<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://partage-noir.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>PARTAGE NOIR</title>
	<link>https://www.partage-noir.fr/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://partage-noir.fr/spip.php?id_rubrique=276&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>PARTAGE NOIR</title>
		<url>http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L144xH144/siteon0_copie-9a1a7.jpg?1774693359</url>
		<link>https://www.partage-noir.fr/</link>
		<height>144</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Les mots et des choses : Le mot &#171; bourgeois &#187;</title>
		<link>http://partage-noir.fr/les-mots-et-des-choses-le-mot-bourgeois</link>
		<guid isPermaLink="true">http://partage-noir.fr/les-mots-et-des-choses-le-mot-bourgeois</guid>
		<dc:date>2023-09-23T22:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre-Valentin Berthier </dc:creator>


		<dc:subject>Espoir - CNT AIT</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sept mots ont comparu &#224; notre tribunal : &#171; r&#233;publique &#187;, &#171; d&#233;mocrate &#187;, &#171; libertaire &#187;, &#171; socialisme &#187;, &#171; anarchie &#187; (et ses d&#233;riv&#233;s), &#171; racisme &#187; et &#171; fascisme &#187;. Cela fait d&#233;j&#224; une belle brochette. Aujourd'hui, le mot &#171; bourgeois &#187; va clore la s&#233;rie, que chacun pourra toujours prolonger pour son compte par ses recherches personnelles et ses r&#233;flexions.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://partage-noir.fr/-cnt-ait-no986-24-fevrier-1982-" rel="directory"&gt;CNT AIT n&#176;986 - 24 f&#233;vrier 1982&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-espoir-cnt-ait-+" rel="tag"&gt;Espoir - CNT AIT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-3-dc81e.jpg?1774755054' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sept mots ont comparu &#224; notre tribunal : &#171; r&#233;publique &#187;, &#171; d&#233;mocrate &#187;, &#171; libertaire &#187;, &#171; socialisme &#187;, &#171; anarchie &#187; (et ses d&#233;riv&#233;s), &#171; racisme &#187; et &#171; fascisme &#187;. Cela fait d&#233;j&#224; une belle brochette. Aujourd'hui, le mot &#171; bourgeois &#187; va clore la s&#233;rie, que chacun pourra toujours prolonger pour son compte par ses recherches personnelles et ses r&#233;flexions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;VIII. - LE MOT &#171; BOURGEOIS &#187; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au sens actuel, &#171; bourgeois &#187; signifie &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;personne de la classe moyenne et dirigeante, qui ne travaille pas de ses mains&lt;/q&gt; (&lt;i&gt;Petit Robert&lt;/i&gt;, 1976) ; adjectivement, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;conservateur&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on &#233;crit l'histoire de la bourgeoisie, le mot prend un autre sens &#224; d'autres &#233;poques, parce que la bourgeoisie ne fut pas toujours une classe dirigeante. Au temps des bourgeois de Calais, et au temps o&#249; Fran&#231;ois I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; livrait passage aux troupes de Charles Quint pour qu'elles allassent mettre &#224; la raison (et &#224; la potence) les bourgeois de Gand, au temps aussi de la R&#233;volution fran&#231;aise, les bourgeois furent de rudes lutteurs qui arrach&#232;rent d'abord les franchises, les chartes et les libert&#233;s communales, et qui finirent par avoir la peau des aristocrates et des rois. Au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ayant d&#233;truit ou apprivois&#233; les restes de la classe qui les avait domin&#233;s, ils ne se battaient plus gu&#232;re que sur un front : contre la classe qu'ils exploitaient, qu'ils &#233;crasaient, c'est-&#224;-dire les paysans du patrimoine foncier et le prol&#233;tariat ouvrier que la r&#233;volution industrielle ne cesserait de faire grandir. Le mot &#171; bourgeois &#187;, jusque-l&#224; assez respectable, devint dans le peuple &#233;minemment p&#233;joratif, synonyme d'&#171; exploiteur oisif &#187;, de &#171; parasite cossu &#187; ; et, chez les intellectuels, il prit le sens de &#171; b&#233;otien ignare &#187;, de &#171; parvenu sans culture &#187;. La r&#233;pression de la Commune de Paris donna aux bourgeois fran&#231;ais un visage de buveurs de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre de 1914, que ses h&#233;ros avaient appel&#233;e de tous leurs v&#339;ux (la &#171; revanche &#187; !), la d&#233;cima, mais donna naissance &#224; une classe de nouveaux riches. La Seconde Guerre mondiale vit, en France, une partie de la bourgeoisie fanatiquement attach&#233;e &#224; Vichy, puis ce sentiment, d'ailleurs non partag&#233; par tous les bourgeois, &#233;volua au gr&#233; de la situation militaire. La rel&#232;ve a &#233;t&#233; assur&#233;e par une classe technocratique issue des rangs de la bourgeoisie dans une large proportion, avec un peu de sang populaire infus&#233; &#224; la faveur des r&#233;formes d&#233;mocratiques. Le profil du bourgeois actuel, compar&#233; &#224; celui de son pr&#233;d&#233;cesseur d'avant la Premi&#232;re Guerre mondiale, est &#224; peine reconnaissable. Le fait de &#171; ne pas travailler de ses mains &#187; a perdu de son importance ; gr&#226;ce au machinisme, on conna&#238;t des industries o&#249; l'intervention de la main est devenue si accessoire que l'ouvrier a fini par perdre la dext&#233;rit&#233; qui fit l'orgueil des artisans de nagu&#232;re, et que l'on observe encore chez le petit t&#226;cheron marocain ou kashmiri. D'autre part, il est des commer&#231;ants r&#233;pertori&#233;s peu ou prou dans la petite bourgeoisie marchande et qui, du matin au soir, coltinent des cageots de l&#233;gumes ou des rouleaux de linol&#233;um et triment aussi durement qu'en atelier. La d&#233;finition du substantif n'est donc plus tr&#232;s exacte. Ce qui reste constant, c'est la diff&#233;rence de compte en banque. L'ouvrier terrassier ou fondeur pay&#233; au SMIC qui aura gagn&#233; une centaine de francs dans sa journ&#233;e ira, le soir, consulter son oculiste et, pour un quart d'heure d'examen, lui laissera sa paye quotidienne. On dira qu'il n'est pas &#224; plaindre, puisque la S&#233;curit&#233; sociale le remboursera. Soit. Mais la comparaison entre les gains de l'un et de l'autre, qui sont cependant des travailleurs &#233;galement utiles &#224; la soci&#233;t&#233;, c'est toute la diff&#233;rence entre le statut prol&#233;tarien et le statut bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; bourgeois &#187; est aussi un adjectif. On dit : &#171; l'esprit bourgeois &#187;, &#171; l'esprit petit-bourgeois &#187;. L'&#233;pith&#232;te est pejorative. On entend par l&#224; un esprit m&#233;diocre, &#233;go&#239;ste, ramass&#233; sur lui-m&#234;me, contemplateur de son nombril, et ferm&#233; aux innovations, hostile aux changements, aux r&#233;formes, et naturellement &#224; toute initiative d'essence r&#233;volutionnaire ; bref, un esprit sans ambition ni dimension, sans hardiesse, platement conservateur et f&#233;ru d'immobilisme. Une position un peu assise dans une fortune m&#234;me modeste pr&#233;dispose &#224; cet embourgeoisement les gens d&#233;nu&#233;s de toute largeur d'id&#233;es, les intelligences au-dessous de la moyenne, les sots. L&#224; se recrutent des &#233;l&#233;ments r&#233;trogrades qui peuvent alimenter les op&#233;rations douteuses, les aventures fascistes, les mauvais coups. Mais, bien entendu, il ne faut pas g&#233;n&#233;raliser ; il existe aussi des gens de condition ais&#233;e qui raisonnent convenablement et ne freinent pas de fa&#231;on syst&#233;matique l'&#233;volution en ce qu'elle a de favorable. Dans ce que la civilisation bourgeoise aura laiss&#233;, il y aura un tri &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bourgeois &#187; est devenu une injure souvent lanc&#233;e sans raison. Par exemple, un adepte du reggae traitera de &#171; bourgeois &#187; quelqu'un qui aime la musique classique. Des fervents de la po&#233;sie libre, herm&#233;tique et &#233;chevel&#233;e qualifieront de &#171; bourgeois &#187; celui qui pr&#233;f&#232;re la po&#233;sie rim&#233;e et rythm&#233;e selon les canons de la versification traditionnelle. C'est un abus de mot. Si, comme il appert de la terminologie en vogue, &#171; bourgeois &#187; signifie &#171; conformiste &#187;, l'&#233;pith&#232;te, en tant qu'injure, n'a plus grand sens, car il existe un conformisme de l'anticonformisme qui, surtout dans le domaine des arts et des lettres, fait r&#233;gner une sorte de dictature culturelle &#8212; ou anti culturelle &#8212; qui se pr&#233;tend le fin du fin de la lib&#233;ration de l'homme et de l'esprit, alors qu'il n'est souvent qu'une soumission aux vogues momentan&#233;es ou &#224; des modes orchestr&#233;es de haut et de loin. On rencontre cela en po&#233;sie, en musique, en peinture, en sculpture ; cela est tr&#232;s apparent dans le matraquage mercantile et obsessionnel de la chanson et dans le monopole que se sont assur&#233; les &#171; po&#232;tes &#187; illisibles. Vous r&#233;calcitrez ? Vous n'&#234;tes qu'un &#171; bourgeois &#187; ! Heureusement, nous sommes blind&#233;s contre des invectives faciles. On sera toujours le &#171; bourgeois &#187; ou le &#171; bougnoul &#187; de quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Faut-il continuer ? Nous le pourrions, bien s&#251;r. Il serait ais&#233; de d&#233;montrer que des notions r&#233;put&#233;es solides, comme celle de la droite et de la gauche, sont affect&#233;es de tant d'&#233;quivoque qu'il est parfois t&#233;m&#233;raire de s'y r&#233;f&#233;rer. Pour le Fran&#231;ais moyen, Giscard d'Estaing est de droite et Mitterrand de gauche. Mais Guy Mollet, qu'&#233;tait-il ? Evidemment, il &#233;tait de gauche quand il chantait &lt;i&gt;l'Internationale&lt;/i&gt; dans les congr&#232;s de son parti, pour animer la s&#233;ance de cl&#244;ture, mais il &#233;tait de droite quand, &#233;lu pour mettre fin &#224; la guerre d'Alg&#233;rie, il envoyait le contingent au-del&#224; de la M&#233;diterran&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait discuter du mot &#171; la&#239;c &#187;, se demander si, usit&#233; relativement &#224; la religion, il doit l'&#234;tre par rapport &#224; la politique, et si un parti, f&#251;t-il ath&#233;e, est la&#239;c quand il embrigade et endoctrine la jeunesse. De m&#234;me, &#224; propos de l'antinomie entre &#171; r&#233;volutionnaire &#187; et &#171; r&#233;formiste &#187;, on serait tent&#233; de montrer que beaucoup de &#171; r&#233;formistes &#187; le sont parce qu'ils ont perdu toute croyance dans la possibilit&#233; d'une r&#233;volution qui leur para&#238;t pourtant n&#233;cessaire, tandis que beaucoup de &#171; r&#233;volutionnaires &#187; acceptent faute de mieux les am&#233;liorations dites &#171; r&#233;formistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut savoir se limiter, c'est pourquoi nous nous arr&#234;terons ici. Ces huit mots que nous avons d&#233;cortiqu&#233;s dans leur sens en &#233;volution ne forment qu'une faible partie du vocabulaire politique. Chacun peut s'ing&#233;nier &#224; en &#233;tudier d'autres ; c'est une entreprise qui peut &#234;tre intellectuellement fructueuse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
