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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Journaliste militant : Un libertaire et antifasciste (presque) inconnu : George Seldes </title>
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		<dc:date>2022-01-28T23:18:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Larry Portis</dc:creator>


		<dc:subject>Emma Goldman</dc:subject>
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		<dc:subject>Joe Hill</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Au cours de sa carri&#232;re, le journaliste am&#233;ricain George Seldes est amen&#233; &#224; couvrir des meetings r&#233;volutionnaires, la Premi&#232;re Guerre mondiale en Europe, ou encore les d&#233;buts de l'URSS. Des exp&#233;riences qui le poussent &#224; s'engager dans la voie de l'int&#233;grit&#233; et de la d&#233;nonciation du fascisme.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-gavroche-no158-avril-juin-2009-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;158 - Avril-Juin 2009&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-emma-goldman-+" rel="tag"&gt;Emma Goldman&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-iww-etats-unis-+" rel="tag"&gt;IWW&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-joe-hill-+" rel="tag"&gt;Joe Hill&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH112/arton1004-eef6b.jpg?1774722967' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au cours de sa carri&#232;re, le journaliste am&#233;ricain George Seldes est amen&#233; &#224; couvrir des meetings r&#233;volutionnaires, la Premi&#232;re Guerre mondiale en Europe, ou encore les d&#233;buts de l'URSS. Des exp&#233;riences qui le poussent &#224; s'engager dans la voie de l'int&#233;grit&#233; et de la d&#233;nonciation du fascisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pendant les ann&#233;es de crise &#233;conomique et la mont&#233;e du fascisme dans le monde, George Seldes (1890-1995) a assist&#233; et particip&#233;, &#224; sa mani&#232;re, &#224; toutes les luttes progressistes. Grand reporter, ami des r&#233;volutionnaires, militant antifasciste, George Seldes est m&#233;connu et son &#339;uvre ignor&#233;e. C'est regrettable car cet homme modeste et id&#233;aliste a non seulement v&#233;cu des moments cl&#233;s de notre histoire, mais a marqu&#233; son temps par son travail critique et p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; en 1890 aux &#201;tats-Unis, dans une famille au sein de laquelle circulent des id&#233;es libertaires qui influencent son enfance, Seldes est introduit, d&#232;s son plus jeune &#226;ge, aux id&#233;es sociales les plus &#233;clair&#233;es. Son &#233;ducation progressiste libertaire repose sur une stabilit&#233; familiale et une r&#233;flexion mature quant &#224; la r&#233;volte &#224; la fois intellectuelle et ancr&#233;e dans la pratique quotidienne. Son p&#232;re, socialiste utopique, entretient une correspondance avec Pierre Kropotkine, L&#233;on Tolsto&#239;, Mark Twain entre autres militants et intellectuels. En 1905, la famille s'installe &#224; Philadelphie, collecte des fonds pour soutenir la r&#233;volution russe et h&#233;berge quelque temps Maxime Gorki.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seldes arr&#234;te ses &#233;tudes en f&#233;vrier 1909 pour devenir reporter au &lt;i&gt;Leader &lt;/i&gt; de Pittsburgh, mais sans exp&#233;rience ni dipl&#244;me, son salaire d&#233;risoire lui permet &#224; peine de se nourrir. C'est l'&#233;poque des grands tablo&#239;ds, le d&#233;but des quotidiens &#224; gros tirage et &#224; scandale. Il s'agit de capter l'attention d'un lectorat moyen avec du sensationnel, de l'exag&#233;ration, de l'&#233;v&#233;nementiel (faux), des bandes dessin&#233;es. La presse n'ob&#233;it qu'&#224; une r&#232;gle : utiliser tous les moyens pour faire de gros tirages. Par exemple, elle attise la guerre entre les &#201;tats-Unis et l'Espagne en 1898. Mais cette p&#233;riode est &#233;galement celle des grands enqu&#234;teurs progressistes qui, dans les magazines, &#233;crivent des articles sur la corruption financi&#232;re et politique, sur la mis&#232;re et l'exploitation sociale. Dans l'histoire du journalisme et des communications de masse, les d&#233;buts de cette presse &#224; gros tirage offrent &#224; de jeunes reporters l'opportunit&#233; d'acqu&#233;rir une exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la premi&#232;re ann&#233;e, Seldes rencontre des c&#233;l&#233;brit&#233;s comme le politicien populiste William Jennings Bryan et l'ex-pr&#233;sident Th&#233;odore Roosevelt. Si, comme de nombreux journalistes, Seldes a l'impression de faire partie d'un monde exceptionnel, il n'est cependant pas dupe de l'escamotage des probl&#232;mes sociaux au profit d'histoires sans importance. Il enqu&#234;te sur le divorce d'un puissant banquier, Andrew Mellon. En juillet 1911, Will Irwin, un des premiers critiques de la presse, r&#233;v&#232;le qu'Andrew Mellon a fait pression sur les juges pour changer la loi sur la proc&#233;dure de divorce. Or, tous les journaux de Pittsburgh appartiennent au grand capital et aux banques. C'est le cas du Leader de Pittsburgh qui emploie Seldes et est la propri&#233;t&#233; de l'Union Trust Company et de l'Union Savings Bank, toutes deux dirig&#233;es par Mellon lui-m&#234;me qui a ainsi toute latitude pour influencer l'information.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LE MILIEU R&#201;VOLUTIONNAIRE AM&#201;RICAIN &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ses reportages sur les r&#233;volutionnaires sont encore plus d&#233;terminants dans sa carri&#232;re. En 1911, il couvre le meeting d'Emma Goldman &#224; Pittsburgh. &#171; Emma la rouge &#187;, commun&#233;ment consid&#233;r&#233;e comme la femme &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la plus dangereuse de l'Am&#233;rique&lt;/q&gt;, ne manque pas d'attirer la presse. Son patron apprend que la &#171; pasionaria &#187; de la r&#233;volution est h&#233;berg&#233;e chez les Seldes et n'h&#233;site pas &#224; confier au jeune reporter la couverture de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_994 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;79&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-1ghkkkhg.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH398/sans_titre-1ghkkkhg-49068.jpg?1774698785' width='500' height='398' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt; Alexandre Berkman tente d'ex&#233;cuter Frick pour venger les ouvriers assassin&#233;s. &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Seldes est pr&#233;sent chaque fois qu'elle passe &#224; Pittsburgh, site des grandes usines sid&#233;rurgiques et lieu de combats violents. C'est &#233;galement dans cette ville que le compagnon d'Emma Goldman, Alexandre Berkman, tenta en 1892 d'assassiner Henry Clay Frick, grand patron de la sid&#233;rurgie. Lors de l'un des meetings d'Emma Goldman, Seldes s'&#233;tonne de la diversit&#233; de l'assistance dont une grande partie ne semble gu&#232;re favorable aux id&#233;es de la conf&#233;renci&#232;re et encore moins int&#233;ress&#233;e par son discours sur l'&#233;mancipation des femmes &#224; travers l'&#339;uvre de Henrik Ibsen. Il reconna&#238;t d'abord le commissaire de police du commissariat o&#249; il a fait un stage de journaliste et d&#233;nombre quarante policiers sur la centaine de personnes pr&#233;sentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s s'&#234;tre quelque peu &#233;tonn&#233; de cette pr&#233;sence polici&#232;re, Seldes remarque avec ironie : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Imaginez l'ennui d'une quarantaine de policiers de Pittsburgh, assis durant presque deux heures pour &#233;couter un plaidoyer pour la lib&#233;ration des femmes, pour leur droit de vote et pour l'&#233;galit&#233; des sexes, le tout &#224; partir d'une analyse du th&#233;&#226;tre moderne.&lt;/q&gt; Seldes note avec humour que les policiers se sont finalement r&#233;veill&#233;s pour la conclusion de l'expos&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il faut savoir qu'Ibsen est l'un des plus grands &#233;crivains r&#233;volutionnaires de notre temps&lt;/q&gt;. Au terme de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;r&#233;volutionnaire&lt;/q&gt;, rappelle Seldes, les quarante poulets se lev&#232;rent comme un seul homme de leurs si&#232;ges et plusieurs amorc&#232;rent le m&#234;me mouvement, le r&#233;flexe de saisir leur arme de service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seldes est impressionn&#233; par Emma Goldman, par la figure r&#233;volutionnaire qu'elle repr&#233;sente et son charisme, mais encore plus par sa pens&#233;e et ses qualit&#233;s humaines. Son souvenir d'Emma r&#233;sume assez bien les contradictions de cette femme d'une intelligence et d'une volont&#233; exceptionnelles, mais aussi d'un romantisme et d'une coquetterie notables. Il rapporte cette anecdote o&#249;, lors d'un petit-d&#233;jeuner chez les Seldes, Emma lit dans un journal qu'une nouvelle mode de coiffure, la coupe courte &#8212; &#171; bobbed &#187; &#8212; fait fureur : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est mon invention,&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt; dit-elle s&#233;rieusement,&lt;/span&gt; et je peux le prouver.&lt;/q&gt; On la questionne alors : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il n'y a qu'&#224; regarder ma photographie dans les commissariats de police de n'importe quelle ville des &#201;tats-Unis depuis 1900.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_996 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L280xH370/bill_haywood_headshot_side-3177f.jpg?1774794340' width='280' height='370' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;&#171; Big Bill &#187; Haywood.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;En 1912, Seldes quitte son journal et rejoint le &lt;i&gt;Post &lt;/i&gt; de Pittsburgh gr&#226;ce &#224; Ray Sprigle&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sprigle est l'un des premiers &#224; changer sa couleur de peau pour enqu&#234;ter sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; qui en est l'un des r&#233;dacteurs. Seldes et Sprigle sont connus pour leurs sympathies et leurs liens avec les syndicats, notamment avec les IWW (Industrial Workers of the World)&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Larry Portis, IWW et syndicalisme r&#233;volutionnaire aux &#201;tats-Unis, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Ils ont rencontr&#233; William &#171; Big Bill &#187; Haywood et ont sympathis&#233; avec le c&#233;l&#232;bre Joe Hill, chanteur martyr du &#171; grand syndicat pour tous &#187;, qui mourra en pronon&#231;ant ces mots : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ne d&#233;plorez pas ma mort, organisez-vous !&lt;/q&gt; Dans ses m&#233;moires, Seldes &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Joe Hill a &#233;t&#233; un homme d'enthousiasme et d'ouverture. Les quelque dix jours que nous avons pass&#233;s ensemble avec l'un de ses amis ont suffi pour que nous &#233;changions un serment d'amiti&#233;. Quelques mois plus tard &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[novembre 1915]&lt;/span&gt;, son ami, dont j'ai oubli&#233; le nom, nous envoyait une photographie de Joe Hill dans son cercueil avec cinq trous, &#224; gauche dans la poitrine.&lt;/q&gt; Un meurtre commis dans l'&#233;tat de l'Utah, un crime d'&#201;tat constate Seldes. Celui-ci ne sera reconnu comme tel que 52 ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant toute sa vie, Seldes a crois&#233; des personnalit&#233;s marquantes. En 1912-1913, pendant son ann&#233;e universitaire &#224; Harvard, il rencontre Jack Reed, journaliste engag&#233; qui mourra en Russie en 1920. Seldes se souvient de Reed comme d'un play-boy et d'un farceur notoire : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'ai eu du mal &#224; comprendre comment celui qui avait excell&#233; dans la composition de ballades ribaudes &#233;tait devenu un militant de la r&#233;volution&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_997 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L200xH267/john_silas_reed_1914-d26c0.jpg?1774794340' width='200' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;John &#171; Jack &#187; Silas Reed.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Si la l&#233;g&#232;ret&#233; du jeune Jack Reed ne semble pas sp&#233;cialement r&#233;volutionnaire, comment ne pas se souvenir des paroles d'Emma Goldman : les r&#233;volutions ne sont pas int&#233;ressantes si on ne peut pas y danser. Reed, il est vrai, n'a jamais perdu son sens de l'humour, m&#234;me apr&#232;s des ann&#233;es au Mexique, aupr&#232;s d'Emilio Zapata et de Pancho Villa, et en Russie, aupr&#232;s de L&#233;nine et de Zinoviev. Seldes raconte l'hilarit&#233; de Reed apr&#232;s avoir &#233;t&#233; nomm&#233; consul du gouvernement sovi&#233;tique &#224; New York : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Maintenant j'ai le droit de marier les couples&lt;/q&gt;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je dirai &#224; tous les couples russes de venir &#224; mon bureau, ensemble et &#224; des dates fixes. Lorsqu'ils seront tous rassembl&#233;s, main dans la main, je leur dirai : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Travailleurs du monde entier, unissez-vous&lt;/q&gt;. Ils seront ainsi mari&#233;s pour la vie.&lt;/q&gt;Reed est mort &#224; Moscou en 1920, apr&#232;s la pers&#233;cution et l'&#233;limination des libertaires et des socialistes-r&#233;volutionnaires par les bolcheviques. Reed, qui avait port&#233; aux nues L&#233;nine et Trotski dans son livre &lt;i&gt;Dix jours qui &#233;branl&#232;rent le monde&lt;/i&gt;, sera alors censur&#233; par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_998 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L200xH286/5eefce8ad8629-63e66.jpg?1774794340' width='200' height='286' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Elizabeth Gurley Flynn.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s son ann&#233;e &#224; l'universit&#233; de Harvard, Seldes reprend son travail de journaliste. Serait-il rest&#233; &#224; Pittsburgh, dans cette ville provinciale, s'il n'&#233;tait, en 1916, tomb&#233; amoureux d'une jeune femme qui, apr&#232;s quelques mois de vie conjugale, se prostitua ? Apr&#232;s cette exp&#233;rience douloureuse, il quitte la ville pour Greenwich Village, au c&#339;ur de New York. Dans ce lieu artistique et intellectuel, il renoue avec Emma Goldman, John Reed et rencontre beaucoup d'autres figures militantes : Elizabeth Gurley Flynn (IWW), l'anarchiste Hutchins Hapgood, le marxiste Max Eastman et l'initiateur de la future &#171; renaissance culturelle de Harlem &#187;, Carl Van Vechten.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seldes ne songe pas &#224; devenir r&#233;volutionnaire lui-m&#234;me. C'est un jeune homme affable, au sens aigu de l'&#233;thique, qui a l'intuition de s'engager toujours du bon c&#244;t&#233; des luttes. Il n'est pas volontariste comme Jack Reed, ni ne cherche &#224; confronter l'autorit&#233; comme Emma Goldman. Peu avant l'entr&#233;e des &#201;tats-Unis dans la Premi&#232;re Guerre mondiale, il quitte New York pour des raisons senti-mentales qui n'ont rien &#224; voir avec la politique et rejoint son fr&#232;re &#224; Londres. Ainsi commence sa carri&#232;re internationale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;GRAND REPORTER EN EUROPE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au moment de l'engagement des &#201;tats-Unis dans la boucherie mondiale, Seldes devient correspondant de guerre pour le&lt;i&gt; Chicago Tribune&lt;/i&gt;, l'un des plus grands quotidiens &#233;tats-uniens. Moins d'un an plus tard, en mai 1918, il fait partie de l'&#233;quipe de journalistes aupr&#232;s du g&#233;n&#233;ral Pershing. Seldes n'est pas particuli&#232;rement fier de ses reportages sur le terrain. Il regrettera par la suite d'avoir &#171; cr&#233;&#233; des mythes &#187; pour plaire aux r&#233;dacteurs. Le jour de l'armistice, rapporte-t-il, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;nous &#233;tions quatre &#224; jurer de dire d&#233;sormais toute la v&#233;rit&#233;. Si un jour, j'ai &#233;crit &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Nous avons tous menti sur la Guerre&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;, je n'ai pas voulu dire que tous les journalistes de guerre sont des menteurs. Dans toutes les guerres, la v&#233;rit&#233; est la premi&#232;re victime. Dans la majorit&#233; des cas, le coupable n'est pas le journaliste, mais le gouvernement, le bureau de propagande qui se pr&#233;sente comme le &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;bureau d'information&lt;/q&gt;, les propagandistes professionnels et les patriotes de tout crin, le t&#233;moin, le reporter sur le champ de bataille ne peut l'&#234;tre qu'exceptionnellement.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son r&#244;le de correspondant de guerre confirme Seldes dans son opinion, &#224; savoir que la guerre est dirig&#233;e par des officiers aux m&#233;thodes arbitraires, racistes, cruelles, qui envoient un troupeau de soldats &#224; la mort, et que les v&#233;ritables enjeux des gouvernements sont avant tout li&#233;s aux int&#233;r&#234;ts des groupes capitalistes et aux carri&#232;res des politiciens et des militaires. Seldes est cependant tr&#232;s id&#233;aliste, parfois na&#239;f, dans son approche des responsables politiques. Lors des n&#233;gociations du trait&#233; de Versailles, il regarde avec une certaine estime le pr&#233;sident Woodrow Wilson en raison de l'accueil enthousiaste des travailleurs et de la gauche politique europ&#233;enne, et du m&#233;pris exprim&#233; &#224; son encontre par les classes dirigeantes et la droite politique.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_999 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L350xH254/george_seldes_young-0ad6d.jpg?1774794340' width='350' height='254' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;George Seldes au&lt;i&gt; Chicago Tribune. &lt;/i&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris au moment de l'Armistice, Seldes est toujours correspondant du &lt;i&gt;Chicago Tribune&lt;/i&gt; ; il le restera jusqu'&#224; sa d&#233;mission en 1928. Il r&#233;alise des reportages dans plusieurs pays europ&#233;ens, en Angleterre, en Irlande, en France et en Allemagne. Dans cette p&#233;riode de l'apr&#232;s-guerre, la vie politique europ&#233;enne est agit&#233;e par le renouveau de mouvements r&#233;volutionnaires, de gauche comme de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts entre militants politiques, intellectuels et artistes sont faciles. Une fois encore, Seldes se trouve au bon endroit, au bon moment. Envoy&#233; &#224; Dublin, il rencontre George Russell, artisan de la carri&#232;re de James Joyce et de Synge, et Michael Collins qui sera l'un des fondateurs de la R&#233;publique irlandaise. Durant l'automne 1919, Seldes est envoy&#233; &#224; Fiume, en Italie, pour interviewer le po&#232;te Gabriele D'Annunzio qui vient en quelque sorte de faire le premier putsch fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette occasion que Seldes comprend les risques inh&#233;rents au m&#233;tier de grand reporter. Au cours de cet entretien, le po&#232;te dictateur, qui s'exprime en vers, d&#233;clare que le peuple l'a port&#233; au pouvoir dans cette ville multiethnique. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Tous les bons citoyens ont vot&#233; apr&#232;s le nettoyage des ind&#233;sirables, c'est-&#224;-dire des socialistes, des travailleurs agitateurs. Nous avons environ d&#233;port&#233; 5 000 personnes.&lt;/q&gt; 5 000 personnes d'origine yougoslave, mais en d&#233;pit de ce &#171; nettoyage &#187;, D'Annunzio obtient seulement une majorit&#233; d'une centaine de voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la publication de l'article, directement envoy&#233; &#224; Paris pour l'&#233;dition fran&#231;aise du &lt;i&gt;Chicago Tribune&lt;/i&gt;, Seldes est fortement conseill&#233; de quitter Fiume au plus vite. Pist&#233; par des l&#233;gionnaires fascistes &#224; la solde de D'Annunzio, il est arr&#234;t&#233; dans le train et pass&#233; &#224; tabac. Rel&#226;ch&#233; peu de temps apr&#232;s par des autorit&#233;s qui veulent &#233;viter l'incident international, Seldes prend la mesure du pouvoir et du danger d'&#234;tre journaliste d'investigation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant r&#233;f&#233;rence &#224; D'Annunzio, initiateur des premi&#232;res &#171; chemises noires &#187;, Seldes montre les ramifications entre le tout nouveau fascisme italien et les &#201;tats-Unis. Il relate cette anecdote int&#233;ressante : &#224; son arriv&#233;e dans la ville de Fiume, le po&#232;te demanda &#224; un ami r&#233;dacteur d'un journal milanais, &lt;i&gt;Popolo d'Italia&lt;/i&gt;, de se charger d'une collecte de fonds aux &#201;tats-Unis. Le journaliste en question, un certain B. Mussolini, n'a jamais envoy&#233; l'argent de la collecte (environ 50 000 dollars selon Seldes) &#224; D'Annunzio. Dans le m&#234;me temps, le futur Duce &#233;quipa son &#171; Fascio &#187; de Milan, et Seldes d'ajouter : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;De mani&#232;re d&#233;tourn&#233;e, des &#201;tats-uniens d'origine italienne ont &#233;t&#233; les premiers financiers du fascisme.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;VISITE EN UNION SOVI&#201;TIQUE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Seldes s&#233;journe quelque temps &#224; Londres, Dublin, et &#224; Berlin o&#249; il constate le d&#233;sarroi social ambiant et le chaos financier propices &#224; une situation politique explosive, autant d'un point de vue r&#233;volutionnaire que fasciste. En ao&#251;t 1922, Seldes part en Union Sovi&#233;tique pour le &lt;i&gt;Chicago Tribune&lt;/i&gt;. L'occasion est exceptionnelle, la famine dans le pays est dramatique et les &#201;tats-Unis offrent une aide alimentaire, sous le contr&#244;le du futur pr&#233;sident Herbert Hoover. Les conditions de l'offre du gouvernement &#233;tats-unien sont l'envoi sur place d'un groupe de journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seldes et ses confr&#232;res rencontrent L&#233;nine, mais rares sont les sujets importants abord&#233;s. Sans doute est-ce l'entretien avec l'un des chefs de la Cheka, Yakov Khristoforovich Peters, qui le rend suspect aux yeux des autorit&#233;s communistes, car tr&#232;s vite il est jug&#233; ind&#233;sirable. En ao&#251;t 1923, il est discr&#232;tement pri&#233; de quitter le pays, pour cause officielle de violation de la censure. Les services secrets sovi&#233;tiques ont en effet d&#233;couvert que Seldes et trois autres journalistes envoient des informations par le canal consulaire. C'est seulement &#224; leur retour en Allemagne que Seldes et ses coll&#232;gues d&#233;nonceront la terrible r&#233;pression s&#233;vissant en URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet de son s&#233;jour en Union Sovi&#233;tique de 1922 &#224; 1923, il rapporte dans ses m&#233;moires une anecdote &#233;tonnante. Seldes est amateur de cirque et de th&#233;&#226;tre o&#249; se produisent des comiques et des clowns populaires, d'autant que ces com&#233;diens s'expriment avec une grande libert&#233; sur la politique du gouvernement bolchevique. Les autorit&#233;s sont souvent tourn&#233;es en ridicule. Bim Bom, clown tr&#232;s connu, met en sc&#232;ne L&#233;nine et Trotski &#224; leurs d&#233;pens. Transform&#233; en homme-sandwich avec le portrait de L&#233;nine sur le dos et celui de Trotski sur la poitrine, il entre en sc&#232;ne et quand une voix s'&#233;l&#232;ve du public pour demander : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Qu'est-ce tu vas leur faire ?&lt;/q&gt; Bim Bom r&#233;pond : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'en collerai un contre le mur et je pendrai l'autre.&lt;/q&gt; Autre blague de Bim Bom qui fait s'adresser L&#233;nine &#224; un vieux paysan : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Alors, petit p&#232;re, t'es content. Tu as la terre, la vache, les poules !&lt;/q&gt; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Oui, r&#233;pond le paysan, mais vous avez le pain, le lait et les &#339;ufs.&lt;/q&gt; Bim Bom et les comiques sont une preuve de la libert&#233; d'expression dans le pays, m&#234;me s'ils jouent plut&#244;t le r&#244;le d'exutoire aux craintes de la population et sont aussi importants que la Cheka pour contr&#244;ler celle-ci. Un dictateur intelligent comprend qu'il &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;peut faire ex&#233;cuter des personnes par la Cheka toutes les nuits, mais &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[qu'il]&lt;/span&gt; a besoin d'un Bim Bom pour soulager les c&#339;urs et les esprits de millions de personnes hostiles au nouveau syst&#232;me.&lt;/q&gt; Les guignols et les marionnettes, qui semblent en apparence critiques des autorit&#233;s, expriment cette critique en termes dr&#244;les ou distrayants et d&#233;samorcent souvent la subversion. Il est rare en effet que les clowns tirent des conclusions id&#233;ologiques ou parlent d'alternative dans leurs sketches.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA MONT&#201;E DU FASCISME ITALIEN &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les deux ann&#233;es suivantes, Seldes se rend en Italie pour de nombreux reportages sur l'ascension politique de Benito Mussolini. Quelques ann&#233;es auparavant, Seldes a crois&#233; Mussolini, journaliste puis r&#233;dacteur du journal socialiste &lt;i&gt;Avanti&lt;/i&gt;, qui a ensuite fond&#233; le journal fasciste, &lt;i&gt;Popolo d'Italia&lt;/i&gt;. Selon Seldes, l'argent qui servit &#224; la cr&#233;ation de ce journal provenait du gouvernement fran&#231;ais, par l'interm&#233;diaire de Jules Guesde. Durant la Premi&#232;re Guerre mondiale, les autorit&#233;s fran&#231;aises crurent encourager les Italiens &#224; s'engager dans la guerre du c&#244;t&#233; des alli&#233;s par le biais du journal socialiste &lt;i&gt;Avanti&lt;/i&gt;. Mussolini accepta l'argent, mais l'utilisa pour son projet. Interview&#233; en 1919 par Seldes et un autre journaliste, Mussolini d&#233;clare &#234;tre socialiste et d&#233;tester la social-d&#233;mocratie. Pour preuve, il &#339;uvre pour renverser le r&#233;gime gr&#226;ce &#224; une alliance entre les syndicats et sa toute nouvelle organisation : il Fascismo Italiani di Combattimento.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1924, apr&#232;s son ascension au pouvoir, il se montre plus r&#233;serv&#233; sur ses projets politiques. Il confie sa passion pour le violon, fait des remarques sur les voitures et la vitesse, les femmes et ses animaux domestiques, des lionceaux. Bref, il donne l'image d'un nouveau Mussolini, assagi et rassurant. &#192; la fin de la m&#234;me ann&#233;e, Seldes est nomm&#233; correspondant permanent du&lt;i&gt; Chicago Tribune&lt;/i&gt;, &#224; Rome. Encourag&#233; par William Bolitho, journaliste au &lt;i&gt;Manchester Guardian&lt;/i&gt;, Seldes enqu&#234;te sur deux aspects du r&#233;gime fasciste : le financement des fascistes par les industriels et les capitalistes italiens et l'assassinat de Giacomo Matteotti, leader socialiste de l'opposition italienne. Seldes constate alors que, si les auteurs de l'assassinat &#8212;hommes de main de Mussolini&#8212; sont connus et ne cachent en rien leurs mobiles, aucune information ne perce dans la presse &#233;tats-unienne. Il d&#233;couvre rapidement les raisons de ce black-out sur l'information. L'agence de presse Associated Press a pour responsable en Italie Salvatore Cortesi, fasciste notoire. Par ailleurs, le correspondant du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; &#224; Rome, Arnoldo Cortesi, est fils du pr&#233;c&#233;dent et &#233;galement fasciste convaincu. Autrement dit, un reportage s&#233;rieux sur l'affaire Matteotti risquerait, selon la plupart des journalistes sur place, de se solder par une ex&#233;cution sommaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les informations sur le meurtre du socialiste italien sont pourtant disponibles. Seldes d&#233;cide alors d'aborder le cas selon deux aspects li&#233;s aux &#201;tats-Unis. L'un des assassins, Amerigo Dumini, qui s'est acharn&#233; sauvagement sur Matteotti, est un gangster &#233;tats-unien par sa m&#232;re, d'origine italienne par son p&#232;re. Dumini, familier de Mussolini, raconte &#224; qui veut l'entendre la commande et les circonstances du meurtre. Deuxi&#232;me lien avec les &#201;tats-Unis : le jour de son assassinat, Matteotti est sur le point de r&#233;v&#233;ler, devant la Chambre des d&#233;put&#233;s, que la Sinclair Oil Company, soci&#233;t&#233; p&#233;troli&#232;re &#233;tats-unienne, a vers&#233; d'importants pots-de-vin &#224; des ministres du gouvernement de Mussolini pour assurer son monopole en Italie. Le reportage, envoy&#233; au &lt;i&gt;Chicago Tribune&lt;/i&gt; par l'interm&#233;diaire de leur bureau parisien, ne doit en aucun cas &#234;tre publi&#233; dans l'&#233;dition parisienne du journal car les confr&#232;res de Seldes &#224; Rome lui pr&#233;disent le pire. Mais l'article sort le lendemain dans l'&#233;dition parisienne du Tribune et ordre lui est donn&#233; de quitter imm&#233;diatement Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le train qui le ram&#232;ne en France, pendant un arr&#234;t impr&#233;vu &#224; Mod&#232;ne, pr&#232;s de la fronti&#232;re, Seldes aper&#231;oit des chemises noires portant des gourdins et demandant avec insistance : &#171; Dove Seldes ? &#187;. Il demande alors &#224; des officiers britanniques de l'accueillir dans leur compartiment. Devant la col&#232;re jou&#233;e des militaires, les squadristi n'osent pas insister et Seldes &#233;chappe de peu au r&#232;glement de compte des fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA LUTTE POUR UN JOURNALISME INT&#200;GRE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De nouveau expuls&#233;, Seldes devient g&#234;nant pour ses patrons. Malgr&#233; les injonctions de son r&#233;dacteur en chef, il refuse les compromis et l'autocensure d'une information d&#233;rangeante pour sa direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journaliste atypique, Seldes est respect&#233; pour la qualit&#233; de son travail d'investigation et pour sa connaissance des affaires &#233;trang&#232;res, mais sa notori&#233;t&#233; de journaliste int&#232;gre en embarrasse plus d'un. Son refus de passer &#224; la trappe certaines informations compromettantes pour les gouvernements ou les patrons de presse provoque son d&#233;part, en 1928, du &lt;i&gt;Chicago Tribune&lt;/i&gt;. En novembre 1927, apr&#232;s la parution de son article, &#171; La v&#233;rit&#233; sur la censure fasciste &#187;, dans le magazine &lt;i&gt;Harper's&lt;/i&gt;, les divergences qui l'opposent &#224; la direction du journal provoquent une rupture sans retour. L'ordre est m&#234;me donn&#233; d'effacer le nom de Seldes de la plaque de bronze o&#249; figurent les noms des correspondants du &lt;i&gt;Chicago Tribune&lt;/i&gt;. Une image qui rappelle le premier plan du film de Frank Capra,&lt;i&gt; Meet John Doe&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Meet John Doe (L'homme de la rue), Frank Capra.1941.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, dans lequel on voit la profession de foi d'un journal &#8212; inscrite en lettres de pierre sur le mur de l'immeuble &#8212; supprim&#233;e au marteau-piqueur apr&#232;s le rachat de ce dernier par un homme politique fascisant. Seldes devient alors pigiste pour divers magazines et &#233;crit des articles de fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ann&#233;es de reportages en Europe &#8212; une d&#233;cennie de 1917 &#224; 1927 &#8212; sont en quelque sorte un trajet initiatique, en tout cas symbolique de la lutte que Seldes m&#232;nera toute sa vie : la d&#233;nonciation des fascismes et de la d&#233;sinformation. Cosmopolite, fermement attach&#233; &#224; des valeurs progressistes sans &#234;tre militant, il d&#233;nonce toute forme de chauvinisme. Son itin&#233;raire professionnel et personnel est empreint d'&#233;thique humaniste et de rigueur. Son int&#233;r&#234;t pour le milieu litt&#233;raire et artistique est certainement influenc&#233; par son fr&#232;re cadet, Gilbert, critique de th&#233;&#226;tre renomm&#233; et r&#233;dacteur, d&#232;s 1920, de la c&#233;l&#232;bre revue litt&#233;raire, &lt;i&gt;Dial&lt;/i&gt;, qui a d&#233;couvert des talents aussi divers qu'Ernest Hemingway, T.S. Eliot ou Pablo Picasso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les ann&#233;es 1929 et 1933, apr&#232;s sa d&#233;mission du &lt;i&gt;Chicago Tribune&lt;/i&gt;, Seldes vit en France, soit &#224; Montparnasse soit sur la c&#244;te d'Azur. Cette p&#233;riode de sa vie professionnelle est assez floue. Un interlude boh&#232;me dans la vie d'un homme qui a d&#233;j&#224; la quarantaine. Dans ses m&#233;moires, il fait la chronique du milieu artistique et marginal de l'&#233;poque : Isadora Duncan, Hemingway, Sinclair Lewis, Ford Madox Ford, Ezra Pound... Mais il n'est pas un de ceux qui gravitent autour des lieux mythiques de Montparnasse comme le D&#244;me, le Select, la Rotonde, la Coupole. Lorsqu'il assiste &#224; une soir&#233;e en l'honneur de Claude McKay pour la publication de son roman &lt;i&gt;Banjo&lt;/i&gt;, il y est invit&#233; en tant que barman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seldes a d&#233;j&#224; acquis une r&#233;putation de sp&#233;cialiste de la presse et du fascisme, par ses publications dans des magazines progressistes, quand au d&#233;but des ann&#233;es 1930, il d&#233;nonce la corruption et les courants antid&#233;mocratiques observ&#233;s durant les ann&#233;es 1920. En 1936, il est correspondant du&lt;i&gt; New York Post&lt;/i&gt; en Espagne et saisit la gravit&#233; des enjeux id&#233;ologiques, politiques et l'importance de la lutte contre Franco. Il rentre alors aux &#201;tats-Unis pour rassembler des fonds et soutenir la R&#233;publique espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement de Seldes en Espagne s'inscrit dans la d&#233;marche qui lui est propre : combattre le fascisme en donnant des informations destin&#233;es &#224; &#233;clairer le public. Seldes soutient la R&#233;publique espagnole sans prendre position. S'il est plus que m&#233;fiant vis-&#224;-vis des communistes, il ne s'engage pas non plus avec les anarchistes. Le n&#339;ud de la situation est, &#224; ses yeux, la &#171; neutralit&#233; &#187; honteuse des pays occidentaux. L'aide massive au soul&#232;vement militaire franquiste contre la R&#233;publique espagnole, apport&#233;e par les r&#233;gimes fascistes allemand, italien et portugais, ne r&#233;pond certainement pas au soi-disant principe de neutralit&#233; si pieusement &lt;br class='autobr' /&gt;
observ&#233; par la France, la Grande-Bretagne et les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1000 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L153xH200/george_seldes-f1353.gif?1774794340' width='153' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;George Seldes.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; de la situation sur le terrain et l'hypocrisie des gouvernements occidentaux est soigneusement occult&#233;e par la presse &#224; gros tirage et cela, comme l'&#233;crit Seldes, bien que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;toute personne intelligente au courant des faits, apporte son soutien &#224; la R&#233;publique espagnole &#8212; &#224; l'exception des quelques fascistes pronazis ou profascistes aux &#201;tats-Unis, en Grande-Bretagne, en France et dans d'autres pays. Mais la presque totalit&#233; des journaux assimile la R&#233;publique aux &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;rouges&lt;/q&gt; et ne cache pas, ou presque pas, ses sympathies pour les fascistes&lt;/q&gt;. De la fin des ann&#233;es 1930 et jusqu'&#224; sa mort, en 1995, George Seldes, avec la collaboration d'Helen, sa compagne, publiera des &#233;tudes qui n'ont en rien perdu de leur actualit&#233; sur le fascisme aux &#201;tats-Unis et la complicit&#233; de la presse&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ses essais et ses articles ont &#233;t&#233; une source majeure pour mon livre sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constance des engagements de Seldes, malgr&#233; les contraintes sociales et professionnelles de son milieu, est sans doute ce qui distingue sa vie et ses convictions morales et sociales. Il a critiqu&#233; les tendances, les compromissions et les hypocrisies du monde capitaliste sans pour autant capituler face &#224; la marginalisation dont il a fait l'objet. Seldes n'est pas un mod&#232;le d'engagement, son exp&#233;rience est trop singuli&#232;re pour cela, mais il est n&#233;anmoins exemplaire d'un certain type d'id&#233;alisme tourn&#233; vers une critique concr&#232;te qui a sans aucun doute d&#233;rang&#233; les id&#233;ologues et leurs commanditaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;widget_sitereference69|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://archivesautonomies.org/spip.php?article299" class="spip_out"&gt;Cet article de Larry Portis est extrait du &lt;i&gt;Gavroche&lt;/i&gt; n&#176;158 - Avril-Juin 2009. Tous les num&#233;ros de cette revue (1981-2011) sont sur le site Fragments d'Histoire de la gauche radicale.&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sprigle est l'un des premiers &#224; changer sa couleur de peau pour enqu&#234;ter sur le racisme et le syst&#232;me d'apartheid institutionnalis&#233; dans les &#233;tats du Sud des &#201;tats-Unis, entreprise tr&#232;s dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Larry Portis, &lt;i&gt;IWW et syndicalisme r&#233;volutionnaire aux &#201;tats-Unis&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Spartacus, 2003, ainsi que Franklin Rosemont,&lt;i&gt; Joe Hill : The IWW &amp; the Making of a Revolutionnary Workingclass Counterculture&lt;/i&gt;, Chicago, Charles H. Kerr Publishing Company, 2002, p. 269-271 (&lt;i&gt;Joe Hill, l'IWW et la cr&#233;ation d'une contre-culture ouvri&#232;re et r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;, traduction aux &#233;ditions CNT-RP, 2008 [2002], traduction de Fr&#233;d&#233;ric Bureau.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Meet John Doe&lt;/i&gt; (L'homme de la rue), Frank Capra.1941.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ses essais et ses articles ont &#233;t&#233; une source majeure pour mon livre sur l'&lt;i&gt;Histoire du fascisme aux &#201;tats-Unis&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditons CNT-RP, 2008. Voir son autobiographie, &lt;i&gt;Witness to a Century : Encounters with the Noted, the Notorious, and the Three SOBs&lt;/i&gt;, New York, Ballantine Books, 1987. Voir &#233;galement : &lt;i&gt;Never Tire of Protesting the Story of In Fact and Other Revelations&lt;/i&gt;, New York, Lyle Stuart, 1968 et &lt;i&gt;Even the Gods Can't Change History&lt;/i&gt;, New York, Lyle Stuart, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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