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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Mai 68 : Interview d'un militant ouvrier </title>
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		<dc:date>2024-06-05T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Chronique syndicale , S&#233;bastien Basson</dc:creator>


		<dc:subject>S&#233;bastien Basson</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Monde Libertaire&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En 1968, S&#233;bastien Basson avait 43 ans, il travaillait depuis une douzaine d'ann&#233;es &#224; Creusot-Loire dans l'usine du &#171; Marais &#187;, &#224; Saint-Etienne. Technicien, militant syndical, il nous raconte ici son Mai 68, la gr&#232;ve &#224; Creusot-Loire...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-le-monde-libertaire-no712-du-16-mai-1988-" rel="directory"&gt;Le Monde libertaire n&#176;712 du 16 mai 1988&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-sebastien-basson-376-+" rel="tag"&gt;S&#233;bastien Basson&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-le-monde-libertaire-173-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Monde Libertaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-1kkk-2-f0cad.jpg?1774732528' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1968, S&#233;bastien Basson avait 43 ans, il travaillait depuis une douzaine d'ann&#233;es &#224; Creusot-Loire dans l'usine du &#171; Marais &#187;, &#224; Saint-Etienne. Technicien, militant syndical, il nous raconte ici son Mai 68, la gr&#232;ve &#224; Creusot-Loire... &lt;br class='autobr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt; La r&#233;daction &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;&#171; Le Monde libertaire &#187; : &lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Creusot-Loire, &#224; l'&#233;poque, cela repr&#233;sentait combien de salari&#233;s sur Saint-Etienne ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Basson :&lt;/strong&gt; L'usine de Saint-Etienne a compris, selon les p&#233;riodes, entre 1 500 et 2 000 salari&#233;s. Mais il y avait tout autour des usines importantes dans le bassin st&#233;phanois... Il y avait, un moment donn&#233;, 17 000 salari&#233;s &#224; Creusot-Loire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Y avait-il une tradition ouvri&#232;re sur Creusot-Loire Saint-Etienne ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. :&lt;/strong&gt; Oui, Creusot-Loire Saint-Etienne c'&#233;tait les anciennes aci&#233;ries fond&#233;es en 1870. Il y a eu des p&#233;riodes relativement calmes, sans trop d'histoires, mais aussi des mouvements sociaux importants avant la guerre de 14-18... Une histoire complexe, car la sid&#233;rurgie c'&#233;tait une situation un peu particuli&#232;re par rapport au reste de la m&#233;tallurgie. Mais enfin, l'usine des aci&#233;ries, &#171; Baroin &#187; comme on disait &#224; Saint-Etienne, a &#233;t&#233; pr&#233;sente dans les gr&#232;ves de 1936... puis les gr&#232;ves de 1947 et de 1953. Donc, il y avait une bonne tradition de luttes ouvri&#232;res &#224; l'usine du &#171; Marais &#187; (Creusot-Loire Saint-Etienne, c'est l'usine du &#171; Marais &#187; situ&#233;e dans le vieux quartier du Marais &#224; Saint-Etienne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Est-ce qu'avant les mois de mai et de juin 1968, il y avait eu des mobilisations sociales comme &#224; Sud-Aviation &#224; Nantes ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. :&lt;/strong&gt; Apr&#232;s 1953, moment de la gr&#232;ve des mineurs, il y avait eu des d&#233;brayages... des actions tr&#232;s locales qui manquaient de coh&#233;sion. Mais jamais quelque chose de tr&#232;s important, des d&#233;brayages toujours limit&#233;s dans le temps. Pourtant, pour des objectifs assez primordiaux comme l'augmentation des salaires ou la r&#233;duction du temps de travail, ces mouvements n'avaient aucune suite sinon, peut-&#234;tre, qu'ils constituaient une pression qui contribuait au dialogue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Parce qu'il y avait beaucoup de discussions, c'&#233;tait la fin des ann&#233;es 50, l'&#233;poque o&#249; le patronat pratiquait l'accord d'entreprise. La compagnie des Forges est une des premi&#232;res &#224; s'ouvrir au dialogue social dans l'entreprise. On discutait beaucoup. Peut-&#234;tre bien que cette petite gu&#233;rilla des travailleurs de Creusot-Loire repr&#233;sentait une certaine forme de pression, ce qui permettait de r&#233;colter des miettes par rapport aux revendications qui &#233;taient avanc&#233;es. C'est, je crois, la seule chose qui &#233;tait possible de tirer de ce genre de luttes revendicatives parfois tr&#232;s folkloriques. Je me souviens d'un d&#233;brayage : des ouvriers d'un secteur s'arr&#234;taient pendant que les autres travaillaient et se baladaient dans l'usine en jouant du tambour ! C'&#233;tait pas des grandes luttes comme beaucoup de travailleurs auraient souhait&#233; qu'elles se d&#233;roulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Donc pas d'affrontements majeurs avec le patronat mais une petite gu&#233;rilla. Pour revendiquer sur des aspects plus quantitatifs que qualitatifs ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. :&lt;/strong&gt; Oui, on y trouvait toute la gamme des revendications : la retraite &#224; 60 ans, les augmentations de salaires, etc. Mais les luttes locales partielles &#233;taient insuffisantes pour faire c&#233;der le patronat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions nombreux &#224; nous interroger, je me souviens du congr&#232;s C.G.T. de Creusot-Loire en mars 1968 (Creusot-Loire Saint-Etienne &#233;tait structur&#233; en syndicat). La question a &#233;t&#233; pos&#233;e de l'efficacit&#233; de ces mouvements ou bien de ces gr&#232;ves nationales saisonni&#232;res du printemps, d'automne et d'hiver. Cela ne donnait rien. Au contraire... Aucun mouvement d'ensemble pour d&#233;fendre la S&#233;cu, d&#233;j&#224; menac&#233;e !, rien pour contrer le ch&#244;mage (il y avait &#224; l'&#233;poque 500 000 ch&#244;meurs, &#231;a nous paraissait &#233;norme). Evidemment on ne savait pas ce qui nous attendait. Il fallait donc un combat d'ensemble de la classe ouvri&#232;re... A ce congr&#232;s, le repr&#233;sentant C.G.T. de la f&#233;d&#233;ration M&#233;tallurgie nous a r&#233;pondu que c'&#233;tait faux, que les luttes partielles permettaient d'arracher beaucoup plus qu'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ! Son intervention a m&#234;me &#233;t&#233; publi&#233;e quelques jours apr&#232;s dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233; &lt;/i&gt; sur 3 ou 4 colonnes, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;en r&#233;ponse &#224; ceux qui pr&#233;conisent la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/q&gt;. Alors &#231;a voulait dire une chose : que cette question soulev&#233;e &#224; la C.G.T. Creusot-Loire avait &#233;t&#233; pos&#233;e ailleurs... par beaucoup d'autres, et parfois bien avant 1968. Elle &#233;tait d&#233;j&#224; dans les t&#234;tes des mineurs pendant la gr&#232;ve en 1963. Les mecs disaient &#224; l'&#233;poque : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il faudrait qu'on s'y mette tous ensemble&lt;/q&gt;. En 1963, avant comme apr&#232;s, tout a &#233;t&#233; fait pour qu'il n'y ait pas de mouvement d'ensemble de la classe ouvri&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4980 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/eeeeeeeeeeeeee.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/eeeeeeeeeeeeee-b2a6b-109d7.jpg?1774713490' width='150' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Pour toi, les pr&#233;mices de Mai 68 s'annoncent d&#233;j&#224; dans les ann&#233;es 60 ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. :&lt;/strong&gt; Oui, agir tous ensemble sans savoir comment &#231;a pouvait se faire... La grande le&#231;on de Mai 68, c'est que ce type de mouvement &#233;clate de fa&#231;on totalement impr&#233;visible. En 1947, c'&#233;tait les manifestations pour les transports &#224; Marseille ; en 1953, la gr&#232;ve des postiers de Bordeaux, &#224; l'initiative des anars, d'ailleurs. En 1968, c'&#233;tait l'&#233;tincelle du mouvement &#233;tudiant. &#199;a veut dire que personne ne peut le pr&#233;voir. Pour obtenir des petites revendications, on peut faire de petits d&#233;brayages, mais pour obtenir de grosses revendications il faut qu'il y ait un mouvement d'ensemble...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Comment, apr&#232;s les premi&#232;res manifestations &#233;tudiantes parisiennes, les occupations et les gr&#232;ves d&#233;marrent sur Saint-Etienne ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. : &lt;/strong&gt; La premi&#232;re grande manifestation &#224; Saint-Etienne, c'&#233;tait &#224; l'occasion de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 13 mai qui a eu un succ&#232;s consid&#233;rable, une manifestation tr&#232;s importante devant la Bourse du travail suivie d'un d&#233;fil&#233; en ville. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la premi&#232;re fois au &#171; Marais &#187;, on a mis en place des piquets de gr&#232;ve d&#232;s le matin. Et la gr&#232;ve a &#233;t&#233; totale &#224; l'usine. Moi, j'&#233;tais partisan du fait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous sommes en gr&#232;ve, restons-y !&lt;/q&gt; Mais on a repris le travail le 14 mai. On &#233;tait quelques-uns, alors, &#224; observer la situation ; si bien qu'on a vu partir les mouvements &#224; Sud-Aviation et ailleurs. De par mon travail, le 17 au matin, j'apprends que Gaz-de-Lacq est en gr&#232;ve, c'&#233;tait le moment d'y aller, on risquait d'&#234;tre lock-outer ! Cela n'a pas &#233;t&#233; facile, deux heures de discussion, il a fallu expliquer aux copains que ce n'&#233;tait pas une gr&#232;ve comme les autres, &#231;a ressemblait un peu &#224; une aventure. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'information a circul&#233;... Le 17 mai au soir, toute la m&#233;tallurgie de la Loire se mettait en gr&#232;ve. On ne peut pas dire que c'&#233;tait un mouvement spontan&#233; ni d'ailleurs t&#233;l&#233;command&#233;, cela a montr&#233; plut&#244;t le r&#244;le d&#233;terminant des syndicalistes de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. : &lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Qui sont ces syndicalistes ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. :&lt;/strong&gt; Des &#171; mensuels &#187;, des ouvriers d'&#226;ges moyens ; moi j'avais 43 ans, d'autres &#233;taient plus jeunes, mais c'&#233;taient des camarades qui travaillaient dans la bo&#238;te depuis pas mal de temps. Nous pratiquions un syndicalisme assez ouvert. On se sentait assez proche id&#233;ologiquement : libertaires, militants du P.S.U... On aurait pu &#234;tre qualifi&#233;s de &#171; gauchistes &#187;, bien qu'&#224; l'&#233;poque ce terme &#233;tait peu connu ! Il y avait aussi des militants C.G.T. traditionnels mais combatifs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; Vous avez occup&#233; l'usine. Comment &#233;tiez-vous organis&#233;s ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. :&lt;/strong&gt; La premi&#232;re d&#233;cision qui a &#233;t&#233; prise, d&#232;s le tout d&#233;but, a &#233;t&#233; la constitution d'un comit&#233; de gr&#232;ve. Il a connu de suite un certain succ&#232;s, chaque secteur d&#233;signait ses d&#233;l&#233;gu&#233;s au comit&#233;. Il y avait des jeunes, des vieux et des gens auxquels on n'aurait jamais pens&#233;, jamais imagin&#233; voir participer &#224; une action militante. &lt;br class='autobr' /&gt;
On s'est organis&#233; en commissions : information, s&#233;curit&#233;, ravitaillement, propagande, loisirs &#233;galement (on a fait venir la Com&#233;die de Saint-Etienne). On organisait des excursions dans les petites usines des environs, qui n'attendaient que notre visite pour se mettre en gr&#232;ve, n'osant pas seules s'opposer aux patrons. Le comit&#233; de gr&#232;ve se r&#233;unissait tous les jours. C'&#233;tait vraiment une organisation de la gr&#232;ve par les salari&#233;s eux-m&#234;mes. Bien s&#251;r, dans le comit&#233; se retrouvaient tous les militants C.G.T., C.F.D.T., F.O., mais aussi de nombreux non-syndiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Quels &#233;taient vos rapports avec les autres, y avait-il des coordinations ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. : &lt;/strong&gt; Il y avait une coordination permanente &#224; la Bourse du travail, une coordination interprofessionnelle mais exclusivement du fait des appareils syndicaux, et non une coordination des d&#233;l&#233;gu&#233;s de base. Si les syndicats ont manqu&#233; le d&#233;but du conflit, la C.G.T., par exemple, a tr&#232;s vite repris le contr&#244;le du mouvement. Tr&#232;s habilement, ils ont man&#339;uvr&#233;. Il fallait que tout rentre rapidement dans l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Quelles &#233;taient vos revendications ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. :&lt;/strong&gt; En premier lieu, les salaires, nous revendiquions 160 F par mois pour tous, une augmentation non hi&#233;rarchis&#233;e, le salaire mensuel garanti &#224; 800 F, le paiement des jours de gr&#232;ve, la r&#233;duction du temps de travail de 4 heures (on travaillait 48 heures par semaine), la retraite &#224; 60 ans, la suppression des licenciements pour maladies et accidents parce que &#231;a existait &#224; ce moment-l&#224;, le 13&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; mois, le droit syndical. Mais aussi on revendiquait la suppression des contrats temporaires, la mensualisation des personnels horaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Parliez-vous d'autogestion ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. :&lt;/strong&gt; Un militant C.F.D.T. a lanc&#233; le d&#233;bat, mais &#231;a n'a pas eu grand retentissement. Dans notre secteur professionnel, l'autogestion dans le cadre d'une entreprise cela nous paraissait irr&#233;alisable, produire pour qui ? Comment ? L'autogestion de toute l'&#233;conomie oui, mais sur une entreprise cela paraissait un peu farfelu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Mais vous aviez quand m&#234;me soin de pr&#233;server l'appareil de production ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. : &lt;/strong&gt; Pour une raison de s&#233;curit&#233; pure et simple. En sid&#233;rurgie, un outil qui se d&#233;t&#233;riore peut &#234;tre dangereux, notamment au moment de la reprise du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Quelle a &#233;t&#233; l'attitude des diff&#233;rentes cat&#233;gories professionnelles ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. :&lt;/strong&gt; C'&#233;tait une gr&#232;ve ouvri&#232;re avant tout, mais la majorit&#233; des employ&#233;s, c'est-&#224;-dire les cols blancs de l'entreprise, se sont joints au mouvement. Par contre, les agents de ma&#238;trise, syndiqu&#233;s &#224; la C.G.C., &#233;taient violemment contre la gr&#232;ve. Cela faisait bien rire les cadres, qui eux aussi syndiqu&#233;s &#224; la C.G.C. soutenaient la gr&#232;ve. Il faut dire que ces gens-l&#224; ne se m&#233;langent pas, il y avait la petite C.G.C. des agents de ma&#238;trise et la grande C.G.C. des ing&#233;nieurs qui eux avaient d'excellents contacts avec nous. On n'a jamais eu d'aussi bon rapports avec les cadres que pendant Mai 68. Ils trouvaient les agents de ma&#238;trise &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;b&#234;tes et r&#233;actionnaires&lt;/q&gt;, on leur faisait gentiment remarquer que c'&#233;tait eux qui les avaient nomm&#233;s ! Alors &#231;a les refroidissait un petit peu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. : &lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Pourquoi les agents de ma&#238;trise refusaient-ils de faire la gr&#232;ve ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. :&lt;/strong&gt; C'&#233;tait un r&#233;flexe conditionn&#233; chez eux. La gr&#232;ve, ils en avaient horreur, ils ne pouvaient pas admettre de perdre de l'argent, ils &#233;taient du c&#244;t&#233; du patron, c'&#233;tait un r&#233;flexe primitif. Ne pouvant travailler, l'usine &#233;taient occup&#233;e, ils allaient se faire inscrire au si&#232;ge social de l'usine comme d&#233;sireux de travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Pourquoi vos rapports avec les cadres se sont-ils am&#233;lior&#233;s ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. :&lt;/strong&gt; Ce sont des gens intelligents. Comme nous, ils ont &#233;t&#233; surpris de l'ampleur du mouvement, non seulement &#224; Creusot-Loire mais dans toute la France. Et eux aussi pensaient qu'apr&#232;s ce ne serait plus comme avant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Quelles ont &#233;t&#233; vos relations avec les milieux &#233;tudiants ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. : &lt;/strong&gt; Il y a eu quelques contacts, quelques discussions &#224; la porte de l'usine, une d&#233;l&#233;gation de gr&#233;vistes du Marais a particip&#233; &#224; un meeting organis&#233; par les &#233;tudiants &#224; la Bourse du travail. Mais cela a pos&#233; quelques probl&#232;mes. Au syndicat C.G.T., il y avait une tendance assez sectaire qui s'opposait &#224; tout contact avec les &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Comment tu expliques ce refus ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. : &lt;/strong&gt; C'&#233;tait tout, simplement le r&#233;sultat de ce que disaient le parti communiste, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; &#224; propos des &#233;tudiants (des &#171; gauchistes &#187;, des &#171; provocateurs &#187;, des &#171; aventuristes &#187;). On se souvient de ce qui a &#233;t&#233; dit sur Cohn-Bendit...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Comment s'est d&#233;roul&#233;e la reprise du travail ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt; S.B. :&lt;/strong&gt; Cela n'a pas &#233;t&#233; facile. Apr&#232;s 4 semaines de gr&#232;ve, &#224; la mi-juin la reprise a &#233;t&#233; possible &#224; partir du moment o&#249; les revendications ont &#233;t&#233; satisfaites, pas int&#233;gralement, mais c'&#233;tait d&#233;j&#224; consid&#233;rable pour l'&#233;poque. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons obtenu 105 F d'augmentation par mois, 640 F pour le salaire mensuel garanti, le paiement des jours de gr&#232;ve, une r&#233;duction du temps de travail. Tout cela n'&#233;tait pas n&#233;gligeable quand on voit alors les gains des gr&#232;ves pr&#233;c&#233;dentes. Il est s&#251;r que le &#171; tous ensemble &#187; plus longtemps, plus fort aurait pu nous mener beaucoup plus loin. Les appareils syndicaux ont favoris&#233; la reprise du travail. On peut d'ailleurs remarquer qu'ils invitent souvent les travailleurs &#224; l'action mais d&#232;s qu'il y a une lutte importante ils n'ont rien de plus press&#233; que de faire reprendre le travail pour r&#233;tablir la &#171; paix sociale &#187; comme ils disent... &lt;br class='autobr' /&gt;
La reprise du travail n'a donc pu se faire que gr&#226;ce &#224; des magouilles, des man&#339;uvres, par exemple en diffusant des fausses nouvelles : telle entreprise a repris le boulot, alors que c'&#233;tait faux. Les gens ne voulaient pas reprendre le travail. La gr&#232;ve, c'&#233;tait la f&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Les rapports sociaux dans et hors l'entreprise ont-ils chang&#233; apr&#232;s la gr&#232;ve ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;S.B. :&lt;/strong&gt; II y a eu un changement dans le travail, les rapports hi&#233;rarchiques se sont am&#233;lior&#233;s. Mais cela n'a pas dur&#233; longtemps. Les patrons devaient quand m&#234;me l&#226;cher du lest. Ils ont tir&#233; les le&#231;ons de Mai 68 en diminuant le r&#244;le de la ma&#238;trise, en instaurant la participation, l'int&#233;ressement aux b&#233;n&#233;fices. La vie syndicale a repris son train-train comme avant. Mais apr&#232;s 1974, c'est le d&#233;clin, non pas en influence mais en adh&#233;sions. C'est de cette &#233;poque-l&#224; que date le d&#233;clin de l'organisation syndicale dans une usine comme le Marais.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5007 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/_mai_1968__le_vote_ne__.__btv1b90183307_1_-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH188/_mai_1968__le_vote_ne__.__btv1b90183307_1_-3-7908d-cc69c.jpg?1774713490' width='150' height='188' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;M.L. :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Tu as une explication ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; S.B. : Il n'y en a pas qu'une : l'illusion du &#171; programme commun &#187; (revendiquer c'est bien, la gauche au pouvoir c'est mieux) a sans doute &#233;t&#233; marquante. Moi, je situe le d&#233;clin &#224; ce moment-l&#224;, sans peut-&#234;tre pouvoir tout expliquer, c'est une constatation. Pour les changements hors de l'entreprise, la question est difficile, il faudrait observer les choses de plus haut, de plus loin, peut-&#234;tre, pour se rendre compte. Pour r&#233;sumer, je dirais gr&#226;ce aux luttes des femmes : l'extension des libert&#233;s individuelles. Je pense que &#231;a c'est le r&#233;sultat de Mai 68.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt; &lt;strong&gt;Propos recueillis par &#171; Chronique syndicale &#187; &lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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