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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Id&#233;es g&#233;n&#233;rales sur les moyens de r&#233;tablir l'ordre dans les colonies de Saint-Domingue, de ranimer l'agriculture et raviver le commerce </title>
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		<dc:creator>Fournier L'Am&#233;ricain </dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Les intrigues des ennemis de la R&#233;volution, parmi lesquels on doit compter les grands propri&#233;taires, sont la premi&#232;re source des malheurs de la colonie de Saint-Domingue. Tout le monde sait combien la correspondance du club Massiac.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-memoires-secrets-1789-1792-fournier-l-americain-" rel="directory"&gt;M&#233;moires secrets (1789-1792) - Fournier L'Am&#233;ricain &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton176-f2fee.jpg?1774726591' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les intrigues des ennemis de la R&#233;volution, parmi lesquels on doit compter les grands propri&#233;taires, sont la premi&#232;re source des malheurs de la colonie de Saint-Domingue. Tout le monde sait combien la correspondance du club Massiac&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le club Massiac &#233;tait un lobby esclavagiste. Il a r&#233;uni &#224; Paris, de 1789 &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &#224; Paris avec le gouvernement anglais, et les liaisons intimes des membres de ce club avec les partisans de la monarchie, ont acc&#233;l&#233;r&#233; la perte de nos colonies. Il est notoire que la r&#233;volte des n&#232;gres a &#233;t&#233; le r&#233;sultat de l'opposition opini&#226;tre des colons aux dispositions philanthropiques des trois premi&#232;res assembl&#233;es l&#233;gislatives. Le d&#233;cret qui rappelle les n&#232;gres &#224; la libert&#233;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit sans doute du d&#233;cret du 16 Pluvi&#244;se an II (4 f&#233;vrier 1794) qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, et qui devait r&#233;parer en un instant les crimes de plusieurs si&#232;cles en rendant &#224; I'humanit&#233; ces droits usurp&#233;s, et &#224; l'&#201;tat des citoyens, au lieu d'avoir eu tout le succ&#232;s que tous les gens de bien en attendaient, n'a &#233;t&#233; pour les hommes d&#233;vor&#233;s d'ambition et avides de cruaut&#233; qu'un motif de se mettre en &#233;tat de r&#233;bellion ouverte envers la puissance l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'entre pas dans le plan de cet ouvrage de faire l'histoire des colonies, l'on a seulement envie d'indiquer les moyens de rendre &#224; celle de Saint-Domingue non seulement son premier degr&#233; de prosp&#233;rit&#233;. mais encore de pr&#233;senter des vues solides autant que faciles pour l'&#233;lever en peu d'ann&#233;es au dernier p&#233;riode (sic) de richesse territoriale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute un citoyen qui a g&#233;r&#233; pendant plus de vingt ans des habitations consid&#233;rables, qui pendant ce laps de temps n'a cess&#233; de se livrer aux op&#233;rations de l'agriculture et du commerce, qui a parcouru tous les points de l'&#238;le tant fran&#231;aise qu'espagnole, peut, sans trop oser, offrir au gouvernement le fruit de ses travaux et de ses observations, heureux s'il a le bonheur de r&#233;ussir &#224; se faire entendre, si le g&#233;nie de la cupidit&#233;, si l'esprit de parti n'&#233;touffent pas sa voix aupr&#232;s du Directoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;tablir l'&#238;le de Saint-Domingue, trois choses sont essentiellement n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;. Chasser les Anglais des lieux que la trahison et la perfidie leur ont livr&#233;s et ramener (dans le) giron de la R&#233;publique les habitants de la colonie que la perfidie des flibustiers Massiac et leurs conf&#233;d&#233;r&#233;s en ont d&#233;tach&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;. Ramener les noirs par des proc&#233;d&#233;s justes et bien combin&#233;s &#224; l'amour ou &#224; la n&#233;cessit&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;. Donner &#224; l'agriculture et au commerce l'&#233;tat n&#233;cessaire pour rendre cette colonie utile &#224; la m&#232;re patrie et ramener au degr&#233; d'opulence et de prosp&#233;rit&#233; dont elle est susceptible.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Chasser les Anglais&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La chose qui para&#238;t en ce moment la plus difficile &#224; ex&#233;cuter est d'expulser l'ennemi du territoire de Saint-Domingue. Cependant cette difficult&#233; consiste plus &#224; aborder l'&#238;le qu'&#224; combattre &#224; terre. Mais des moyens s&#251;rs sont trouv&#233;s pour s'emparer ou d&#233;truire l'escadre anglaise quelle forte qu'elle soit : cette op&#233;ration fait plus d'obstacle au d&#233;barquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six &#224; huit mille hommes de troupes r&#233;gl&#233;es suffiront pour obliger l'Anglais de mettre bas les armes ou pour [l']exterminer jusqu'au dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu cette force d&#233;barqu&#233;e, il faudrait joindre les hommes de toutes Couleurs qui sont rest&#233;s fid&#232;les &#224; la R&#233;publique, et il serait facile de r&#233;unir encore une grande partie des noirs par des moyens que l'on regarde comme certains. Ce serait la promesse de leur abandonner pendant leur vie la jouissance d'une portion d&#233;termin&#233;e de terrain, suffisante pour [les] occuper et [les] faire vivre dans une honn&#234;te aisance.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ramener les noirs au travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le moyen infaillible de ramener les noirs au travail est facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II faudra diviser les terres de mani&#232;re que chaque partie soit abandonn&#233;e &#224; une quantit&#233; de n&#232;gres proportionn&#233;e &#224; son &#233;tendue, ou autrement donn&#233; &#224; un certain nombre de n&#232;gres r&#233;unis volontairement, et par le sentiment de l'affection ou de l'amiti&#233;, une &#233;tendue d&#233;termin&#233;e de terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la charge pour eux de cultiver ces terrains en commun, moiti&#233; des produits appartiendraient aux cultivateurs, un quart aux propri&#233;taires fonciers et l'autre quart serait per&#231;u au profit de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de nous cette id&#233;e fausse que le n&#232;gre pr&#233;f&#232;re la patate au pain et &#224; la bonne ch&#232;re, une exp&#233;rience longue et constante a prouv&#233; &#233;videment que l'Africain est aussi avide de jouissance que l'Europ&#233;en. Ceux qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ont mis en avant cette assertion ont pris pour base de leur raisonnement la conduite et les go&#251;ts du n&#232;gre esclave ; et soit d&#233;faut de jugement, soit mauvaise foi, ils n'ont pas voulu dire ce qui est prouv&#233; par l'exp&#233;rience, que les n&#232;gres qui ont pass&#233; en France et dans les autres parties de l'Europe n'ont pas tard&#233; &#224; saisir tous les go&#251;ts des nations avec lesquelles ils ont v&#233;cu ; et que lorsque quelques-uns d'entre eux sont retourn&#233;s dans la colonie ils y ont conserv&#233; les nouveaux go&#251;ts qu'ils y avaient adopt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II n'est donc pas difficile de convaincre tous les hommes de bonne foi et tant soit peu instruits, que l'esp&#232;ce de d&#233;dain que l'on a vu les n&#232;gres esclaves en manifester pour les commodit&#233;s de la vie avait sa source dans l'&#233;tat de mis&#232;re et de g&#234;ne o&#249; on [les] tenait et non dans [leurs] dispositions naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait peut-&#234;tre objecter contre le moyen de faire travailler les n&#232;gres en commun qu'il serait difficile de leur faire adopter cette mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;pondra &#224; cette objection deux choses. Le n&#232;gre suppos&#233; enclin &#224; la paresse, comme beaucoup de gens le pr&#233;tendent, a cependant des besoins naturels qu'il ne peut se dispenser de satisfaire ; et pour cela il faudrait qu'il cultive la terre en raison ses besoins ; et en admettant ce qui a &#233;t&#233; dit plus haut que le n&#232;gre est susceptible de d&#233;sirer et de go&#251;ter les jouissances que procure l'aisance, il ne faudrait pour le d&#233;terminer et le forcer m&#234;me de travailler que lui pr&#233;senter les moyens de jouir. Il en aura bient&#244;t contract&#233; l'habitude, et ce qu'il regardait hier comme insipide ou inutile, l'usage lui en fera demain un besoin ; ce sentiment est commun aux hommes de toutes les couleurs qui ont v&#233;cu en soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le n&#232;gre refusait de travailler en communaut&#233;, on lui assignerait une portion de terrain proportionn&#233;e &#224; sa force et &#224; sa bonne volont&#233;, et certes ce que l'on consid&#233;rerait sous ce point de vue comme obstacle ou inconv&#233;nient serait au contraire le signe le plus certain, le gage le plus assur&#233;, de la prochaine prosp&#233;rit&#233; de la colonie ; cela prouverait que d&#233;j&#224; l'int&#233;r&#234;t personnel a fait des progr&#232;s dans l'homme de couleur, et l'on verrait jour en jour l'&#233;mulation se d&#233;velopper et les progr&#232;s de l'agriculture se multiplier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande difficult&#233; qui puisse en ce moment se pr&#233;senter &#224; l'esprit, pour mettre en usage le moyen que l'on vient de proposer, semble &#234;tre de pactiser avec les n&#232;gres pour le leur faire adopter. Cette difficult&#233; n'en serait vraiment une que dans le cas o&#249; les n&#232;gres seraient en r&#233;volte ouverte contre le gouvernement, ce qui n'est pas ; cons&#233;quemment, rien n'emp&#234;che donc que le gouvernement mette ce propos&#233; en usage. Mais pour le faire r&#233;ussir promptement, il est essentiel qu'ils employent des hommes qui ont v&#233;cu longtemps avec les n&#232;gres et qui ont eu l'art de se les attacher par une conduite humaine et juste. II manquerait son but s'il se servait de gens qui se donnaient le barbare plaisir de faire d&#233;chirer &#224; coups de fouet le corps de ces infortun&#233;s, qu'ils tenaient encha&#238;n&#233;s ; le ressentiment et la vengeance sont, n'en doutons pas, les deux sentiments qui animent encore ceux qui ont &#233;t&#233; trait&#233;s ainsi, et disons-le franchement ces sortes de plaies se cicatrisent rarement. II est bien difficile d'aimer ses bourreaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en a dit assez pour convaincre qu'il est facile de d&#233;terminer le n&#232;gre &#224; recourir au travail, et l'on croit pouvoir assurer que l'app&#226;t du gain et des jouissances suffit &#224; cette esp&#232;ce d'hommes (sic) pour le ramener &#224; l'ordre. une bonne l&#233;gislation de police ach&#232;vera ce que l'&#233;conomie politique aura commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux d&#233;tails qui devront accompagner le moyen pr&#233;sent&#233;, ils doivent faire la mati&#232;re d'un ouvrage s&#233;par&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Raviver l'agriculture et le commerce&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le territoire de Saint-Domingue une fois purg&#233; des Anglais par le proc&#233;d&#233; qui vient d'&#234;tre indiqu&#233;, les agents du gouvernement doivent s'occuper sans rel&#226;che du soin de fournir aux n&#232;gres les outils, instruments, machines, etc., n&#233;cessaires &#224; la culture et &#224; la conservation des fruits en mati&#232;re. Pour cela, il faudra transporter du Continent des ouvriers dans la crainte de n'en pas trouver en arrivant. ou de n'en pas trouver assez. II faudra construire des moulins &#224; sucre, &#233;tablir des fonderies pour les chaudi&#232;res. etc. Avec ces mesures [pour] des hommes qui ont les qualit&#233;s que nous avons indiqu&#233;es, les colons m&#234;me les plus acharn&#233;s &#224; d&#233;tacher nos colonies de la R&#233;publique trouveront par le r&#233;gime propos&#233; un produit net de leur propri&#233;t&#233; qui surpassera avant peu d'ann&#233;es celui qu'ils en retiraient durant l'esclavage des n&#232;gres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le club Massiac &#233;tait un lobby esclavagiste. Il a r&#233;uni &#224; Paris, de 1789 &#224; 1794, les grands propri&#233;taires des colonies et de riches n&#233;gociants. Il tenta de d&#233;tacher les colonies de la m&#233;tropole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il s'agit sans doute du d&#233;cret du 16 Pluvi&#244;se an II (4 f&#233;vrier 1794) qui abolit l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>V. Au th&#233;&#226;tre (1791 ?)</title>
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		<dc:creator>Fournier L'Am&#233;ricain </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'aristocratie s'&#233;tait promis d'inoculer l'incivisme par les canaux des th&#233;&#226;tres. Cette maudite pi&#232;ce de... fut celle qui fit le plus de fortune et avec laquelle les bas flatteurs du royalisme le plus l&#226;chement aux patriotes. Impatient&#233;, je dis un jour &#224; bon nombre de ces derniers : Rendons-nous en force au Panth&#233;on (sic), et vous verrez que nous saurons nous venger de toutes ces bravades trop longtemps souffertes. Nous partons : A bas la pi&#232;ce et les aristocrates ! nous &#233;crions-nous d&#232;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-memoires-secrets-1789-1792-fournier-l-americain-" rel="directory"&gt;M&#233;moires secrets (1789-1792) - Fournier L'Am&#233;ricain &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton175-17e7d.jpg?1774726591' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'aristocratie s'&#233;tait promis d'inoculer l'incivisme par les canaux des th&#233;&#226;tres. Cette maudite pi&#232;ce de...&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit peut-&#234;tre de La partie de chasse de Henri IV, par Coll&#233; au th&#233;&#226;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; fut celle qui fit le plus de fortune et avec laquelle les bas flatteurs du royalisme le plus l&#226;chement aux patriotes. Impatient&#233;, je dis un jour &#224; bon nombre de ces derniers : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Rendons-nous en force au Panth&#233;on (sic), et vous verrez que nous saurons nous venger de toutes ces bravades trop longtemps souffertes.&lt;/q&gt; Nous partons : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;A bas la pi&#232;ce et les aristocrates !&lt;/q&gt; nous &#233;crions-nous d&#232;s que la sc&#232;ne s'ouvre. On nous r&#233;pond : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;A bas les Jacobins !&lt;/q&gt; Un combat s'engage et plusieurs coups d'&#233;p&#233;e et de sabre sont donn&#233;s et re&#231;us. Les patriotes, inf&#233;rieurs en nombre &#224; la faction royaliste, furent contraints de me laisser presque seul dans le parterre. J'y fus en butte &#224; toutes les insultes des femmes entretenues par les chevaliers du poignard, qui en voulaient surtout infiniment &#224; ma coiffure de Jacobin ou de sans-culotte dont on conna&#238;t l'&#233;l&#233;gance et qui a eu pourtant depuis tant d'imitateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je montai sur un banc et, l&#224;, je bravai toutes ces furies. J'osai seul leur r&#233;pondre que la pi&#232;ce ne serait pas jou&#233;e. Alors vinrent se rallier autour de moi mes bons acolytes qui avaient d&#233;j&#224; emport&#233; contre nos adversaires la premi&#232;re partie du combat. Nous voul&#251;mes gagner victoire compl&#232;te. Nous ne d&#233;sempar&#226;mes pas (avant) que nous n'avons mis tout le monde dehors, et tra&#238;n&#233; messieurs les pages dans la boue, ainsi que leurs belles donzelles, que l'on couvrait de neige et de fumier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il s'agit peut-&#234;tre de &lt;i&gt;La partie de chasse de Henri IV&lt;/i&gt;, par Coll&#233; au th&#233;&#226;tre de la Nation (26 novembre 1791).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>IV. La prise des Tuileries (10 ao&#251;t 1792)</title>
		<link>http://partage-noir.fr/iv-la-prise-des-tuileries-10-aout-1792</link>
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		<dc:creator>Fournier L'Am&#233;ricain </dc:creator>



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&lt;p&gt;Si le peuple s'en &#233;tait toujours (remis) &#224; ses repr&#233;sentants pour faire les r&#233;volutions, sans doute il serait encore esclave. tes l&#233;gislateurs fran&#231;ais n'ont montr&#233; de v&#233;ritable &#233;nergie que toutes les fois que le peuple s'est lev&#233; et qu'il les a forc&#233;s &#224; en prendre. Hors ces cas, combien n'ont-ils pas sembl&#233; agir souvent comme s'ils eussent &#233;t&#233; d'accord avec les conspirateurs ! Ici, il s'en pr&#233;sente un notable exemple. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le 6, &#233;poque o&#249; nous avons publi&#233; les crimes de Lafayette, j'&#233;tais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-memoires-secrets-1789-1792-fournier-l-americain-" rel="directory"&gt;M&#233;moires secrets (1789-1792) - Fournier L'Am&#233;ricain &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton174-30ac9.jpg?1774726592' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si le peuple s'en &#233;tait toujours (remis) &#224; ses repr&#233;sentants pour faire les r&#233;volutions, sans doute il serait encore esclave. tes l&#233;gislateurs fran&#231;ais n'ont montr&#233; de v&#233;ritable &#233;nergie que toutes les fois que le peuple s'est lev&#233; et qu'il les a forc&#233;s &#224; en prendre. Hors ces cas, combien n'ont-ils pas sembl&#233; agir souvent comme s'ils eussent &#233;t&#233; d'accord avec les conspirateurs ! Ici, il s'en pr&#233;sente un notable exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 6, &#233;poque o&#249; nous avons publi&#233; les crimes de Lafayette, j'&#233;tais tr&#232;s instruit de tout ce qui se passait dans les comit&#233;s de l'Assembl&#233;e nationale. Je savais tr&#232;s pertinemment que les comit&#233;s militaire, de constitution et autres avaient r&#233;solu d'&#233;luder de rendre autant le d&#233;cret d'accusation contre Lafayette, que celui de suspension contre le chef du pouvoir ex&#233;cutif. On avait seulement arr&#234;t&#233; l'ajournement de la discussion sur ces deux individus pour le jeudi (9 ao&#251;t, NDE). Cette conduite &#233;tait-elle dict&#233;e par la pusillanimit&#233; ou la perfidie ? Il ne faut pas rapprocher beaucoup de circonstances pour d&#233;m&#234;ler quel &#233;tait ce motif. Quand je vis la patrie trahie... et que tous les jours on semblait ench&#233;rir sur les moyens de la tromper, mon indignation me transporta chez le restaurateur des Feuillants, o&#249; je dis, en pr&#233;sence du public, &#224; plus de trente d&#233;put&#233;s de l'Assembl&#233;e l&#233;gislative : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Que je connaissais toutes leurs infamies, tous leurs crimes, que je savais du Ch&#226;teau (des Tuileries, NDE) que les deux tiers des membres de l'Assembl&#233;e &#233;taient vendus et qu'ils trahissaient la nation, que je ne pouvais pas m'emp&#234;cher de leur dire qu'ils &#233;taient des brigands, que je savais que ma grande &#233;nergie les embarrassait, et qu'ils &#233;taient d'accord avec les Grands Inquisiteurs juges de paix de me faire arr&#234;ter, mais que je les en d&#233;fiais et qu'auparavant ils me verraient encore d&#233;ployer ma vigueur contre leurs complots.&lt;/q&gt; J'ajoutai que, pour dernier mot, j'avais &#224; leur dire que, si le 9, entre dix et onze heures et demie du soir, ils n'avaient pas prononc&#233; sur l'arrestation de Lafayette et sur la suspension du roi. &#224; onze heures trois quarts nous ferions sonner le tocsin&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les sections de Paris avaient donn&#233; &#224; l'Assembl&#233;e jusqu'au 9 ao&#251;t pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de n'&#234;tre que les simples organes de l'opinion publique, nous avons presque toujours vu nos s&#233;nateurs sembler prendre &#224; tache de la braver, et substituer leurs volont&#233;s arbitraires &#224; la volont&#233; g&#233;n&#233;rale. Ici, press&#233;s par les vives clameurs de la voix souveraine, ils eurent l'air d'y c&#233;der un moment, ils promirent toute satisfaction au peuple sur le compte de Louis Capet et de Lafayette, les deux tra&#238;tres les plus dangereux d'alors. Mais toute la soir&#233;e du 9 se passa et rien ne fut prononc&#233; contre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas, moi, manqu&#233; ma parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, il y eut une assembl&#233;e des F&#233;d&#233;r&#233;s&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soldats volontaires des d&#233;partements.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; aux Jacobins. Pendant l'assembl&#233;e des F&#233;d&#233;r&#233;s, j'entrai dans la salle au moment de la discussion sur l'objet de pr&#233;senter une nouvelle p&#233;tition &#224; l'Assembl&#233;e, sur le refus d'en entendre une premi&#232;re qui venait d'&#234;tre renvoy&#233;e avec ignominie. La veille du grand jour des vengeances avait, vu consacrer le dernier oubli des principes. Des mandataires n'avaient point voulu entendre leurs commettants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volt&#233; de semblables proc&#233;d&#233;s, je prends la parole, et je dis : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Citoyens, je m'oppose personnellement &#224; ce que vous donniez cette nouvelle p&#233;tition. Vous en avez pr&#233;sent&#233; mille, on n'a fait droit &#224; aucune. Je vous proposerai celle-ci, qui sera la derni&#232;re. C'est d'aller sur-le-champ couper six cents t&#234;tes des conspirateurs r&#233;fugi&#233;s dans le repaire royal, nous les porterons &#224; l'Assembl&#233;e et nous dirons : Voil&#224; vos chefs-d'&#339;uvre, l&#233;gislateurs !&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette motion, d&#233;sapprouv&#233;e par un faible parti, fut applaudie par la majorit&#233;. La preuve qu'elle &#233;tait bonne, c'est qu'il a fallu l'ex&#233;cuter le lendemain 10 au Ch&#226;teau. L'on a d&#233;j&#224; pu voir, et l'on verra &#224; la suite que je ne me contente pas de faire le beau parleur &#224; la tribune, en laissant aux autres &#224; suivre l'ex&#233;cution de mes motions. Je ne me d&#233;termine qu'apr&#232;s avoir m&#251;rement r&#233;fl&#233;chi, mais aussi, une fois arr&#234;t&#233; &#224; une d&#233;lib&#233;ration que je crois bonne et tendant au bien de mes fr&#232;res, je m'y sacrifie. On va donc me voir ici toujours agissant pour animer mes fr&#232;res et pour ex&#233;cuter avec eux la secousse d&#233;cisive du 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me jour, le comit&#233; secret se rassembla &#224; la &#171; Chasse Royale &#187;, sur le boulevard&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce fut le comit&#233; des sections qui d&#233;cida de l'insurrection.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Nous y avons fait venir Alexandre&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles-Alexis Alexandre (1750-1825), capitaine des canonniers de la section (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; et Santerre. Ils nous ont fait de tr&#232;s brillantes promesses pour seconder notre entreprise, notamment notre rodomont Santerre, toujours tr&#232;s anim&#233; lorsqu'il ne s'agit que de parler et de faire le bel esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, &#224; neuf heures, je me suis rendu &#224; la caserne des Marseillais avec lesquels j'avais rendez-vous, ainsi que plusieurs de mes coll&#232;gues. Nous y avons d&#233;pos&#233; nos armes et, de l&#224;, envoy&#233; des d&#233;putations aux faubourgs Saint-Marcel et Saint-Antoine pour inviter les citoyens de ces deux faubourgs &#224; se trouver au ralliement dont nous &#233;tions convenus. Pendant cet intervalle, j'allai &#224; la section du Th&#233;&#226;tre-Fran&#231;ais, lors assembl&#233;e en permanence ; et, comme j'&#233;tais citoyen de cette section, qu'on sait avoir toujours &#233;t&#233; un foyer ardent de patriotisme. je n'eus pas beaucoup de peine &#224; y faire adopter mes vues qui &#233;taient d&#233;j&#224; celles de la plupart des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tocsin a sonn&#233; &#224; onze heures trois quarts comme nous l'avions promis. On a plac&#233; des postes, mais nous avons &#233;t&#233; trahis par les &#233;tats-majors, qui ne remplissaient pas nos intentions. A une heure du matin, nous avons relev&#233; ces postes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est venu &#224; la section trois officiers municipaux pour nous inviter &#224; cesser de sonner le tocsin, observant qu'en cons&#233;quence d'un arr&#234;t&#233; de la Commune, ils avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dans plusieurs sections et qu'on avait cess&#233; d'y sonner ; mais notre pr&#233;sident, le citoyen Lebois&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Lebois (1769-1806 ?). imprimeur et journaliste populaire. Il se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, br&#251;lant d'&#233;nergie et de patriotisme, leur r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Plein de respect pour la Commune de Paris. nous ferons tout pour elle, mais ce que vous nous demandez, citoyens, il est impossible de vous l'accorder. Au lieu de faire cesser le tocsin, j'ordonne, en ma qualit&#233; de pr&#233;sident, qu'il continue, car il n'est plus question de reculer, et il est temps d'abattre les tyrans.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, de mon c&#244;t&#233;, je demande la parole et je dis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Citoyens, l'Assembl&#233;e a d&#233;cr&#233;t&#233; que la patrie &#233;tait en danger. Le peuple est lev&#233; ; vous, municipaux. vous devez aller vous coucher ; vous n'avez plus rien &#224; faire.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la pointe du jour, je fus norm&#233; commissaire avec trois autres citoyens pour inviter le bataillon de la section &#224; se joindre devant la porte des Cordeliers. Mais les citoyens, tromp&#233;s par des brigands dont je vis l'un parmi eux faire cabale et s'opposant &#224; notre demande, en concluant au par-dessus &#224; ce qu'on me coup&#226;t la t&#234;te, refus&#232;rent absolument de marcher, malgr&#233; l'arr&#234;t&#233; de la section qui les y invitait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rendais compte de ma mission, quand je m'aper&#231;us que nous &#233;tions mieux second&#233;s d'ailleurs et que nous pouvions d&#232;s lors former l'espoir de faire r&#233;ussir notre projet. En effet, nous v&#238;mes arriver de toutes parts diff&#233;rents bataillons, et notamment du faubourg Saint-Marcel. Le bataillon de Marseille parut aussi en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t on ne d&#233;lib&#233;ra plus et l'on ne songea qu'&#224; ex&#233;cuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous form&#226;mes deux divisions, dont l'une alla par le Pont-Neuf, et l'autre par le Pont-Royal. Le point de ralliement se fit sur la place du Carrousel. Ici bous les mouvements de la grande attaque qui suivit sont pr&#233;cieux &#224; saisir. Nous d&#233;but&#226;mes par demander &#224; entrer au Ch&#226;teau dont les portes &#233;taient ferm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous envoya plusieurs officiers. entre autres, un officier de canonniers, pour nous dire &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;que nous n'avions qu'&#224; nommer huit chefs. et qu'on les ferait entrer&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;pond&#238;mes avec &#233;nergie &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;que nous n'avions point de chefs, mais que nous l'&#233;tions tous, et que pour la seconde fois nous demandions &#224; entrer&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes rest&#233;s l&#224; pr&#232;s de deux heures. A de longues discussions succ&#233;da un refus formel de nous ouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ne connaissaient point Santerre comme moi ne savaient que penser sur son compte (en voyant) qu'il ne se trouvait pas au rendez-vous. Mais moi qui avais d&#233;j&#224; eu tant d'occasions de l'appr&#233;cier, je ne fus pas tr&#232;s surpris de voir arriver Alexandre qui me dit que Santerre venait de lui &#233;crire pour lui demander secours avec du canon &#224; la Maison commune, attendu, disaitil, que les jours de M. P&#233;tion&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me P&#233;tion (1756-1794), de Paris en 1792.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &#233;taient en danger. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Leurre &#233;pouvantable !&lt;/q&gt; m'&#233;criai-je dans mon indignation concentr&#233;e. Santerre, P&#233;tion, idoles du jour que la foule aveugle est entra&#238;n&#233;e &#224; encenser, vous &#234;tes donc aussi d'insignes tra&#238;tres ! Mais prudence m'enjoint de dissimuler. Ne g&#226;tons pas encore une fois une cause si importante et si heureusement commenc&#233;e et, malgr&#233; tous les obstacles, sauvons la patrie, s'il nous est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Camarade, dis-je &#224; Alexandre, il ne faut point partir, j'ai la confiance de te dire que c'est encore l&#224; un dessous de carte de Santerre, et j'ajoute que si tu nous quittes, ce ne sera de ta part qu'un trait de l&#226;chet&#233;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vis que c'&#233;tait l'occasion d'employer une grande pr&#233;sence d'esprit et de penser &#224; tout &#224; la fois. Je fus bien vite rendre compte de cette circonstance &#224; tous les officiers qui commandaient, et je leur dis de s'assembler promptement sur l'appel que je ferais faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de retour au centre de la place, je vis le commandant marseillais et plusieurs autres citoyens de Paris qui me dirent : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous sommes donc encore jou&#233;s et trahis. Voil&#224; Alexandre qui Vient de partir avec deux canons et deux cents hommes, sous le pr&#233;texte d'aller joindre Santerre &#224; l'H&#244;tel de Ville.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s le moment d'entretien entre Alexandre et moi, je ne m'&#233;tais pas attendu &#224; cette manifestation de sa complicit&#233; avec Santerre. Je restai interdit et presque muet. Revenu &#224; moi, je ne vois de moyen de salut qu'en distrayant l'attention des braves qui nous restaient pour la diriger vers le seul but d'un grand mouvement d'&#233;nergie et de courage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Eh bien, citoyens et camarades, m'&#233;criai-je ; il faut p&#233;rir aujourd'hui ou entrer au Ch&#226;teau. Je sais que si nous manquons cette journ&#233;e, la France est livr&#233;e &#224; l'esclavage et la capitale r&#233;duite en cendres&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il ne faut pas que j'oublie de noter cette circonstance affligeante. J'avais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finissant ces derniers mots, j'eus tout de suite la satisfaction d'apercevoir l'impression qu'ils avaient produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet de cette impression ne tarda point non plus &#224; se manifester. Les sans-culottes tomb&#232;rent &#224; coups de poing sur la porte dite Royale, et &#224; force de secousses l'ont bris&#233;e et mise en pi&#232;ces. Je profitai avec soin de ces premi&#232;res dispositions et je sentis qu'il ne d&#233;pendait plus que de ma conduite d'en soutenir la continuation et d'en faire r&#233;sulter le succ&#232;s le plus complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici toute la sc&#232;ne va &#234;tre en action, et les mouvements s'ex&#233;cutent et se succ&#232;dent avec une &#233;tonnante rapidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t la porte enfonc&#233;e, je m'&#233;lance en furieux vers les quatre pi&#232;ces de canon qui &#233;taient au bas du grand escalier, et je dis aux canonniers : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vous, braves militaires, &#234;tes-vous pour la nation ou pour les tyrans ?&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils me r&#233;pondirent : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il y a quatre heures que nous vous attendons, et vive la nation !&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces mots, je leur dis en saisissant le timon d'une pi&#232;ce : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Eh bien ! camarades, suivez-moi.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t les quatre pi&#232;ces me suivirent, et nous les post&#226;mes dans le Carrousel o&#249; &#233;taient demeur&#233;s nos bataillons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous f&#238;mes entrer quatre pi&#232;ces des n&#244;tres et nous les pla&#231;&#226;mes dans la cour du Ch&#226;teau, braqu&#233;es sur les fen&#234;tres. Nos bataillons des Marseillais et des F&#233;d&#233;r&#233;s se plac&#232;rent en bataille de droite et de gauche. Je montai aussit&#244;t le grand escalier jusque devant la porte de la chapelle. L&#224; je vis qu'il &#233;tait impossible d'aller plus loin. Une barricade ou plut&#244;t un retranchement s'y opposait. Alors je parlai &#224; Ceux qui se trouvaient l&#224; avec force et &#233;nergie et en m&#234;me temps avec toute l'honn&#234;tet&#233; possible. J'observai sur toutes les figures qu'il y avait sous jeu de grands desseins : car il ne me fut r&#233;pondu rien du tout. Cependant un Suisse s'&#233;lance &#224; corps perdu de mon cot&#233; en jetant ses armes et criant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vive la nation !&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'emmenai ce brave avec moi et le remis entre les mains des F&#233;d&#233;r&#233;s en leur disant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Voici un bon Suisse qui a rejet&#233; au despotisme les armes qu'il en avait re&#231;ues et s'est tourn&#233; exclusivement vers la patrie.&lt;/q&gt; II entra aussit&#244;t dans nos rangs au milieu des embrassements de ses fr&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme j'avais reconnu sous les habits suisses, ainsi que sous ceux de gardes nationales, beaucoup de chevaliers du poignard et de grenadiers des Filles Saint-Thomas&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des aristocrates, les &#171; chevaliers du poignard &#187;, avaient tent&#233; d'enlever (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, je remontai une seconde fois pour t&#233;moigner aux uns et aux autres que nous ne voulions de mal &#224; personne, mais que nous priions seulement qu'on nous rem&#238;t le roi et sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant me fit r&#233;ponse qu'ils n'en feraient rien, et que la force arm&#233;e du Ch&#226;teau les garderait elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je me rendis aux quatre pi&#232;ces de canon ; je fis chargera, je dis aux canonniers de se tenir pr&#234;ts et que j'allais faire commandement &#224; la garde du Ch&#226;teau de nous livrer le roi, et, si elle s'y refusait, qu'au premier signal ils aient &#224; faire feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avan&#231;ai ensuite sous le balcon et fis une nouvelle sommation. On ne me r&#233;pondit rien. J'allais donner le signal aux canonniers, lorsque Lazowski&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Lazowski (1752-1793), proche des Enrag&#233;s. Il sera, apr&#232;s Alexandre, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, officier de notre artillerie, vint &#224; moi et me dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Montons encore une fois et pour la derni&#232;re ; sommons-les de mettre bas les armes et de nous livrer le roi, ou que sinon nous allons agir&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rends &#224; cette proposition. Nous montons de nouveau l'escalier. Lazowskl et moi. C'est &#224; ce moment que le signal part et qu'on nous fusille. Je suis jet&#233; dans le fond de l'escalier par l'explosion d'un grand feu g&#233;n&#233;ral dirig&#233; de toutes parts sur nos bataillons ; je re&#231;ois dans le m&#234;me moment un coup au bras gauche dont je suis et resterai probablement estropi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; la porte pour rejoindre les bataillons, je suis renvers&#233; par un autre coup &#224; la cuisse gauche. Je crus bien alors que c'&#233;tait ma derni&#232;re heure, car les cadavres et les bless&#233;s tombaient &#224; ma vue de tous les c&#244;t&#233;s, et j'eus la plus grande peine possible &#224; me retirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le feu des sc&#233;l&#233;rats du Ch&#226;teau &#233;tait si vif que dans le premier moment nos bataillons, partie massacr&#233;s, furent dispers&#233;s enti&#232;rement au point que l'on avait fait l'abandon des quatre pi&#232;ces de canon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'aspect de ce moment de d&#233;tresse, je courus du c&#244;t&#233; du guichet o&#249; je rencontrai une pi&#232;ce de canon des Marseillais conduite par le commandant en second qui &#233;tait d&#233;j&#224; bless&#233; dangereusement &#224; la main. Mais je lui dis, ainsi qu'&#224; tous les guerriers qui l'entouraient : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Du courage, amis, nous allons entrer au Ch&#226;teau et passer tout au fil de l'&#233;p&#233;e.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fis de suite placer une pi&#232;ce de canon &#224; la grande porte donnant du c&#244;t&#233; du guichet. Je la fis briser. et cette ouverture me facilita d'envoyer la mort &#224; un grand nombre de Suisses dont le feu nous faisait beaucoup souffrir. Je fis de m&#234;me mettre &#224; bas la porte qui communiquait chez le valet de chambre du roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant les d&#233;charges des assaillants &#233;taient si meurtri&#232;res, que je voyais l'heure o&#249; nous perdions la bataille. Je m'avisai d'un stratag&#232;me. Je me ressouvins du m&#234;me stratag&#232;me employ&#233; &#224; la Bastille et qui fit perdre la t&#234;te &#224; De Launey, par lequel je me flattai de d&#233;sorienter nos ennemis, et le succ&#232;s m'apprit que je n'avais point fait une fausse combinaison. Ce fut de faire mettre le feu partout pour imprimer la terreur et l'&#233;pouvante aux assi&#233;g&#233;s et les d&#233;concerter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les moments de p&#233;ril extr&#234;me, les petites consid&#233;rations n'arr&#234;tent pas. Nous manquions de papier pour allumer le feu en divers endroits : des assignats en tinrent lieu. Rien ne co&#251;te quand il s'agit de remplir un grand but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la confusion des mouvements de cette grande m&#234;l&#233;e, je distinguai deux hommes qui volaient de l'argenterie et qui en avaient rempli leurs poches. Je les fis arr&#234;ter sur l'instant, et ils furent aussit&#244;t ex&#233;cut&#233;s. Ces exemples prompts et s&#233;v&#232;res de la justice du peuple souverain pr&#233;vinrent les plus grands d&#233;sordres et prouv&#232;rent que le but de la grande d&#233;marche de cette journ&#233;e n'&#233;tait point d'exercer des actes de pillage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la grande chaleur de l'action, je ne faisais que courir d'un bout &#224; l'autre pour faire approcher les caissons de chaque pi&#232;ce. Je rends avec une vraie satisfaction ma situation d'alors. Je n'&#233;prouvais plus que le sentiment de l'intr&#233;pidit&#233;. II me semblait &#234;tre invuln&#233;rable. Je marchais au milieu du feu avec une sorte de conviction qu'il ne pouvait avoir de prise sur moi. C'est dans ces dispositions que je m'arr&#234;tai m&#234;me &#224; quelques actes particuliers qui n'auraient peut-&#234;tre pas d&#251; me distraire des soins plus g&#233;n&#233;raux et essentiels. J'allai chercher du milieu des morts un chapeau pour donner au commandant en second des Marseillais en remplacement du sien qu'il avait perdu, j'arrachai plusieurs citoyens d'entre les cadavres qui les &#233;touffaient et je les rendis par l&#224; &#224; la vie, notamment le citoyen Lionn&#233;, marchand charcutier, rue de la Verrerie, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le combat se termine et la victoire nous reste. Je rentre chez moi pour me panser et me rafra&#238;chir. J'allai encore ensuite pour terminer cette journ&#233;e assister et concourir &#224; l'ex&#233;cution des statues de bronze de la place Vend&#244;me. C'est par l&#224; que je couronnai toute la participation que j'eus aux fameux actes du 10.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les sections de Paris avaient donn&#233; &#224; l'Assembl&#233;e jusqu'au 9 ao&#251;t pour destituer Louis XVI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Soldats volontaires des d&#233;partements.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce fut le comit&#233; des sections qui d&#233;cida de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Charles-Alexis Alexandre (1750-1825), capitaine des canonniers de la section des Gobelins, au faubourg Saint-Marcel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ren&#233; Lebois (1769-1806 ?). imprimeur et journaliste populaire. Il se ralliera plus tard &#224; Babeuf.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me P&#233;tion (1756-1794), de Paris en 1792.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il ne faut pas que j'oublie de noter cette circonstance affligeante. J'avais exp&#233;di&#233; &#224; Santerre trois braves Bretons pour le conjurer de venir nous secourir. Comme ils &#233;taient pr&#232;s d'arriver pour nous rapporter sa r&#233;ponse, ils furent tu&#233;s dans la rue Saint Honor&#233; (Note de Fournier).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Des aristocrates, les &#171; chevaliers du poignard &#187;, avaient tent&#233; d'enlever Louis XVI aux Tuileries, le 28 f&#233;vrier 1791. La section des Filles Saint-Thomas &#233;tait royaliste et refusa de demander la d&#233;ch&#233;ance du roi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Claude Lazowski (1752-1793), proche des Enrag&#233;s. Il sera, apr&#232;s Alexandre, capitaine des canonniers de la section des Gobelins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>III. Le Champ-de-Mars (17 juillet 1791)</title>
		<link>http://partage-noir.fr/iii-le-champ-de-mars-17-juillet-1791</link>
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		<dc:date>2019-08-25T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fournier L'Am&#233;ricain </dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le fameux arr&#234;t&#233; que le club des Cordeliers, toujours actif et rigidement surveillant, prit ce jour-l&#224; pour inviter le peuple &#224; aller signer l'immortelle p&#233;tition du Champ-de-Mars... Je fis faire aussit&#244;t une banni&#232;re et j'y fis graver ce sublime arr&#234;t&#233; que je retrace ici...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-memoires-secrets-1789-1792-fournier-l-americain-" rel="directory"&gt;M&#233;moires secrets (1789-1792) - Fournier L'Am&#233;ricain &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton173-54aa3.jpg?1774726592' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le fameux arr&#234;t&#233; que le club des Cordeliers, toujours actif et rigidement surveillant, prit ce jour-l&#224; pour inviter le peuple &#224; aller signer l'immortelle p&#233;tition du Champ-de-Mars... Je fis faire aussit&#244;t une banni&#232;re et j'y fis graver ce sublime arr&#234;t&#233; que je retrace ici&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le paragraphe est rest&#233; inachev&#233; dans l'original.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour (le 16 juillet, NDE), plusieurs de mes fr&#232;res clubistes et moi nous nous rendons au Champ-de-Mars. Nous y trouvons d&#233;j&#224; une forte partie du peuple. Nous lui f&#238;mes part de la r&#233;solution qui &#233;tait &#224; prendre. Apr&#232;s avoir invit&#233; tous les citoyens &#224; se ranger en bataille et sur deux rangs, je les pr&#233;vins de se rendre le lendemain, &#224; cinq heures du matin, sur la place de la Bastille ; que l&#224; on leur ferait part de la marche &#224; tenir dans la circonstance. Ces faits &#233;tant convenus, nous nous s&#233;par&#226;mes tous, apr&#232;s &#234;tre venus baptiser le Pont-de-la-Nation, vis-&#224;-vis la place appel&#233;e alors de Louis XV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure fix&#233;e le lendemain matin, je me rends &#224; la place de la Bastille. Quel est mon &#233;tonnement d'y trouver les portes ferm&#233;es ! Je demande &#224; l'officier de poste pourquoi ce jour-l&#224; seul la Bastille se trouve ferm&#233;e. Il me r&#233;pond que c'est de l'ordre du g&#233;n&#233;ral et du maire Bailly. Je lui r&#233;pliquai que j'allais chez Santerre&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Santerre (1752-1809), chef de la Garde nationale, mena plusieurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, que dans dix minutes j'esp&#233;rais &#234;tre de retour, que, si je ne trouvais pas alors les portes ouvertes, je comptais bien les faire tomber comme nous avions fait le 16 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arrive chez Santerre et ma surprise est encore grande de voir que mes propositions ne lui conviennent pas. Je commen&#231;ai d&#232;s lors &#224; apercevoir que, quand il s'agissait de d&#233;ployer de ce qu'on appelle une v&#233;ritable &#233;nergie, le h&#233;ros du faubourg Saint-Antoine n'en &#233;tait plus. Il me dit que, si on voulait lui donner cent mille hommes, il irait aux fronti&#232;res combattre les ennemis du dehors. Ce n'&#233;tait (pas) de cela qu'il &#233;tait question, c'&#233;tait les ennemis du dedans qu'il s'agissait de combattre. Je ne dois pas taire ici &#224; la nation quels &#233;taient alors mes projets transmis et propos&#233;s &#224; Santerre. Ils &#233;taient ceux du club entier des Cordeliers, de ce club toujours m&#251;r longtemps avant les autres sections des citoyens. Ils ne consistaient, ces m&#234;mes projets, &#224; rien moins qu'&#224; fonder d&#232;s lors l'empire sacr&#233; et respectable du r&#233;publicanisme, qu'&#224; saisir l'instant favorable qui se pr&#233;sentait d'abattre l'idole de la royaut&#233; et d'entra&#238;ner dans la m&#234;me proscription tous ses vils sectateurs. Je proposai de sonner le tocsin g&#233;n&#233;ral, d'arr&#234;ter Bailly et Lafayette, et de les renfermer, de leur faire leur proc&#232;s, et de leur faire payer de leurs t&#234;tes la garantie qu'ils nous avaient jur&#233;e du parjure Veto. Je proposai en second lieu d'abattre toutes les statues de bronze qui existaient &#224; Paris, d'aller visiter tous les endroits o&#249; l'on soup&#231;onnait dans ce temps-l&#224; qu'il existait beaucoup d'armes et de munitions, de s'en emparer, de mettre la nation en pleine force, de la faire lever tout enti&#232;re, enfin de lui faire d&#233;ployer toute l'attitude de la souverainet&#233; r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyant que je ne pouvais rien faire de tout cela avec Santerre, qui passait alors pour le coryph&#233;e des braves, je le quittai indign&#233; et je cherchai &#224; voir si je ne pourrais parvenir &#224; rien sans lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je retourne &#224; la Bastille. J'en trouve les portes ouvertes, et j'y remarque un bien petit rassemblement du peuple. Je me jette au milieu, et je dis : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mes amis, la nation n'est pas encore m&#251;re, nous avons encore des hommes en place qui n'ont point l'&#233;nergie de la libert&#233; et celle qui convient aux chefs arm&#233;s d'un peuple qui la veut. Au surplus, allons au Champ-de-Mars pour signer la p&#233;tition. Peut-&#234;tre un moment prosp&#232;re se pr&#233;sentera-t-il.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand rassemblement se fit en effet &#224; l'autel de la Patrie pour signer cette p&#233;tition qui fut le pr&#233;curseur imposant des dogmes r&#233;publicains que la France, vraiment libre aujourd'hui, a le bonheur de professer. Mais les deux conjur&#233;s Bailly et Lafayette &#233;touff&#232;rent pour une ann&#233;e le germe de cette sainte doctrine, et ce fut avec des flots de sang qu'ils emp&#234;ch&#232;rent qu'il se d&#233;velopp&#226;t. L'infernal d&#233;partement de Paris d'alors &#233;tait de tiers dans cette machination nationicide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette inf&#226;me coalition commen&#231;a par faire couper la t&#234;te &#224; deux malheureux&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit de deux satyres cach&#233;s sous l'autel de la Patrie et lynch&#233;s par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; pour avoir le pr&#233;texte de d&#233;ployer la loi martiale, pour pouvoir ensuite faire assassiner, comme ils l'ont fait, une multitude de citoyens de tous &#226;ges et de tous sexes, d'&#233;poux avec leurs &#233;pouses, de m&#232;res avec leurs enfants. On a eu trop de preuves, que leur but &#233;tait d'envelopper dans le massacre g&#233;n&#233;ral le club des Cordeliers, toujours en observation pour &#233;clairer leurs odieux forfaits. Ils n'ont pas r&#233;ussi. Ce club, tant redout&#233; par ces grands criminels, n'en est devenu que plus terrible pour poursuivre leurs continuelles man&#339;uvres d'iniquit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois rendre ici un compte tr&#232;s exact de cette sanglante et malheureuse journ&#233;e du Champ-de-Mars, sur laquelle tout erre dans les d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, le peuple &#233;tait rassembl&#233; en paix autour de l'autel de la Patrie o&#249; il s'occupait de signer la p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, toute la force arm&#233;e &#233;tait mise en mouvement par Lafayette. Bient&#244;t le Champ-de-Mars est investi. Un corps de cavalerie remplit le Gros-Caillou, une troupe de brigands, en t&#234;te de laquelle se distingue le fameux Hullin, occupe la partie de l'&#201;cole militaire. La place des Invalides est garnie de ces chasseurs si connus par les assassinats de la Chapelle&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allusion au massacre commis par un d&#233;tachement de chasseurs &#224; la Chapelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Lafayette et ses mouchards s'occupaient &#224; faire distribuer de l'eau-de-vie et du vin &#224; tout ce monde d&#233;j&#224; &#233;gar&#233;. De toutes parts, on ne voyait plus que des hommes so&#251;ls et ivres. De toutes parts, on ne voyait que des pi&#232;ces de canon. H&#233;las ! pourquoi faire ? Pour ex&#233;cuter de sang-froid le massacre le plus barbare contre des hommes sans d&#233;fense, contre leurs femmes paisibles et leurs malheureux enfants. Citoyens, poursuivez les d&#233;tails qui me restent &#224; vous r&#233;v&#233;ler sur cette horrible affaire, et fr&#233;missez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A deux cents pas de l'autel de la Patrie, Lafayette, entour&#233; d'une escorte nombreuse d'&#233;pauletiers, ses satellites, se pr&#233;sente. J'osai lui faire face. Il s'arr&#234;te. Je lui demande ce qu'il vient faire et quel est son dessein. Je l'invite &#224; se retirer et lui garantis que tout le monde est paisible et tranquille&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait Fournier aurait tir&#233; un coup de pistolet sur Lafayette ! La r&#233;action (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Il reste muet et me regarde d'un &#339;il d&#233;daigneux ; et il me semble lire sur son visage qu'il avait un dessein &#224; ex&#233;cuter, mais qu'il ne me consid&#233;rait pas comme capable de le faire manquer. Je retourne aussit&#244;t sur l'autel de la Patrie et je demande un grand silence pour pouvoir promptement d&#233;lib&#233;rer sur les moyens de parer aux dangers qui nous mena&#231;aient. Au m&#234;me moment parurent quatre municipaux rev&#234;tus d'&#233;charpes &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Messieurs, vous me connaissez tous, leur dis-je, je vous d&#233;clare ici que, d'apr&#232;s ce que je viens de voir et d'observer, l'on n'a que l'intention d'engager une guerre civile et de nous assassiner.&lt;/q&gt; Les municipaux demand&#232;rent &#224; voir la p&#233;tition et dirent hautement, apr&#232;s l'avoir lue, qu'ils la signeraient eux-m&#234;mes, s'ils n'&#233;taient pas rev&#234;tus de pouvoirs ; qu'ils allaient de ce pas &#224; l'H&#244;tel de Ville rendre compte du bon ordre qui r&#233;gnait autour de l'autel de la Patrie et de la justice des r&#233;clamations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers ces d&#233;monstrations municipales, je crus d&#233;m&#234;ler certaines intentions peu sinc&#232;res. Alors, je confiai au peuple mes craintes et je demandai si l'on ne croirait pas utile de nommer une d&#233;putation sur-le-champ pour accompagner les municipaux &#224; la Maison de Ville. On adopte cette proposition. Je suis norm&#233; l'un des onze commissaires de la d&#233;putation. &#201;tant partis tous en voiture avec les municipaux, nous ne tardons pas &#224; acqu&#233;rir la preuve de ce que j'avais pressenti, c'est-&#224;-dire qu'il y avait quelque anguille sous roche, dont les hommes du peuple ne devaient pas &#234;tre du myst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; la porte d'un sieur La Rive, faubourg du Gros-Caillou, nous apprenons que c'est l&#224; que Lafayette se trouve retranch&#233;. C'est sans doute, pensai-je bien alors, pour concerter les modifications de quelque terrible complot. Je fus plus confirm&#233; dans mon opinion, quand je vis nos municipaux vouloir faire arr&#234;ter les voitures, et dire qu'il fallait n&#233;cessairement qu'ils parlassent &#224; M. de Lafayette. Nous voulons entrer avec eux ; nous rencontrons de l'opposition. Nous payons notre t&#233;m&#233;rit&#233; par le r&#244;le de sentinelles forc&#233;es qu'il nous fallut remplir pendant une demi-heure, temps que dura &#224; peu pr&#232;s l'audience qu'obtinrent exclusivement les municipes. Enfin, nous repartons ; mais, sous le pr&#233;texte de nous donner une escorte de s&#251;ret&#233;, on nous fait, comme des coupables, accompagner d'une force de cavalerie imposante. Alors j'aper&#231;us la perfidie en pleine &#233;vidence, c'est ainsi que nous arrivons &#224; la Maison de Ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de quels nouveaux caract&#232;res sinistres se charge cette sc&#232;ne qui aussi devait &#234;tre sur sa fin si tragique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gr&#232;ve se voit pleine de troupes, presque toutes so&#251;les. A notre approche, on fit battre aux champs. On nous fait entourer de plus de quatre mille hommes ! On fait charger les armes !!... Nous descendons de voiture, et nous montons &#224; la Ville. J'avoue que tout cet appareil ne me faisait pas un tr&#232;s grand plaisir ; cependant je dis &#224; mes coll&#232;gues qu'il fallait conserver du courage, m&#234;me en reprendre beaucoup de nouveau, et bien soutenir le caract&#232;re de d&#233;putation dont le peuple nous avait rev&#234;tus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'all&#226;mes avec les quatre municipaux que jusque dans la salle de la Commune, o&#249; l'on nous fit rester escort&#233;s de quatre sentinelles &#224; chaque porte. Les municipaux p&#233;n&#233;tr&#232;rent dans la chambre du Conseil. Je m'assis p&#233;nitentiellement derri&#232;re la porte de communication de cette derni&#232;re pi&#232;ce. Tout &#224; coup para&#238;t Bailly, qui s'&#233;crie : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous sommes trahis et compromis ; il faut d&#233;ployer la loi martiale.&lt;/q&gt; La foudre ne saisit pas plus vivement celui qu'elle frappe, que je ne fus p&#233;n&#233;tr&#233; d'horreur en entendant ces meurtri&#232;res paroles : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Voil&#224; donc le signal du massacre, m'&#233;criai-je ; voil&#224; l'arr&#234;t de mort prononc&#233; contre le peuple !!&lt;/q&gt; Hors de moi, je me l&#232;ve, j'arr&#234;te ce sanguinaire Bailly et lui dis : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Monsieur, nous sommes ici une d&#233;putation envoy&#233;e par le peuple du Champ-de-Mars, et nous sommes sous la sauvegarde de quatre municipaux avec lesquels nous en sommes partis pour nous rendre ici ; nous vous demandons la parole.&lt;/q&gt; Dans l'instant, des officiers municipaux qui &#233;taient l&#224; sembl&#232;rent vouloir faire une diversion &#224; cet interlocutoire en insultant un de nos coll&#232;gues, le citoyen Larivi&#232;re, alors chevalier de Saint-Louis, sur ce qu'il avait sa croix attach&#233;e avec un ruban tricolore. Mais il leur r&#233;pondit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'ai cru que cette croix, que j'ai bien gagn&#233;e, ne perdrait rien &#224; &#234;tre support&#233;e par le ruban de la nation ; au surplus, si vous voulez la porter au pouvoir ex&#233;cutif, il vous dira si je l'ai bien m&#233;rit&#233;e.&lt;/q&gt; Aussit&#244;t Bailly s'&#233;cria : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je connais M. Larivi&#232;re.&lt;/q&gt; L'impression que toutes les circonstances firent &#233;prouver au citoyen Larivi&#232;re fut telle qu'il tomba deux jours apr&#232;s en paralysie et qu'il resta depuis ce temps dans l'&#233;tat le plus d&#233;plorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Sur ces entrefaites), parut un commandant de la section de Bonne-Nouvelle qui vint prendre &#224; bras-le-corps le maire Bailly, en criant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous sommes perdus, on vient de tuer M. de Lafayette au Champ-de-Mars.&lt;/q&gt; C'&#233;tait un autre coup mont&#233; dont les conjur&#233;s &#233;taient sans doute convenus d'avance. Bailly l'assassin ne fait que r&#233;pondre de toutes ses forces : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La loi martiale, la loi martiale !&lt;/q&gt; C'&#233;tait &#224; ces seuls mots que se bornait son r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussit&#244;t le sanglant drapeau est d&#233;ploy&#233; &#224; la fen&#234;tre et la loi de mort proclam&#233;e sur la place. J'&#233;prouve l'an&#233;antissement et de suite l'&#233;motion de la fureur. C'est au milieu de ce dernier sentiment que je crie &#224; mes coll&#232;gues. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Fuyons ces lieux de proscription : le signal du carnage est donn&#233; ; de f&#233;roces magistrats immolent le peuple : ils ne sont pas dispos&#233;s &#224; &#233;couter ses envoy&#233;s ; fuyons et allons rejoindre nos concitoyens et, s'il en est temps encore, soustrayons-en le plus grand nombre possible aux coups de leurs bourreaux.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous observ&#226;mes que le plan des meurtriers &#233;tait si bien pr&#233;m&#233;dit&#233; que, dans tout Paris, &#224; la m&#234;me minute, ce n'&#233;tait qu'un seul cri. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Lafayette est tu&#233; !&lt;/q&gt; Les sc&#233;l&#233;rats, qui connaissaient le c&#339;ur humain, avaient calcul&#233; qu'en frappant le peuple d'une telle assertion relativement &#224; l'idole du jour de ce temps-l&#224;, il serait &#233;bloui, il ne verrait plus rien et qu'il oublierait de regimber contre les mesures assassines dispos&#233;es contre lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi, je ne perdis nullement la t&#234;te. J'&#233;puisai toutes les ressources qui me parurent nous rester. Je me rendis avec quelques-uns de mes coll&#232;gues au club des Cordeliers qui &#233;tait permanent, et j'y rendis un bref compte de tout ce qui se passait. Santerre &#233;tait dans ce moment-l&#224; au club. Voici une circonstance qui fait remonter d'un peu loin des donn&#233;es sur le fond du civisme de cet homme qui fut aussi une idole. Lorsque j'eus dit que la loi martiale marchait, j'eus lieu d'&#234;tre &#233;tonn&#233; de la vivacit&#233; avec laquelle Santerre prit la parole pour laisser &#233;chapper ces mots par lesquels il e&#251;t fait croire qu'il &#233;tait dans le secret. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Messieurs, dit-il, soyez tranquilles, il n'y aura pas une amorce de br&#251;l&#233;e dans tout ceci.&lt;/q&gt; Il est vrai que par r&#233;flexion il ajouta &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Au surplus mon bataillon y est, et, si on avait le malheur de tirer, je m'y opposerais. Mais je puis me tranquilliser et m'en rapporter &#224; l'officier qui le commande.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je demandai la parole pour dire au tant renomm&#233; Santerre qu'il serait bien plus convenable qu'il se port&#226;t lui-m&#234;me en t&#234;te de son bataillon. Mon brave aussit&#244;t semble piqu&#233; d'honneur, me regarde en enfon&#231;ant son chapeau dans sa t&#234;te, et dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'y vais.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; croiriez-vous, citoyens, qu'il a &#233;t&#233; ? Se cacher chez sa belle-s&#339;ur dans la rue des Foss&#233;s-Monsieur-le-Prince, m&#234;me maison o&#249; je demeurais. Sans doute qu'il ne s'attendait pas de se trouver l&#224; si pr&#232;s de mes p&#233;nates ; il n'en est sorti qu'&#224; onze heures du soir. Les voil&#224; donc, ces h&#233;ros dont les noms remplissent la terre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quittant les Cordeliers, je me rends au Champ-de-Mars o&#249; j'ai pu encore devancer la loi martiale. Je suis mont&#233; sur l'autel de la Patrie o&#249; j'ai dit au peuple assembl&#233; que nous avions voulu remplir ses intentions &#224; l'H&#244;tel de Ville, mais que nous n'avions pu nous y faire entendre ; que la loi martiale &#233;tait &#224; deux pas, et qu'on paraissait vouloir impitoyablement nous massacrer tous. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je fais la motion, ajoutai-je, que tout le monde se retire paisiblement, pour que nos vils assassins n'aient pas la satisfaction d'accomplir leur abominable projet, et encore pour leur &#233;pargner dans l'histoire la honte inou&#239;e d'avoir immol&#233; tout un peuple sans d&#233;fense.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un citoyen r&#233;pliqua qu'il fallait attendre l'inf&#226;me drapeau rouge, et qu'&#224; la premi&#232;re proclamation, suivant la loi, on se retirerait. Imm&#233;diatement le drapeau rouge para&#238;t au premier foss&#233; du Champ-de-Mars. Des brigands stipendi&#233;s et apost&#233;s l&#224; par les grands brigands avaient le mot de jeter quelques pierres &#224; ces derniers d&#232;s qu'ils para&#238;traient avec la loi martiale, afin que cette feinte provocation serv&#238;t de pr&#233;texte &#224; nos sc&#233;l&#233;rats. Cette mesure &#233;tait li&#233;e aux deux assassinats du matin et au bruit g&#233;n&#233;ralement r&#233;pandu d'un pr&#233;tendu projet de massacre. Du milieu de la bande apost&#233;e des jeteurs de pierres part un coup de fusil, et c'est l&#224;, au lieu des diverses proclamations prescrites par la loi, c'est l&#224; le signal du meurtre et de l'&#233;gorgerie universelle. Les f&#233;roces satellites du g&#233;n&#233;ral&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le g&#233;n&#233;ral qui, il faut le dire &#224; la honte des Fran&#231;ais, &#233;tait alors, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, tout pleins des fum&#233;es du vin qu'il leur a distribu&#233; et des maximes de sang qu'il leur a fait inculquer, br&#251;lent d'en venir &#224; l'ex&#233;cution. L'ordre fatal est donn&#233;, ils vont &#234;tre satisfaits. De toutes parts ils courent sur le peuple, de toutes parts aussit&#244;t le peuple est assassin&#233;. Tout le monde veut se sauver et, dans leur fuite p&#233;nible, hommes, femmes, vieillards, enfants, re&#231;oivent en tr&#232;s grand nombre le coup terrible qui leur porte la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette peinture horrible est exactement trac&#233;e d'apr&#232;s le t&#233;moignage de mes yeux. Oui, j'ai &#233;t&#233; le triste spectateur de tous les instants de cette sc&#232;ne affreuse. Je suis rest&#233; le dernier sur l'autel de la Patrie, et je ne l'ai abandonn&#233; que lorsqu'on y est venu assassiner deux citoyens qui &#233;taient &#224; mes c&#244;t&#233;s. J'ai dirig&#233; ma retraite vers Vaugirard pour aller au secours de plusieurs citoyens que je voyais poursuivre et fusiller de ce c&#244;t&#233;. L'un d'eux, qui n'&#233;tait m&#234;me pas entr&#233; au Champ-de-Mars, eut la t&#234;te perc&#233;e d'une balle qui le renversa &#224; quelques pas de moi. Je le fis transporter aux Invalides par la grille de derri&#232;re pour lui faire administrer des secours par le chirurgien de l'H&#244;tel ; mais &#224; peine y fut-il arriv&#233; qu'il y expira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pouvant plus servir personne ni rem&#233;dier &#224; rien, et voyant mes jours en danger, je me retirai chez le citoyen Leroi, faubourg Saint-Germain, pour m'y rafra&#238;chir et m'y laver les mains et la figure que j'avais toutes couvertes de sang et de poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'omettais une particularit&#233; qui n'est cependant point &#224; garder sous silence. Le citoyen que j'abandonnai, apr&#232;s qu'il eut expir&#233;, fut enlev&#233; par des troupes qui recueillaient les cadavres avec leurs bijoux. Celui-l&#224; avait deux montres d'or. Mais, tant de celles-l&#224; que de bien d'autres, Bailly a eu grand soin de ne rendre aucun compte. Vices humains ! A quel point vous d&#233;gradez ceux que votre attrait honteux subjugue !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le paragraphe est rest&#233; inachev&#233; dans l'original.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Antoine Santerre (1752-1809), chef de la Garde nationale, mena plusieurs insurrections. Surnomm&#233; le &#171; P&#232;re du faubourg &#187; par le peuple, son &#233;toile p&#226;lit apr&#232;s 1792 et Santerre fut discr&#233;dit&#233; par ses h&#233;sitations. Fournier relativise son r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il s'agit de deux satyres cach&#233;s sous l'autel de la Patrie et lynch&#233;s par la foule. Ce fut le pr&#233;texte de l'intervention arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Allusion au massacre commis par un d&#233;tachement de chasseurs &#224; la Chapelle Saint-Denis, le 24 janvier 1791.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fait Fournier aurait tir&#233; un coup de pistolet sur Lafayette ! La r&#233;action du g&#233;n&#233;ral fut telle que l'a d&#233;crit Fournier, car il y trouva un pr&#233;texte pour la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le g&#233;n&#233;ral qui, il faut le dire &#224; la honte des Fran&#231;ais, &#233;tait alors, dans l'exactitude du mot, l'objet du culte du plus grand nombre (Note de Fournier).&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui encore, Lafayette est la personnalit&#233; la plus populaire de la R&#233;volution selon un sondage, bien qu'il ait &#233;t&#233; monarchiste et oppos&#233; au peuple (NDE) !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>II. Voyage &#224; Versailles (5 octobre 1789) </title>
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		<dc:date>2019-08-24T22:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fournier L'Am&#233;ricain </dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Depuis que l'intrigue perverse des deux directeurs de la France m'avait supplant&#233; pour mettre &#224; ma place un grand sc&#233;l&#233;rat, j'&#233;tais rest&#233; coi dans mon asile, apr&#232;s m'&#234;tre &#233;cri&#233; comme Brutus : &#171; &#212; vertu ! tu n'es donc bonne &#224; rien sur cette terre d&#233;prav&#233;e ! &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-memoires-secrets-1789-1792-fournier-l-americain-" rel="directory"&gt;M&#233;moires secrets (1789-1792) - Fournier L'Am&#233;ricain &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton172-274ad.jpg?1774726592' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis que l'intrigue perverse des deux directeurs de la France m'avait supplant&#233; pour mettre &#224; ma place un grand sc&#233;l&#233;rat, j'&#233;tais rest&#233; coi dans mon asile, apr&#232;s m'&#234;tre &#233;cri&#233; comme Brutus : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#212; vertu ! tu n'es donc bonne &#224; rien sur cette terre d&#233;prav&#233;e !&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le spectacle de mes fr&#232;res criant la faim, &#224; l'&#233;poque du 5 octobre, ne put plus contenir davantage ma sensibilit&#233;. L'ex&#233;crable horde aristocratique et royale avait form&#233; le complot de r&#233;duire &#224; l'esclavage, par la famine, cette nation qu'elle ne voyait pas lieu par d'autres moyens de faire renoncer &#224; son projet de conqu&#233;rir sa libert&#233;. J'entends, ce jour-l&#224;, d&#232;s sept heures du matin&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'avais rendez-vous &#224; la m&#234;me heure au Comit&#233; militaire de la Ville avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, les cris d'une alarme g&#233;n&#233;rale et le tocsin qui sonne. Je cours &#224; la Ville. J'y trouve le peuple qui, &#224; ma vue, s'&#233;crie : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Fournier, conduisez-nous &#224; Versailles o&#249; nous voulons aller demander du pain.&lt;/q&gt; Je r&#233;pondis que j'irais si je pouvais rassembler une force arm&#233;e suffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps des Vainqueurs de la Bastille se mit en mouvement le premier et, de concert avec les femmes, il fut &#224; Versailles o&#249; il s'empara, au milieu de la place d'Armes, des gardes du corps et des troupes du despotisme qui y &#233;taient post&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crus pas devoir perdre un moment. Je courus dans Paris pour rallier le plus qu'il me serait possible de bons citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; Saint-Eustache, j'y trouve d'Ogny, commandant, mon successeur, sous lequel les citoyens refusaient de marcher. D'Ogny eut la bassesse de recourir &#224; moi pour me prier de les rassembler ; il s'agissait du salut public ; je ne me pr&#234;tai pas &#224; d'autres consid&#233;rations. Je n'eus besoin que de dire &#224; mes anciens camarades : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Fr&#232;res, me reconnaissez-vous ?&lt;/q&gt; &#192; l'instant, toutes les compagnies furent sous les armes. Croira-t-on qu'aussit&#244;t d'Ogny eut l'impudeur de se mettre avec moi &#224; la t&#234;te de ces m&#234;mes compagnies qui se rendirent &#224; l'H&#244;tel de Ville ? L&#224; s'engagea un conflit pour savoir &#224; qui, de d'Ogny ou de moi, resterait le commandement. Une bonne partie des citoyens et des troupes se rangea de mon c&#244;t&#233;. On observa que nous n'avions point d'&#233;tendard pour faire notre ralliement. J'allai chercher le drapeau &#224; la fameuse devise : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Destruction des tyrans&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; la Ville, je trouve tout le peuple et les gardes fran&#231;aises qui me crient : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#192; Versailles, Fournier, commandez- nous.&lt;/q&gt; Je fais battre le rappel, et j'assemble tout le monde de bonne volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors d'Ogny descend de la Ville : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Qui vous a donn&#233; l'ordre de battre ? demande-t-il aux tambours. - C'est moi, r&#233;pondis-je en m'avan&#231;ant. - Qui vous en a donn&#233; l'ordre ? r&#233;plique-t-il.&lt;/q&gt; Je lui dis du ton le plus ferme : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le tocsin et le peuple souverain.&lt;/q&gt; Alors il s'exhala contre moi en menaces que je fis cesser en le poursuivant avec mon sabre nu. Il s'enfuit dans l'H&#244;tel de Ville o&#249; je le suivis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;flexion me fit abandonner ce l&#226;che pour m'occuper du sycophante Lafayette que je trouvai dans un des appartements de la Maison de Ville, occup&#233; &#224; faire de grandes motions qui n'&#233;taient pas les miennes ni celles du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui adressai la parole pour lui dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;G&#233;n&#233;ral, le peuple vous demande en bas, sur la place de Gr&#232;ve ; il faut dans l'instant descendre, il en est temps ; le peuple veut faire le voyage de Versailles pour chercher du pain : je vous exhorte de ne pas diff&#233;rer.&lt;/q&gt; Lafayette ob&#233;it. Je descendis aussit&#244;t. Il se porta sur ma colonne o&#249;, s'adressant &#224; moi avec un petit imprim&#233; &#224; la main, il me dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Fournier, comment, vous sur qui je comptais le plus pour me donner des d&#233;tachements pour aller &#224; quarante et cinquante lieues d'ici, chercher des farines, est-ce que vous me manquerez aujourd'hui ?&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pi&#232;ge grossier, pour faire diversion au grand objet qui nous occupait, n'eut pas de prise sur moi. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Oui, g&#233;n&#233;ral, r&#233;pliquai-je, je vous manquerai aujourd'hui. C'est &#224; Versailles qu'il faut aller et il est temps de partir.&lt;/q&gt; Cette r&#233;ponse faite, je saisis mon r&#244;le de commandant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Attention, &#224; gauche, &#224; Versailles !...&lt;/q&gt; Aussit&#244;t deux femmes se port&#232;rent vers Lafayette et lui dirent, en lui montrant du doigt le fameux r&#233;verb&#232;re : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;A Versailles ou &#224; la lanterne !&lt;/q&gt; A ces mots, il part ; nous sommes partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nos sc&#233;l&#233;rats avaient arr&#234;t&#233; entre eux d'employer tous leurs efforts pour faire manquer la partie. D'Ogny &#233;tait devenu le lieutenant de Lafayette ; il marchait &#224; ses c&#244;t&#233;s. Nous n'&#233;tions qu'&#224; la hauteur du Pont-Neuf, lorsqu'on nous fit faire une premi&#232;re halte. Alors le g&#233;n&#233;ral et d'Ogny vinrent &#224; moi, et me dirent : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous ne devons point partir sans munitions ; vous pourriez en aller prendre au district de Saint-Eustache.&lt;/q&gt; Je soup&#231;onnai bien que cette amorce couvrait encore quelque dard nouveau ; c'est pourquoi je me pr&#233;cautionnai. Je consentis d'aller chercher des munitions avec ma premi&#232;re colonne, mais je dis &#224; ma seconde de m'attendre &#224; la hauteur des Champs-&#201;lys&#233;es avec le g&#233;n&#233;ral et de ne pas le perdre de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; Saint-Eustache, quel fut mon &#233;tonnement d'y voir d'Ogny et de l'entendre crier aux troupes entr&#233;es dans l'&#233;glise et rang&#233;es en bataille : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Haut les armes, chacun chez vous, je vous l'ordonne au nom du g&#233;n&#233;ral !&lt;/q&gt; Indign&#233;, je m'&#233;crie : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Halte-l&#224;, citoyens !&lt;/q&gt; Je prends aussit&#244;t mes &#233;paulettes, je les foule aux pieds, je crie de toutes mes forces que c'est ainsi que m&#233;rite d'&#234;tre foul&#233; aux pieds le l&#226;che qui vient d'oser ordonner aux citoyens de retourner chez eux. Je rattache mes &#233;paulettes et je dis &#224; ma troupe : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Citoyens, qui m'aimera, me suivra&lt;/q&gt; ; et m'adressant aux femmes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vos enfants meurent de faim ; si vos &#233;poux sont assez d&#233;natur&#233;s et assez l&#226;ches pour ne pas vouloir aller leur chercher du pain, il ne vous reste donc plus qu'&#224; les &#233;gorger.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet de ce discours fut des plus funestes &#224; d'Ogny. Il ne fut pas plut&#244;t prononc&#233; que les femmes tomb&#232;rent sur lui et lui distribu&#232;rent tant de coups de poing et de pied dans le ventre qu'elles le forc&#232;rent &#224; marcher et qu'il mourut peu de temps apr&#232;s des suites de ce traitement qu'il avait trop m&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'allai rejoindre aux Champs-&#201;lys&#233;es le corps que j'avais quitt&#233; au Pont-Neuf, et alors nous paraissons marcher tout de bon pour Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous f&#251;mes vis-&#224;-vis la manufacture de S&#232;vres, il vint &#224; passer une voiture qui s'annon&#231;ait sous le titre d'&#233;quipages de Lafayette. Elle &#233;tait conduite par huit chevaux de poste ; des hommes, au nombre de huit &#224; dix, habill&#233;s en grenadiers nationaux, &#233;taient mont&#233;s sur l'imp&#233;riale, sur le si&#232;ge et derri&#232;re. Ils criaient tout le long des colonnes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Gare, laissez passer, ce sont les &#233;quipages du g&#233;n&#233;ral.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce mot du g&#233;n&#233;ral, j'arr&#234;tai la voiture et je dis : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ce serait la voiture du diable, je l'arr&#234;terais pour savoir ce qui est dedans.&lt;/q&gt; Aussit&#244;t une nu&#233;e de mouchards et de coupe-jarrets me circonscrit et fait &#233;chapper la voiture. Je demande si on ne d&#233;m&#234;le point la pr&#233;m&#233;ditation d'un d&#233;part commun du roi et du g&#233;n&#233;ral, puisque c'est &#224; la m&#234;me heure et au m&#234;me moment que la garde nationale de Versailles, toujours active et patriote, et les Vainqueurs de la Bastille, que j'ai dit ci-dessus &#234;tre partis les premiers et en avant, ont arr&#234;t&#233; &#224; Versailles les &#233;quipages de la maison royale au bas de l'Orangerie et qu'ils les ont fait rentrer en lieu de s&#251;ret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intentions perfides de ce malheureux Lafayette ne paraissent plus &#233;quivoques, quand on se ressouvient qu'il fit faire aux citoyens arm&#233;s cinq ou six stations de Paris &#224; Versailles, au milieu d'un d&#233;luge de pluie et du temps le plus affreux qui ne permit d'arriver qu'entre minuit et une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'on donnait le temps &#224; d'Estaing de pr&#233;parer toutes les man&#339;uvres criminelles de la Cour et du tra&#238;tre g&#233;n&#233;ral. Ce d'Estaing abandonna &#224; dessein son poste de la garde nationale de Versailles pour s'occuper plus utilement au Ch&#226;teau ; mais, ayant &#233;t&#233; instruit de la trahison, je m'emparai du corps de garde des ci-devant gardes fran&#231;aises et du parc d'artillerie o&#249; j'&#233;tablis bonne s&#251;ret&#233;. La preuve de ce fait existe par le t&#233;moignage du citoyen de Versailles commandant du poste et par une attestation de l'aide de camp Gouvion qui &#233;tait venu &#224; deux heures du matin pour s'emparer de ce poste. Mais je mis mes moustaches en travers et lui dis qu'il &#233;tait temps de d&#233;guerpir et de f... le camp. Il me demanda la permission d'entrer dans le corps de garde pour &#233;crire une lettre &#224; la municipalit&#233; de Paris. Je lui dis qu'il le pouvait et que je m'en f... encore. Apr&#232;s une heure de r&#233;flexion et apr&#232;s avoir fum&#233; deux pipes, il fut oblig&#233; d'aller fumer la troisi&#232;me aupr&#232;s de son g&#233;n&#233;ral, qui &#233;tait all&#233; soupirer aupr&#232;s de Marie-Antoinette et r&#233;fl&#233;chir sur les inconv&#233;nients des grandeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6, &#224; cinq heures du matin, j'allai &#224; la d&#233;couverte, accompagn&#233; de deux officiers de mon poste. J'allai jusque sur la terrasse du Ch&#226;teau du c&#244;t&#233; de l'Orangerie. L&#224;, je vis toute la terre labour&#233;e par la trace de plusieurs chevaux. Ma curiosit&#233; me porta &#224; vouloir d&#233;couvrir de quel c&#244;t&#233; cette cavalerie avait dirig&#233; ses pas. Je tournai du c&#244;t&#233; de Trianon et je poursuivis ma route vers l'escalier de marbre. Parvenu vis-&#224;-vis les appartements de la ci-devant Madame Veto, j'aper&#231;us deux gardes des Cent-Suisses qui &#233;taient en ligne perpendiculaire de sa fen&#234;tre. Je voulus leur parler, et tirer d'eux, s'il se pouvait, quelques instructions. Ils me dirent que Lafayette et les gardes du corps et tous les gentilshommes de la Cour &#233;taient des f...gueux, qu'ils avaient voulu les so&#251;ler la veille, qu'ils avaient accept&#233; un verre de vin sans vouloir entrer pour rien dans leurs complots ; que les gardes du corps leur avaient dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#192; votre sant&#233;, camarades, et &#224; la sant&#233; du roi.&lt;/q&gt; L'un de nous, poursuivirent-ils, donna un signal aux autres et nous nous sommes retir&#233;s en leur disant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Comment ! nous sommes aujourd'hui vos camarades, et vous avez coutume de nous regarder comme des valets de porte !&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous f&#251;mes bient&#244;t distraits du r&#233;cit que ces braves Suisses nous faisaient, lorsque, frappant cinq heures trois quarts, il entra dans la cour de marbre une quantit&#233; innombrable de peuple qui se porte sur les gardes du corps en faction, que l'on enleva en poussant force cris : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#192; la lanterne !&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai cru qu'il &#233;tait de mon devoir de ne point pr&#233;juger de coupables. Je voulus leur sauver la vie, mais inutilement. Le premier arr&#234;t&#233; eut le ventre ouvert d'un coup de couteau : il expira &#224; mes pieds. Il fut d&#233;mont&#233; de ses armes, et son mousqueton, qui me resta dans les mains, est encore chez moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je courus aussit&#244;t dans le Ch&#226;teau et je me trouvai encore &#224; temps de pr&#233;venir une partie des gardes du corps et de les sauver. Je crus par suite faire une bonne action en avertissant cette malheureuse ci-devant reine de se sauver chez son mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fis, en outre, fermer les portes des Cent-Suisses et je formai un mur de mon corps pour emp&#234;cher le massacre g&#233;n&#233;ral dans le Ch&#226;teau. Je bravai plus de vingt coups de feu pour cela, dans la conviction o&#249; j'&#233;tais alors que je me livrais &#224; un acte m&#233;ritoire ; on n'avait pas encore &#224; cette &#233;poque la mesure enti&#232;re de la monstruosit&#233; de ces &#234;tres dont on a connu depuis toute la noirceur de l'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rendis au corps de garde et envoyai aussit&#244;t un officier de mon poste pour faire battre la g&#233;n&#233;rale. Nous r&#233;un&#238;mes toute la force pour contenir ce grand mouvement populaire, dont les efforts tendaient &#224; la punition instante des chefs des tra&#238;tres&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe un papier &#233;tabli par deux gardes-suisses attestant de la conduite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous pr&#233;sentons dans la cour de marbre ; l&#224; nous demandons le ci-devant roi au balcon ; il y para&#238;t avec sa femme, ses enfants et Lafayette. Les deux ou trois bouts de phrase qu'il y prof&#232;re ont l'air de stup&#233;fier la plupart des auditeurs : tant il est vrai que les cha&#238;nes de l'esclavage et de l'idol&#226;trie pour les rois avaient empreint chez nous des marques bien profondes ! Je voyais l'heure o&#249; tout le monde aurait repris la route de Paris sans donner plus de suite &#224; cette d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'adresse &#224; cinq ou six de ces femmes qui, sous le titre et l'enveloppe de poissardes, cachent des qualit&#233;s morales et surtout un jugement qui les rend capables de toujours bien appr&#233;cier un bon avis. Je me mets au niveau de leur intellect et, empruntant le ton du p&#232;re Duchesne et leur mettant le poing sous le nez, je leur dis : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Sac.... b....esses, vous ne voyez pas que Lafayette et le roi vous c....... quand ils disent qu'ils vont entrer dans leur cabinet pour vous donner du pain. Vous n'apercevez pas que c'est pour vous renvoyer et pour vous rendre des fers et la famine. Il faut emmener &#224; Paris toute la sacr&#233;e boutique...&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paroles ne furent pas plut&#244;t exprim&#233;es et je ne les eus pas plut&#244;t fait suivre du geste de porter mon chapeau au bout de mon sabre en criant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;A Paris, le roi &#224; Paris&lt;/q&gt;, que cinquante mille voix r&#233;p&#232;tent ce m&#244;me cri : &#034;A Paris&#034;, et, de suite, l'on part...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes encore partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est moi qui fus charg&#233; d'aller en avant pour annoncer &#224; la municipalit&#233; de Paris la nouvelle de l'arriv&#233;e dans la capitale du ma&#238;tre de Versailles, et que le peuple, dont tel &#233;tait le bon plaisir, l'y conduisait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J'avais rendez-vous &#224; la m&#234;me heure au Comit&#233; militaire de la Ville avec Bailly et Lafayette pour l'examen de mon plan des 6 000 hommes (Note de Fournier).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il existe un papier &#233;tabli par deux gardes-suisses attestant de la conduite de Fournier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>I. La prise de la Bastille (13, 14 et 15 juillet 1789)</title>
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		<dc:creator>Fournier L'Am&#233;ricain </dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;D&#233;j&#224; l'on &#233;tait bien p&#233;n&#233;tr&#233; que le temps &#233;tait venu de travailler &#224; la conqu&#234;te de la libert&#233; ; ainsi chacun sentait qu'aucun moment n'&#233;tait &#224; perdre. Tous les bons citoyens &#233;taient en &#233;tat de surveillance permanente. L'annonce des dangers avait fait porter le peuple, d&#232;s les quatre heures du matin, au Palais-Royal, aujourd'hui le jardin de l'&#201;galit&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-memoires-secrets-1789-1792-fournier-l-americain-" rel="directory"&gt;M&#233;moires secrets (1789-1792) - Fournier L'Am&#233;ricain &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton171-cdc85.jpg?1774726592' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;13 juillet 1789&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; l'on &#233;tait bien p&#233;n&#233;tr&#233; que le temps &#233;tait venu de travailler &#224; la conqu&#234;te de la libert&#233; ; ainsi chacun sentait qu'aucun moment n'&#233;tait &#224; perdre. Tous les bons citoyens &#233;taient en &#233;tat de surveillance permanente. L'annonce des dangers avait fait porter le peuple, d&#232;s les quatre heures du matin, au Palais-Royal, aujourd'hui le jardin de l'&#201;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y arrivai &#224; cinq heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple d&#233;lib&#233;rait pour la formation des citoyens en corps national arm&#233; et pour le choix d'un chef. Ce fut sur moi que ce choix tomba. D&#232;s lors nous nous m&#238;mes en &#233;tat permanent de service militaire, et chacun de nous appr&#233;ciant d&#233;j&#224;, dans toute leur &#233;tendue, les devoirs que lui impose la qualit&#233; de d&#233;fenseur de la libert&#233;, consid&#232;re que sa t&#226;che n'est plus que de se mettre en perp&#233;tuelle opposition contre le despotisme et tous ses satellites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sors du Palais-Royal &#224; la t&#234;te de mes fr&#232;res d'armes. La seule confiance qu'inspire le sentiment de la libert&#233; nous faisait nous consid&#233;rer comme &#233;tant en armes. Nous n'avions encore que des b&#226;tons, de vieilles &#233;p&#233;es, des croissants, des fourches, des b&#234;ches, etc., et c'est d&#232;s ce moment que commenc&#232;rent les patrouilles. Nous entrons dans la rue Saint-Honor&#233;, et parvenus devant la porte de l'Oratoire, nous arr&#234;tons un cavalier qui portait des paquets &#224; Saint-Denis aux troupes qui y &#233;taient camp&#233;es. Je fis saisir ces paquets et nous les port&#226;mes &#224; l'H&#244;tel de Ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en descendis et, avec l'avis de mes camarades, je fis aussit&#244;t sonner le tocsin. D&#233;j&#224; trop d'indices s'&#233;taient cumul&#233;s pour nous faire sentir la n&#233;cessit&#233; de cette grande mesure. Ce son d'alarme ayant donn&#233; l'&#233;veil g&#233;n&#233;ral dans Paris, ce me fut une conqu&#234;te ais&#233;e que celle de m'emparer de plusieurs corps de garde occup&#233;s par des soldats encore au compte des despotes, mais dont le c&#339;ur &#233;tait d&#233;j&#224; gagn&#233; &#224; la nation. Presque tous vinrent s'unir &#224; moi et grossir ma troupe ; elle s'augmenta sp&#233;cialement de tous les braves du corps de garde de la pointe Saint-Eustache et de celui des gardes fran&#231;aises de la rue de la Jussienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; trois heures, nous nous sommes ralli&#233;s &#224; l'&#233;glise Saint-Eustache et j'y fus proclam&#233; commandant &#224; l'unanimit&#233;. Mon corps se montait le m&#234;me soir &#224; huit cents hommes&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'historien G. Rud&#233;, le nombre de participants &#233;tait tr&#232;s inf&#233;rieur.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, lorsque nous nous empar&#226;mes &#224; la nuit tombante de la salle des francs-ma&#231;ons, rue Coq-H&#233;ron, o&#249; j'&#233;tablis mon corps de garde.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;14 juillet 1789&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La chaleur de la libert&#233; &#233;tait mont&#233;e au plus haut point du thermom&#232;tre. Tous les esprits se trouvaient anim&#233;s de son feu divin. Le peuple &#233;tait parvenu &#224; acqu&#233;rir le sentiment de la souverainet&#233;, et il ne voulait pas tarder davantage &#224; montrer aux despotes qu'il &#233;tait capable d'en prendre l'exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais senti avec tous les bons patriotes que le moment de livrer combat &#233;tait arriv&#233;. Il fallait s'y pr&#233;parer par toutes les dispositions n&#233;cessaires. Je vais &#224; la Ville avec un d&#233;tachement nombreux pour demander des munitions ; on m'en refuse. Le sc&#233;l&#233;rat Flesselles, pr&#233;v&#244;t des marchands, et ses &#233;chevins n'avaient pas un syst&#232;me qui s'adapt&#226;t &#224; nos projets de r&#233;volution. L'indignation que leur proc&#233;d&#233; excite en moi m'aurait peut-&#234;tre port&#233; &#224; des mouvements sinistres, si je n'eusse &#233;prouv&#233; une diversion par des cris : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#192; la Bastille !&lt;/q&gt; qui tout &#224; coup vinrent remplir la place de Gr&#232;ve et tous les environs de la Maison de Ville. Je cours avec mon d&#233;tachement &#224; la Bastille, je me place pr&#232;s du pont-levis, du c&#244;t&#233; des cuisines : on jugera que je n'&#233;tais pas dans l'endroit le moins p&#233;rilleux, quand j'aurai appris que deux citoyens &#224; mes c&#244;t&#233;s furent bless&#233;s &#224; mort, que deux jeunes gens de douze &#224; quinze ans y eurent chacun un bras perc&#233; d'une balle, et que moi-m&#234;me je fus l&#233;g&#232;rement bless&#233; &#224; la jambe droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aper&#231;us que, sans munitions, sans armes, nous &#233;tions dans la situation de ne pouvoir opposer qu'une bonne volont&#233; inutile et que nous p&#233;ririons tous l'un apr&#232;s l'autre sans rien gagner sur nos ennemis. Alors je jugeai que c'&#233;tait d&#233;j&#224; trop de sang vers&#233; sans fruit et qu'il ne fallait pas laisser plus longtemps des braves gens expos&#233;s en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arr&#234;tai une double mesure, celle de faire transporter mes bless&#233;s &#224; l'H&#244;tel de Ville et celle d'y retourner moi-m&#234;me pour montrer les dents aux tra&#238;tres municipes d'alors et en obtenir, bon gr&#233; mal gr&#233;, des munitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouvai &#224; la Ville l'inf&#226;me Flesselles et l'intrigant Lasalle. Je les for&#231;ai de me d&#233;livrer dix livres de balles et six livres de poudre ; ce fait est constat&#233; par les proc&#232;s-verbaux de l'H&#244;tel de Ville, on peut y v&#233;rifier que c'est moi qui m'y suis fait d&#233;livrer des munitions le premier et qui de suite en ai fait d&#233;livrer &#224; deux ou trois autres personnes &#224; peu pr&#232;s m&#234;me quantit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce moment, mes vues sur le plan d'attaque de la Bastille s'&#233;tendirent. Je n'eus pas de peine &#224; concevoir que les secours que je venais d'obtenir &#233;taient trop faibles pour mettre &#224; port&#233;e de faire avec avantage le si&#232;ge de la forteresse. J'avise donc &#224; de plus grands moyens. Je descends sur la place de Gr&#232;ve ; l&#224;, ma sensibilit&#233; est mise &#224; l'&#233;preuve par le spectacle de mes bless&#233;s que je retrouve et que personne n'a encore song&#233; &#224; secourir. Apr&#232;s avoir pourvu &#224; ce qu'ils soient transport&#233;s &#224; l'h&#244;pital, je distribue mes munitions aux citoyens de mon commandement qui avaient des fusils et je les renvoie &#224; la Bastille pour garder, en attendant mon retour, une grosse pi&#232;ce de canon d&#233;j&#224; saisie par mes fr&#232;res d'armes &#224; l'arsenal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je poursuis aussit&#244;t l'ex&#233;cution du plan que je viens de dire avoir con&#231;u de procurer de grands moyens de vaincre. Je cours &#224; la t&#234;te de mes braves aux Invalides ; nous y p&#233;n&#233;trons sans &#233;prouver de r&#233;sistance notable ; sans doute, ce fut moins le patriotisme que la peur qui d&#233;termina l'&#233;tat-major des Invalides &#224; ne point montrer une grande opposition, lorsque les citoyens se pr&#233;sent&#232;rent chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les officiers de cette maison firent cependant preuve de dispositions bien &#233;quivoques, lorsque je leur demandai des armes, et qu'ils r&#233;pondirent n'en point avoir. Il fallut leur en arracher. &#192; la suite d'une perquisition tr&#232;s exacte, nous d&#233;couvrons dans une cave 1 800 fusils que je fais distribuer tant &#224; mon corps qu'&#224; d'autres citoyens. On sait que ce n'&#233;tait l&#224; qu'une partie des armes des Invalides, et qu'il y fut pris en tout, ce jour-l&#224;, trente-deux mille fusils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me transporte dans un magasin o&#249; je suis instruit qu'il y a des munitions ; nous y prenons plusieurs barils de poudre. Je me reconnais d&#232;s lors un peu plus en &#233;tat de me pr&#233;senter devant l'antre fameux du despotisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les grands moments de crise, il est bien avantageux de songer &#224; tout. Je ne devais pas perdre de vue l'ordre int&#233;rieur : c'est pourquoi je d&#233;tachai une partie de mon monde pour l'envoyer faire le service au corps de garde de la rue Coq-H&#233;ron. Avec le surplus, je me rendis de nouveau &#224; la Bastille. C'est en y faisant notre entr&#233;e victorieuse que nous aper&#231;&#251;mes les premi&#232;res v&#233;ritables lueurs de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne participai en rien &#224; la conduite qui fut faite de De Launey &#224; l'H&#244;tel de Ville&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La t&#234;te du gouverneur de la Bastille fut promen&#233;e au bout d'une pique.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Je restai &#224; la Bastille avec mes fr&#232;res d'armes pendant toute la nuit, pour assurer dans ces premiers moments la conservation de notre int&#233;ressante conqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;15 juillet 1789&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;A la pointe du jour, je me rendis &#224; mon corps de garde o&#249; j'ai rassembl&#233; une grande force arm&#233;e, compos&#233;e d'un nombre consid&#233;rable de citoyens ensemble, de gardes-fran&#231;ais, gardes-suisses, etc. Je revins avec ce renfort &#224; la Bastille. J'avais senti la n&#233;cessit&#233; d'avoir ce renfort pour lever les obstacles qui s'opposaient &#224; ce que les patriotes achevassent ce que la veille ils avaient si heureusement commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait bien ouvert la plupart des cachots le 14 ; on avait d&#233;livr&#233; les prisonniers qui s'y &#233;taient trouv&#233;s ; mais la pr&#233;cipitation et l'&#233;tourdissement avaient &#233;t&#233; le r&#233;sultat n&#233;cessaire de la sc&#232;ne extraordinaire qui s'&#233;tait offerte. Plusieurs cachots s'&#233;taient d&#233;rob&#233;s &#224; l'exactitude des recherches du m&#234;me jour 14 ; d&#233;couverts le 15, j'en avais requis l'ouverture. Des hommes, sous le nom de d&#233;put&#233;s de l'H&#244;tel de Ville, s'y opposaient. &#201;tonnante chose que, le lendemain d'un jour o&#249; le peuple fran&#231;ais avait d&#233;ploy&#233; tant d'&#233;nergie, des esclaves eussent os&#233; vouloir faire r&#233;trograder la R&#233;volution ! J'entre ; je fais occuper tous les postes par ma troupe ; je demande aux pr&#233;tendus d&#233;put&#233;s leurs pouvoirs ; je demande &#233;galement les cl&#233;s des cachots qui restent &#224; ouvrir : on me refuse tout. Je prends le parti de faire rompre et briser toutes les portes de ces affreuses demeures s&#233;pulcrales, o&#249; nous nous attendions de trouver encore quelques victimes enterr&#233;es vives. Personne n'habitait plus ces sombres et infernaux s&#233;jours ; mais des cha&#238;nes, et autres instruments de supplice qui s'offrirent &#224; notre vue, nous apprirent que c'&#233;tait l&#224; o&#249; les malheureux que l'on voulait conduire &#224; la mort par de longues souffrances expiaient des actes sans doute vertueux aux yeux de la raison, mais qui, aux yeux du despotisme, &#233;taient les derniers des crimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mesures importantes me restaient &#224; suivre &#224; la Bastille pour assurer &#224; la nation tout l'avantage qu'elle pouvait tirer de sa conqu&#234;te. J'en dirigeai l'ex&#233;cution avec toute l'exactitude qu'un z&#232;le sans bornes peut inspirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces mesures consista &#224; d&#233;loger tout le canon de la Bastille pour en armer Paris : mes fr&#232;res d'armes, ainsi que moi, nous en f&#238;mes la distribution dans tous les districts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde mesure &#233;tait de mettre dans un s&#251;r d&#233;p&#244;t une quantit&#233; immense de papiers dans lesquels il devait se trouver de quoi transmettre &#224; la post&#233;rit&#233; l'histoire compl&#232;te des grands forfaits du despotisme en France, afin de l&#233;guer &#224; nos neveux, avec la libert&#233; consolid&#233;e, une perp&#233;tuelle horreur et un sentiment durable de d&#233;fiance contre le retour de la tyrannie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous f&#238;mes charger quatre voitures de ces papiers, que nous avions r&#233;unis tant dans des cartons que dans des caisses, et nous les d&#233;pos&#226;mes &#224; l'H&#244;tel de Ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'observe que ce n'&#233;tait encore qu'une partie des papiers de la Bastille. Le peuple, avide de p&#233;n&#233;trer dans les horribles secrets du despotisme, en avait fait la veille un tr&#232;s grand gaspillage. J'ai de Manuel&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Manuel (1751-1793), officier municipal de Paris. Mouchard de la police (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; une lettre par laquelle il m'avait annonc&#233; que le d&#233;pouillement serait fait de cette partie d&#233;pos&#233;e &#224; la Ville, et que cet extrait des atrocit&#233;s de la tyrannie recevrait la publicit&#233; la plus compl&#232;te. J'ignore pourquoi rien n'en a &#233;t&#233; fait. Mais Manuel m'a appris &#224; le conna&#238;tre : il a eu apparemment ses raisons de cacher au peuple les monstrueux secrets du despotisme. Et pourquoi le Conseil g&#233;n&#233;ral de la Commune ne met-il pas au rang de ses devoirs de les d&#233;voiler ? Ces horribles myst&#232;res appartiennent au peuple. Comme citoyen, comme membre du peuple, je somme, au nom du peuple, le Conseil g&#233;n&#233;ral de lui donner connaissance de ce d&#233;p&#244;t horrible et pr&#233;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la derni&#232;re mesure fut de d&#233;sesp&#233;rer l'aristocratie, qui pouvait croire &#224; une nouvelle r&#233;surrection, et de lui montrer la volont&#233; ferme et constante du peuple fran&#231;ais, en pr&#233;venant la r&#233;&#233;dification du monument honteux de la barbarie des rois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes harangues au peuple, pour l'engager &#224; se livrer &#224; la d&#233;molition de la Bastille, eurent un prompt effet. Un peuple dispos&#233; aux r&#233;volutions pour la libert&#233; est tr&#232;s docile aux conseils d'ex&#233;cution qui lui sont donn&#233;s pour tout ce qui lui para&#238;t tendre &#224; le faire arriver au but.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Selon l'historien G. Rud&#233;, le nombre de participants &#233;tait tr&#232;s inf&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La t&#234;te du gouverneur de la Bastille fut promen&#233;e au bout d'une pique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Louis Manuel (1751-1793), officier municipal de Paris. Mouchard de la police d'Ancien R&#233;gime, Manuel fit dispara&#238;tre les preuves de son pass&#233;, ainsi que d'autres papiers de la Bastille compromettants pour ses amis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fournier, l'aventurier</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Partage Noir</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Etrange destin&#233;e que celle de Fournier &#171; l'Am&#233;ricain &#187; ! Qualifi&#233; de &#171; brute sanguinaire &#187;, de &#171; fou &#187; (Michelet), de &#171; condottiere &#187; (Aulard), il n'a fait l'objet que de peu d'&#233;tudes et ses torts, s'il en eut, sont bien minimes &#224; c&#244;t&#233; de ceux des &#171; grandes &#187; figures de la R&#233;volution : Danton, Robespierre, Marat, H&#233;bert...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-memoires-secrets-1789-1792-fournier-l-americain-" rel="directory"&gt;M&#233;moires secrets (1789-1792) - Fournier L'Am&#233;ricain &lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton170-507bc.jpg?1774726592' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Etrange destin&#233;e que celle de Fournier &#171; l'Am&#233;ricain &#187; ! Qualifi&#233; de &#171; brute sanguinaire &#187;, de &#171; fou &#187; (Michelet), de &#171; condottiere &#187; (Aulard), il n'a fait l'objet que de peu d'&#233;tudes et ses torts, s'il en eut, sont bien minimes &#224; c&#244;t&#233; de ceux des &#171; grandes &#187; figures de la R&#233;volution : Danton, Robespierre, Marat, H&#233;bert...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;I. LES D&#201;BUTS EN R&#201;VOLUTION&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Claude Fournier est n&#233; &#224; Auzon (Haute-Loire) le 21 d&#233;cembre 1745. Fils d'un tisserand, il s'engage tr&#232;s jeune (vers quinze ans) et part aux colonies servir dans les dragons des milices bourgeoises. Il est gardien de plantation avant de fonder en 1782 une fabrique de tafia &#224; Saint-Domingue. Fournier est arr&#234;t&#233; en septembre 1783 ; sa fabrique est d&#233;truite par un incendie (criminel ?) en avril 1784. Il rentre en France ruin&#233;, vers f&#233;vrier-mars 1785. Il entreprendra de nombreuses d&#233;marches devant les tribunaux pour obtenir justice. C'est de son s&#233;jour aux &#238;les que Fournier re&#231;oit son surnom de &#171; l'Am&#233;ricain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aigri par ses probl&#232;mes, comme il le reconna&#238;t lui-m&#234;me, il joue un r&#244;le actif dans les insurrections de 1789. Peu avant la prise de la Bastille, il met sur pied une force arm&#233;e gr&#226;ce &#224; son exp&#233;rience (il est capitaine de la Garde nationale) et participe activement au combat du 14 juillet, &#224; la marche sur Versailles (5 et 6 octobre 1789), &#224; la p&#233;tition du Champ-de-Mars (17 juillet 1791), et &#224; la prise des Tuileries (10 ao&#251;t 1792).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un organisateur technique mais convaincu de la n&#233;cessit&#233; de ses actes. Pourtant, il ne tarde pas &#224; acqu&#233;rir une r&#233;putation d&#233;testable. Peu apr&#232;s le 10 ao&#251;t 1792, il est charg&#233; d'escorter des prisonniers. A Versailles, la foule s'en prit aux prisonniers, s&#233;parant ceux-ci de leur escorte dans la pagaille. On accusa Fournier d'avoir encourag&#233; le massacre, ce dont il se disculpa &#224; grand-peine tout comme d'avoir vol&#233; des effets aux prisonniers. En ces temps soup&#231;onneux, la calomnie fit son chemin. Pourtant, l'Assembl&#233;e nationale lui accorda une indemnit&#233; par l'interm&#233;diaire de Danton et de Roland (ministre girondin). En 1837, dans ses M&#233;moires, l'ancien d&#233;put&#233; montagnard Choudieu &#233;crira que ce massacre &#233;tait sans doute l'&#339;uvre de personnages influents peu d&#233;sireux de voir les prisonniers divulguer des secrets apr&#232;s la chute de la monarchie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;II. LA RADICALISATION&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si les chefs bourgeois ont eu besoin de certains agitateurs pour parvenir au pouvoir, apr&#232;s 1792 ce n'est plus le cas. M&#233;prisant les nouveaux ma&#238;tres, Fournier se radicalise. II fr&#233;quente le club des Cordeliers et se lie avec Maillard, un des vainqueurs de la Bastille, et surtout avec l'Enrag&#233; Varlet qui cherche &#224; continuer la R&#233;volution en faveur des pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une insurrection avort&#233;e le 10 mars 1793 envoie Fournier en accusation devant les d&#233;put&#233;s. Il ne d&#233;nonce pas ses amis et il est lib&#233;r&#233; faute de preuves. Mais la haine de Marat se porte sur lui. L'&#171; Ami du peuple &#187; s'inqui&#232;te de la radicalisation qui gagne les sans-culottes. Lors d'un d&#238;ner chez le banquier Perregaux (avant le 31 mai 1793) auquel de nombreux affairistes participaient (ainsi que Saint-Just), Marat assurait ses h&#244;tes que lui et ses amis jacobins n'avaient aucune intention de partager les fortunes. Et c'est Marat qui accuse Fournier de vol, de complot, d'espionnage. L'histoire n'a pas totalement r&#233;habilit&#233; Fournier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aventurier et bagarreur, Fournier ne m&#233;prise pas l'argent. Mais il est aussi un r&#233;volutionnaire. Sa sinc&#233;rit&#233; n'est pas en cause, m&#234;me si sa brutalit&#233; et son m&#233;pris le rendent peu sympathique. Il ne trafique pas sur les biens nationaux comme la plupart des leaders r&#233;volutionnaires (il mourra dans la mis&#232;re). Ses id&#233;es, quoique limit&#233;es, sont clairement en faveur du peuple. Fournier est aussi pr&#234;t &#224; l'entraide. En 1793, Babeuf est dans une mis&#232;re extr&#234;me lorsqu'il est recueilli par Fournier et entretenu pendant six semaines. Il faut noter que Babeuf s'indignera des calomnies de Marat. Peut-&#234;tre a-t-il aid&#233; Fournier &#224; r&#233;diger sa brochure A Marat journaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 31 mai 1793, plusieurs sections parisiennes nomment un comit&#233; insurrectionnel, dit de l'&#201;v&#234;ch&#233;, o&#249; si&#232;gent Varlet (le meneur), Maillard et Fournier. Le comit&#233; de l'&#201;v&#234;ch&#233; projette une marche sur la Convention pour imposer des mesures en faveur des sans-culottes. La tentative &#233;choue faute de moyens lorsqu'elle est r&#233;cup&#233;r&#233;e par les Jacobins. La dictature qui s'installe s'accompagne d'une r&#233;pression contre les Enrag&#233;s (Jean-Fran&#231;ois Varlet et Jacques Roux), qui sont arr&#234;t&#233;s vers septembre 1793. Fournier est exclu du club des Cordeliers mais tente le 12 d&#233;cembre d'entrer de force pour s'expliquer. Il est alors arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;III. APR&#200;S LA R&#201;VOLUTION&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Fournier doit attendre la chute de Robespierre pour &#234;tre lib&#233;r&#233;, le 22 septembre 1794. Mais ses capacit&#233;s d'agitateur le rendent tout aussi dangereux pour le nouveau r&#233;gime bourgeois. D&#233;but 1795, les sans-culottes affam&#233;s ont un ultime sursaut. Par mesure pr&#233;ventive, Fournier est arr&#234;t&#233; le 9 mars 1795.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les poursuites sont finalement abandonn&#233;es et Fournier se retire aux environs de Paris pour cultiver un jardin. Il se marie en 1796 avec Marthe Fonvielle, &#224; Verneuil (Yvelines aujourd'hui).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un attentat contre Bonaparte en 1801, les r&#233;volutionnaires sont arr&#234;t&#233;s. Fournier se cache &#224; Villejuif. Il est arr&#234;t&#233; en 1803 et la police l'emm&#232;ne au fort de Joux le 20 ao&#251;t 1803. Le 20 novembre, il est transf&#233;r&#233; &#224; Ol&#233;ron et finalement d&#233;port&#233; &#224; Cayenne d&#233;but 1804.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour en France en 1809 (apr&#232;s la prise de la colonie par les Anglais), Fournier participe &#224; un complot antifiscal &#224; Auxerre, en 1811. Cette fois Napol&#233;on, exc&#233;d&#233;, ordonne personnellement son transfert au ch&#226;teau d'if. Fournier revient &#224; Paris &#224; la fin de l'Empire, en avril 1814.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne semble gu&#232;re calm&#233; puisque sous la Restauration le r&#233;gime royaliste ordonne &#224; son tour son arrestation en novembre 1815 ! Laiss&#233; enfin en libert&#233; en ao&#251;t 1816, Fournier tente d'&#233;chapper &#224; la mis&#232;re par un proc&#233;d&#233; qui lui sera beaucoup reproch&#233; par les historiens. Fournier demande une pension au roi en transformant son pass&#233; en une pseudo-fid&#233;lit&#233; royaliste ! Le pouvoir refusa cette demande impudente. Sans excuser son cynisme, on doit le relativiser. &#192; 77 ans, il cherchait &#224; assurer ses vieux jours et, de fait, il mourut dans l'indigence &#224; Paris, le 27 juillet 1825. Que n'e&#251;t-il sp&#233;cul&#233; comme ces &#171; id&#233;alistes &#187; de 1793 port&#233;s aux nues par les m&#234;mes historiens ! Mais il n'est pas de notre propos de c&#233;l&#233;brer sa m&#233;moire. Sa trajectoire tumultueuse n'aurait pas un grand int&#233;r&#234;t sans ses &#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. FOURNIER ESCLAVAGISTE ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Fournier a-t-il eu des esclaves &#224; Saint-Domingue ? Certains historiens l'affirment tout en le confondant avec des homonymes : un Fournier signataire d'un trait&#233; de paix entre m&#233;tis et blancs &#224; Port-au-Prince en octobre 1791 et un Fournier arr&#234;t&#233; par Sonthonax, l'envoy&#233; de la Convention, en d&#233;cembre 1792, toujours &#224; Saint-Domingue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fournier n'&#233;tait pas planteur, mais avec ses &#233;conomies il &#233;tablit une distillerie en 1782. Poss&#233;dait-il des esclaves comme les autres &#171; petits-blancs &#187; ou les &#171; noirs libres &#187; (dont Toussaint-Louverture) ? Nous n'en savons rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne trouve pas dans les &#233;crits de Fournier de justification de l'esclavage. Au contraire, dans un texte manuscrit intitul&#233; &lt;i&gt;Id&#233;es g&#233;n&#233;rales sur les moyens de r&#233;tablir l'ordre dans les colonies de Saint-Domingue...&lt;/i&gt;, Fournier propose de distribuer des terres collectives ou individuelles aux noirs. Il est difficile d'imaginer que Fournier ait pu &#233;voluer de l'esclavagisme &#224; la loi agraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces&lt;i&gt; Id&#233;es g&#233;n&#233;rales...&lt;/i&gt; ne sont ni sign&#233;es ni dat&#233;es. Elles figurent dans les papiers de Fournier aux Archives nationales. Le manuscrit a vraisemblablement &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; entre juillet 1795 (date &#224; laquelle les Espagnols quittent Saint-Domingue) et ao&#251;t 1797 (date &#224; laquelle Toussaint-Louverture prend le contr&#244;le de l'&#238;le). Nous reproduisons ce texte int&#233;gralement, &#224; la suite des M&#233;moires secrets, avec une orthographe actualis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;V. FOURNIER, T&#201;MOIN DU PEUPLE&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Fournier n'a pas laiss&#233; une &#339;uvre th&#233;orique : quelques pamphlets tout au plus. Par contre ses souvenirs sont une mine pour les historiens. Il eut le temps de r&#233;diger ses M&#233;moires secrets, incomplets (ils vont de 1789 &#224; 1792 et de fa&#231;on lacunaire) mais instructifs par leur point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons les t&#233;moignages de notables, de bourgeois mais tr&#232;s peu du peuple. Avec Fournier, c'est le tableau de la foule r&#233;volutionnaire par l'un de ses membres. De plus le r&#233;cit est &#233;crit comme un reportage, tr&#232;s vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble Fournier est objectif. Il a joint des pi&#232;ces justificatives &#224; son manuscrit (non publi&#233;es ici) avec une conscience d'avocat. C'est que sa propre action &#233;tait aussi &#224; d&#233;fendre. L&#224;, Fournier est parfois moins objectif. Par vantardise : il pr&#233;tend avoir men&#233; 400 partisans sur la Bastille, il n'y en eut que la moiti&#233; probablement. Par honte : il cache que, peu avant la fusillade du Champ-de-Mars, il a tir&#233; un coup de pistolet sur Lafayette pour &#233;viter le massacre. En fait, le g&#233;n&#233;ral utilisa cet attentat pour justifier la r&#233;pression. Marat eut beau jeu de traiter Fournier de provocateur. Celui-ci n'avait aucune envie de rappeler sa b&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques d&#233;tails mis &#224; part, l'apport des M&#233;moires secrets est &#233;norme. C'est pourquoi nous en r&#233;&#233;ditons ici les passages les plus importants. Il n'existait qu'une &#233;dition de 1890 par Aulard, depuis &#233;puis&#233;e. Nous avons suivi la retranscription de cet historien &#224; quelques nuances pr&#232;s : actualisation de l'orthographe, suppression des fautes. Fournier &#233;crivait en homme du peuple peu instruit. Il est int&#233;ressant de le faire savoir au lecteur, mais pas &#224; toutes les pages ! On nous comprendra de ne pas donner dans le snobisme d'&#233;rudit. Par contre le sens du texte est pr&#233;serv&#233; int&#233;gralement. Gr&#226;ce &#224; ce t&#233;moignage indispensable, Fournier nous fait revivre 1789.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivez le &#171; condottiere &#187; de la R&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le groupe &#233;diteur &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>M&#233;moires secrets (1789-1792) - Fournier L'Am&#233;ricain - Brochure </title>
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		<dc:subject>R&#233;volution Fran&#231;aise (1789)</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Partage Noir - 1991&lt;/p&gt;

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