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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Interview de L&#233;o Voline </title>
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		<dc:subject>Voline</dc:subject>
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		<dc:subject>R&#233;volution espagnole (1936-1939)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Troisi&#232;me fils de Voline, L&#233;o Eichenbaum (plus connu sous le nom de L&#233;o Voline) est n&#233; le 4 janvier 1917. Tr&#232;s t&#244;t, il partage les id&#233;aux de son p&#232;re et, au d&#233;but de l'ann&#233;e 1937, gagne l'Espagne pour &#234;tre incorpor&#233; dans la Columna confederal de la CNT.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-itineraire-une-vie-une-pensee-no13-voline-" rel="directory"&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e n&#176;13 : &#171; Voline &#187;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-leo-voline-+" rel="tag"&gt;L&#233;o Voline&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-piotr-archinov-+" rel="tag"&gt;Piotr Archinov &lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-1-8-539b6.jpg?1774699761' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Troisi&#232;me fils de Voline, L&#233;o Eichenbaum (plus connu sous le nom de L&#233;o Voline) est n&#233; le 4 janvier 1917. Tr&#232;s t&#244;t, il partage les id&#233;aux de son p&#232;re et, au d&#233;but de l'ann&#233;e 1937, gagne l'Espagne pour &#234;tre incorpor&#233; dans la Columna confederal de la CNT.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#171; Itin&#233;raire &#187; :&lt;/strong&gt; Comment ton p&#232;re a-t-il v&#233;cu la R&#233;volution russe ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L&#233;o Voline :&lt;/strong&gt; Il s'est donn&#233; totalement, &#224; fond, comme toujours, tout au long de sa vie, que ce soit dans le domaine familial ou vis-&#224;-vis de toute personne en difficult&#233;. Il ne s'autorisait aucune excuse, aucune faiblesse, m&#234;me si sa vie en d&#233;pendait. Condamn&#233; &#224; mort par les bolcheviks, il a refus&#233; de renier ses id&#233;es au prix de sa gr&#226;ce, s'il se ralliait &#224; eux. Il n'a jamais voulu jouer au leader et rester &#224; Moscou avec les &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;anarchistes en chambre&lt;/q&gt;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Heureusement, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;disait-il,&lt;/span&gt; ce ne sont pas eux qui feront la r&#233;volution.&lt;/q&gt; Et c'est ainsi qu'il est parti rejoindre le mouvement insurrectionnel makhnoviste en Ukraine, d&#232;s qu'il en a eu connaissance. Mon p&#232;re s'est toujours tenu en retrait, proclamant face aux masses : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Moi, je ne suis rien, c'est &#224; vous d'agir, de d&#233;cide ; de vous organiser. C'est vous qui connaissez le mieux vos probl&#232;mes. Je peux simplement vous conseiller.&lt;/q&gt; Son respect pour tout individu &#233;tait total. Pour lui, tout le monde &#233;tait bien et, dans le cas contraire, la soci&#233;t&#233; en &#233;tait responsable. A mon avis, m&#234;me s'il y a une part de vrai, il &#233;tait bien souvent trop indulgent. Il n'imposait jamais son point de vue &#224; quiconque. Un jour, je devais avoir environ 14 ans, je lui ai demand&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Quelles sont tes id&#233;es ?&lt;/q&gt; Il m'a r&#233;pondu : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ne t'occupe pas de mes opinions, cherche ta v&#233;rit&#233; toi-m&#234;me.&lt;/q&gt; (...) Je n'ai connu mon p&#232;re que vers l'&#226;ge de 5 ans, lorsque emprisonn&#233; dans la prison Boutirki de Moscou et condamn&#233; &#224; mort, il fut lib&#233;r&#233; sous condition de quitter le pays gr&#226;ce &#224; l'action d&#233;clench&#233;e par une d&#233;l&#233;gation de syndicalistes r&#233;volutionnaires europ&#233;ens, avec &#224; leur t&#234;te le Fran&#231;ais Gaston Leval qui fit un v&#233;ritable scandale... Je ne peux donc me souvenir de rien, en ce qui concerne mon p&#232;re, avant cet &#226;ge. Il ne me reste en m&#233;moire que ce qui concerne notre vie de tous les jours, avec en toile de fond un village : Bobrow, au nord de l'Ukraine, et... les larmes de ma m&#232;re, seule avec trois enfants, sans nouvelle de mon p&#232;re : &#233;tait-il mort ou vivant... Et la faim... La nourriture constituait le probl&#232;me majeur, on ne parlait que de cela. Je me souviens d'une vieille paysanne qui vivait avec nous et qui aidait ma m&#232;re. Un jour, notre chat qui ne mangeait que des souris &#8212; il y en avait beaucoup &#8212; surgit avec un gros morceau de viande dans la gueule, chapard&#233; on ne sait o&#249;. La &#171; babouchka &#187; a bien mang&#233; ce jour-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I :&lt;/strong&gt; Comment ton p&#232;re, issu d'une famille bourgeoise, a-t-il &#233;t&#233; amen&#233; &#224; devenir un r&#233;volutionnaire ?&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; Il m'a racont&#233; comment, vers l'&#226;ge de 14 ans, scandalis&#233; en g&#233;n&#233;ral par le sort des gens du peuple et en particulier par celui de leur propre bonne, Anita, une fille de 16 ans, toujours premi&#232;re lev&#233;e et derni&#232;re couch&#233;e, n'ayant droit qu'&#224; deux ou trois heures de sortie le dimanche, il demanda &#224; sa m&#232;re comment elle pourrait construire sa vie, rencontrer un gar&#231;on... Sa m&#232;re lui r&#233;pondit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ne t'occupe pas de cela ou tu finiras en Sib&#233;rie !&lt;/q&gt; C'est exactement ce qui s'est produit neuf ans plus tard, lors de la R&#233;volution de 1905. Il fut d&#233;port&#233; &#224; vie, &#224; 23 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I : &lt;/strong&gt; Comment avez-vous v&#233;cu l'exil ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; Nous avons quitt&#233; la Russie, marqu&#233;s par les privations, amaigris, avec pour toute fortune deux valises. Il faut avoir connu cela pour savoir ce qu'est la famine, avoir vu les cadavres dans les rues, morts de faim... La mis&#232;re nous a accompagn&#233;s en Allemagne. Nous &#233;tions cinq enfants, les deux a&#238;n&#233;s &#233;tant de la premi&#232;re femme de mon p&#232;re. Nous nous sommes install&#233;s dans deux pi&#232;ces lou&#233;es aux environs de Berlin. On voyait tr&#232;s peu mon p&#232;re car il travaillait dans la capitale comme comptable, me semble-t-il. Pour compl&#233;ter ses revenus, il donnait des le&#231;ons de langues (russe, fran&#231;ais et allemand). C'&#233;tait une p&#233;riode difficile, mais nous &#233;tions heureux. Mon p&#232;re paraissait vivre son r&#234;ve de soci&#233;t&#233; meilleure, toujours de bonne humeur, optimiste... L'harmonie r&#233;gnait dans la famille, jamais une dispute... Puis, au bout de trois ans, nous avons emm&#233;nag&#233; &#224; Berlin. Mon p&#232;re faisait des d&#233;marches afin de quitter l'Allemagne pour la France. On commen&#231;ait &#224; voir d&#233;filer les Jeunesses hitl&#233;riennes, des meetings, des bagarres. Mon p&#232;re partait souvent pour donner des conf&#233;rences. Ma m&#232;re tremblait pour lui, ne vivait plus. Nous n'allions plus &#224; l'&#233;cole, pr&#234;ts au d&#233;part. Nous &#233;tions toute la journ&#233;e dehors vu que pour toute la famille &#8212; sauf les deux fr&#232;res a&#238;n&#233;s qui vivaient chez des amis &#8212; nous n'avions qu'une mansarde sous les toits pour la nuit. Avec ma s&#339;ur Natacha, nous passions une grande partie de notre temps sur les courts de tennis qui jouxtaient notre immeuble. De riches Berlinois y venaient et nous courions toute la journ&#233;e pour ramasser leurs balles, ce qui nous faisait faire du sport et nous permettait de ramener un peu d'argent &#224; la maison. Notre p&#232;re tenait nos comptes. Plus tard, en France, en 1929, cela m'a pay&#233; mon premier v&#233;lo. C'est en 1925 que avons enfin obtenu l'autorisation de venir en France, d'o&#249; mon p&#232;re avait &#233;t&#233; expuls&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH186/import-volin_leo02-2341d-6e80c-5b282.jpg?1774725563' width='150' height='186' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;L&#233;o Voline&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I :&lt;/strong&gt; En 1916, je crois... &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; Oui, apprenant qu'il devait &#234;tre arr&#234;t&#233; et intern&#233;, suite &#224; une d&#233;nonciation, pour avoir r&#233;dig&#233; un tract contre la guerre, il s'est enfuit, a rejoint Bordeaux et s'est embarqu&#233; comme soutier sur le &lt;i&gt;La Fayette &lt;/i&gt; sous le nom de Fran&#231;ois-Joseph Rouby. Au cours du voyage, &#233;puis&#233;, les mains en sang, il pensa se rendre au capitaine mais, aid&#233; par les autres soutiers, il tint jusqu'&#224; l'arriv&#233;e aux &#201;tats-Unis et y resta jusqu'au d&#233;clenchement de la R&#233;volution russe. Il a fait savoir &#224; ma m&#232;re, toujours &#224; Paris, qu'il regagnait la Russie en passant par le Japon et la Chine, et il lui demandait de le rejoindre. C'est ainsi que nous embarqu&#226;mes &#224; Brest sur le &lt;i&gt;Dvinsk&lt;/i&gt;, paquebot russe faisant partie d'un convoi, le 5 ao&#251;t 1917. Le convoi fit un large d&#233;tour, descendant d'abord dans la direction de l'&#233;quateur, puis dans une large boucle s'orienta vers le nord, pour finir par passer au nord de l'Angleterre, car les mers et l'oc&#233;an &#233;taient infest&#233;s de sous-marins allemands. Un paquebot fut m&#234;me coul&#233; en cours de route et nous arriv&#226;mes &#224; Arkhangelsk le 20 ao&#251;t 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I : &lt;/strong&gt; Et, en France, comment cela s'est-il pass&#233; ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. : &lt;/strong&gt; Lors de notre retour en France en 1925, nous avons d'abord &#233;t&#233; h&#233;berg&#233;s par de vieux amis de mon p&#232;re, les Fuchs, rue Lamarck &#224; Paris, le temps de trouver un logement. Mon p&#232;re n'a jamais voulu loger dans les grandes villes, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pour la sant&#233; des enfants&lt;/q&gt;. Gr&#226;ce &#224; Henri Sellier, s&#233;nateur-maire de Suresnes, nous avons obtenu un logement dans la Cit&#233;-jardin de Gennevilliers qui venait d'&#234;tre b&#226;tie. Nos conditions de vie restaient tr&#232;s difficiles. Je me souviens qu'un jour mon p&#232;re se mit &#224; rire : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il nous manque cinq centimes pour acheter un pain !&lt;/q&gt; Mais il tenait &#224; ce que nous fassions des &#233;tudes malgr&#233; tout, d'autant plus que certains camarades lui avaient reproch&#233;, vu sa vie de militant, d'avoir eu des enfants. Les deux a&#238;n&#233;s, n'aimant pas l'&#233;cole &#8212; il est vrai qu'arriv&#233;s &#224; 13 et 15 ans dans un pays dont ils ne connaissaient pas la langue &#8212;, pr&#233;f&#233;r&#232;rent apprendre un m&#233;tier dans une &#233;cole de m&#233;canique. Natacha choisit la danse : son professeur fut la c&#233;l&#232;bre &#233;toile des ballets russes, devenue princesse Ksichinskaya, ma&#238;tresse du tsar Nicolas II. Mon p&#232;re l'a rencontr&#233;e et, apr&#232;s une longue conversation, l'a jug&#233;e tr&#232;s bien, mais lui a dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Cela n'a rien &#224; voir avec mes id&#233;es, ma fille veut faire de la danse...&lt;/q&gt; Moi, j'&#233;tais tr&#232;s bricoleur et d&#233;montais tout, m&#234;me la machine &#224; coudre de ma m&#232;re, pour voir comment cela marchait. On m'orienta donc vers le technique o&#249; je r&#233;ussis tr&#232;s bien. Mon p&#232;re travaillait comme comptable ; il y ajouta un travail compl&#233;mentaire de maroquinerie &#224; domicile. C'est souvent, avec ma m&#232;re, qu'ils ne dormaient pas de la nuit afin d'achever une commande. Aussi, ayant rapidement appris, je les aidais souvent le soir, jusqu'au jour o&#249; j'ai d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter mes &#233;tudes pour travailler. J'ai fait plusieurs entreprises, comme radiotechnicien, avant le d&#233;clenchement de la guerre d'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I :&lt;/strong&gt; Tu y as particip&#233;, comment cela s'est-il pass&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; Pour moi le probl&#232;me &#233;tait simple : du moment que je militais pour une soci&#233;t&#233; de forme libertaire, il &#233;tait logique de rejoindre ceux qui luttaient pour une telle soci&#233;t&#233;. Des responsables espagnols venaient &#224; la maison, j'assistais aux rencontres avec mon p&#232;re. Il s'agissait souvent d'achats d'armes, mais auparavant il fallait trouver de l'argent en vendant des titres et autres valeurs r&#233;cup&#233;r&#233;s dans des banques espagnoles. Il m'est arriv&#233; de rouler dans Paris, accompagnant les porteurs de valeurs, un pistolet dans ma poche. &#199;a faisait tr&#232;s &#171; cin&#233;ma &#187;. En novembre 1936, voyant que cette guerre n'&#233;tait pas qu'un feu de paille, je d&#233;cidais de partir. Mon p&#232;re m'a dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;R&#233;fl&#233;chis bien car c'est toute ta vie qui en sera boulevers&#233;e.&lt;/q&gt; Le temps de tout r&#233;gler et je suis parti le 14 janvier 1937. Je venais d'avoir 20 ans. En fait, c'est presque tout le petit groupe libertaire du 15&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Paris qui est parti : cinq gar&#231;ons et une fille. C'est la CGT-SR qui a organis&#233; le d&#233;part. Un pr&#233;tendu contr&#244;le d'identit&#233; a eu lieu &#224; la fronti&#232;re, mais les policiers fran&#231;ais avaient re&#231;u des ordres pour laisser filer tous ces ind&#233;sirables. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne croyais pas du tout au succ&#232;s des forces r&#233;publicaines. Je songeais sans cesse qu'aucun parti politique, aucun gouvernement, d'aucun pays, ne peut admettre la victoire d'une force &#224; dominante libertaire. J'ai observ&#233; plus tard combien j'avais vu juste... Tous ont trahi : depuis le gouvernement r&#233;publicain qui ne donnait pas les armes au peuple, en passant par les communistes qui faisaient encercler nos unit&#233;s par les fascistes, en ouvrant la ligne de front. De mon unit&#233; de plus de 4 000 hommes, il en est rest&#233; 532 pour sortir de l'encerclement le 6 f&#233;vrier 1938, apr&#232;s 24 heures de bataille. On n'a pas suffisamment parl&#233; des Am&#233;ricains qui ravitaillaient Franco, pendant que l'Angleterre et la France, d'accord avec la Russie, pr&#234;chaient la non-intervention. (...) &lt;br class='autobr' /&gt;
A notre arriv&#233;e &#224; Barcelone, &#224; peine descendu du train, notre petit groupe s'est vu entour&#233; par une bande de communistes : ils nous recevaient &#224; bras ouverts pour nous embrigader dans leurs unit&#233;s. Heureusement un groupe des Jeunesses libertaires &#8212;tr&#232;s puissantes en Catalogne &#8212; nous attendait aussi et les a fait d&#233;guerpir. J'avais l'id&#233;e, vu ma formation de radionavigant, de m'engager dans l'aviation r&#233;publicaine. Apr&#232;s quelques d&#233;marches, on m'a envoy&#233; &#224; Valence pour y &#234;tre incorpor&#233;. M'&#233;tant pr&#233;sent&#233; dans le bureau qui en d&#233;pendait, je fus re&#231;u par un employ&#233; assis derri&#232;re son comptoir. Au m&#234;me moment, trois officiers sup&#233;rieurs qui venaient d'arriver m'entendirent et, souriants, me mirent la main sur l'&#233;paule en me disant en fran&#231;ais : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est tr&#232;s bien, on t'emm&#232;ne de suite !&lt;/q&gt; Je r&#233;agis tr&#232;s vite : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mais vous m'emmenez o&#249; ?&lt;/q&gt; R&#233;ponse : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Dans les Brigades internationales !...&lt;/q&gt; J'ai recul&#233; vers la porte, en disant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Avec les communistes, jamais !&lt;/q&gt; M'&#233;tant renseign&#233;, j'appris qu'une colonne anarchiste allait rapidement monter au front pour relever la Columna de Hierro (Colonne de Fer), plus ou moins d&#233;cim&#233;e apr&#232;s six mois de front. Je me suis donc pr&#233;sent&#233; devant un responsable pour m'engager dans une colonne de la CNT, la Columna confederal, sous le nom de L&#233;o Voline. Il &#233;tait heureusement surpris que je fus un des fils... &#171; de mon p&#232;re &#187;. C'est ainsi que, fin f&#233;vrier 1937, avec des centaines de jeunes gens entass&#233;s dans des camions, par des routes impossibles, en chantant des hymnes anarchistes et des chants r&#233;volutionnaires, je fon&#231;ai vers le front de Teruel.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-2-22.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH208/sans_titre-2-22-894a0-1e950.jpg?1774725563' width='150' height='208' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;L&#233;o Voline (&#224; gauche) &#224; Barcelone en mars 1938 avec son compagnon Julio Garcia.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I : &lt;/strong&gt; Et ton p&#232;re, par rapport &#224; la guerre d'Espagne ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt; L. V. :&lt;/strong&gt; Mon p&#232;re s'&#233;tait enti&#232;rement engag&#233; dans l'action aux c&#244;t&#233;s du mouvement espagnol. Il &#233;tait en contact permanent avec des responsables, principalement du fait qu'il s'occupait de la r&#233;daction du journal &lt;i&gt;l'Espagne antifasciste&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233; &#224; Paris. Il recevait donc tous les jours des informations sur les &#233;v&#233;nements en cours. Et c'est ainsi qu'arriva, le 21 novembre 1936, un t&#233;l&#233;gramme ainsi r&#233;dig&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Durruti assassin&#233; sur le front de Madrid par les communistes.&lt;/q&gt; Une heure plus tard, un deuxi&#232;me t&#233;l&#233;gramme est arriv&#233; (au moment o&#249; mon p&#232;re partait pour l'imprimerie), disant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Annuler le premier t&#233;l&#233;gramme, pour sauvegarder l'unit&#233; d'action.&lt;/q&gt; C'&#233;tait le mot d'ordre absolu de l'&#233;poque. J'ai rencontr&#233; plus tard en prison, &#224; Cerb&#232;re, venant d'Espagne et arr&#234;t&#233; &#224; la fronti&#232;re, un gar&#231;on, un Corse, qui rentrait comme moi, &#233;c&#339;ur&#233; des communistes, qui m'a avou&#233; avoir fait partie du commando ayant abattu Durruti. Il &#233;tait tr&#232;s &#233;mu et m'a cri&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mais je te jure, L&#233;o, que je n'ai pas tir&#233; !&lt;/q&gt; Il s'appelait Andr&#233; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt; I :&lt;/strong&gt; Beaucoup de monde venait vous rendre visite, pour voir ton p&#232;re... &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; C'&#233;tait un d&#233;fil&#233; permanent, une situation terrible surtout pour ma m&#232;re. Avec mon p&#232;re, la porte &#233;tait toujours ouverte. Beaucoup de &#171; parasites &#187; venaient essentiellement pour se mettre &#224; table, sans songer aux probl&#232;mes que cela nous posait. Certains en avaient pris l'habitude et venaient manger r&#233;guli&#232;rement. Je n'ai jamais oubli&#233; le regard de ma m&#232;re lorsqu'elle les voyait arriver. C'&#233;tait parfois des &#233;trangers &#233;vad&#233;s, pourchass&#233;s pour leurs id&#233;es, que des camarades fran&#231;ais envoyaient chez Voline. Il y avait plusieurs raisons &#224; cela : mon p&#232;re parlait plusieurs langues, il poss&#233;dait aussi des relations dont il n'a jamais us&#233; pour lui-m&#234;me, bien utiles pour d&#233;panner les autres. Il connaissait Henri Sellier, s&#233;nateur-maire de Suresnes ; L&#233;on Blum ; le pr&#233;fet de Paris Jean Chiappe (&#224; qui l'ami de mon p&#232;re, Paul Fuchs, avait sauv&#233; la vie et qui lui avait promis son aide chaque fois qu'il le faudrait). Il y avait &#233;galement l'avocat Henri Torr&#232;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt; I :&lt;/strong&gt; Certains &#233;taient francs-ma&#231;ons, comme ton p&#232;re... &lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt; L. V. :&lt;/strong&gt; Oui, peut-&#234;tre... je suis par temp&#233;rament quelqu'un de tr&#232;s r&#233;serv&#233;. Il y a donc des domaines que je n'ai jamais abord&#233; avec mon p&#232;re, sauf une fois o&#249; je lui ai demand&#233; pourquoi il &#233;tait franc-ma&#231;on. Il m'a r&#233;pondu qu'il avait h&#233;sit&#233; &#224; cause de certains rites avec lesquels il n'&#233;tait pas d'accord, mais qu'il pensait que c'&#233;tait un milieu o&#249; l'on pouvait r&#233;pandre largement ses id&#233;es, vu que sa loge &#233;tait d&#233;j&#224; tr&#232;s &#171; &#224; gauche &#187;. Je sais aussi que, par ces relations, il pouvait aider beaucoup de monde. Lorsque des camarades en difficult&#233; arrivaient, mon p&#232;re en usait pour faire r&#233;gulariser leur situation ; leur procurer des papiers, permis de s&#233;jour, logement et travail. C'&#233;tait souvent tr&#232;s difficile. Parfois des gens ont log&#233; chez nous... en attendant. Il y eut aussi, heureusement, de vrais amis qui ont tout fait pour, discr&#232;tement, se charger des enfants, organiser une f&#234;te, se transformer en p&#232;re No&#235;l... Je me rappelle en particulier des Goldenberg, de Senya Flechine et Mollie Steimer, des Doubinsky, Archinov et autres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I :&lt;/strong&gt; Makhno et Archinov venaient-ils aussi ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; Oui, Archinov et sa femme, avec leur gar&#231;onnet Andr&#233;, sont venus durant des ann&#233;es jusqu'&#224; leur d&#233;part pour la Russie. Mon p&#232;re lui disait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Marine...&lt;/q&gt;. Je ne sais pourquoi on l'appelait ainsi. Je me souviens en particulier d'un chant qu'avec Makhno ils entonnaient ensemble, o&#249; il &#233;tait question de &#171; Batko &#187; (Makhno), d'&#171; Oncle Marine &#187; (Archinov) et de Voline. Lorsque Archinov venait &#224; la maison en 1927, &#224; Gennevilliers, et qu'il languissait de son pays &#8212; moi, j'&#233;tais m&#244;me, &#226;g&#233; d'une dizaine d'ann&#233;es &#8212;, mon p&#232;re lui r&#233;p&#233;tait sans cesse : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Marine, il ne faut pas partir. Ils te fusilleront. Ne te fais pas d'illusion, ils ne te pardonneront jamais...&lt;/q&gt; Il est parti quand m&#234;me, en 1932, et ils l'ont fusill&#233; en 1937... Makhno est venu souvent quand nous habitions notre mansarde &#224; Berlin. Je l'&#233;coutais de toutes mes oreilles car il ne racontait que ses batailles, ses coups d'audace, ses ruses, face &#224; l'ennemi : du vrai western pour moi qui avais entre 7 et 9 ans. Ensuite, en France, nous habitions en lointaine banlieue ; &#233;puis&#233;, malade, handicap&#233; par ses nombreuses blessures, nous le v&#238;mes de moins en moins avant sa mort en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I : &lt;/strong&gt; Tu as revu ton p&#232;re, en 1940, &#224; 3. Marseille. Quelle activit&#233; avait-il ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; En fait, d&#233;mobilis&#233; en ao&#251;t 1940 (je faisais partie d'une unit&#233; de skieurs, dans les Alpes), j'ai rejoint mon p&#232;re &#224; Marseille le 28 octobre. Entre-temps, attendant d'y voir clair dans la situation g&#233;n&#233;rale (Paris &#233;tait occup&#233; par les Allemands), j'ai particip&#233; aux vendanges et eu d'autres activit&#233;s diverses. Il y avait un million et demi de r&#233;fugi&#233;s, venant de la zone occup&#233;e, dans la r&#233;gion de Marseille. Il &#233;tait tr&#232;s difficile de trouver du travail. Mon p&#232;re, encore tr&#232;s abattu par la mort de ma m&#232;re et vivant au jour le jour, d&#233;ployait toujours une certaine activit&#233; : r&#233;unions, conf&#233;rences, propagande... Nous en parlions un peu, mais, par r&#233;serve de ma part, cela n'allait pas tr&#232;s loin. De fils &#224; p&#232;re, la communication n'est pas tr&#232;s facile : je me sentais encore trop gamin face &#224; lui. C'est bien plus tard, avec toute l'exp&#233;rience acquise et une plus grande connaissance des hommes, que j'aurais aim&#233; discuter avec lui. Mais, il n'&#233;tait plus l&#224;... Recueilli par un de ses meilleurs amis, Francisco Botey qui, avec sa compagne Paquita, &#233;tait r&#233;fugi&#233; d'Espagne aux environs de Marseille, il fut entour&#233;, soign&#233;, en ces temps si durs, mais &#233;puis&#233; et gravement malade il disparut en septembre 1945.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par la r&#233;daction &lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Juin 36</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maurice Joyeux</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;Le mouvement s'est d&#233;clench&#233; sans qu'on sut exactement comment et o&#249;. Nous avons assist&#233; &#224; une explosion de m&#233;contentement des masses populaires qui pendant des ann&#233;es avaient rem&#226;ch&#233; leur m&#233;contentement.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;L&#233;on Jouhaux, le 16 juin, au CCN. &lt;/div&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-le-monde-libertaire-no123-juin-1966-" rel="directory"&gt;Le Monde Libertaire n&#176;123 - Juin 1966&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/les_ouvriers_de_l_usine_renault____agence_de_btv1b9028245m_1_copie-68bef.jpg?1774726401' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le mouvement s'est d&#233;clench&#233; sans qu'on sut exactement comment et o&#249;. Nous avons assist&#233; &#224; une explosion de m&#233;contentement des masses populaires qui pendant des ann&#233;es avaient rem&#226;ch&#233; leur m&#233;contentement.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;L&#233;on Jouhaux, le 16 juin, au CCN. &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il n'en est pas moins certain, pour ceux qui ont v&#233;cu de pr&#232;s ces heures angoissantes, que l'accord Matignon a pr&#233;serv&#233; le pays d'&#233;v&#233;nements singuli&#232;rement plus redoutables, de graves &#233;meutes susceptibles de d&#233;g&#233;n&#233;rer en guerre civile.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt; M. Lambert-Ribot, d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral du Comit&#233; des Forges. &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;AVANT L'EXPLOSION &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Explosion sociale, comme l'&#233;crivait M. Lucien Romier, dans le &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, ou complot dirig&#233; par Berlin, comme le pr&#233;tendait Henri de K&#233;rillis, dans &lt;i&gt;L'Echo de Paris&lt;/i&gt; ? Complot communiste, s'exclamait dans la &lt;i&gt;Revue de Paris&lt;/i&gt;, Jacques Bardoux, ou bataille r&#233;volutionnaire, comme le d&#233;clara M. Pierre Thiriez, pr&#233;sident de la Chambre de Commerce de Lille ? M&#233;ditons plut&#244;t cette page admirable, &#233;crite par Louzon, dans la &lt;i&gt;R&#233;volution Prol&#233;tarienne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Quel admirable sens de l'opportunit&#233; et du geste &#224; faire ont les ouvriers parisiens ! Pas tr&#232;s enclins &#224; l'organisation certes ! Faciles &#224; se laisser prendre aux boniments des h&#226;bleurs de la politique, tr&#232;s certainement encore. Mais comme sens du combat, v&#233;ritablement extraordinaires. Exactement le moment qu'il fallait choisir pour rentrer dans la lutte. Un gouvernement qui n'a plus d'autorit&#233; puisqu'il va d&#233;missionner demain, un gouvernement auquel il faut donner le s&#233;rieux avertissement, qu'on ne se contentera pas de belles phrases, mais qu'on veut du positif.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est &#231;a, c'est tr&#232;s exactement &#231;a ! Les ouvriers parisiens ont saisi l'instant que cr&#233;ait la conjoncture &#233;conomique et politique pour jeter dans la balance le poids de leur r&#233;volte, entra&#238;nant derri&#232;re eux tout le prol&#233;tariat du pays. Apr&#232;s, devaient &#233;crire les &#233;crivains et les sociologues, rien ne serait plus tout &#224; fait comme avant. Mais cette situation &#233;conomique et politique, elle &#233;tait le r&#233;sultat de la liquidation des clivages l&#233;gu&#233;s par la grande guerre de 14-18.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=circle&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3892 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/unemployed_men_queued_outside_a_depression_soup_kitchen_opened_in_chicago_by_al_capone__02-1931_-_nara_-_541927.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH407/unemployed_men_queued_outside_a_depression_soup_kitchen_opened_in_chicago_by_al_capone__02-1931_-_nara_-_541927-56ac7.jpg?1774848680' width='500' height='407' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Soupe populaire &#224; Chicago en 1931&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;1932 ? L'effondrement de l'&#233;conomie am&#233;ricaine s'&#233;tend sur le monde europ&#233;en. La France, durement touch&#233;e par les destructions de toutes sortes engendr&#233;es par la guerre s'enfonce dans une crise qui paralyse l'industrie. Aux portes des soupes populaires les files sombres et d&#233;penaill&#233;es s'allongent ; 500 000 ch&#244;meurs sont inscrits dans les bureaux de placement. Un nombre aussi important, qui ne fut jamais inscrit, ou qui a &#233;t&#233; radi&#233;, tra&#238;ne dans les villes ou sur les routes, &#224; l'aff&#251;t d'un travail au rabais ou d'une combine qui les emp&#234;chera de crever de faim. Les partis politiques sombrent dans un &#233;lectoralisme de pacotille, qui aboutit &#224; des cartels de gauche impuissants et disloqu&#233;s aux premi&#232;res pouss&#233;es de la r&#233;action. Blum fait des ronds de jambe, Herriot des discours, l'esprit de Poincar&#233; r&#232;gne sur l'&#233;conomie et la politique fran&#231;aises. Le syndicalisme a ploy&#233; les reins. Durement marqu&#233; par les scissions successives, envahi par la politicaillerie, il se survit p&#233;niblement, ses effectifs fondent, son audience diminue, ses militants sont impitoyablement pourchass&#233;s par une organisation patronale, la Conf&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale de la Production Fran&#231;aise, qui tient ses listes noires &#224; jour et les fait circuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'ext&#233;rieur le fascisme s'est install&#233; en Italie, l'hitl&#233;risme &#233;tend son ombre sur l'Allemagne ; la Russie, l'homme au couteau entre les dents, servent d'&#233;pouvantail &#224; une petite bourgeoisie &#233;triqu&#233;e qui n'a rien compris et qui all&#233;grement, poursuit une politique qui la conduira tout droit &#224; une guerre qui sera la suite logique de &#171; la der des ders &#187;. Elle d&#233;file dans le sillage de ces pauvres cons d'anciens combattants qui, p&#233;riodiquement, toutes m&#233;dailles au vent, remontent les Champs-Elys&#233;es avant de s'embrigader derri&#232;re le colonel de la Rocque, un personnage sorti tout droit d'un roman de Courteline. Cinq ans d&#233;j&#224; se sont &#233;coul&#233;s depuis que la foule immense a d&#233;ferl&#233; sur les boulevards pour protester contre l'assassinat de Sacco et Vanzetti. La rue est calme, on compte par dizaines les ouvriers syndiqu&#233;s chez Citro&#235;n ou chez Renault, par centaines, les membres de la CGT dans les services publics. Pourtant, c'est dans ce creux de vague qu'est n&#233; cet &#233;lan qui, quatre ans plus tard, &#233;branlera la soci&#233;t&#233;, bousculera l'autorit&#233;, et finalement, &#233;tablira entre le capital et le travail, de nouveaux rapports.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=circle&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3888 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/emeute_fevrier_1934_place_de_la_concorde.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH370/emeute_fevrier_1934_place_de_la_concorde-060a6.jpg?1774848680' width='500' height='370' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre le 6 f&#233;vrier 1934.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;En 1932 une, Chambre de gauche avait &#233;t&#233; &#233;lue, qui, comme sa devanci&#232;re de 1924, devait sombrer devant les attaques de la r&#233;action et du fascisme, qui faisait son apparition dans le pays. On a tout dit sur les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roul&#232;rent le 6 f&#233;vrier 1934 et sur la r&#233;action populaire qui jeta, &#224; l'appel des organisations syndicales, un million de travailleurs parisiens sur la place de la Nation. On n'a peut-&#234;tre pas assez dit que l'immense cort&#232;ge apr&#232;s sa dislocation officielle, se r&#233;pandit dans les faubourgs populaires et que tard dans la nuit le bourgeois calfeutr&#233; derri&#232;re ses volets, put s'endormir au chant de l'&lt;i&gt;Internationale&lt;/i&gt;. On a coutume de dater le r&#233;veil du monde ouvrier de cette journ&#233;e organis&#233;e par les syndicats et les partis ouvriers dans l'unit&#233; et il est certain que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, qui fut totale &#224; Paris et extr&#234;mement importante en province, devait &#234;tre un des &#233;l&#233;ments d&#233;cisifs qui allait permettre l'explosion sociale de juin 36, mais d&#233;j&#224;, pour un esprit averti, le monde ouvrier avait commenc&#233; &#224; soulever sa paupi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille des &#233;v&#233;nements de f&#233;vrier 34 l'organisation syndicale est scind&#233;e en plusieurs tron&#231;ons. La vieille CGT, qui regroupe les services publics et recrute surtout en province. Ses cadres, dont beaucoup viennent de l'anarcho-syndicalisme, sont comp&#233;tents mais vieillis et comme Jouhaux leur &#171; g&#233;n&#233;ral &#187;, ils ne croient plus gu&#232;re &#224; la r&#233;volution et aspirent &#224; une place raisonnable dans la soci&#233;t&#233; du profit. La CGT-U est domin&#233;e par les communistes. Le Congr&#232;s de Huyghens, que j'ai &#233;voqu&#233; autre part, a vu la liquidation des &#233;l&#233;ments trotskistes de l'enseignement et des quelques anarchistes qui s'y &#233;taient maintenus. L'opposition ne jouera plus aucun r&#244;le dans cette organisation dont les effectifs sont maigres, mais qui poss&#232;de des cadres aguerris au cours des ann&#233;es qui vont suivre, s'installer au premier plan. Les Fonctionnaires encore autonomes, vont rejoindre la CGT et lui apporter des effectifs qui seront pr&#233;cieux au moment de la r&#233;unification syndicale &#224; Toulouse en 1935. Enfin, la CGT-SR. Quelques ann&#233;es auparavant, Besnard et ses amis, qui n'avaient pu se maintenir &#224; la direction de la CGT-U, &#233;taient sortis de l'organisation et avaient cr&#233;&#233; cette nouvelle Centrale, la CGT-SR, qui verra ses effectifs fondre au fil des ann&#233;es ; son r&#244;le, sauf dans l'industrie du b&#226;timent, ira en s'amenuisant et elle ne jouera aucun r&#244;le, except&#233; peut-&#234;tre &#224; la base dans quelques secteurs bien d&#233;limit&#233;s, dans les ann&#233;es qui pr&#233;c&#232;deront Juin 36.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3891 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/m_leon_jouhaux_president_de____agence_de_btv1b90351802_1_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH367/m_leon_jouhaux_president_de____agence_de_btv1b90351802_1_copie-ee240.jpg?1774848680' width='500' height='367' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;L&#233;on Jouhaux&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit plus haut que le r&#233;veil ouvrier a pr&#233;c&#233;d&#233; les journ&#233;es de f&#233;vrier. A Paris, en 1933, de nombreuses gr&#232;ves avaient oppos&#233; dans des combats de rue les travailleurs aux flics. Gr&#232;ve chez Citro&#235;n, gr&#232;ve des terrassiers travaillant &#224; creuser les souterrains du m&#233;tro, etc., qui s'&#233;taient termin&#233;es par un mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour la r&#233;gion parisienne d&#233;clench&#233;e par la CGT-U et par une manifestation &#224; l'H&#244;tel de Ville. La gr&#232;ve fut un &#233;chec, mais la manifestation une r&#233;ussite gr&#226;ce &#224; la Syndicale Taxis qui barrant les rues et immobilisant les autobus, provoquait un savant embouteillage (d&#233;j&#224;). Les 20 000 ouvriers qui se sont, ce soir-l&#224;, battus contre les flics, qui ont envahi et paralys&#233; l'ancienne place de Gr&#232;ve, qui ont essay&#233; de forcer les barrages qui interdisaient l'acc&#232;s des faubourgs populaires, ont v&#233;ritablement donn&#233; le branle &#224; ce qui devait aboutir aux journ&#233;es de Juin 36.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tard dans la nuit, dans les permanences surchauff&#233;es, les militants discut&#232;rent longuement de ce qu'ils pressentaient comme devant &#234;tre le prologue au r&#233;veil du mouvement ouvrier. C'est l&#224; que je rencontrais pour la premi&#232;re fois un jeune homme au destin tragique, qui comme moi, n'avait pas beaucoup plus de vingt ans et avec lequel j'engageais une controverse passionn&#233;e. ll s'appelait J.-P. Timbaud.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;POLITIQUE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;ll est vrai que la constitution du Front Populaire, c'est-&#224;-dire l'entente entre les partis politiques de gauche auxquels devait se joindre, avec quelque r&#233;ticence, l'organisation syndicale r&#233;unifi&#233;e a agi comme une catapulte. La constitution de ce Front Populaire avait &#233;t&#233; difficile. La politique classe contre classe du parti communiste, son intention avou&#233;e de &#171; plumer la volaille &#187;, sa volont&#233; de conserver envers et contre tous, la direction des masses qui s'&#233;veillaient d'une part, et d'autre part, la politique de bascule du Parti radical qui consistait &#224; avoir un pied dans chaque camp pour jouer &#224; coup s&#251;r sur le clan gagnant et qui avait, dans le pass&#233;, en 1924 comme en 1932, rendu fragile toutes les alliances de gauche, paralysait &#224; nouveau les premiers pas de ce rassemblement. La m&#233;fiance de la SFIO et la constitution de minorit&#233;s dissidentes aux grands partis, le groupe Doriot et les trotskistes pour le PC, les amis de Bergery pour les radicaux et l'&#233;quipe Zyromsky-Pivert pour les socialistes, ajout&#232;rent encore &#224; la confusion qui pr&#233;sida aux premiers pas du Front Populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;v&#233;nement capital devait transformer ce climat. Ce fut le voyage de Pierre Laval &#224; Moscou, et la transformation brutale de la tactique du parti communiste, qui abandonnant sa politique &#171; classe contre classe &#187;, commen&#231;a ce cycle nationaliste qui devait le conduire &#224; approuver le r&#233;armement, &#224; embo&#238;ter le pas par-dessus la t&#234;te du socialisme, au radicalisme le plus chauvin et le plus r&#233;trograde et qui devait se traduire par une nouvelle formule, le Front des Fran&#231;ais. Ce qui conduisait le colonel de La Rocque &#224; ins&#233;rer dans son journal le &lt;i&gt;Flambeau&lt;/i&gt;, ce placard ironique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Les loups se font bergers. Les chefs communistes se parent subitement des id&#233;es Croix de Feu. Ils pr&#234;chent la r&#233;conciliation. Ils s'int&#233;ressent &#224; la d&#233;fense nationale. Ils adoptent le drapeau tricolore. Ils r&#233;pudient m&#234;me l'influence de Moscou. Trahison ? Calcul ?&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la nouvelle position du parti communiste facilita, c'est certain, la constitution du Front Populaire et son d&#233;veloppement, les fascistes ne furent pas les seuls &#224; se poser des questions sur ce brusqu&#233; revirement. Les militants socialistes, les militants syndicalistes et l'extr&#234;me-gauche trotskiste et anarchiste, virent avec m&#233;fiance cette nouvelle politique, qu'ils furent nombreux &#224; qualifier de politique de &#171; sac au dos &#187;, expression reprise d'une d&#233;claration du socialiste Ziromsky : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pr&#234;t &#224; mettre le sac au dos contre l'hitl&#233;risme&lt;/q&gt;, ce qui conduira des pacifistes &#224; tous crins dans une direction diam&#233;tralement oppos&#233;e et Math&#233;, au Congr&#232;s de Toulouse, s'&#233;criera :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Le mouvement syndical condamne la guerre &#233;conomique et ses mis&#232;res. Il condamne la guerre tout court et son moulin sanglant. Et je vous traduirai nos sentiments profonds d'une mani&#232;re qui vous fera peut-&#234;tre tressaillir et nous condamner. N&#233;anmoins je n'h&#233;site pas : plut&#244;t que la guerre la servitude, parce que de la servitude on en sort. De la guerre on n'en revient pas.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on plus raisonnable, nos camarades de la &lt;i&gt;R&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; exprimaient mieux la position du syndicalisme r&#233;volutionnaire en &#233;crivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;A bas la guerre, &#224; bas l'union sacr&#233;e. La plus dure le&#231;on de 1914 n'est-elle pas que la guerre contre le militarisme n'a pas tu&#233; le militarisme. Le peuple allemand est seul capable de se d&#233;barrasser d'Hitler. Une nouvelle guerre ne pourrait que retarder sa lib&#233;ration. Nous ne marchons pas.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux autres &#233;l&#233;ments allaient encore accentuer la m&#233;fiance du mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire authentique &#224; l'&#233;gard du parti communiste et par voie de cons&#233;quence &#224; l'&#233;gard du Front Populaire. L'un fut la guerre d'Espagne, l'autre les purges qui, &#224; Moscou, liquid&#232;rent tous les anciens compagnons de L&#233;nine. ; ceux qui avaient &#233;t&#233; les pionniers de la R&#233;volution d'Octobre. D&#232;s le d&#233;but de la guerre d'Espagne, il fut &#233;vident que le communisme &#233;tait rest&#233; lui-m&#234;me et que l&#224;-bas, ce qu'il importait au stalinisme, c'&#233;tait moins le triomphe d'une r&#233;volution sociale et &#233;conomique originale, que la constitution d'un &#201;tat fort, susceptible d'appuyer la politique &#233;trang&#232;re de la Russie. Et pour cela, les communistes n'h&#233;sitaient pas &#224; appliquer &#224; Madrid ou &#224; Barcelone, la politique d'&#233;limination de tous les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires et de reprendre pour l'Espagne la politique des &#171; purges &#187; dont la Russie venait d'&#234;tre victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tiraill&#233; de l'int&#233;rieur, en proie &#224; l'hostilit&#233; du mouvement r&#233;volutionnaire, &#224; la m&#233;fiance du mouvement syndical, le Front Populaire devait &#233;prouver d'&#233;normes difficult&#233;s &#224; dresser un programme &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT r&#233;unifi&#233;e avait bien propos&#233; le Plan que cette organisation avait &#233;tabli mais certaine r&#233;forme de structure de ce Plan risquait d'affaiblir la d&#233;fense nationale et le parti communiste comme le parti radical se trouv&#232;rent d'accord pour rejeter. Les communistes qui ne voulaient &#224; aucun prix se couper de la petite bourgeoisie patriotarde et rebelle aux socialisations, impos&#232;rent alors ce compromis connu dans l'histoire sous le nom de &#171; Programme du Rassemblement Populaire &#187; et avec amertume, Vincent Auriol d&#233;clarera :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Les radicaux n'ont voulu aucune nationalisation, sauf celles des fabrications de guerre. Par une singuli&#232;re attitude les communistes disent non, eux aussi. Pourquoi ? Il nous a &#233;t&#233; difficile de percer leurs desseins.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, le programme &#233;lectoral bu Rassemblement ne diff&#232;re gu&#232;re de ceux qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent dans le pass&#233; la Constitution du Cartel des gauches et l'&#233;ternel &#233;motionnel qui va pr&#233;sider &#224; cette consultation &#233;lectorale de mai 1936 est moins &#233;conomique que politique. Il faut battre le fascisme &#224; l'ext&#233;rieur comme &#224; l'int&#233;rieur, et pour cela il faut faire &#233;lire une Chambre qui formera un gouvernement dirig&#233; Par le parti radical, auquel collaborera le parti socialiste, que soutiendra le parti communiste, un gouvernement qui sera patriote, r&#233;publicain et qui, en mati&#232;re sociale et dans le cadre de l'&#233;conomie lib&#233;rale, accordera aux travailleurs un certain nombre de satisfactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les urnes d'abord, en envoyant au Parlement une grosse majorit&#233; de d&#233;put&#233;s socialistes et la rue ensuite vont en d&#233;cide autrement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LES GREVES &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;cor est plant&#233;, l'union de la gauche r&#233;alis&#233;e, le Front Populaire politique pr&#234;t &#224; assumer ses responsabilit&#233;s. Pourtant, un &#233;v&#233;nement impr&#233;visible s'est produit, qui prend naissance dans les cadres inf&#233;rieurs qui sont la plus pr&#233;cieuse richesse du syndicalisme. Cet &#233;v&#233;nement c'est la prise de conscience de l'incapacit&#233; des politiciens &#224; tenir leurs promesses &#233;lectorales. Les militants des usines sont d&#233;cid&#233;s &#224; jouer leur r&#244;le dans le concert politique que les &#233;tats-majors pr&#233;parent et c'est ce r&#244;le qu'ils vont jouer avec &#233;clat qui va transformer ce Front Populaire et le faire passer d'une alliance &#233;lectorale sans lendemain en une page d'histoire que les travailleurs de ce pays n'oublieront jamais plus.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3895 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;49&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/les_ouvriers_en_greve_aux____agence_de_btv1b90282498_1_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH344/les_ouvriers_en_greve_aux____agence_de_btv1b90282498_1_copie-fc83a.jpg?1774848680' width='500' height='344' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Les ouvriers en gr&#232;ve aux Usines Renault (1936)&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;L'origine du mot d'ordre d'occupation des usines reste obscur. Cette forme d'action avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; employ&#233;e en Italie avant la marche sur Rome des troupes de Mussolini. A vrai dire, cette tactique &#233;tait controvers&#233;e dans les milieux ouvriers et si certains consid&#233;raient que l'usine occup&#233;e pouvait devenir une forteresse, d'autres y voyaient bien plus s&#251;rement une prison o&#249; seraient enferm&#233;s les travailleurs, laissant ainsi la voie libre aux fascistes. De toute mani&#232;re, les grandes centrales syndicales n'avaient pas, au cours de leurs r&#233;cents Congr&#232;s, et plus particuli&#232;rement au cours du Congr&#232;s d'unification de Toulouse, retenu ou m&#234;me discut&#233; de ce moyen original de lutte. Ce fut une explosion sociale due &#224; quelques initiatives obscures et qui se r&#233;pandit avec une rapidit&#233; impressionnante. On peut essayer de trouver dans cette explosion deux modes d'anti-&#233;lectoralisme virulent. Celui qui persistait dans le mouvement ouvrier &#224; la base et qui couvait depuis l'origine du mouvement syndical. Bien que combattu par les communistes, il &#233;tait renforc&#233; par le peu d'&#233;lus que la politique classe contre classe avait valu &#224; ce parti et par le peu d'efficacit&#233; de ces &#233;lus dirig&#233;s par un sombre cr&#233;tin, Andr&#233; Marty. Mais pour la grande masse des ouvriers, c'est l'&#233;chec des combinaisons &#233;lectorales de gauche qui, invariablement se transformaient en Bloc national, les scandales de l'affaire Stavisky o&#249; de nombreux parlementaires radicaux avaient &#233;t&#233; compromis, qui motivaient leur m&#233;fiance envers le Parlement. Pour les plus simples, la propagande effr&#233;n&#233;e des ligues de droite, fervente admiratrice de Mussolini, et qui avait l'audience de la grande presse quotidienne, s'ajoutait encore et contribuait &#224; entretenir des doutes sur la sinc&#233;rit&#233; des combinaisons &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1934 la classe ouvri&#232;re &#233;tait sortie de sa l&#233;thargie, gr&#232;ves et combats de rue s'&#233;taient multipli&#233;s. Les travailleurs avaient eu des morts &#224; Malakoff, &#224; la Cit&#233; Jeanne d'Arc. Organis&#233;s dans des comit&#233;s (j'ai racont&#233; l'histoire d'un de ces Comit&#233;s dans mon livre le &lt;i&gt;Consulat polonais&lt;/i&gt;), les ch&#244;meurs formaient une masse active toujours disponible pour distribuer le mat&#233;riel syndical et faire nombre, les jours de manifestations. Le r&#233;sultat du premier tour des &#233;lections, qui avait eu lieu le 26 avril 1936, avait &#233;t&#233; un succ&#232;s pour les partis de gauche, m&#234;me si le rapport des forces n'avait pas sensiblement vari&#233; (3 % seulement du corps &#233;lectoral se d&#233;pla&#231;a). Le Premier Mai qui, quelques jours plus tard, rassembla une foule immense qui &#233;tonna les militants ouvriers les plus avertis, donna aux travailleurs une confiance accrue en la force impressionnante qu'ils repr&#233;sentaient et que le r&#233;sultat du deuxi&#232;me tour devait confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3897 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;186&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/png/rassemblement-populaire-14-juillet-1936_cropped.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH200/rassemblement-populaire-14-juillet-1936_cropped-5ddb1.png?1774848680' width='500' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Manifestation du Rassemblement populaire, 14 juillet 1936. Dans la tribune, de gauche &#224; droite : Th&#233;r&#232;se Blum, L&#233;on Blum, Maurice Thorez, Roger Salengro, Maurice Viollette, Pierre Cot.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Et Salengro &#224; la d&#233;l&#233;gation des gauches d&#233;clarera :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Que ceux qui ont pour mission de guider les organisations ouvri&#232;res fassent leur devoir ; qu'ils s'empressent de mettre un terme &#224; cette agitation injustifi&#233;e. Pour ma part, mon choix est fait entre l'ordre et l'anarchie. Je maintiendrai l'ordre envers et contre tous.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le mouvement continue &#224; se d&#233;velopper et gagne toute la province. La masse en lutte &#233;chappe au contr&#244;le de la CGT et Jouhaux constate :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Le mouvement a r&#233;v&#233;l&#233; &#224; chacun de nous, j'en suis s&#251;r, une situation que nous ne connaissions pas. Les ouvriers, avec une certaine dignit&#233;, n'affichaient jamais les conditions mis&#233;rables des salaires auxquelles ils &#233;taient r&#233;duits.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il faudra attendre le 7 juin pour qu'&#224; l'H&#244;tel Matignon s'engage des discussions d'ensemble entre le gouvernement, le patronat et les repr&#233;sentants de la CGT. Le r&#233;sultat de ces accords est connu et appartient aujourd'hui &#224; l'histoire du mouvement ouvrier. Il est juste de remarquer que Blum, qui arbitrait les d&#233;bats, imposa un taux d'augmentation des salaires de 12%. Je ne crois pas qu'on puisse clore un paragraphe consacr&#233; aux accords Matignon sans rappeler la d&#233;claration constern&#233;e de M. Duchemin, Pr&#233;sident de la Conf&#233;d&#233;ration patronale, mis devant les r&#233;alit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Comment est-ce possible ? Comment avant avons-nous pu laisser faire cela ? Nous avons manqu&#233; &#224; notre devoir en laissant les choses aller ainsi.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;claration qui rejoint celle de Jouhaux, dont il faudra &#233;ternellement se souvenir, qui venant soit de la bouche d'un leader syndical soit de celle d'un leader patronal, justifie pleinement la th&#233;orie de Proudhon et des anarchistes qui conseille aux travailleurs de s'occuper eux-m&#234;mes de leurs propres affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est directement de ce Premier Mai, o&#249; les masses prirent conscience de leur coh&#233;sion que d&#233;bute cette gigantesque &#233;ruption sociale dans la vie &#233;conomique et politique du pays. Car les premi&#232;res gr&#232;ves avec occupation d'usines, celle du Havre, celle de Marseille sont justement des gr&#232;ves de protestation contre le licenciement de travailleurs ayant ch&#244;m&#233; le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; Mai. Ces gr&#232;ves se termineront par des victoires, la r&#233;int&#233;gration des travailleurs licenci&#233;s et le paiement des journ&#233;es de gr&#232;ves, et Lucien Erbal, Secr&#233;taire des m&#233;taux, peut &#233;crire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;La gr&#232;ve sur le tas est la deuxi&#232;me et importante le&#231;on &#224; tirer de la bataille gagn&#233;e par nos camarades de Lat&#233;co&#232;re. Nous sommes partisans (le Conseil syndical a su prendre ses responsabilit&#233;s en appliquant cette m&#233;thode) de la gr&#232;ve sur le tas avec occupation d'usine jusqu'&#224; compl&#232;te satisfaction.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte ne sera connu que du petit cadre de la base car ni les journaux ouvriers ni les syndicats ne propageront cette forme d'action. Mais le petit cadre est sensible &#224; toute action d&#233;coulant de ce Premier Mai et soigneusement il enregistrera le r&#233;sultat. Le Front Populaire attend, lui, le moment (1 mois) o&#249; ses &#233;lus s'installeront au pouvoir. Et pendant ce mois les occupations vont se multiplier avec un programme identique : reconnaissance des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'entreprise, augmentation des salaires, suppression des heures suppl&#233;mentaires, semaine de quarante heures, pour atteindre leur point culminant &#224; la fin mai.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3893 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/les_ouvriers_de_l_usine_renault____agence_de_btv1b9028243s_1_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH351/les_ouvriers_de_l_usine_renault____agence_de_btv1b9028243s_1_copie-a31c1.jpg?1774848681' width='500' height='351' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;1936 - Les ouvriers de l'Usine Renault en gr&#232;ve sont mass&#233;s sur le pont Seguin&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;A Paris, le 24 mai, plus de cinq cent mille ouvriers d&#233;filent devant le Mur des F&#233;d&#233;r&#233;s et d&#232;s le lendemain, les responsables des sections d'entreprise d&#233;clenchent la bataille ; c'est Hotchkiss &#224; Levallois, Lavalette &#224; Saint-Ouen, Farman &#224; Billancourt, puis Renault, Chausson, Citro&#235;n, Rosengart, etc., toute la m&#233;tallurgie parisienne explose bient&#244;t, suivie par la province. Un personnage qui n'en manque pas une et qui sera ministre, Ambroise Croizat, d&#233;clare gravement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Le mouvement de gr&#232;ve de la R&#233;gion parisienne peut tr&#232;s rapidement se calmer si, du c&#244;t&#233; patronal, on est pr&#234;t &#224; faire droit aux l&#233;gitimes revendications des travailleurs.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait, l'organisation syndicale, d&#233;bord&#233;e, va s'employer &#224; r&#233;gler les conflits. A ce moment-l&#224; plus de 100 000 m&#233;tallurgistes sont en lutte. Les patrons r&#233;agissent et r&#233;clament avant toute discussion l'&#233;vacuation des usines et l'officieuse &lt;i&gt;Journ&#233;e Industrielle&lt;/i&gt; &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Il va sans dire que la continuation d'une telle proc&#233;dure (celle de la conciliation) ne peut &#234;tre envisag&#233;e dans le cadre des troubles graves qui est pr&#233;sentement apport&#233; aux r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de l'ordre et de la direction des entreprises.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les patrons, repr&#233;sent&#233;s par leur organisation le CGPF, refusent de n&#233;gocier tant que les usines ne seront pas lib&#233;r&#233;es et le travail repris, de nombreux contrats &#224; l'&#233;chelle de l'entreprise sont sign&#233;s. Les ouvriers reprennent le travail chez Citro&#235;n, chez Renault, etc., sur les bases suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Les heures de gr&#232;ve seront pay&#233;es. Le salaire augment&#233; de un franc de l'heure. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s seront &#233;lus. Le droit syndical respect&#233;. Les heures de nuit major&#233;es, etc.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_3894 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/paris___greve_dans_une____agence_de_btv1b9028321j_1_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH360/paris___greve_dans_une____agence_de_btv1b9028321j_1_copie-a0514.jpg?1774848681' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Paris 1936 : gr&#232;ve dans une usine de m&#233;tallurgie : mannequin pendu&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si les &#171; grandes taules &#187; de la m&#233;tallurgie qui travaillaient &#224; plein rendement pour la guerre avaient c&#233;d&#233;, pour le reste des corporations, le probl&#232;me restait entier. Alors que le gouvernement et le patronat pouvaient esp&#233;rer voir le calme se r&#233;tablir apr&#232;s ces accords, le mouvement repartait de plus belle, gagnant toutes les corporations, s'&#233;talant &#224; travers tout le pays. Le gouvernement alors encore en place pour quelques jours et que dirige Albert Sarraut s'affole et fait appel &#224; L&#233;on Blum pour r&#233;gler le conflit, mais le leader socialiste &#171; respectueux de la Constitution &#187; attendra la r&#233;union l&#233;gale des Chambres pour former son gouvernement. L'&#233;tat d'esprit des chefs du Front Populaire m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;. Certes, Blum refusera de faire appel &#224; la force publique pour faire &#233;vacuer les usines, mais il se d&#233;clarera profond&#233;ment offens&#233; par ce mouvement qui bouscule les r&#232;gles traditionnelles et dans son appel aux travailleurs il d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;L'action du gouvernement, pour &#234;tre efficace, doit s'exercer dans la s&#233;curit&#233; publique. Elle serait paralys&#233;e par toute atteinte &#224; l'ordre. Le gouvernement demande donc aux travailleurs de s'en remettre &#224; la loi pour leurs revendications qui doivent &#234;tre r&#233;gl&#233;es par la loi. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;CONCLUSION &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les journ&#233;es de Juin sont riches en enseignements. Le reflux de la vague, la veulerie des politiciens de gauche et enfin la dislocation de l'union des gauches qui, comme les autres unions, celle de 1924 et celle de 1932, se transformera en une union des droites, en un bloc national contre les travailleurs est &#233;galement &#233;difiant niais appartient &#224; un autre moment de l'histoire du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui reste important, c'est justement ce que les travailleurs, d&#233;bordant les partis politiques, ont arrach&#233; par leur action propre. Certes, la victoire &#233;lectorale de la gauche, la certitude que le gouvernement Blum ne ferait pas intervenir la force ont &#233;t&#233; des facteurs importants, mais ce qui rend ces journ&#233;es inoubliables, c'est justement la conscience que, pour la premi&#232;re fois dans son histoire, la classe ouvri&#232;re a eue, que m&#234;me lorsqu'un climat favorable &#233;tait cr&#233;&#233;, c'est de son action directe que d&#233;pendent les conditions de succ&#232;s de ses revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les occupations d'usines furent l'&#339;uvre des militants &#224; l'&#233;chelle de l'entreprise et dans ce travail de la base les militants anarchistes furent pr&#233;sents. Une fois de plus on peut d&#233;plorer que leur dispersion les ait emp&#234;ch&#233;s de jouer un r&#244;le au moment du r&#232;glement. Ceux d'entre nous, appartenant au groupe syndicaliste &#171; Lutte de classe &#187; &#233;taient trop peu nombreux pour peser sur la CGT. Les autres, isol&#233;s dans la CGT-SR se trouv&#232;rent &#233;cart&#233;s de toute possibilit&#233; d'action &#224; l'&#233;chelle de la discussion nationale ou m&#234;me r&#233;gionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut mettre en garde les travailleurs. L'histoire ne se recommence pas. Ce qui fut l'originalit&#233; de ce combat, ce fut moins les m&#233;thodes employ&#233;es que le climat qui leur conf&#233;ra une efficacit&#233; certaine. Mais il reste deux le&#231;ons qui resteront &#233;ternellement vraies et qui conditionnent notre lutte, m&#234;me dans un climat diff&#233;rent, m&#234;me avec des techniques diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re le&#231;on c'est que les luttes doivent &#234;tre conduites en marge et contre toutes les organisations politiques fussent-elles de gauche et quelles que soient les promesses &#233;lectorales de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde, c'est que la d&#233;cision doit se faire &#224; la base de l'entreprise et que pour peser sur l'&#233;v&#233;nement il est indispensable qu'&#224; l'&#233;chelle de l'entreprise, l'influence du mouvement anarcho-syndicaliste soit r&#233;elle. Car aux instants de paroxysme, c'est seulement l'influence du petit cadre syndical qui peut faire sauter le frein des appareils syndicaux &#233;pouvant&#233;s par l'explosion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che de notre Mouvement libertaire est de travailler &#224; remplir ces conditions qui sont les garanties indispensables &#224; la r&#233;ussite de nouveaux juin 36.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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