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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>[01] Augustin Souchy - Simon Radowitzsky</title>
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		<dc:date>2020-08-15T22:06:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Augustin Souchy</dc:creator>


		<dc:subject>Sim&#243;n Radowitzky</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui aurait pu pr&#233;voir que le petit Simon Radowitzky, n&#233; en 1889 dans le village ukrainien de Stepanitz, deviendrait le 14 novembre 1909 l'auteur d'un attentat contre le pr&#233;fet de police de Buenos Aires, et expierait cet acte en passant 21 ans dans le sinistre p&#233;nitencier d'Ushuaia en Terre de Feu ? Qu'est-ce qui poussa cet adolescent sentimental &#224; cet acte de violence si &#233;tranger &#224; sa personnalit&#233; ? On ne peut comprendre cette trag&#233;die humaine qu'en la resituant dans le contexte social de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-augustin-souchy-4-attention-anarchiste-" rel="directory"&gt;Augustin Souchy 4 - Attention : anarchiste !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-simon-radowitzky-+" rel="tag"&gt;Sim&#243;n Radowitzky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton602-7e861.jpg?1774697559' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qui aurait pu pr&#233;voir que le petit Simon Radowitzky, n&#233; en 1889 dans le village ukrainien de Stepanitz, deviendrait le 14 novembre 1909 l'auteur d'un attentat contre le pr&#233;fet de police de Buenos Aires, et expierait cet acte en passant 21 ans dans le sinistre p&#233;nitencier d'Ushuaia en Terre de Feu ? Qu'est-ce qui poussa cet adolescent sentimental &#224; cet acte de violence si &#233;tranger &#224; sa personnalit&#233; ? On ne peut comprendre cette trag&#233;die humaine qu'en la resituant dans le contexte social de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'assurer une &#233;ducation scolaire &#224; ses enfants, le p&#232;re de Radowitzky, &#233;lev&#233; dans le Talmud, s'&#233;tablit avec sa famille dans la ville industrielle voisine, Iekaterinoslav. Le jeune Simon apprit ainsi les rudiments de la lecture, de l'&#233;cri&#173;ture et du calcul. Mais la mis&#232;re for&#231;a le p&#232;re &#224; retirer son enfant, &#226;g&#233; de dix ans, de l'&#233;cole. Apprenti serrurier, Simon &#233;tait nourri et log&#233;, mais il lui fallait travailler de six heures le matin &#224; huit heures le soir, avec seulement de courtes pauses pour manger. L'enfant, qui n'avait pas encore onze ans, dormait sur une couchette, sous la table de l'appartement du ma&#238;tre. De l&#224;, il pouvait jusque tard dans la nuit suivre les conversations des camarades d'&#233;tudes de la fille du ma&#238;tre, qui parlaient de politique, de l'oppression du peuple par le r&#233;gime tsariste et des luttes de lib&#233;ration sociales. Des mots nouveaux, des id&#233;es &#233;tranges, un monde inconnu se r&#233;v&#233;laient &#224; lui. Ces &#171; cours du soir &#187; &#8212; comme il les appela plus tard en m'en parlant &#8212; eurent une grande influence sur la formation intellectuelle du jeune indiscret, ainsi que sur son futur militantisme socialiste r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quatorze ans, Simon Radowitzky entra dans une usine m&#233;tallurgique de Iekaterinoslav. En 1904, les ouvriers de l'en&#173;treprise se mirent en gr&#232;ve pour l'abaissement de la journ&#233;e de travail de 12 &#224; 10 heures. Au cours d'une charge de cosa&#173;ques contre une manifestation de rue des gr&#233;vistes, le jeune ouvrier m&#233;tallo est si gri&#232;vement bless&#233; d'un coup de sabre &#224; la poitrine qu'il doit rester six mois clou&#233; sur un lit d'h&#244;pi&#173;tal. A peine r&#233;tabli, le jeune socialiste de quinze ans est condamn&#233; &#224; quatre mois de prison pour diffusion de tracts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la R&#233;volution de 1905 qui va fixer le sort de Radowitzky. La temp&#234;te d'indignation qui soul&#232;ve toute la Russie, apr&#232;s le dimanche sanglant de Saint-Petersbourg du 22 juillet 1905, souffle aussi sur Iekaterinoslav. Simon Radowitzky, qui malgr&#233; son &#226;ge est &#233;lu second secr&#233;taire du soviet (conseil d'entreprise) de l'usine Brandsi Zavot, fait hurler les sir&#232;nes : c'est le signal convenu entre les ouvriers pour descendre dons la rue. Cette audace pouvait co&#251;ter la d&#233;portation en Sib&#233;rie au jeune homme de seize ans. Press&#233; par ses parents et amis de fuir &#224; l'&#233;tranger, il parvint &#224; s'embarquer &#224; Hambourg en direction de l'Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui l'attend dans cette &#171; terra incognita &#187; qu'est pour lui le nouveau continent ? Va-t-il concentrer ses jeunes &#233;nergies sur l'acquisition de richesses personnelles ? Ou va-t-il prendre part aux luttes ouvri&#232;res dans cette nouvelle r&#233;gion ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le jeune immigrant n'a gu&#232;re comme bagage qu'un c&#339;ur qui bat avec passion. Il trouve un travail &#224; la forge Zamboni, adh&#232;re au syn&#173;dicat, apprend la langue du pays et lit le quotidien anarchiste &lt;i&gt;La Pro&#173;testa&lt;/i&gt;. Il y trouve les id&#233;es et les fondements th&#233;oriques de ce que, jusque-l&#224;, il ne connaissait que par ses actes. Les libert&#233;s politiques existent bien au pays de La Plata, mais l'exploitation, la mis&#232;re et l'ignorance y r&#232;gnent aussi, et les travailleurs doivent se battre pour l'am&#233;liora&#173;tion de leur condition &#233;conomique et leur promotion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1909, jour ch&#244;m&#233; dans toute l'Am&#233;rique latine en souvenir des martyrs de Chicago, les syndicats organisent, comme les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, leur traditionnelle manifestation. Ils revendiquent le raccourcissement de la journ&#233;e de travail, qui varie de dix &#224; douze heures, et l'am&#233;lioration des conditions de travail. Le colonel Ram&#243;n Falc&#243;n, pr&#233;fet de police de Buenos Aires a bien interdit la manifestation, mais les travailleurs entendent faire respecter leur droit, garanti par la Constitution. Trente mille manifestants sont rassembl&#233;s sur la Plaza Lorea ... Le colonel Falc&#243;n, arriv&#233; avec ses policiers, donne l'ordre de tirer. Bilan : huit morts, quarante bless&#233;s. Le massacre soul&#232;ve l'indignation. Les ouvriers de&#173;mandent la destitution et la condamnation de la brute, soutenue par le gouvernement. Le lendemain, la gr&#232;ve de protes&#173;tation, appel&#233;e par les syndicats, paralyse tout le pays. Le gouvernement ferme les syndicats, interdit la presse ouvri&#232;re et arr&#234;te tous les leaders ouvriers radicaux. Une semaine plus tard, le calme est revenu, les prisonniers sont lib&#233;r&#233;s, les journaux peuvent repara&#238;tre et les syndicats reprendre leurs activit&#233;s, les ouvriers retournent au travail. Quant au pr&#233;fet de police coupable, il reste en fonction, aucun juge ne lui demande des comptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon Radowitzky, qui &#233;tait pr&#233;sent &#224; la manifestation et a vu tomber des camarades &#224; ses c&#244;t&#233;s, se souvient de ce que lui ont fait les cosaques de la Russie tsariste. Le besoin de solidarit&#233; et de justice le tenaille : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;S'il n'y a pas de jus&#173;tice en haut, me suis-je dit, il faut qu'elle vienne d'en bas ; et si la conscience collective manque, la conscience individuelle doit y suppl&#233;er ; c'est ce qui me poussa, &#224; l'&#226;ge de dix&#173;-neuf ans &#224; faire vengeance&lt;/q&gt;, me raconta-t-il trente ans apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 novembre 1909, six mois apr&#232;s les sanglants &#233;v&#233;nements de mai, les journaux du soir annoncent en grandes manchettes que le pr&#233;fet de police Ram&#243;n Falc&#243;n a &#233;t&#233; victime d'un attentat. Les travailleurs apprennent la nouvelle avec satisfaction, mais c'est la panique au gouvernement. Dans l'hypoth&#232;se d'un complot anarchiste pr&#233;m&#233;dit&#233;, il prend des mesures draconiennes. L'&#233;tat d'urgence est proclam&#233; pour deux mois, la conf&#233;d&#233;ration syndicale FORA est dissoute, la presse socialiste et anarchiste interdite, de nombreuses personnes sont arr&#234;t&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t cependant, on apprend que l'auteur de l'attentat est un solitaire, qui a projet&#233; tout seul l'attentat, l'a lui-&#173;m&#234;me pr&#233;par&#233; et a agi sans l'aide de quiconque. Il a lui-m&#234;me pr&#233;par&#233; l'explosif dans l'atelier o&#249; il travaillait comme serrurier, s'est achet&#233; un revolver avec l'argent qu'il a &#233;pargn&#233; sur son salaire. La bombe lanc&#233;e dans la cal&#232;che a tu&#233; la victime sur le coup. Mais, dans la nervosit&#233;, l'auteur de l'attentat, qui a dirig&#233; l'arme contre lui pour se soustraire &#224; l'arrestation, rate son suicide. La balle &#233;vite le c&#339;ur. La blessure est s&#233;rieuse mais non mortelle. Devant le juge, Si&#173;mon Radowitzky d&#233;clare : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'ai tu&#233; l'homme qui a commis le massacre des ouvriers, le premier mai, &#224; la t&#234;te de ses cosaques. Comme beaucoup d'autres, mon c&#339;ur saigna cet apr&#232;s-midi-l&#224;. Mon acte fut un acte de justice. J'aspire &#224; un avenir meilleur, plus libre, plus digne pour l'humanit&#233;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peine de mort ne peut &#234;tre prononc&#233;e contre l'accus&#233;, encore mineur. Il est condamn&#233; &#224; la r&#233;clusion &#224; perp&#233;tuit&#233;, dont vingt ans &#224; l'isolement. Il devra purger sa peine au sinistre p&#233;nitencier d'Ushuaia, en Terre de Feu. Il va d&#233;sormais y passer sa triste existence, bien souvent au pain sec et &#224; l'eau, dans des cachots humides et sombres. Il est trait&#233; avec d'autant plus de s&#233;v&#233;rit&#233; par le directeur de la prison qu'il ne regrette pas son geste.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_536 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L200xH292/sans_titre-1-5-64382.jpg?1774762770' width='200' height='292' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Dix ans avaient pass&#233;. En vain ses compagnons d'id&#233;es, les syndicats et les socialistes avaient demand&#233; la lib&#233;ration du prisonnier enterr&#233; vivant dans la lointaine Terre de Feu. De temps &#224; autre, des r&#233;cits faisaient mention du comportement exemplaire de l'auteur de l'attentat politique, qui, malgr&#233; toutes les mis&#232;res, conservait sa dignit&#233; et faisait constamment preuve de solidarit&#233; avec ses compagnons de bagne. La presse lib&#233;rale s'int&#233;ressait &#224; lui. Des intellectuels de gauche et des philanthropes bourgeois, consid&#233;rant que dix ans suffisaient &#224; expier un acte d&#233;sint&#233;ress&#233;, firent chorus pour demander l'amnistie. La lib&#233;ration attendue pour le jour de ses dix ans de prison n'ayant pas eu lieu, des compagnons d'id&#233;es voulurent l'aider &#224; fuir. Le plan r&#233;ussit, le fugitif et les complices d&#233;barqu&#232;rent, pleins d'esp&#233;rance comme jadis Magellan, &#224; la pointe sud du Chili, pr&#232;s de Punta Arenas. Mais l'optimisme tourna &#224; la d&#233;ception lorsque les Chiliens ramen&#232;rent le c&#233;l&#232;bre mais redout&#233; auteur d'attentat dans son froid enfer de la Terre de Feu. Une nouvelle p&#233;riode de souffrance commen&#231;ait pour le prisonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une commission parlementaire, venue enqu&#234;ter sur le terrain &#233;crivit dans son rapport que les d&#233;tenus y &#233;taient trait&#233;s inhumainement et que le p&#233;nitencier d'Ushuaia n'avait nullement vol&#233; sa sinistre r&#233;putation. La campagne pour la gr&#226;ce de Radowitzky reprit de plus belle, mais il fallut encore onze ans pour qu'elle aboutisse. Ce fut se&#241;ora Medina de Botano, &#233;pouse de l'&#233;diteur du quotidien lib&#233;ral &lt;i&gt;Cr&#237;tica&lt;/i&gt;, qui r&#233;ussit &#224; obtenir du pr&#233;sident Yrigoyen la lib&#233;ration du c&#233;l&#232;bre prisonnier en 1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Radowitzky entama sa peine, il &#233;tait un jeune homme de dix-neuf ans plein d'avenir ; lorsqu'il quitta le p&#233;nitencier, c'&#233;tait un homme m&#251;r de quarante ans. Sa sant&#233; &#233;tait fortement &#233;branl&#233;e, mais son esprit &#233;tait intact. Vingt et un ans de souffrances physiques et morales n'avaient pas r&#233;ussi &#224; &#233;branler sa foi en l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expuls&#233; d'Argentine, Simon Radowitzky trouve asile dans l'Uruguay voisin. Avec le premier argent qu'il gagne une fois libre, il offre des cadeaux &#224; ses amis et &#224; leurs enfants : faire la joie des autres lui procure le bonheur et l'apaisement. Le professeur Luce Fabbri rapporte &#224; propos des premiers temps de son s&#233;jour &#224; Montevideo :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Un jour, il vint avec une belle serviette qu'il m'offrit. Je lui recommandai de faire attention &#224; ses maigres moyens et do ne pas &#234;tre aussi g&#233;n&#233;reux. Il me regarda chagrin&#233; et r&#233;pondit tout bas : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'ai &#233;t&#233; si longtemps priv&#233; de ce bonheur d'offrir&lt;/q&gt;. Je venais de lui g&#226;ter sa joie.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ses dizaines d'ann&#233;es de cellule, Simon Radowitzky n'&#233;tait pas homme &#224; se retirer dans sa coquille. Apr&#232;s le coup d'&#201;tat de mars 1933 en Uruguay, il s'engagea dans la lutte clandestine contre le dictateur Gabriel Terra. Il fut arr&#234;t&#233; et d&#233;port&#233; sur une &#238;le d&#233;serte (Isla de Flores). L'ambassade sovi&#233;tique lui offrit de retourner dans son pays natal, mais il refusa d'aller dans un pays o&#249; ses compagnons d'id&#233;es &#233;taient eux-m&#234;mes pers&#233;cut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie de Simon Radowitzky, ses actions et ses souffrances m'&#233;taient depuis longtemps connues lorsque je le rencontrai. Dans les ann&#233;es vingt, je m'&#233;tais efforc&#233; d'attirer l'attention du public sur son cas, par des articles dans la presse de gauche en Su&#232;de et en Allemagne. Le 6 d&#233;cembre 1929, je pris la parole avec Rudolf Rocker, lors d'un meeting de protestation &#224; la Boekers Fests&#228;le de Berlin, Weberstra&#223;e 17, &#224; propos de Radowitzkv. L'assembl&#233;e adopta une r&#233;solution demandant l'amnistie au gouvernement argentin.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_535 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L252xH588/casanova02-399cb.jpg?1774762770' width='252' height='588' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;span style=&#034;float:left;&#034;&gt;&lt;small&gt;Sim&#243;n Radowitzky sur le front d'Aragon pendant la guerre civile espagnole en 1937.&lt;/small&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1936, &#224; Barcelone, que je fis personnellement connaissance avec le silencieux prisonnier d'Ushuaia. Il &#233;tait venu en Espagne afin de prendre part &#224; la lutte contre le putsch du g&#233;n&#233;ral Franco et participer &#224; la r&#233;volution so&#173;ciale. L'homme de quarante-sept ans partit comme milicien sur le front d'Aragon et travailla plus tard &#224; la commission culturelle des syndicats. Son visage aux traits r&#233;guliers laissait voir un &#234;tre &#233;quilibr&#233;, son fort menton indiquait l'&#233;nergie et la d&#233;cision, ses yeux luisaient de bont&#233;. Il pla&#231;a toujours l'abn&#233;gation au-dessus de son int&#233;r&#234;t particulier : lorsqu'en pleine p&#233;nurie alimentaire, une bouteille de lait lui &#233;chouait entre les mains, il en faisait imm&#233;diatement don &#224; une femme enceinte, disant qu'elle avait plus besoin de ce lait que lui&#173;-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;faite de la R&#233;publique, Radowitzky trouva une nouvelle patrie dans le Mexique hospitalier, en tant que r&#233;fugi&#233; espagnol, sous le nom de Ra&#250;l G&#243;mez. Au pays de la R&#233;volution &#171; institutionnelle &#187;, o&#249; la r&#233;volution sociale &#233;tait devenue &#233;volutionniste et o&#249; le mouvement ouvrier cherchait &#224; atteindre le bien-&#234;tre pour tous par la voie pacifique, il ne pensa gu&#232;re aux attentats, car la violence n'&#233;tait pas pour lui une fin en soi. L&#224;, en plus de dix ans d'amiti&#233;, j'eus l'occasion d'appr&#233;cier la force de son caract&#232;re. Apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, nous travaill&#226;mes un temps ensemble &#224; la section mexicaine de l'international Rescue and Relief Comittee, aidant les r&#233;fugi&#233;s politiques dans l'Europe &#224; demi affam&#233;e, essentiellement par l'envoi de m&#233;dicaments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les derni&#232;res ann&#233;es de la vie de Radowitzky furent bien tristes. Son corps, &#233;puis&#233; par les ann&#233;es de prison, &#233;tait de&#173;venu faible et fragile. Lorsqu'il n'&#233;tait pas &#224; l'h&#244;pital, il passait ses journ&#233;es sous la mansarde d'une cage &#224; poules qui lui servait de logis. Lorsqu'il mourut, le 29 f&#233;vrier 1956, des groupes de r&#233;fugi&#233;s espagnols et autres migrants lui rendirent les derniers hommages. La m&#234;me ann&#233;e, je publiai sa biographie sous le titre &lt;i&gt;Una vida por un ideal&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Simon Radowitzky s'en allait un des derniers survivants de la R&#233;volution russe de 1905 et l'un des plus purs id&#233;alistes du mouvement ouvrier international. Ce n'&#233;tait pas un th&#233;oricien : les seuls &#233;crits qu'il nous a laiss&#233;s sont ses lettres de prison qui furent publi&#233;es &#224; plus de trente mille exemplaires en Argentine. Radowitzky &#233;tait un homme d'action au plus profond de lui-m&#234;me. Les discussions sur les th&#232;mes abstraits n'&#233;taient pas pour lui. Il mettait la justice sociale en pratique, en grand comme en petit, en public comme dans la vie priv&#233;e. Il n'avait rien de commun avec ces terroristes fana&#173;tiques actuels, qui pour atteindre leurs buts n'h&#233;sitent plus &#224; sacrifier la vie des innocents. Son seul acte de vengeance fut de ch&#226;tier un coupable prot&#233;g&#233; par l'autorit&#233; de l'&#201;tat. Il ne luttait pour aucun nationalisme, pour aucune domination de classe, f&#251;t-elle prol&#233;taire. Aucun peuple amoureux de libert&#233; et de paix n'a &#224; craindre les terroristes de sa trempe. Les vers qu'Edwig Lachmann d&#233;dia &#224; son mari, Gustav Lan&#173;dauer, comptent aussi pour Simon Radowitzky :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Il ne choisit pas, il n'eut pas le choix &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;N'aspirant pas &#224; la r&#233;compense, l&#224; &#233;tait sa force&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il suivit la voie que son c&#339;ur lui dicta &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Oublieux des &#233;pines et des dangers &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pr&#234;t &#224; affronter un lourd destin &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il n'eut d'autre but que le bonheur sur Terre &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Courant apr&#232;s ses plus folles chim&#232;res.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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