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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>En marge des Lois La&#239;ques [3]</title>
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		<dc:creator>Roger Hagnauer</dc:creator>


		<dc:subject>La R&#233;volution prol&#233;tarienne </dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'antis&#233;mitisme fut sans doute la motivation ori&#173;ginelle de l'Affaire Dreyfus. Mais celle-ci ne put se prolonger et s'&#233;tendre que parce qu'elle engagea des forces sociales et politiques o&#249; le capitaine juif n'avait gu&#232;re de place.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/dd-2-d0700.jpg?1774933213' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Socialisme des imb&#233;ciles &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'antis&#233;mitisme fut sans doute la motivation ori&#173;ginelle de l'Affaire Dreyfus. Mais celle-ci ne put se prolonger et s'&#233;tendre que parce qu'elle engagea des forces sociales et politiques o&#249; le capitaine juif n'avait gu&#232;re de place. Et le terme de motivation, du point de vue de la psychologie contemporaine, signifie justement un mouvement de tension et de dissociation assez confus en ses causes, car il im&#173;plique des motifs conscients et des mobiles incons&#173;cients, qu'il d&#233;pend plus de l'affectivit&#233; que de l'intelligence. L'antis&#233;mitisme mobilise une cohue au sein de laquelle s'estompent les oppositions de classes et les divergences doctrinales ou id&#233;ologi&#173;ques. Il ne se situa pas toujours &#224; droite. &lt;i&gt;Voltaire&lt;/i&gt;, au XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et &lt;i&gt;Michelet&lt;/i&gt;, au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, us&#232;rent du terme &#171; juif &#187; dans une intention p&#233;jorative. Le Jean Christophe de Romain Rolland fulminait, en son style fougueux, contre les artistes et les esth&#232;tes juifs. Des socialistes... antis&#233;mites r&#233;&#233;dit&#232;rent, en 1898, une brochure sur la &#171; question juive &#187;, &#233;crite en 1847, par Karl Marx qui comptait cependant des rabbins dans son ascendance (il est vrai que son p&#232;re &#233;tait converti au protestantisme). F. Engels qualifiait sans doute l'antis&#233;mitisme de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;socialisme des imb&#233;ciles&lt;/q&gt;. Mais c'est admettre implicitement que l'on peut &#234;tre socialiste, antis&#233;mite et... im&#173;b&#233;cile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;cida &#8211; Karl Marx peut-&#234;tre ? &#8211; que les juifs &#233;taient &#224; l'origine du capitalisme. La puissance insolite des Rothschild qui, sur le plan financier, gouvernaient les places : Francfort, Londres, Paris, Milan et Vienne, a entretenu cette l&#233;gende. En r&#233;alit&#233;, aussi bien au Moyen Age et au d&#233;but des Temps Modernes, qu'au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'absence des juifs &#8211; ainsi que l'ont d&#233;montr&#233; les historiens Henri Pirenne et Henri See &#8211; n'aurait nullement emp&#234;ch&#233;, ou ralenti, la formation et le d&#233;veloppement des fortunes commerciales, des capitaux industriels et des tr&#233;sors de la finance internationale. L'importance prise par la famille Rothschild tient essentiellement &#224; leur intervention dans la politique des &#201;tats. Ils ont favoris&#233; la victoire de l'Angleterre sur Napol&#233;on, le placement des emprunts fran&#231;ais, le payement de l'indemnit&#233; de guerre impos&#233;e &#224; la France par l'Allemagne en 1871, le financement de grands tra&#173;vaux publics dans les pays europ&#233;ens &#8211; jouant un r&#244;le analogue &#224; celui des Fugger qui assur&#232;rent l'&#233;lection de Charles Quint, empereur d'Allemagne, au XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. D'autre part, des juifs exclus de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et f&#233;odale s'adapt&#232;rent plus vite que les autres au maniement de la propri&#233;t&#233; mobili&#232;re, au fonctionnement du syst&#232;me capita&#173;liste. Des usuriers juifs provoqu&#232;rent quelque scan&#173;dale en Alsace, pendant les guerres de la R&#233;volution et de l'Empire. Il fallut en 1808 annuler par d&#233;cret leurs cr&#233;ances sur les paysans alsaciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la R&#233;volution industrielle en Angleterre et en France n&#233;cessita l'investissement de capitaux consid&#233;rables qui provenaient 1&#176;) des b&#233;n&#233;fices commerciaux r&#233;alis&#233;s au XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle surtout en Grande-Bretagne ; 2&#176;) des capitaux immobilis&#233;s dans l'achat d'offices royaux lib&#233;r&#233;s en France par la suppression de la v&#233;nalit&#233; des charges ; 3&#176;) aussi des profits exorbitants de l'exploitation des pays conquis et vassaux, des dotations des g&#233;n&#233;raux, mar&#233;chaux et grands fonctionnaires, des b&#233;n&#233;fices des fournis&#173;seurs militaires, accumul&#233;s sous l'Empire. Rien de sp&#233;cifiquement juif dans cette gen&#232;se du capita&#173;lisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les antis&#233;mites r&#233;actionnaires, parce que Karl Marx &#233;tait juif, attribu&#232;rent aux juifs la cr&#233;ation de l'Internationale &#8211; ce qui est doublement absurde. La formation intellectuelle de Karl Marx s'est accom&#173;plie dans les universit&#233;s allemandes, et sa doctrine m&#251;rit au contact du capitalisme, du chartisme et du travaillisme britanniques. Bertrand Russell attri&#173;bue ses&lt;i&gt; &#171; mauvais c&#244;t&#233;s &#187; &#224; ses origines juives : son autoritarisme, son intol&#233;rance, la malignit&#233; de ses pol&#233;miques. &lt;/i&gt; Au reste, Bertrand Russell en incrimine surtout l'atmosph&#232;re des universit&#233;s allemandes, et les humiliations subies par le jeune &#233;tudiant juif. Quant &#224; la Premi&#232;re Internationale, elle naquit d'une initiative des ouvriers parisiens et londoniens. Rien de sp&#233;cifiquement juif dans la gen&#232;se de l'Internationale ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que nous avons d&#233;cel&#233; une sorte d'anti&#173;s&#233;mitisme visc&#233;ral et presque inconscient chez des militants libertaires et syndicalistes r&#233;volutionnaires. C'est qu'ils pouvaient s'irriter de la &#171; savantasserie &#187; outrecuidante et pr&#233;tentieuse de docteurs en marxis&#173;me &#8211; juifs en majorit&#233; &#8211; qui venaient des univer&#173;sit&#233;s allemandes ou de Pologne ou de Russie o&#249; ils avaient grandi dans une atmosph&#232;re de jalousie et de m&#233;pris... m&#233;pris artificiel de fils d'une aristocratie d&#233;cadente et d'une bourgeoisie corrompue par la richesse, qui ne pardonnaient pas &#224; leurs contem&#173;porains juifs des aptitudes intellectuelles, dues &lt;i&gt;non &#224; des caract&#232;res ethniques mais &#224; une vie errante et p&#233;rilleuse&lt;/i&gt;. Ces militants ouvriers r&#233;agissaient comme le Jean Christophe de Romain Rolland.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6264 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-4dd.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH748/sans_titre-4dd-94661.jpg?1774933213' width='500' height='748' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Dessin de Felix Vallotton - &lt;i&gt;Le cri de Paris&lt;/i&gt;, 23 janvier 1898&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ils furent &#233;videmment et tout naturellement drey&#173;fusistes pour la plupart, non par sympathie pour un officier juif, mais parce que leur bon sens les garan&#173;tissait contre la d&#233;magogie antis&#233;mite, comme elle les avait garantis contre la d&#233;magogie boulangiste. Pierre Monatte, qui fut parmi nous le plus s&#251;r d&#233;fen&#173;seur de l'h&#233;ritage de Fernand Pelloutier, le plus fid&#232;le gardien de l'esprit syndicaliste r&#233;volutionnaire, me confiait, que r&#233;p&#233;titeur dans un coll&#232;ge d'Arras, il y provoqua un petit scandale public en se pro&#173;menant dans les couloirs avec le num&#233;ro de &lt;i&gt;l'Aurore&lt;/i&gt;, portant sur toute la premi&#232;re page, le &#171; J'accuse &#187; d'Emile Zola, manifestation tonitruante du parti dreyfusiste.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Paternalisme chr&#233;tien et r&#233;actions cl&#233;ricales &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'antis&#233;mitisme avait-il atteint le corps enseignant primaire ? C'est peu probable. Il semble au contraire qu'il ait quelque peu alt&#233;r&#233; la foi patriotique, jaco&#173;bine et revancharde des humbles ex&#233;cutants des lois la&#239;ques. Les jeunes instituteurs, &#224; qui on venait d'imposer l'obligation militaire, &#224; leur sortie de l'Ecole Normale, ayant souffert de la grossi&#232;re stupi&#173;dit&#233; des sous-officiers, devaient ressentir comme un outrage &#224; leurs convictions r&#233;publicaines, l'esprit de clan d'officiers sup&#233;rieurs et g&#233;n&#233;raux capables de justifier, par des mensonges et des falsifications, la condamnation et la d&#233;gradation d'un officier ind&#233;&#173;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ignoraient sans doute les sentiments inavoua&#173;bles motiv&#233;s par de sordides rivalit&#233;s, car jusqu'en 1939, le nombre d'instituteurs d'origine juive fut presque n&#233;gligeable, alors qu'en 1894, on comptait d&#233;j&#224; de nombreux professeurs du secondaire et du sup&#233;rieur, pas mal d'avocats et de m&#233;decins appar&#173;tenant &#224; la race d&#233;test&#233;e. L'universit&#233;, d'ailleurs, dans sa grande majorit&#233; s'engagea dans le rassem&#173;blement dreyfusiste. Les outrances de l'antis&#233;mitis&#173;me, comme les monstrueuses op&#233;rations de l'hitl&#233;&#173;risme, en Allemagne de 1933 &#224; 1939, en France de 1940 &#224; 1944, furent jug&#233;es &#171; impensables &#187; par pres&#173;que tous les universitaires, &#224; l'exception de quelques intellectuels... en uniforme.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Paternalisme chr&#233;tien &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Affaire Dreyfus pouvait se produire dans une p&#233;riode de. stabilit&#233;. En tous temps, une erreur judi&#173;ciaire est possible. Mais souvent, elle ne touche que l'entourage imm&#233;diat de la victime. Elle peut m&#234;me s'accomplir et se perp&#233;tuer dans le silence de l'indif&#173;f&#233;rence ou de la contrainte. Elle prend place, dans les r&#233;gimes autoritaires ou totalitaires, dans la bana&#173;lit&#233; quotidienne de l'arbitraire syst&#233;matique. Lors&#173;que r&#232;gne une libert&#233; relative, il suffit que la victime ou le pr&#233;sum&#233; coupable soit socialement ou politi&#173;quement repr&#233;sentatif pour qu'une campagne natio&#173;nale s'engage pour ou contre le h&#233;ros de l'aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'Affaire Dreyfus &#233;tonne par l'intensit&#233; et la dur&#233;e des d&#233;marches et des agitations. Il para&#238;t normal que l'on ait oppos&#233; le Droit &#224; l'arbitraire, l'impartialit&#233; &#233;quitable au parti pris injuste, la v&#233;rit&#233; aux &#171; mensonges triomphants qui passent &#187;. Mais c'est l&#224; une attitude intellectuelle qui ne touche gu&#232;re le grand public. Il fallait donc que les juges de Dreyfus agissent comme l'apprenti sorcier dont un geste banal lib&#232;re des forces explosives compri&#173;m&#233;es sur un espace minuscule. Ce ne fut pas une v&#233;ritable R&#233;volution, car il aurait fallu une volont&#233; consciente de changement. Mais ce fut une crise, une rupture d'&#233;quilibre, la d&#233;monstration &#233;clatante de l'&#233;ternel conflit entre l'ordre et le mouvement. Ce ne fut pas une R&#233;volution, mais une contre-r&#233;volu&#173;tion, au moins &#224; l'origine. Ce furent les r&#233;actionnai&#173;res &#8211; au sens plein du terme &#8211; qui prirent l'initia&#173;tive des op&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est symptomatique que l'Affaire ait &#233;clat&#233; en 1894, alors que le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 1893, le minist&#232;re Casimir P&#233;rier constitu&#233; sous le signe de &#171; l'esprit nouveau &#187;..., &lt;i&gt;entendait mettre fin &#224; la grande offen&#173;sive la&#239;que et profiter du &#171; Ralliement &#187; &#224; la R&#233;pu&#173;blique conservatrice, ordonn&#233;e par le Pape L&#233;on XIII dans son encyclique du 16 f&#233;vrier 1892. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auparavant, l'encyclique &#171; Rerunz novarum &#187; du 15 mai 1891 avait condamn&#233; en termes &#233;nergiques les abus du capitalisme triomphant. Que les grands industriels catholiques aient ignor&#233; ou m&#233;pris&#233; cet appel &#224; leur conscience chr&#233;tienne, que les &#233;v&#234;ques n'aient gu&#232;re favoris&#233; la diffusion des th&#232;mes pon&#173;tificaux, cela t&#233;moignait de leur &#171; immobilisme &#187;... de leur volont&#233; de r&#233;sister aux revendications ouvri&#232;res, que la sollicitude de L&#233;on XIII pouvait encourager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la d&#233;nonciation des mis&#232;res ouvri&#232;res au nom de la charit&#233; chr&#233;tienne, le ralliement &#224; la R&#233;publique (voulue par la majorit&#233; du peuple fran&#173;&#231;ais), le groupement des travailleurs sous le patro&#173;nage de l'Eglise, c'&#233;tait l'application d'une politique pr&#233;voyante qui n'avait pas d'autre but que de pr&#233;&#173;venir &lt;i&gt;les effets de l'organisation syndicale sur le terrain de classe et du d&#233;veloppement de l'enseigne&#173;ment populaire engag&#233; par les lois la&#239;ques de Jules Ferry. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme chr&#233;tien a conquis aujourd'hui droit de cit&#233;. La Conf&#233;d&#233;ration fran&#231;aise des Tra&#173;vailleurs (C.F.D.T.) se s&#233;parant de la Conf&#233;d&#233;ration fran&#231;aise des Travailleurs chr&#233;tiens (C.F.T.C.) recon&#173;na&#238;t la n&#233;cessit&#233; de la lutte des classes et son action d&#233;passe souvent par sa vigueur et sa clart&#233; celle de la C.G.T.-F.O., m&#234;me celle de la C.G.T. colonis&#233;e par les communistes. Le syndicat g&#233;n&#233;ral de l'Education nationale qui fut &#224; la pointe de 1a C.F.D.T. a d&#233;fendu l'Ecole la&#239;que, la d&#233;mocratisation de l'enseignement avec une remarquable constance &#8211; et n'a plus rien de commun avec les d&#233;fenseurs d'un corporatisme sordide que nous combattions &#226;prement avant la derni&#232;re guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d&#233;j&#224; dans les derni&#232;res ann&#233;es du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle des travaill&#233;urs chr&#233;tiens retrouvaient leurs cama&#173;rades syndicalistes dans la revendication et la gr&#232;ve. Le groupement &#224; cette &#233;poque, sous le signe du paternalisme chr&#233;tien, ne fut gu&#232;re appr&#233;ci&#233; par la classe ouvri&#232;re, assez indiff&#233;rente &#224; l'&#233;gard .de l'Egli&#173;se, m&#234;me ceux de ses membres qui se soumettaient aux pratiques du culte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que les intentions des promoteurs, dont l'esprit de charit&#233; valait par sa sinc&#233;rit&#233;, ne s'opposaient pas aux vieilles traditions de l'Eglise. Albert de Mun, le pr&#233;dicateur le plus &#233;loquent de l'appel au peuple, au nom du Saint-P&#232;re, s'&#233;levait contre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le socialisme, n&#233;gation de l'autorit&#233; de Dieu, autant que contre le lib&#233;ralisme capitaliste&lt;/q&gt;. Il souhaitait &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le retour aux corporations de l'Ancien R&#233;gime, unissant les ma&#238;tres et les compagnons&lt;/q&gt;. Pr&#233;sident de la conf&#233;rence de Saint-Vincent-de-Paul, il fl&#233;tris&#173;sait les doctrines qui &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;flattent les ouvriers dans leurs passions et leur orgueil, consommaient la ruine de la Patrie et du Monde. Il fallait sauver le peuple et h&#226;ter le r&#232;gne de Dieu dans l'atelier r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un ouvrage assez objectif, &#233;crit en 1932 par E. Barbier : &lt;i&gt;Histoire du capitalisme lib&#233;ral et du capitalisme social&lt;/i&gt;, on lit une appr&#233;ciation s&#233;v&#232;re et exacte sur le recrutement des premiers syndicats chr&#233;tiens o&#249; l'on rencontrait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;des attard&#233;s de l'industrie, des cancres de l'usine, braves gens au demeurant et d'une pi&#233;t&#233; ext&#233;rieure suffisante... ou des employ&#233;s des librairies cl&#233;ricales, des bedeaux en rupture de hallebarde, des sacristains retrait&#233;s, des concierges des communaut&#233;s, des gar&#231;ons de bureaux des annexes...&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Casimir P&#233;rier qui, en 1894, apr&#232;s l'assassinat de Sadi Carnot, fut &#233;lu Pr&#233;sident de la R&#233;publique, incarnait&lt;i&gt; l'esprit nouveau&lt;/i&gt;, s'affirmant sans doute par r&#233;action contre les attentats anarchistes. Rappelons qu'il d&#251;t d&#233;missionner au bout de six mois, compro&#173;mis par ses liens avec le grand capitalisme industriel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>En marge des Lois La&#239;ques [2]</title>
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		<dc:creator>Roger Hagnauer</dc:creator>


		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Certes, aujourd'hui, l'Affaire n'excite plus que la curiosit&#233; d'historiens professionnels ou amateurs. La trag&#233;die de l'extermination des Juifs par les nazis, l'existence d'un Etat isra&#233;lien suffisamment redou&#173;table ont quelque peu modifi&#233; les donn&#233;es du pro&#173;bl&#232;me juif. Il reste &#224; interpr&#233;ter objectivement les bouleversements provoqu&#233;s par l'affaire et ses pro&#173;longements politiques.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-la-revolution-proletarienne-no666-juin-1981-" rel="directory"&gt;La R&#233;volution Prol&#233;tarienne N&#176;666 &#8211; Juin 1981&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-3-19-b3a04.jpg?1774861274' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On excusera le d&#233;sordre de ces notes dans les&#173;quelles nous avons tent&#233; de placer l'application des lois la&#239;ques dans leur contexte historique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Responsabilit&#233;s de la presse dans l'Affaire Dreyfus &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Certes, aujourd'hui, l'Affaire n'excite plus que la curiosit&#233; d'historiens professionnels ou amateurs. La trag&#233;die de l'extermination des Juifs par les nazis, l'existence d'un &#201;tat isra&#233;lien suffisamment redou&#173;table ont quelque peu modifi&#233; les donn&#233;es du pro&#173;bl&#232;me juif. Il reste &#224; interpr&#233;ter objectivement les bouleversements provoqu&#233;s par l'affaire et ses pro&#173;longements politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, la chronologie peut nous &#233;clairer. C'est la fin en triste fait divers de l'aventure boulangiste : le g&#233;n&#233;ral &#171; Revanche &#187; se suicida le 30 septembre 1891, &#224; Bruxelles, sur la tombe de son &#233;g&#233;rie : Madame de Bonnemain. C'est aussi la liquidation du scandale de Panama. En 1888, la Compagnie avait d&#233;pos&#233; son bilan et l'on apprenait, en juin 1892, que la presse avait touch&#233; &lt;i&gt;24 millions&lt;/i&gt;, soit environ &lt;i&gt;1 milliard 152 millions de francs 1981 ou 115 mil&#173;liards 200 millions d'anciens francs&lt;/i&gt; &#8211; et cela dans une seule distribution.&lt;i&gt; Le Gaulois&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;le Temps&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;le Figaro &lt;/i&gt; en t&#234;te de ce palmar&#232;s de la corruption. On n'avait pas oubli&#233; le scandale de l'&lt;i&gt;Union G&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, grande banque d'affaires comptant dans son conseil les plus grands noms de l'aristocratie l&#233;gitimiste et catholique qui, fond&#233;e en 1878 pour enlever aux Rothschild leur pouvoir discr&#233;tionnaire &#224; la Bourse, avait ferm&#233; ses guichets en 1882. L'antis&#233;mitisme s'alimentait de la haine des grands serviteurs du tr&#244;ne et de l'autel aux app&#233;tits contrari&#233;s, et des &#233;pargnants que leur enthousiasme pour la bonne cause avait ruin&#233;s et humili&#233;s. Il fallait se venger des juifs rendus responsables de cette faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande presse se roulait dans les plis du dra&#173;peau tricolore pour se nettoyer de la boue de Pana&#173;ma. La trahison d'un capitaine juif !... on ne pouvait trouver de formule publicitaire plus all&#233;chante. Patrice Boussel impute &#224; la presse toute la respon&#173;sabilit&#233; de la &#171; fabrication &#187; de l'Affaire. Il est difficile de croire &#224; une sorte de g&#233;n&#233;ration spon&#173;tan&#233;e. Mais on demeure confondu par la richesse de l'imagination feuilletonesque. Il semble impossible que nos p&#232;res et grands-p&#232;res aient pu supporter des affabulations aussi grossi&#232;res et aussi grotesques, des mensonges aussi pu&#233;rils, des calomnies aussi &#233;videntes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a parl&#233; de la bonne foi des journalistes abus&#233;s, clamant leur haine du &#171; tra&#238;tre &#187; Dreyfus. Mais, lorsque &lt;i&gt;le Figaro&lt;/i&gt; publia, le 28 novembre 1897, des lettres du commandant Esterhazy&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le commandant Esterhazy a avou&#233; &#234;tre l'auteur du fameux bordereau, pi&#232;ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, contenant des phrases aussi r&#233;v&#233;latrices que celles-ci : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je suis absolument convaincu que ce peuple (le peuple fran&#173;&#231;ais) ne vaut pas la cartouche pour le tuer... si on venait me dire que je serais tu&#233; demain comme capitaine des uhlans en sabrant des Fran&#231;ais, je serais certainement parfaitement heureux. Je ne ferais pas de mal &#224; un chien mais je ferais tuer cent mille Fran&#231;ais avec plaisir... Comme tout cela ferait triste figure dans un rouge soleil de bataille, dans Paris pris d'assaut et livr&#233; au pillage de cent mille soldats ivres...&lt;/q&gt;. La presse patriote, ne pou&#173;vant douter de l'authenticit&#233; de ces lettres (dont &lt;i&gt;le Figaro &lt;/i&gt; publia le lendemain la reproduction photo&#173;graphique &#8211; ce qui prouva d'ailleurs l'identit&#233; de l'&#233;criture du commandant et de celle du fameux bordereau imput&#233; &#224; Dreyfus) jugea cette publication attristante pour les amis de Dreyfus, car &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ils doivent &#234;tre aux abois... pour publier ces lettres &#233;crites par le commandant &#224; une heure d'exasp&#233;ration.&lt;/q&gt;. Et lorsque celui qui regrettait de ne pas &#234;tre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;capitaine des uhlans&lt;/q&gt; fut acquitt&#233; par un conseil de guerre, h&#226;tivement constitu&#233;, ce fut accueilli par les d&#233;li&#173;rantes acclamations d'un public &#233;difi&#233; par la presse... patriote&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce scandaleux acquittement qui poussa Emile Zola &#224; composer le fameux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle aberration de l'opinion publique n'est &#233;videmment pas invraisemblable aujourd'hui. Elle reste cependant exceptionnelle. Ce que l'on a appel&#233; &#171; le bourrage de cr&#226;nes &#187;, pratiqu&#233; par la presse pendant la guerre de 1914-1918 n'a pas d&#233;pass&#233; ce niveau. Et on peut se f&#233;liciter que, si faibles qu'elles soient, des minorit&#233;s aient pu se faire entendre aussi bien au d&#233;but de l'Affaire Dreyfus que pendant la Grande Guerre, malgr&#233; la censure. Les images de la presse sous des r&#233;gimes totalitaires suffisent pour justifier une distinction qualitative plus que quan&#173;titative. M&#234;me, sous l'occupation, la presse autoris&#233;e parce que pro-hitl&#233;rienne, n'a jamais atteint la per&#173;fection dans l'ignominie de la presse allemande apr&#232;s la synchronisation nazie et de la presse sovi&#233;tique pendant les proc&#232;s de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant la crise de l'Affaire Dreyfus, les vio&#173;lences de la &lt;i&gt;Libre Parole&lt;/i&gt; d'Edouard Drumont, de &lt;i&gt;L'Intransigeant &lt;/i&gt; d'Henry Rochefort &#233;veill&#232;rent tout naturellement le doute chez des esprits libres, et les outrances caricaturales de la presse cl&#233;ricale r&#233;veil&#173;l&#232;rent la vigilance des libres penseurs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les premiers dreyfusistes &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6257 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-1-32.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH372/sans_titre-1-32-b0312.jpg?1774861274' width='500' height='372' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Ao&#251;t 1899 - Jean Jaur&#232;s et Bernard Lazare lors du proc&#232;s Dreyfus &#224; Rennes.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, deux des hommes politiques fran&#231;ais qui incarn&#232;rent la bataille pour la r&#233;vision du pro&#173;c&#232;s Dreyfus, &lt;i&gt;Georges Clemenceau&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Jean Jaur&#232;s&lt;/i&gt; ne doutaient pas de la culpabilit&#233; du capitaine. Il n'est peut-&#234;tre pas inutile de souligner que celui qui prit l'initiative de la premi&#232;re manifestation dreyfusiste : Bernard Lazare, avait profess&#233; des &lt;i&gt;opinions anar&#173;chistes&lt;/i&gt;... ce qui sans doute le rendait ind&#233;pendant &#224; l'&#233;gard des partis et des entreprises &#233;lectorales. Juif alsacien, libre-penseur &#8211; dont Charles P&#233;guy (pas encore d&#233;voy&#233; par la fr&#233;n&#233;sie nationaliste) tra&#231;a, en de fort belles pages, une haute et noble figure &#8211; il s'orienta apr&#232;s l'Affaire vers une sorte de sionisme explicable et d&#233;concertant &#224; la fois. Sa brochure publi&#233;e &#224; Bruxelles en 1895 : &lt;i&gt;Une erreur judiciaire &#8211; La v&#233;rit&#233; sur l'affaire Dreyfus&lt;/i&gt; avait s&#233;duit des universitaires honn&#234;tes par la rigueur de sa d&#233;mons&#173;tration. (Notons en passant qu'&#233;crivain et po&#232;te, Bernard Lazare appartenait &#224; l'&#233;cole symboliste, dite aussi d&#233;cadente qui ne s'accordait gu&#232;re avec le naturalisme d'Emile Zola).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est peut-&#234;tre pas inutile non plus de rappeler qu'&lt;i&gt;Alfred Dreyfus&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;Scheurer-Kestner&lt;/i&gt;, vice&#173;pr&#233;sident du S&#233;nat, l'un des premier dreyfusistes (d'ailleurs protestant) &#233;taient &#233;galement Alsaciens. Or, qu'ils soient juifs, protestants, catholiques ou ath&#233;es, les Alsaciens n&#233;s avant 1870, qui avaient opt&#233; pour la France en 1871, manifestaient presque tous un patriotisme intransigeant, ombrageux et revan&#173;chard. Je puis incidemment invoquer un t&#233;moignage familial. Mon grand-p&#232;re maternel, soldat de l'Em&#173;pire pendant sept ans, m&#233;daill&#233; de la campagne du Mexique, engag&#233; volontaire en 1871, jugeait sacril&#232;ge la moindre plaisanterie antimilitariste. Mon grand-&#173;p&#232;re paternel avait perdu deux de ses fils en pleine jeunesse. En ao&#251;t 1914 (lors de la stupide offensive alsacienne d&#233;clench&#233;e pendant que les troupes alle&#173;mandes s'engageaient massivement vers Charleroi), il d&#233;clarait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pourquoi faut-il que Ferdinand et Lucien&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt; (ses deux fils) &lt;/span&gt;soient morts. Ils seraient entr&#233;s les premiers dans Mulhouse.&lt;/q&gt; J'ajoute que l'option pour la France ne les avait pas enrichis. Le premier, porteur de journaux, &#224; 70 ans, mourut de congestion un matin de 1910. Le second, qui avait d&#251; se loger avec ses six enfants dans un taudis de la rue Oberkampf, ne quitta l'atelier que pour sur&#173;vivre, paralys&#233;, pendant pr&#232;s de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes et les marxistes demeur&#232;rent d'abord &#8211; et tout naturellement &#8211; des spectateurs ironiques de cette m&#234;l&#233;e. Un capitaine &#8211; m&#234;me juif &#8211; li&#233; &#224; des capitalistes, aurait trahi la France capitaliste et militariste. Quelle rigolade ! &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le youpin Dreyfus, galonnard, patriote jusqu'au bout des orteils, gratte-papier au Minist&#232;re de la Guerre, ma&#173;quignonnait des secrets de polichinelle, qu'on garde pr&#233;cieusement dans cette sale bo&#238;te...&lt;/q&gt; (&lt;i&gt;La Sociale&lt;/i&gt; des 20-27 septembre 1896).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Temps Nouveaux&lt;/i&gt;, revue anarchiste, reconnais&#173;sait qu'il n'est &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;rien de plus r&#233;pugnant qu'un tra&#238;tre et son acte&lt;/q&gt;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mais il est plaisant de voir les simagr&#233;es de tous ces fantoches se ruant avec achar&#173;nement sur Dreyfus, dont le seul tort est de s'&#234;tre laiss&#233; prendre.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Petite R&#233;publique&lt;/i&gt;, dans laquelle Jaur&#232;s devait publier plus tard une s&#233;rie d'articles dreyfusistes sous le titre &#171; Les Preuves &#187;, ouvrait ses colonnes &#224; l'avocat Alexandre Zeva&#232;s, socialiste, guesdiste, d&#233;&#173;fenseur en 1918 de l'assassin de Jaur&#232;s, puis bio&#173;graphe du tribun socialiste &#8211; qui se d&#233;shonora une premi&#232;re fois en insultant, le 10 novembre 1896, Bernard Lazare : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ce distingu&#233; repr&#233;sentant du high life anarchiste, l'un des plus fid&#232;les admirateurs de Sa Majest&#233; Rothschild vient de publier en Belgique une brochure tapageuse... nouvelle man&#339;uvre dans la campagne sournoise engag&#233;e par les journaux de la finance et de la juiverie pour faire douter l'opi&#173;nion de la culpabilit&#233; du tra&#238;tre.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;, journal r&#233;dig&#233; par Emile Pouget, l'un des r&#233;dacteurs de la Charte d'Amiens de 1906 (charte de la C.G.T.), anarchiste et syndi&#173;caliste, &#233;crivait encore, le 21-28 novembre 1897 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; ... qu'il soit innocent ou coupable, je m'en tam&#173;ponne le coquillard ! j'ai beau reluquer sur toutes les coutures, je ne trouve en lui que l'officier.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;R. H.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;(&#224; suivre)&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le commandant Esterhazy a avou&#233; &#234;tre l'auteur du fameux bordereau, pi&#232;ce essentielle de l'accusation contre Dreyfus. Les m&#233;moires posthumes de l'attach&#233; militaire allemand de l'&#233;poque, Schwartkopen &#8211; publi&#233;es apr&#232;s la guerre de 1914-1918 &#8211; ne laissent aucun doute sur son r&#244;le d'espion au service de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est ce scandaleux acquittement qui poussa Emile Zola &#224; composer le fameux &#171; J'accuse &#187;, publi&#233; sur toute la premi&#232;re page de &lt;i&gt;l'Aurore&lt;/i&gt;, le journal de Clemenceau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En marge des Lois La&#239;ques [1]</title>
		<link>http://partage-noir.fr/en-marge-des-lois-laiques-1</link>
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		<dc:date>2026-03-28T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roger Hagnauer</dc:creator>


		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une constatation historique essentielle, c'est que l'enseignement des masses populaires et la forma&#173;tion des &#233;lites ont suivi deux processus nettement diff&#233;rents et qui ne sont m&#234;me pas parall&#232;les. Les join&#173;dre, les confondre jusqu'&#224; un certain niveau, ce fut l'id&#233;e force de ceux qui ont milit&#233; &#8211; particuli&#232;rement pendant l'entre-deux guerres de 1918 &#224; 1919 &#8211; pour la R&#233;novation de l'Enseignement et la d&#233;mocratisa&#173;tion de l'Universit&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-1-recupere-a5ed8.jpg?1774743383' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une constatation historique essentielle, c'est que l'enseignement des masses populaires et la forma&#173;tion des &#233;lites ont suivi deux processus nettement diff&#233;rents et qui ne sont m&#234;me pas parall&#232;les. Les join&#173;dre, les confondre jusqu'&#224; un certain niveau, ce fut l'id&#233;e force de ceux qui ont milit&#233; &#8211; particuli&#232;rement pendant l'entre-deux guerres de 1918 &#224; 1919 &#8211; pour la &lt;i&gt;R&#233;novation de l'Enseignement&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;la d&#233;mocratisa&#173;tion de l'Universit&#233;. &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Histoire de l'Enseignement populaire prouve que celui-ci a toujours &#233;t&#233; soumis &#224; des n&#233;cessit&#233;s politiques. Le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; industrielle et capitaliste impose &#171; l'alphab&#233;tisation &#187; de la classe ouvri&#232;re (v&#233;rit&#233; historique qui se v&#233;rifie encore aujourd'hui dans les pays en voie de d&#233;veloppement). &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en France, l'introduction des lois la&#239;ques doit &#234;tre interpr&#233;t&#233;e du point de vue de la volont&#233; des r&#233;publicains opportunistes et radicaux et m&#234;me d'une fraction des anciens orl&#233;anistes, de vaincre l'Eglise catholique, non parce que chr&#233;tienne mais parce que catholique au sens originel du terme, c'est-&#224;-dire ultramontaine, donc plac&#233;e au-dessus des &#201;tats, soumise au Pape... souverain &#233;tranger. Les &#233;glises : luth&#233;&#173;riennes en Allemagne, anglicane en Grande-Bretagne, orthodoxe en Russie tzariste sont nationales, sou&#173;mises &#224; l'&#201;tat national, au souverain national. La bataille la&#239;que fut beaucoup plus violente et sanglante dans les pays latins (on sait qu'en Italie, l'Ecole subit encore les effets des accords de Latran, conclus par Mussolini et le Pape, maintenus dans la Constitution en 1946, gr&#226;ce au vote des communistes). Qu'on ait envisag&#233; en France la formation d'une &#233;glise chr&#233;tienne nationale... &#224; coloration calviniste... ce qui tendrait &#224; le prouver, c'est l'influence des protestants dans le personnel politique de la Sainte R&#233;publi&#173;que ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Le caract&#232;re politique de l'Ecole primaire, gratuite, la&#239;que, obligatoire est encore attest&#233; par un r&#233;gime qui, jusqu'en 1945, soumettait &#8211; seuls parmi les enseignants &#8211; les instituteurs et institutrices &#224; l'autorit&#233; du Pr&#233;fet et non &#224; celle de l'inspecteur d'Acad&#233;mie qui restait soumis au repr&#233;sentant du gou&#173;vernement central. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce qui pour nous reste singuli&#232;rement &#233;difiant, c'est que l'instruction gratuite et obligatoire, r&#233;clam&#233;e par toutes les organisations ouvri&#232;res et socialistes, figurait dans le programme de la Premi&#232;re Internationale et fut, pendant sa courte existence, l'une des premi&#232;res r&#233;alisations de la Commune de Paris qui imposa naturellement la la&#239;cit&#233;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extraits d'un manuscrit qui devait para&#238;tre : De l'Ecole &#224; la Bourse du travail.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;SOUS L'ORDRE MORAL ! &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, l'Assembl&#233;e Versaillaise de 1871 &#224; 1875 usurpa le pouvoir constituant, &#224; la faveur d'une imposture &#171; pacifiste &#187; et de la f&#233;roce r&#233;pres&#173;sion de la Commune. Les ruraux avaient vot&#233; en majorit&#233; contre le jusqu'auboutisme gambettiste et le jacobinisme parisien. D&#232;s ses d&#233;buts &#224; Bordeaux, l'Assembl&#233;e excluait Garibaldi et provoquait la d&#233;&#173;mission de Victor Hugo. A Versailles, elle utilisa Thiers dans l'&#233;crasement pr&#233;m&#233;dit&#233; de la classe ou&#173;vri&#232;re parisienne et le chassa lorsqu'il pr&#233;tendit prolonger son &#171; omnipotence &#187; provisoirement accor&#173;d&#233;e, et se poser en &#171; protecteur &#187; d'une R&#233;publique conservatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;tait plus question des r&#233;volutionnaires ou des socialistes, massacr&#233;s, d&#233;port&#233;s... ou neutralis&#233;s lors de la sanglante r&#233;pression de la Commune. La peur des classes dirigeantes se traduisait par la pers&#233;cution de tous les r&#233;publicains fid&#232;les. Et catho&#173;liques ou voltairiens, les Versaillais se r&#233;jouissaient de spectaculaires et massives d&#233;monstrations popu&#173;laires, lors des p&#232;lerinages de Lourdes, de la Salette, de Paray le Monial, en 1873, et souriaient d'apai&#173;sante b&#233;atitude en entendant le &#171; vrai chant natio&#173;nal &#187; (sic) &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Sauvez la France, par votre Sacr&#233;-C&#339;ur...&lt;/q&gt;, rempla&#231;ant &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la hideuse Marseillaise&lt;/q&gt; (resic !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, le salut se localisa dans le temps et les lieux. Le Sacr&#233;-C&#339;ur de J&#233;sus saigna en vain... Les provocations de l'ultramontanisme sous l'infail&#173;libilit&#233; du Pontife de Rome proclam&#233;e en 1870, quelques semaines avant la prise de Rome par les troupes du Roi d'Italie, eurent comme premier effet de rassembler tous les R&#233;publicains et pas mal d'orl&#233;a&#173;nistes sous le signe d'un &lt;i&gt;nationalisme gallican&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;anticl&#233;rical&lt;/i&gt;. La majorit&#233; versaillaise d&#233;j&#224; grignot&#233;e et d&#233;valoris&#233;e par des &#233;lections partielles et les &#233;lections cantonales s'effondra lors des &#233;lections g&#233;n&#233;&#173;rales de 1876. A une faible majorit&#233; conservatrice au S&#233;nat (149 contre 130) s'opposa une nette majorit&#233; r&#233;publicaine &#224; la Chambre des D&#233;put&#233;s (360 contre 170). Celle-ci s'affirma nettement en invitant, par 304 voix contre 116, le gouvernement &lt;i&gt;&#224; r&#233;primer les me&#173;n&#233;es ultramontaines. &lt;/i&gt; C'&#233;tait le 4 mai 1877. Le 16 mai 1877, Mac Mahon renvoya le minist&#232;re mod&#233;r&#233;ment r&#233;publicain de Jules Simon et obtint du S&#233;nat la dissolution de la Chambre des D&#233;put&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous &#171; l'ordre moral &#187; de 1873 &#224; 1876, sous &lt;i&gt;le r&#233;gime dit du Seize mai an 1877&lt;/i&gt;, le gouvernement s'employa syst&#233;matique &#224; chasser les r&#233;publicains de toutes les administrations. Cependant, malgr&#233; une pression officielle, pire que sous l'Empire, les R&#233;pu&#173;blicains ne perdirent que 36 si&#232;ges, lors du renouvellement de la Chambre des D&#233;put&#233;s. Des orl&#233;a&#173;nistes lib&#233;raux, inquiets des progr&#232;s bonapartistes et des pr&#233;tentions cl&#233;ricales, s'employ&#232;rent, au S&#233;&#173;nat, &#224; &#233;viter une seconde dissolution. La Chambre ayant refus&#233; tout rapport avec le minist&#232;re form&#233; par Mac Mahon, celui-ci, que Gambetta avait menac&#233; du fameux dilemme : &lt;i&gt;se soumettre ou se d&#233;mettre&lt;/i&gt;, en r&#233;alisa successivement les deux termes : sa soumission en 1878, sa d&#233;mission en 1879. La R&#233;publi&#173;que triomphait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette victoire au sommet ne correspondait pas &#224; une base solidement acquise. Les paysans d&#233;pendaient encore &#233;conomiquement des grands propri&#233;taires, et politiquement des pr&#234;tres, sauf dans les r&#233;gions de vignobles et de cultures mara&#238;ch&#232;res o&#249; les petits propri&#233;taires, peu religieux, &#233;taient &#233;conomiquement et politiquement ind&#233;pendants... sur&#173;tout dans l'Est, les plaines du Sud-Est, les vall&#233;es du Sud-Ouest, les versants ouest et nord du Massif Central, le Val-de-Loire et une partie de la r&#233;gion parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LES CHEFS LA&#207;QUES D&#201;PASS&#201;S PAR LES EX&#201;CUTANTS DE LEUR POLITIQUE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il ne serait pas sans int&#233;r&#234;t de situer ainsi g&#233;ogra&#173;phiquement les origines du syndicalisme universi&#173;taire. Car la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le grand pa&#173;tronat, les hauts fonctionnaires demeuraient li&#233;s &#224; l'Eglise et aux cadres de l'Arm&#233;e. Pour &#233;tablir le nouveau r&#233;gime, pour vaincre l'ultramontanisme, pour utiliser la centralisation bureaucratique au profit de la nouvelle classe dirigeante (celle du capi&#173;talisme financier et industriel), pour consolider l'&#201;tat national auquel la d&#233;mocratie politique apporta l'adh&#233;sion des classes moyennes, il fallait imposer les lois la&#239;ques et jeter, sur toutes les r&#233;gions, les instituteurs, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;hussards noirs de la R&#233;publique&lt;/q&gt;, dans la bataille contre le cl&#233;ricalisme et la R&#233;action. Seulement, comme toujours, on peut d'en haut d&#233;&#173;clencher le mouvement, mais on ne peut longtemps ma&#238;triser son rythme et le bloquer lorsque les pre&#173;miers objectifs strictement limit&#233;s ont &#233;t&#233; atteints. Lanc&#233;s dans la lutte anticl&#233;ricale et r&#233;publicaine par les gouvernements &#171; opportunistes &#187;, les instituteurs, par la vitesse acquise, allaient dans leur majorit&#233; s'orienter vers le radicalisme &#8211; et le d&#233;passer lors&#173;que les radicaux furent &#224; leur tour install&#233;s au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1890, les grands bourgeois conservateurs, for&#173;tement secou&#233;s par la renaissance d'un socialisme r&#233;volutionnaire et par le &#171; coup de gong &#187; des attentats anarchistes, d&#233;sirent vivement une r&#233;con&#173;ciliation avec les catholiques ralli&#233;s dans leur majo&#173;rit&#233; &#224; la R&#233;publique. En 1892, on entend les premi&#232;&#173;res bombes de &#171; la propagande par le fait &#187;. Et le journal catholique &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La Concorde&lt;/q&gt; &#233;crit, le 24 avril 1892 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Donnez-nous des g&#233;n&#233;rations d'ath&#233;es, et les anarchistes praticiens de la propagande par le fait deviendront vite l&#233;gion. L'explosif plus effroya&#173;ble que celui invent&#233; par Ravachol, c'est l'Ecole sans Dieu&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la lutte reprit au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, contre les instituteurs la&#239;ques, les cl&#233;ricaux all&#232;rent beaucoup plus loin et rendirent responsables les &#171; satyres dipl&#244;m&#233;s de la R&#233;publique &#187; (sic !) de tous les vols, crimes, attentats aux m&#339;urs commis sur tout le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux grandes man&#339;uvres de 1905, un coup de fusil tir&#233; contre un colonel, manquant son but, blesse un soldat. Impossible de d&#233;couvrir le coupable. Ce n'&#233;tait pourtant pas difficile. M. Renauld dans le catholique &#171; Soleil &#187; n'h&#233;site pas : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les instituteurs doivent &#234;tre satisfaits ; leurs &#233;l&#232;ves sont complets ; ils fusillent les officiers&lt;/q&gt;. Et il pr&#233;voit le jour &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;o&#249; les instituteurs seront l'objet de l'universel d&#233;go&#251;t et o&#249; chacun leur jettera des pierres et m&#234;me des ordures au visage&lt;/q&gt;. L'Ecole sans Dieu fabriquant des anarchistes devient naturellement &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'Ecole sans Patrie&lt;/q&gt; qui apprend &#224; fusiller les officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui cependant explique beaucoup mieux que ces d&#233;lirantes diatribes, l'&#233;volution du personnel enseignant primaire vers le radicalisme, puis vers le socialisme, c'est que l'&#233;cole la&#239;que, en d&#233;livrant paysans et ouvriers de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'opium du peuple&lt;/q&gt;, abou&#173;tit n&#233;cessairement &#224; la contestation des pouvoirs &#233;tablis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Jaur&#232;s qui, dans son discours du 21 novembre 1893, a exprim&#233; la logique interne d'un mouve&#173;ment universel, en des phrases magnifiques, sou&#173;vent reproduites :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vous avez interrompu la vieille chanson qui ber&#231;ait la mis&#232;re humaine et la mis&#232;re humaine s'est r&#233;veill&#233;e avec des cris. C'est vous qui avez &#233;lev&#233; la temp&#233;rature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et si vous vous &#233;pouvantez aujourd'hui, c'est devant votre &#339;uvre. C'est parce que vous sentez vous-m&#234;mes que le mouvement socialiste sort de toutes nos institu&#173;tions que vous &#234;tes accul&#233;s aujourd'hui pour le com&#173;battre &#224; une &#339;uvre r&#233;trograde&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'OBLIGATION MILITAIRE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e, force du jaur&#233;sisme que le socialisme est naturellement engendr&#233; par la D&#233;mocratie &#8211; discutable sans doute et que les marxistes n'accep&#173;tent pas sans r&#233;serves (quoique Marx ait expliqu&#233; la r&#233;volution permanente par les insuffisances de la R&#233;volution de 1789) &#233;claire sans nul doute l'&#233;volution politique du personnel enseignant primaire. Ajou&#173;tons que les lois militaires de 1889 et de 1892, en imposant le service militaire &#224; tous les enseignants, en les obligeant &#224; subir le Droit commun, en leur supprimant un privil&#232;ge qui les alignait sur les clercs de l'Eglise, ont sans doute contribu&#233; &#224; les int&#233;grer dans la population laborieuse, et aussi &#224; d&#233;velopper chez un grand nombre d'entre eux, l'anti&#173;militarisme spontan&#233; des paysans et ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire cela, ce n'est pas minimiser la vocation sociale de l'instituteur. Mais en instituant l'enseignement gratuit, la&#239;que et obligatoire, les hommes d'&#201;tat opportunistes semblaient conf&#233;rer au plus humble desservant de l'Universit&#233;, une sorte de cl&#233;ricature la&#239;que, pour ne pas dire de sacerdoce. Et cela pou&#173;vait contribuer &#224; l'&#233;tablissement de ce culte patrio&#173;tique s'opposant au cl&#233;ricalisme, ultramontain et cosmopolite par d&#233;finition. Mais le pr&#234;tre du clerg&#233; s&#233;culier b&#233;nit, au nom de l'Eglise, des c&#233;r&#233;monies familiales, mondaines et nationales dans lesquelles il ne peut figurer comme acteur &#8211; le mariage et le bapt&#234;me &#8211; par exemple, alors qu'il n'a pas droit &#224; une &#233;pouse et &#224; des enfants. Restant au port, l'&#233;v&#234;&#173;que b&#233;nit le vaisseau qui prend le large. Et celui qui invoque le Dieu des Arm&#233;es pour assurer la victoire de son souverain ne saurait prendre place dans l'arm&#233;e qu'il veut victorieuse. On se place &#224; un autre point de vue lorsqu'on figure dans la masse des ex&#233;cutants. Et en &#233;coutant les ordres, contre-ordres, menaces, injures de l'adjudant Flick, on ne distin&#173;gue plus l'autel du culte patriotique sous le sac et les godillots du soldat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA CRISE DE L'AFFAIRE DREYFUS &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution du personnel enseignant demeur&#233;, dans sa grande majorit&#233;, fid&#232;le aux id&#233;es &#171; anticl&#233;&#173;ricales &#187; de Jules Ferry et de Paul Bert, aurait suivi un cours normal, d'un rythme lent, si une grande crise politique n'avait d&#233;truit l'&#233;quilibre des forces, divis&#233; le peuple fran&#231;ais en deux partis irr&#233;ducti&#173;bles, discr&#233;dit&#233; l'Arm&#233;e et la Justice, ruin&#233; le pres&#173;tige des gouvernants et des l&#233;gislateurs, engag&#233; l'Eglise dans une bataille dont l'issue sera l'aboli&#173;tion du Concordat et la s&#233;paration de l'Eglise et de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de l'affaire Dreyfus qui &#233;clata en 1894, ne fut close juridiquement qu'en 1906, fournit jusqu'en 1914 un crit&#232;re de classement politique et aujour&#173;d'hui encore provoque des explications, des interpr&#233;tations contradictoires et m&#234;me des pol&#233;miques. Pendant la guerre 1914-1918, dans une &#233;cole primaire sup&#233;rieure parisienne (r&#233;serv&#233;e &#224; des enfants de la petite bourgeoisie et des classes moyennes) un jeune &#233;l&#232;ve ayant annonc&#233; que son p&#232;re officier &#233;tait sous les ordres du lieutenant-colonel Dreyfus, ce fut un cri d'indignation presque unanime parmi ses cama&#173;rades. Au proc&#232;s d'H&#233;l&#232;ne Brion &#8211; institutrice f&#233;mi&#173;niste, pacifiste, syndicaliste, secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;&#173;ration des Syndicats d'instituteurs, traduite devant le Conseil de Guerre en 1917, sous l'inculpation de &lt;i&gt;haute trahison&lt;/i&gt;, puis de &lt;i&gt;d&#233;faitisme &lt;/i&gt; &#8211; l'avocat Oscar Bloch, ayant insinu&#233; que peut-&#234;tre des pi&#232;ces du dossier n'avaient pas &#233;t&#233; soumises &#224; la D&#233;fense, s'attira cette d&#233;n&#233;gation &#8211; courageuse &#8211; du colo&#173;nel pr&#233;sidant le Conseil de Guerre : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous ne som&#173;mes pas les juges de l'Affaire Dreyfus&lt;/q&gt;. Il y a quel&#173;ques ann&#233;es, un magazine historique &#8211; dirig&#233; par le fils de Roland Garros, h&#233;ro&#239;que pionnier de l'avia&#173;tion &#8211; osait, entre autres affabulations ahurissan&#173;tes, reprendre une explication rocambolesque de l'Affaire... Notons encore le succ&#232;s de l'&#233;mission de t&#233;l&#233;vision consacr&#233;e &#224; Emile Zola ou plut&#244;t au r&#244;le de celui-ci dans l'Affaire Dreyfus.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6253 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/helene_brion__15232341588___cropped_-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH327/helene_brion__15232341588___cropped_-2-1eb9a.jpg?1774743383' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;H&#233;l&#232;ne Brion devant le Conseil de guerre, en 1918.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, apr&#232;s de nombreuses r&#233;volutions, apr&#232;s l'&#233;pop&#233;e sanglante de la Commune, apr&#232;s les guerres et les bouleversement du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il est encore possible d'&#233;voquer l'Affaire Dreyfus sans profiter des s&#233;ductions de la d&#233;couverte et de l'insolite. Et transmis par quatre g&#233;n&#233;rations successives, le nom de Dreyfus symbolise encore l'antis&#233;mitisme d'un c&#244;t&#233;, la D&#233;mocratie, l'anticl&#233;ricalisme et m&#234;me l'antimilitarisme de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas l'intention de reprendre le d&#233;bat sur l'affaire elle-m&#234;me. Si l'on veut en conna&#238;tre l'essentiel, nous recommandons l'ouvrage de la col&#173;lection Kiosque &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'Affaire Dreyfus et la presse&lt;/q&gt; de Patrice Boussel. Une monstrueuse erreur judiciaire, un infernal parti-pris de la part des accusateurs, une fabrication officielle de faux, la solidarit&#233; par-del&#224; la tombe entre les artisans de la falsification, les r&#233;alisateurs conscients de la monstruosit&#233; juridique &#8211; et les d&#233;fenseurs distingu&#233;s et honorables de l'Arm&#233;e et de l'Eglise (sans parler de l'ent&#234;tement gros&#173;si&#232;rement stupide d'hommes d'&#201;tat). En face de cela ; la t&#233;nacit&#233; de quelques isol&#233;s, puis l'ampleur du mouvement d&#233;bordant les objectifs pr&#233;cis des promoteurs et finalement noyant dans la &lt;i&gt;masse dreyfusarde&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, l'&#233;lite dreyfusiste&lt;/i&gt; (on peut lire ou relire pour com&#173;prendre ce drame d'une g&#233;n&#233;ration l'admirable livre de Roger Martin du Gard : &lt;i&gt;Jean Barois&lt;/i&gt;). Tout cela reste du domaine d'une r&#233;alit&#233; dramatique d&#233;pas&#173;sant la fiction romanesque. On sait aujourd'hui que le Capitaine Dreyfus fut arbitrairement choisi, que d'ailleurs il n'a jamais accept&#233; d'&#234;tre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le symbole de la justice&lt;/q&gt; (&lt;i&gt;ce Dreyfus&lt;/i&gt;-l&#224;, &#233;crivait-il en 1935, &#224; Victor Basch, pr&#233;sident de la Ligue des Droits de l'Homme, &lt;i&gt;c'est vous autres qui l'avez cr&#233;&#233;, ce n'est pas moi&lt;/i&gt;) &#8211; que l'ignoble ruffian Esterhazzy a &#233;t&#233; formellement signal&#233; comme tra&#238;tre &#224; la France par Schwartzkopen attach&#233; militaire allemand dans &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ses m&#233;moires posthumes&lt;/q&gt; &#8211; que dans ses pro&#173;pres m&#233;moires, l'ambassadeur Pal&#233;ologue d&#233;nonce, sans le nommer, un g&#233;n&#233;ral vendu &#224; l'Allemagne &#8211; que le colonel Henry fut un faussaire criminel que l'on suspecta m&#234;me d'avoir &#233;t&#233; complice de tra&#238;tres &#8211; que le g&#233;n&#233;ral Mercier, ministre de la guerre en 1894 dont, au d&#233;but de l'Affaire, Henri Rochefort l'ancien Communard devenu boulangiste, f&#233;rocement antidreyfusiste, nationaliste tapageur) d&#233;non&#231;ait l'in&#173;curie, la b&#234;tise et la mauvaise foi, accus&#233; ensuite formellement par Emile Zola &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;de s'&#234;tre rendu com&#173;plice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquit&#233;s du si&#232;cle&lt;/q&gt;, c&#233;da au chan&#173;tage des antis&#233;mites... parce qu'il avait peur ou parce qu'il craignait des r&#233;v&#233;lations d&#233;shonorantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lieutenant colonel Henry, apr&#232;s avoir avou&#233; sa falsification se suicida le 31 ao&#251;t 1898. Or, &#224; une souscription ouverte en 1899, dans la &lt;i&gt;Libre Parole&lt;/i&gt;, pour permettre &#224; la veuve du faussaire de poursui&#173;vre en justice les accusateurs de son mari, particip&#232;&#173;rent des &#233;crivains comme&lt;i&gt; Fran&#231;ois Copp&#233;e, Pierre Louys, Paul Val&#233;ry... Paul L&#233;autaud &lt;/i&gt; avait offert 20 F &#224; la condition que l'on porte sur la liste la mention : &#171; POUR l'ordre, CONTRE la justice et la v&#233;rit&#233; &#187;. On supprima la deuxi&#232;me motivation et il protesta vai&#173;nement. Sur la liste de souscription, on a lu : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Un cur&#233; de campagne qui fait des v&#339;ux pour l'extermi&#173;nation des deux ennemis de la France : le juif et le franc-ma&#231;on...&lt;/q&gt; &#8211; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;L'abb&#233; Cras, ex-lieutenant, pour une descente de lit en peau de youpins, afin de la pi&#233;tiner matin et soir&lt;/q&gt; &#8211; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Un capitaine de l'Est qui fait des th&#233;ories morales sur le youpin &#224; ses hommes et engage ses camarades &#224; en faire autant...&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hitl&#233;riens sont all&#233;s beaucoup plus loin et beaucoup plus efficacement dans l'activit&#233; antis&#233;&#173;mite... ils n'ont pas d&#233;pass&#233; un tel cr&#233;tinisme dans l'abjection... C'&#233;tait en 1899. En 1900, Mercier qui disait quelques mois auparavant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;dans cette affaire, il y a s&#251;rement un coupable... c'est lui ou c'est moi&lt;/q&gt; fut &#233;lu s&#233;nateur de la Loire-Inf&#233;rieure et mourut en 1921, grand officier de la L&#233;gion d'Honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1931, le Th&#233;&#226;tre de !'Ambigu dut interrompre les repr&#233;sentations d'une pi&#232;ce de deux auteurs allemands : &lt;i&gt;l'Affaire Dreyfus&lt;/i&gt;, traduite par Jacques Ri&#173;chepin, qui avaient provoqu&#233; de violentes bagarres entre les camelots du Roy d'Action Fran&#231;aise et des groupes de d&#233;fense r&#233;publicaine et socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;R. H.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;(&#224; suivre)&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Extraits d'un manuscrit qui devait para&#238;tre : &lt;i&gt;De l'Ecole &#224; la Bourse du travail.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La bataille pour la la&#239;cit&#233; de l'Enseignement sous la Commune</title>
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		<dc:date>2026-03-26T11:37:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maurice Dommanget</dc:creator>


		<dc:subject>La Commune de Paris (1871)</dc:subject>
		<dc:subject>Edouard Vaillant</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La bataille pour la la&#239;cit&#233; de l'enseignement sous la Commune, vue sous l'ange de l'&#233;volution historique, ne fait que continuer la lutte anticl&#233;ricale et la&#239;que entreprise &#224; la fin du Second Empire. Elle parach&#232;ve aussi l'effort constructif sur le plan scolaire r&#233;alise pendant le si&#232;ge par les r&#233;publicains et les socialistes plac&#233;s &#224; la t&#234;te des municipalit&#233;s d'arrondissement.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-la-revolution-proletarienne-no268-mars-1971-" rel="directory"&gt;La R&#233;volution Prol&#233;tarienne N&#176;268 - Mars 1971&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-2-31-1ffa2.jpg?1774693650' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La bataille pour la la&#239;cit&#233; de l'enseignement sous la Commune, vue sous l'ange de l'&#233;volution historique, ne fait que continuer la lutte anticl&#233;ricale et la&#239;que entreprise &#224; la fin du Second Empire. Elle parach&#232;ve aussi l'effort constructif sur le plan scolaire r&#233;alise pendant le si&#232;ge par les r&#233;publicains et les socialistes plac&#233;s &#224; la t&#234;te des municipalit&#233;s d'arrondissement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le terrain du combat se trouva, si l'on peut dire, d&#233;blay&#233; id&#233;ologiquement d&#232;s la constitution de la Commune par le groupe &#171; l'&#201;ducation Nouvelle &#187;, qui se r&#233;unissait, deux fois par semaine, &#224; l'&#233;cole Turgot, foyer de r&#233;novation p&#233;dagogique dont un professeur allait &#234;tre tu&#233; par une balle versaillaise et dont le directeur allait &#234;tre condamn&#233; &#224; la d&#233;portation dans une enceinte fortifi&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6244 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L170xH230/louise_laffitte-823a1.jpg?1774693650' width='170' height='230' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt; Louise Laffitte&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Education Nouvelle &#187; envoya &#224; l'H&#244;tel de Ville une d&#233;l&#233;gation comprenant les citoyennes Henriette Garoste, Louise Laffitte, Maria Verdure et les citoyens J. Manier, J. Rama et Rheims. Ces d&#233;l&#233;&#173;gu&#233;s d&#233;pos&#232;rent une requ&#234;te pr&#233;conisant la r&#233;forme radicale de l'enseignement des deux sexes. Elle faisait ressortir la n&#233;cessit&#233; d'une &#233;ducation r&#233;pu&#173;blicaine &#171; toute &#224; cr&#233;er &#187; et l'importance de l'&#233;ducation, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;question-m&#232;re qui embrasse et domine toutes les questions politiques et sociales et sans la solution de laquelle il ne sera jamais fait de r&#233;formes s&#233;rieuses et durables&lt;/q&gt;. Elle demandait, en cons&#233;quence, que l'instruction f&#251;t consid&#233;r&#233;e &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;comme un service public de premier ordre&lt;/q&gt; et dev&#238;nt &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;un droit &#224; la port&#233;e de tout enfant quelle que soit sa position sociale et un devoir pour les parents ou pour les tuteurs ou pour la soci&#233;t&#233;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La requ&#234;te insistait sur la n&#233;cessit&#233; de la la&#239;cit&#233; dont elle tirait le principe d'une question de fait, &#224; savoir que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les maisons d'instruction et d'&#233;duca&#173;tion entretenues par la commune ou par le d&#233;par&#173;tement ou par l'&#201;tat doivent &#234;tre ouvertes aux enfants de tous les membres de la collectivit&#233;, quelles que soient les croyances intimes de chacun d'eux&lt;/q&gt;. Puis, invoquant la libert&#233; de conscience et la justice, la requ&#234;te demandait d'urgence :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNE V&#201;RITABLE CHARTE DE LA LA&#207;CIT&#201;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'instruction religieuse ou dogmatique soit laiss&#233;e tout enti&#232;re &#224; l'initiative et &#224; la direction libre des familles, et qu'elle soit imm&#233;diatement et radicalement supprim&#233;e pour les deux sexes dans toutes les &#233;coles, dans tous les &#233;tablissements dont les frais sont pay&#233;s par l'imp&#244;t ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ces maisons d'instruction et d'&#233;ducation ne contiennent aux places expos&#233;es aux regards des &#233;l&#232;ves ou du public aucun objet du culte, aucune image religieuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il n'y soit enseign&#233; ou pratiqu&#233; en commun ni pri&#232;res, ni dogmes, ni rien de ce qui est r&#233;serv&#233; &#224; la conscience individuelle ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on n'y emploie exclusivement que la m&#233;thode exp&#233;rimentale ou scientifique, celle qui part tou&#173;jours de l'observation des faits, quelle qu'en soit la nature : physiques, moraux, intellectuels ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que toutes les questions du domaine religieux soient compl&#232;tement supprim&#233;es dans tous les examens publics, et principalement dans les exa&#173;mens pour brevets de capacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'enfin les corporations enseignantes ne puis&#173;sent plus exister que comme &#233;tablissements priv&#233;s ou libres.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces six alin&#233;as sont &#224; ce point pr&#233;cis que, dans leur bri&#232;vet&#233;, ils ne laissent rien dans l'ombre. Pour l'&#233;poque, ils constituent une sorte de charte de la la&#239;cit&#233;, en avance de quinze ans sur les premi&#232;res r&#233;alisations de la III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6245 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L282xH396/vaillantjeune-2-7d6aa.jpg?1774693651' width='282' height='396' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Edouard Vaillant&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Les membres de la Commune qui re&#231;urent la d&#233;l&#233;gation se montr&#232;rent tout &#224; fait partisans de la r&#233;forme de l'&#233;ducation dans le sens indiqu&#233;. Ils en affirm&#232;rent &#171; l'importance capitale &#187; et estim&#232;rent qu'une telle d&#233;marche les encourageait &#224; entrer dans la voie de la r&#233;novation scolaire. Quant &#224; &#201;douard Vaillant, d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; l'enseigne&#173;ment, qui entendait pratiquer avec les &#233;ducateurs la&#239;cs la m&#233;thode de collaboration, il choisit parmi les membres de la sous-commission dite &#171; d'organi&#173;sation de l'enseignement &#187; deux des d&#233;l&#233;gu&#233;s de &#171; l'&#201;ducation Nouvelle &#187; : Rama et Manier. Le premier devait poursuivre, tant dans cette commis&#173;sion qu'aux Batignolles (17&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;), un effort remarquable en faveur de la la&#239;cit&#233;. Le second devait faire fonction d'adjoint &#224; l'Instruction publique pour l'enseignement primaire et, en cette qualit&#233;, contri&#173;buer d'une fa&#231;on majeure &#224; la la&#239;cisation du personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vue sous un autre angle, la bataille pour la la&#239;cit&#233; de l'enseignement sous la Commune se relie &#233;troitement &#224; toute la politique anticl&#233;ricale des hommes du 18 mars, qui n'est elle-m&#234;me qu'une forme de d&#233;fense contre les intrigues ver&#173;saillaises. Cette politique trouve son expression dans la loi de s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat vot&#233;e par l'Assembl&#233;e communaliste le 3 avril. Cette loi sp&#233;cifie, en son article 3, que les biens des congr&#233;gations religieuses &#8211; donc des congr&#233;&#173;gations enseignantes &#8211; deviennent propri&#233;t&#233;s nationales. En outre, les mesures tendant &#224; la&#239;ciser les services d'assistance compl&#232;tent l'&#339;uvre de la&#239;cisation scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'enseignement religieux se trouve atteint durement par des rigueurs frappant ses t&#234;tes les plus repr&#233;sentatives. C'est ainsi que, successive&#173;ment, furent arr&#234;t&#233;s : le R.P. Ducoudray, J&#233;suite, recteur de l'Ecole Sainte-Genevi&#232;ve (3 avril) ; le R.P. Olivaint, sup&#233;rieur, et le P. Caubert, &#233;cono&#173;me de la Maison des J&#233;suites de la rue de S&#232;vres (5 avril) ; Icart, sup&#233;rieur ; Roussel et Hogan, directeurs du S&#233;minaire de Saint-Sulpice (6 avril) ; Calixte, premier assistant des Fr&#232;res de la Doctrine chr&#233;tienne (11 avril) ; Sire, professeur au s&#233;mi&#173;naire de Saint-Sulpice (16 avril). On doit observer que certains r&#233;sultats furent obtenus par la force m&#234;me des choses. En effet, la lutte prenant un &#171; caract&#232;re plus mena&#231;ant &#187;, les Fr&#232;res de Saint-&#173;Nicolas-d'Issy ferm&#232;rent eux-m&#234;mes leur &#233;tablis&#173;sement le 30 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 mai, Vaillant annon&#231;a que l'enseignement religieux devait dispara&#238;tre des &#233;coles parisiennes. Il intima l'ordre aux instituteurs et institutrices d'enlever &#171; les crucifix, madones et autres symbo&#173;les &#187; qui pouvaient encore rester dans les classes comme offensant la libert&#233; de conscience. Il sp&#233;ci&#173;fia que les objets de cette nature en m&#233;tal pr&#233;cieux seraient inventori&#233;s et envoy&#233;s &#224; la Monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaillant se rendit compte qu'il ne pourrait obte&#173;nir une la&#239;cisation v&#233;ritable des &#233;coles, tant qu'il y aurait non seulement des instituteurs congr&#233;ga&#173;nistes, mais des inspecteurs plus ou moins imbus d'id&#233;ologie religieuse. Aussi, le 13 mai, il r&#233;voqua les inspecteurs et inspectrices des &#233;coles primaires et des &#233;coles de chant nomm&#233;s par l'ancienne administration et remit l'inspection du premier degr&#233; &#224; la fois aux membres de la Commission de l'Enseignement &#233;lus par l'Assembl&#233;e et &#224; des d&#233;l&#233;gu&#233;s munis d'un &#171; pouvoir sp&#233;cial &#187; d&#233;livr&#233; par lui.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6243 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L344xH469/tinayre_victoire-0a573-c2ca0.jpg?1774693651' width='344' height='469' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Marguerite Victoire Tinayre (1831-1895) &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Parmi les inspectrices qui exerc&#232;rent sous les ordres de Vaillant figure la citoyenne Tinayre, qui avait &#233;t&#233; charg&#233;e par le gouvernement de la D&#233;fense nationale de r&#233;organiser les &#233;coles de filles de la ville de Paris. Elle paya son attache&#173;ment &#224; la Commune de la mort de son mari, fusill&#233;, sans qu'on ait pu retrouver sa trace, et de neuf ans d'exil en Suisse. Elle se montra toujours fi&#232;re d'avoir servi la &#171; glorieuse &#187; insurrection. C'est la m&#232;re du graveur Julien Tinayre &#8211; &#233;poux de la romanci&#232;re Marcelle Tinayre &#8211; et du peintre Louis Tinayre, bien connu par ses belles toiles de Louise Michel et de Rog&#233;ard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Co&#239;ncidence curieuse, le jour m&#234;me o&#249; Vaillant proc&#233;dait aux r&#233;vocations d'universitaires d&#233;vou&#233;s &#224; l'ancien r&#233;gime, Jules Simon &#224; Versailles, pour le compte du gouvernement de Thiers, suspendait trois professeurs qui avaient parl&#233; avec sympathie de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut croire que ces professeurs n'&#233;taient pas seuls &#224; s'affirmer pour la Commune, puisque, dans une circulaire sp&#233;ciale, le ministre versaillais rap&#173;pelait les &#233;ducateurs &#224; leur &#171; devoir &#187;, leur inter&#173;disait les controverses passionn&#233;es et n'admettait que la collaboration &#171; en bonne compagnie &#187; dans des &#171; journaux qui se respectent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la m&#234;me date du 13 mai, Vaillant r&#233;clama des municipalit&#233;s d'arrondissement un &#233;tat du personnel en fonction (la&#239;c et congr&#233;ganiste), afin de d&#233;nombrer les ma&#238;tres d&#233;faillants et vraisem&#173;blablement de voir dans quelle mesure le licencie&#173;ment pouvait s'op&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est visible que Vaillant est guid&#233; par le souci de concilier la poursuite rapide de la la&#239;cisation et le d&#233;sir de ne pas priver brusquement de ma&#238;tres un trop grand nombre d'&#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, des membres et des partisans de la Commune trouvaient que la la&#239;cisation n'allait pas assez vite. D&#233;j&#224;, le 9 mai, la section des Grandes-Carri&#232;res de l'Internationale (18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;) avait vot&#233; une motion demandant que la Commune pers&#233;v&#232;re &#171; dans la voie du progr&#232;s de l'esprit humain &#187; en d&#233;cr&#233;tant &#171; l'instruction la&#239;que, primaire et professionnelle obligatoire et gratuite &#224; tous les degr&#233;s &#187;. D'autre part, les blanquistes, dont la lutte contre l'&#201;glise &#233;tait pour ainsi dire une sp&#233;cialit&#233;, ne cessaient de r&#233;criminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaillant lui-m&#234;me &#233;tait loin d'&#234;tre satisfait. Il se voyait aux prises, d'un c&#244;t&#233;, avec la mauvaise volont&#233; de certaines municipalit&#233;s, de l'autre, avec l'activit&#233; des j&#233;suites qui intervenaient partout et sous toutes les formes. Dans des arrondissements, les congr&#233;ganistes se trouvaient liquid&#233;s en deux jours. Dans d'autres, ils subsistaient, refusant d'ob&#233;ir aux ordres de la Commune qu'ils savaient, avant tout, pr&#233;occup&#233;e de sa d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 mai, entrant dans une voie plus &#233;nergique, Vaillant publiait une note enjoignant que, partout o&#249; de semblables r&#233;sistances se produiraient, elles devaient &#234;tre &#171; imm&#233;diatement bris&#233;es &#187; et les r&#233;calcitrants arr&#234;t&#233;s. Les municipalit&#233;s d'arrondis&#173;sement et le d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale &#233;taient invit&#233;s &#224; agir &#171; rapidement et &#233;nergiquement &#187; en ce sens et &#224; s'entendre &#224; cet effet avec la d&#233;l&#233;ga&#173;tion de l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en souligner l'importance, cette note fut approuv&#233;e et contresign&#233;e par Eudes et Gambon, au nom du Comit&#233; de Salut Public. Elle ne mit pas fin &#224; la r&#233;sistance de certains membres de l'Assembl&#233;e, en tant que gestionnaires de l'arron&#173;dissement qui les avait &#233;lus. Ainsi s'explique l'in&#173;tervention de Vaillant &#224; la Commune, le 17 mai, et la proposition qu'il fit adopter. Elle parut &#224; l'&#171; &lt;i&gt;Officiel&lt;/i&gt; &#187; en ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans les quarante-huit heures, un &#233;tat sera dress&#233; de tous les &#233;tablissements tenus encore, malgr&#233; les ordres de la Commune, par les congr&#233;&#173;ganistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les noms des membres de la Commune d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la municipalit&#233; de l'arrondissement, o&#249; les ordres de la Commune relatifs &#224; l'&#233;tablissement de l'en&#173;seignement exclusivement la&#239;que n'auront pas &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s, seront publi&#233;s chaque jour dans l'&lt;i&gt;Officiel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette mesure vigoureuse arrivait trop tard. La Commune n'avait plus que six jours &#224; vivre et il est &#233;vident que les mesures militaires, m&#234;me, et surtout pour Vaillant qui si&#233;geait &#224; l'Ex&#233;cutif, absorbaient l'activit&#233; de tous ses membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution du 18 mars ne s'effondra pour&#173;tant point sur un faible bilan la&#239;c. La preuve en est administr&#233;e en passant en revue l'&#339;uvre des municipalit&#233;s d'arrondissement. Du reste, redevenu pr&#233;fet de la Seine, Jules Ferry reconnaissait, dans sa premi&#232;re circulaire relative &#224; l'instruction pri&#173;maire, que les la&#239;cisations d'&#233;coles s'&#233;taient effec&#173;tu&#233;es &#171; en beaucoup plus grand nombre &#187; que pendant le si&#232;ge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marie-Louise Berneri - Un voyage &#224; travers l'utopie </title>
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		<dc:date>2025-04-12T22:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Louise Berneri</dc:creator>


		<dc:subject>Andr&#233; Prudhommeaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les pages qui suivent sont d&#233;tach&#233;es et traduites d'un livre r&#233;cemment paru en Angleterre, pour le compte du Memorial Committee Marie-Louise Berneri . Il s'agit, en effet, d'une &#339;uvre posthume, laiss&#233;e par une jeune femme de trente et un ans, qui fut l'animatrice des milieux libertaires de Grande-Bretagne de 1936 &#224; 1949. Marie-Louise &#233;tait la fille a&#238;n&#233;e de Camille Berneri, penseur et combattant anarchiste, mort &#224; Barcelone le 5 mai 1937, sous les balles des tueurs &#224; la solde de Staline. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-la-revolution-proletarienne-no50-mai-1951-" rel="directory"&gt;la R&#233;volution prol&#233;tarienne n&#176;50 - Mai 1951&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-andre-prudhommeaux-+" rel="tag"&gt;Andr&#233; Prudhommeaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH76/mlb-08dff.png?1774711998' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='76' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les pages qui suivent sont d&#233;tach&#233;es et traduites d'un livre r&#233;cemment paru en Angleterre, pour le compte du Memorial Committee Marie-Louise Berneri&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journey through Utopia (Routledge et Kagan Paul, London, 1950) 340 p. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit, en effet, d'une &#339;uvre posthume, laiss&#233;e par une jeune femme de trente et un ans, qui fut l'animatrice des milieux libertaires de Grande-Bretagne de 1936 &#224; 1949. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marie-Louise &#233;tait la fille a&#238;n&#233;e de Camille Berneri, penseur et combattant anarchiste, mort &#224; Barcelone le 5 mai 1937, sous les balles des tueurs &#224; la solde de Staline. Mari&#233;e &#224; un camarade anglais, M.-L. B. fonda le journal hebdomadaire &lt;i&gt;Spain and the World&lt;/i&gt; qui d&#233;fendit jusqu'en 1939 la cause de la libert&#233; en Espagne, et qui devint ensuite le &lt;i&gt;War Commentary for Anarchism&lt;/i&gt; du temps de guerre avec une position d'internationalisme intransigeante. En 1944, cet organe devint &lt;i&gt;Freedom&lt;/i&gt;, centre d'une remarquable activit&#233; intellectuelle et &#233;ditoriale qui rallia d'excellents artistes, po&#232;tes, &#233;crivains, sociologues et journalistes. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en s'adonnant sans r&#233;serve &#224; la coordination et &#224; la r&#233;alisation de cet effort collectif que notre amie contracta la maladie qui devait rapidement l'emporter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;Voyage &#224; travers l'Utopie&lt;/i&gt; est le seul livre de M.-L. B., &#224; c&#244;t&#233; de nombreux articles et brochures et d'une volumineuse correspondance. Mais il permet de mesurer la vaste culture et la maturit&#233; d'un esprit &#224; qui rien d'humain n'&#233;tait &#233;tranger. Il ne s'agit point, cela va sans dire, d'une histoire ou bibliographie compl&#232;te des utopies, terme d'une extension presque ind&#233;finie, et qui peut s'appliquer &#224; d'innombrables constructions descriptives, id&#233;ales, idylliques ou satiriques (les &#171; anti-utopies &#187;) de la vie humaine ou du monde : r&#233;alit&#233;s simplifi&#233;es, renvers&#233;es ou stylis&#233;es par l'imagination au cours de cette immense exploration des possibles qui est l'&#339;uvre par excellence de l'esprit humain.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH236/andre_prudhommeaux-fc2a8.jpg?1774702289' width='150' height='236' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Andr&#233; Prudhommeaux&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans sa prise d'&#233;chantillons emprunt&#233;s &#224; toutes les &#233;poques et &#224; tous les pays de la civilisation occidentale, depuis Platon jusqu'&#224; Orwell, l'auteur a &#233;t&#233; particuli&#232;rement bien inspir&#233;e, allant droit &#224; l'essentiel, et go&#251;tant chaque chose avec l'intelligence et la compr&#233;hension humaine la plus aigu&#235;, qualit&#233; faite du sens de l'histoire mais aussi de la capacit&#233; particuli&#232;rement pr&#233;cieuse de saisir l'actualit&#233; du pass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; Voyage &#187; devait &#234;tre &#224; l'origine une simple anthologie, groupant des textes &#233;puis&#233;s ou peu connus, pr&#233;c&#233;d&#233;s des notices indispensables. Mais bient&#244;t, la n&#233;cessit&#233; de repenser, &#224; la faveur de ces textes, les donn&#233;es fondamentales du socialisme, au sens le plus large du mot (r&#233;vision et r&#233;affirmation du pacte social), s'est impos&#233;e d'elle-m&#234;me. Elle a fourni la trame d'un ouvrage attachant et a&#233;r&#233;, o&#249; ne manquent ni les vastes perspectives, ni la finesse intuitive d'une femme, ni le sens de l'humour, ni l'ironie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;A. PRUDHOMMEAUX. &lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; LA RECHERCHE DE L'ABSOLU &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Notre &#226;ge est un &#226;ge de compromis, de demi-mesures, de recherche du &#171; moindre mal &#187;. Les Visionnaires sont ridiculis&#233;s ou m&#233;pris&#233;s, et les &#171; praticiens &#187; gouvernent nos vies. Nous ne cherchons pas de solutions radicales aux maux de la soci&#233;t&#233;, mais des r&#233;formes ; nous n'essayons plus d'abolir la guerre, mais de l'&#233;viter pour quelques ann&#233;es encore ; nous ne tentons plus de supprimer le crime, nous nous contentons de pallier ses effets ; nous n'avons plus en vue de mettre un terme &#224; la disette, nous organisons contre elle des &#339;uvres mondiales de charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce temps o&#249; l'homme est obs&#233;d&#233; par le souci de ce qui est faisable et susceptible d'imm&#233;diate r&#233;alisation, il peut &#234;tre d'un salutaire exercice de se tourner vers des hommes qui ont pens&#233; l'Utopie et qui en ont rejet&#233; tout ce qui ne se pliait pas &#224; leur id&#233;al de perfection.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5405 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/portrait_of_thomas_more_by_hans_holbein_d._j__in_the_frick_colllection.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH189/portrait_of_thomas_more_by_hans_holbein_d._j__in_the_frick_colllection-fa47f-560e4.jpg?1774798672' width='150' height='189' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Thomas Morus&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sentons d'abord humili&#233;s en pr&#233;sence de ces &#201;tats et Cit&#233;s imaginaires d'autrefois ; nous mesurerons bient&#244;t la modestie de nos exigences, la pauvret&#233; de notre horizon : Z&#233;non de Kittion pr&#233;conise l'internationalisme int&#233;gral ; Platon reconnait l'&#233;galit&#233; des sexes ; Thomas Morus aper&#231;oit clairement les rapports de cause &#224; effet qui vont de la pauvret&#233; au crime et que tels de nos contemporains refusent encore de voir. Au d&#233;but du dix-septi&#232;me si&#232;cle, Campanella proclame la journ&#233;e de quatre heures et un &#233;rudit allemand, Valentin Andreae, veut rendre l'effort attrayant ; il fonde un syst&#232;me d'&#233;ducation qui peut rester un mod&#232;le aujourd'hui. Ici, nous trouvons la propri&#233;t&#233; priv&#233;e condamn&#233;e ; l&#224;, tous usages d'argent et de salaire sont rejet&#233;s comme immoraux ou irrationnels ; plus loin, la solidarit&#233; humaine est admise comme un fait &#233;vident. Toutes les id&#233;es qui peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es de nos jours comme audacieuses sont ainsi propos&#233;es, avec une confiance qui montre bien qu'elles sont d&#233;j&#224; comprises, sinon g&#233;n&#233;ralement accept&#233;es du public. A la fin du dix-septi&#232;me si&#232;cle et au cours du dix-huiti&#232;me, nous rencontrons des opinions encore plus surprenantes de hardiesse, touchant la religion, les relations sexuelles, la nature du gouvernement et de la loi. Et nous sommes si habitu&#233;s &#224; penser que la course au progr&#232;s commence au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, que nous sommes tout surpris de constater qu'en v&#233;rit&#233; c'est la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la pens&#233;e utopique qui commence avec lui. Les vues d'avenir, dans l'ensemble, se font plus timides, l'institution de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et celle de la monnaie sont souvent jug&#233;es n&#233;cessaires ; les hommes se trouveraient satisfaits de ne peiner que huit heures par jour, et il est rarement question de rendre ce labeur agr&#233;able&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On s'&#233;tonne de voir ici M.-L. B. faire bon march&#233; de l'&#339;uvre de Fourier (N. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Les femmes demeurent riv&#233;es &#224; la tutelle du mari, les enfants &#224; celle du p&#232;re... Mais avant que les utopies ne soient contamin&#233;es par l'esprit &#171; r&#233;aliste &#187; de notre temps, nous les voyons fleurir avec une vari&#233;t&#233; et une richesse qui nous font douter de la validit&#233; de nos pr&#233;tentions modernes en mati&#232;re d'id&#233;es neuves et de progr&#232;s social !&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5406 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH195/lile-dutopia-de-thomas-more-1516-af5b5-9126f.png?1774798672' width='150' height='195' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que toutes les utopies aient &#233;t&#233; r&#233;volutionnaires et progressives : la majorit&#233; d'entre elles ne le furent que partiellement. Cependant on peut consid&#233;rer comme une avant-garde les &#233;crivains qui proclamaient la communaut&#233; des biens en un temps o&#249; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#233;tait tenue pour sacr&#233;e ; le pain pour tous quand les mendiants &#233;taient rendus ; l'&#233;galit&#233; des femmes lorsqu'on ne les consid&#233;rait gu&#232;re que comme des esclaves ; la dignit&#233; du travail manuel alors qu'il &#233;tait raval&#233;, dans l'opinion et en fait ; &#224; une occupation d&#233;gradante ; et le droit de tout enfant &#224; une enfance heureuse tandis que le bonheur &#233;tait r&#233;serv&#233; aux fils des nobles et des riches. Tout cela a contribu&#233; &#224; rendre le mot &#171; utopie &#187; synonyme de la vie parfaite et du bonheur social imagin&#233;. L'Utopie, &#224; cet &#233;gard, repr&#233;sente le r&#234;ve de f&#233;licit&#233; des hommes, leur secr&#232;te nostalgie de l'&#226;ge d'or, ou, comme d'autres l'ont vu, leur exil du paradis perdu.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LIBERT&#201; ET AUTORIT&#201; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais ce r&#234;ve n'a pas que des lieux de lumi&#232;re. Il y a des esclaves dans la &lt;i&gt;R&#233;publique &lt;/i&gt; de Platon et dans celle de Morus ; il y a des ilotes massacr&#233;s dans la Sparte de Lycurgue. Des guerres, des ex&#233;cutions, une discipline rigoureuse, le fanatisme religieux, voisinent souvent avec les institutions les plus &#233;clair&#233;es. Ces aspects, qui ont souvent &#233;t&#233; n&#233;glig&#233;s par les apologistes de bonne foi, r&#233;sultent de la conception profond&#233;ment autoritaire de nombreuses utopies, et ne disparaissent que dans celles qui prennent pour but l'int&#233;grale libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5404 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH215/herbert_read_copie-4afc6-ba5e6.jpg?1774798672' width='150' height='215' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Herbert Read&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Deux courants majeurs se manifestent en effet dans la pens&#233;e utopique de tous les temps. Le premier cherche le bonheur de l'humanit&#233; moyennant la prosp&#233;rit&#233; sociale, par la fusion de l'individualit&#233; humaine dans le groupe et la grandeur de l'&#201;tat. Le second, tout en postulant un certain bien-&#234;tre mat&#233;riel, consid&#232;re que le bonheur, comme r&#233;sultat de la libre expression d'une personnalit&#233; humaine, ne doit &#234;tre sacrifi&#233; ni &#224; un code moral abstrait ni &#224; une puissance collective. Ces deux tendances correspondent &#224; diff&#233;rentes conceptions du progr&#232;s. Pour les utopistes antiautoritaires, il en est comme pour Herbert Read, qui d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le progr&#232;s est mesur&#233; par le degr&#233; de diff&#233;renciation &#224; l'int&#233;rieur d'une soci&#233;t&#233;. Si l'individu n'est qu'une unit&#233; dans une masse compacte, sa vie est non seulement brutale et br&#232;ve, mais morne et m&#233;canique. Si l'individu est une unit&#233; en soi-m&#234;me, disposant de l'espace et des moyens n&#233;cessaires &#224; une action s&#233;par&#233;e, il est peut-&#234;tre plus sujet aux accidents et aux hasards de la fortune, mais du moins peut-il s'&#233;tendre et s'exprimer. Il peut se d&#233;velopper, croitre au seul vrai sens de ce mot, c'est-&#224;-dire grandir en conscience de sa force, en vitalit&#233; et en joie.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que Herbert Read le met d'autre part en &#233;vidence, telle n'a pas toujours &#233;t&#233; la d&#233;finition du progr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Beaucoup de gens cherchent la s&#233;curit&#233; dans le nombre, le bonheur dans l'anonymat, et la dignit&#233; dans la routine. Ils ne demandent rien de mieux que d'&#234;tre moutons sous un berger, soldats sous un capitaine, serfs sous un tyran. Les quelques individus qui ressentent le besoin de l'expansion personnelle deviennent ainsi les bergers, les capitaines et les meneurs de ces volontaires de la servitude.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les utopistes autoritaires voudraient donner au peuple les meilleurs des bergers, des capitaines et des tyrans, sous le nom de &lt;i&gt;gardiens&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;phylarques&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;samoura&#239;s&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5407 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/plan_der_stadt_christianopolis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH255/plan_der_stadt_christianopolis-50bb2.jpg?1774798673' width='500' height='255' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ces utopies &#233;taient progressives pour autant qu'elles tendaient &#224; abolir les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques ; mais elles ne faisaient que remplacer le vieil esclavage &#233;conomique par un esclavage nouveau. Les hommes cessaient d'&#234;tre livr&#233;s &#224; leurs ma&#238;tres ou employeurs pour tomber sous le joug de la Nation et de l'&#201;tat id&#233;alis&#233;s. Cette puissance de l'&#201;tat, nous la trouvons parfois fond&#233;e sur le pouvoir moral et militaire, comme dans la &lt;i&gt;R&#233;publique &lt;/i&gt; de Platon ; sur la religion, comme dans la &lt;i&gt;Christianopolis &lt;/i&gt; d'Andreae ; ou bien sur la propri&#233;t&#233; des moyens de production et de distribution, comme dans la plupart des utopies du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle. Mais le r&#233;sultat est toujours le m&#234;me : l'individu est oblig&#233; de suivre un code de lois ou de moeurs artificiellement cr&#233;&#233; pour lui. Il n'est plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'UTOPISTE, TYRAN MALGR&#201; LUI &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5408 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH162/sans_titre-7-3-8dc3f-37d42.png?1774798673' width='150' height='162' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Diderot&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions inh&#233;rentes &#224; la plupart des utopies sont dues &#224; cette manie l&#233;gislative qui est leur p&#233;ch&#233; originel. Les constructeurs de cit&#233;s imaginaires pr&#233;tendent donner la libert&#233; aux citoyens, mais la libert&#233; que l'on octroie cesse d'&#234;tre la libert&#233; ; Diderot est l'un des rares &#233;crivains utopiques qui se soient refus&#233; m&#234;me le droit de d&#233;cr&#233;ter que &#171; chacun fera ce que bon lui semble &#187;, car presque tous ses confr&#232;res entendent rester seuls ma&#238;tres de leurs r&#233;publiques imaginaires. Ils promulguent &#171; la libert&#233; &#187; sous la forme d'un r&#232;glement sans appel. Ils en sont les l&#233;gislateurs, les rois, les magistrats, les pr&#234;tres, les pr&#233;sidents d'assembl&#233;es nationales. Puis, ayant &#224; leur guise &#233;dict&#233;, codifi&#233;, ordonn&#233; les mariages, les emprisonnements et les ex&#233;cutions, ils proclament que les gens sont libres de faire tout ce qui leur convient. Il n'est que trop apparent que Campanella s'est gliss&#233; dans la peau du Grand M&#233;taphysicien de sa &lt;i&gt;Cit&#233; du Soleil&lt;/i&gt;, Bacon plac&#233; &#224; la t&#234;te de sa Maison de Salomon, et Cabet investi de l'omniscience du bon Icar (le l&#233;gislateur d'&lt;i&gt;Icarie&lt;/i&gt;). Quand un utopiste poss&#232;de l'esprit de Thomas Morus, il est du moins capable d'exprimer ses secr&#232;tes aspirations avec humour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vous ne pouvez vous imaginer combien j'ai pris de carrure, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#233;crivait-il &#224; son ami Erasme&lt;/span&gt;, combien j'ai grandi et porte plus haut la t&#234;te ! Je me sens &#224; merveille dans mon r&#244;le de souverain de l'Utopie ! D&#233;j&#224; je crois marcher sous le manteau franciscain, couronne d'&#233;pis en t&#234;te, javelle en main en guise de sceptre, et suivi par un vaste cort&#232;ge du peuple des Amaurotes.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre contradiction fr&#233;quente chez les utopistes consiste &#224; affirmer que les lois &#233;dict&#233;es par eux sont l'ordre m&#234;me de la nature et non pas un code arbitrairement constitu&#233;. Ils en profitent pour d&#233;clarer inviolables leurs constitutions. Mais comment des lois naturelles inviolables seraient-elles constamment viol&#233;es et m&#233;connues et auraient-elles besoin d'&#234;tre r&#233;tablies par l'autorit&#233; humaine ? C'est l&#224; ce que nul champion de &#171; l'ordre naturel &#187; n'a su expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les utopistes ne s'occupent gu&#232;re de rechercher laborieusement les &#171; lois de la nature &#187; par l'&#233;tude du monde tel qu'il s'offre &#224; leurs yeux. Ils pr&#233;f&#232;rent les inventer ; ou encore les exhumer des &#171; archives de la sagesse antique &#187; ; pour certains d'entre eux, comme Mably et Morelly, le code de la nature &#233;tait celui de Sparte !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;MONDES EN UNIFORME &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5409 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/h.g__wells_by_beresford.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH209/h.g__wells_by_beresford-fd6fb-575f1.jpg?1774798673' width='150' height='209' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;H. G. Wells &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Loin de baser leurs projets sur des r&#233;alit&#233;s vivantes et sur les hommes tels qu'ils les connaissent, presque tous les auteurs d'utopies construisent des forteresses d'abstractions. D'o&#249; l'atmosph&#232;re &#233;touffante qui pr&#233;vaut dans la plupart de ces mondes en uniforme : les mortels y sont tous taill&#233;s sur les m&#234;mes patrons, pourvus de besoins et de r&#233;actions identiques, priv&#233;s des passions et des &#233;motions qui seraient une expression de leur individualit&#233;. Cette monotonie se refl&#232;te dans tous les aspects de la vie utopienne, des v&#234;tements aux horaires quotidiens, des comportements moraux aux int&#233;r&#234;ts intellectuels. H. G. Wells l'a fort bien vu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Dans presque toutes les utopies (&#224; la seule exception, peut-&#234;tre, des &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Nouvelles de nulle part&lt;/span&gt;) on voit des b&#226;timents r&#233;guliers, mais sans caract&#232;re, des cultures parfaites et sym&#233;triques, et une multitude de gens, sains, heureux, bien v&#234;tus, mais sans rien qui les distingue les uns des autres. Trop souvent, l'ensemble s'apparente &#224; ces sch&#233;mas qui donnent la cl&#233; des grands tableaux de couronnements, de noces royales, de parlements, de conf&#233;rences et de rassemblements &#8212; genre &#224; la mode sous la reine Victoria. Chaque figurant, au lieu de visage, porte un ovale bien dessin&#233;, avec son num&#233;ro d'ordre lisiblement &#233;crit dessus.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;cor n'est pas moins abstrait que les personnages. L'amour autoritaire de la sym&#233;trie conduit les utopistes &#224; supprimer les montagnes et les fleuves, et m&#234;me &#224; imaginer des &#238;les parfaitement rondes et des canaux parfaitement droits :&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5410 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH214/he7_1109-12086-4d23a.jpg?1774798673' width='150' height='214' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Lewis Mumford&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Dans l'&#201;tat national utopien, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#233;crit Lewis Mumford&lt;/span&gt;, il n'y pas de r&#233;gions naturelles. D'o&#249; l'absence de ce groupement, &#233;galement naturel, des populations en villes, en villages et cit&#233;s, qui constitue le propre de l'homme, au dire d'Aristote. La citoyennet&#233; dans le groupe, qui &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;distingue l'homme des autres animaux&lt;/q&gt;, n'est tol&#233;r&#233;e en utopie qu'au prix d'une fiction selon laquelle l'&#201;tat lui-m&#234;me conc&#232;de au groupe une portion de son autorit&#233; omnipotente &#8212; de sa &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;souverainet&#233;&lt;/q&gt; &#8212; lui permettant ainsi d'exercer une activit&#233; propre. Le malheur, pour cet admirable mythe, construit &#224; grands efforts par des g&#233;n&#233;rations de l&#233;gistes et d'hommes politiques, c'est que les agglom&#233;rations humaines ont pr&#233;c&#233;d&#233; de bien loin les &#201;tats. Il y avait une Rome sur le Tibre longtemps avant qu'il y e&#251;t un &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Imperium romanum&lt;/span&gt; ; et la permission gracieuse du gouvernement n'a jamais &#233;t&#233; qu'un sceau formel, rev&#234;tant le fait accompli de l'existence collective.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;... Au lieu de reconna&#238;tre des r&#233;gions naturelles et des groupes naturels de population, l'utopie nationale trace &#224; la cha&#238;ne d'arpenteur les fronti&#232;res d'un certain territoire. L&#224;-dedans, tous les habitants seront les membres d'un seul tout indivisible, la Nation, qui est suppos&#233;e ant&#233;rieure en droit et sup&#233;rieure en puissance &#224; tout autre groupe. Telle est la seule formation sociale qui soit officiellement reconnue dans l'utopie nationale. Ce qui est commun &#224; tous les habitants du territoire est cens&#233; &#234;tre de bien plus grande importance que tout ce qui lie spontan&#233;ment les hommes entre eux sur le plan de la famille, de la cit&#233; ou du m&#233;tier.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lewis Mumford, The Story of Utopias, New York, 1922.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;PUISSANCE CONCENTRATIONNAIRE DE L'&#201;TAT &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'uniformit&#233; utopique, li&#233;e &#224; l'id&#233;e m&#234;me de perfection, a presque n&#233;cessairement pour sanction le pouvoir de l'&#201;tat id&#233;alis&#233;, qui repose &#224; son tour sur le sentiment national. Quand la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est abolie en Utopie, ce n'est pas tant pour &#233;tablir l'&#233;galit&#233; des citoyens ou pr&#233;venir le pouvoir corrupteur des richesses, que pour an&#233;antir un facteur d'ind&#233;pendance mena&#231;ant l'indivisibilit&#233; de la Nation. L'attitude envers la famille est de m&#234;me dict&#233;e par des consid&#233;rations politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la famille est supprim&#233;e, c'est avec la propri&#233;t&#233; et pour les m&#234;mes raisons. On d&#233;couvre en elle un facteur d'&#233;go&#239;sme et de d&#233;centralisation qui tend &#224; dissoudre la plus grande communaut&#233;. Par contre, les partisans de la famille voient en elle la base et l'image de l'&#201;tat national, sa cellule indispensable, le meilleur terrain de formation pour les vertus d'ob&#233;issance et de loyalisme. A leurs yeux, la famille autoritaire est loin de pr&#233;senter un danger. Elle accoutume les enfants &#224; respecter la majest&#233; et la puissance paternelles. Plus tard, ils se plieront sans murmurer devant le prestige des gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5412 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;8&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/plato_pio-clemetino_inv305.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH228/plato_pio-clemetino_inv305-b0813-88cc1.jpg?1774798673' width='150' height='228' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Platon&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Car un &#201;tat fort &#8212; m&#234;me &#171; &#233;galitaire &#187; &#8212; a besoin d'une classe ou caste dominante exer&#231;ant son autorit&#233; sur le reste des citoyens. On surprend ici l'incons&#233;quence des b&#226;tisseurs de communaut&#233;s id&#233;ales. Ils prennent grand soin que la propri&#233;t&#233; ne puisse corrompre ou d&#233;sunir les dirigeants, les distraire de leurs devoirs, les absorber dans leurs affaires priv&#233;es. Mais ils n'aper&#231;oivent point, en g&#233;n&#233;ral, les menaces que l'amour du pouvoir fait peser sur la cit&#233; en dressant les chefs les uns contre les autres, et en livrant le commun peuple &#224; leur arbitraire. C'est la grande erreur de Platon, dont les &#171; gardiens &#187; sont investis d'un pouvoir sans limite, alors que Plutarque se rend bien compte des abus qui peuvent na&#238;tre de l'autorit&#233;, mais n'offre &#224; ce sujet aucun rem&#232;de. Thomas Morus met en avant une conception nouvelle : celle d'un &#201;tat repr&#233;sentant tous les citoyens, &#224; l'exception d'un petit nombre d'esclaves. Son r&#233;gime est ce que nous appelons d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire que le pouvoir est exerc&#233; par les repr&#233;sentants du peuple. Mais ceux-ci ne font gu&#232;re qu'&lt;i&gt;ex&#233;cuter &lt;/i&gt; les lois, dont les principales ont &#233;t&#233; &lt;i&gt;donn&#233;es &lt;/i&gt; au pays par un l&#233;gislateur souverain. Le pays est donc, l&#224; encore, administr&#233; selon un code qui lui vient du dehors.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5411 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;7&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/paolo_monti_-_servizio_fotografico__napoli__1969__-_beic_6353768.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH221/paolo_monti_-_servizio_fotografico__napoli__1969__-_beic_6353768-305b1-09462.jpg?1774798673' width='150' height='221' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Z&#233;non&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'existence de l'&#201;tat entra&#238;ne celle de deux codes de comportement moral, car il divise le peuple en classes et l'humanit&#233; en nations. Le loyalisme gouvernemental constitue ainsi la n&#233;gation des sentiments de solidarit&#233; et d'entraide qui existent naturellement entre tous les hommes. L'&#201;tat impose certaines normes de conduite envers les citoyens actifs et d'autres &#224; l'&#233;gard des &#233;trangers &#224; la nation, &#171; suspects &#187;, &#171; esclaves &#187; et &#171; barbares &#187;. Tout ce qui est interdit dans les rapports entre &#233;gaux est permis envers ces &#234;tres consid&#233;r&#233;s comme inf&#233;rieurs. L'utopien classique est obligeant et courtois envers ses pairs, mais impitoyable envers les sous-hommes ; il est pacifique dans son Pays, mais porte &#224; l'ext&#233;rieur la guerre la plus cruelle. Toutes les utopies qui suivent les traces de Platon admettent cette double morale, et cette duplicit&#233; de l'homme. Il est vrai qu'elle est partout dans la soci&#233;t&#233; telle que nous la connaissons mais il semble &#233;trange qu'on n'ait pas song&#233; &#224; l'&#233;liminer d'une &#171; soci&#233;t&#233; parfaite &#187;. L'id&#233;al universaliste de Z&#233;non qui, dans sa &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, proclamait la fraternit&#233; des peuples, n'a trouv&#233; que peu d'imitateurs. La plupart des utopies admettent la guerre comme partie int&#233;grante de leur syst&#232;me. A vrai dire, il ne pouvait en &#234;tre autrement, car l'existence de l'&#201;tat national engendre immanquablement la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;EXIL DE LA PO&#201;SIE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les utopies autoritaires ne tol&#232;rent point l'existence de personnalit&#233;s assez fortes et ind&#233;pendantes pour concevoir quelque id&#233;e de r&#233;forme ou de r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crasement de la personnalit&#233; y rev&#234;t souvent un caract&#232;re vraiment totalitaire. Le l&#233;gislateur ou le gouvernement dresse les plans des villes et des maisons ; ces plans peuvent bien refl&#233;ter les principes les plus rationnels et les meilleures connaissances techniques ; mais ils ne sont pas l'expression organique d'un besoin. Une demeure, comme une cit&#233;, quoique faite de mat&#233;riaux sans vie, n'en incarne pas moins, dans sa diversit&#233; vivante, l'esprit de ceux qui l'ont &#233;difi&#233;e. La froide raison exclut cette po&#233;sie spontan&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat utopien est particuli&#232;rement f&#233;roce dans l'an&#233;antissement de la libert&#233; chez l'artiste. L'&#233;crivain, le peintre, le sculpteur doivent tous devenir les serviteurs et les agents de propagande de l'&#201;tat. Sous des pr&#233;textes esth&#233;tiques ou moraux, toute expansion personnelle leur est interdite, c'est-&#224;-dire, en fait, toute explosion cr&#233;atrice de libert&#233;. La position d'un r&#233;gime devant l'art et la po&#233;sie est un test que bien peu d'utopies seraient en &#233;tat de soutenir, et dont Herbert Read a reconnu la grande importance.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5413 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/herbert_read__1966_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/herbert_read__1966_-9bd21-a4c1f.jpg?1774798673' width='150' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Herbert Read&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Platon, comme on l'a rappel&#233; trop souvent et avec trop de complaisance, chassait le po&#232;te de sa R&#233;publique. Cette R&#233;publique &#233;tait un mod&#232;le trompeur de perfection, mod&#232;le sans doute r&#233;alisable par quelque dictateur, mais qui ne pourrait fonctionner que comme fonctionne une machine &#8212; m&#233;caniquement. Et si les machines fonctionnent m&#233;caniquement, c'est parce qu'elles sont faites de mat&#233;riaux inorganiques et morts. Pour exprimer la diff&#233;rence entre une soci&#233;t&#233; capable de d&#233;veloppement organique et un r&#233;gime totalitaire immobile, vous n'avez besoin que d'un mot : le mot &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;art&lt;/q&gt;. Ce n'est que dans des conditions ouvertes, et telles que l'artiste puisse &#339;uvrer librement, que la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me pourra incarner les id&#233;es de libert&#233; et de progr&#232;s intellectuel qui sont, pour la plupart d'entre nous, les seules vraies sanctions de la vie.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les utopies qui admettent l'existence de l'art sont celles qui opposent &#224; la conception &#233;tatique et centralisatrice l'id&#233;e d'une f&#233;d&#233;ration de communaut&#233;s libres ; celles o&#249; l'individu peut exprimer sa personnalit&#233; sans &#234;tre soumis &#224; la censure d'un code artificiel ; celles o&#249; l'autonomie n'est pas un terme abstrait, mais se manifeste concr&#232;tement dans l'&#339;uvre, que ce soit celle du peintre ou celle du ma&#231;on. Ces utopies ne concernent point la structure morte des institutions sociales, mais les valeurs id&#233;ales sur lesquelles repose une existence meilleure. Les utopies antiautoritaires sont les moins nombreuses, et les moins influentes sur le public, parce qu'elles ne pr&#233;sentent point de plans tout faits, mais des id&#233;es audacieuses et subversives ; parce qu'elles demandent &#224; chacun de nous d'&#234;tre un &#171; unique &#187;, et non pas un num&#233;ro parmi beaucoup d'autres ; parce qu'elles ne satisfont pas la paresse d'esprit et le besoin d'irresponsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'utopie indique le chemin d'une vie id&#233;ale sans devenir un plan (c'est-&#224;-dire une machine morte appliqu&#233;e &#224;, la mati&#232;re vivante), alors elle est vraiment une force de progr&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Journey through Utopia&lt;/i&gt; (Routledge et Kagan Paul, London, 1950) 340 p. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les sous-titres ne figurent pas dans l'introduction originale que nous traduisons ici int&#233;gralement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On s'&#233;tonne de voir ici M.-L. B. faire bon march&#233; de l'&#339;uvre de Fourier (N. du T.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lewis Mumford, &lt;i&gt;The Story of Utopias&lt;/i&gt;, New York, 1922.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Charles Benoit</title>
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		<dc:date>2023-10-21T12:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maurice Chambelland</dc:creator>


		<dc:subject>Charles Benoit</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Temps nouveaux&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>La R&#233;volution prol&#233;tarienne </dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Suivant &#224; quelques semaines son ami le docteur Pierrot, Charles Benoit est mort &#224; Paris le dimanche 19 mars 1950. Il s'est &#233;teint paisiblement apr&#232;s huit jours d'une r&#233;sistance &#233;tonnante. Il avait soixante-douze ans. On disait : Charles Benoit, des &#171; Temps Nouveaux &#187;. Il avait appartenu &#224; l'&#233;quipe de l'&#171; organe communiste anarchiste &#187; qui, sous la direction de Jean Grave et sous l'&#233;gide de Kropotkine, fut publi&#233; avant 1914 pendant quelque vingt ann&#233;es. Il s'y occupait surtout des t&#226;ches administratives, b&#233;n&#233;volement, &#224; la mani&#232;re d'autrefois. Il y consacrait ses dimanches, accomplissant les besognes les plus ingrates avec le s&#233;rieux qu'il apportait &#224; toutes choses.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-la-revolution-proletarienne-no37-avril-1950-" rel="directory"&gt;La R&#233;volution Prol&#233;tarienne N&#176;37 - Avril 1950&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-la-revolution-proletarienne-+" rel="tag"&gt;La R&#233;volution prol&#233;tarienne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/larevolutionproletarienne-n037-31-fb492.jpg?1774700157' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Suivant &#224; quelques semaines son ami le docteur Pierrot, Charles Benoit est mort &#224; Paris le dimanche 19 mars 1950. Il s'est &#233;teint paisiblement apr&#232;s huit jours d'une r&#233;sistance &#233;tonnante. Il avait soixante-douze ans.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;On disait : Charles Benoit, des &#171; Temps Nouveaux &#187;. Il avait appartenu &#224; l'&#233;quipe de l'&#171; organe communiste anarchiste &#187; qui, sous la direction de Jean Grave et sous l'&#233;gide de Kropotkine, fut publi&#233; avant 1914 pendant quelque vingt ann&#233;es. Il s'y occupait surtout des t&#226;ches administratives, b&#233;n&#233;volement, &#224; la mani&#232;re d'autrefois. Il y consacrait ses dimanches, accomplissant les besognes les plus ingrates avec le s&#233;rieux qu'il apportait &#224; toutes choses.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4231 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/les_temps_nouveaux_40.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH205/les_temps_nouveaux_40-31e81-2f168.jpg?1774723976' width='150' height='205' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Dans notre mouvement social, &lt;i&gt;Les Temps Nouveaux&lt;/i&gt; avaient trac&#233; un sillon d'une fertilit&#233; surprenante. Combien de militants se form&#232;rent &#224; la lecture de ces pages aust&#232;res o&#249; la fantaisie n'avait point de place ! Encore aujourd'hui, il arrive parfois que l'on d&#233;niche, dans quelque biblioth&#232;que poussi&#233;reuse de syndicat ou de Bourse du travail, ou sur la planchette &#224; livres d'un militant, &#8212; non des exemplaires des &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt; ou du &#171; Suppl&#233;ment litt&#233;raire &#187; malheureusement devenus rarissimes &#8212; mais quelques-unes de ces brochures a couverture illustr&#233;e et sign&#233;es Kropotkine, Domela Nieuwenhuis, Reclus, Grave, Malatesta, Chaughi, Girard, Nettlau, Pierrot, Mesnil, Delzant, &#8212; ces brochures qui, depuis des ann&#233;es, formaient le compl&#233;ment pr&#233;cieux du journal hebdomadaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diffusion des brochures des &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt; constitua la pr&#233;occupation majeure de Charles Benoit. Il n'en fut certes pas le cr&#233;ateur. Mais il poursuivit l'effort avec pers&#233;v&#233;rance et, surtout, l'organisa avec m&#233;thode lorsque, vers 1910, il cr&#233;a le &#171; Groupe de propagande par la brochure &#187;. Ecoutons-le :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La propagande par la brochure est une des meilleures propagandes si on peut la faire avec suite. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le R&#233;volt&#233;, La R&#233;volte, Les Temps Nouveaux &lt;/i&gt; s'y sont employ&#233;s de leur mieux. A l'heure actuelle, plus de 60 brochures diverses, dont les diff&#233;rents tirages r&#233;unis d&#233;passent un million d'exemplaires, ont &#233;t&#233; lanc&#233;es par eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malheureusement, les fonds manquent pour pouvoir en imprimer plus souvent de nouvelles, ou r&#233;imprimer, lorsque c'est n&#233;cessaire, celles qui sont &#233;puis&#233;es. Il s'agit donc de trouver 500 souscripteurs s'engageant &#224; verser chacun douze francs par an. Nous serions donc en mesure d'imprimer chaque mois &#8212; ou de r&#233;imprimer parmi celles &#233;puis&#233;es &#8212; une nouvelle brochure de 0 fr. 10 ou deux de 0 fr. 05... &lt;br class='autobr' /&gt;
... En discutant avec des camarades, il est facile de leur glisser une brochure et de leur arracher deux sous. Les souscripteurs pourront ainsi r&#233;cup&#233;rer le montant de leur souscription, et augmenter leur propagande.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le nom de Charles Benoit restera attach&#233; &#224; cette exp&#233;rience de propagande syst&#233;matique des id&#233;es libertaires.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Charles Benoit avait d&#233;but&#233; dans le mouvement ouvrier &#224; Rouen, son pays natal, o&#249; il fut instruit des choses sociales par un militant libre penseur, Bazire, qui s'&#233;tait consacr&#233; &#224; la recherche et &#224; la formation des jeunes. Bazire appartenait au parti socialiste r&#233;volutionnaire, qui avait succ&#233;d&#233; &#224; l'organisation blanquiste dite &#171; Comit&#233; r&#233;volutionnaire central &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le futur libertaire Charles Benoit militait &#224; la fois dans le mouvement syndical et au groupe &#171; l'Union communiste r&#233;volutionnaire de Rouen &#187;. Il n'avait gu&#232;re plus de seize ans qu'il se m&#234;lait d&#233;j&#224; aux gr&#232;ves : en 1898, &#224; celle des tissages Manchon fr&#232;res &#224; Rouen ; en 1900, &#224; celle des &#233;tablissements Plantrou &#224; Oissel. Benoit fut un des secr&#233;taires de l'Union d&#233;partementale des syndicats cr&#233;&#233;e en 1896 sous la pr&#233;sidence de Hardy. Il est n&#233;cessaire d'ajouter que le parti socialiste r&#233;volutionnaire et son leader Edouard Vaillant &#8212;dont Benoit fut l'ami &#8212; respectaient, &#224; l'encontre des guesdistes, l'ind&#233;pendance des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#171; incident &#187; survint, qui devait changer le cours de la vie du jeune militant. En 1902, Benoit organise une conf&#233;rence antimilitariste &#224; l'intention des conscrits de Rouen. Il est inqui&#233;t&#233;, perquisitionn&#233;, poursuivi. Sa m&#232;re, veuve, tenait un caf&#233;. Prenant pr&#233;texte des poursuites engag&#233;es contre le fils, le g&#233;n&#233;ral commandant la place de Rouen interdit &#224; la troupe le petit &#233;tablissement g&#233;r&#233; par la m&#232;re. M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt; Benoit se voit contrainte de liquider le fonds avec l'aide de Bazire, puis elle est forc&#233;e de quitter Rouen. Elle vient &#224; Paris avec son fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Charles Benoit, administrateur des&lt;i&gt; Temps Nouveaux&lt;/i&gt;, avait fait ses premi&#232;res armes dans un parti. Il est &#233;galement curieux de noter qu'il est mort membre du parti socialiste S.F.I.O. Il avait donn&#233; son adh&#233;sion &#224; la 6&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; section vers 1925. A l'&#233;gal d'un certain nombre de syndicalistes et de libertaires, Benoit avait salu&#233; d'enthousiasme la R&#233;volution de 1917. Comme beaucoup aussi, il avait d&#251; d&#233;chanter. Aussi bien, tout laisse croire que le Parti S.F.I.O. s'offrit &#224; lui plus comme un refuge que comme une terre d'&#233;lection. Il faut comprendre le besoin qu'avait ce sensible, ce sociable, de se retrouver avec des amis, le soir, &#171; au groupe &#187; pour deviser de questions qui n'avaient jamais cess&#233; de le remuer, de le passionner. Charles Benoit n'aimait pas l'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La guerre de 1914 avait disloqu&#233; les &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt;. Comme les autres, le mouvement anarchiste s'&#233;tait divis&#233;. On se souvient de la D&#233;claration dite &#171; Manifeste des Seize &#187; que publia, le 14 mai 1916, la &lt;i&gt;Bataille ex-syndicaliste&lt;/i&gt;, sous les signatures, entre autres de Kropotkine, de Grave, de Corn&#233;lissen, de Malato, de Pierrot, de Paul Reclus. C'&#233;tait un essai de justification du ralliement des leaders libertaires &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Manifeste des Seize &#187; avait surtout &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; pour r&#233;pondre &#224; la publication par le &#171; groupe &#187; des &#171; Temps Nouveaux &#187; d'une premi&#232;re lettre approuvant l'initiative de Zimmerwald. Pr&#233;cisons qu'il s'agissait du &#171; groupe &#187;, non du &#171; journal &#187;. Le &#171; journal &#187; &#8212; qui ne paraissait plus &#8212; c'&#233;tait Grave. Le &#171; groupe &#187;, c'&#233;taient Andr&#233; Girard, Charles Benoit, A. Mignon, Siegfried, Asfeld, &#8212; auxquels vinrent se joindre Garnery, P&#233;ricat, Tourrette, B&#233;ranger, Paul Signac, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; groupe &#187; r&#233;pliqua aux &#171; Seize &#187; &#8212; apr&#232;s avoir, comme il se devait, reproduit le Manifeste lui-m&#234;me &#8212; par une &#171; Deuxi&#232;me lettre &#187; : &#171; Un d&#233;saccord. Nos explications. &#187; Ce fut aussi une brochure clandestine, publi&#233;e sous les auspices du Comit&#233; pour la reprise des relations internationales. Son petit format, impos&#233; par l'&#233;poque, permettait de la r&#233;pandre avec discr&#233;tion. Intitul&#233;e &#171; La Paix par les Peuples &#187;, la r&#233;plique constituait une prise de position tr&#232;s nette contre la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Benoit ne se bornait pas &#224; tenir bon. Il continuait d'agir. Il avait pris l'initiative d'un comit&#233; d'entraide des &#171; Temps Nouveaux &#187;. Il avait organis&#233; la solidarit&#233; pour les camarades mobilis&#233;s. Du 20 novembre 1914 &#224; fin d&#233;cembre 1916, 6 842 francs avaient &#233;t&#233; r&#233;unis. Ces souscriptions avaient permis l'envoi de journaux, de brochures et d'argent aux soldats par force. Et les permissionnaires de passage &#224; Paris trouvaient de surcro&#238;t chez Charles et Marie-Louise Benoit un accueil fraternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#171; Troisi&#232;me lettre &#187; : &#171; Projets d'avenir &#187;, dat&#233;e de f&#233;vrier 1917, le groupe des &#171; Temps Nouveaux &#187; annon&#231;ait sa d&#233;cision de suspendre toute pol&#233;mique avec les &#171; Seize &#187;. Il ne voulait plus discuter avec la &lt;i&gt;Libre F&#233;d&#233;ration&lt;/i&gt; dont un article anonyme osait suspecter l'origine des ressources et insinuer que &#171; l'Allemand &#187; serait dans la coulisse ! Le &#171; groupe &#187; va amplifier sa r&#233;sistance &#224; la guerre. Il pr&#233;pare l'&#233;dition d'une revue, qu'il pr&#233;sente ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;... Nous tournerons nos efforts vers une plus grande intensification de nos id&#233;es d'humanit&#233; et d'internationalisme. Les &#233;v&#233;nements nous ont prouv&#233; &#224; quel point &#233;taient fragiles les progr&#232;s que nous avions cru constater en ce sens dans l'opinion publique. La n&#233;cessit&#233; nous apparait de reprendre &#224; pied d'&#339;uvre toute cette besogne d'&#233;ducation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi prions-nous les camarades qui nous ont jusqu'ici apport&#233; leur concours, de vouloir bien nous le continuer ; les subsides qui nous parviendront seront r&#233;serv&#233;s pour pouvoir, aussit&#244;t que possible, mettre au jour un organe p&#233;riodique dont nous nous occupons d&#232;s maintenant de r&#233;unir les &#233;l&#233;ments. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet organe s'appellera &lt;i&gt;l'Avenir International&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement en janvier 1918 que parut le premier num&#233;ro de&lt;i&gt; l'Avenir International&lt;/i&gt;, blanchi comme il se devait par Dame Censure. Les collaborateurs annonc&#233;s &#233;taient : Ch. Benoit, Brenn, A. D. (Am&#233;d&#233;e Dunois ?) : Andr&#233; Girard, A. Mignon, Jacques Mesnil, Fr&#233;d&#233;ric Stackelberg, Fernand Despr&#232;s, Hella Alzir, Marcel Martinet, Brupbacher, Guilbeaux, Genold, Jean de Saint-Prix. Dans son deuxi&#232;me num&#233;ro, &lt;i&gt;l'Avenir International &lt;/i&gt; commen&#231;a la publication du premier texte, fortement caviard&#233;, de la brochure de Dumoulin. Il ne serait donc pas juste d'&#233;crire seulement : Charles Benoit, des &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt;. Il est indispensable d'ajouter : Et de &#171; &lt;i&gt;l'Avenir International&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Hors du cercle de ses amis personnels, Charles Benoit &#233;tait bien oubli&#233;. Gr&#226;ce &#224; sa modestie, il s'en consolait ais&#233;ment. Ce qu'il fit dans sa vie laborieuse fut sans pr&#233;tention, sans autre d&#233;sir que de servir la cause ouvri&#232;re. Jusqu'&#224; ses derniers moments, il v&#233;cut de son double m&#233;tier de libraire en appartement et de comptable. Il se trouvait heureux, au milieu de ses chers livres, notant minutieusement sa d&#233;pense quotidienne dans ses carnets. Rest&#233; de la &#171; vieille &#233;cole &#187;, les prix d'aujourd'hui l'effaraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des libertaires et des syndicalistes de l'&#233;poque h&#233;ro&#239;que, Charles Benoit portait la lavalli&#232;re et le feutre noir &#224; larges bords. On n'en voit plus gu&#232;re, de ces feutres noirs... A l'incin&#233;ration de Benoit, il n'y en avait qu'un, celui de son compatriote et ami Charles Marck, encore droit comme un i &#224; quatre-vingt-trois ans. Les &#171; vieux de la Vieille &#187; s'en vont en poussi&#232;re. Leur souvenir vivra en nos m&#233;moires. Mais, ce qui fut leur &#339;uvre commune, saurons-nous emp&#234;cher que ce ne soit aussi r&#233;duit en cendres ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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