; le geste de Rochefort. Seulement il n'a pas pris la plume. Il a simplement tourn&#233; un bouton &#233;lectrique. Il n'a pas lanc&#233; la &lt;i&gt;Lanterne &lt;/i&gt; ; il a souffl&#233; les lumignons. Et le rire, cette fois encore, a boulevers&#233; les ventres. La bourgeoisie est d&#233;sarm&#233;e. Le capital est aux abois. On rit ; c'est la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne rira pas toujours. Ce que les bourgeois devraient le plus ardemment souhaiter, c'est que Pataud dure longtemps. Avec lui, la r&#233;volte affecte des dehors d&#233;bonnaires. On peut esp&#233;rer que tout se passera paisiblement et qu'il n'y aura que quelques &#339;ufs cass&#233;s. Gare au jour o&#249; l'on ne rira plus, o&#249; les visages deviendront sinistres, o&#249; l'on entendra des grincements de dents dans les t&#233;n&#232;bres. Apr&#232;s le vaudeville, viendra la trag&#233;die. Bourgeois, profiteurs, tripoteurs, &#233;cumeurs, politiciens, ren&#233;gats, rendez gr&#226;ce &#224; Pataud, au roi Pataud, &#224; l'Empereur de Paris, au ma&#238;tre de la Lumi&#232;re. En jetant le ridicule sur vos faces congestionn&#233;es d'effroi, il a peut-&#234;tre pour quelque temps d&#233;tourn&#233; les col&#232;res et suspendu les revanches.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Occupons-nous un peu de ce redoutable et irr&#233;sistible Pataud ; essayons de faire quelque lumi&#232;re sur sa personnalit&#233; et de pr&#233;senter sa physionomie au grand jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud est un enfant de Paris. Il est venu au monde &#224; l'h&#244;pital Saint-Antoine, en 1870, l'ann&#233;e terrible. Ses parents &#233;taient dans une pauvret&#233; voisine de l'indigence. L'enfance du futur Roi de l'ombre s'&#233;coula donc au milieu de mille privations. Il connut toutes les souffrances qui attendent, en cette existence, les d&#233;sh&#233;rit&#233;s. Durant l'hiver rigoureux de 1879-80, Pataud se rappelle que ses parents, trop pauvres, ne firent pas une seule fois de feu chez eux. L'enfant manqua succomber de froid. Avec &#231;a, point de ces petites joies qui attendent les enfants des riches ; pas de jouets, pas de no&#235;ls, pas de v&#234;tements bien chauds pour l'hiver, pas d'habits l&#233;gers pour l'&#233;t&#233;. La g&#234;ne, la douleur physique d&#232;s ses premi&#232;res ann&#233;es. C'est l&#224; un sort commun aux enfants des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plac&#233; &#224; l'&#233;cole communale, le jeune Pataud y d&#233;croche son certificat d'&#233;tudes et obtient une bourse pour une &#233;cole sup&#233;rieure. On le mit &#224; Lavoisier. Mais il n'y resta pas longtemps. A quinze ans, il lui fallut gagner son pain. Il entra aux usines Caille, gr&#226;ce &#224; une supercherie, en se servant du livret de son oncle, plus &#226;g&#233; que lui de quatre ans ! Voil&#224; bien un des plus terribles effets de la mis&#232;re. Les travailleurs oblig&#233;s de violer eux-m&#234;mes une loi protectrice, &#224; leur d&#233;pens ; un enfant oblig&#233; de se vieillir parce qu'il faut qu'il travaille et qu'il mange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux usines Caille, Pataud gagnait 0 fr. 40 de l'heure ; il faisait le m&#233;tier de frappeur riveur. Quelque temps apr&#232;s, il est d&#233;bauch&#233;, se trouve sans travail. Il se place successivement comme comptable-fumiste, marchand de tonneaux, puis rentre de nouveau aux usines Caille. Il a un peu plus de dix-huit ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un beau jour, la maison Caille l'envoie &#224; Cherbourg pour des exp&#233;riences de torpilleurs. Il y fait connaissance avec les marins. Ce jeune homme qui n'avait jamais quitt&#233; le pav&#233; de Paris s'enthousiasme pour la vie du matelot. Il devance l'appel et s'engage. Jusque-l&#224; il &#233;tait demeur&#233; &#224; peu pr&#232;s &#233;tranger &#224; toute politique. Pourtant, quoique tr&#232;s jeune, il s'&#233;tait occup&#233; quelque peu de questions sociales. Une &#226;me de r&#233;volt&#233; s'agitait en lui. Il avait fait partie de plusieurs groupes d'&#233;tudes sociales et de cercles socialistes, mais il ignorait compl&#232;tement le syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la marine, il serait exag&#233;r&#233; de pr&#233;tendre que Pataud fut un remarquable sujet. Il y r&#233;colta quelques punitions pour indiscipline et insultes aux sup&#233;rieurs. Malgr&#233; tout, il en sortit avec des certificats de bonne capacit&#233;. Mais la vie du bord qui &#233;tait bien diff&#233;rente de celle que, dans sa na&#239;vet&#233; de jeune homme, il s'&#233;tait figur&#233;e, l'avait transform&#233; en ennemi de la discipline et de l'autorit&#233;. L'antimilitariste naissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud reprit alors son existence d'autrefois, c'est-&#224;-dire qu'il se remit au travail. Il entra comme comptable dans une soci&#233;t&#233; de constructions &#233;lectriques o&#249; il put, tout en s'occupant de comptabilit&#233;, faire son apprentissage d'&#233;lectricien. Lorsqu'il eut conquis d&#233;finitivement son m&#233;tier, il abandonna la place de comptable et, toujours dans la m&#234;me soci&#233;t&#233;, fit ses d&#233;buts comme ouvrier &#233;lectricien.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quelque temps apr&#232;s, Pataud fut employ&#233; dans diff&#233;rentes compagnies d'&#233;clairage. Sa vie est alors tr&#232;s mouvement&#233;e. Il commence &#224; s'occuper s&#233;rieusement de politique. Il est secr&#233;taire de Chauvi&#232;re dans le XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement ; il fonde une universit&#233; populaire dans le m&#234;me quartier. Cela nous m&#232;ne jusqu'&#224; l'affaire Dreyfus. Socialiste r&#233;volutionnaire, Pataud marche &#224; fond ; il d&#233;pense sans compter son temps et son argent. Mais cette aventure ne devait pas lui &#234;tre inutile. Il apprend le d&#233;go&#251;t des politiciens de toutes nuances. Il se promet fermement qu'on ne l'y reprendra plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud &#233;tait employ&#233; &#224; cette &#233;poque au Compteur Michel. Il &#233;tait tr&#232;s bien not&#233;. Mais comme il commen&#231;ait &#224; s'occuper de syndicalisme, on le consid&#233;rait comme un individu tr&#232;s dangereux, en p&#233;riode de gr&#232;ve. Un jour, sous un pr&#233;texte quelconque, diminution de travail je crois, on voulut le remercier avec cent cinquante de ses camarades. L&#224;-dessus les ouvriers se concert&#232;rent et envoy&#232;rent une d&#233;l&#233;gation au patron, lui proposant de travailler un nombre d'heures moindre, pour permettre aux autres de demeure dans la maison. Premi&#232;re manifestation de solidarit&#233; ouvri&#232;re. Le patron accepta, mais il accepta seulement en ce qui concernait Pataud et se refusa &#224; prendre la m&#234;me mesure &#224; l'&#233;gard des autres. Pataud ne voulut pas accepter cette sorte de faveur et quitta la boite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, il erra quelque temps, se d&#233;brouillant comme il pouvait, faisant tous les m&#233;tiers. Tant&#244;t il est marchand de quatre saisons. Crainquebille-Pataud ! Puis il entre, gr&#226;ce &#224; la recommandation d'un maitre des requ&#234;tes qu'il avait connu dans les U.P., &#224; la Compagnie parisienne de l'air comprim&#233;. Nous sommes en 1902.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette &#233;poque que Pataud eut l'id&#233;e de constituer ses camarades de l'&#233;lectricit&#233; en syndicat. Il y fut aid&#233; puissamment par d'autres militants : Harvois, Baudry, Morel, Passerieu (ce dernier encore secr&#233;taire adjoint au syndicat). Mais d&#233;j&#224;, un syndicat des ouvriers de l'industrie priv&#233;e existait. Les deux syndicats, le nouveau et l'ancien, durent fusionner pour &#234;tre re&#231;us &#224; la C.G.T. et devinrent le Syndicat g&#233;n&#233;ral de l'industrie &#233;lectrique qui allait au cours des &#233;v&#233;nements futurs, jouer le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant que l'on conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud, nomm&#233; secr&#233;taire du nouveau syndicat, se mit ardemment &#224; la besogne. Dans le courant d'une ann&#233;e, il organisa pr&#232;s de trois cents r&#233;unions. Dou&#233; d'une prodigieuse activit&#233;, il se multiplia, fut partout &#224; la fois. Surtout il pr&#233;parait, sans vains bavardages, sans bruit, ces fameuses gr&#232;ves qui devaient &#233;tonner la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re gr&#232;ve &#233;clata en 1905, &#224; la Compagnie Edison. Elle eut pour r&#233;sultat de faire mettre sur pied quatre mille hommes de troupe pour quatre-vingt-deux gr&#233;vistes. Pataud put se f&#233;liciter de son initiative ; il obtint pour ses camarades une diminution des heures de travail et une l&#233;g&#232;re augmentation du tarif avec quelques autres menus avantages assez appr&#233;ciables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Pataud r&#234;vait mieux. Il ne voulut pas se contenter seulement d'obtenir quelques garanties et quelques avantages pour les travailleurs de son m&#233;tier. Il voyait plus loin. D&#233;go&#251;t&#233; de la politique, revenu du socialisme parlementaire et d&#233;finitivement acquis aux id&#233;es r&#233;volutionnaires, il songeait &#224; montrer, par un exemple saisissant, la puissance du syndicalisme. Il r&#233;fl&#233;chit longuement &#224; l'exp&#233;rience qu'il voulait tenter. Il m&#233;dita des journ&#233;es enti&#232;res, s'entretint avec ses camarades, scruta les bonnes volont&#233;s. Puis quand il fut certain du triomphe, quand il vit qu'il pouvait marcher, il se d&#233;cida. Et la gr&#232;ve la plus impr&#233;vue, la plus d&#233;concertante &#233;clata sur Paris. Un mot de Pataud avait suffi, un mot qui n'&#233;tait pas le&lt;i&gt; Fiat Lux&lt;/i&gt; du Seigneur, car en place de la lumi&#232;re, ce fut la nuit sombre qui vint dans la capitale morne comme un cercueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas perdu la m&#233;moire de cette nuit &#233;pique. C'&#233;tait en 1905. A huit heures du soir, brusquement, sans qu'on put savoir comment cela s'&#233;tait fait, les lumi&#232;res s'&#233;teignirent. Les th&#233;&#226;tres et les caf&#233;s concerts o&#249; s'entassait un public joyeux, durent c&#233;der aux r&#233;criminations et rembourser l'argent. Dans les caf&#233;s et les brasseries, les gar&#231;ons affol&#233;s s'enfuyaient dans toutes les directions. Cela dura plusieurs heures avant qu'on se d&#233;cid&#226;t &#224; comprendre. Vers les onze heures, on vit les boutiques essayer timidement de reconqu&#233;rir un peu de lumi&#232;re ; des torches furent plant&#233;es &#224; tous les carrefours et au milieu des places, avec des cordons d'agents pour les garder. Des bougies furent scell&#233;es sur des bouteilles pour permettre aux joueurs de continuer leurs manilles. Spectacle inoubliable. Mille bruits couraient. On parlait de catastrophe, de banqueroute. On ne songea &#224; la gr&#232;ve que fort avant dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dire la surprise des bourgeois, le lendemain, &#224; la lecture des journaux, ce serait difficile. Qu'&#233;tait-ce donc encore que cette fumisterie et ce Pataud dont personne jusque-l&#224; n'avait entendu parler ? On se mit &#224; sa recherche. Les reporters l'assaillirent. On apprit alors que ce Pataud myst&#233;rieux qui faisait et d&#233;faisait, &#224; son caprice, le jour et la nuit, &#233;tait un de ces abominables r&#233;volutionnaires, un de ces f&#233;roces antimilitaristes condamn&#233;s pour la fameuse affiche rouge. Lui, cependant, goguenard et plein de bonne humeur, laissait dire, laissait faire. En vingt-quatre heures, sa renomm&#233;e devint universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re gr&#232;ve de l'&#233;lectricit&#233; fut celle organis&#233;e en ao&#251;t 1908, au lendemain des massacres de Villeneuve. Cette fois encore, on ne s'y attendait pas. La veille, on avait parl&#233; de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, et d&#233;j&#224; les bourgeois se frottaient les mains en constatant que les &#233;lectriciens n'avaient pas march&#233;. Soudain, &#224; huit heures du soir, les lumi&#232;res disparurent pour repara&#238;tre &#224; dix. Simple gr&#232;ve de deux heures. Pataud avait voulu montrer tout bonnement au gouvernement ce que peut la puissance syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors la fureur patronale ne connut plus de bornes. Sa terreur s'accrut. D&#233;j&#224; un cabotin avait poursuivi Pataud et lui avait r&#233;clam&#233; des dommages et int&#233;r&#234;ts. Un juge s'&#233;tait trouv&#233; pour condamner le secr&#233;taire du syndicat des &#233;lectriciens. On r&#233;solut de le tuer par le ridicule ou par l'odieux. Les journaux se charg&#232;rent de la besogne. Il est impossible de relater ici tous les racontars, toutes les fumisteries, toutes les insanit&#233;s r&#233;pandues sur son compte. Mais, fid&#232;le &#224; sa m&#233;thode, Pataud laissait couler les paroles et l'encre, et continuait sa besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelque temps, on n'entendit parler de lui. On affecta d'oublier ses menaces. Les revues de fin d'ann&#233;e s'empar&#232;rent de sa personne et la jet&#232;rent sur la sc&#232;ne, en p&#226;ture, &#224; la malignit&#233; publique. Tout &#224; coup, Pataud fit sa r&#233;apparition. Cette fois, il ne plongea pas la ville dans l'ombre. Il se contenta de s'en prendre &#224; l'h&#244;tel Continental, dont le patron, avare et parjure, repoussait les revendications du personnel. Viviani devait justement, ce soir-l&#224;, pr&#233;sider un banquet. L'occasion &#233;tait propice. Pataud fit un signe : les lumi&#232;res disparurent. Le ministre dut ravaler son discours et le directeur de l'h&#244;tel accepter les revendications ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que, depuis, ce directeur a reni&#233; une fois encore ses engagements. Il a cong&#233;di&#233; ses quatorze ouvriers et menac&#233; Pataud de poursuites. Mais Pataud est bien tranquille. Les poursuites ne viendront pas.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#231;a, s'occupant de choses plus s&#233;rieuses, Pataud s'est occup&#233; &#224; organiser le fameux meeting de l'Hippodrome qui a fait couler, ces jours derniers, des tor-rents d'encre. Pour la premi&#232;re fois, ouvriers et fonctionnaires se trouvaient unis dans la lutte. On se souvient des discours prononc&#233;s, des menaces prof&#233;r&#233;es. Aujourd'hui m&#234;me, la bourgeoisie n'est pas revenue de son effroi et de sa col&#232;re. Ce meeting, d'ailleurs, a mis le comble &#224; l'exasp&#233;ration de la classe capitaliste qui, oubliant toute mesure, a parl&#233; carr&#233;ment d'exp&#233;dier Pataud au bagne, comme si derri&#232;re Pataud il n'y avait pas des centaines d'autres travailleurs pr&#234;ts, comme lui, &#224; &#233;teindre les lumi&#232;res et &#224; plonger la bourgeoisie apeur&#233;e dans la nuit sanglante, annonciatrice de l'aube de justice et de libert&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5538 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH344/emile_pataud_a_la_tribune-90c25.jpg?1774777551' width='500' height='344' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Gr&#232;ve des postiers &#224; l'hippodrome, meeting du 14 mai 1909, Pataud &#224; la tribune.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Tel est donc Pataud. On con&#231;oit maintenant son existence de grand laborieux, d'enfant du peuple, gagnant p&#233;niblement et opini&#226;trement son existence. Le gamin qui d&#233;butait, &#224; quinze ans, comme apprenti aux usines Caille, est devenu aujourd'hui un des personnages consid&#233;rables de notre &#233;poque. est plus populaire et aussi redout&#233; que le grand Flic. Et s'il est parvenu &#224; cette situation, ce n'est pas seulement gr&#226;ce aux circonstances. Il le doit surtout &#224; sa t&#233;nacit&#233; dans le travail, &#224; son d&#233;sir de s'instruire et de comprendre. Ce roi de l'Ombre s'est fait tout seul, en consacrant ses nuits &#224; l'&#233;tude et au labeur ! Ils sont comme &#231;a des centaines dans le monde ouvrier qui, arm&#233;s de leur simple certificat d'&#233;tudes, sont parvenus, au prix de mille efforts, en sacrifiant leurs heures de repos &#224; apprendre tous les secrets de la sociologie moderne, qui connaissent toutes les lois et toute la science du travail et peuvent assumer &#8212; mieux que tous les &#233;conomistes en chambre &#8212; la haute responsabilit&#233; de refaire une soci&#233;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au physique, Pataud est un gros gar&#231;on r&#233;joui, jovial, plein d'entrain et d'esprit, &#224; la r&#233;plique facile, &#224; la verve gavroche, &#233;maillant ses discours de traits et saillies qui vont droit au c&#339;ur des travailleurs faubouriens. Cependant, la lutte l'a quelque peu fatigu&#233;. Le roi Pataud voudrait bien se reposer, r&#233;parer sa sant&#233; &#233;branl&#233;e par un surmenage incessant. Des scrupules l'emp&#234;chent de prendre sa retraite. Il ne veut pas laisser &#224; d'autres le soin de mener &#224; bien la besogne commenc&#233;e. Il demeure donc &#224; son poste de combat. Mais chaque jour qui vient lui demande une plus grande &#233;nergie. Heureusement, il a pour lui sa philosophie paisible et sereine, que nulle perfidie, nulle accusation ne parviennent &#224; d&#233;monter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous voil&#224; &#224; la veille d'une nouvelle intervention de Pataud. On en parle. On en parle. Que va-t-il encore se passer ? Quel abominable tour ce sacr&#233; Pataud va-t-il nous jouer ? La soci&#233;t&#233; va-t-elle &#234;tre chahut&#233;e de fond en comble ? La bourgeoisie va-t-elle se voir enfonc&#233;e encore dans une p&#233;taudi&#232;re dont elle pourra difficilement sortir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas. Ce Premier Mai, pourtant, s'annonce encore comme charg&#233; de menaces et d'&#233;pouvante. Salutaires effets de l'action du joyeux Pataud. Le monde du capital en sera quitte pour la peur. Le monde du travail s'amusera une fois de plus. Quant aux ma&#238;tres, devant cette royaut&#233; qui s'affirme et grandit, ils font une vilaine grimace. Quelles mesures prendre contre Pataud ? Comment le saisir, &#224; t&#226;tons, dans les t&#233;n&#232;bres dont il s'entoure ? Les soldats ? Que peuvent-ils ? Pas m&#234;me remplacer les gr&#233;vistes dans une fonction &#224; laquelle ils ne connaissent absolument rien. Les poursuites ? En vertu de quel principe ? Il ne reste plus qu'une ressource &#224; Clemenceau, s'il en a encore le temps et la force, c'est d'imaginer quelque complot bien myst&#233;rieux, bien sombre, et de cueillir, sous ce pr&#233;texte, les chefs du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur, c'est que le coup du complot ne prend plus gu&#232;re. Le gouvernement reste impuissant contre les &#233;lectriciens comme il a &#233;t&#233; impuissant contre les postiers. Et les gr&#232;ves se suivent, se pr&#233;cipitent. Ouvriers et fonctionnaires marchent la main dans la main. Allons ! encore quelques efforts ! Encore quelques lumi&#232;res &#224; &#233;teindre, et le jour luira sur la ruine de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Gr&#226;ce aux t&#233;n&#232;bres de Pataud, on aura appris &#224; voir tr&#232;s clairement dans les choses. Comme disait Victor Hugo, c'est au moment o&#249; l'on y voit le moins qu'on y voit encore le mieux. Le jour o&#249; les travailleurs du gaz s'uniront &#224; ceux de l'&#233;lectricit&#233; et o&#249; Paris entier sombrera dans la plus &#233;paisse des nuits, les yeux des capitalistes s'ouvriront &#224; la, v&#233;rit&#233;. Seulement, cette fois, ce sera fini de rire. Et derri&#232;re cet hilarant Pataud, joyeux bon vivant qui divertit si fort les Parisiens, on peut d&#233;j&#224; entrevoir les redoutables figures qui pr&#233;parent le bouleversement n&#233;cessaire et d&#233;finitif, dussent-ils pour cela plonger la capitale, non plus dans la nuit, mais dans le sang !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://fr.anarchistlibraries.net/library/emile-pataud-emile-pouget-comment-nous-ferons-la-revolution" class="spip_out"&gt;&#201;mile Pataud, &#201;mile Pouget : &lt;i&gt;Comment nous ferons la R&#233;volution&lt;/i&gt; (Biblioth&#232;que Anarchiste)&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Steinlen</title>
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		<dc:creator>Louis Nazzi</dc:creator>


		<dc:subject>Th&#233;ophile Alexandre Steinlen</dc:subject>
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&lt;p&gt;Steinlen, c'est un autre Vall&#232;s un po&#232;te de la rue qui dessinerait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une m&#234;me &#226;me tendre et r&#233;volt&#233;e s'affirme et rayonne dans les proses du grand &#233;crivain et sur les planches de l'artiste courageux. Et l'un et l'autre ont &#233;galement racont&#233;, chant&#233; et magnifi&#233; la Rue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vall&#232;s et Steinlen ! Ce rapprochement s'impose &#224; mon esprit. Avec quelle force je sens leurs affinit&#233;s ! Plus je confronte ces deux lyriques des mis&#233;reux et des r&#233;fractaires, plus je leur d&#233;couvre de vertus et de vaillances (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-theophile-alexandre-steinlen-272-+" rel="tag"&gt;Th&#233;ophile Alexandre Steinlen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-les-hommes-du-jour-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Steinlen, c'est un autre Vall&#232;s un po&#232;te de la rue qui dessinerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une m&#234;me &#226;me tendre et r&#233;volt&#233;e s'affirme et rayonne dans les proses du grand &#233;crivain et sur les planches de l'artiste courageux. Et l'un et l'autre ont &#233;galement racont&#233;, chant&#233; et magnifi&#233; la Rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vall&#232;s et Steinlen ! Ce rapprochement s'impose &#224; mon esprit. Avec quelle force je sens leurs affinit&#233;s ! Plus je confronte ces deux lyriques des mis&#233;reux et des r&#233;fractaires, plus je leur d&#233;couvre de vertus et de vaillances communes ! Vall&#232;s et Steinlen ! Ils se ressemblent comme deux fr&#232;res ardents et g&#233;n&#233;reux, unis dans une m&#234;me piti&#233; pour tout ce qui vit et pour tout ce qui souffre. Leurs arts, d'expression pourtant si diff&#233;rente, et qu'ils ont marqu&#233;s de leur griffe, ne les s&#233;parent pas. Je vois surtout en eux deux amis du peuple, deux bons camarades, les plus sinc&#232;res que je connaisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steinlen est le peintre de la rue. Nul artiste ne s'est &#233;pris d'elle d'un mouvement plus spontan&#233; et plus profond. Il l'a peinte, parce qu'il l'a aim&#233;e jusqu'&#224; l'idol&#226;trie, dans ses beaut&#233;s comme dans ses laideurs, dans ses vertus et dans ses vices m&#234;mes. Il l'a d&#233;crite, non pas en observateur distant, &#224; la mani&#232;re d'un naturaliste qui se documente &#224; froid, mais avec la tendresse d'un passant curieux, passionn&#233;, sensible &#224; l'exc&#232;s, dont l'&#226;me est ouverte &#224; toute ferveur et &#224; toute mis&#232;re. Il l'a vue et repr&#233;sent&#233;e, en tous les temps, &#224; toutes les heures du jour et de la nuit, sous le soleil et sous la neige. Il l'a &#233;tudi&#233;e, en d&#233;tail, si l'on peut dire, isolant un groupe, une vol&#233;e de petites ouvri&#232;res s'&#233;chappant de l'atelier, par exemple, et il en a tent&#233;, avec une fougue et une puissance qui n'ont pas &#233;t&#233; surpass&#233;es, de vastes et grouillantes synth&#232;ses, d&#233;ferlement de foule, qui ont le large fr&#233;missement et l'odeur montante de la vie. Il a marqu&#233; d'une telle originalit&#233;, d'un trait si vrai et si cern&#233;, ses croquis de m&#339;urs populaires, ses coins de chantiers et de faubourgs, qu'il a fait sien, pour longtemps encore, sans doute, ce paysage de pav&#233;s, de pl&#226;tras, d humanit&#233; et de fum&#233;e, mis&#233;rable et h&#233;ro&#239;que qu'on appelle la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rue appartient, dans l'art direct du dessin, &#224; Alexandre Steinlen. Elle est son domaine pauvre et merveilleux. Par droit de piti&#233;, &#224; force d'&#233;tude, il y r&#232;gne aujourd'hui, accabl&#233; de son labeur, et triste, infiniment, de s'&#234;tre pench&#233; sur tant de souffrances. Pas un peintre, je pense, ne lui contestera ce douloureux privil&#232;ge, acquis par tant de peines et d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reconnais &#224; Steinlen que deux &#233;gaux : Jules Vall&#232;s, compagnon des &lt;i&gt;R&#233;fractaires &lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;Enfants du Peuple&lt;/i&gt; et le grand Emile Zola, qui entra&#238;na les foules &#233;piques de &lt;i&gt;La D&#233;b&#226;cle &lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Germinal&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/pages_de_les_hommes__copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH705/pages_de_les_hommes__copie-e164e.jpg?1774777554' width='500' height='705' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Si inattendu et si extraordinaire que cela paraisse, Steinlen n'est pas n&#233; &#224; Paris. La nature, m&#232;re impr&#233;voyante, commet de ces erreurs ! Steinlen est d'origine suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;ophile-Alexandre Steinlen a vu le jour sous un ciel cl&#233;ment, en 1859, &#224; Lausanne, nid de qui&#233;tude patriarcale et retraite calviniste. Celui qui devait &#234;tre, un jour, le peintre le plus &#226;pre de la d&#233;bine parisienne ouvrit les yeux sur un d&#233;cor alpestre, aux tons verniss&#233;s d'imagerie : gras p&#226;turages, chalets d'op&#233;ra-comique, troupeaux clairsem&#233;s aux gr&#234;les clarines... Affiche pour Milka-Suchard !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille de Steinlen, &#171; en qui se croisent plusieurs races et qui m&#234;lait du sang fran&#231;ais &#224; du sang germain &#187;, &#233;tait une famille d'artistes. On rapporte que son grand-p&#232;re, professeur de dessin &#224; Vevey, eut neuf fils, qui s'adonn&#232;rent tous &#224; l'art paternel. Guid&#233; par l'instinct, Steinlen crayonna, petit gar&#231;on aux doigts tach&#233;s d'encre, dans les marges de ses cahiers de classe. Soumis &#224; une rigide &#233;ducation protestante, il fit des &#233;tudes uniquement litt&#233;raires, et non pas artistiques, comme on pourrait le croire. Il vint &#224; l'art, de lui-m&#234;me, ob&#233;issant &#224; une pouss&#233;e int&#233;rieure, et contre l'assentiment des siens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steinlen n'avait pas vingt ans quand, renon&#231;ant aux honneurs du baccalaur&#233;at, il d&#233;serta le morne coll&#232;ge. Une obsession le hantait, qui le poussait &#224; reproduire sans cesse des silhouettes de coqs et de chats, ses b&#234;tes de pr&#233;dilection. Il &#233;tait n&#233; peintre, comme d'autres viennent au monde critiques d'art ou manilleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se d&#233;barrassa du pr&#233;coce animalier en l'envoyant apprendre le dessin d'ornements, chez un oncle, manufacturier &#224; Mulhouse. On esp&#233;rait qu'il s'assagirait, qu'il renoncerait &#224; ses lubies. Peindre des coqs et des chats, la belle invention ! Steinlen s'&#233;tiola, quelques mois, dans la cit&#233; industrielle. Mais il y couvait un grand projet, un cher et vaste d&#233;sir d'&#233;vasion. Un beau matin, n'en pouvant plus d'attendre, il prit le chemin de Paris. Il n'y vint pas ; il y courut, Paris &#233;tait n&#233;cessaire &#224; sa vitalit&#233;, au libre jeu de son cerveau et de ses organes. Il lui fallait Paris !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zola, qui a &#233;veill&#233; tant de consciences, venait de jeter le germe de d&#233;livrance dans la t&#234;te du petit Steinlen : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;On dit que tr&#232;s jeune il lut l'&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Assommoir&lt;/span&gt; de Zola,&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt; raconte Anatole France&lt;/span&gt;, qu'il en re&#231;ut la r&#233;v&#233;lation de tout un monde de travail et de souffrance, et qu'&#233;mu de cette apocalypse de la mis&#232;re il se sentit attir&#233; vers nos faubourgs par une irr&#233;sistible sympathie et par un secret avertissement que l&#224; seulement il pourrait d&#233;velopper toute son &#226;me. C'est ainsi que, du fond de son pays Vaudois, il nous est venu ing&#233;nu, curieux et charmant, et portant &#224; son chapeau un bouquet de fleurs rustiques.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le matin de son arriv&#233;e &#224; Paris, Steinlen a gard&#233;, comme un f&#233;tiche, ces fleurs toujours fra&#238;ches ; la v&#233;rit&#233;, c'est que les couleurs se sont &#233;vanouies. Le petit bouquet a tourn&#233; au rouge, &#224; un rouge de plus en plus sombre et qui ressemble au noir.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;A son entr&#233;e dans Paris, vers la fin de 1881, &#171; avec vingt-quatre francs clans la poche &#187;, Steinlen dut &#233;prouver qu'il p&#233;n&#233;trait dans sa vraie patrie. De quel regard filial il dut la d&#233;couvrir, ou, plut&#244;t, la reconna&#238;tre ! Ainsi, les fresques &#233;voqu&#233;es par Emile Zola &#233;taient bien des visions, &#233;normes mais exactes, de la r&#233;alit&#233; ; elles &#233;taient b&#226;ties, solidement, sur l'observation ; elles ne mentaient pas ! Le petit dessinateur inconnu se proposa, d'embl&#233;e, d'entreprendre la t&#226;che formidable, sous laquelle pliait le cr&#233;ateur des &lt;i&gt;Rougon Macquart &lt;/i&gt; : peindre et exalter Paris et son peuple vaillant. Toute une vie suffirait-elle a cette ambition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steinlen ne perdit pas son temps. Il lui fallait, au plus vite, regagner les ann&#233;es mortes. Il ne se pardonnait pas d'avoir vu la lumi&#232;re, d'avoir respir&#233;, grandi, jou&#233; et dessin&#233;, ailleurs qu'en ce Montmartre rustique et pittoresque. Il lui importait peu de g&#238;ter dans une bicoque. Pour la premi&#232;re fois, il se sentait vivre. Il tira profit de ses notions de dessin industriel et s'appliqua &#224; ex&#233;cuter quelques petites commandes pour un d&#233;corateur.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5477 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/theophile-alexandre_steinlen_-_tournee_du_chat_noir_de_rodolphe_salis__tour_of_rodolphe_salis__chat_noir__-_google_art_project.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/theophile-alexandre_steinlen_-_tournee_du_chat_noir_de_rodolphe_salis__tour_of_rodolphe_salis__chat_noir__-_google_art_project-58682-98e30.jpg?1774777554' width='150' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le hasard, qui fait bien les choses quand il veut, fut secourable au jeune artiste. A peine descendu &#224; Paris, Steinlen rencontra Willette. Tout de suite, une amiti&#233; fraternelle les unit, qui dure encore, plus profonde que jamais. Willette introduisit son jeune camarade, timide et h&#233;sitant, au &lt;i&gt;Chat-Noir&lt;/i&gt;. Steinlen dessina l'affiche fameuse, ex&#233;cut&#233;e avec une rare sobri&#233;t&#233; de lignes et qui a r&#233;pandu la naissante renomm&#233;e de l'artiste. Les murs de Paris ont &#233;t&#233; comme ennoblis de la pr&#233;sence de ce chat aur&#233;ol&#233;, hi&#233;ratique et byzantin, de proportions &#233;normes, dressant au-dessus de la foule sa silhouette fantastique et d&#233;charn&#233;e et qui faisait d&#233;crire &#224; sa queue empanach&#233;e une courbe ostensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'ai connu Steinlen &#224; ses d&#233;buts, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;raconte Willette&lt;/q&gt;, et c'est moi qui ai amen&#233; ait &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Chat-Noir&lt;/span&gt; (d'ex&#233;crable m&#233;moire) cette excellente recrue, Steinlen a toujours &#233;t&#233; un tendre et un chaste ; dans le diabolique Chat Noir il n'a d'abord vu que le bon ap&#244;tre, qui se chauffait en faisant ronron ou qui jouait avec la petite Sarah, la fille de Rodolphe Salis, s&#339;ur des petits oiseaux qu'il dessinait alors si joliment pour des maisons de d&#233;corations.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, pour Steinlen, commen&#231;a une vie de recherches et de d&#233;couvertes, d'un cours pr&#233;cipit&#233;, qui n'a pas encore ralenti, apr&#232;s trente ann&#233;es En proie &#224; l'inqui&#233;tude fi&#233;vreuse des cr&#233;ateurs, il chargea ses cartons de croquis et d'&#233;bauches. Il apporta au &lt;i&gt;Chat-Noir&lt;/i&gt; des &lt;i&gt;Enfants&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;B&#234;tes famili&#232;res&lt;/i&gt;, histoires pu&#233;riles et malignes, o&#249; le chat, ma&#238;tre-fripon, fait des siennes, et qui d&#233;noncent l'un des plus souples talents d'animalier du crayon. Et, bient&#244;t, il collabora au &lt;i&gt;Mirliton&lt;/i&gt;, de Bruant, au &lt;i&gt;Gil Blas Illustr&#233;&lt;/i&gt;, au &lt;i&gt;Chambard &lt;/i&gt; et &#224; &lt;i&gt;la Feuille&lt;/i&gt; de Zo d'Axa. L'&#233;lan &#233;tait donn&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5480 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/apunte_para_la_revista_gil_blas_illustre__theophile_alexandre_steinlen.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH342/apunte_para_la_revista_gil_blas_illustre__theophile_alexandre_steinlen-6de31-1a00f.jpg?1774777554' width='150' height='342' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La popularit&#233; de Steinlen date, &#224; dire vrai, de sa collaboration hebdomadaire &#224; &lt;i&gt;Gil Blas Illustr&#233;&lt;/i&gt;. Apr&#232;s avoir fait la conqu&#234;te du monde qui se dit artistique, Steinlen imposa sa personnalit&#233; loyale et combative &#224; Paris, au Paris gouailleur et sentimental. Il fut vite adopt&#233; par tous ceux qui demandent leur nourriture intellectuelle aux suppl&#233;ments illustr&#233;s. Il hypnotisa, par ses dessins vigoureux, l'&#233;tudiant et la midinette, l'employ&#233; et le bureaucrate, les filles publiques et les dames litt&#233;raires. Ce public en vaut bien un autre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant huit ann&#233;es, de 1891 &#224; 1899, Steinlen illustra, avec une ma&#238;trise remarquable, sans une d&#233;faillance, la premi&#232;re page de &lt;i&gt;Gil Blas Illustr&#233;&lt;/i&gt;, qui constituait une anthologie disparate, et des plus curieuses &#224; feuilleter, de la nouvelle fran&#231;aise, en sa belle saison. Le naturalisme victorieux et le symbolisme florissant m&#234;laient leurs offrandes et unissaient leurs rameaux. Emile Zola et St&#233;phane Mallarm&#233;, Guy de Maupassant et Henri de R&#233;gnier, Octave Mirbeau et Francis Vi&#233;l&#233;-Griffin voisinaient et alternaient. Heureuses arm&#233;es ! M. F&#233;licien Champsaur &#233;tait le favori des lectrices, et, pour tourner le couplet amoureux et la ballade assassine, Armand Silvestre n'avait pas son pareil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re richesse de la collection de &lt;i&gt;Gil Blas illustr&#233;&lt;/i&gt;, c'est de contenir quatre cents dessins de Steinlen. Effort magnifique que celui de ce jeune artiste qui, ayant trouv&#233; sa veine, se condamne &#224; un labeur sans r&#233;pit, se livre &#224; une documentation quotidienne, perfectionne sans cesse son instrument et &#233;largit &#224; l'infini son horizon ! Huit ann&#233;es d'&#233;tudes et d'&#339;uvres, de projets &#233;bauch&#233;s et de pages durables de vie inqui&#232;te, surchauff&#233;e et pl&#233;ni&#232;re ! Huit ann&#233;es de la vie int&#233;rieure et f&#233;conde, de la destin&#233;e tragique et merveilleuse d'un grand artiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je viens de m'enfermer, tout un jour, avec cette pr&#233;cieuse et &#233;norme collection de documents arrach&#233;s &#224; la soci&#233;t&#233; contemporaine, et, &#224; l'instant d'&#233;crire sur ce rapport prodigieux, je ravive mes sensations, &#224; feuilleter ce recueil de dessins choisis : &lt;i&gt;Dans la Vie &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la Vie, cent dessins de Steinlen. Pr&#233;face de Camille de Sainte-Croix (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, qui renferme pr&#232;s de cent chefs-d'&#339;uvre, les meilleures pages de&lt;i&gt; Gil Blas Illustr&#233;&lt;/i&gt;. Les voici group&#233;s, sous la forme amicale du livre, et distribu&#233;s en sept s&#233;ries :&lt;i&gt; Les Idylles, Bals et Bastringues, les Ouvriers, Gosses et Gosselines, les Mis&#233;reux, les Petites Ouvri&#232;res, Filles et Marlous.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant tant de sc&#232;nes pr&#233;cises et color&#233;es, qui se h&#226;tent et se bousculent, on demeure ab&#238;m&#233; de stupeur et d'admiration, les yeux fatigu&#233;s, les membres rompus, comme apr&#232;s une marche forcen&#233;e &#224; travers la foule la plus diverse, la plus grouillante et la plus fertile en oppositions. Steinlen a mis &#224; contribution tous les temps, tous les pays, toutes les conditions, toutes les heures et toutes les sai-sons. Selon l'exigence du texte &#224; illustrer, il a fait preuve de luxuriante imagination ou de r&#233;alisme intuitif ; il a &#233;voqu&#233; la lande et ses gen&#234;ts, le chantier et son d&#233;cor de pierres, la brasserie et sa suffocante tabagie, le cabinet particulier et ses relents de noce b&#234;te. Il a crayonn&#233;, tout ensemble, comme un troupeau humain, venu du plus lointain des si&#232;cles, ceux d'autrefois, qui se perdent dans les brumes de la l&#233;gende, et ceux d'aujourd'hui, allant, parlant et gesticulant. Il a &#233;t&#233;, tour &#224; tour, rustique et boulevardier, gavroche et justicier, mystique et pa&#239;en, et, dans nombre de pages vengeresses, anarchiste. Il a fait appel &#224; l'amour et &#224; la haine, au r&#234;ve et &#224; la sensualit&#233;, &#224; la piti&#233; et &#224; la r&#233;volte. Et toujours, durant ces huit ann&#233;es et dans ses quatre cents dessins, Steinlen est demeur&#233; Steinlen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fonci&#232;re probit&#233;, c'est Steinlen. Il est, lui aussi, &#171; un &#339;il incorruptible &#187; dirig&#233; sur la vie et les hommes. Mais, ainsi que Jules Renard, &#224; qui j'emprunte cette d&#233;finition de l'artiste &#171; humain &#187;, il n'a pas le pouvoir d'emp&#234;cher son c&#339;ur de battre. De l&#224;, que le crayon tremble un peu, aux minutes de col&#232;re ou de tristesse, dans la main vigoureuse du dessinateur. Steinlen est de ces tendres qui ne cr&#233;ent que dans la passion. Il est de la grande famille artistique qui va de Dickens &#224; Charles-Louis Philippe et de Millet &#224; Eug&#232;ne Carri&#232;re. Pour ceux-l&#224;, la beaut&#233; est comme un arbre de nos pays, mais charg&#233; de fruits d'or, au croisement de deux humbles chemins, ceux de la v&#233;rit&#233; et de la bont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Lorsque &lt;i&gt;Gil Blas Illustr&#233;&lt;/i&gt; cessa de para&#238;tre, Steinlen &#233;tait pr&#233;par&#233;, par son robuste talent et le rude apprentissage qu'il venait de fournir, &#224; interpr&#233;ter, au moyen de l'art sobre et intime du dessin, la pens&#233;e et l'&#233;motion encloses dans les plus beaux livres de sa g&#233;n&#233;ration. De toute &#233;vidence, le dessinateur qui, au gr&#233; d'une n&#233;cessit&#233; plus ou moins litt&#233;raire, avait enfant&#233; tout un monde &#224; l'image de la soci&#233;t&#233; contemporaine, &#233;tait le premier illustrateur de son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steinlen abandonna donc le journal pour le livre. Il soumit, d&#233;sormais, &#224; la m&#233;ditation les lueurs vives et fulgurantes de son imagination cr&#233;atrice. Il entoura son &#339;uvre de silence, d'adoration et de cet enivrement d&#233;sol&#233;, qui est l'atmosph&#232;re des pens&#233;es les plus hautes et les plus rayonnantes. Il assura son m&#233;tier, &#233;largit plus encore son art, poursuivit avec une curiosit&#233; moins fi&#233;vreuse et comme renouvel&#233;e son enqu&#234;te sur les hommes. Il se rapprocha, d'ann&#233;e en ann&#233;e, luttant dans la solitude, de la perfection, qu'il souhaitait d'atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'admirable effort, la d&#233;licate et &#233;norme production ! Steinlen composa plusieurs num&#233;ros de &lt;i&gt;L'Assiette au Beurre&lt;/i&gt;&lt;i&gt; : La vision de Victor Hugo&lt;/i&gt;, qui est d'un lyrique du crayon et &lt;i&gt;Juges et Jugeurs&lt;/i&gt;, album que Daumier aurait contresign&#233;. Il illustra, pour Sevin et Rey, &lt;i&gt;Les Soliloques du Pauvre&lt;/i&gt;, ces litanies populaires d'un accent dolent ou d&#233;chirant, et qui, mieux que les coups de clairon de M. Paul D&#233;roul&#232;de et les couacs des &lt;i&gt;Chanteclercs &lt;/i&gt; d'Acad&#233;mie, appartiennent &#224; notre litt&#233;rature nationale. Il conf&#233;ra une valeur esth&#233;tique aux recueils de chansons de Paul Delmet : &lt;i&gt;Chansons de femmes, Chansons de pages, Chansons de Montmartre&lt;/i&gt;, etc. Ses &#339;uvres les plus importantes, il les cr&#233;a, gr&#226;ce &#224; l'initiative de son ami et collaborateur Edouard Pelletan, &#233;diteur artiste et &#233;rudit. Il rendit sensible, par le trait et le jeu des ombres, l'injuste et douloureuse destin&#233;e de &lt;i&gt;Crainquebille&lt;/i&gt;, le conte le plus &#233;mu d'Anatole France, et son chef-d'&#339;uvre, incontestablement ; les travaux violents et les fougueuses amours des gars de ferme et des filles de village de la &lt;i&gt;Chanson des Gueux&lt;/i&gt; ; la mis&#232;re et la bont&#233;, comme deux vieilles tissant c&#244;te &#224; c&#244;te le lange d'un nouveau-n&#233;, dans la cabane des &lt;i&gt;Pauvres Gens&lt;/i&gt;, de Hugo ; les sentiments de l'homme libre qui revient dans le village de son enfance, la grandissante tendresse qui cro&#238;t au c&#339;ur de l'inconnu de &lt;i&gt;Patrie&lt;/i&gt;, l'admirable po&#232;me en prose de jules Renard ; les sourires narquois et la soudaine s&#233;v&#233;rit&#233; du visage d'Anatole France...&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5482 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/pages_de_les_hommes_-2_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH738/pages_de_les_hommes_-2_copie-854b1.jpg?1774777554' width='500' height='738' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le talent de Steinlen, en tant qu'illustrateur de po&#232;mes et de r&#233;cits, est fait de compr&#233;hension fraternelle et de tendresse appliqu&#233;e. On le sent plein de la pens&#233;e de l'auteur et dans la crainte de le trahir. Le livre a &#233;t&#233; lu et relu par un lecteur, qui ne s'arr&#234;te pas au sens des mots et qui p&#233;n&#232;tre le sentiment qui a inspir&#233; et nourri l'&#339;uvre. Cr&#233;ateur parmi les plus dou&#233;s et les plus spontan&#233;s, Steinlen, quand il fouille un livre, remonte &#224; la source vivante, au c&#339;ur m&#234;me de la beaut&#233;. Riche d'une chaleur neuve, qui est la fi&#232;vre de son &#226;me en travail et riche des ferments &#233;trangers que lui apporte la fiction de l'&#233;crivain, Steinlen ne se d&#233;livre pas, sur-le-champ, de tout ce qui bout et veut na&#238;tre &#224; la vie, dans sa pens&#233;e. Toujours il confronte ses images inspir&#233;es avec les visions cruellement nettes que lui propose la r&#233;alit&#233;. Il ne compose ses planches que d'apr&#232;s la vie, non &#224; son imitation, mais &#224; sa ressemblance exalt&#233;e. Pour Steinlen, la v&#233;rit&#233; n'est pas une pellicule qu'on d&#233;tache de la surface des choses ; c'est une odeur forte, comme le go&#251;t de l'amour, et dont l'&#226;me s'impr&#232;gne. Il est id&#233;aliste, instinctivement, et par surcro&#238;t, &#224; la mani&#232;re des grands r&#233;alistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout personnage de Steinlen trempe dans son milieu, se d&#233;tache sur le d&#233;cor de sa splendeur ou de sa d&#233;bine, soul&#232;ve sur ses pas une poussi&#232;re de sensations et d'impressions, qui lui sont propres. A vrai dire, il n'est vivant qu'en fonction des choses qui l'entourent ; elles le soutiennent, l'&#233;quilibrent, le conditionnent et l'expliquent ; elles forment le fond d&#233;termin&#233; &#224; la fois et lyrique de sa physiologie Le pav&#233; gras de boue ou ouat&#233; de neige, les hautes fa&#231;ades mornes et muettes, les interminables palissades, les tas de sable qui sont les falaises &#224; prix r&#233;duit des petits pauvres, les becs de gaz b&#233;n&#233;voles, les bancs secourables aux vieux et aux amants, tout le mat&#233;riel usag&#233; et d&#233;fra&#238;chi de la rue, que la pluie lave et que le soleil chauffe, constitue le paysage naturel et n&#233;cessaire des h&#233;ros de Steinlen. Paysage observ&#233;, aim&#233; et d&#233;chiffr&#233;, lui aussi, paysage vari&#233; &#224; l'infini, f&#233;cond en contrastes, marqu&#233; pour la douleur ou pour la joie ! Il ne suffit pas &#224; Steinlen, par exemple, de d&#233;crire la face tum&#233;fi&#233;e, creus&#233;e de rides et grossi&#232;rement taill&#233;e de Crainquebille, l'immortel marchand des quatre-saisons ; il veut encore nous le montrer, plong&#233; dans la cit&#233;, homme parmi les maisons, sous le ciel de Paris ; il veut que nous le voyions, un peu avant midi, &#224; &#171; l'heure de la vente &#187;, contre sa baladeuse amarr&#233;e au trottoir, gueulant &#171; les beaux poireaux &#187; et servant la pratique, tandis que la rue Montmartre roule, autour de lui, en sens contraires, ses deux courants de fiacres, d'omnibus, de camions, de voitures &#224; bras et d&#233;verse, au long des boutiques, son flot humain. Il faut conna&#238;tre, en effet, ce coin de Paris, &#224; cette heure choisie, pour comprendre le drame qui entrera, d&#232;s la seconde page du merveilleux r&#233;cit, dans la destin&#233;e de Crainquebille, victime de la justice humaine.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5478 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left 150'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/maitres_de_l_affiche_v_3_-_pl_134_-_steinlen.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH691/maitres_de_l_affiche_v_3_-_pl_134_-_steinlen-5f914.jpg?1774777555' width='500' height='691' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'il illustrait France et Rictus, Steinlen trouva le temps de couvrir de vastes panneaux, destin&#233;s aux murs de Montmartre et de Montparnasse. Ceux qui les lui commandaient et qui, ensuite, les emportaient, d&#233;cernaient &#224; ces visions d'une acuit&#233; hallucinante le titre d'affiches. A la v&#233;rit&#233;, c'&#233;taient, balafr&#233;es &#224; grands traits et sculpt&#233;es par un d&#233;miurge dans la lumi&#232;re et l'ombre, de vivantes &#233;pop&#233;es. Je songe surtout, en cet instant o&#249; j'&#233;cris, aux deux fresques surhumaines qui annonc&#232;rent au peuple des faubourgs la publication de &lt;i&gt;Paris&lt;/i&gt;, cette autre &#233;pop&#233;e de Zola et la naissance du &lt;i&gt;Petit Sou&lt;/i&gt;. Qu'on se souvienne de ce d&#233;ferlement de pens&#233;es et d'&#234;tres en g&#233;sine, roulant &#224; travers les brumes glac&#233;es de l'aurore vers la Butte ! Qu'on &#233;voque, sur un ciel d'incendie, le beau barbare, au front tenace et aux muscles d'athl&#232;te, brisant les cha&#238;nes d'un pass&#233; l&#226;che ! Et je vois encore&lt;i&gt; Le Coupable&lt;/i&gt;, de Fran&#231;ois Copp&#233;e, le petit bagnard, p&#226;le et souffreteux, yeux caves et joues creuses, dont le regard et le silence sont une double accusation &#224; une soci&#233;t&#233; qui permet de si jeunes d&#233;sespoirs. J'accompagne Le &lt;i&gt;Chemineau &lt;/i&gt; sur sa route solitaire, &#224; travers plaines et vallons. Il n'est pas jusqu'aux &#339;uvres, que le gros commerce suscita, &lt;i&gt;Le lait pur st&#233;rilis&#233;&lt;/i&gt; ou les &lt;i&gt;Motocycles Comiot&lt;/i&gt;, qui ne comptent parmi les plus harmonieuses r&#233;ussites de l'affiche fran&#231;aise. Par vingt reprises, les murs de Paris ont &#233;t&#233;, gr&#226;ce &#224; Steinlen, ce qu'ils devraient toujours &#234;tres : les parois comme anim&#233;es et resplendissantes d'un mus&#233;e de vie.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/maitres_de_l_affiche_v_2_-_pl_95_-_theophile-alexandre_steinlen.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH210/maitres_de_l_affiche_v_2_-_pl_95_-_theophile-alexandre_steinlen-2dd8e-91b7e.jpg?1774777555' width='150' height='210' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Que dirai-je, &#224; pr&#233;sent, du peintre, sinon qu'il est l'&#233;gal du dessinateur, en probit&#233; comme en talent. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En peignant &#224; l'huile, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;a &#233;crit Anatole France, qu'il faut toujours citer, &#224; propos d'Alexandre Steinlen, parce qu'il l'a jug&#233; avec l'aimante clairvoyance d'un admirateur devenu un ami&lt;/span&gt;, en peignant &#224; l'huile, l'artiste n'a perdu aucune des qualit&#233;s qui firent la c&#233;l&#233;brit&#233; du dessinateur, et il en a acquis de nouvelles, qui r&#233;sultent d'un proc&#233;d&#233; riche et f&#233;cond entre tous La ma&#238;trise &#224; laquelle il semble parvenu tout d'un coup est en r&#233;alit&#233; le r&#233;sultat d'une longue et patiente pr&#233;paration. Il ne s'est mis &#224; peindre de grandes figures que lorsqu'il s'est senti capable de les enlever avec autant de vigueur, de prestesse et d'emportement que ses croquis au crayon. Il a appris lentement &#224; peindre vite. C'est le secret de sa ma&#238;trise soudaine.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui visit&#232;rent l'exposition de la place Saint-Georges, un blafard apr&#232;s-midi de l'hiver 1903, ont gard&#233; le souvenir d'une mati&#232;re souple et vive, d'un art sobre et sinc&#232;re, de toiles claires et vibrantes. Peintre, Steinlen est demeur&#233; l'historien attendri et vigoureux de ceux qui travaillent. Voici des blanchisseuses sortant du lavoir et coltinant leur paquet de linge mouill&#233; , une marchande des quatre saisons et sa poussette ; des terrassiers d&#233;fon&#231;ant le sol, d'autres au repos, d'autres en route vers la soupe du soir, d'autres et d'autres encore. Voici le &lt;i&gt;14 Juillet&lt;/i&gt;, la f&#234;te populaire, son brouhaha, son tintamarre et ses lampions ; la f&#234;te populaire, avec son bal en plein vent, qui clabaude et qui s'ext&#233;nue ; la grande riboule-dingue patriotique et sa &lt;i&gt;Marseillaise &lt;/i&gt; vomie, aux carrefours, par des souffleurs de pistons et de trombones, que la congestion menace ; voici l'&#233;meute d&#233;cha&#238;n&#233;e, sur laquelle le drapeau fait une tache de sang. Voici, enfin, le monde menu et adorable de l'enfance, depuis le poupon qui presse sa &#171; p&#233;p&#233;e &#187; jusqu'&#224; la fillette de dix ans, qui ne r&#234;ve que de robes longues et joue &#224; la dame...&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans l'un des contes les plus parfaits du recueil : &lt;i&gt;Dans la petite ville&lt;/i&gt;, et qui a pour titre : &lt;i&gt;Le Visiteur&lt;/i&gt; &#8212;conte qui m&#233;ritait bien la faveur d'un tirage &#224; part et l'honneur d'&#234;tre illustr&#233; par Steinlen &#8212; Charles-Louis Philippe fait revenir Christ parmi les bonnes gens de C&#233;rilly, petit village de France. Christ s'assied &#224; la table du sabotier, rompt le pain, sourit aux enfants, enseigne l'homme et la femme. Et, entre tant de paroles douces et &#233;mouvantes, J&#233;sus dit &#224; l'artisan, &#224; propos des haines nouvelles qui divisent les hommes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il n'est pas n&#233;cessaire d'&#233;tudier la question. Je sais, les yeux ferm&#233;s, que ce sont les pauvres qui ont raison.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la pens&#233;e g&#233;n&#233;ratrice de l'&#339;uvre de Steinlen et de tous les pr&#233;curseurs de l'art de demain. Comme syst&#232;me &#233;conomique ou philosophique, on jugera je le con&#231;ois, cette d&#233;claration un peu mince. En art, il suffit d'&#234;tre envahi de ce sentiment vital et universel pour faire des chefs-d'&#339;uvre. A qui pense, aime et souffre, il n'est qu'une patrie : la piti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le monde ne va pas ainsi qu'il devrait aller&lt;/q&gt;, r&#233;pondait, nagu&#232;re, Steinlen &#224; un journaliste, et il ajoutait, plein d'une sourde violence : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il faut agir !&lt;/q&gt; Tout Steinlen, l'homme, sa vie et son art sont dans ces deux affirmations. Steinlen a refus&#233; son consentement au crime social et, obstin&#233;ment, sans l'espoir d'un gain ni l'attente d'une r&#233;demption, comme un homme &#224; la charrue, le front pench&#233; vers la terre qui, au bout du sillon, parcourt d'un vaste regard la plaine et repart, il a agi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steinlen a proclam&#233; la grandeur du travail et la beaut&#233; sainte de la r&#233;volte. Qu'il soit lou&#233; de sa ferveur et de son courage ! Il a plus fait pour la d&#233;livrance de l'homme moderne que tant d'outres sonores, de copistes incontinents et d'aligneurs de chiffres. C'est la lourde erreur de la presse socialiste, en France, de rebuter des hommes de la valeur d'un Steinlen et de m&#233;conna&#238;tre leur collaboration sup&#233;rieure &#224; l'&#339;uvre d'affranchissement. J'ai peu de go&#251;t pour les paradoxes faciles, et je le dis parce que je le pense : une affiche de Steinlen sert mieux la cause de la r&#233;volution qu'une tourn&#233;e de conf&#233;rences d'un tribun fameux, quand ce serait m&#234;me dans l'Am&#233;rique du Sud. Emile Vandervelde et Jean Jaur&#232;s, qui ont parl&#233; si &#233;loquemment de l'alliance n&#233;cessaire de l'Art et du Socialisme, ne me d&#233;mentiront point !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steinlen ne s'adresse pas qu'aux yeux du passant indiff&#233;rent ; &#224; travers le regard, il touche droit au c&#339;ur et y enfonce sa conviction. Encore une fois, il n'est pas seulement qu'un dessinateur. Il monte de son &#339;uvre un chant d'amour, d&#233;di&#233; &#224; ceux qui souffrent et qui esp&#232;rent, et un tumulte de blasph&#232;mes vers les dieux sanguinaires. Regardez bien ces dessins, qui sont une foule qui grouille et ondule, comme une moisson vivante ! Il flotte, au-dessus de cet amas d'images, une rumeur vague et qui grandit, et c'est la protestation de la vie contre tout le mal qui est chez les hommes... &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le inonde ne va pas ainsi qu'il devrait aller !&lt;/q&gt; Steinlen a mis sa vie &#224; illustrer cette phrase, jet&#233;e au cours d'un entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, comme je termine cette &#233;tude, je me souviens d'un mot de Vall&#232;s, ce fr&#232;re des insurg&#233;s et des vaincus, qui m'appara&#238;t, je l'ai dit, comme un fr&#232;re a&#238;n&#233; de Steinlen. Dans une heure de franchise, r&#233;sumant trente ans de luttes, Vall&#232;s a &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mon nom restera affich&#233; dans l'atelier des guerres sociales comme celui d'un ouvrier qui ne fut pas un fain&#233;ant.&lt;/q&gt; Devant ceux d'aujourd'hui, devant les humbles et les superbes, Steinlen peut se rendre &#224; lui-m&#234;me, d'une &#226;me tranquille et le front haut, ce juste et noble hommage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dans la Vie&lt;/i&gt;, cent dessins de Steinlen. Pr&#233;face de Camille de Sainte-Croix (Levin et Rey, libraires).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title> Emile Verhaeren</title>
		<link>http://partage-noir.fr/emile-verhaeren</link>
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		<dc:date>2024-10-30T14:41:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aristide Delannoy, Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Emile Verhaeren</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On a dit trop souvent de Verhaeren qu'il &#233;tait un barbare. Certes, dans le ciel l&#233;ger de la po&#233;sie o&#249; r&#244;dent, lascifs et graciles, de tendres chevaliers et de gentes dames &#233;namour&#233;es, le barde tumultueux a pass&#233; comme un ouragan d&#233;vastateur, renversant tout sur son passage, pulv&#233;risant les conventions, bouleversant les traditions, secouant et poussant devant lui le troupeau des images d&#233;sordonn&#233;es et affolantes. Ce torrent, qui charriait autrefois de la lave br&#251;lante et qui, maintenant (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no82-du-14-aout-1909-emile-verhaeren-" rel="directory"&gt;Les Hommes du jour n&#176;82 du 14 ao&#251;t 1909 - Emile Verhaeren&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-emile-verhaeren-417-+" rel="tag"&gt;Emile Verhaeren&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-les-hommes-du-jour-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-1-25-ac31b.jpg?1774699776' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On a dit trop souvent de Verhaeren qu'il &#233;tait un barbare. Certes, dans le ciel l&#233;ger de la po&#233;sie o&#249; r&#244;dent, lascifs et graciles, de tendres chevaliers et de gentes dames &#233;namour&#233;es, le barde tumultueux a pass&#233; comme un ouragan d&#233;vastateur, renversant tout sur son passage, pulv&#233;risant les conventions, bouleversant les traditions, secouant et poussant devant lui le troupeau des images d&#233;sordonn&#233;es et affolantes. Ce torrent, qui charriait autrefois de la lave br&#251;lante et qui, maintenant apais&#233;, d&#233;veloppe majestueusement ses ondes souveraines, se pr&#233;cipite imp&#233;tueusement parmi des paysages ardents et sauvages. Il n'est pas fait pour susurrer timidement dans le vert des prairies &#233;maill&#233;es de p&#226;querettes. Il ne coule pas gentiment, sous l'azur serein, &#224; travers des chants d'oiseaux. Il roule furieusement parmi des rochers, d&#233;gringole des pentes, remonte des ab&#238;mes ; il gronde, rugit, fracasse, se d&#233;cha&#238;ne en cataractes, sous un ciel fuligineux, ensanglant&#233; d'&#233;clairs, o&#249; des nuages massifs comme des cath&#233;drales se ruent follement dans des corps-&#224;-corps fantasmagoriques que dispersent d'irr&#233;sistibles rafales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce bien un po&#232;te que ce neveu de Hugo, si puissamment subjectif et qui laisse para&#238;tre des dons d'&#233;vocation proph&#233;tique qu'on ne saurait chercher ailleurs ? N'est-ce pas plut&#244;t le &lt;i&gt;proph&#232;te &lt;/i&gt; qui, semblable &#224; un fl&#233;au naturel, se manifeste ing&#233;nument dans un cort&#232;ge hallucinant de deuils et d'horreurs ? Po&#232;te, certes, un Verlaine, pauvre oiselet chanteur et bless&#233; ; po&#232;te, un Laforgue, &#226;me de souffrance hautaine et pudique. Mais Verhaeren, lui, ne s'attarde pas &#224; des mi&#232;vreries et &#224; des gentillesses ; il ne chante pas, ne pleure pas doucettement, ne se plaint pas ; il hurle sa douleur et clame son espoir ; il s'abat comme un cataclysme. Avec lui tout devient d&#233;mesur&#233;, &#233;blouissant, fantastique. Il &lt;i&gt;immensifie&lt;/i&gt;. Sa sensibilit&#233; exacerb&#233;e le conduit toujours au paroxysme, &#224; la fr&#233;n&#233;sie. Apocalyptique, vertigineux et cyclop&#233;en, il chevauche des chim&#232;res effarantes, vogue parmi des hallucinations,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Au fond du ciel, l&#224;-bas, o&#249; les minuits sont p&#226;les.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5466 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH153/emile_verhaeren_by_vallotton-1e64e-9d4bd.jpg?1774720919' width='150' height='153' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt; Emile Verhaeren &lt;bR&gt;par Vallotton&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Son &#339;uvre est comme une &#171; tour vivante &#187;, &#171; dardant sa tranquille &#233;pouvante &#187; toujours plus haut. C'est comme une cath&#233;drale gothique o&#249; grimacent des gargouilles, o&#249; s'entrelacent des d&#233;mons aux corps de boucs et des vierges &#233;pouvant&#233;es, une cath&#233;drale aux vo&#251;tes sombres ou les pas r&#233;sonnent fun&#232;brement sur les dalles et dont la fl&#232;che libre s'&#233;lance vers les nuages. C'est monstrueux, palpitant, brutal, rugueux. C'est construit avec d'&#233;tranges mat&#233;riaux. Dans ces po&#232;mes rudes et v&#233;h&#233;ments, des adverbes se heurtent : &lt;i&gt;lugubrement, immens&#233;ment, intens&#233;ment, puissamment&lt;/i&gt; ; des adjectifs &#233;clatent : &lt;i&gt;nocturnes, taciturnes, tumultueux&lt;/i&gt;, des vocables rudes et secs se roulent dans des flots de m&#233;taphores : &lt;i&gt;roc, froc, glas, deuil.&lt;/i&gt; Et ce sont des visions de cimeti&#232;res, des fossoyeurs qui&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Au son du glas remuent la terre,&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;des cadavres rong&#233;s de vers, des cypr&#232;s et des corbeaux, du noir et de l'&#233;pouvante. Tout proc&#233;d&#233; pourtant est absent. Verhaeren abuse de certains effets avec une sorte d'ing&#233;nuit&#233;. C'est un penchant in&#233;luctable de son esprit. Il dit comme il voit. Il b&#226;tit&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;tout seul, de ses mains taciturnes, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Durant la veille ardente et les fi&#232;vres nocturnes ;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Parfois des images inattendues d&#233;concertent : les &#171; crapauds de mes sanglots &#187;, le &#171; cadavre de ma raison &#187;, les longs &#171; &#233;pouvantements &#187;, les &#171; novembre de l'&#226;me &#187; et tant d'autres m&#233;taphores inou&#239;es qui provoquent un &#233;tonnement admiratif. Et tout le vague, tout l'incertain, l'immense qui se d&#233;gage de cette po&#233;sie farouche : les brumes, les horizons, les lointains, les silences, les infinis ; &#8212; et l'assaisonnement d'&#233;pith&#232;tes curieuses, de vocables neufs, de termes secs ; tout cela aboutit &#224; un compos&#233; bizarre, dans une impression de force et de puissance. Ah ! oui, ce style rocailleux, abrupt et fr&#233;missant est bien celui d'un barbare ; ce n'est pas un plat savoureux &#224; servir &#224; des estomacs malades ; c'est un breuvage d'alcool et de poison qui secoue les nerfs, fouette le sang, affole l'esprit. Cela br&#251;le et fait mal et cela r&#233;conforte pourtant. Ces po&#232;mes &#233;tranges, mouvement&#233;s, terrifiants des &lt;i&gt;Bords de la Route&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;Soirs&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;D&#233;b&#226;cles&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;Flambeaux Noirs &lt;/i&gt; et, plus tard, des &lt;i&gt;Campagnes hallucin&#233;es &lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;Villes tentaculaires&lt;/i&gt; et aussi des &lt;i&gt;Forces tumultueuses &lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;Multiple Splendeur&lt;/i&gt;, ce sont les chants &#226;prement douloureux ou magnifiquement apais&#233;s de l'&#233;pop&#233;e moderne.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Car il faut voir surtout dans Verhaeren, le po&#232;te &#233;pique moderne. Ce Flamand dont l'existence s'est &#233;coul&#233;e dans des r&#233;gions de travail, parmi des sc&#232;nes de d&#233;solation telles que Luce les a fix&#233;es &#224; jamais sur la toile, a subi de bonne heure l'impression de deuil et de sombre effroi qui s'en d&#233;gage. Tout d'abord, il avait commenc&#233; par peindre des tableaux riches en couleurs et en sant&#233; comme ceux de son ma&#238;tre Rembrandt, o&#249; la Flandre des kermesses &#233;tait tout enti&#232;re : il s'est aussi pench&#233; sur les ruines et sur le pass&#233;, tentant d'arracher leur secret &#224; l'aust&#233;rit&#233; et &#224; la nuit des clo&#238;tres. Puis, apr&#232;s des voyages &#224; travers les cit&#233;s industrielles, dans le machinisme contemporain, parmi les &#233;go&#239;smes et la sauvagerie des luttes, le po&#232;te &#233;pouvant&#233; devant l'infini de la douleur humaine, cruellement atteint par le &#171; mal des jours mauvais &#187;, se d&#233;cha&#238;ne en impr&#233;cations et en anath&#232;mes contre le &#171; si&#232;cle ath&#233;e et noir &#187;. C'est la p&#233;riode de folie et de terreur. Il est en proie &#224; des visions affreuses d'effroi et de mort. Cela dure quelques ann&#233;es. Puis le calme se fait peu &#224; peu. Le po&#232;te secoue son &#233;pouvante. D&#233;sormais, il souffrira encore, mais de toute l'immense souffrance humaine et il se penchera, pitoyable et fraternel, sur les mis&#232;res de ses fr&#232;res, scrutera les destin&#233;es des hommes, s'emportera contre le mal et contre la haine, jusqu'au jour o&#249; le c&#339;ur gonfl&#233; d'amour, il aura entrevu l'aurore fraternelle et jettera le cri de son espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est l'&#233;volution qu'a parcouru cet esprit et dont chacun de ses volumes marque un instant. L'histoire de sa vie est tout enti&#232;re l&#224;-dedans. Il faut le suivre dans ses po&#232;mes o&#249; il se donne enti&#232;rement, fr&#233;n&#233;tiquement. Il ne faut pas le chercher ailleurs que dans ses vers, car, modeste et d&#233;sint&#233;ress&#233;, se m&#234;lant peu &#224; la vie des autres, Verhaeren s'enferme dans son r&#234;ve sublime et se tient &#224; l'&#233;cart des vaines comp&#233;titions et des mesquines rivalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;N&#233; au bord de l'Escaut, dans le bourg de Saint-Amand, tout pr&#232;s d'Anvers, Verhaeren passa toute son enfance en pleine campagne flamande, dans les pr&#233;s et les champs d'avoine et de lin ; il s'emplit les yeux de ces vastes horizons uniformes o&#249; de loin en loin des clochers de villages &#233;mergent comme des m&#226;ts dans un oc&#233;an vert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#232;re de Verhaeren &#233;tait un honn&#234;te drapier ayant conquis une modeste fortune. Il mit l'enfant &#224; l'&#233;cole communale de Saint-Amand, puis l'envoya &#224; Bruxelles, &#224; l'Institut Saint-Louis o&#249; il passa deux ann&#233;es. Vers les quatorze ans, il entra au coll&#232;ge Sainte-Barbe, &#224; Gand ; c'&#233;tait un &#233;tablissement de j&#233;suites, o&#249; plus tard devait aussi passer un autre po&#232;te belge : Maurice Maeterlinck, avec des couloirs sinistres et des pr&#233;aux noirs et tristes. L&#224;, Verhaeren y connut Georges Rodenbach avec lequel il se lia. Les deux futurs po&#232;tes y lisaient les romantiques, Lamartine surtout, et plus tard Hugo, Musset et, tous deux, &#233;taient pris du d&#233;sir irr&#233;sistible de voyager, de se m&#234;ler &#224; la vie des grandes villes, de se jeter &#224; corps perdu dans la m&#234;l&#233;e litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant ce n'&#233;tait pas dans le go&#251;t de la famille Verhaeren. Le p&#232;re r&#234;vait de faire de son fils, non un po&#232;te, mais un directeur d'usine. Le jeune homme lutta opini&#226;trement. Peut-&#234;tre se rappelait-il alors ces vers de Baudelaire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Lorsque, par un d&#233;cret des puissances supr&#234;mes, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le Po&#232;te appara&#238;t en ce monde ennuy&#233;, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sa m&#232;re, &#233;pouvant&#233;e et pleine de blasph&#232;mes, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Crispe ses poings vers Dieu qui la prend en piti&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;ternelle histoire. Les parents n'admettent jamais que les enfants puissent entrer dans ce bataillon de malfaiteurs et de fous que sont les artistes et les po&#232;tes. Mais la vocation de Verhaeren &#233;tait d&#233;j&#224; puissante. Il arracha &#224; sa famille le consentement de pr&#233;parer son droit. Le voil&#224; parti pour l'Universit&#233; de Louvain o&#249; il demeure jusqu'en 1881.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant cinq ann&#233;es, Verhaeren, tout en s'occupant de temps en temps de son droit, se donne enti&#232;rement &#224; la litt&#233;rature. Il fonde avec quelques amis un petit journal : la &lt;i&gt;Semaine &lt;/i&gt; et publie ses premiers vers, sous le pseudonyme de Rodolphe. A la m&#234;me &#233;poque, il se lie avec quelques litt&#233;rateurs, donne de la copie au &lt;i&gt;Journal des Beaux-Arts&lt;/i&gt;, puis, son examen de droit pass&#233;, vient se faire inscrire &#224; Bruxelles o&#249; il fait la connaissance de Th&#233;o van Rysselberghe. Le po&#232;te et le peintre deviennent deux intimes amis. Ce fut alors une &#233;poque de libert&#233;, de noces, de grosses mangeailles et de beuveries, avec d'interminables discussions et des folies, des &#233;quip&#233;es, des scandales, au grand m&#233;contentement des philistins. Quelques ann&#233;es pass&#232;rent ainsi. Verhaeren continuait &#224; placer de la copie dans diverses revues. Bient&#244;t, sur les conseils d'Edmond Picard, chez lequel il &#233;tait entr&#233; comme stagiaire, il renon&#231;a &#224; la carri&#232;re d'avocats. En 1883, il publia son premier recueil de vers : les &lt;i&gt;Flamandes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;Flamandes &lt;/i&gt; furent comme une r&#233;v&#233;lation et firent scandale dans le monde litt&#233;raire. C'&#233;tait une &#339;uvre violente, d'une couleur &#233;clatante et d'une libert&#233; d'ex&#233;cution &#224; laquelle on n'&#233;tait pas habitu&#233;. Toutes les impressions d'enfance du po&#232;te &#233;taient dans ses vers, toute la Flandre heureuse y &#233;tait contenue avec ses &#233;tables, ses basses-cours, ses cabarets, ses bouges, ses filles fortes en chair, ses buveurs, ses truands. Un immense amour de la nature et de la vie pleine, d&#233;bordante, s'en d&#233;gageait. C'est une note qu'on ne retrouvera plus dans Verhaeren. Pourtant cette truculence et cette affectation de r&#233;alisme provoqu&#232;rent des protestations indign&#233;es. Un critique &#233;crivit que Verhaeren venait de &#171; percer comme un abc&#232;s &#187;. Un autre l'appelait le &#171; Rapha&#235;l de la crotte &#187;. Mais Camille Lemonnier prenait courageusement la d&#233;fense du nouveau po&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &lt;i&gt;Flamandes&lt;/i&gt;, Verhaeren donna les &lt;i&gt;Moines &lt;/i&gt; (1886). Il s'&#233;tait souvenu des visites qu'enfant, il fit avec son p&#232;re &#224; un cloitre des Bernardins de Saint-Amand. Et il chantait les moines autrefois rencontr&#233;s et observ&#233;s : les moines doux &#171; avec des traits si calmes &#187;, les moines simples, les h&#233;r&#233;siaques, les moines &#233;piques, les moines sauvages, les moines f&#233;odaux ; il disait leur existence monotone, toute de pri&#232;re et d'humilit&#233; et de contemplation, D&#233;j&#224;, dans ces po&#232;mes, il y a de l'&#233;pouvante et du d&#233;sespoir. Ce ne sont plus les belles et saines et luxuriantes descriptions des &lt;i&gt;Flamandes &lt;/i&gt; ; on entend pleurer les cloches au cr&#233;puscule ; les cercueils montent dans les escaliers raides et la &#171; corde racle au ras de leurs charni&#232;res &#187; ; les malades songent au vers et les chants des moines, le soir :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;roulent parmi leurs r&#226;les, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le flux et le reflux des douleurs vesp&#233;rales.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous approchons de la terrible crise morale qui va bouleverser le po&#232;te et lui inspirer les po&#232;mes les plus tragiques et les plus angoissants et les plus exasp&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &lt;i&gt;Moines&lt;/i&gt;, Verhaeren s'&#233;tait mis &#224; voyager. Il fit de longs s&#233;jours &#224; Londres ; il visita les villes industrielles du Nord. Il s'en fut aussi &#224; Liverpool et &#224; Glasgow. Ses biographes racontent qu'&#224; la m&#234;me &#233;poque, il fut atteint d'une maladie d'estomac, r&#233;colt&#233;e au cours de ses &#233;normes beuveries, durant les ann&#233;es d'&#233;tudiant. Que ce mal ait contribu&#233; &#224; former le Verhaeren des &lt;i&gt;Flambeaux noirs&lt;/i&gt;, ce n'est pas douteux. On sait par Huysmans, par Rett&#233; et l'on savait par Carlyle, l'effet que peut produire sur un cerveau de litt&#233;rateur, la maladie d'estomac. Mais les brumes de Londres, la suie de Liverpool, la d&#233;solation des cit&#233;s industrielles influenc&#232;rent fortement le po&#232;te. Il en rapporta une peur de la vie, un d&#233;sespoir sans bornes dont les &lt;i&gt;Flambeaux noirs&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Bords de la route&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Soirs&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;D&#233;b&#226;cles &lt;/i&gt; sont la manifestation sinistre. Plong&#233; dans l'horreur et dans l'effroi, Verhaeren qui a donn&#233; aux &lt;i&gt;D&#233;b&#226;cles &lt;/i&gt; ce sous-titre : &lt;i&gt;D&#233;formation morale&lt;/i&gt;, est comme pris de vertige. Il souffre affreusement. Il est en proie &#224; la terreur la plus folle et la plus inimaginable et il se compla&#238;t dans cette maladie atroce ; il donne son &#171; baiser au D&#233;sespoir &#187;, il se fait le messie d'un Evangile de mort et d'hallucination. Ce ne sont plus d&#233;sormais que des paysages de d&#233;mence o&#249; le po&#232;te savoure sa torture, s'ing&#233;nie &#224; la compliquer. Du sang coule, des morts s'entassent, des glas sonnent lugubrement. Quel est ce mal &#233;trange, cette folie effarante qui pousse le po&#232;te peu &#224; peu vers la mort ? Il a peur de tout ce qu'il voit, de tout ce qu'il rencontre. Les chemins et les campagnes se peuplent de fant&#244;mes. Le ciel suinte de l'horreur. Il a peur m&#234;me de la peur ; il est comme un criminel poursuivi par le remords et que hantent des souvenirs affreux. Les objets les plus familiers rev&#234;tent pour lui des apparences de sombre &#233;pouvante. Ce sont les &#171; horloges et leur effroi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Volontaires et vigilantes, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pareilles aux vieilles servantes, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Boitant de leurs sabots et glissant sur leurs bas, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les horloges que j'interroge Serrant ma peur en leur compas.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est la cloche qui&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Mart&#232;le obstin&#233;ment l'&#226;pre silence &#8212; et tinte &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Que, dans le soir, l&#224;-bas, on met en terre un mort.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce sont toutes les choses aim&#233;es, connues, chant&#233;es jadis qui s'emplissent de d&#233;solation. Et le po&#232;te, peu &#224; peu, pris d'on ne sait quelle fi&#232;vre myst&#233;rieuse, roule &#224; travers des hurlements de terreur et des sanglots vers la folie t&#233;n&#233;breuse qui le guette sournoisement.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Heureusement une accalmie se produit. Les pages de douleur exasp&#233;r&#233;e vont faire place &#224; des chants plus calmes. Le po&#232;te va se ressaisir et se dompter ; voil&#224;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;... qu'il reprend sur lui la charge de penser &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et que l'aube revient d'orgueil le pavoiser.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et ce sont les &lt;i&gt;Villages illusoires &lt;/i&gt; (5894). Disparues les effrayantes visions, finies les hallucinantes- chevauch&#233;es &#224; travers le froid et la nuit, parmi des ouragans d'&#233;pouvante. Apr&#232;s ces strophes d&#233;mesur&#233;es et br&#251;lantes qui font songer &#224; Arthur Rimbaud, le Rimbaud des &lt;i&gt;Illuminations&lt;/i&gt;, ce sont les strophes v&#233;h&#233;mentes encore, mais apais&#233;es, o&#249; sont magnifi&#233;s les h&#233;ros du travail, les combattants de la vie. Le &#171; Saint-Georges, fermentant d'ors &#187;, est descendu &#171; avec des plumes et des &#233;cumes &#187; et a chass&#233; les b&#234;tes puantes et malfaisantes. Le paysage s'est transform&#233; ; les ruisseaux gazouillent ; les arbres vermeils se baignent dans le soleil et les &#233;tangs sont parfum&#233;s. Tout est douceur. Ce sont les &#171; heures claires &#187; ; c'est la joie et la paix. Et maintenant d&#233;filent, symboliques et vivants, le &lt;i&gt;Forgeron&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Sonneur&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Meunier&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Cordiers&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;Forgeron&lt;/i&gt;, depuis des ann&#233;es, mart&#232;le en bon et patient ouvrier et regarde monter dans le brasier la fum&#233;e de ses col&#232;res et de son d&#233;sespoir ; il annonce &#224; l'humanit&#233; l'&#339;uvre de demain, faite de courage et de labeur obstin&#233;. Les &lt;i&gt;Cordiers &lt;/i&gt; &#233;chev&#232;lent les chanvres ; les &lt;i&gt;P&#234;cheurs &lt;/i&gt; jettent leurs filets dans l'eau profonde qui dort sous la lune. Vraiment on sent que le po&#232;te, d&#233;livr&#233;, respire avec joie et pl&#233;nitude. La vie lui appara&#238;t meilleure et pleine d'enchantements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bient&#244;t il va se pencher de nouveau sur la souffrance. Cette fois, ce n'est plus sa douleur vaincue et son orgueil terrass&#233; qui l'inspirent. C'est tout le Mal humain qui l'apitoie et le r&#233;volte. Et il nous donne, coup sur coup, les &lt;i&gt;Campagnes hallucin&#233;es&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Villes tentaculaires&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Aubes &lt;/i&gt; (1893-1898). D'un effort supr&#234;me, Verhaeren vient d'atteindre &#224; la plus haute expression de son g&#233;nie. Le probl&#232;me social le sollicite. Il a vu les campagnes d&#233;sertes, les routes vides et les villes &#233;normes, monstrueuses, gigantesques, grandissant toujours, absorbant des victimes par troupeaux, prenant les petits villages, les hameaux et les bourgs dans leurs tentacules, les su&#231;ant et les &#233;puisant. Ah ! ce tableau &#233;mouvant des campagnes abandonn&#233;es, pleurant sur leur bonheur &#233;vanoui. Et ces villes sinistres, ces ogresses d&#233;vorantes o&#249; le po&#232;te nous montre, tour &#224; tour, les symboles de laideur et de f&#233;rocit&#233; que sont les &lt;i&gt;Spectacles&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;Bourse&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Usines&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Bazar&lt;/i&gt;. Les &lt;i&gt;Villes tentaculaires&lt;/i&gt;, ce sont surtout des visions de Londres, ce Londres o&#249; Verhaeren a v&#233;cu, souffert et r&#234;v&#233;. Mais en m&#234;me temps que l'&#233;vocateur nous peint des sc&#232;nes de folie et de meurtre o&#249; passent les soldats, les marchands, les prostitu&#233;es, les esclaves, tout un monde angoiss&#233; de damn&#233;s et de criminels, il clame immens&#233;ment son espoir d'un demain meilleur. &lt;i&gt;Vers le Futur&lt;/i&gt;, c'est apr&#232;s la &lt;i&gt;R&#233;volte&lt;/i&gt;, o&#249; battent &#171; des coups de crosse &#187;, l'annonce du monde nouveau qui s'&#233;labore sur le fumier de la mis&#232;re et le rutilement de l'or. Ici Verhaeren d&#233;passe, par le lyrisme proph&#233;tique, son anc&#234;tre Hugo ; il se dresse comme le po&#232;te de son &#233;poque, terrible et fulminant, les doigts tendus vers des horizons de lumi&#232;re. Nul po&#232;te, avant Verhaeren, n'a dit pareillement les douleurs et les r&#234;ves de son si&#232;cle et dans une telle langue o&#249; la phrase martel&#233;e souffle bruyamment, haletante et temp&#233;tueuse. Nul n'a su exprimer comme lui la po&#233;sie des cit&#233;s de travail, de ma ; chines, de science et de recherches et le tourment qui agite les foules en marche vers plus de v&#233;rit&#233; et plus de bonheur. Et ce qu'il faudra retenir surtout de l'&#339;uvre de Verhaeren, ce sont les po&#232;mes de cette p&#233;riode o&#249;, apr&#232;s des douleurs et des visions de folie, il s'est enfin trouv&#233; &#224; travers l'humanit&#233; et a su donner &#224; son si&#232;cle la forme d'art qui lui convenait.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, c'est le calme d&#233;finitif. L'ouragan s'apaise. C'est un grand lac transparent que rident la brise et le vol des oiseaux. Le po&#232;te, mari&#233;, et go&#251;tant la douceur du foyer, devient tendre et chante un hymne d'amour. Peu &#224; peu sa s&#233;r&#233;nit&#233; s'&#233;largit, son amour embrasse les hommes et s'&#233;tend sur les choses. Dans les &lt;i&gt;Visages de la Vie&lt;/i&gt; (1899) et dans les &lt;i&gt;Forces tumultueuses &lt;/i&gt; (1902), il y a pourtant encore de la bourrasque, mais c'est la bonne temp&#234;te, celle qui consume tous les mauvais germes. Verhaeren c&#233;l&#232;bre la Science, l'Art, les destructions utiles, les cr&#233;ations n&#233;cessaires ; il nous prom&#232;ne all&#232;grement &#224; travers ses chim&#232;res et nous conduit vers l'&#238;le d'&lt;i&gt;Utopie&lt;/i&gt;, rayonnant dans les lointains. Il r&#234;ve d'une vaste entente humaine et chante la communaut&#233; des peuples, install&#233;e sur les ruines des patries et des guerres. Quel magnifique chant de joie d&#233;bordante et triomphante o&#249; le po&#232;te a mis toute son exasp&#233;ration et tout son paroxysme de jadis ! Il voudrait par ses poumons &#171; boire l'espace entier &#187; ; il s'enivre de fraternit&#233; ; il s'&#233;tonne de d&#233;couvrir tant de bont&#233; et de douceur dans la nature maternelle et que la Vie puisse &#234;tre aussi bonne :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Pour la premi&#232;re fois, je vois les vents vermeils &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Briller dans la mer des branchages, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon &#226;me humaine n'a point d'&#226;ge ; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tout est jeune, tout est nouveau sous le soleil.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cela va nous mener &#224; la &lt;i&gt;Multiple splendeur&lt;/i&gt;, o&#249; le po&#232;te aboutit d&#233;cid&#233;ment &#224; l'amour universel, dans une sorte de d&#233;lire panth&#233;iste. &#171; L'homme, &#233;crit-il, est un fragment de l'architecture mondiale. Il a la conscience et l'intelligence de l'ensemble dont il fait partie. Il d&#233;couvre les choses, il en limit&#233; le myst&#232;re, il en p&#233;n&#232;tre le m&#233;canisme... Or, je le demande, est-il possible que l'exaltation lyrique reste longtemps indiff&#233;rente &#224; un tel d&#233;cha&#238;nement de puissance humaine et tarde &#224; c&#233;l&#233;brer un aussi vaste spectacle de grandeur. Le po&#232;te n'a qu'&#224; se laisser envahir, &#224; cette heure, par ce qu'il voit, entend, imagine, devine, pour que les &#339;uvres jeunes, fr&#233;missantes, nouvelles, sortent de son c&#339;ur et de son cerveau. Et son art ne sera ni social, ni scientifique, ni philosophique ; ce sera l'art tout simple, tel que l'ont compris les &#233;poques &#233;lues o&#249; l'on chantait avec ferveur ce qu'il y avait de plus admirable, de plus caract&#233;ristique et de plus h&#233;ro&#239;que dans chaque temps. On vivra d'accord avec le pr&#233;sent, le plus pr&#232;s possible de l'avenir ; on &#233;crira avec audace et non plus avec prudence ; on n'aura pas la peur de sa propre ivresse et de la rouge et bouillonnante po&#233;sie qui la traduira&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Le Cardonnel et Charles Vellay : La litt&#233;rature contemporaine. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout Verhaeren est dans ces quelques lignes. Maintenant, apr&#232;s des heures troubles et des crises terribles, il a su d&#233;couvrir l'oasis r&#233;confortant et paisible. Le voil&#224; souverainement calme qui interroge les destin&#233;es et s'efforce de d&#233;couvrir les routes lumineuses &#224; travers les brouillards d'aujourd'hui, ces brouillards qu'il a trou&#233;s imp&#233;tueusement, de toute l'ardeur et de tout l'&#233;clair de son g&#233;nie. Et c'est un ph&#233;nom&#232;ne &#233;blouissant que cette transformation magique : ce blasph&#233;mateur malade et f&#233;roce, cet impr&#233;cateur passionn&#233; et torrentiel devenu le chantre magnifique et sublime des espoirs et des songes de son si&#232;cle. D&#233;sormais, Verhaeren, sur la tranquillit&#233; &#233;norme d'es cimes si p&#233;niblement atteintes, apr&#232;s tant d'affres et d'incertitudes, rayonne sur son &#233;poque qu'il domine, r&#233;sume, &#233;treint dans un amour immense.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#231;a, il est assez pu&#233;ril de rechercher les origines litt&#233;raires de Verhaeren. Il importe peu de savoir &#224; quelle &#233;cole le rattacher. Aussi bien, quoique symboliste et vers-libriste, il n'a qu'une parent&#233; douteuse avec ses compagnons du symbolisme. Il ne proc&#232;de de personne. Il est lui. Il a pu subir un moment les influences de sa g&#233;n&#233;ration po&#233;tique, b&#233;n&#233;ficier des innovations et des libert&#233;s prosodiques de Laforgue, des Mallarm&#233;, des Gustave Kahn, mais il a su promptement se forger sa langue &#224; lui, une langue bien particuli&#232;re. Il est curieux, d'ailleurs, d'observer comment les po&#232;tes de la g&#233;n&#233;ration symboliste ont d&#251;, chacun, se frayer une route &#224; part. Voyez Laforgue et Corbi&#232;re ; voyez Vieill&#233;-Griffin, si musical, et Gustave Kahn. Verhaeren ne ressemble &#224; aucun de ceux-l&#224;. Il appara&#238;t brutal, v&#233;h&#233;ment, barbare, truculent, d&#233;bordant de force, souvent chaotique. Il doit &#234;tre plac&#233; &#224; c&#244;t&#233; des Hom&#232;re, des Shakespeare, des Hugo. Ne cherchez dans lui que le sublime, le grandiloquent, le fantasmagorique, l'&#226;pret&#233; des sensations, l'intensit&#233; des visions ; ne lui demandez ni nuances, ni discr&#233;tions, ni l&#233;g&#232;ret&#233;s. Il ne sait pas s'amuser ; il ne badine pas. C'est un rude constructeur, un g&#233;ant de pens&#233;e et de labeur. Par l&#224;, il &#233;chappe &#224; toute enr&#233;gimentation et, si son libre et bouillonnant g&#233;nie ne peut s'&#233;vader de son &#233;poque, du moins &#233;chappe-t-il &#224; son milieu, &#224; sa race et n'entend-il &#234;tre r&#233;clam&#233; que par l'humanit&#233; tout enti&#232;re. Car ce septentrional, &#233;lev&#233; sur les bords de l'Escaut, dans la Flandre joyeuse, ne cannait ni fronti&#232;res ni limites. Il est l'enfant de la Terre et il appartient &#224; la race humaine. C'est l&#224; le signe de tout grand po&#232;te et de tout grand penseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais achevons cette &#233;tude en signalant le dernier volume du po&#232;te : &lt;i&gt;Toute la Flandre : les H&#233;ros&lt;/i&gt; (1908). Cette fois, Verhaeren semble avoir oubli&#233; ses pr&#233;occupations immenses pour revenir plus particuli&#232;rement au coin de terre qui l'a vu grandir. Il nous dit en vers fr&#233;missants d'amour tout son culte pour la Flandre et fait d&#233;filer &#224; nos regards les anc&#234;tres :&lt;i&gt; Saint-Amand, Baudoin Bras-de-Fer, Guillaume de Juliers, Les Communes, Les Gueux&lt;/i&gt;. On assiste avec lui au d&#233;veloppement de son pays. Le livre se cl&#244;t sur un hymne &#224; l'Escaut, &#171; puissant, compact, p&#226;le et vermeil &#187;. C'est un cri &#233;mouvant d'ardente reconnaissance et de pi&#233;t&#233; filiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit aussi &#224; Verhaeren des pi&#232;ces en vers m&#234;l&#233;s de prose : &lt;i&gt;Le Clo&#238;tre&lt;/i&gt;, o&#249; il &#233;voque &#224; nouveau les rudes moines de ses premiers po&#232;mes ; &lt;i&gt;Philippe II&lt;/i&gt;, drame historique. Mais ce n'est pas dans son th&#233;&#226;tre qu'il faut apprendre &#224; aimer Verhaeren : le dialogue n'y est pas habile et l'&#339;uvre n'a pas une grande vie sc&#233;nique. On sent que le po&#232;te n'est pas &#224; son aise. L&#224; o&#249; il atteint le maximum d'effet et o&#249; son g&#233;nie lyrique a pu se donner le plus librement carri&#232;re, c'est dans les po&#232;mes de sa seconde mani&#232;re, dans les &lt;i&gt;Villes tentaculaires&lt;/i&gt;, dans les&lt;i&gt; Forces tumultueuses&lt;/i&gt;, dans la &lt;i&gt;Multiple splendeur&lt;/i&gt;, l&#224; o&#249; il a magnifi&#233; la Vie universelle, l'Amour, l'Avenir. Mais son &#339;uvre enti&#232;re s'impose &#224; l'admiration, m&#234;me de ceux qui n'aiment pas le po&#232;te et n'affectent de voir en lui que le Barbare. Barbare, c'est possible, dirons-nous, brutal et massif, mais si terriblement vivant et &#233;vocateur, si profond&#233;ment troublant, tour &#224; tour douloureux, affolant, hallucinant et majestueusement calme, d'une douceur paisible et puissante. Et nous placerons, sans scrupules, Emile Verhaeren au premier rang, parmi les grands po&#232;tes du si&#232;cle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Georges Le Cardonnel et Charles Vellay : &lt;i&gt;La litt&#233;rature contemporaine&lt;/i&gt;. R&#233;ponse de Verhaeren.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Paul Brousse (1844-1912)</title>
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		<dc:creator>Aristide Delannoy, Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Victor M&#233;ric</dc:subject>
		<dc:subject>Aristide Delannoy</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avant que d'entreprendre la biographie du citoyen Brousse, le lecteur nous permettra de lui faire part de notre embarras. Le citoyen Brousse, on le sait, vient d'&#234;tre exclu du Parti socialiste par la F&#233;d&#233;ration de la Seine. Si le citoyen Brousse n'avait pas &#233;t&#233; exclu, nous n'aurions pas le droit de le critiquer sous peine de boycottage. Mais le citoyen Brousse ayant &#233;t&#233; exclu, nous avons te droit d'en dire tout le mal que nous en pensons et m&#234;me celui que nous ne pensons pas ; pas un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no39-du-17-octobre-1908-paul-brousse-" rel="directory"&gt;Les Hommes du Jour n&#176;39 du 17 octobre 1908 - Paul Brousse&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-les-hommes-du-jour-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-victor-meric-+" rel="tag"&gt;Victor M&#233;ric&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-henry-poulaille-131-+" rel="tag"&gt;Aristide Delannoy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/paul_brousse_hommes_du_jour_copie-6f3fa.jpg?1774706651' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avant que d'entreprendre la biographie du citoyen Brousse, le lecteur nous permettra de lui faire part de notre embarras. Le citoyen Brousse, on le sait, vient d'&#234;tre exclu du Parti socialiste par la F&#233;d&#233;ration de la Seine. Si le citoyen Brousse n'avait pas &#233;t&#233; exclu, nous n'aurions pas le droit de le critiquer sous peine de boycottage. Mais le citoyen Brousse ayant &#233;t&#233; exclu, nous avons te droit d'en dire tout le mal que nous en pensons et m&#234;me celui que nous ne pensons pas ; pas un socialiste ne s'avisera de protester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#224; l'heure o&#249; para&#238;tront ces lignes, la situation du citoyen Brousse sera peut-&#234;tre modifi&#233;e. Peut-&#234;tre aura-t-il fait appel au congr&#232;s de Toulouse de la sentence qui vient de le frapper et peut-&#234;tre le congr&#232;s de Toulouse l'ayant r&#233;int&#233;gr&#233; dans le Parti, il ne nous sera plus possible de formuler nos critiques. Ou si ayant d&#233;j&#224; termin&#233; notre biographie, nous avons d&#233;coch&#233; quelques m&#233;chancet&#233;s au citoyen Brousse, nous deviendrons simplement un diffamateur et un vil calomniateur. De sorte que le probl&#232;me est tr&#232;s difficile &#224; r&#233;soudre. Devons-nous dire du mal du citoyen Brousse ou ne le devons-nous pas ? Tout cela d&#233;pend de la situation que le citoyen Brousse occupera vis-&#224;-vis du Parti. Mais n'ayant pas le don de proph&#233;tie, nous ne pouvons conna&#238;tre de sa situation future. Donc que faire ? S'abstenir ? Ne dire ni bien ni mal du citoyen Brousse ? C'est sans doute le parti le plus sage et c'est celui auquel nous nous arr&#234;terons.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5319 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/paul_brousse_hommes_du_jour-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH189/paul_brousse_hommes_du_jour-2-3686d-46e60.jpg?1774777556' width='150' height='189' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Paul Brousse. &lt;br&gt;Dessin d'A. Delannoy&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Pourtant rien ne nous emp&#234;chera de souligner les contradictions qui fleurissent la carri&#232;re du citoyen Brousse. Unifi&#233; ou non, le citoyen Brousse n'en a pas moins d&#233;but&#233; &#8212; comme tant d'autres &#8212; dans le r&#233;volutionnarisme le plus intransigeant pour aboutir au r&#233;formisme le plus p&#226;le. Il a &#233;volu&#233; dira-t-on. Certes, si l'on consid&#232;re les &#233;volutions savantes auxquelles il s'est complu. Mais son droit d'&#233;volution doit-il aller jusqu'&#224; poursuivre et fl&#233;trir les disciples que son action d'autrefois a suscit&#233;s ? Telle est la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assez souvent, nous entendons parler avec un m&#233;pris superbe des petits jeunes gens de la nouvelle &#233;cole. Ceux qui affichent ce m&#233;pris ne sont plus de petits jeunes gens. Ils ont vieilli. Mais il fut une &#233;poque o&#249; ils &#233;taient plus ardents encore et o&#249; ils faisaient davantage figure d'&#233;nergum&#232;nes que ceux qu'ils d&#233;noncent aujourd'hui. Peut-&#234;tre un jour, les petits jeunes gens que nous sommes atteindront-ils &#224; la sagesse. Mais, pour eux, la supr&#234;me sagesse sera surtout de se souvenir et, apr&#232;s avoir reni&#233; le pass&#233;, de ne pas se montrer implacables envers les nouveaux venus coupables seulement de reprendre les errements (?) d'autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Brousse, grand chef des possibilistes, comptait, aux environs de 1871-1879, parmi les plus farouches disciples de Bakounine et signait, de concert avec Jules Guesde, autre r&#233;volutionnaire assagi, de violents manifestes contre Karl Marx, ce bon Dieu de l'&#233;glise socialiste. Le citoyen Brousse, expuls&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
d'Espagne o&#249; il avait &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; mort pour excitation au r&#233;gicide, dirigeait et r&#233;digeait un journal l'&lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt;, o&#249; il &#233;crivait des choses dans ce go&#251;t : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous ignorons quels proc&#233;d&#233;s plus certains l'avenir tient en r&#233;serve. Mais il pourrait bien se faire que ceux qui croient fermement qu'on peut DANS UNE POITRINE ROYALE OUVRIR UNE ROUTE. A LA R&#201;VOLUTION, fissent bon march&#233; d&#233;sormais du salut de l'entourage ! Que pour se trouver enfin, seuls, face &#224; face avec un porte-couronne, ils marchassent &#224; lui, au travers de la tourbe des courtisans, secou&#233;e, dispers&#233;e, ROMPUE AU BRUIT ET A LA LUEUR DES BOMBES.&lt;/q&gt; (1878).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Brousse, par arr&#234;t&#233; du 4 mars 1879, &#233;tait mis en &#233;tat d'accusation et renvoy&#233; devant les Assises f&#233;d&#233;rales (Suisse), comme s'&#233;tant rendu coupable &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d'actes contraires au droit des gens, en publiant, soit comme auteur, soit comme &#233;diteur, un grand nombre d'articles qui ont paru dans le journal l'&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Avant-Garde&lt;/span&gt;, et qui rev&#234;tent un caract&#232;re d&#233;lictueux.&lt;/q&gt; Ces articles, nous allons en donner quelques extraits, particuli&#232;rement savoureux. Le citoyen Brousse nous pardonnent, lui qui est l'homme des petits papiers.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Num&#233;ro 3, page I :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;L'exp&#233;rience a parl&#233; ! LOIN DE NOUS LA VOIE PACIFIQUE ET L&#201;GALE ! A NOUS LA VOIE VIOLENTE QUI A FAIT SES PREUVES ! Laissons les radicaux &#224; leur radotage pacifique, ALLONS AUX FUSILS SUSPENDUS AUX MURS DE NOS MANSARDES, mais si nous les &#233;paulons, ne les laissons se refroidir et s'&#233;teindre que lorsque nous pourrons faire r&#233;sonner leurs crosses, non seulement sur le sol d'une r&#233;publique, mais encore sur un sol qui soit la propri&#233;t&#233; collective du paysan et de l'ouvrier.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me num&#233;ro, page 3 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pour tous les r&#233;publicains s&#233;rieux, la clef de la situation est ces deux mots, qui sont deux actes la COMNUNE par l'INSURRECTION.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Num&#233;ro 12, page 2 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir discut&#233; l'utilit&#233; de l'assassinat politique et tout sp&#233;cialement celle de l'assassinat du mar&#233;chal de Mac-Mahon, le citoyen Brousse d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;... se soumettre, se d&#233;mettre... &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;ou &#234;tre descendu&lt;/span&gt;. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;A Sedan, les Prussiens ont descendu le mar&#233;chal de son grand cheval de bataille. Maintenant son second cheval de bataille est le septennat, pourquoi n'essaierait-on pas &#224; Paris une seconde &#233;dition mieux r&#233;ussie ?&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Comment, nous dira-t-on, vous nous pr&#234;chez l'assassinat politique ? Certainement quand l'assassinat d'un homme pr&#233;vient celui d'un millier d'autres ; r&#233;solument, quand on peut, en frappant un soldat stupide, faire triompher une cause, en &#233;vitant de sanglantes h&#233;catombes pr&#233;vues.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En principe, nous sommes contre l'assassinat politique. Mais si, dans un cas sp&#233;cial, il peut &#234;tre utile, nous savons regarder en face, et froidement, celte &#233;ventualit&#233;...&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On remarquera que si l'un des petits jeunes gens de la nouvelle &#233;cole s'avisait d'&#233;crire le dixi&#232;me de ce qu'&#233;crivait le citoyen Brousse, il serait imm&#233;diatement poursuivi et jet&#233; en prison par cet citoyen Clemenceau.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Continuons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son num&#233;ro 27, l'&lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt;, discutant l'utilit&#233; de la tentative d'assassinat de H&#339;del, dit entr'autres choses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous ne saurions appeler insens&#233; l'homme qui veut d&#233;boulonner un empereur, fut-ce celui d'Allemagne, pas plus qu'en France nous n'avons trait&#233; de fous Orsini et Fieschi ; il y a ensuite des formes homicides que nous ne bl&#226;mons, que nous approuvons m&#244;me : LE R&#201;GICIDE, LA VENGEANCE DE L'OUVRIER CONTRE LE PATRON, sont pour nous dans ce cas. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son num&#233;ro 28, l'&lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt; publiait sous le titre :&#171; H&#339;del, Nobiling et la propagande par le fait &#187;, un article o&#249; il &#233;tait dit que la propagande socialiste th&#233;orique ne suffit pas &#224; amener les masses &#224; la compr&#233;hension de leurs vrais int&#233;r&#234;ts et qu'il faut &#224; c&#244;t&#233; de la th&#233;orie de &#171; l'acte &#187;, c'est-&#224;-dire la r&#233;volte en fait, la Commune de Paris, par exemple, ou la machine infernale de Fieschi, ou la bombe d'Orsini, ou les pistolets de H&#339;del et de Nobiling.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, disait l'&lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt;, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;un jeune homme qui, pendant douze heures, a senti au niveau de son &#233;paule la main de son contremaitre, voil&#224; un homme qui pendant douze heures a risqu&#233; ses membres en les sentant fr&#244;ler par les rouages de la machine, un homme dont l'attention a su &#234;tre sans cesse en &#233;veil et les muscles sans cesse en mouvement ; il rentre chez lui, que pensez-vous qu'il d&#233;sire ? Des brochures, des journaux, des gros livres ? Oh ! que non pas ! Ce qu'il veut, ce sont quelques instants de joie, en famille, quelques heures de repos au foyer. Beaucoup m&#234;me n'aspirent qu'&#224; deux choses : la soupe et le lit, nourriture et sommeil. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Eh bien ! Fieschi tire sur un roi sa machine infernale ; Orsini s&#232;me de bombes la route d'un empereur ; H&#339;del tire et manque ; Nobiling tire et blesse. Un point d'interrogation se dresse imm&#233;diatement partout, sur la place publique, dans la rue, au foyer, sous le chaume et dans la mansarde. Nul ne peut rester froid, demeurer indiff&#233;rent. Pour ou contre, tout le monde s'agite. Que veulent ces assassins, dit l'ouvrier qui va &#224; la fabrique comme le paysan qui va &#224; sa charrue. Ils ne veulent plus de rois, plus d'empereurs. Que mettront-ils &#224; sa place ? La R&#233;publique, parbleu ! dit un passant. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;On arr&#234;te le passant, mais le coup est donn&#233;, l'&#233;branlement est produit... Partout on discute la R&#233;publique, et quand on discute la R&#233;publique, la R&#233;publique s'&#233;tablit. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'&lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt; expliquait que le r&#233;gicide est un moyen de propagande r&#233;publicaine et non pas anarchiste, comme l'&#233;tait la Commune de Paris : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si H&#339;del et Nobiling, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;dit-elle&lt;/span&gt;, avaient &#233;t&#233; des anarchistes conscients, ils eussent attendu quelque temps encore et ils AURAIENT FAIT MIEUX.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il utile d'affaiblir, par de vains commentaires, d'aussi pr&#233;cises d&#233;clarations ? Et ne faut-il pas applaudir des deux mains des th&#233;ories aussi puissamment raisonn&#233;es que lumineusement expos&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Reprenons les choses au d&#233;but. Paul Brousse est n&#233; &#224; Montpellier, en 1844. Ce fut dans cette ville qu'il commen&#231;a ses &#233;tudes de m&#233;decine. Signalons que l'ann&#233;e 1867, lors de l'&#233;pid&#233;mie de chol&#233;ra qui s&#233;vit, il se distingua particuli&#232;rement et re&#231;ut la m&#233;daille d'or des H&#244;pitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, il s'occupait de politique, faisait de l'opposition &#224; l'Empire et s'affiliait &#224; l'Internationale. Cela l'emp&#234;chait d'&#234;tre dipl&#244;m&#233; m&#233;decin, et bient&#244;t, apr&#232;s la Commune, il devait s'enfuir. Il passa d'abord en Espagne, d'o&#249; il ne tarda pas &#224; &#234;tre expuls&#233;. Il vint alors en Suisse, &#224; Gen&#232;ve, comme d&#233;l&#233;gu&#233; au Congr&#232;s qui se tint dans cette ville (1873). De Gen&#232;ve, il passa &#224; Lucerne, &#224; Zurich, puis &#224; Berne, o&#249; il fut dipl&#244;m&#233; docteur par l'Universit&#233; et nomm&#233; assistant au Laboratoire de Chimie. Il resta &#224; Berne, pendant quatre ans. En 1877, il y fut condamn&#233; pour avoir pris part &#224; la manifestation du 18 Mars. C'est &#224; cette &#233;poque qu'il entreprit la publication de cette &lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt;, dont nous avons donn&#233; quelques extraits. Il avait comme collaborateurs, au d&#233;but, Reclus et Kropotkine. Condamn&#233; &#224; deux mois de prison et &#224; dix ans de bannissement, il se refugia en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;De retour en France en 1884 Paul Brousse changea son fusil d'&#233;paule. Il en avait assez de la m&#233;thode r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui qu'on avait vu pr&#234;chant l'action violente, le r&#233;gicide et la bombe, devint un r&#233;formiste et un l&#233;galiste. Il inventa un mot et une chose : le &lt;i&gt;possibilisme&lt;/i&gt;. Autrefois il avait invent&#233; un autre mot : la &lt;i&gt;propagande par le fait&lt;/i&gt;. Il s'&#233;tait d&#233;clar&#233; plus qu'anarchiste : &lt;i&gt;amorphiste&lt;/i&gt;, ce qui signifiait qu'il ne voulait aucune forme, non seulement de gouvernement, mais m&#234;me de groupement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant fait peau neuve, on le vit combattre les guesdistes, ses alli&#233;s d'aujourd'hui qui &#233;taient les r&#233;volutionnaires de l'&#233;poque. Il les combattit si bien qu'il provoqua la scission du parti ouvrier, lors du congr&#232;s de Saint-Etienne. Il faut relire son journal le &lt;i&gt;Prol&#233;taire &lt;/i&gt; pour se rendre compte de l'acuit&#233; que prirent les pol&#233;miques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nomm&#233; conseiller municipal des Epinettes, il devint rapidement pr&#233;sident du Conseil. Et, chose admirable, merveilleux sujet &#224; philosopher, l'anarchiste Paul Brousse se mit &#224; visiter les Anglais, au nom de la Ville de Paris, re&#231;ut l'ann&#233;e suivante, toujours au nom de la Ville de Paris, les d&#233;l&#233;gations anglaises. On &#233;tait loin de Bakounine. Mais le plus amusant, ce fut de voir le r&#233;gicide Paul Brousse, expuls&#233; autrefois d'Espagne, s'aplatir devant le morveux Alphonse XIII qu'une bombe, selon les conseils du r&#233;dacteur de l'&lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt; manqua, quelques jours apr&#232;s, ravir &#224; l'affection de ses sujets.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5320 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/m_brousse.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH197/m_brousse-ce49d-1de44.jpg?1774777556' width='150' height='197' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Depuis, Brousse a continu&#233;. Il vient tout r&#233;cemment de refuser de signer un manifeste contre le voyage de Falli&#232;res en Russie. Il s'est d&#233;clar&#233; partisan de l'alliance franco-russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le voil&#224; maintenant hors du Parti qu'on commence enfin &#224; d&#233;broussailler. Qui pourra s'en plaindre ? Il y a longtemps que par son attitude, Brousse s'est mis en dehors de l'Unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le dit honn&#234;te. Il ne tripote pas. Il ne s'est pas enrichi. Soit. On ajoute qu'il a us&#233; de son droit en changeant d'opinion, n'&#233;tant pas l'homme absurde qui ne change jamais. Soit encore. Mais &#224; cela nous ferons observer que lorsqu'on s'est tromp&#233; aussi grossi&#232;rement ; lorsque, pendant dix ans on a pr&#234;ch&#233; la violence, la bombe, le meurtre ; le jour o&#249; l'on change d'avis, le jour o&#249; l'on s'aper&#231;oit qu'on &#233;tait dans l'erreur, on ne conserve plus qu'un droit : se taire et rentrer dans la vie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est trop facile, vraiment, de pousser les gens &#224; la prison, de les inciter au sacrifice et de venir dire apr&#232;s : &#231;a ne compte pas. Au moins doit-on avoir la pudeur de ne pas railler et m&#233;priser ceux qui, aujourd'hui, se risquent &#224; reprendre quelques-unes des th&#233;ories de jadis.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Telle est la morale que nous croyons devoir tirer du cas Brousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant nous ferons observer que, si par un hasard improbable, Brousse est rep&#234;ch&#233; &#224; Toulouse, tout ce que nous venons de dire n'existe plus ; les passages publi&#233;s deviennent apocryphes, les commentaires idiots, les faits relat&#233;s erron&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous prierons le lecteur de nous consid&#233;rer comme un inf&#226;me menteur, se complaisant dans la calomnie et la diffamation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lucien Descaves (1861-1949)</title>
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		<dc:date>2023-09-06T08:38:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Lucien Descaves </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pr&#233;senter au public un homme comme Lucien Descaves, d&#233;j&#224; appr&#233;ci&#233;, certes, comme &#233;crivain, mais moins connu comme individu, c'est &#224; la fois une joie et une difficult&#233;. C'est une joie parce qu'on n'a pas tous les jours la bonne fortune de rencontrer un v&#233;ritablement honn&#234;te homme. C'est une difficult&#233; aussi parce que ce sacr&#233; honn&#234;te homme qu'est Descaves nous met dans l'impossibilit&#233; de nous livrer &#224; notre penchant naturel qui, on le sait, consiste &#224; dire de nos contemporains tout le mal qui peut se dire.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no43-du-14-novembre-1908-lucien-descaves-" rel="directory"&gt;Les Hommes du jour n&#176;43 du 14 novembre 1908 - Lucien Descaves&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-lucien-descaves-+" rel="tag"&gt;Lucien Descaves &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1084-5ca52.jpg?1774693578' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En 1908, Victor M&#233;ric lance, avec Henri Fabre, la collection &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les Hommes du jour annales politiques, sociales, litt&#233;raires et artistiques&lt;/q&gt;, une revue mi-politique, mi-satirique, &#224; la verve libertaire, appel&#233;e &#224; un succ&#232;s durable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque num&#233;ro pr&#233;sente la biographie d'un personnage contemporain r&#233;dig&#233;e non sans humour par Victor M&#233;ric, sous la signature &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Flax&lt;/q&gt;, tandis qu'une truculente caricature de Delannoy donne les traits du personnage. Les Hommes du jour paraissent sous cette forme jusqu'apr&#232;s 1918.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs num&#233;ros sont consacr&#233;s &#224; des anarchistes et des syndicalistes r&#233;volutionnaires parmi lesquels : Charles-Albert, Lucien Descaves, S&#233;bastien Faure, Francisco Ferrer, Jean Grave, Victor Griffuelhes, Pierre Kropotkine, Maximilien Luce, Charles Malato, Octave Mirbeau, Emile Pouget, Paul Robin et Georges Yvetot.&lt;/q&gt; (Wikipedia)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le num&#233;ro 43 du 14 novembre 1908, consacr&#233; &#224; Lucien Descaves, que nous mettons en ligne aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;senter au public un homme comme Lucien Descaves, d&#233;j&#224; appr&#233;ci&#233;, certes, comme &#233;crivain, mais moins connu comme individu, c'est &#224; la fois une joie et une difficult&#233;. C'est une joie parce qu'on n'a pas tous les jours la bonne fortune de rencontrer un v&#233;ritablement honn&#234;te homme. C'est une difficult&#233; aussi parce que ce sacr&#233; honn&#234;te homme qu'est Descaves nous met dans l'impossibilit&#233; de nous livrer &#224; notre penchant naturel qui, on le sait, consiste &#224; dire de nos contemporains tout le mal qui peut se dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tourn&#233; et retourn&#233; notre Descaves dans tous les sens ; nous l'avons examin&#233; des pieds &#224; la t&#232;te, scrut&#233;, analys&#233;, fouill&#233;, diss&#233;qu&#233;. Pas moyen de risquer la moindre rosserie. Il est r&#233;fractaire &#224; toute m&#233;disance. Il oppose &#224; toute vell&#233;it&#233; de critique m&#233;chante une existence de labeur obstin&#233; et calme. La politique ne l'a jamais tent&#233;. Les succ&#232;s mondains l'indiff&#232;rent. Sa joie unique est de travailler, et quand il a con&#231;u une &#339;uvre, il n'a de repos que lorsqu'il l'a men&#233;e &#224; bien, parmi les difficult&#233;s dont elle se h&#233;risse souvent et les recherches qu'elle n&#233;cessite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, en d&#233;sespoir de cause nous sommes-nous d&#233;cid&#233;s &#224; prendre notre parti de l'aventure. Soit. Nous ne dirons aucun mal de Descaves. Nous nous rattraperons prochainement sur un autre. Les hommes, d'ailleurs, sur lesquels on a le droit d'exercer sa malignit&#233; sont l&#233;gion et l'on a pu voir que nous avons us&#233; de ce droit assez largement.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ce pr&#233;ambule dans lequel nous indiquons l'essentiel de notre pens&#233;e sur Lucien Descaves m&#233;rite pourtant d'&#234;tre retouch&#233;. L'appr&#233;ciation que nous formulons sur l'auteur de &lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt; n'a pas toujours &#233;t&#233; du go&#251;t de tous. Il fut une &#233;poque o&#249; Descaves connut l'hostilit&#233; du public. Au lendemain de son proc&#232;s, apr&#232;s l'acquittement qui en r&#233;sulta, alors que toutes les portes auraient d&#251; s'ouvrir devant le jeune &#233;crivain assez courageux pour risquer la Cour d'Assises et dire sa pens&#233;e enti&#232;re, sans ambigu&#239;t&#233;s ni r&#233;ticences, il se produisit ce fait curieux : c'est qu'en place de la faveur publique, Descave vit, au contraire, tout le monde se d&#233;tourner. Les portes des journaux, m&#234;me les plus accueillants, lui furent obstin&#233;ment closes ; les &#233;diteurs lui firent grise mine ; un boycottage savant fut organis&#233; autour de son nom et de ses &#339;uvres, si bien qu'il fallut &#224; Descaves des ann&#233;es de patience et de labeur pour vaincre cette hostilit&#233;, casser la glace et s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureux encore d'avoir pu r&#233;ussir. Il en est d'autres qui paient plus cher l'ind&#233;pendance de leur esprit et l'audace de leurs affirmations. Il en est d'autres sur lesquels p&#232;se, leur vie durant, la r&#233;probation g&#233;n&#233;rale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;On les pers&#233;cute, on les tue, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;sauf, apr&#232;s un long examen, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;A leur dresser une statue &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pour la gloire du genre humain.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Descaves, il est vrai, est un obstin&#233;. Loin de se laisser abattre par les &#233;preuves du d&#233;but, il a pers&#233;v&#233;r&#233;, imitant en cela l'exemple de t&#233;nacit&#233; laborieuse qui lui fut donn&#233; par son premier ma&#238;tre Zola. Et c'est en jetant au public, soit au th&#233;&#226;tre, soit dans le roman, de fortes &#339;uvres, consciencieusement observ&#233;es, savamment &#233;chafaud&#233;es, se succ&#233;dant d'ann&#233;e en ann&#233;e, qu'il a fini par conqu&#233;rir, en d&#233;pit de toutes les pr&#233;ventions, une des premi&#232;res places parmi les &#233;crivains d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Lucien Descaves est n&#233; &#224; Paris, le 18 mars 1861. Quand on songe qu'il devait plus tard se passionner pour les &#233;v&#233;nements de la Commune et nous donner une des reconstitutions les plus compl&#232;tes et les plus rigoureusement exactes de cette p&#233;riode de l'histoire, on est tent&#233; de voir dans cette date du 18 Mars une sorte de pr&#233;destination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#232;re de Descaves &#233;tait un artiste, graveur au burin. Il mit son gar&#231;on au coll&#232;ge o&#249; il poursuivit tranquillement ses &#233;tudes, sans incidents notables, jusqu'au jour o&#249; il entra comme employ&#233; au Cr&#233;dit Lyonnais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Cr&#233;dit Lyonnais, tout en gagnant son pain quotidien, le jeune homme commen&#231;ait &#224; s'occuper de litt&#233;rature. Il publiait, en 1882, un volume de nouvelles &lt;i&gt;Calvaire d'H&#233;lo&#239;se Payadou&lt;/i&gt;, volume qui fut &#233;dit&#233; par Henry Kistemaeckers, &#224; Bruxelles. Kistemaeckers &#233;tait l'&#233;diteur des jeunes, particuli&#232;rement des jeunes de l'&#233;cole naturaliste et aussi des communards. Il avait d&#233;j&#224; accueilli Lissagaray, Jourde, A. Arnould, Jules Guesde, Hector France, L&#233;on Cladel, Francis Enne. Il avait, un des premiers, ouvert la porte aux disciples imm&#233;diats de Zola, &#224; ceux de M&#233;dan, les Huysmans, les Maupassant, les Paul Alexis, les Hennique. Apr&#232;s eux, et avec Descaves, il lan&#231;a H. F&#232;vre, Paul Bonnetain, E. Rod, Camille Lemonnier, et ce malheureux Desprez qui, poursuivi pour avoir collabor&#233; au volume : &lt;i&gt;Autour d'un Clocher&lt;/i&gt;, fut jet&#233;, tuberculeux &#224; Sainte-P&#233;lagie, o&#249; il trouva la mort.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de 1882, la carri&#232;re litt&#233;raire de Descaves fut brusquement interrompue. Il dut partir pour la caserne. Envoy&#233; au 129&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; de ligne, il accomplit quatre ann&#233;es de service, au Havre d'abord, puis &#224; Dieppe, enfin &#224; Paris On retrouve cela dans son volume &lt;i&gt;Sous-Off's. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la caserne, Descaves, qui compte parmi les premiers antimilitaristes, fut un excellent soldat, comme d'ailleurs nombre d'autres antimilitaristes. D&#233;brouillard, actif, il conquit rapidement ses premiers galons et devint sergent-major. Malgr&#233; tout, il ne renon&#231;ait pas &#224; la litt&#233;rature. Il occupait ses loisirs &#224; &#233;crire un roman. Quand on sait ce qu'est l'existence de la caserne, o&#249; l'individu ne tarde pas &#224; &#234;tre compl&#233;tement d&#233;prim&#233; sous l'influence de ce milieu de stupidit&#233; et d'ignominie, on se demande par quel miracle de volont&#233;, Descaves a pu se garder et conserver sa personnalit&#233;. Il faut poss&#233;der un temp&#233;rament peu banal, pour pouvoir r&#233;sister et rester soi. Ce tour de force, Descaves sut l'accomplir. Tout en surveillant la comptabilit&#233; de son fourrier, tout en comptant le nombre de boules et de gamelles n&#233;cessaires &#224; sa compagnie, il &#233;crivait un roman : la &lt;i&gt;Teigne&lt;/i&gt;, roman contract&#233; non pas &#224; la caserne, mais dans le monde des graveurs qu'il avait &#233;tudi&#233; autour de son p&#232;re. Ce roman devait &#234;tre publi&#233;, &#224; sa lib&#233;ration, chez Kistmaeckers....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1887, Descaves d&#233;bute clans le journalisme gr&#226;ce &#224; la protection d'Alphonse Daudet. Il &#233;crit dans le &lt;i&gt;Petit Moniteur&lt;/i&gt;, dirig&#233; par Ernest Daudet.. La m&#234;me ann&#233;e, il publie &lt;i&gt;Mis&#232;res du sabre&lt;/i&gt;, chez Stock.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la caserne, il n'avait pas perdu son temps. Il avait su voir et observer. Le r&#233;sultat de ses investigations est condens&#233; dans ce premier volume &lt;i&gt;Mis&#232;res du sabre&lt;/i&gt;, recueil de nouvelles et d'&#233;pisodes militaires qui .semblent comme une pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;Sous-Off's &lt;/i&gt; et qui, cependant, n'ont pas &#233;t&#233; utilis&#233;s dans ce roman de m&#339;urs militaires, son chef-d'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le jeune &#233;crivain, malgr&#233; ses efforts et le talent d&#233;pens&#233; demeurait malgr&#233; tout obscur. Il n'&#233;tait go&#251;t&#233; que de rares lettr&#233;s. Cette m&#234;me ann&#233;e, ayant publi&#233; d&#233;j&#224; plusieurs volumes, il crut pouvoir se pr&#233;senter &#224; la Soci&#233;t&#233; des gens de lettres, L'imprudent ne savait pas quel crime abominable il avait commis en injuriant notre arm&#233;e nationale. Ces messieurs de la Soci&#233;t&#233; des gens de lettres le lui firent bien voir. C'&#233;tait de respectables vieillards qui avaient noms Champfleury, Pierre Zaccone, Elie Berthet, Ren&#233; de Pon-Jest, Fortun&#233; de Boisgobey, Emile Richebourg, etc., et qui &#233;taient l'honneur de la litt&#233;rature fran&#231;aise. Ils refus&#232;rent &#233;nergiquement d'admettre le jeune pr&#233;somptueux dans leurs rangs et Descaves, honteux, dut s'enfuir en s'&#233;criant comme certain roi de France : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les vieillards m'ont maudit.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Cela ne l'emp&#234;cha nullement de faire son chemin. D'ailleurs, chaque fois qu'on innove et qu'on se jette dans la lutte, arm&#233; de v&#233;rit&#233; et de sinc&#233;rit&#233;, on trouve de respectables vieillards pour vous barrer la route. Descaves ne s'&#233;motionna pas pour si peu. Il continua. Ou lui reprochait les &lt;i&gt;Mis&#232;res du sabre&lt;/i&gt;. Il publia Sous-Off's.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est peu de gens, en France, qui n'aient lu ce volume. En ce qui me concerne, je me rappelle encore l'&#233;motion que cette lecture me procura. J'&#233;tais &#224; la caserne. J'y subissais la honte de la discipline. &lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt; me tomba sous ]es yeux. J'ai lu depuis bien des volumes sur les m&#339;urs de la caserne, depuis le &lt;i&gt;Cavalier Miserey&lt;/i&gt;, d'Abel Hermant, jusqu'au roman d'Henry F&#232;vre, aucun ne m'a sembl&#233; exprimer aussi fortement l'ennui, le d&#233;go&#251;t, la r&#233;volte contenue que je sentais me tourmenter sous l'uniforme. Tout ce que j'&#233;prouvais sans pouvoir l'exprimer nettement, tout ce que j'observais autour de moi, les servitudes, les l&#226;chet&#233;s, les abus d'autorit&#233;, les salet&#233;s qui fleurissent tout naturellement dans ce fumier militaire, tout cela &#233;tait not&#233; minutieusement, avec un souci d'observation et d'impartialit&#233; qui &#244;taient &#224; l'&#339;uvre tout caract&#232;re de parti pris. Ah ! certes, les sous-officiers tripoteurs, voleurs et maquereaux, et les brutes sous leurs ordres et le b&#226;timent annexe de la caserne o&#249; l'extinction des feux sonne &#224; l'heure exacte o&#249; sonne le r&#233;veil, de l'autre c&#244;t&#233;, certes tout cela &#233;tait scrupuleusement exact, vigoureusement exprim&#233;, sans haine romantique, avec le seul souci de dire vrai et une grande piti&#233; pour les malheureux plong&#233;s dans ce m&#233;tier inf&#226;me, cette sorte de cloaque o&#249; l'on perd toute notion d'honneur et de probit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement &lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt; fut poursuivi. Mais il faut rappeler qu'il le fut &#224; la suite de la d&#233;nonciation de Paul de Cassagnac, de Joseph Reinach et d'Edmond Lepelletier. En ce temps-l&#224;, d&#233;j&#224;, certains journalistes avaient pris l'habitude de signaler leurs adversaires aux foudres du pouvoir et il n'y allaient pas de main morte. Les Massard et les Franc-Nohain d'aujourd'hui sont, &#224; c&#244;t&#233; d'eux, de bien petits gar&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt; poursuivi fut acquitt&#233;. M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Tezenas qui n'&#233;tait pas encore nationaliste plaida pour l'auteur. M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Millerand qui n'&#233;tait pas encore baron de la Sociale plaida pour l'&#233;diteur. Acquitt&#233;, Descaves fut cependant ch&#226;ti&#233;. M. de Freycinet, ministre de la guerre, crut devoir le casser de son grade de sergent-major et le d&#233;clara indigne de porter les galons. Puis, durant quatre ann&#233;es, Descaves fut le pestif&#233;r&#233;. Tous les journaux se ferm&#232;rent devant lui. Il en profita tout simplement pour &#233;crire un nouveau roman sur le monde des aveugles que ses loisirs lui permirent d'&#233;tudier particuli&#232;rement. Il nous donna &lt;i&gt;Les Emmur&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#231;a, ce furent les batailles &#233;piques, &#224; c&#244;t&#233; d'Antoine, qui fondait son Th&#233;&#226;tre Libre. Notons que, d&#232;s les d&#233;buts, les &#233;crivains qui encourag&#232;rent et aid&#232;rent Antoine furent absolument d&#233;sint&#233;ress&#233;s. Les juifs, vinrent plus tard, quand il y eut des droits d'auteur &#224; toucher&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces genres de commentaires sont h&#233;las courants &#224; cette &#233;poque, Partage Noir&#034; id=&#034;nh3-_2A&#034;&gt;*&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Mais, dans les commencements, au passage de l'Elys&#233;e-des-Beaux-Arts, comme au th&#233;&#226;tre Montparnasse, on n'&#233;tait jou&#233; que deux fois au plus, et l'affaire co&#251;tait de l'argent &#224; l'auteur, au lieu de lui en faire gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descaves d&#233;buta au th&#233;&#226;tre avec une pi&#232;ce tir&#233;e de son roman : &lt;i&gt;Une Vieille rate&lt;/i&gt;, 3 actes &#233;crits en collaboration avec Paul Bonnetain. Puis il donne &lt;i&gt;les Chapons&lt;/i&gt; avec Darien, l'auteur de &lt;i&gt;Biribi&lt;/i&gt;. Ensuite, ce fut&lt;i&gt; la Cage&lt;/i&gt;, qui fut l'occasion d'un beau chahut. Le public manifesta bruyamment. D&#233;j&#224;, avec &lt;i&gt;les Chapons&lt;/i&gt;, o&#249; sont mis en sc&#232;ne des bourgeois, pendant l'invasion, &#224; Versailles, on s'&#233;tait battu dans la salle. Avec &lt;i&gt;la Cage&lt;/i&gt;, la bataille recommen&#231;a. Antoine fut deux ann&#233;es sans pouvoir nommer l'auteur. D&#232;s la r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale, d'ailleurs, l'oncle Sarcey avait r&#233;clam&#233; l'interdiction de la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;A partir de cette &#233;poque, l'histoire de Lucien Descaves n'est autre que l'histoire de ses romans, de ses articles de journaux et de ses pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre. Il publie &lt;i&gt;Soupes&lt;/i&gt;, recueil de nouvelles &#224; tendances nettement anarchistes, dont la plupart ont paru dans l'&lt;i&gt;Echo de Paris&lt;/i&gt; &#8212; l'ancien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il collabore a l'&lt;i&gt;En-Dehors&lt;/i&gt; de Zo-d'Axa et il le r&#233;dige de concert avec F&#233;n&#233;on, durant l'internement du c&#233;l&#232;bre pamphl&#233;taire. Il passe ensuite au &lt;i&gt;Journal &lt;/i&gt; o&#249; depuis des ann&#233;es, il donne des chroniques tr&#232;s document&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut rappeler ici un incident qui fit quelque bruit au moment o&#249; il se produisit. Emile Zola publiait dans &lt;i&gt;Gil Blas&lt;/i&gt; son roman &lt;i&gt;la Terre&lt;/i&gt;. Descaves qui se proclamait volontiers son &#233;l&#232;ve, mais qui le voyait avec quelque regret s'orienter dans une voie, selon lui, p&#233;rilleuse et supportait difficilement sa tutelle, se laissa entra&#238;ner &#224; signer un manifeste contre le ma&#238;tre. Ce manifeste, au bas duquel on pouvait lire les noms de Bonnetain, J.-H. Rosny, Marguerite, Gustave Guiches et qui fut d&#233;sign&#233; sous le nom de manifeste des Cinq, fit sensation. Il protestait contre &#171; l'exacerbation de la note orduri&#232;re &#187;. Passe pour Descaves. Passe pour Marguerite, pour Rosny, pour Guiches, mais il y avait aussi Bonnetain, l'auteur de &lt;i&gt;Charlot s'amuse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela nous mine peu &#224; peu jusqu'&#224; l'Affaire Dreyfus. L&#224; nous retrouvons Descaves, au premier rang, parmi les premiers collaborateurs de l'&lt;i&gt;Aurore&lt;/i&gt;. Il mena la campagne &#224; c&#244;t&#233; de Gohier, de Mirbeau, de Clemenceau. Et, alors que tant d'autres se sont servis de cette affaire, il convient d'indiquer que Descaves fut parmi les rares qui ne profit&#232;rent pas. La bataille termin&#233;e, il se donna tout entier &#224; ses travaux litt&#233;raires et revint au th&#233;&#226;tre. En 1900, il fit jouer chez Antoine en collaboration avec Donnay, &lt;i&gt;la Clairi&#232;re&lt;/i&gt;, une pi&#232;ce qui compte parmi les meilleures de notre &#233;poque, o&#249; le probl&#232;me social est &#233;tudi&#233; librement, sans esprit de parti. Cette pi&#232;ce a fait, d'ailleurs, assez de bruit pour qu'il ne soit pas utile de l'exposer ici. On se souvient encore des d&#233;m&#234;l&#233;s de l'institutrice H&#233;l&#232;ne Souricet, de Collonges, et du tailleur Rouffieu qui, partis pour fonder une soci&#233;t&#233; harmonique, se virent dans l'obligation de renoncer, en constatant que les hommes n'avaient pas encore suffisamment &#233;volu&#233; pour vivre en parfait accord. Constatation pessimiste, certes, mais qui laisse encore place &#224; l'esp&#233;rance et qui sous-entend une meilleure humanit&#233; pour demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1904, Descartes fit repr&#233;senter &lt;i&gt;Oiseaux de Passage&lt;/i&gt;, toujours avec la collaboration de Donnay, pas encore acad&#233;micien et qui ne travaillant pas dans la vertu connaissait le succ&#232;s. &lt;i&gt;Oiseaux de Passage&lt;/i&gt;, est l'histoire de quelques nihilistes russes, c'est la lutte entre l'amour et la passion politique. Des figures puissamment &#233;tudi&#233;es, comme celle de ce Gr&#233;goriew, dans lequel on a voulu reconna&#238;tre Bakounine, comme celle de Tatiana qui s'en va jusqu'en Sib&#233;rie condamner et ex&#233;cuter un tra&#238;tre. Une des pi&#232;ces les mieux construites et les mieux observ&#233;es du th&#233;&#226;tre moderne.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Avec Donnay, Descaves avait pu facilement r&#233;ussir au th&#233;&#226;tre. On a feint de croire que tous les mots d'esprit, tous les traits dont ces pi&#232;ces sont &#233;maill&#233;es, &#233;taient du futur acad&#233;micien. En r&#233;alit&#233;, Maurice Donnay s'est surtout attach&#233; &#224; construire les sc&#232;nes sentimentales et &#224; esquiver les difficult&#233;s. La charpente m&#234;me de la pi&#232;ce est de Descaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, avec Capus, les choses ne march&#232;rent pas aussi bien. L'&lt;i&gt;Attentat&lt;/i&gt; ne r&#233;ussit qu'&#224; moiti&#233;. Puis la pi&#232;ce fut jou&#233;e &#224; la Ga&#238;t&#233;, pour commencer ; ensuite elle fut interpr&#233;t&#233;e par Coquelin a&#238;n&#233; et Jane Handing. Alors, dame ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une particularit&#233; de l'&lt;i&gt;Attentat&lt;/i&gt;, c'est que deux mois avant les &#233;lections, les auteurs y annon&#231;aient le triomphe du parti radical-socialiste. Les &#233;v&#233;nements leur donn&#232;rent pleinement raison. Les deux auteurs se r&#233;v&#233;laient proph&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, Descaves a &#233;crit, seul, la &lt;i&gt;Pr&#233;f&#233;r&#233;e&lt;/i&gt;, qui a fourni une honn&#234;te carri&#232;re. Ajoutons qu'il vient de terminer une pi&#232;ce en quatre actes : &lt;i&gt;Soutient de Famille&lt;/i&gt;, qui sera jou&#233;e il ne sait encore o&#249;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Un des derniers romans de Descaves m&#233;rite une mention sp&#233;ciale, &lt;i&gt;la Colonne&lt;/i&gt;, il y &#233;tudie la p&#233;riode fort courte de la Commune qui va depuis le moment o&#249; le renversement de la Colonne fut chose d&#233;cid&#233;e, jusqu'au jour de l'ex&#233;cution. Descaves s'est attach&#233; particuli&#232;rement &#224; &#233;tudier cette &#233;poque. C'est du reste, chez lui, une v&#233;ritable manie. Tout ce qui touche &#224; la Commune l'int&#233;resse sp&#233;cialement. Chez lui, les volumes s'entassent concernant les &#233;v&#233;nements et les hommes de la Commune. Et, d&#233;tail &#224; signaler, il a fait graver pour ses bouquins, un ex-libris, dessin&#233; par M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; Slom, la fille d'un ancien communard &#8212; naturellement &#8212; &lt;i&gt;ex-libris&lt;/i&gt;, dont nous donnons la reproduction ci-dessous. Quiconque a pu voir Descaves au milieu de sa famille, entour&#233; de sa femme et de ses jeunes gar&#231;ons, reconna&#238;tra tout de suite cet ours mal l&#233;ch&#233;, assis sur une &#233;chelle double, devant une biblioth&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1260 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH211/les_hommes_du_jour__descaves-0685f-d39b8.jpg?1774777556' width='150' height='211' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Lucien Descaves est merveilleusement renseign&#233; sur tout ce qui touche &#224; la Commune. Il a accumul&#233; les documents, m&#233;moires, vieux journaux, paperasses de toutes sortes. Il a fait une enqu&#234;te laborieuse sur les hommes de cette &#233;poque, cueillant des d&#233;tails partout o&#249; il pouvait les trouver. Il les a suivis pas &#224; pas, de 1871 &#224; 1880, &#224; Londres, &#224; Gen&#232;ve, &#224; Bruxelles, &#224; Strasbourg, &#224; New-York, en Nouvelle-Cal&#233;donie. Disons, &#224; ce propos, qu'il se propose d'&#233;crire leur histoire, ou tout au moins l'histoire de quelques-uns, dont Beno&#238;t-Malon, F&#233;lix Pyat, Versmersch, Gambon, etc. En attendant, il est en relation avec les derniers survivants de la Commune ; il recherche leurs veuves, leurs enfants, tout ce qui peut lui parler d'eux, lui fournir des tuyaux, des notes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre p&#233;riode int&#233;resse aussi Descaves, la grande p&#233;riode r&#233;volutionnaire, mais &#224; un degr&#233; moindre cependant. Chez lui, dans sa, biblioth&#232;que, s'alignent des ouvrages presque introuvables aujourd'hui sur les Marat, les H&#233;bert, les Maillard, les Babeuf. Et, contradiction surprenante, contrairement &#224; tous les maniaques du bouquin, Descaves ouvre volontiers sa biblioth&#232;que &#224; qui peut s'en servir, met ses documents &#224; la disposition de ses amis.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Qu'ajouter ? On sait que depuis quelques ann&#233;es Descaves fait partie de l'Acad&#233;mie Goncourt. Il fut d&#233;sign&#233; non par Goncourt lui-m&#234;me, mais parmi les sept premiers acad&#233;miciens : Mirbeau, Huysmans, les Rosny, Marguerite, Hennique, Geffroy. C'est lui qui a le plus contribu&#233; &#8212; avec Mirbeau &#8212; &#224; l'&#233;lection de Jules Renard, &#233;lection &#224; laquelle applaudirent tous les lettr&#233;s. D'ailleurs, il prend ses fonctions au s&#233;rieux. Il ne se contente pas d'ouvrir n&#233;gligemment les volumes qui lui sont adress&#233;s, il les lit consciencieusement, scrupuleusement, par devoir et ne se prononce jamais qu'en toute connaissance de cause. Devoir p&#233;nible quelquefois. Corv&#233;e souvent. De m&#234;me, il ne refuse jamais son concours aux jeunes auteurs. Il est parmi ceux qui ont &#233;crit le plus de pr&#233;faces. Il a pr&#233;fac&#233; les&lt;i&gt; Souvenirs d'un r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;, de Lefran&#231;ais, l'ancien membre de la Commune (encore la Commune !), dont il est l'ex&#233;cuteur testamentaire comme aussi celui de Joris-Karl Huysmans ! Il a pr&#233;fac&#233; les &lt;i&gt;Cahiers Rouges&lt;/i&gt; de Maxime Vuillaume, l'ancien p&#232;re Duch&#234;ne (toujours la Commune !). Il a pr&#233;fac&#233; les cinq volumes de critique dramatique de Barbey d'Aurevilly ; la &lt;i&gt;Vie tragique des Travailleurs&lt;/i&gt; des fr&#232;res Bonneff, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, Lucien Descaves met la derni&#232;re main &#224; un roman qui sera une suite &#224; sa &lt;i&gt;Colonne &lt;/i&gt; ; ce roman aura pour titre &lt;i&gt;Phil&#233;mon vieux de la vieille&lt;/i&gt; ; il sera ainsi d&#233;dicac&#233; : &lt;i&gt;Aux vieux d'une autre vieille que la vieille &#224; soldats&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Nous avons r&#233;sum&#233; le plus possible, nous contentant d'esquisser &#224; grands traits la physionomie ce grand travailleur qu'est Descaves. Nous n'avons pu qu'indiquer, en passant, ses meilleures &#339;uvres. Nous nous d&#233;fendons, d'ailleurs, d'&#233;crire une page de critique litt&#233;raire. Ce n'est ni notre but ni notre r&#244;le. Mais nous nous tiendrons pour satisfait si nous avons su faire partager &#224; nos lecteurs l'estime et l'affection que nous professons pour l'auteur de &lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt;. Certes, cela nous change des gredins politiques. Parmi les forbans dont nous avons eu &#224; nous occuper, un modeste et un probe comme Descaves fait tache. Il se trouve en singuli&#232;re compagnie et il s'&#233;tonnera quelque peu de figurer dans une galerie o&#249; les honn&#234;tes gens se comptent. On ne peut pas cependant, laisser toute la place aux fripouilles qui triomphent suffisamment, au th&#233;&#226;tre, dans le roman, dans l'Histoire et sur le Forum. Il faut bien accorder un petit coin &#224; ceux qui, d&#233;daigneux des triomphes faciles et passager, se contentent modestement de travailler et de produire, pour notre joie, des &#339;uvres fortes et durables. Et c'est bien le cas de ce Lucien Descaves qui, jeune encore et portant un des noms les plus estim&#233;s de notre litt&#233;rature, aurait pu se laisser guider par d'autres ambitions. C'est bien le cas de l'auteur de la &lt;i&gt;Colonne &lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt;, deux romans imp&#233;rissables, parce que tr&#232;s vrais et tr&#232;s humains. Il n'y a, pour s'en rendre compte, qu'&#224; s'arr&#234;ter un instant cher lui, dans la coquette maison pleine de livres et de fleurs qu'il habite rue de la Sant&#233;, tout au fond de la rive gauche, dans ce quartier o&#249; il est n&#233; et qu'il n'a jamais pu se d&#233;cider &#224; abandonner. L&#224;, on trouvera l'homme accueillant, le camarade de lettres fraternel et serviable, parmi des paperasses &#233;parpill&#233;es et des documents entass&#233;s. Et de sa fen&#234;tre, il vous montrera du doigt, le sombre profil de la Sant&#233;, cette maison hospitali&#232;re qui abrite, depuis une ann&#233;e bient&#244;t, un autre travailleur et un autre lutteur, aujourd'hui r&#233;prouv&#233;e, demain acclam&#233; : Gustave Herv&#233;.,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1258 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH213/descaves_l-420ef-4573a.jpg?1774777556' width='150' height='213' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h2 style&gt;Lucien Descaves&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 6 septembre 1949, mort de Lucien Descaves, &#224; Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ecrivain libertaire&lt;br class='autobr' /&gt;
Fils d'un graveur, il na&#238;t &#224; Paris le 18 mars 1861. En 1878, il ne peut poursuivre ses &#233;tudes faute de moyens financiers il entre alors comme apprenti dans une banque. De 1882 &#224; 1886, il effectue son service militaire (4 ans), et commence une carri&#232;re d'&#233;crivain naturaliste. En 1887, para&#238;t &lt;i&gt;Les Mis&#232;res du sabre&lt;/i&gt; puis en 1889 &lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt; fruit de ses observations de la vie militaire. L'ouvrage est vite tax&#233; d'antimilitarisme et lui vaut des poursuites. A son proc&#232;s, de nombreux &#233;crivains se montrent solidaires ; il est finalement relax&#233;. En 1892, il devient r&#233;dacteur litt&#233;raire au &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt; gr&#226;ce &#224; S&#233;verine, collabore &#224; &lt;i&gt;L'Endehors&lt;/i&gt; de Zo d'Axa et &#224; partir de 1895 aux &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt; de Jean Grave.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est r&#233;dacteur &#224; l'&lt;i&gt;Aurore&lt;/i&gt; lorsqu'&#233;clate l'affaire Dreyfus, il prend aussit&#244;t son parti contre l'antis&#233;mitisme. En 1900, il &#233;crit avec Maurice Donnay, une com&#233;die pour le th&#233;&#226;tre &lt;i&gt;La Clairi&#232;re&lt;/i&gt; inspir&#233;e des exp&#233;riences communautaires des &#171; Milieux libres &#187;. La m&#234;me ann&#233;e, il devient membre de l'acad&#233;mie Goncourt qui vient de se cr&#233;er. En 1901, para&#238;t &lt;i&gt;La Colonne&lt;/i&gt; &#233;vocation d'un &#233;pisode de la Commune de Paris. A partir de 1904, il co-&#233;crit de nouvelles pi&#232;ces pour le th&#233;&#226;tre. En 1913, revenant sur la &#171; Commune &#187; il publie &lt;i&gt;Phil&#233;mon, vieux de la vieille&lt;/i&gt; enqu&#234;te path&#233;tique sur la proscription communarde en Suisse. En 1914, para&#238;t &lt;i&gt;Barabbas&lt;/i&gt; (illustr&#233; par Steinlen) r&#233;cit d'un chemineau qui refuse de se r&#233;signer. Durant la guerre de 14-18, il se joint &#224; &#171; l'Union sacr&#233;e &#187; puis poursuit sa carri&#232;re litt&#233;raire. Apr&#232;s de nombreux romans et pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre, il signe en 1946 avec &lt;i&gt;Souvenirs d'un ours&lt;/i&gt; son autobiographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
A noter que Lucien Descaves qui &#233;tait en relation avec des communards, rassemblera une importante collection de documents sur la Commune de Paris qu'il remettra ensuite &#224; l'Institut International d'Histoire Sociale d'Amsterdam.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;(...) je puis avoir &#224; regretter beaucoup d'erreurs ; je n'ai &#224; me reprocher aucune vilenie.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i class=&#034;fas fa-fw fa-caret-right&#034;&gt;&lt;/i&gt; Biographie extraite de l'&lt;a href=&#034;https://www.ephemanar.net/septembre06.html#descaves&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Eph&#233;m&#233;ride anarchiste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1257 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/pdf/les_hommes_du_jour__descaves.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 4.7 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH714/zz_copie-701fe.jpg?1774777556' width='500' height='714' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les hommes du jour n&#176;43 du 14 Novembre 1908 - Lucien Descaves [PDF]
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-_2A&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-_2A&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;*&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ces genres de commentaires sont h&#233;las courants &#224; cette &#233;poque, Partage Noir&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les hommes du jour - L'Affaire Durand</title>
		<link>http://partage-noir.fr/les-hommes-du-jour-l-affaire-durand</link>
		<guid isPermaLink="true">http://partage-noir.fr/les-hommes-du-jour-l-affaire-durand</guid>
		<dc:date>2022-09-22T23:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Jules Durand</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;S'il ne s'agissait, en l'occurrence, de l'existence d'un homme, d'un des n&#244;tres, il faudrait b&#233;nir cette affaire monstrueuse. Pour la premi&#232;re fois, depuis quarante ann&#233;es de R&#233;publique bourgeoise, la bataille sociale, qui se poursuit obstin&#233;ment entre les heureux du Capital et les parias du Travail, prend un caract&#232;re d'&#233;vidence qui frappe et &#233;blouit jusqu'aux plus aveugles.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no152-du-17-decembre-1910-l-affaire-durand-" rel="directory"&gt;Les Hommes du jour n&#176;152 du 17 d&#233;cembre 1910 - L'Affaire Durand&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-jules-durand-+" rel="tag"&gt;Jules Durand&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-les-hommes-du-jour-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1167-d0df9.png?1774693252' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En 1908, Victor M&#233;ric lance, avec Henri Fabre, la collection &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les Hommes du jour annales politiques, sociales, litt&#233;raires et artistiques&lt;/q&gt;, une revue mi-politique, mi-satirique, &#224; la verve libertaire, appel&#233;e &#224; un succ&#232;s durable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque num&#233;ro pr&#233;sente la biographie d'un personnage contemporain r&#233;dig&#233;e non sans humour par Victor M&#233;ric, sous la signature &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Flax&lt;/q&gt;, tandis qu'une truculente caricature de Delannoy donne les traits du personnage. Les Hommes du jour paraissent sous cette forme jusqu'apr&#232;s 1918.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs num&#233;ros sont consacr&#233;s &#224; des anarchistes et des syndicalistes r&#233;volutionnaires parmi lesquels : Charles-Albert, Lucien Descaves, S&#233;bastien Faure, Francisco Ferrer, Jean Grave, Victor Griffuelhes, Pierre Kropotkine, Maximilien Luce, Charles Malato, Octave Mirbeau, Emile Pouget, Paul Robin et Georges Yvetot.&lt;/q&gt; (Wikipedia)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le num&#233;ro 152 du 17 d&#233;cembre 1910, consacr&#233; &#224; L'Affaire Durand, que nous mettons en ligne aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;S'il ne s'agissait, en l'occurrence, de l'existence d'un homme, d'un des n&#244;tres, il faudrait b&#233;nir cette affaire monstrueuse. Pour la premi&#232;re fois, depuis quarante ann&#233;es de R&#233;publique bourgeoise, la bataille sociale, qui se poursuit obstin&#233;ment entre les heureux du Capital et les parias du Travail, prend un caract&#232;re d'&#233;vidence qui frappe et &#233;blouit jusqu'aux plus aveugles. Pour la premi&#232;re fois, &#233;clate au grand jour, toute la stupidit&#233; haineuse de la classe dirigeante. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la bourgeoisie au pouvoir, masqu&#233;e d'indulgence et de g&#233;n&#233;rosit&#233;, s'effor&#231;ait de dissimuler ses col&#232;res et ses frousses. Elle op&#233;rait, discr&#232;tement, dans l'ombre, &#224; chaque occasion qui lui &#233;tait fournie. Elle op&#233;rait surtout sur les petits, les anonymes, ceux qu'on peut b&#226;illonner, &#233;trangler, tuer paisiblement et sans grands risques. Voyez les poursuites et les condamnations obtenues contre les chasseurs de renards. Ils peuvent &#234;tre compt&#233;s par centaines, ceux qui, en province comme &#224; Paris, tombent obscur&#233;ment sous les coups de notre admirable justice de classe, Mais les autres, les militants connus, les meneurs, les directeurs des mouvements, les repr&#233;sentatifs, la Bourgeoisie se gardait soigneusement d'y toucher, Cela aurait fait trop de bruit, cr&#233;&#233; de la perturbation. Cela ne pouvait s'accomplir qu'en plein jour, avec la Cour d'assises offerte contre tribune &#224; l'adversaire, avec le scandale et la publicit&#233;. Et les bourgeois se souciaient fort peu de se lancer dans une aussi dangereuse aventure. Ils pr&#233;f&#233;raient attendre, laisser passer. Prudence est m&#232;re de la s&#251;ret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aujourd'hui, cette attitude n'est plus possible. La bataille est trop &#226;pre. Les revendications prol&#233;tariennes deviennent de plus en plus press&#233;es ; les gr&#232;ves se succ&#232;dent ; les violences se multiplient. Les travailleurs paraissent d&#233;cid&#233;s &#224; aller jusqu'au bout et &#224; ne n&#233;gliger aucune arme pour aboutir &#224; la victoire. Devant cette formidable menace, la Bourgeoisie affol&#233;e oublie toute prudence. La peur au ventre, les yeux troubles, elle a recours &#224; la poigne. Il faut qu'elle se sauve ; il le faut &#224; tout prix. Et, en attendant la r&#233;pression en masse, les fusillades et les d&#233;portations, les bourgeois apeur&#233;s s'efforcent, en guise d'holocauste, d'offrir &#224; l'Ordre et &#224; la Conservation sociales, la t&#234;te de l'ouvrier Durand, coupable simplement d'&#234;tre un militant syndicaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t &#224; peu pr&#232;s l'histoire. En voici, d'ailleurs, succinctement, &#8212; les d&#233;tails tels qu'on peut les trouver dans la &lt;i&gt;Vie Ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, o&#249; le secr&#233;taire de l'Union des syndicats du Havre, le camarade G&#233;eroms, les a clairement expos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remontons d'abord jusqu'&#224; l'origine de la gr&#232;ve des charbonniers et examinons-en les causes. Les charbonniers forment, au Havre, deux cat&#233;gories. Il y a, d'une part, ceux qui travaillent &#224; bord, au d&#233;chargement du charbon, et qui ne sont occup&#233;s pie lorsqu'il y a des bateaux &#224; d&#233;charger, soit trois jours environ sur sept.. Ceux-l&#224; gagnent dans les vingt-sept francs par semaine. Depuis l'installation des crapauds-, sortes de bennes automatiques se chargeant toutes seules, ces malheureux ont vu leur travail se r&#233;duire encore. Ils ch&#244;ment des semaines enti&#232;res, couchant (laps des wagons, mangeant au fourneau &#233;conomique, vivant au petit bonheur. Dans cette premi&#232;re cat&#233;gorie, l'alcoolisme s&#233;vit naturellement et dans la proportion effrayante de 90 p. 100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, ensuite, les ouvriers des chantiers qui mettent le charbon en sacs et le livrent en ville, Ceux-l&#224; gagnent 5 fr. 50 par jour et travaillent six jours par semaine. En tout, on compte, au Havre, pr&#232;s de 7 000 charbonniers.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1544 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH219/arton369-eda3e-8eed9-d3f55.jpg?1774709680' width='150' height='219' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;&lt;a href=&#034;https://cartoliste.ficedl.info/?mot71&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cartoliste&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ces derniers jours, les charbonniers se tenaient, ou &#224; peu pr&#232;s, en dehors des luttes syndicales. Ils poss&#233;daient &#224; peine un embryon de syndicat. Le rench&#233;rissement de denr&#233;es, de multiples gr&#232;ves dans les autres corporations, &#233;veill&#232;rent leur attention, jusqu'au jour o&#249; brusquement, l'installation d'un nouvel appareil &#224; d&#233;charger vint les menacer et aggraver leur situation. Il faut dire que cet appareil, fourni par un industriel du nom de Clarke est &#224; m&#234;me de d&#233;biter sans interruption 150 &#224; 200 tonnes de combustible &#224; l'heure et d'accomplir ainsi le travail de 150 ouvriers. Comment s'&#233;tonner, d&#232;s lors, de voir les charbonniers s'inqui&#233;ter et, sans prendre position contre le nouvel appareil, r&#233;clamer une augmentation de salaire de 1 franc par jour ? Contre le ch&#244;mage fatal occasionn&#233; par le machinisme, ils n'avaient pas d'autres garanties. Jamais gr&#232;ve ne fut mieux justifi&#233;e. Mais les charbonniers, &#224; peine arm&#233;s pour la bataille, devaient trouver devant eux (le redoutables forces, parmi lesquelles et au premier plan, la puissante Compagnie G&#233;n&#233;rale Transatlantique. Aussi la bataille mena&#231;ait-elle d'&#234;tre chaude, A la t&#234;te des charbonniers, Jules Durand, leur secr&#233;taire, multipliait ses efforts, risquait des d&#233;marches chez le d&#233;put&#233; Siegfried, chez le maire G&#233;nestal, r&#233;coltait des gros sous pour les gr&#233;vistes, C'&#233;tait lui l'&#226;me de la gr&#232;ve, l'homme dangereux, l'ennemi d&#233;sign&#233; aux coups des puissances patronales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brusquement se produisit l'incident Dong&#233;. Nous disons incident &#224; dessein. Dans cette malheureuse ville du Havre, les quais du port fourmillent de cabarets, l'alcoolisme triomphe et des rixes mortelles, dans le genre de celle o&#249; succomba Dong&#233;, sont fr&#233;quentes. Nul ne s'en &#233;tonne ni pr&#233;occupe outre mesure. Les magistrats se contentent de distribuer quelques ann&#233;es de prison et c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le charbonnier Dong&#233; &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment une brute alcoolique. P&#232;re de trois enfants, il avait abandonn&#233; sa femme et ses gosses. Traitre, par surcroit, il travaillait pendant la gr&#232;ve, en qualit&#233; de chef de bord&#233;e &#224; la Compagnie Transatlantique. Le 9 septembre, jour du drame, cette sombre brute venait d'accomplir deux jours et deux nuits de travail sans prendre aucun repos. Tout l'apr&#232;s-midi, il avait couru de cabaret en bouge, buvant, mena&#231;ant ses camarades gr&#233;vistes et montrant &#224; tous un revolver et des cartouches achet&#233;s, ce jour m&#234;me, on n'a su dire pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur voulut que ce brave ouvrier, abominable ment saoul, se heurt&#226;t, vers le soir, &#224; d'autres charbonniers presque aussi ivres que lui. Comment se pass&#232;rent exactement les choses ? On l'ignore. Il y eut bataille. Dong&#233; &#233;tait arm&#233;. Les autres n'avaient que leurs poings. Bref, Dong&#233; jet&#233; &#224; terre fut assomm&#233;, pi&#233;tin&#233; ; il mourait le lendemain &#224; l'h&#244;pital et ses adversaires arr&#234;t&#233;s &#233;taient conduits au poste de police, o&#249;, vu &lt;i&gt;leur &#233;tat d'ivresse&lt;/i&gt;, on ne put proc&#233;der &#224; leur interrogatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est l'histoire. Incident banal. Rixe vulgaire d'ivrognes, telle que la ville du Havre en conna&#238;t de trop nombreuses. Mais l'occasion n'&#233;tait-elle pas excellente, unique, merveilleuse pour crier &#224; la tyrannie syndicale, pour d&#233;noncer la chasse aux renards, les violences gr&#233;vistes et surtout, ah ! surtout ! pour essayer de se d&#233;barrasser de Jules Durand et de d&#233;capiter ainsi le syndicat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain, en effet, une feuille du Havre : le&lt;i&gt; Havre-Eclair&lt;/i&gt;, partait en guerre et bient&#244;t toute la presse marchait &#224; sa suite. Puis une enqu&#234;te impartiale (!) et soign&#233;e &#233;tait confi&#233;e &#224; l'agent g&#233;n&#233;ral de la Transatlantique, le nomm&#233; Ducrot. On voit d'ici ce que cette enqu&#234;te pouvait donner. Le larbin du patronat s'arrangea pour recueillis quelques t&#233;moignages int&#233;ress&#233;s. Le dimanche matin, on arr&#234;tait Durand, secr&#233;taire du syndicat ; Gaston Boyer, tr&#233;sorier, et Henri Boyer, secr&#233;taire-adjoint, Avec eux les charbonniers Mathien, Couillandre, Bauzin, Lefran&#231;ois, tous quatre inconnus au syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s &#233;tablit nettement l'innocence. de Durand. et des fr&#232;res Bayer. Les seuls t&#233;moins &#224; charge qu'on put trouver contre eux furent de pauvres diables de charbonniers, sans le sou et sans conscience, auxquels on payait le voyage et qu'on comblait d'argent&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ceux qui, comme moi, ont fait le voyage de Rouen, en m&#234;me temps que les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. On ne trouva m&#234;me pas de policiers pour d&#233;poser. M. Henry chef de la s&#251;ret&#233; du Havre, vint, en effet, d&#233;clarer devant la Cour de Rouen que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; jamais aucun rapport de police n'avait &#233;tabli aupr&#232;s de lui qu'au syndicat on avait vot&#233; la mort de Dong&#233;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car toute l'accusation &#233;tait l&#224; : On accusait Durand d'avoir conseill&#233;, selon les uns, fait voter, selon les autres, la mort du renard Dong&#233;. Les t&#233;moins, cependant, ne purent se mettre d'accord, Georges Dumont d&#233;clare qu'on n'a pas vot&#233; la mort. Tacantin affirme qu'on l'a vot&#233;e &#224; mains lev&#233;es. Et les contradictions s'accumulent. Notons que la fameuse r&#233;union o&#249;, d'apr&#232;s les t&#233;moins, on aurait vot&#233; la mort est du 14 ao&#251;t. Le meurtre est du 9 septembre. Il y a pr&#232;s d'un mois d'intervalle entre les deux faits. On aurait donc employ&#233; tout ce temps &#224; pr&#233;parer laborieusement la mort d'une brute alcoolique et le jour venu, on aurait confi&#233; l'op&#233;ration &#224; des ivrognes d&#233;sarm&#233;s ! Tout cela ne tient pas debout, il est inutile de discuter s&#233;rieusement de semblables inepties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat du proc&#232;s est connu. Il s'est trouv&#233; douze cr&#233;tins pour ne rien comprendre aux d&#233;bats, pour d&#233;clarer, en leur &#226;me et conscience, que Durand &#233;tait coupable et, le monstrueux verdict prononc&#233;, pour s'affoler et r&#233;clamer l'indulgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! il y aurait des pages &#224; &#233;crire, &#224; ce propos sur le jury r&#233;publicain et bourgeois. Mais, ne nous &#233;garons point. Il s'agit aujourd'hui de Durand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc un travailleur condamn&#233; &#224; mort. Pr&#233;texte Durand a tenu des propos mena&#231;ants au sujet de Dong&#233; et pouss&#233; &#224; l'assassinat de ce dernier. Motif v&#233;ritable : Durand &#233;tait l'adversaire actif, dangereux des puissances patronales ; il fallait le supprimer. Et l'on cherche aujourd'hui &#224; justifier cette abominable condamnation &#224; l'aide de la complicit&#233; morale. Mais, tout de m&#234;me, la bourgeoisie sent qu'elle est all&#233;e trop loin, Elle a voulu frapper fort et elle a d&#233;pass&#233; la mesure. L'ex&#233;cution de Durand, ce serait plus qu'un monstrueux assassinat ; ce serait une de ces effarantes absurdit&#233;s qui apparaissent &#224; tous comme impossibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, que va-t-on faire ? s'atteler &#224; la r&#233;vision du proc&#232;s. Obtenir, non pas la simple gr&#226;ce de Durand qu'on exp&#233;dierait ainsi au bagne, mais la reconnaissance formelle de son innocence. Nous allons voir, a ce sujet, si les intr&#233;pides dreyfusards d'autrefois auront pour ce travailleur encore un peu de cette tendresse qu'ils t&#233;moignaient au capitaine. Mais qu'on n'y compte pas trop. Les travailleurs n'ont qu'&#224; se mettre eux-m&#234;mes &#224; la besogne et il semble bien qu'ils l'ont compris, puisque, d&#233;j&#224;, l'Union des Syndicats du Havre a d&#233;clar&#233; que si &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la r&#233;vision du proc&#232;s n'&#233;tait pas chose acquise dans un d&#233;lai de deux mois, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale serait d&#233;cid&#233;e&lt;/q&gt; ; puisque Dunkerque s'est d&#233;clar&#233; pr&#234;t &#224; marcher lui aussi ; puisque d'autres villes vont suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ici l&#224;, attendons. Attendons tout en agissant sur l'opinion par la voie de la presse et des meetings. Il n'y a pas autre chose &#224; faire. Mais si dans deux mois au plus, Durand n'est pas rendu &#224; la libert&#233;, alors plus d'h&#233;sitation en avant le chambard. Si les travailleurs de toutes cat&#233;gories ne se levaient pas unanimes pour arracher un des leurs &#224; la mort ou au bagne ; si la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale n'&#233;clatait pas dans toutes les corporations, d'un bout de la France &#224; l'autre, ce serait &#224; d&#233;sesp&#233;rer &#224; jamais du courage et de la solidarit&#233; de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant aussi, retenons les noms des fripouilles responsables de la condamnation de Durand. En dehors des hauts patrons et des puissantes compagnies, il y a le nomm&#233;. Ducrot, l'agent de la Transatlantique, qui a tout fait, tout men&#233; dans cette affaire. Il y a le juge d'Instruction Vernis qui, en cinq sec, a b&#226;cl&#233; l'instruction et envoy&#233; Durand aux assises. Il y a les douze t&#233;n&#233;breux cr&#233;tins qui ont condamn&#233; sans savoir. Enfin, puisqu'on parle tant de complicit&#233; morale, il y a le ren&#233;gat qui dirige la r&#233;pression et sert la bourgeoisie contre le prol&#233;tariat. Nous retrouverons tous ces gens-l&#224; dans deux mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, attendons. Il est impossible que Durand ne soit pas arrach&#233; &#224; ses bourreaux. Le patronat s'aper&#231;oit d&#233;j&#224; qu'il s'est mis dans un mauvais cas. Il est tout pr&#234;t &#224; c&#233;der. Mais, malgr&#233; tout, ne nous endormons pas dans un optimisme trop confiant. Pr&#233;parons tout pour sauver Durand ou pour le venger. Il faut que la classe bourgeoise sache bien que l'affaire Durand ne fait que commencer. Nous en sommes &#224; la pr&#233;face, Si par aventure, la haine bourgeoise s'obstinait sur le condamn&#233; &#224; mort, l'affaire Durand pourrait bien prendre des proportions telles, qu'&#224; c&#244;t&#233;, l'autre affaire, celle du Capitaine, n'apparaitrait plus que comme un jeu de marmousets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce jour-l&#224;, on nous paierait cher la t&#234;te de Durand. Ce jour-l&#224;, gare aux renards de toute taille, de tout poil et de tout grade. Nous ne donnerions pas grand'chose de leur peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1542 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/pdf/les_hommes_du_jour_-_affaire_durand.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 6.7 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH689/durand_bd6t5102101d-3dfsh-7aa96.png?1774777557' width='500' height='689' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les hommes du jour n&#176;152 du 17 D&#233;cembre 1910 - L'Affaire Durand
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pour ceux qui, comme moi, ont fait le voyage de Rouen, en m&#234;me temps que les t&#233;moins &#224; charge, il ne saurait y avoir de doute. Ces charbonniers mis&#233;rables, sans domicile fixe et sans garde-robe &#233;taient tous nipp&#233;s de frais. Tous portaient de superbes complets neufs. Ils firent le voyage non point seuls, mais avec leurs femmes et leurs enfants. Ces habitu&#233;s du fourneau &#233;conomique achet&#232;rent a la foire de Rouen, force jouets pour leurs enfants force cadeaux pour leurs amis.&lt;/q&gt; (C. G&#233;eroms, &lt;i&gt;La Vie Ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, 5 d&#233;cembre.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les hommes du jour - Tolsto&#239;</title>
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		<dc:date>2022-09-03T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Tolsto&#239;</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;C'est la semaine russe. Apr&#232;s le grand conteur Maxime Gorki et le r&#233;volt&#233; Kropotkine, apr&#232;s cette figure sinistre et repoussante de bourreau, le tzar Nicolas II, que l'actualit&#233; d&#233;sobligeante nous a mis en demeure de saisir, voici le puissant &#233;crivain dont l'ombre immense se projette sur le monde entier et dont les moindres paroles se r&#233;percutent intens&#233;ment dans les esprits et dans les c&#339;urs.&lt;/p&gt;

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/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-tolstoi-+" rel="tag"&gt;Tolsto&#239;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-les-hommes-du-jour-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1154-688ea.jpg?1774710035' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est la semaine russe. Apr&#232;s le grand conteur Maxime Gorki et le r&#233;volt&#233; Kropotkine, apr&#232;s cette figure sinistre et repoussante de bourreau, le tzar Nicolas II, que l'actualit&#233; d&#233;sobligeante nous a mis en demeure de saisir, voici le puissant &#233;crivain dont l'ombre immense se projette sur le monde entier et dont les moindres paroles se r&#233;percutent intens&#233;ment dans les esprits et dans les c&#339;urs. Il nous a paru int&#233;ressant d'opposer ces physionomies, curieuses &#224; des titres diff&#233;rents, diverses et oppos&#233;es, en qui se r&#233;sume toute la Russie contemporaine. Les po&#232;tes et les h&#233;ros de la r&#233;volte d'abord, le despotisme grima&#231;ant et barbare ensuite, et maintenant, entre le tyran et le serf qui se rebelle, entre le tortionnaire et la victime, l'ap&#244;tre doucereux, puissamment suggestif, &#233;loquemment persuasif de la R&#233;signation, cette doctrine de n&#233;ant et de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Tolsto&#239; appara&#238;t avant tout comme le grand R&#233;sign&#233;. Au sein de cette nation fruste o&#249; les adversaires du tsarisme luttent implacablement contre un r&#233;gime f&#233;roce ; o&#249; de chaque c&#244;t&#233; de la barricade, les uns et les autres jouent leur vie et leur libert&#233; ; o&#249; la bataille sociale rev&#234;t des formes de cruaut&#233; et de d&#233;vouement intr&#233;pide, telles qu'on n'a jamais pu les observer ailleurs, cet &#233;crivain magnifique et f&#233;cond, venant se jeter dans la bagarre pour crier aux combattants des paroles de paix et jeter l'anath&#232;me sur les violences, c'est l&#224; un spectacle d&#233;pourvu de banalit&#233;. L'auteur de &lt;i&gt;R&#233;surrection &lt;/i&gt; choisit bien son moment pour pr&#234;cher un &#233;vang&#233;lisne enfantin et se faire le champion d'une morale singuli&#232;rement p&#233;rim&#233;e, en d&#233;saccord formel avec toutes les lois sociales de l'&#233;poque. Par l&#224;, il s'est fait, inconsciemment, l'auxiliaire pr&#233;cieux du tsarisme qui ne demande pas mieux, certes, que d'avoir devant lui des troupeaux de moutons, b&#234;lants, dociles aux commandements et ne regimbant pas sous les coups. Et si l'on songe &#224; cette facult&#233; g&#233;niale d'&#233;vocation qui caract&#233;rise l'&#233;crivain, &#224; ce style &#224; la fois na&#239;f et subtil, &#233;trangement vivant, fait de clart&#233;, de souplesse et d'une harmonie que nulle traduction ne sait rendre, on mesurera la profondeur du mal que Tolsto&#239; aurait pu faire si ses compatriotes tout en s'inclinant devant le po&#232;te et le romancier ne s'&#233;taient d&#233;rob&#233;s aux exhortations du moraliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine de Tolsto&#239; est toute de paix, de douceur et d'avachissement. Anti-scientifique, il se prononce contre le progr&#232;s et commande le retour &#224; la nature. Il d&#233;nonce l'art pour l'art, ne voit dans la litt&#233;rature qu'un moyen d'&#233;vang&#233;lisation et manifeste pour la vie un d&#233;dain qui va jusqu'au renoncement total aux biens d'ici-bas. Doctrine funeste aux effets terriblement d&#233;primants et si peu en harmonie avec les aspirations d'un si&#232;cle de lutte, de travail et de r&#233;volte. Cette fa&#231;on de concevoir la vie, dont il a cherch&#233; longtemps le sens, a conduit Tolsto&#239; &#224; &#233;noncer des jugements qui sont du pur radotage. Nous trouvons dans un auteur anglais, cette codification amusante des id&#233;es tolsto&#239;ennes qui donne bien l'essentiel de la doctrine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pr&#233;ceptes&lt;/i&gt; : NE R&#201;SISTEZ PAS AU MAL (Matthieu, V, 39.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui signifie ; a) pas de gouvernement, pas d'arm&#233;e, pas de guerre, pas de patriotisme, pas de violence, pas de tribunaux ; &#8212; b) pas de serments ; &#8212; c) pas de col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NE SOYEZ PAS APPELS MAITRES. (Matt, XXIII, 10. 11.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui signifie : pas de distinctions de classes, pas de serviteurs, chaque homme doit faire son travail propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUICONQUE REGARDE UNE FEMME AVEC ENVIE A DEJ&#192; COMMIS DANS SON C&#338;UR LE P&#201;CH&#201; D'ADULT&#200;RE (Matt, V, 28) &lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; : a) pas de fornication ; &#8212; b) pas de mariage ; &#8212; c) pas de rapports dans le mariage ; &#8212; d) c&#233;libat ; &#8212; e) pas de viandes, de boissons intoxicantes et de tabac, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, au fond, quelles p&#233;nibles niaiseries cet &#233;crivain qui compte parmi les premiers du si&#232;cle, et nous a prodigu&#233; tant d'&#339;uvres admirables, s'est donn&#233; pour t&#226;che de faire admettre aux hommes qui l'&#233;coutent. Heureusement pour lui, la post&#233;rit&#233; oubliera le patriarche radoteur de Iasna&#239;a-Poliavna et ce qu'on a qualifi&#233; trop promptement de philosophie pour ne retenir que l'artiste qu'il est demeur&#233; malgr&#233; tout, mais que l'artiste supr&#234;mement vivant, sensible et cr&#233;ateur, dont l'&#339;uvre, marqu&#233;e pour l'&#233;ternit&#233;, vous &#233;treint et vous &#233;meut irr&#233;sistiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ferons, ma foi, comme la post&#233;rit&#233; et nous laisserons le moraliste ha&#239;ssable pour expertiser le litt&#233;rateur qui toujours domine dans le christomane. On peut dire de Tolsto&#239; qu'il est un des romanciers du si&#232;cle le plus fonci&#232;rement humain et le plus &#233;trangement &#233;vocateur. Tr&#232;s proche de nos naturalistes ; dont il compl&#232;te les proc&#233;d&#233;s par un don de psychologie qui n'appartient gu&#232;re qu'&#224; lui, l'auteur d'&lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt; nous a offert des types dessin&#233;s d'un trait d&#233;licat mais s&#251;r, avec leur visage, leur costume, leurs habitudes, leurs manies, leurs tares. Et tous ses personnages en m&#234;me temps qu'ils s'agitent et vivent animalement, pensent, r&#234;vent, souffrent, aiment, agissent, raisonnent. Les foules aussi se meuvent comme les individus. Nul romancier avant Tolsto&#239; n'a donn&#233; &#224; ses personnages une telle totalit&#233; de vie. Tolsto&#239;, en m&#234;me temps qu'il se fait un observateur m&#233;ticuleux et note patiemment jusqu'aux moindres d&#233;tails, se laisse guider par une imagination &#233;tonnante et un sens de la divination qui lui permet de lire jusqu'au fond des &#226;mes. Il n'&#233;tudie et ne cr&#233;e jamais ses personnages pour eux-m&#234;mes, mais toujours par rapport &#224; la vie universelle et les actes humains, avec lui, ne prennent de valeur qu'en regard de l'Id&#233;al et de l'Absolu. Sur tout cela, ce mysticisme &#224; la fois souriant et m&#233;lancolique et cette immense piti&#233; qui s'&#233;tend &#224; toutes les souffrances et embrasse les b&#234;tes et les choses ; cette m&#233;lancolie et cette piti&#233; qu'on retrouve dans toutes ses &#339;uvres, dans ses &lt;i&gt;Souvenirs de S&#233;bastopol&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;R&#233;surrection&lt;/i&gt;, dans&lt;i&gt; Les Cosaques&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque volume de Tolsto&#239; marque une &#233;tape de sa pens&#233;e et dans son ensemble, son &#339;uvre est une autobiographie morale. Cette &#339;uvre immense, il est difficile de l'analyser enti&#232;rement. Ses meilleurs romans resteront &lt;i&gt;La Guerre et la Paix&lt;/i&gt;, sorte d'&#233;pop&#233;e o&#249; il &#233;tudie l'arm&#233;e, la noblesse, les classes dirigeantes russes, les souffrances du peuple, les conflits sociaux ; &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt;, l'histoire douloureuse d'une femme luttant contre la passion, o&#249; l'on trouve une peinture fid&#232;le de la corruption des hautes classes ; &lt;i&gt;R&#233;surrection&lt;/i&gt;, o&#249; il met en sc&#232;ne une lamentable prostitu&#233;e et parcourt les bas-fonds de la soci&#233;t&#233; ; &lt;i&gt;Les Cosaques&lt;/i&gt;, glorification de la vie naturelle. Et dans tous ses romans, le moraliste &#233;vang&#233;lisateur appara&#238;t, se penche sur ses personnages et verse sur eux l'immense bont&#233; et l'amour qui d&#233;bordent de son c&#339;ur d'ap&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout et quoique la r&#233;signation fasse le fond de sa doctrine, on peut y trouver un certain levain de r&#233;volte. Tolsto&#239; n'est pas un chr&#233;tien, au sens moderne du mot. Ses pr&#233;ceptes s'inspirent de l'Evangile, mais il &#233;carte les dogmes officiels : le p&#233;ch&#233; originel, la r&#233;demption, l'immortalit&#233;, l'espoir d'une vie future qui lui semble une l&#226;chet&#233; v&#233;ritable. Il veut enfermer les sentiments dans le cercle de la vie terrestre. Il ne s'occupe pas de la divinit&#233; du Christ. Ses deux principes essentiels sont l'amour du prochain et la non r&#233;sistance au mal. Par l&#224;, comme on peut voir, son christianisme ressemble furieusement au bouddhisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il faut retenir de ces principes contradictoires et d&#233;concertants, c'est la haine que Tolsto&#239; a toujours manifest&#233;e pour le militarisme et l'atrocit&#233; de la guerre. Nul mieux que lui n'a su inspirer l'horreur des charniers humains. Il a &#233;crit sur ces boucheries sanglantes des pages inoubliables qui lui vaudront le pardon pour tant d'absurdes pr&#233;dications dont il a combl&#233; son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tableau, par exemple, d'un champ de bataille :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Des centaines de corps mutil&#233;s, fraichement ensanglant&#233;s qui, deux heures avant, &#233;taient pleins d'esp&#233;rance et de volont&#233;s diverses, sublimes ou mesquines, gisaient, les membres raidis, dans la vall&#233;e fleurie et baign&#233;e de ros&#233;e qui s&#233;pare le bastion de la tranch&#233;e ou sur le sol uni de la petite chapelle des morts de S&#233;bastopol ; les l&#232;vres dess&#233;ch&#233;es de tous ces hommes murmuraient des pri&#232;res, des mal&#233;dictions ou des g&#233;missements ; ils se retournaient sur le flanc, les uns abandonn&#233;s parmi les cadavres de la vall&#233;e en fleur, les autres sur les brancards, les lits et le plancher humide de l'ambulance...&lt;/q&gt; (&lt;i&gt;Souvenirs de S&#233;bastopol&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &lt;i&gt;Guerre et la Paix &lt;/i&gt; de sombres tableaux d&#233;filent qui ne peuvent qu'inspirer l'horreur des massacres. Et dans son aversion pour la guerre, Tolsto&#239; est all&#233; aussi loin que possible. Il a d&#233;nonc&#233; le patriotisme comme la source premi&#232;re des barbaries militaires. Il a dit du drapeau que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;c'&#233;taient des morceaux d'&#233;toffes fix&#233;s &#224; des b&#226;tons&lt;/q&gt;. Malheureusement, l'&#233;crivain se contente de d&#233;crire &#226;prement le mal et ses causes et le moraliste va pr&#234;cher par l&#224;-dessus la r&#233;signation. Et l'on aboutit pu&#233;rilement &#224; la r&#233;sistance passive et aux &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Doukhobors&#034; class=&#034;spip_glossaire&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Doukhobors&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; &#224; Iasna&#239;a-Poliavna (gouvernement de Toula), tout pr&#232;s de Moscou, en 1828 (28 ao&#251;t-9 septembre), L&#233;on-Nikola&#233;vitch, comte Tolsto&#239;, fils d'un colonel en retraite, devint orphelin de bonne heure. Il eut, comme beaucoup de jeunes Russes, un Fran&#231;ais comme pr&#233;cepteur. D&#232;s d&#232;s l'&#226;ge de quinze ans, il lisait nos &#233;crivains du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, particuli&#232;rement Voltaire et Rousseau. A dix-neuf ans il ne croyait plus &#224; l'&#201;glise orthodoxe et s'&#233;cartait de la religion dans laquelle il avait &#233;t&#233; &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Physiquement laid et le sachant, timide, peu communicatif, Tolsto&#239; eut cependant une jeunesse assez orageuse, pleine de duels, d'orgies tapageuses. En 1847, il quittait l'Universit&#233; de Moscou o&#249; il &#233;tait entr&#233; en 1843 et se retirait &#224; Iasna&#239;a-Poliavna, parmi les paysans. Il trouva ses propri&#233;t&#233;s dans un d&#233;sordre affreux et d&#233;j&#224;, apr&#232;s maints froissements d'amour-propre et de menus incidents qui avaient affect&#233; sa sensibilit&#233;, il d&#233;couvrait que la racine du mal gisait dans la mis&#232;re des paysans. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ce mal dispara&#238;tra, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#233;crivait-il, d&#232;s cette &#233;poque, &#224; l'une de ses tantes&lt;/span&gt;, apr&#232;s un long et patient travail. N'est-ce pas alors un devoir, un devoir sacr&#233;, de me d&#233;vouer au bien-&#234;tre de ces sept cents &#226;mes ?&lt;/q&gt; Le futur ap&#244;tre de l'Amour et du Sacrifice se dessinait dans ces quelques phrases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant il ne demeura pas longtemps &#224; Iasna&#239;a-Poliavna, parmi ses paysans. Trois ans plus tard, il partait pour le Caucase o&#249; on le nommait officier d'artillerie. En 1352, il publiait sa premi&#232;re &#339;uvre, &lt;i&gt;Enfance&lt;/i&gt;, sous le pseudonyme L. T., dans la revue &lt;i&gt;Sovremennik&lt;/i&gt;, de Saint-P&#233;tersbourg. Puis il prit part &#224; la guerre de Crim&#233;e et se distingua &#224; S&#233;bastopol. Il fut nomm&#233; commandant de division.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers 1851, alors qu'il &#233;tait au Caucase, que Tolsto&#239; m&#233;dita s&#233;rieusement sur les probl&#232;mes humains. Une voix myst&#233;rieuse lui murmurait &#224; l'oreille : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est maintenant que tu commences &#224; vivre !&lt;/q&gt; Et il sentait en lui un d&#233;sir irr&#233;sistible d'action. Plus tard, alors qu'il &#233;tait officier d'artillerie et prenait part &#224; toutes les exp&#233;ditions militaires, le jeune Tolsto&#239;, vivant au milieu des Cosaques dont il observait les m&#339;urs et admirait la farouche ind&#233;pendance, songeait &#224; son avenir et consid&#233;rait son pass&#233;. Il r&#233;capitulait son existence et se demandait quelle voie il avait jusqu'alors suivi. Il comprenait vaguement que le but de l'homme ici-bas est la recherche du bonheur. Mais lorsqu'il eut &#233;tabli que le bonheur consiste dans l'amour et le d&#233;vouement, sa vie pass&#233;e lui fit horreur. Il r&#233;solut de se renouveler et de se retremper dans le sacrifice. Sa carri&#232;re d'ap&#244;tre commen&#231;ait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, pendant la guerre de S&#233;bastopol, Tolsto&#239; &#233;tait &#233;mu de la souffrance humaine. Au Caucase d&#233;j&#224;, il avait go&#251;t&#233; la beaut&#233; de la nature. Cela le conduisit &#224; chanter la vie simple et sauvage. La civilisation avec ses crimes, ses guerres atroces, lui inspirait une insurmontable horreur. Apr&#232;s avoir visit&#233; des amput&#233;s, des malades, des bless&#233;s, il comprit que jamais la poudre et le sang n'apporteraient une solution aux questions qui se posent entre humains. Et tout en guerroyant, il prenait sa plume et commen&#231;ait &#224; &#233;crire. De cette p&#233;riode datent : &lt;i&gt;Adolescence&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Souvenir de S&#233;bastopol&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Coupe du bois&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; Invasion des Cosaques&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne termin&#233;e, Tolsto&#239; s&#233;journa quelque temps &#224; S&#233;bastopol. Ses convictions de patriote &#233;taient alors fortement &#233;branl&#233;es par ce qu'il avait pu voir de la guerre. Sa r&#233;putation litt&#233;raire &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;tablie et il fut chaleureusement re&#231;u dans la capitale o&#249; il se lia avec quelques &#233;crivains c&#233;l&#232;bres, parmi lesquels Tourgueneff. Mais les discussions purement litt&#233;raires ne lui apportaient aucune satisfaction. Toujours sous l'impression angoissante ressentie sous les murs de S&#233;bastopol et au milieu des Cosaques, il persistait &#224; songer &#224; la loi myst&#233;rieuse de la vie. Il se cherchait. Il croyait alors que sa vocation &#233;tait d'instruire les hommes et se posait cette question : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Que suis-je ? Que dois-je enseigner ?&lt;/q&gt; Bient&#244;t apr&#232;s avoir observ&#233; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les pr&#234;tres de la pens&#233;e et de la parole&lt;/q&gt;, il comprenait que leur croyance n'&#233;tait qu'une supercherie et se s&#233;parait d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, il entreprenait un voyage &#224; l'&#233;tranger, visitait la France o&#249; il fut vivement impressionn&#233;, &#224; Paris, par le spectacle d'une ex&#233;cution capitale, parcourait l'Allemagne o&#249; il suivait des cours scientifiques, l'Italie, la Belgique, l'Angleterre. Il rencontrait Proudhon &#224; Bruxelles et Liszt &#224; Weimar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il revint en Russie un peu avant l'&#233;mancipation des serfs. L'empire &#233;tait alors boulevers&#233; par tin immense espoir dont il se fit l'&#233;cho. Il fonda &#224; Iasna&#239;a une revue et une &#233;cole mod&#232;le qui dur&#232;rent pr&#232;s de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1862, il &#233;pousa la fille d'un docteur de Moscou et commen&#231;a une vie de famille simple et paisible. C'est pendant cette p&#233;riode qu'il a &#233;crite deux de ses chefs-d'&#339;uvre : &lt;i&gt;La Guerre et la Paix &lt;/i&gt; (1864-69) et &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt; (1873-1876).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir de 1874 que le Tolsto&#239; &#233;vang&#233;liste fait son apparition. Le probl&#232;me religieux et moral se posait avec plus de force que jamais et l'absorbait compl&#232;tement. Il cherchait toujours le &#171; pourquoi &#187; de la vie. Il connut alors deux paysans, Souta&#239;ev et Bondarev, fondateurs de deux sectes religieuses qui donnaient le pas &#224; l'Ancien Testament sur le Nouveau et professaient que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la r&#233;novation du monde ne peut se faire que par le travail manuel et individuel&lt;/q&gt;. Tolsto&#239; traversa alors une crise morale qu'il nous a racont&#233;e dans &lt;i&gt;Ma Confession&lt;/i&gt; (1879-1882). Il revint &#224; l'Evangile, renon&#231;a au monde et se mit &#224; labourer la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant il ne renon&#231;ait pas &#224; la litt&#233;rature. Il donnait : &lt;i&gt;Ma&#238;tre et Serviteur&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Sonate de Kreutzer&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Mort d'Ivan Illicht&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;R&#233;surrection&lt;/i&gt;. Il &#233;crivait une pi&#232;ce en quatre actes : &lt;i&gt;La Puissance des T&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;. Il publiait aussi nombre de livres pour l'&#233;ducation du peuple, des &#233;tudes, des contes en style biblique ; &lt;i&gt;Qu'est-ce que l'Art ?&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;En quoi consiste ma foi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'&#201;glise et l'&#201;tat&lt;/i&gt;. Ce dernier livre lui valut d'&#234;tre excommuni&#233; le 24 f&#233;vrier 1901 par le Saint Synode comme h&#233;r&#233;tique et ath&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il prenait, &#224; maintes reprises, la d&#233;fense des paysans. Il soutenait les Doukhobors pers&#233;cut&#233;s. Il protestait contre les horreurs tzaristes par la lettre &lt;i&gt;Tu ne tueras pas&lt;/i&gt; (1900) ; il se d&#233;clarait contre la guerre russo-japonaise, contre les actes des r&#233;volutionnaires pour d&#233;fendre ses id&#233;es de non-r&#233;sistance au mal. Enfin, en 1908, il d&#233;non&#231;ait &#224; nouveau les atrocit&#233;s du r&#233;gime par la lettre :&lt;i&gt; Je ne puis pas me faire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Tolsto&#239;, &#226;g&#233; de 81 ans, est l'&#233;crivain universellement admir&#233;. Depuis sa crise morale et sa conversion, il n'a jamais quitt&#233; ses terres de Iasna&#239;a o&#249;, v&#234;tu de la blouse du paysan, il travaille de ses propres mains. Tous les six mois, on annonce sa mort, mais chaque fois, l'&#233;crivain &#233;chappe &#224; la maladie qui le guette. On sait qu'il a renonc&#233; &#224; ses propri&#233;t&#233;s, mais on sait moins que ses fils les g&#232;rent &#224; sa place et que sa femme administre sa propri&#233;t&#233; litt&#233;raire. Faut-il conclure de cela, comme certains l'ont fait, &#224; l'hypocrisie de l'ap&#244;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, Tolsto&#239; demeurera comme un des &#233;crivains les plus puissants de son si&#232;cle et il aura marqu&#233; fortement son &#233;poque. Tout n'est pas &#224; rejeter dans le fatras de ses conceptions religio-philosophiques. Quand Tolsto&#239; s'adresse &#224; l'&#233;nergie humaine pour acqu&#233;rir la discipline int&#233;rieure, quand il pr&#234;che l'abolition de la mis&#232;re humaine, l'aspiration vers le Bonheur universel ; quand il dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ne tuez pas, n'exploitez pas, purifiez votre vie et votre conscience&lt;/q&gt;, on ne peut que suivre l'ap&#244;tre. Le but nous propose est sublime. Mais les moyens sont discutables. Tolsto&#239; n'a pas su voir que la r&#233;alisation de ses v&#339;ux &#233;tait, h&#233;las, au prix de violences encore et que sa chim&#232;re ne pouvait s'&#233;panouir que dans le sang. De m&#234;me Tolsto&#239; nie la science. Il ram&#232;ne tout &#224; la Morale. Il croit, comme le philosophe de Gen&#232;ve, que la civilisation est l'origine de tous nos maux. Il nie encore l'Art comme l'interpr&#233;tation d'une Beaut&#233; myst&#233;rieuse et &#233;ternelle qu'il ne veut pas conna&#238;tre. Pour lui le Beau ne peut &#234;tre que le Bien. Sa loi se r&#233;sume en deux mots : Aimer, Travailler. En somme, devenir meilleur et par l'exemple inciter les autres &#224; agir dans le sens de la perfection morale. Pu&#233;rilit&#233;s et sophismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'on retiendra de Tolsto&#239;, c'est son &#339;uvre n&#233;gatrice. Il a d&#233;nonc&#233; le mal avec une v&#233;h&#233;mence que nul n'a atteint avant lui. Il a inspir&#233; aux hommes l'horreur de la guerre et des massacres, la haine de l'exploitation et de l'oppression. Il nous a trac&#233; des tableaux &#233;mouvants de la mis&#232;re humaine. Il a fait pleurer sur les douleurs des parias et des vaincus. Il a fl&#233;tri l'hypocrisie des religions et des morales officielles, condamn&#233; l'in&#233;galit&#233; et la richesse. Il peut ensuite conclure &#224; la r&#233;signation et nous inviter &#224; courber la t&#234;te. Il n'a pu, malgr&#233; lui, que cr&#233;er de la r&#233;volte agissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'il est utile de combattre le doctrinaire dont les radotages enfantins agacent parfois, on ne peut que crier son admiration pour l'artiste. Apr&#232;s tout, que Tolsto&#239; ait &#233;t&#233; dupe d'illusions g&#233;n&#233;reuses et &#233;ternelles, il n'en a pas moins, &#224; son encontre, obtenu des r&#233;sultats inesp&#233;r&#233;s. L'Eglise orthodoxe ne s'y est pas tromp&#233;e, elle qui a condamn&#233; l'Ap&#244;tre de l'Amour en qui elle a su d&#233;m&#234;ler parfaitement le p&#232;re intellectuel de la R&#233;volution russe, celui qui a su offrir aux jeunes g&#233;n&#233;rations, dans la gangue des doctrines &#233;mollientes, le m&#233;tal pr&#233;cieux de la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1509 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
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&lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/pdf/les_hommes_du_jour_tolstoi.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 4.7 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH735/pages_de_les_hommes_du_jour_tolstoi-c2451.jpg?1774777557' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Les hommes du jour&lt;/i&gt; - Tolsto&#239;
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		<title>Les hommes du jour - Edouard Vaillant</title>
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		<dc:date>2022-08-25T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Edouard Vaillant</dc:subject>
		<dc:subject>La Commune de Paris (1871)</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Voici l'une des plus nobles et des plus belles figures du monde r&#233;volutionnaire. Cet homme, parvenu aujourd'hui &#224; l'&#226;ge de soixante-huit ans, a consacr&#233; son existence &#224; d&#233;fendre les id&#233;es de libert&#233; et de progr&#232;s. Sa vie s'est d&#233;roul&#233;e, calme et une, au service de la cause dont il est devenu, de bonne heure, un des plus ardents soldats.&lt;/p&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voici l'une des plus nobles et des plus belles figures du monde r&#233;volutionnaire. Cet homme, parvenu aujourd'hui &#224; l'&#226;ge de soixante-huit ans, a consacr&#233; son existence &#224; d&#233;fendre les id&#233;es de libert&#233; et de progr&#232;s. Sa vie s'est d&#233;roul&#233;e, calme et une, au service de la cause dont il est devenu, de bonne heure, un des plus ardents soldats. Pour le d&#233;peindre, point n'est besoin de recourir &#224; des artifices litt&#233;raires ; point n'est besoin de le fouiller profond&#233;ment et de remonter, comme dirait Mirbeau, jusqu'aux sources de son atavisme. Il suffit, simplement, de le suivre dans sa longue et glorieuse carri&#232;re de militant. Il suffit de raconter sa vie, de dire comment Edouard Vaillant, fils de bourgeois, homme de science et d'&#233;rudition a su renoncer aux vains triomphes de ce monde, pour se donner enti&#232;rement au Socialisme, &#224; la R&#233;volution, an Peuple, qu'il a toujours aim&#233;, au Peuple pour lequel il a risqu&#233; plus d'une fois et sa peau et sa libert&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edouard Vaillant est venu au monde, d'un p&#232;re notaire, &#224; Vierzon, dans le Cher, mais on peut le consid&#233;rer comme parisien. D&#232;s l'age de deux ans, en effet, il habitait la capitale, o&#249; sa famille &#233;tait venue se fixer. A neuf ans, on le pla&#231;ait au coll&#232;ge Sainte-Barbe, o&#249; il demeurait dix ann&#233;es. Il entrait ensuite &#224; l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures, en 1859. Il en sortait en 1862 avec le dipl&#244;me d'ing&#233;nieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1862 &#224; 1866, il poursuivait ses &#233;tudes scientifiques &#224; la Sorbonne, &#224; l'Ecole de M&#233;decine, au Laboratoire du Mus&#233;um d'Histoire Naturelle. Puis, brusquement, &#224; l'&#226;ge de vingt-six ans, il partait pour l'Allemagne. Il nous faut ici mentionner une erreur du Larousse, Vaillant n'a jamais &#233;t&#233; docteur-&#232;s-sciences. Il n'a subi aucun examen. Il s'est content&#233; de parcourir l'Allemagne, d'&#233;tudier &#224; Heidelberg, &#224; Vienne, &#224; Tuebingen. Ses voyages et ses &#233;tudes dur&#232;rent jusqu'&#224; la guerre de 1870 qui l'obligea &#224; revenir en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, avant de rentrer &#224; Paris, le jeune &#233;tudiant s'&#233;tait familiaris&#233; avec les id&#233;es socialistes, et particuli&#232;rement avec les th&#233;ories de Karl Marx. Il s'&#233;tait affili&#233; &#224; l'Internationale. Signalons, &#224; ce propos, une deuxi&#232;me erreur du Larousse. Vaillant n'a pas adh&#233;r&#233; &#224; l'Internationale &#224; Heidelberg, mais bien &#224; Gen&#232;ve, o&#249; Johan-Philipp Becker lui d&#233;livra sa carte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son retour &#224; Paris, le r&#234;ve de Vaillant fut d'organiser, en France, le parti socialiste dont il avait pu suivre les progr&#232;s et reconna&#238;tre la puissance en Allemagne. Il se voua enti&#232;rement &#224; cette t&#226;che, cette &#233;poque, date sa vie politique,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses premi&#232;res ann&#233;es de militant, pendant la guerre, se partag&#232;rent entre la d&#233;fense nationale et l'agitation politique. A peine la R&#233;publique &#233;tait-elle proclam&#233;e que Vaillant, sachant qu'il ne fallait rien attendre des partis bourgeois, constituait place de la Corderie le fameux Comit&#233; central qui devait &#234;tre un centre d'action r&#233;volutionnaire et de ralliement. Il s'effor&#231;a, par tous les moyens, de donner au peuple parisien la direction de la capitale et la possibilit&#233; de la d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement le parti bourgeois devait triompher. Le gouvernement de trahison, &#224; la t&#234;te duquel se trouvait le fameux Trochu, celui dont le nom, selon Victor Hugo, &#233;tait le participe pass&#233; du verbe &lt;i&gt;trop choir&lt;/i&gt;, devint le ma&#238;tre de la situation apr&#232;s les journ&#233;es des 8 et 31 octobre. La capitulation de Paris &#233;tait in&#233;vitable. Vaillant tenta un dernier effort le 22 janvier, mais une fois encore l'insurrection fut &#233;touff&#233;e. Huit jours apr&#232;s, Paris &#233;tait livr&#233; aux Allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment, Vaillant &#233;tait &#224; Bordeaux avec Tridon, l'apologiste d'H&#233;bert et le vieux Blanqui. Il s'&#233;tait li&#233; avec ce dernier, depuis le 31 octobre et, avec son aide, avait constitu&#233;, &#224; la Corderie, la premi&#232;re organisation r&#233;volutionnaire. Ce fut pendant son absence, alors qu'il cherchait &#224; sauver le pays et &#224; le d&#233;barrasser de l'Assembl&#233;e inf&#226;me, que le 18 mars &#233;clata. Vaillant revint, en h&#226;te, dans la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout de suite, a se vit d&#233;l&#233;gu&#233; par le Comit&#233; central au Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, en compagnie d'Arnaud. Quelques jours apr&#232;s, le VIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement le nommait membre de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaillant, quand il parle aujourd'hui de cette &#233;poque h&#233;ro&#239;que d&#233;plore qu'on ait fait &#233;lire les membres de la Commune par le suffrage universel qui nomma, p&#234;lem&#234;le, des r&#233;publicains et des socialistes. Selon lui le Comit&#233; central aurait d&#251; prendre la direction politique, d&#233;l&#233;guer ses membres et ses partisans au Pouvoir et la tendance socialiste se serait fait sentir plus vigoureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne raconterons pas ici la Commune. On sait que les Versaillais, maitres de Paris, fusill&#232;rent et massacr&#232;rent les travailleurs pendant une semaine. Vaillant fit le possible et l'impossible pour la r&#233;sistance. On le vit avec les combattants, se porter sur tous les points. Le 37 mai, au soir, il cherchait &#224; gagner la mairie du I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; arrondissement et se vit cerner dans une rue. Il put heureusement s'&#233;chapper. Un ami lui offrit un asile s&#251;r jusqu'au lendemain. Apr&#232;s &#231;a, il erra de cachette en cachette, de refuge en refuge. Enfin il put gagner l'Angleterre, gr&#226;ce &#224; un passeport qu'un ami lui procura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre o&#249; il demeura jusqu'&#224; l'amnistie, il se livra enti&#232;rement &#224; l'&#233;tude et au travail. L&#224; il connut Karl Marx. Il devint membre de la Soci&#233;t&#233; des R&#233;fugi&#233;s et du groupe la Commune r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rentra en France en 1880, dix ans apr&#232;s. La Commune &#233;tait presque oubli&#233;e. La R&#233;publique &#233;tait d&#233;finitivement assur&#233;e. Tout de suite, Vaillant se reprit &#224; organiser le parti socialiste. Il fit appel &#224; ses amis pour se grouper autour de Blanqui, le grand r&#233;volutionnaire qui venait justement de sortir de prison, gr&#226;ce aux &#233;lections de Lyon et de Bordeaux. Ils fond&#232;rent ensemble le journal &lt;i&gt;Ni Dieu ni Ma&#238;tre&lt;/i&gt; qui ne dura que peu de temps. A cette '&#233;poque, comme aujourd'hui, les journaux socialistes avaient contre eux les forces coalis&#233;es du capital, du gouvernement et de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s Vaillant contribuait &#224; fonder le Comit&#233; r&#233;volutionnaire central dont il devenait l'un des membres les plus actifs et les plus influents. Enfin, en 1884, il &#233;tait nomm&#233; Conseiller municipal de Paris par les &#233;lecteurs du P&#232;re-la-Chaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on nous permette, &#224; ce sujet, d'ouvrir une parenth&#232;se. Nous avons r&#233;cemment biographi&#233; le citoyen Jules Guesde, pour lequel on nous a reproch&#233; de nous &#234;tre montr&#233; tr&#232;s dur. Pareille aventure nous est arriv&#233;e avec les anarchistes qui n'ont pas su comprendre notre &lt;i&gt;S&#233;bastien Faure&lt;/i&gt; et avec les bourgeois qui ont tr&#232;s bien compris notre &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ral d'Amade&lt;/i&gt;. Eh bien, si nous avons montr&#233;, &#224; l'&#233;gard de Guesde, une certaine acrimonie, c'est uniquement en raison du mal qu'il a fait au parti r&#233;volutionnaire en le lan&#231;ant dans la bagarre &#233;lectorale. Des hommes d'action et de r&#233;volution comme Edouard Vaillant s'y sont laiss&#233;s prendre. La formule de la conqu&#234;te des pouvoirs publics les a s&#233;duits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont cru &#224; la vertu du suffrage universel. Aujourd'hui que le parti radical triomphe dans la personne de Clemenceau et que des transfuges du socialisme sont au gouvernement, on s'aper&#231;oit que la question sociale n'est pas pr&#233;s d'&#234;tre r&#233;solue. On s'aper&#231;oit en m&#234;me temps qu'il y a pr&#232;s de quarante ans qu'on travaille dans le vide. Pr&#232;s de quarante ans d'efforts inutiles, perclus. Si l'on avait employ&#233; ce temps &#224; organiser le parti r&#233;volutionnairement, en utilisant des &#233;nergies comme Vaillant, quels progr&#232;s n'auraient-on pas accomplis ? Mais les socialistes ont pr&#233;f&#233;r&#233; suivre le citoyen Jules Guesde et cette d&#233;viation essentielle a rendu le parti impuissant pour de longues ann&#233;es. C'est l&#224; ce que de v&#233;ritables r&#233;volutionnaires ne sauraient pardonner &#224; l'Ap&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engag&#233; dans la m&#234;l&#233;e &#233;lectorale, Edouard Vaillant a naturellement continu&#233;. Il faut reconnaitre cependant qu'il n'a abandonn&#233; en rien ses convictions et sa foi r&#233;volutionnaires. Mais au Conseil municipal comme la Chambre des d&#233;put&#233;s, il n'a pu faire grand chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une circulaire &#233;lectorale que j'ai sous les yeux lui sait gr&#233; d'avoir transform&#233; radicalement le quartier le plus d&#233;sh&#233;rit&#233; de Paris. Il a demand&#233; et obtenu le percement de l'avenue de la R&#233;publique. Il a, d'accord avec Durand-Claye, &#233;tabli un plan d'assainissement du quartier. Il a obtenu la construction d'&#233;gouts, l'&#233;tablissement de fontaines, la construction d'&#233;coles, de cantines scolaires, de dispensaires scolaires. Tout cela est fort bien, citoyens. Vive la R&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, Vaillant n'a pas fait que cela. Il s'est occup&#233; surtout d'organiser et de fortifier le parti socialiste. Il a, en maintes occasions, affirm&#233; ses convictions socialistes-r&#233;volutionnaires. Il a lutt&#233; contre le pr&#233;fet Andrieux. Il a bataill&#233; contre le boulangisme et contre le ferrysme. Et quoique souvent candidat, il n'a pas oubli&#233; un seul des articles de son programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; &#233;lu d&#233;put&#233; la premi&#232;re fois en 1893, r&#233;&#233;lu en 1898, en 1902 et en 1906.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant toute sa carri&#232;re parlementaire, Vaillant a repr&#233;sent&#233; l'opposition r&#233;volutionnaire sous quelque minist&#232;re que ce soit. Pour lui, le but &#224; poursuivre a toujours &#233;t&#233; le m&#234;me et la tactique a &#224; peine chang&#233;. Cela le diff&#233;rencie de certains arrivistes qui apr&#232;s avoir d&#233;but&#233; dans le socialisme, ont trouv&#233; bon de verser, d'ann&#233;e en ann&#233;e, un peu d'eau r&#233;formiste dans leur vin rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Vaillant vieilli, atteint par l'&#226;ge, offre le rare exemple d'un homme demeur&#233; fid&#232;le &#224; ses id&#233;es. Il est rest&#233; vigoureux d'esprit. Son &#233;nergie ne l'a point abandonn&#233; et il se sent pr&#234;t, comme dans le pass&#233;, &#224; l'action r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des hommes comme Edouard Vaillant sont un r&#233;confort pour les jeunes qui se jettent dans la bataille politique. Ils sont la preuve vivante que les ann&#233;es n'affaiblissent pas fatalement les convictions. A leur suite, on peut marcher avec confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas si longtemps, pour qu'on l'ait oubli&#233;, que la question de l'attitude socialiste, en cas de gr&#232;ve, a &#233;t&#233; pos&#233;e. Les trois quarts des socialistes directeurs du parti pouss&#232;rent des cris d'horreur. Vaillant et ses amis du parti socialiste r&#233;volutionnaire furent parmi les plus cat&#233;goriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien avant Gustave Herv&#233;, et d'une fa&#231;on presque aussi nette, Edouard Vaillant avait pr&#233;cis&#233; la question. Voici un extrait d'un article publi&#233; par le &lt;i&gt;Socialiste &lt;/i&gt; en 1904 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La grandeur du socialisme, c'est que dans son action, quel qu'en soit le motif, il r&#233;sume tout ce qu'il se propose, et que son action contre la guerre se confond avec son action pour l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Aussi ne devons-nous pas h&#233;siter, et d&#232;s maintenant, il nous faut envisager ce que nous pouvons avoir &#224; faire. Et si le prol&#233;tariat international et national par nous appel&#233; ne r&#233;pondait pas suffisamment, et ne savait pas, par sa gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, se d&#233;fendre, d&#233;fendre sa vie, ses revendications, son &#233;mancipation, notre devoir d'agir et de ne reculer devant rien pour le sauver, pour conjurer le danger, pour &#233;viter la guerre, n'en serait que plus grand. Il n'est pas de bien sup&#233;rieur &#224; la paix internationale. Il n'est rien qui ne soit pr&#233;f&#233;rable &#224; la guerre.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Plut&#244;t l'insurrection que la guerre.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, quoique parlementaire et devenu partisan de la conqu&#234;te des pouvoirs publics, Vaillant est demeur&#233; le r&#233;volutionnaire qu'il &#233;tait &#224; ses d&#233;buts. Il croit toujours &#224; l'action d'une minorit&#233; conscience, fomentant l'insurrection &#224; la faveur des &#233;v&#233;nements et entrainant la masse. En cela, il tient de Blanqui. Mais se s&#233;pare du &#171; Vieux &#187;, cependant, sur le terrain patriotique. On sait que Blanqui &#233;tait patriote et il ne faut pas craindre de l'avouer. Cet homme &#233;tait d'une g&#233;n&#233;ration r&#233;publicaine qui consid&#233;rait la France comme le foyer de la R&#233;volution, qui avait grandi parmi les guerres et les invasions. Mais en m&#234;me temps que patriote &#224; la fa&#231;on des r&#233;publicains de 92-93, Blanqui &#233;tait antimilitariste. Il avait l'horreur du sabre, le m&#233;pris pore l'uniforme. Vaillant lui, a pouss&#233; la logique plus loin. Il a affirm&#233;, maintes fois, son internationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un autre terrain, Vaillant a fait preuve de clairvoyance r&#233;volutionnaire. Il s'est prononc&#233; contre l'alliance ou plut&#244;t contre le m&#233;lange du syndicalisme et du socialisme. Il veut l'unit&#233; syndicale comme il veut l'unit&#233; socialiste. Il consid&#232;re que les travailleurs doivent s'organiser, &#224; part, sur le terrain &#233;conomique et sur le terrain politique pour joindre leurs efforts lorsque les circonstances le permettront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'&#224; lire &#224; ce sujet le manifeste du 22 juin 1892, avant le congr&#232;s de Limoges. Ajoutons qu'&#224; plusieurs reprises, Vaillant a pr&#233;conis&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale comme il a admis l'insurrection en cas de guerre. En r&#233;sum&#233; organisation &#233;conomique des travailleurs d'une part, organisation politique d'autre part ; pr&#233;paration &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et &#224; l'insurrection : telles sont les grandes lignes de la politique de ce r&#233;volutionnaire imp&#233;nitent qui, par une inconcevable contradiction demeure en m&#234;me temps partisan de la conqu&#234;te des pouvoirs publics et continue &#224; si&#233;ger au Palais, Bourbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Achevons de le peindre. Il faut voir Vaillant chez lui, dans l'intimit&#233;. L&#224; o&#249; l'on s'attend &#224; trouver un r&#233;volutionnaire f&#233;roce, on est tout &#233;tonn&#233; de rencontrer un brave homme souriant et accueillant, qui vous re&#231;oit dans le d&#233;sordre de ses paperasses et de ses livres. Il habite, &#224; l'est de Paris, une petite rue donnant sur l'avenue de Saint-Mand&#233;. Mais longtemps, bien longtemps, il a habit&#233; la rive gauche, qu'il s'est d&#233;cid&#233; difficilement &#224; abandonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ont entendu Vaillant &#224; la tribune de la Chambre o&#249; dans une r&#233;union publique le connaissent imparfaitement, se font de l'homme une id&#233;e tr&#232;s fausse. C'est que Vaillant n'est pas orateur. Solennel, b&#233;gayant un peu, monotone, il ne sait pas emballer son public. A peine l'int&#233;resse-t-il. Cela r&#233;sulte un peu de sa timidit&#233; et disons-le, de sa na&#239;vet&#233;. Vaillant ignore les hommes. Il a toujours v&#233;cu un peu &#224; l'&#233;cart, dans son r&#234;ve r&#233;volutionnaire, confiant dans la raison humaine, tr&#232;s indulgent et plein de bont&#233;. Il croit fermement au progr&#232;s, &#224; l'&#233;mancipation des travailleurs, &#224; l'&#233;volution de la race humaine&#8230; Mais, s'il n'est pas orateur, ce r&#233;volutionnaire est un causeur exquis et &#233;rudit, remuant les souvenirs, contant aimablement les anecdotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il aime surtout &#224; parler de Georges Sand, le grand &#233;crivain trop oubli&#233;, qu'il lit avec passion. Pourtant il d&#233;teste les romantiques qui lui apparaissent comme des barbares ; il ne veut pas connaitre la jeune po&#233;sie qui l'indiff&#232;re. La po&#233;sie qu'il trouve dans Georges Sand lui parait grandement suffisante et il ne d&#233;laisse son auteur favori que pour la musique dont il est un fervent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est Edouard Vaillant. Certes, cette biographie est incompl&#232;te. Il aurait fallu le suivre pas &#224; pas et noter tous les d&#233;tails de son histoire qui se confond souvent avec l'histoire de ce temps. Mais si br&#232;ve que soit cette esquisse rapidement men&#233;e, on a pu reconnaitre en Vaillant l'homme de droiture, d'&#233;nergie et de conviction. Il serait &#224; souhaiter que le parti socialiste poss&#233;d&#226;t, nombreux, de tels militants devant qui tous les partis s'inclinent et qu'on est unanime &#224; consid&#233;rer, ainsi que nous le disions en d&#233;butant, comme l'une des plus nobles et des plus belles figures du monde r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule querelle que nous chercherons &#224; Edouard Vaillant, ce sera justement de nous avoir mis dans l'impossibilit&#233; d'en dire du mal, ainsi que nous avons pris la d&#233;testable habitude de le faire, chaque fois que nous parlons de nos contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1490 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/figure&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les Hommes du Jour : Octave Mirbeau</title>
		<link>http://partage-noir.fr/les-hommes-du-jour-octave-mirbeau</link>
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		<dc:date>2022-03-23T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aristide Delannoy, Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Octave Mirbeau</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que j'ai vu Octave Mirbeau, ou plut&#244;t que je l'ai entendu, dans la fum&#233;e d'une r&#233;union publique, c'&#233;tait pendant l'affaire Dreyfus. Il pr&#233;sidait je ne sais plus quel meeting dans je ne sais plus quel quartier. Il m'a donn&#233; l'impression d'un &#233;nergique et d'un solide. Ses sourcils pro&#233;minents, ses m&#226;choires puis&#173;santes, son cou de taureau, ses moustaches &#233;normes embroussaillant la bouche &#233;troite ; tout cet ensemble de traits nettement accus&#233;s lui composait une physionomie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no37-du-3-octobre-1908-octave-mirbeau-" rel="directory"&gt;Les Hommes du jour n&#176;37 du 3 octobre 1908 - Octave Mirbeau&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-les-hommes-du-jour-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1052-ca2d0.jpg?1774699775' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que j'ai vu Octave Mirbeau, ou plut&#244;t que je l'ai entendu, dans la fum&#233;e d'une r&#233;union publique, c'&#233;tait pendant l'affaire Dreyfus. Il pr&#233;sidait je ne sais plus quel meeting dans je ne sais plus quel quartier. Il m'a donn&#233; l'impression d'un &#233;nergique et d'un solide. Ses sourcils pro&#233;minents, ses m&#226;choires puis&#173;santes, son cou de taureau, ses moustaches &#233;normes embroussaillant la bouche &#233;troite ; tout cet ensemble de traits nettement accus&#233;s lui composait une physionomie terrible de vieux capitaine en retraite ou de lutteur de foire. Ajoutez &#224; cela l'accent brutal avec lequel il par&#173;lait &#224; ses auditeurs, ses gestes saccad&#233;s, ses brusqueries. Octave Mirbeau, ce soir-l&#224;, m'est apparu comme un rude, cr&#226;ne et farouche batailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai rencontr&#233;, depuis, chez Durand-Ruel et dans diff&#233;rentes expositions. Ce n'&#233;tait plus le batailleur. Il paraissait, au contraire, fatigu&#233; et comme d&#233;senchant&#233;. Il semblait porter p&#233;niblement le poids de quelque vieille et invincible douleur. Et j'ai cru surprendre, dans ses yeux clairs, derri&#232;re la barre des sourcils, une expression d'indicible souffrance, comme un reflet de d&#233;sesp&#233;rance et d'irr&#233;m&#233;diable nostalgie.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1175 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;7&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/pages_de_mirbeau-01-3_copie-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH198/pages_de_mirbeau-01-3_copie-2-412ef-6fbb6.jpg?1774777559' width='150' height='198' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;titre
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Et tout Mirbeau me para&#238;t tenir l&#224;, dans ces deux attitudes. Batailleur, certes, il l'est, et ses adversaires en savent quelque chose. Mais c'est aussi un &#234;tre tout de sensibilit&#233; et de faiblesse. Ce pol&#233;miste redoutable qui se jette &#224; corps perdu dans la m&#234;l&#233;e, qui se pr&#233;cipite sur ses ennemis et porte des coups furieux &#224; droite et &#224; gauche, a des timidit&#233;s de jeune fille, des tendresses de gamin. Il adore les fleurs ; il a le culte des oiseaux. Ah ! surtout des oiseaux auxquels il ne veut pas qu'on touche. Rappelez-vous Isidore Lechat qui, d&#232;s son entr&#233;e en sc&#232;ne, fait chasser de son parc un pauvre petit oiseau. Dans ce geste, Mirbeau a voulu symboliser toute la crapulerie et toute la m&#233;chancet&#233; humaines. Pour lui, un homme qui n'aime pas les oiseaux est class&#233; ; c'est une brute, un criminel capable de tous les forfaits. A c&#244;t&#233; de &#231;a, Mirbeau aime les chiens &#8212;sauf, peut-&#234;tre, l'horrible petite b&#234;te du &lt;i&gt;Calvaire&lt;/i&gt;. Enfin, il aime les hommes, malgr&#233; qu'il les connaisse trop bien et qu'il soit devenu le maitre dans l'art de pr&#233;&#173;senter leurs vices et leurs travers ; mais il les aime quand ils sont faibles, ch&#233;tifs, mis&#233;rables ; quand ils peuvent l'inciter &#224; la piti&#233; fraternelle ; quand ils se rangent parmi les vaincus de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et toute cette tendresse qu'il conserve au fond de lui-m&#234;me ; toute cette sensibilit&#233; qu'il dissimule gau&#173;chement &#8212;par crainte : peut-&#234;tre du ridicule&#8212; mais qui transparait malgr&#233; tout dans ses &#339;uvres ; toute cette r&#233;serve de sentiments, d'aspirations, de d&#233;sirs humains, fraternels, secourables, qu'il comprime et qu'il refoule opini&#226;trement ; tout cela soudain fait explosion ; c'est de la col&#232;re, de l'indignation, de la v&#233;h&#233;mence. Et alors c'est une de ces pages merveilleuses de clart&#233;, de pr&#233;cision, o&#249; tonnent les impr&#233;cations, o&#249; roulent les anath&#232;mes, o&#249; les mots rageurs ou br&#251;lants bouillonnent imp&#233;tueusement ; c'est le torrent d&#233;cha&#238;n&#233; qui emporte tout, charrie dans ses eaux tumultueuses les invectives f&#233;roces, les m&#233;taphores hardies, les paradoxes audacieux. C'est le chef-d'&#339;uvre o&#249; l'on sent que l'auteur a mis de son sang et de ses nerfs ; o&#249; il a laiss&#233; d&#233;border, &#233;clater son c&#339;ur gonfl&#233; de piti&#233; et d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque, particuli&#232;rement ignominieuse, o&#249; nous vivons conna&#238;t peu d'&#233;crivains de cette trempe. La domesticit&#233; litt&#233;raire et artistique refl&#232;te tr&#232;s fid&#232;lement notre temps de d&#233;mocratie et de suffrage universel. Litt&#233;rateurs et artistes, autrefois valets et courtisans, sont aujourd'hui les larbins de la bourgeoisie triomphante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce troupeau de timor&#233;s et de flagorneurs, parmi ces pieds plats press&#233;s de jouir et en qu&#234;te d'adulations, l'homme de g&#233;nie se d&#233;veloppe p&#233;niblement ; l'&#233;crivain de temp&#233;rament a quelque peine &#224; se manifester. D&#232;s qu'il balbutie, le troupeau inquiet se tourne vers lui, cherche &#224; l'&#233;touffer. Mais s'il persiste, s'il fait front &#224; ses adversaires, s'il rend coups pour coups, s'il attaque, alors le boycottage s'organise, le silence se fait autour de lui ; on le laisse se d&#233;battre dans le vide et mourir d'inanition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux &#233;crivains robustes, deux temp&#233;raments ont r&#233;sist&#233; et persist&#233; : Octave Mirbeau, L&#233;on Bloy. Du second, nous aurons &#224; nous occuper. Quant au pre&#173;mier, il a su de bonne heure s'imposer, forcer l'indiff&#233;&#173;rence. Il a bien fallu qu'on l'accepte. Son g&#233;nie est apparu de fa&#231;on si claire qu'il a &#233;t&#233; impossible de nier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, il s'est attir&#233; des haines qui ne par&#173;donnent pas. Il a eu du g&#233;nie alors qu'autour de lui on avait du mal &#224; obtenir du simple talent. Il a dit des v&#233;rit&#233;s alors qu'autour de lui on s'effor&#231;ait de r&#233;pandre le mensonge. Il s'est montr&#233; audacieux et vaillant alors qu'autour de lui on s'aplatissait. Il a &#233;t&#233; une le&#231;on vivante de virilit&#233;, d'&#233;nergie, de r&#233;volte, alors que le troupeau b&#234;lait autour de lui. Aussi, sans l'attaquer ouvertement, il faut voir comment on le d&#233;chire sour&#173;noisement ; comment on s'efforce de le d&#233;chiqueter des dents et des ongles ; comment on signale ses erreurs ses fantaisies, ses travers ; comment on cherche &#224; le diminuer, &#224; le rapetisser, &#224; le rendre semblable aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses erreurs, ses travers, certes nous les connaissons, et nous pouvons les signaler. Mais, faut-il l'avouer, nous aimons Mirbeau jusque dans ses d&#233;fauts et m&#234;me &#224; cause de ses d&#233;fauts qui manifestent si bien son tem&#173;p&#233;rament et qui sont peut-&#234;tre ses meilleures qualit&#233;s. Nous les noterons sans regret, par exc&#232;s d'impartialit&#233;. Cela nous permettra ensuite de prendre l'homme en bloc et de le hisser sur un pi&#233;destal.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Octave Mirbeau est n&#233; le 16 f&#233;vrier 1850 &#224; Tr&#233;&#173;vi&#232;res, dans le Calvados ; il est le compatriote de Flau&#173;bert ; il est aussi celui de Barbey d'Aurevilly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa famille &#8212;du c&#244;t&#233; paternel&#8212; &#233;tait une vieille famille de tabellions, dont un, sous Louis XIII, fut, on ne sait pour quel crime, d&#233;capit&#233; &#224; Mortagne. Son p&#232;re &#233;tait m&#233;decin &#224; Regmalard, dans l'Orne, o&#249; le jeune Mirbeau passa son enfance. Sa m&#232;re qu'il adorait et dont, vraisemblablement, il a h&#233;rit&#233; les qualit&#233;s de sen&#173;sibilit&#233;, &#233;tait une femme charmante et douce. Il y avait aussi dans sa famille, un oncle, ce terrible abb&#233; Jules dont l'&#233;crivain nous a cont&#233; l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mirbeau, d'ailleurs, nous a donn&#233; l'histoire de sa famille et de ses premi&#232;res ann&#233;es dans ses romans. Nous trouvons son p&#232;re dans le &lt;i&gt;Calvaire &lt;/i&gt; et dans l'&lt;i&gt;Abb&#233; Jules&lt;/i&gt;, avec la description des vall&#233;es de l'Orne, des champs et des for&#234;ts du Besnin, d'Isigny, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;avec des pommiers, des peupliers et la mer comme fond de tableau&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfance de !'&#233;crivain s'&#233;coula donc au milieu des arbres, en pleine nature et il s'en souvint plus tard. Puis, avec &lt;i&gt;S&#233;bastien Roch&lt;/i&gt;, nous le voyons chez les j&#233;suites de Vannes o&#249; il nous montre comment on fl&#233;trit l'intelligence d'un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sortir du coll&#232;ge, il h&#233;sita quelque temps. Devait-il faire son droit ou sa m&#233;decine ? Finalement il opta pour le droit et vint &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#231;a ce f&#251;t la guerre de 1870. Mirbeau servit comme lieutenant de mobiles dans l'arm&#233;e de la Loire. Il s'est souvenu de cette p&#233;riode et dans le &lt;i&gt;Calvaire &lt;/i&gt; encore, on trouve un merveilleux chapitre o&#249; Mirbeau nous dit son horreur de la guerre et des massacres.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1176 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/octave_mirbeau.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH342/octave_mirbeau-6190a.jpg?1774777559' width='500' height='342' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Octave Mirbeau photographi&#233; par Dornac, &lt;i&gt;Nos contemporains chez eux&lt;/i&gt;.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ses premi&#232;res ann&#233;es &#224; Paris furent assez agit&#233;es. Le jeune homme n'avait pas encore trouv&#233; sa voie. Il s'essayait &#224; la litt&#233;rature. Dugu&#233; de la Fauconnerie, ami de sa famille le fit rentrer &#224; l'&lt;i&gt;Ordre&lt;/i&gt; qu'il venait de fonder. Le premier article de Mirbeau fut un article lyrique sur Manet, Monet, C&#233;zanne, avec de terribles injures &#224; l'adresse des acad&#233;miciens. Cet article lui fit tout simplement retirer la critique picturale. Il passa alors &#224; la critique th&#233;&#226;trale. Mais en peu de mois, apr&#232;s avoir consciencieusement &#233;reint&#233; nombre d'artistes, il avait f&#226;ch&#233; le journal avec tous les directeurs de th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, raconte Edmond de Goncourt, il passa quatre mois &#224; fumer de l'opium : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;il a rencontr&#233; quel&#173;qu'un de retour de la Cochinchine qui lui a dit que ce qu'a &#233;crit Beaudelaire sur la fumerie de l'opium est une pure blague, que &#231;a procure au contraire un bien-&#234;tre charmant, et l'embaucheur lui donne une pipe, une robe cochinchinoise. Et le voil&#224; pendant quatre mois dans sa robe &#224; fleurs, &#224; fumer des pipes, des pipes, des pipes, allant jusqu'&#224; cent quatre-vingts par jour et ne mangeant plus, ou mangeant un &#339;uf &#224; la coque tous les vingt&#173;-quatre heures. Enfin il arrive &#224; un an&#233;antissement complet, confessant que l'opium donne une certaine hila&#173;rit&#233; au bout d'un petit nombre de pipes, mais que, pass&#233; cela, la fumerie am&#232;ne un vide, accompagn&#233; d'une tris&#173;tesse, d'une tristesse impossible &#224; concevoir. C'est alors que son p&#232;re, auquel il avait &#233;crit qu'il &#233;tait en Italie, le d&#233;couvre, le tire de sa robe et de son logement, et le prom&#232;ne, pas mal crevard, pendant quelques mois, en Espagne.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;R&#233;tabli, Mirbeau qui, &#224; cette &#233;poque, &#233;tait franche&#173;ment r&#233;actionnaire, blaguait et combattait les r&#233;publi&#173;cains, fut nomm&#233; sous-pr&#233;fet de Saint-Girons, pendant le 16 Mai. Mais quel sous-pr&#233;fet il fit. Il lui arriva de scandaliser son administration par sa brusquerie et ses paradoxales allures. Il ne tarda pas &#224; abandonner ce poste et revint au journalisme. Il entra au&lt;i&gt; Gaulois&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment, il eut une terrible passion pour une femme. Il voulut gagner de l'argent et se fit bour&#173;sier. Il parait qu'il y r&#233;ussit et qu'il arriva &#224; gagner jusqu'&#224; douze mille francs par an. Mais bient&#244;t, apr&#232;s une d&#233;ception cruelle, il acheta un bateau de p&#234;che en Bretagne et, pendant dix-huit mois, se mit &#224; naviguer, fuyant le monde, fuyant les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il revint &#224; la litt&#233;rature. En 1882, il publie dans le &lt;i&gt;Figaro &lt;/i&gt; un article, le &lt;i&gt;Com&#233;dien&lt;/i&gt;, qui lui vaut des pol&#233;miques retentissantes. Ensuite, il fonde les &lt;i&gt;Grimaces &lt;/i&gt; avec Grosclaude et Paul Hervieu. Il y attaquait sur&#173;tout les r&#233;publicains. Il y ridiculisait ses confr&#232;res. Des duels, s'en suivirent avec D&#233;roul&#232;de, avec Etienne, avec Bonnetain. Depuis, Mirbeau n'a plus voulu entendre parler de duel. Il a refus&#233; de se battre avec Bernstein, jugeant qu'il s'est assez battu pour avoir le droit de ne plus se battre.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;En 1886, il publie son premier volume : &lt;i&gt;Lettres de ma chaumi&#232;re&lt;/i&gt;, s&#233;rie de contes et de nouvelles dont quelques-uns peuvent bien soutenir le parall&#232;le avec les &#339;uvres de Maupassant, son ami. En 1887, il donne son premier roman, un pur chef-d'&#339;uvre, le &lt;i&gt;Calvaire&lt;/i&gt;, que traverse un souffle de passion et d'agonie, avec des cris de rage et de souffrance. Le &lt;i&gt;Calvaire &lt;/i&gt; ! le meilleur drame d'amour qui nous ait &#233;t&#233; donn&#233; de lire : la passion de Jean Minti&#233;, la perversit&#233; et l'inconscience de Juliette Roux, une h&#233;ro&#239;ne un peu mieux camp&#233;e et plus vivante que ses compagnes : &lt;i&gt;Sapho &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Glu&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 88, parait l'&lt;i&gt;Abb&#233; Jules&lt;/i&gt;. C'est l'histoire de son oncle, un cur&#233; r&#233;fractaire et vicieux qui fait le d&#233;shon&#173;neur de sa famille et meurt de ses vices, mis&#233;rablement, dans un spasme et une derni&#232;re tentative d'obs&#173;c&#233;nit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 90 : &lt;i&gt;S&#233;bastien Roch&lt;/i&gt;, l'histoire d'un enfant &#233;lev&#233; chez les j&#233;suites, perverti moralement et physiquement, se r&#233;voltant contre la tyrannie imb&#233;cile de ses ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qu'il faut le plus louer dans ces livres, outre la passion qui d&#233;borde, la vigueur et le coloris des paysages, c'est la clart&#233;, la limpidit&#233; d'un style abon&#173;dant, coulant comme un fleuve majestueux ou se pr&#233;&#173;cipitant comme un imp&#233;tueux torrent. Ce qu'il faut louer aussi, c'est la r&#233;alit&#233; et la justesse de l'observa&#173;tion, la profonde v&#233;rit&#233; de ses personnages qui souffrent, pleurent, vivent, autrement que les mannequins de Zola ou les baudruches vides de Bourget.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Depuis Mirbeau a abord&#233; le th&#233;&#226;tre avec les &lt;i&gt;Mau&#173;vais Bergers&lt;/i&gt;, pi&#232;ce r&#233;volutionnaire et un peu trop romantique. Il a continu&#233; avec des actes tels que l'&lt;i&gt;Epi&#173;d&#233;mie&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Portefeuille&lt;/i&gt;, o&#249; se r&#233;v&#232;lent ses qualit&#233;s d'iro&#173;niste et qui font songer &#224; Aristophane. Il a publi&#233; aussi &lt;i&gt;Le Jardin des Supplices&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Journal d'une Femme de chambre&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Vingt et un jours d'un Neurasth&#233;nique&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;628-E8&lt;/i&gt;, son dernier livre, celui o&#249; s'accusent le plus nettement ses d&#233;fauts et ses qualit&#233;s, celui o&#249; Mirbeau se montre le mieux tel qu'il est, c'est-&#224;-dire changeant, mordant, sentimental, amer, emport&#233;, se trompant par&#173;fois, souvent m&#234;me, mais toujours de bonne foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fait jouer enfin, apr&#232;s &lt;i&gt;Scrupules&lt;/i&gt;, apr&#232;s le &lt;i&gt;Portefeuille&lt;/i&gt;, apr&#232;s les &lt;i&gt;Amants&lt;/i&gt;, son chef-d'&#339;uvre au th&#233;&#226;tre, qui est aussi l'un des chefs-d'&#339;uvre du si&#232;cle : les &lt;i&gt;Affaires sont les Affaires&lt;/i&gt;. L&#224; encore, il y a des d&#233;fauts et d'ex&#173;traordinaires qualit&#233;s de style et d'observation.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;G&#339;the &#233;crivait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Tout ce qu'on ne dit pas avec un parti-pris passionn&#233; ne vaut pas la peine d'&#234;tre dit.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne pourra faire &#224; Mirbeau le reproche de ne pas mettre de parti-pris passionn&#233; dans ce qu'il &#233;crit. Peut-&#234;tre m&#234;me, en met-il trop et c'est l&#224; qu'apparait ce qu'on a appel&#233; ses d&#233;fauts. Avec la m&#234;me sinc&#233;rit&#233; dans la haine que dans l'amiti&#233;, il part en guerre. Il ne tient pas compte des contingences, des circonstances, des mobiles. Il juge &#226;prement, condamne ou exalte. Il a des ardeurs subites et inexplicables, des passions sou&#173;daines ; puis des d&#233;go&#251;ts, des brusqueries ; il fait com&#173;prendre merveilleusement cette phrase de Maupassant qu'on dirait &#233;crite pour lui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En certains jours, j'&#233;prouve l'horreur de ce qui est, jusqu'&#224; d&#233;sirer la mort ; en certains autres, au con&#173;traire, je jouis, tout &#224; la fa&#231;on d'un animal.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, quand il est parti, rien ne l'arr&#234;te ; il y va car&#173;r&#233;ment, avec sa belle vaillance, Que ce soit dans le domaine de l'art ou de la politique, il apporte la m&#234;me f&#233;roce intransigeance, quitte &#224; se retourner ensuite, sans cesser pourtant d'&#234;tre sinc&#232;re. C'est ainsi qu'il a &#233;t&#233; autrefois antis&#233;mite, et qu'on l'a vu prendre, plus tard, parti pour Dreyfus. Il est vrai que la fr&#233;quentation d'Arthur Meyer, ainsi qu'il l'a expliqu&#233; lui-m&#234;me, jus&#173;tifie son antis&#233;mitisme,&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu rompre des lances pour certains artistes dont la plupart sont de grands artistes. Mais il n'est pas critique d'art. Il juge avec trop de passion. Il ne sait pas analyser froidement, examiner les d&#233;tails. Il sent une &#339;uvre ; il en appr&#233;cie la qualit&#233; et il sait admirablement exprimer ce qu'il sent. Dans une langue merveilleuse de simplicit&#233; et de pr&#233;cision, il nous montre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les ciels l&#233;gers, joyeusement respirables, de Giverny et de Vetheuil ; les atmosph&#232;res translucides et les pesantes mers de la M&#233;diterran&#233;e&lt;/q&gt;. Mais lorsque il se trompe, comme il demeure tout aussi excessif, l'impression pro&#173;duite est p&#233;nible. Dans la &lt;i&gt;628-E8&lt;/i&gt;, le livre o&#249; Mirbeau est le mieux lui-m&#234;me, parce que ce livre est con&#231;u sans ordonnance et sans m&#233;thode, &#233;crit &#224; la va-que-je-&#173;te-pousse, avec une verve endiabl&#233;e et parce que son talent de pol&#233;miste a trouv&#233; mati&#232;re &#224; s'exercer mieux encore que dans le &lt;i&gt;Journal d'une Femme de Chambre&lt;/i&gt;, mieux qu'au th&#233;&#226;tre, mieux que dans ses chroniques de journaux ; dans cette &lt;i&gt;628-E8&lt;/i&gt; donc, Mirbeau nous raconte tranquillement qu'apr&#232;s avoir admir&#233; toute une journ&#233;e Rembrandt, il n'a pu trouver qu'un seul peintre capable de venir imm&#233;diatement au second rang ; Et il nomme Van Gogh. C'est aller un peu loin, surtout quand on songe que ce n'est pas pour le vain plaisir de para&#238;tre paradoxal. Ailleurs, il oppose Mayol, p&#226;le h&#233;ritier des Etrusques, &#224; l'immense Rodin et le place au-dessus. Ce qu'il fait dans la critique d'art, il le fait &#233;galement dans le roman, dans le th&#233;&#226;tre, dans la presse ; il exa&#173;g&#232;re. Les &lt;i&gt;Amants&lt;/i&gt;, petit acte, dirig&#233; contre la com&#233;die de l'amour, tombe dans la farce de caf&#233;-concert, pour vou&#173;loir &#234;tre trop puissamment comique. Le &lt;i&gt;Journal d'une Femme de Chambre&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Vingt-et-un Jours d'un Neurasth&#233;nique&lt;/i&gt;, surtout, contiennent des passages d&#233;concer&#173;tants, des appr&#233;ciations &#233;normes. De m&#234;me encore, dans la &lt;i&gt;628-E8&lt;/i&gt;, quand il juge de l'intelligence des ani&#173;maux d'apr&#232;s la diligence qu'ils mettent &#224; se garder de l'automobile et qu'il donne la prime aux oies sauveuses de Capitoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voil&#224; ses d&#233;fauts &#224; cet &#233;crivain vibrant et en&#173;thousiaste, enthousiaste m&#234;me dans le scepticisme et le d&#233;go&#251;t. Les voil&#224; ses d&#233;fauts qui sont &#233;normes comme ses qualit&#233;s, et que nous aimons parce que ce sont les d&#233;fauts de Mirbeau et qu'il faut admirer Mirbeau ou le rejeter compl&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Bornons-nous. Nous n'avons pas la place suffisante pour examiner l'&#233;crivain et l'homme. Aussi bien, dans cette br&#232;ve silhouette, nous n'avons pas l'intention d'&#233;crire une page de critique litt&#233;raire, ni m&#234;me de donner la psychologie de notre personnage. Nous nous contentons de dire notre admiration et de tracer &#8212;tr&#232;s synth&#233;tiquement&#8212; la physionomie tourment&#233;e, brutale et si attirante d'Octave Mirbeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octave Mirbeau est le seul temp&#233;rament (avec L&#233;on Bloy, nous l'avons dit), depuis Jules Vall&#232;s auquel il ressemble par tant de c&#244;t&#233;s, par son enfance malheu&#173;reuse, par sa sauvagerie, sa verve f&#233;roce, ses indignations. Mais c'est surtout &#8212;pour l'instant&#8212; le seul roman&#173;cier de g&#233;nie, le seul que les Fran&#231;ais puissent opposer au grand Tolsto&#239; dont il n'est pas loin d'&#234;tre le dis&#173;ciple &#8212;philosophie mise &#224; part. Il a d'ailleurs pour Tolsto&#239; la plus profonde admiration et l'on peut voir chez lui un portrait de l'&#233;crivain russe avec une d&#233;dicace enthousiaste &#233;crite de la main de l'ap&#244;tre de la r&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, en outre, malgr&#233; ses bizarreries, ses brutalit&#233;s voulues, ses dehors grossiers affect&#233;s, l'&#233;crivain le plus sensible et le plus humain. On sent passer &#224; travers ses pages une douleur immense qui se transforme souvent en col&#232;re, parfois en ironie. Tout ce qui est faiblesse et souffrance l'attire et l'apitoie. Et c'est encore l'&#233;cri&#173;vain le plus clair, le plus net, le plus d&#233;licieusement po&#232;te et le plus brutalement r&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi &#8212;pour une fois&#8212; nous avons tent&#233; ce pan&#233;gyrique que d'autres trouveront sans doute excessif, mais qui nous parait n'indiquer que faible&#173;ment ce que nous pensons. Notre excuse, on la cherchera dans la difficult&#233; de l'entreprise et l'on songera que pour dire Mirbeau, il faudrait avoir &#224; sa disposition, la langue de Mirbeau lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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