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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Les hommes du jour - Tolsto&#239;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Tolsto&#239;</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;C'est la semaine russe. Apr&#232;s le grand conteur Maxime Gorki et le r&#233;volt&#233; Kropotkine, apr&#232;s cette figure sinistre et repoussante de bourreau, le tzar Nicolas II, que l'actualit&#233; d&#233;sobligeante nous a mis en demeure de saisir, voici le puissant &#233;crivain dont l'ombre immense se projette sur le monde entier et dont les moindres paroles se r&#233;percutent intens&#233;ment dans les esprits et dans les c&#339;urs.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no81-du-7-aout-1909-tolstoi-" rel="directory"&gt;Les Hommes du jour n&#176;81 du 7 ao&#251;t 1909 - Tolsto&#239;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-tolstoi-+" rel="tag"&gt;Tolsto&#239;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-les-hommes-du-jour-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1154-688ea.jpg?1774710035' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est la semaine russe. Apr&#232;s le grand conteur Maxime Gorki et le r&#233;volt&#233; Kropotkine, apr&#232;s cette figure sinistre et repoussante de bourreau, le tzar Nicolas II, que l'actualit&#233; d&#233;sobligeante nous a mis en demeure de saisir, voici le puissant &#233;crivain dont l'ombre immense se projette sur le monde entier et dont les moindres paroles se r&#233;percutent intens&#233;ment dans les esprits et dans les c&#339;urs. Il nous a paru int&#233;ressant d'opposer ces physionomies, curieuses &#224; des titres diff&#233;rents, diverses et oppos&#233;es, en qui se r&#233;sume toute la Russie contemporaine. Les po&#232;tes et les h&#233;ros de la r&#233;volte d'abord, le despotisme grima&#231;ant et barbare ensuite, et maintenant, entre le tyran et le serf qui se rebelle, entre le tortionnaire et la victime, l'ap&#244;tre doucereux, puissamment suggestif, &#233;loquemment persuasif de la R&#233;signation, cette doctrine de n&#233;ant et de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Tolsto&#239; appara&#238;t avant tout comme le grand R&#233;sign&#233;. Au sein de cette nation fruste o&#249; les adversaires du tsarisme luttent implacablement contre un r&#233;gime f&#233;roce ; o&#249; de chaque c&#244;t&#233; de la barricade, les uns et les autres jouent leur vie et leur libert&#233; ; o&#249; la bataille sociale rev&#234;t des formes de cruaut&#233; et de d&#233;vouement intr&#233;pide, telles qu'on n'a jamais pu les observer ailleurs, cet &#233;crivain magnifique et f&#233;cond, venant se jeter dans la bagarre pour crier aux combattants des paroles de paix et jeter l'anath&#232;me sur les violences, c'est l&#224; un spectacle d&#233;pourvu de banalit&#233;. L'auteur de &lt;i&gt;R&#233;surrection &lt;/i&gt; choisit bien son moment pour pr&#234;cher un &#233;vang&#233;lisne enfantin et se faire le champion d'une morale singuli&#232;rement p&#233;rim&#233;e, en d&#233;saccord formel avec toutes les lois sociales de l'&#233;poque. Par l&#224;, il s'est fait, inconsciemment, l'auxiliaire pr&#233;cieux du tsarisme qui ne demande pas mieux, certes, que d'avoir devant lui des troupeaux de moutons, b&#234;lants, dociles aux commandements et ne regimbant pas sous les coups. Et si l'on songe &#224; cette facult&#233; g&#233;niale d'&#233;vocation qui caract&#233;rise l'&#233;crivain, &#224; ce style &#224; la fois na&#239;f et subtil, &#233;trangement vivant, fait de clart&#233;, de souplesse et d'une harmonie que nulle traduction ne sait rendre, on mesurera la profondeur du mal que Tolsto&#239; aurait pu faire si ses compatriotes tout en s'inclinant devant le po&#232;te et le romancier ne s'&#233;taient d&#233;rob&#233;s aux exhortations du moraliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine de Tolsto&#239; est toute de paix, de douceur et d'avachissement. Anti-scientifique, il se prononce contre le progr&#232;s et commande le retour &#224; la nature. Il d&#233;nonce l'art pour l'art, ne voit dans la litt&#233;rature qu'un moyen d'&#233;vang&#233;lisation et manifeste pour la vie un d&#233;dain qui va jusqu'au renoncement total aux biens d'ici-bas. Doctrine funeste aux effets terriblement d&#233;primants et si peu en harmonie avec les aspirations d'un si&#232;cle de lutte, de travail et de r&#233;volte. Cette fa&#231;on de concevoir la vie, dont il a cherch&#233; longtemps le sens, a conduit Tolsto&#239; &#224; &#233;noncer des jugements qui sont du pur radotage. Nous trouvons dans un auteur anglais, cette codification amusante des id&#233;es tolsto&#239;ennes qui donne bien l'essentiel de la doctrine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pr&#233;ceptes&lt;/i&gt; : NE R&#201;SISTEZ PAS AU MAL (Matthieu, V, 39.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui signifie ; a) pas de gouvernement, pas d'arm&#233;e, pas de guerre, pas de patriotisme, pas de violence, pas de tribunaux ; &#8212; b) pas de serments ; &#8212; c) pas de col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NE SOYEZ PAS APPELS MAITRES. (Matt, XXIII, 10. 11.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui signifie : pas de distinctions de classes, pas de serviteurs, chaque homme doit faire son travail propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUICONQUE REGARDE UNE FEMME AVEC ENVIE A DEJ&#192; COMMIS DANS SON C&#338;UR LE P&#201;CH&#201; D'ADULT&#200;RE (Matt, V, 28) &lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; : a) pas de fornication ; &#8212; b) pas de mariage ; &#8212; c) pas de rapports dans le mariage ; &#8212; d) c&#233;libat ; &#8212; e) pas de viandes, de boissons intoxicantes et de tabac, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, au fond, quelles p&#233;nibles niaiseries cet &#233;crivain qui compte parmi les premiers du si&#232;cle, et nous a prodigu&#233; tant d'&#339;uvres admirables, s'est donn&#233; pour t&#226;che de faire admettre aux hommes qui l'&#233;coutent. Heureusement pour lui, la post&#233;rit&#233; oubliera le patriarche radoteur de Iasna&#239;a-Poliavna et ce qu'on a qualifi&#233; trop promptement de philosophie pour ne retenir que l'artiste qu'il est demeur&#233; malgr&#233; tout, mais que l'artiste supr&#234;mement vivant, sensible et cr&#233;ateur, dont l'&#339;uvre, marqu&#233;e pour l'&#233;ternit&#233;, vous &#233;treint et vous &#233;meut irr&#233;sistiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ferons, ma foi, comme la post&#233;rit&#233; et nous laisserons le moraliste ha&#239;ssable pour expertiser le litt&#233;rateur qui toujours domine dans le christomane. On peut dire de Tolsto&#239; qu'il est un des romanciers du si&#232;cle le plus fonci&#232;rement humain et le plus &#233;trangement &#233;vocateur. Tr&#232;s proche de nos naturalistes ; dont il compl&#232;te les proc&#233;d&#233;s par un don de psychologie qui n'appartient gu&#232;re qu'&#224; lui, l'auteur d'&lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt; nous a offert des types dessin&#233;s d'un trait d&#233;licat mais s&#251;r, avec leur visage, leur costume, leurs habitudes, leurs manies, leurs tares. Et tous ses personnages en m&#234;me temps qu'ils s'agitent et vivent animalement, pensent, r&#234;vent, souffrent, aiment, agissent, raisonnent. Les foules aussi se meuvent comme les individus. Nul romancier avant Tolsto&#239; n'a donn&#233; &#224; ses personnages une telle totalit&#233; de vie. Tolsto&#239;, en m&#234;me temps qu'il se fait un observateur m&#233;ticuleux et note patiemment jusqu'aux moindres d&#233;tails, se laisse guider par une imagination &#233;tonnante et un sens de la divination qui lui permet de lire jusqu'au fond des &#226;mes. Il n'&#233;tudie et ne cr&#233;e jamais ses personnages pour eux-m&#234;mes, mais toujours par rapport &#224; la vie universelle et les actes humains, avec lui, ne prennent de valeur qu'en regard de l'Id&#233;al et de l'Absolu. Sur tout cela, ce mysticisme &#224; la fois souriant et m&#233;lancolique et cette immense piti&#233; qui s'&#233;tend &#224; toutes les souffrances et embrasse les b&#234;tes et les choses ; cette m&#233;lancolie et cette piti&#233; qu'on retrouve dans toutes ses &#339;uvres, dans ses &lt;i&gt;Souvenirs de S&#233;bastopol&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;R&#233;surrection&lt;/i&gt;, dans&lt;i&gt; Les Cosaques&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque volume de Tolsto&#239; marque une &#233;tape de sa pens&#233;e et dans son ensemble, son &#339;uvre est une autobiographie morale. Cette &#339;uvre immense, il est difficile de l'analyser enti&#232;rement. Ses meilleurs romans resteront &lt;i&gt;La Guerre et la Paix&lt;/i&gt;, sorte d'&#233;pop&#233;e o&#249; il &#233;tudie l'arm&#233;e, la noblesse, les classes dirigeantes russes, les souffrances du peuple, les conflits sociaux ; &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt;, l'histoire douloureuse d'une femme luttant contre la passion, o&#249; l'on trouve une peinture fid&#232;le de la corruption des hautes classes ; &lt;i&gt;R&#233;surrection&lt;/i&gt;, o&#249; il met en sc&#232;ne une lamentable prostitu&#233;e et parcourt les bas-fonds de la soci&#233;t&#233; ; &lt;i&gt;Les Cosaques&lt;/i&gt;, glorification de la vie naturelle. Et dans tous ses romans, le moraliste &#233;vang&#233;lisateur appara&#238;t, se penche sur ses personnages et verse sur eux l'immense bont&#233; et l'amour qui d&#233;bordent de son c&#339;ur d'ap&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout et quoique la r&#233;signation fasse le fond de sa doctrine, on peut y trouver un certain levain de r&#233;volte. Tolsto&#239; n'est pas un chr&#233;tien, au sens moderne du mot. Ses pr&#233;ceptes s'inspirent de l'Evangile, mais il &#233;carte les dogmes officiels : le p&#233;ch&#233; originel, la r&#233;demption, l'immortalit&#233;, l'espoir d'une vie future qui lui semble une l&#226;chet&#233; v&#233;ritable. Il veut enfermer les sentiments dans le cercle de la vie terrestre. Il ne s'occupe pas de la divinit&#233; du Christ. Ses deux principes essentiels sont l'amour du prochain et la non r&#233;sistance au mal. Par l&#224;, comme on peut voir, son christianisme ressemble furieusement au bouddhisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il faut retenir de ces principes contradictoires et d&#233;concertants, c'est la haine que Tolsto&#239; a toujours manifest&#233;e pour le militarisme et l'atrocit&#233; de la guerre. Nul mieux que lui n'a su inspirer l'horreur des charniers humains. Il a &#233;crit sur ces boucheries sanglantes des pages inoubliables qui lui vaudront le pardon pour tant d'absurdes pr&#233;dications dont il a combl&#233; son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tableau, par exemple, d'un champ de bataille :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Des centaines de corps mutil&#233;s, fraichement ensanglant&#233;s qui, deux heures avant, &#233;taient pleins d'esp&#233;rance et de volont&#233;s diverses, sublimes ou mesquines, gisaient, les membres raidis, dans la vall&#233;e fleurie et baign&#233;e de ros&#233;e qui s&#233;pare le bastion de la tranch&#233;e ou sur le sol uni de la petite chapelle des morts de S&#233;bastopol ; les l&#232;vres dess&#233;ch&#233;es de tous ces hommes murmuraient des pri&#232;res, des mal&#233;dictions ou des g&#233;missements ; ils se retournaient sur le flanc, les uns abandonn&#233;s parmi les cadavres de la vall&#233;e en fleur, les autres sur les brancards, les lits et le plancher humide de l'ambulance...&lt;/q&gt; (&lt;i&gt;Souvenirs de S&#233;bastopol&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &lt;i&gt;Guerre et la Paix &lt;/i&gt; de sombres tableaux d&#233;filent qui ne peuvent qu'inspirer l'horreur des massacres. Et dans son aversion pour la guerre, Tolsto&#239; est all&#233; aussi loin que possible. Il a d&#233;nonc&#233; le patriotisme comme la source premi&#232;re des barbaries militaires. Il a dit du drapeau que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;c'&#233;taient des morceaux d'&#233;toffes fix&#233;s &#224; des b&#226;tons&lt;/q&gt;. Malheureusement, l'&#233;crivain se contente de d&#233;crire &#226;prement le mal et ses causes et le moraliste va pr&#234;cher par l&#224;-dessus la r&#233;signation. Et l'on aboutit pu&#233;rilement &#224; la r&#233;sistance passive et aux &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Doukhobors&#034; class=&#034;spip_glossaire&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Doukhobors&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; &#224; Iasna&#239;a-Poliavna (gouvernement de Toula), tout pr&#232;s de Moscou, en 1828 (28 ao&#251;t-9 septembre), L&#233;on-Nikola&#233;vitch, comte Tolsto&#239;, fils d'un colonel en retraite, devint orphelin de bonne heure. Il eut, comme beaucoup de jeunes Russes, un Fran&#231;ais comme pr&#233;cepteur. D&#232;s d&#232;s l'&#226;ge de quinze ans, il lisait nos &#233;crivains du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, particuli&#232;rement Voltaire et Rousseau. A dix-neuf ans il ne croyait plus &#224; l'&#201;glise orthodoxe et s'&#233;cartait de la religion dans laquelle il avait &#233;t&#233; &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Physiquement laid et le sachant, timide, peu communicatif, Tolsto&#239; eut cependant une jeunesse assez orageuse, pleine de duels, d'orgies tapageuses. En 1847, il quittait l'Universit&#233; de Moscou o&#249; il &#233;tait entr&#233; en 1843 et se retirait &#224; Iasna&#239;a-Poliavna, parmi les paysans. Il trouva ses propri&#233;t&#233;s dans un d&#233;sordre affreux et d&#233;j&#224;, apr&#232;s maints froissements d'amour-propre et de menus incidents qui avaient affect&#233; sa sensibilit&#233;, il d&#233;couvrait que la racine du mal gisait dans la mis&#232;re des paysans. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ce mal dispara&#238;tra, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#233;crivait-il, d&#232;s cette &#233;poque, &#224; l'une de ses tantes&lt;/span&gt;, apr&#232;s un long et patient travail. N'est-ce pas alors un devoir, un devoir sacr&#233;, de me d&#233;vouer au bien-&#234;tre de ces sept cents &#226;mes ?&lt;/q&gt; Le futur ap&#244;tre de l'Amour et du Sacrifice se dessinait dans ces quelques phrases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant il ne demeura pas longtemps &#224; Iasna&#239;a-Poliavna, parmi ses paysans. Trois ans plus tard, il partait pour le Caucase o&#249; on le nommait officier d'artillerie. En 1352, il publiait sa premi&#232;re &#339;uvre, &lt;i&gt;Enfance&lt;/i&gt;, sous le pseudonyme L. T., dans la revue &lt;i&gt;Sovremennik&lt;/i&gt;, de Saint-P&#233;tersbourg. Puis il prit part &#224; la guerre de Crim&#233;e et se distingua &#224; S&#233;bastopol. Il fut nomm&#233; commandant de division.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers 1851, alors qu'il &#233;tait au Caucase, que Tolsto&#239; m&#233;dita s&#233;rieusement sur les probl&#232;mes humains. Une voix myst&#233;rieuse lui murmurait &#224; l'oreille : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est maintenant que tu commences &#224; vivre !&lt;/q&gt; Et il sentait en lui un d&#233;sir irr&#233;sistible d'action. Plus tard, alors qu'il &#233;tait officier d'artillerie et prenait part &#224; toutes les exp&#233;ditions militaires, le jeune Tolsto&#239;, vivant au milieu des Cosaques dont il observait les m&#339;urs et admirait la farouche ind&#233;pendance, songeait &#224; son avenir et consid&#233;rait son pass&#233;. Il r&#233;capitulait son existence et se demandait quelle voie il avait jusqu'alors suivi. Il comprenait vaguement que le but de l'homme ici-bas est la recherche du bonheur. Mais lorsqu'il eut &#233;tabli que le bonheur consiste dans l'amour et le d&#233;vouement, sa vie pass&#233;e lui fit horreur. Il r&#233;solut de se renouveler et de se retremper dans le sacrifice. Sa carri&#232;re d'ap&#244;tre commen&#231;ait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, pendant la guerre de S&#233;bastopol, Tolsto&#239; &#233;tait &#233;mu de la souffrance humaine. Au Caucase d&#233;j&#224;, il avait go&#251;t&#233; la beaut&#233; de la nature. Cela le conduisit &#224; chanter la vie simple et sauvage. La civilisation avec ses crimes, ses guerres atroces, lui inspirait une insurmontable horreur. Apr&#232;s avoir visit&#233; des amput&#233;s, des malades, des bless&#233;s, il comprit que jamais la poudre et le sang n'apporteraient une solution aux questions qui se posent entre humains. Et tout en guerroyant, il prenait sa plume et commen&#231;ait &#224; &#233;crire. De cette p&#233;riode datent : &lt;i&gt;Adolescence&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Souvenir de S&#233;bastopol&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Coupe du bois&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; Invasion des Cosaques&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne termin&#233;e, Tolsto&#239; s&#233;journa quelque temps &#224; S&#233;bastopol. Ses convictions de patriote &#233;taient alors fortement &#233;branl&#233;es par ce qu'il avait pu voir de la guerre. Sa r&#233;putation litt&#233;raire &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;tablie et il fut chaleureusement re&#231;u dans la capitale o&#249; il se lia avec quelques &#233;crivains c&#233;l&#232;bres, parmi lesquels Tourgueneff. Mais les discussions purement litt&#233;raires ne lui apportaient aucune satisfaction. Toujours sous l'impression angoissante ressentie sous les murs de S&#233;bastopol et au milieu des Cosaques, il persistait &#224; songer &#224; la loi myst&#233;rieuse de la vie. Il se cherchait. Il croyait alors que sa vocation &#233;tait d'instruire les hommes et se posait cette question : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Que suis-je ? Que dois-je enseigner ?&lt;/q&gt; Bient&#244;t apr&#232;s avoir observ&#233; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les pr&#234;tres de la pens&#233;e et de la parole&lt;/q&gt;, il comprenait que leur croyance n'&#233;tait qu'une supercherie et se s&#233;parait d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, il entreprenait un voyage &#224; l'&#233;tranger, visitait la France o&#249; il fut vivement impressionn&#233;, &#224; Paris, par le spectacle d'une ex&#233;cution capitale, parcourait l'Allemagne o&#249; il suivait des cours scientifiques, l'Italie, la Belgique, l'Angleterre. Il rencontrait Proudhon &#224; Bruxelles et Liszt &#224; Weimar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il revint en Russie un peu avant l'&#233;mancipation des serfs. L'empire &#233;tait alors boulevers&#233; par tin immense espoir dont il se fit l'&#233;cho. Il fonda &#224; Iasna&#239;a une revue et une &#233;cole mod&#232;le qui dur&#232;rent pr&#232;s de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1862, il &#233;pousa la fille d'un docteur de Moscou et commen&#231;a une vie de famille simple et paisible. C'est pendant cette p&#233;riode qu'il a &#233;crite deux de ses chefs-d'&#339;uvre : &lt;i&gt;La Guerre et la Paix &lt;/i&gt; (1864-69) et &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt; (1873-1876).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir de 1874 que le Tolsto&#239; &#233;vang&#233;liste fait son apparition. Le probl&#232;me religieux et moral se posait avec plus de force que jamais et l'absorbait compl&#232;tement. Il cherchait toujours le &#171; pourquoi &#187; de la vie. Il connut alors deux paysans, Souta&#239;ev et Bondarev, fondateurs de deux sectes religieuses qui donnaient le pas &#224; l'Ancien Testament sur le Nouveau et professaient que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la r&#233;novation du monde ne peut se faire que par le travail manuel et individuel&lt;/q&gt;. Tolsto&#239; traversa alors une crise morale qu'il nous a racont&#233;e dans &lt;i&gt;Ma Confession&lt;/i&gt; (1879-1882). Il revint &#224; l'Evangile, renon&#231;a au monde et se mit &#224; labourer la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant il ne renon&#231;ait pas &#224; la litt&#233;rature. Il donnait : &lt;i&gt;Ma&#238;tre et Serviteur&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Sonate de Kreutzer&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Mort d'Ivan Illicht&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;R&#233;surrection&lt;/i&gt;. Il &#233;crivait une pi&#232;ce en quatre actes : &lt;i&gt;La Puissance des T&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;. Il publiait aussi nombre de livres pour l'&#233;ducation du peuple, des &#233;tudes, des contes en style biblique ; &lt;i&gt;Qu'est-ce que l'Art ?&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;En quoi consiste ma foi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'&#201;glise et l'&#201;tat&lt;/i&gt;. Ce dernier livre lui valut d'&#234;tre excommuni&#233; le 24 f&#233;vrier 1901 par le Saint Synode comme h&#233;r&#233;tique et ath&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il prenait, &#224; maintes reprises, la d&#233;fense des paysans. Il soutenait les Doukhobors pers&#233;cut&#233;s. Il protestait contre les horreurs tzaristes par la lettre &lt;i&gt;Tu ne tueras pas&lt;/i&gt; (1900) ; il se d&#233;clarait contre la guerre russo-japonaise, contre les actes des r&#233;volutionnaires pour d&#233;fendre ses id&#233;es de non-r&#233;sistance au mal. Enfin, en 1908, il d&#233;non&#231;ait &#224; nouveau les atrocit&#233;s du r&#233;gime par la lettre :&lt;i&gt; Je ne puis pas me faire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Tolsto&#239;, &#226;g&#233; de 81 ans, est l'&#233;crivain universellement admir&#233;. Depuis sa crise morale et sa conversion, il n'a jamais quitt&#233; ses terres de Iasna&#239;a o&#249;, v&#234;tu de la blouse du paysan, il travaille de ses propres mains. Tous les six mois, on annonce sa mort, mais chaque fois, l'&#233;crivain &#233;chappe &#224; la maladie qui le guette. On sait qu'il a renonc&#233; &#224; ses propri&#233;t&#233;s, mais on sait moins que ses fils les g&#232;rent &#224; sa place et que sa femme administre sa propri&#233;t&#233; litt&#233;raire. Faut-il conclure de cela, comme certains l'ont fait, &#224; l'hypocrisie de l'ap&#244;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, Tolsto&#239; demeurera comme un des &#233;crivains les plus puissants de son si&#232;cle et il aura marqu&#233; fortement son &#233;poque. Tout n'est pas &#224; rejeter dans le fatras de ses conceptions religio-philosophiques. Quand Tolsto&#239; s'adresse &#224; l'&#233;nergie humaine pour acqu&#233;rir la discipline int&#233;rieure, quand il pr&#234;che l'abolition de la mis&#232;re humaine, l'aspiration vers le Bonheur universel ; quand il dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ne tuez pas, n'exploitez pas, purifiez votre vie et votre conscience&lt;/q&gt;, on ne peut que suivre l'ap&#244;tre. Le but nous propose est sublime. Mais les moyens sont discutables. Tolsto&#239; n'a pas su voir que la r&#233;alisation de ses v&#339;ux &#233;tait, h&#233;las, au prix de violences encore et que sa chim&#232;re ne pouvait s'&#233;panouir que dans le sang. De m&#234;me Tolsto&#239; nie la science. Il ram&#232;ne tout &#224; la Morale. Il croit, comme le philosophe de Gen&#232;ve, que la civilisation est l'origine de tous nos maux. Il nie encore l'Art comme l'interpr&#233;tation d'une Beaut&#233; myst&#233;rieuse et &#233;ternelle qu'il ne veut pas conna&#238;tre. Pour lui le Beau ne peut &#234;tre que le Bien. Sa loi se r&#233;sume en deux mots : Aimer, Travailler. En somme, devenir meilleur et par l'exemple inciter les autres &#224; agir dans le sens de la perfection morale. Pu&#233;rilit&#233;s et sophismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'on retiendra de Tolsto&#239;, c'est son &#339;uvre n&#233;gatrice. Il a d&#233;nonc&#233; le mal avec une v&#233;h&#233;mence que nul n'a atteint avant lui. Il a inspir&#233; aux hommes l'horreur de la guerre et des massacres, la haine de l'exploitation et de l'oppression. Il nous a trac&#233; des tableaux &#233;mouvants de la mis&#232;re humaine. Il a fait pleurer sur les douleurs des parias et des vaincus. Il a fl&#233;tri l'hypocrisie des religions et des morales officielles, condamn&#233; l'in&#233;galit&#233; et la richesse. Il peut ensuite conclure &#224; la r&#233;signation et nous inviter &#224; courber la t&#234;te. Il n'a pu, malgr&#233; lui, que cr&#233;er de la r&#233;volte agissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'il est utile de combattre le doctrinaire dont les radotages enfantins agacent parfois, on ne peut que crier son admiration pour l'artiste. Apr&#232;s tout, que Tolsto&#239; ait &#233;t&#233; dupe d'illusions g&#233;n&#233;reuses et &#233;ternelles, il n'en a pas moins, &#224; son encontre, obtenu des r&#233;sultats inesp&#233;r&#233;s. L'Eglise orthodoxe ne s'y est pas tromp&#233;e, elle qui a condamn&#233; l'Ap&#244;tre de l'Amour en qui elle a su d&#233;m&#234;ler parfaitement le p&#232;re intellectuel de la R&#233;volution russe, celui qui a su offrir aux jeunes g&#233;n&#233;rations, dans la gangue des doctrines &#233;mollientes, le m&#233;tal pr&#233;cieux de la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1509 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/pdf/les_hommes_du_jour_tolstoi.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 4.7 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH735/pages_de_les_hommes_du_jour_tolstoi-c2451.jpg?1774777557' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Les hommes du jour&lt;/i&gt; - Tolsto&#239;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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