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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Interview de Ronald Creagh (suite et fin)</title>
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		<dc:date>2023-09-11T22:30:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>Ronald Creagh</dc:subject>
		<dc:subject>Archives du Monde libertaire</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Monde Libertaire&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un des grands mouvements communautaires de ces derni&#232;res d&#233;cennies est n&#233; aux Etats-Unis : c'est le mouvement hippie. Tout le monde se souvient de &#171; Peace and love &#187; et des colliers de fleurs. Mais que reste-t-il aujourd'hui de ces ann&#233;es d'esp&#233;rance ? Un folklore ? Un bon souvenir ? Ronald Creagh, auteur de &lt;i&gt;Laboratoire de l'utopie&lt;/i&gt;, ouvrage sur les communaut&#233;s libertaires aux Etats-Unis, dans la suite de l'interview faite lors du colloque de Carcassonne, dont nous avons publi&#233; la premi&#232;re partie dans le &lt;i&gt;Monde libertaire&lt;/i&gt; n&#176;511, nous a expliqu&#233; en quoi ce mouvement lui semble avoir eu une influence importante sur diff&#233;rents courants de pens&#233;e actuels.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-le-monde-libertaire-no512-du-5-janvier-1984-" rel="directory"&gt;Le Monde libertaire n&#176;512 du 5 janvier 1984&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-ronald-creagh-+" rel="tag"&gt;Ronald Creagh&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-archives-du-monde-libertaire-+" rel="tag"&gt;Archives du Monde libertaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-le-monde-libertaire-173-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Monde Libertaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-2-3-b89ba.jpg?1774699822' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un des grands mouvements communautaires de ces derni&#232;res d&#233;cennies est n&#233; aux &#201;tats-Unis : c'est le mouvement hippie. Tout le monde se souvient de &#171; Peace and love &#187; et des colliers de fleurs. Mais que reste-t-il aujourd'hui de ces ann&#233;es d'esp&#233;rance ? Un folklore ? Un bon souvenir ? Ronald Creagh, auteur de &lt;i&gt;Laboratoire de l'utopie&lt;/i&gt;, ouvrage sur les communaut&#233;s libertaires aux &#201;tats-Unis, dans la suite de l'interview faite lors du colloque de Carcassonne, dont nous avons publi&#233; la premi&#232;re partie dans le &lt;i&gt;Monde libertaire&lt;/i&gt; n&#176;511, nous a expliqu&#233; en quoi ce mouvement lui semble avoir eu une influence importante sur diff&#233;rents courants de pens&#233;e actuels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Le Monde libertaire :&lt;/strong&gt; On ne peut pas parler de l'utopie communautaire. aux &#201;tats-Unis sans. parler du ph&#233;nom&#232;ne hippie ! &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt; Ronald Creagh : &lt;/strong&gt; Le ph&#233;nom&#232;ne hippie est apparu aux &#201;tats-Unis &#224; partir des ann&#233;es 1950-1960, sous un certain nombres d'influences. D'une part, de po&#232;tes, de musiciens ; d'autre part, c'est aussi la red&#233;couverte des Indiens et de leur philosophie de la nature, une critique de la soci&#233;t&#233; de consommation, et finalement parfois une contestation radicale de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine qui &#233;tait alors en pleine guerre du Vi&#234;t-Nam. Ce ph&#233;nom&#232;ne prit une ampleur consid&#233;rable &#224; cause des mass-m&#233;dias qui lui ont donn&#233; un caract&#232;re spectaculaire, de mode, en fin de compte qui l'a tu&#233;, parce que le mouvement n'a plus suivi un rythme de d&#233;veloppement &#224; taille humaine. Il est devenu un ph&#233;nom&#232;ne de vogue. Le dimanche, on allait voir en famille les communaut&#233;s hippies comme on va au jardin zoologique. Cela pose d'ailleurs un probl&#232;me int&#233;ressant ; comment les mass-m&#233;dias peuvent-elles acc&#233;l&#233;rer les rythmes de transformation des choses en les mettant sous une forme telle que les mouvements les plus r&#233;volutionnaires au sens tr&#232;s large peuvent &#234;tre imm&#233;diatement d&#233;truits en devenant pur spectacle. Les Hippies ont form&#233; de nombreuses communaut&#233;s regroupant quelque fois plusieurs milliers de personnes dans diff&#233;rentes r&#233;gions des &#201;tats-Unis. Il y a un ph&#233;nom&#232;ne absolument essentiel dans ces communaut&#233;s, surtout dans les communaut&#233;s libertaires, celles qui m'int&#233;resse, c'est que chacune d'entre elles a voulu rester unique et ne s'est jamais propos&#233;e comme un mod&#232;le aux autres communaut&#233;s. C'&#233;taient des personnes tr&#232;s particuli&#232;res qui voulaient faire leur exp&#233;rience avec les gens avec qui elles &#233;taient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, ces communaut&#233;s ont &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;ph&#233;m&#232;res, beaucoup plus &#233;ph&#233;m&#232;res que les communaut&#233;s pr&#233;c&#233;dentes, pour une raison fondamentale, c'est que les communaut&#233;s utopiques, les communaut&#233;s de Hippies n'ont jamais &#233;t&#233; un but en soi, mais seulement un moyen. C'&#233;tait un moyen de se r&#233;aliser sur un plan personnel, sur le plan de d&#233;couverte communautaire ; il y avait un refus tr&#232;s volontaire et tr&#232;s conscient d'institutionnaliser le mouvement et de l'enfermer de nouveau dans des appareils bureaucratiques, ceci &#233;tant il y a tout de m&#234;me des communaut&#233;s qui durent depuis de nombreuses ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Le M.L. :&lt;/strong&gt; Peut-on avoir une id&#233;e de la vie quotidienne de ces communaut&#233;s ? Se diff&#233;rencie-t-elle de la vie dans les communaut&#233;s qui ont pr&#233;c&#233;d&#233;, par exemple au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;R. C. :&lt;/strong&gt; Bien que tr&#232;s variable, la vie dans les communaut&#233;s hippies est pourtant moins vari&#233;e que dans les communaut&#233;s du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. La tradition communautaire remonte &#224; plusieurs si&#232;cles d&#233;j&#224;. Aux &#201;tats-Unis, on nous signale des communaut&#233;s libertaires d&#232;s le d&#233;but du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. A cette &#233;poque-l&#224; une grande part &#233;tait donn&#233;e &#224; l'imagination, avec des exp&#233;riences assez fantastiques. Je pense par exemple &#224; la communaut&#233; des &#171; Temps modernes &#187; o&#249; l'on plante des orangers, pour que les visiteurs ne soient pas humili&#233;s d'avoir &#224; demander leur nourriture, et puissent cueillir des fruits dans la rue ; o&#249; l'on fait des rues aux quatre coins de la maison pour que les gens puissent sortir sans &#234;tre vus du voisin qu'ils ne voudraient pas voir. Je pense aussi &#224; d'autres communaut&#233;s o&#249; avant de pouvoir y habiter, on demandait aux voisins s'ils &#233;taient d'accord ; c'&#233;tait une grande libert&#233; que de pouvoir choisir ses voisins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces communaut&#233;s, les f&#234;tes prenaient une grande place et des formes tr&#232;s diff&#233;rentes suivant les &#233;poques. Le travail prenait une place extr&#234;mement variable d'une communaut&#233; &#224; une autre. Les communaut&#233;s r&#233;centes ont donn&#233; au travail une part excessive, &#224; mon avis, parce qu'elles ont voulu s'enfermer dans l'autarcie rurale, qui posait des probl&#232;mes &#233;normes de stabilit&#233;, surtout quand on connait le climat am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communaut&#233;s du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle n'ont pas eu les m&#234;mes probl&#232;mes, parce qu'elles n'ont pas refus&#233; l'artisanat et m&#234;me &#233;ventuellement l'industrie, mais elles ont utilis&#233; des formes industrielles que je dirais douces, je pense, par exemple, &#224; la communaut&#233; de &#171; La Nouvelle Harmonie &#187;, elle a construit des meubles qui ne pouvaient pas &#234;tre rong&#233;s par les termites, elle avait fait des briques en terre qui gardaient la chaleur l'hiver et rendait la fra&#238;cheur l'&#233;t&#233;, elle utilisait des teintures naturelles pour teindre les v&#234;tements, et ainsi de suite. Il y avait une utilisation du milieu qui &#233;tait pens&#233;e par les gens eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des conceptions du travail tr&#232;s diff&#233;rentes ; aussi bien des communaut&#233;s o&#249; l'on d&#233;cide de travailler tous en commun, et d'autres o&#249; chacun travaille pour son compte. Il y a toutes les formes ; les plus vari&#233;es, depuis l'ind&#233;pendante totale de chaque individu au sein de la communaut&#233; jusqu'au contraire la volont&#233; de communaut&#233; totale, y compris m&#234;me au niveau sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Le M.L. : &lt;/strong&gt; Quel est l'h&#233;ritage que nous ont laiss&#233; les communaut&#233;s hippies ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;R. C. :&lt;/strong&gt; Eh bien, je crois que le premier h&#233;ritage des communaut&#233;s hippies, c'est le mouvement &#233;cologique. C'est le grand courant qui s'efforce de ne plus penser les relations &#224; la nature en termes de production. Mais il consid&#232;re l'homme comme faisant partie int&#233;grante de la nature et en &#233;tablissant avec elle un type de relations qui soit tout &#224; fait diff&#233;rent. Ceci est une perspective totalement oppos&#233;e aussi bien &#224; la perspective capitaliste qu'&#224; la perspective marxiste, qui l'une et l'autre consid&#232;rent la terre comme un outil, et non pas comme un &#233;l&#233;ment de nous-m&#234;me. Consid&#233;rer la nature comme un outil, c'est consid&#233;rer notre corps comme un outil, c'est donc aussi vouloir domestiquer nos corps, les asservir &#224; toute une technologie. On pourrait dire que le mouvement &#233;cologiste est un mouvement de retour au pass&#233;, c'est vrai, mais il y a quand m&#234;me une question qui est pos&#233;e, est-ce que lorsque l'on va en direction d'une impasse, il y a une autre solution que de faire machine arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre aspect, c'est l'importance de la d&#233;centralisation, l'importance de la prise en charge par les gens eux-m&#234;mes. Non pas une d&#233;centralisation provoqu&#233;e par le haut qui consiste &#224; donner aux petits notables de la base, tout pouvoir sur leurs administr&#233;s, mais les gens prennent eux-m&#234;mes, et tout de suite, leur vie en main, sans plus attendre les jours meilleurs d'une r&#233;volution hypoth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il semble se d&#233;gager une alternative &#224; la fois au socialisme classique et au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Le M.L. :&lt;/strong&gt; Le mouvement hippie a redonn&#233; un souffle nouveau au mouvement antimilitariste, peux-tu nous en dire quelques mots ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;R. C. :&lt;/strong&gt; Ce sont les hippies qui ont vulgaris&#233; le slogan &#171; Faites l'amour, pas la guerre &#187;, ils donnaient des fleurs aux soldats et ils ont redonn&#233; de l'importance &#224; l'amour et donc au d&#233;sir. Je crois que l&#224;, il y a un lien extr&#234;mement important. Le mouvement antimilitariste est li&#233; en partie au mouvement hippie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Le M.L. :&lt;/strong&gt; Et la lib&#233;ration sexuelle &#8212; disons la lib&#233;ration des m&#339;urs ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;R. C. :&lt;/strong&gt; Je pense qu'elle n'est pas n&#233;e du mouvement hippie, elle est n&#233;e un peu avant, dans les mouvements qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; le mouvement hippie, mais disons qu'elle a r&#233;ussi &#224; trouver sa premi&#232;re concr&#233;tisation, sa premi&#232;re forme d'expression dans ces communaut&#233;s l&#224;, justement les femmes et les hommes ont pu repenser leurs relations sexuelles. La preuve d'ailleurs, c'est que &#233;norm&#233;ment de couples se sont ensuite d&#233;faits et r&#233;form&#233;s tout &#224; fait autrement apr&#232;s &#234;tre pass&#233;s dans ces communaut&#233;s. Les communaut&#233;s hippies, les communaut&#233;s utopiques en g&#233;n&#233;ral remettent tr&#232;s fortement en cause les relations qui avaient &#233;t&#233; &#233;tablies avant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Le M.L. :&lt;/strong&gt; Ou en est le mouvement aujourd'hui aux &#201;tats-Unis ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;R. C. :&lt;/strong&gt; L&#224; encore, c'est une fa&#231;on pour les m&#233;dias de nous dire que les ann&#233;e 60 sont mortes, le mouvement est mort, or le mouvement, heureusement, ou h&#233;las, est toujours bien vivant. Il y a eu en d&#233;cembre 82, aux &#201;tats-Unis, la manifestation antinucl&#233;aire la plus importante de l'histoire &#8212; on en a m&#234;me pas parl&#233; en France. Elle a r&#233;uni plus d'un million de personnes &#224; New-York ! Et ceci aussi est un h&#233;ritage du mouvement ; la diff&#233;rence importante aujourd'hui, c'est que les m&#233;dias n'en parlent plus, d'un c&#244;t&#233; parce qu'ils cherchent &#224; &#233;touffer le mouvement, et d'autre part parce que ces groupes m&#234;me se m&#233;fient des m&#233;dias, et travaillent avec leurs propres circuits d'information.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Carolina et Jean&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://anarlivres.free.fr/pages/biblio/complements/creagh.html" class="spip_out"&gt;Bibliographie r&#233;alis&#233;e par Anaralivres&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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