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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Les r&#233;fractaires au service militaire : La hantise des mauvais num&#233;ros (1815-1868) </title>
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		<dc:date>2022-06-16T22:01:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Michel Auvray </dc:creator>


		<dc:subject>Agora - Mensuel libertaire</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pendant la premi&#232;re moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le service militaire demeure un v&#233;ritable imp&#244;t sur la mis&#232;re. Les fils de bourgeois paient fr&#233;quemment un rempla&#231;ant tandis que les d&#233;poss&#233;d&#233;s r&#233;sistent, encore en nombre important, &#224; l'enr&#244;lement forc&#233;. Insoumissions et d&#233;sertions c&#232;dent peu &#224; peu le pas &#224; la simulation et aux terribles automutilations : &#224; la contrainte de classe r&#233;pond une r&#233;sistance populaire multiforme.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-agora-mensuel-libertaire-+" rel="tag"&gt;Agora - Mensuel libertaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton1112-25d39.jpg?1774708579' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant la premi&#232;re moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le service militaire demeure un v&#233;ritable imp&#244;t sur la mis&#232;re. Les fils de bourgeois paient fr&#233;quemment un rempla&#231;ant tandis que les d&#233;poss&#233;d&#233;s r&#233;sistent, encore en nombre important, &#224; l'enr&#244;lement forc&#233;. Insoumissions et d&#233;sertions c&#232;dent peu &#224; peu le pas &#224; la simulation et aux terribles automutilations : &#224; la contrainte de classe r&#233;pond une r&#233;sistance populaire multiforme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1815. Les Bourbons ont retrouv&#233; leur tr&#244;ne sur invitation du S&#233;nat. D&#232;s le 12 mai, Louis XVIII r&#233;organise l'arm&#233;e. Se dotant de troupes de confiance &#8212; la &#171; maison militaire &#187; du roi &#8212; compos&#233;e d'une part d'hommes issus de la noblesse, d'autre part de r&#233;giments suisses, le souverain s'empresse de dissoudre une grande partie de l'arm&#233;e imp&#233;riale : les trois cinqui&#232;mes des soldats sont renvoy&#233;s dans leurs foyers. La conscription &#233;tant supprim&#233;e, la classe de l'ann&#233;e 1815 est int&#233;gralement licenci&#233;e et toutes les d&#233;sertions ant&#233;rieures sont d&#232;s lors consid&#233;r&#233;es comme de simples &#171; absences sans permission &#187;. D&#233;sormais, l'arm&#233;e de la Restauration entend assurer son recrutement par les seuls engagements volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effectifs ont beau &#234;tre consid&#233;rablement r&#233;duits, encore faut-il couvrir les besoins. Or le peuple qui, vingt-trois ans durant, a d&#251; supporter la charge des guerres de la R&#233;volution et de l'Empire, n'a assur&#233;ment point le go&#251;t de l'uniforme et tient pour m&#233;prisable le m&#233;tier des armes. Les volontaires sont en si petit nombre que, &#224; peine trois ans plus tard, le nouveau pouvoir a recours &#224; l'enr&#244;lement forc&#233;. L'abolition totale de la conscription avait, en 1814, provoqu&#233; un tel soulagement dans le pays qu'il n'est pas question d'y revenir. La loi que le mar&#233;chal Gouvion Saint-Cyr fait voter, le 10 mars 1818, lui substitue donc l'appel. Le principe de l'obligation du service militaire, ainsi r&#233;introduit subrepticement, ne rev&#234;t pas cependant un simple changement de d&#233;nomination, la loi ne visant en effet qu'&#224; combler les carences du volontariat. En cas d'insuffisance des engagements, les quarante mille jeunes qui sont d&#232;s lors incorpor&#233;s annuellement pour accomplir un service de six ans ne repr&#233;sentent, &#224; l'&#233;vidence, qu'une faible partie des recrues disponibles. Le choix des appel&#233;s s'effectue par tirage au sort, le remplacement est admis : telles sont les deux caract&#233;ristiques du syst&#232;me qui, avec des modifications de d&#233;tail, va rester la base du syst&#232;me de recrutement jusqu'en 1868.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une obligation profond&#233;ment in&#233;galitaire &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le contingent d'appel&#233;s &#224; enr&#244;ler est d&#233;termin&#233; annuellement, r&#233;parti par d&#233;partements, puis entre les cantons. Chaque ann&#233;e, les jeunes hommes atteignant l'&#226;ge de vingt ans sont donc convoqu&#233;s &#224; la mairie du chef-lieu de canton ou, quand la ville est d&#233;pourvue de b&#226;timent municipal, dans l'&#233;glise de la localit&#233;. L&#224;, en pr&#233;sence des gendarmes et des notables locaux, ils sont invit&#233;s &#224; extraire d'un sac ou d'une urne un num&#233;ro qui d&#233;termine leur ordre de passage devant le conseil de r&#233;vision charg&#233; de juger de leur aptitude physique et des dispenses &#233;ventuelles. Le conseil de r&#233;vision arr&#234;tant son travail d&#232;s qu'il a r&#233;uni un nombre de jeunes gens aptes correspondant &#224; l'effectif prescrit pour le canton, seuls ceux qui ont tir&#233; les num&#233;ros les plus bas sont, de fait, susceptibles d'&#234;tre incorpor&#233;s : voil&#224; les mauvais num&#233;ros. Tous les autres qui, du fait du tirage au sort, n'ont m&#234;me pas &#224; se pr&#233;senter devant le conseil de r&#233;vision, sont &#224; jamais &#8212; et m&#234;me en temps de guerre &#8212; exempts du service militaire : ce sont, au plein sens du terme, les bons num&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul le hasard semble, en principe, d&#233;cider du destin de chacun. Or les d&#233;tenteurs d'un mauvais num&#233;ro reconnus aptes &#233;tant autoris&#233;s &#224; fournir un rempla&#231;ant, ceux qui en ont les moyens financiers ne se privent pas de payer plus pauvres qu'eux pour partir &#224; leur place. Les arr&#234;ts du sort ne sont, en d&#233;finitive, in&#233;luctables que pour les plus d&#233;munis. La faiblesse des contingents demand&#233;s, l'absence relative de conflits guerriers, la dur&#233;e m&#234;me du service &#8212; qui para&#238;t paradoxalement mod&#233;r&#233;e, apr&#232;s toute une g&#233;n&#233;ration de guerres &#8212; contribuent &#224; all&#233;ger la charge de l'obligation du service et, en cons&#233;quence, &#224; att&#233;nuer sensiblement l'ampleur du mouvement de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Conjurer le mauvais sort &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre moins massive qu'auparavant, l'opposition au service militaire n'en est pas moins largement r&#233;pandue dans bien des r&#233;gions. Les jeunes familles ais&#233;es pouvant l&#233;galement se soustraire &#224; l'obligation, c'est, une fois encore, au sein des milieux populaires que se rencontrent les r&#233;sistances les plus vives. Le tirage au sort lib&#233;rant les deux tiers des appel&#233;s potentiels, les d&#233;poss&#233;d&#233;s ont volontiers recours &#224; des proc&#233;d&#233;s magiques ou religieux, cens&#233;s les aider &#224; tirer de bons num&#233;ros. L'appel des soldats a beau &#234;tre individuel, c'est l'ensemble de la communaut&#233; rurale &#224; laquelle ils appartiennent qui est concern&#233;e et affect&#233;e par le sort. La famille, l'entourage imm&#233;diat du jeune appel&#233; ne se r&#233;signent gu&#232;re &#224; ce qu'il soit aussi longtemps arrach&#233; &#224; leur affection, et la malchance du conscrit se traduit par la privation d'une force de travail, d'une source de revenus indispensables &#224; leur survie. Pour le village, le d&#233;part des jeunes repr&#233;sente la perte de ses &#233;l&#233;ments les plus dynamiques et, par suite, de maris &#233;ventuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les jeunes soumis au tirage au sort d&#233;sirent ardemment b&#233;n&#233;ficier d'un bon num&#233;ro. C'est m&#234;me le cas de ceux qui sont pourtant d&#233;cid&#233;s &#224; partir : il est bien plus avantageux, en effet, d'&#234;tre exempt&#233; par un bon num&#233;ro afin de pouvoir ensuite s'engager comme rempla&#231;ant, ce qui garantit une substantielle prime. Nombre de pratiques destin&#233;es &#224; porter chance aux appel&#233;s voient alors le jour. Il est de tradition, dans certaines communes de c&#233;l&#233;brer une messe &#224; l'intention des jeunes hommes du village, le matin du tirage au sort. Surtout, les femmes usent de moyens fort divers pour tenter de prot&#233;ger leurs proches du mauvais sort. Elles font dire des messes, invoquent tel ou tel saint, consultent des diseurs de secrets ; fr&#233;quemment, elles placent, &#224; l'insu du conscrit, un porte-bonheur dans la semelle du soulier, la doublure de l'habit du fils ou de l'amant, avant qu'il se rende en ville participer &#224; d&#233;signation des soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'efficacit&#233; de ces proc&#233;d&#233;s se r&#233;v&#233;lant pour le moins d&#233;cevante, les d&#233;poss&#233;d&#233;s que le sort a d&#233;sign&#233;s sont alors accul&#233;s &#224; se placer hors-la-loi lorsqu'ils n'entendent pas subir le service. Les insoumis sont particuli&#232;rement nombreux dans certaines provinces &#8212; Auvergne, Limousin, Velay, Rouergue, Corse, Oisans, Pyr&#233;n&#233;es &#8212; qui ont en commun d'&#234;tre des r&#233;gions de langue non fran&#231;aise, au relief accident&#233;, d'agriculture pauvre et &#233;loign&#233;es du pouvoir central. L'int&#233;gration nationale de ces r&#233;gions traditionnellement hostiles &#224; l'enr&#244;lement forc&#233; n'est pas encore achev&#233;e : les gendarmes &#233;prouvent bien des difficult&#233;s &#224; faire la chasse aux r&#233;fractaires dans ces pays montagneux et bois&#233;s, d'autant que, comme l'attestent nombre de chansons populaires, ceux qui refusent le service jouissent encore de la solidarit&#233; des populations.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mutilations volontaires &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les moyens de contr&#244;le social et de surveillance polici&#232;re se renfor&#231;ant, il est, &#224; l'inverse, devenu de plus en plus difficile aux r&#233;fractaires de se cacher dans les r&#233;gions de plaines et de collines. L'insoumission y c&#232;de donc peu &#224; peu le pas &#224; une opposition non plus ouverte mais d&#233;guis&#233;e sous des raisons d'inaptitude physique ; simulation ou mutilations volontaires, qui constituent, pour ceux qui n'ont point les moyens de payer un rempla&#231;ant, la possibilit&#233; la plus accessible d'&#233;chapper &#224; leur triste sort, se multiplient. C'est particuli&#232;rement le cas dans le Bassin parisien : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En Brie, dans l'arrondissement de Meaux, entre 1824 et 1859, 10% des conscrits (sont) sanctionn&#233;s pour avoir simul&#233; la claudication, la surdit&#233;, le b&#233;gaiement ou entretenu des caut&#232;res aux jambes par traitement irritant&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Bozon, Les Conscrits, Berger-Levrault, 1981, p. 139&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Devant le conseil de r&#233;vision, des appel&#233;s pr&#233;sentent des plaies factices ou des hernies insuffl&#233;es, d'autres se font inoculer la gale ou la teigne, et il faut croire que certaines pratiques aboutissent &#224; leur exemption puisque s'instaurent de v&#233;ritables traditions locales : ici, simulation de l'&#233;pilepsie ou de la surdit&#233;, l&#224;, mutilation des doigts ou perte des dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive que des jeunes &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;se proclament b&#232;gues, quitte ensuite une fois exempt&#233;s du service, &#224; venir faire un discours aux autorit&#233;s pour pr&#233;senter les revendications de leurs camarades&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul Aron, Paul Dumont, Emmanuel Le Roy Ladurie, Anthropologie du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Mais les autorit&#233;s ainsi abus&#233;es menacent puis sanctionnent les simulateurs, comme d'ailleurs ceux qui se mettent dans l'impossibilit&#233; physique de servir. Pr&#234;ts &#224; tout pour &#233;viter de partir, certains se livrent, pourtant &#224; des actes d&#233;sesp&#233;r&#233;s : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est parfois la m&#232;re du conscrit qui coupe le pouce de son fils sur un billot, plut&#244;t que d'accepter le d&#233;part du jeune homme &#224; la conscription. D'autres conscrits se font arracher ou scier les dents&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;id.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; et il n'est pas rare qu'un appel&#233; ait la main enti&#232;re emport&#233;e par la d&#233;charge d'un fusil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Constituante a beau avoir aboli la plupart des ch&#226;timents corporels pour les remplacer par des peines privatives de libert&#233;, ceux qui se sont rendus coupables de mutilation volontaire ou d'actes de d&#233;sob&#233;issance sont fr&#233;quemment envoy&#233;s dans des unit&#233;s militaires sp&#233;ciales, des compagnies de discipline, o&#249; ils subissent des s&#233;vices cruels et des brimades inhumaines. Le sort de ceux qui sont condamn&#233;s &#224; &#234;tre envoy&#233;s au bagne n'est pas plus enviable. Les conseils de guerre prononcent souvent des sanctions d'une extr&#234;me rigueur &#224; l'encontre des appel&#233;s qui ont tent&#233; de se d&#233;rober &#224; l'obligation, fournissant de la sorte une abondante main-d'&#339;uvre aux bagnes militaires de Lorient et de Belle-Isle. Employ&#233;s en ateliers ou lou&#233;s, l'&#233;t&#233;, pour la moisson, ce sont aussi les victimes des conseils de guerre qui creusent, dix ans durant, le canal de Nantes &#224; Brest. V&#234;tus d'un uniforme gris, astreints au port de la barbe et de la moustache &#8212; cens&#233; curieusement les &#171; pr&#233;server &#187; de liaisons homosexuelles &#8212;, fr&#233;quemment encha&#238;n&#233;s deux &#224; deux, les bagnards tra&#238;nent au pied un boulet ne pesant pas moins de trois kilos. Ils r&#233;alisent des t&#226;ches &#233;puisantes, sont sans cesse humili&#233;s, battus sous le moindre pr&#233;texte, et certains d'entre eux meurent de mauvais traitements : triste sort, &#224; l'&#233;vidence, que celui de ces jeunes coupables de ne pas avoir accept&#233; de se soumettre aux autorit&#233;s militaires.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un imp&#244;t sur la mis&#232;re &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De la Restauration &#224; la fin du Second Empire, le service militaire est certes pr&#233;tendu obligatoire mais l'&#233;galit&#233; apparente de tous devant le sort masque en fait une profonde in&#233;galit&#233; sociale. Les inscrits maritimes, &#233;l&#232;ves des grandes &#233;coles, s&#233;minaristes et candidats &#224; l'enseignement sont, tout d'abord, dispens&#233;s de se pr&#233;senter au tirage au sort. Les fils de familles influentes b&#233;n&#233;ficient, ensuite, de pressions diverses visant &#224; les soustraire &#224; l'obligation, les notables locaux, qui participent aux conseils de r&#233;vision, intervenant fr&#233;quemment en leur faveur. Enfin, et surtout, le remplacement permet aux fils de la bourgeoisie et de la riche paysannerie qui ont &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;s par le sort puis reconnus aptes d'&#233;chapper l&#233;galement au service, s'ils le souhaitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix &#224; payer au rempla&#231;ant &#8212; qui varie en fonction de l'offre et de la demande, et augmente avec les risques de guerre &#8212; repr&#233;sentant l'&#233;quivalent de plusieurs ann&#233;es de salaire d'un journalier agricole, le remplacement est, &#224; l'&#233;vidence, inaccessible &#224; la plupart des jeunes et constitue un v&#233;ritable privil&#232;ge de classe. Quelquefois, un certain nombre d'appel&#233;s forment, avant le tirage au sort, une cagnotte qui est ensuite partag&#233;e entre les plus malchanceux d'entre eux. Mais, le plus souvent, les jeunes gens ais&#233;s mais non point tr&#232;s fortun&#233;s trouvent avantageux de souscrire une assurance jouant en cas de malchance. Des &#171; maisons d'assurance &#187; contre le mauvais sort existent en effet dans plusieurs grandes villes et, bient&#244;t, la transaction ne s'effectue plus d'individu &#224; individu, mais donne lieu &#224; un singulier commerce : des interm&#233;diaires, puis des entreprises sp&#233;cialis&#233;es se chargent de trouver, pour un prix convenu, les rempla&#231;ants d&#233;sir&#233;s. Les grands centres urbains et les r&#233;gions o&#249; la paysannerie est riche demandant beaucoup de rempla&#231;ants, il devient d&#232;s lors n&#233;cessaire de les faire venir, en partie, d'autres r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Alsace, la Lorraine et la Franche-Comt&#233;, qui sont proches des fronti&#232;res et o&#249; abondent les villes de garnison, sont de longue date accoutum&#233;es &#224; c&#244;toyer les arm&#233;es au point que le mod&#232;le militaire y est pr&#233;gnant. Aussi l'Est, o&#249; il n'est pas rare que la condition militaire soit pr&#233;f&#233;r&#233;e &#224; bien d'autres m&#233;tiers, fournit-il nombre de soldats. Les volontaires proviennent &#233;galement de r&#233;gions pauvres d'&#233;migration traditionnelle. Car le volontariat de ceux qui se font ainsi payer pour accomplir le service &#224; la place des plus riches est souvent fort relatif : ces hommes n'ont fr&#233;quemment ni m&#233;tier, ni argent, ils touchent une prime substantielle et sont, &#224; l'arm&#233;e, au moins assur&#233;s de manger &#224; leur faim. C'est la solde qui d&#233;cide ces soldats, la mis&#232;re qui les pousse au remplacement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Remplacement et exon&#233;ration &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Injuste, in&#233;galitaire, la pratique du remplacement est consid&#233;r&#233;e comme fonci&#232;rement immorale par nombre d'hommes politiques. C'est notamment le cas de Louis-Napol&#233;on Bonaparte qui, en 1843, d&#233;nonce &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ce trafic qu'on peut appeler traite des Blancs et qui se r&#233;sume par ces mots : acheter un homme quand on est riche, pour se dispenser du service militaire, et envoyer un homme du peuple se faire tuer &#224; sa place&lt;/q&gt;. Fid&#232;le &#224; son id&#233;e, celui qui, une fois apr&#232;s s'&#234;tre empar&#233; du pouvoir, devient l'empereur Napol&#233;on III, supprime le remplacement &#8212; sauf s'il est pratiqu&#233; entre parents &#8212;, le 26 avril 1855. Les riches n'en peuvent pas moins &#233;chapper &#224; l'obligation, l'exon&#233;ration se substituant au syst&#232;me de remplacement : il suffit d&#233;sormais &#224; ceux qui ont &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;s par le tirage au sort de verser &#224; l'&#201;tat une somme forfaitaire, correspondant &#224; ce que co&#251;tait auparavant l'achat d'un rempla&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, la situation n'a gu&#232;re chang&#233;. Sainte-Beuve le reproche &#224; l'Empereur : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Croyez-vous qu'avec votre loi vous chassez les marchands du temple ? Non, c'est l'&#201;tat qui se fait marchand, c'est l'&#201;tat qui prend boutique.&lt;/q&gt; Le service militaire demeure, de fait, un v&#233;ritable imp&#244;t sur la mis&#232;re. Les sommes vers&#233;es par les jeunes gens fortun&#233;s alimentent une &#171; caisse de dotation de l'arm&#233;e &#187; qui sert &#224; payer une pension aux anciens militaires et, surtout, &#224; offrir des primes de rengagement aux soldats. Le remplacement n'apportait trop souvent que des &#233;l&#233;ments m&#233;diocres et c'est d&#233;sormais l'&#201;tat qui choisit lui-m&#234;me les rempla&#231;ants. L'ouvrier citadin est fr&#233;quemment de faible constitution, us&#233; par la duret&#233; de ses conditions de travail ; surtout, il est indispensable au d&#233;veloppement du capitalisme industriel, aussi le gouvernement recrute-t-il essentiellement des paysans, leur vigueur en faisant de robustes soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enr&#244;l&#233;s une premi&#232;re fois pour sept ans, les hommes qui se portent volontaires, comme les appel&#233;s qui n'ont point d'argent, deviennent, au fond, de v&#233;ritables professionnels du m&#233;tier des armes. Certes, le recrutement de l'arm&#233;e demeure fond&#233; sur l'enr&#244;lement des appel&#233;s ; les troupes n'en sont pas moins essentiellement compos&#233;es de pauvres gens issus des milieux ruraux. Relativement peu nombreuse, l'arm&#233;e m&#232;ne alors des guerres coloniales (Alg&#233;rie), est utilis&#233;e dans les conflits indirects que se livrent les grandes puissances (guerre du Mexique, exp&#233;dition de Crim&#233;e) ; surtout, elle intervient de plus en plus souvent pour r&#233;primer les populations urbaines ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation fr&#233;quente de l'arm&#233;e comme force pr&#233;torienne, l'&#233;mergence du mouvement ouvrier qui voit ses manifestations noy&#233;es dans des bains de sang, donnent peu &#224; peu naissance, &#224; partir du Second Empire, &#224; des critiques hostiles &#224; l'arm&#233;e, des critiques que l'on peut d&#233;sormais qualifier d'antimilitaristes. Autrefois, le fait militaire se confondait souvent avec le fait guerrier et, si la haine de la guerre comme la crainte des soldats &#233;taient fort r&#233;pandues, si la r&#233;sistance au recrutement forc&#233; avait de profondes racines populaires, la critique de l'institution militaire n'&#233;tait encore que rudimentaire. Au pacifisme va progressivement succ&#233;der une remise en cause de l'arm&#233;e en tant que telle, la jonction s'op&#233;rant peu &#224; peu entre la critique des fonctions de l'arm&#233;e et celle portant sur la nature et les conditions d'ex&#233;cution du service. D&#232;s lors, c'est dans les faubourgs ouvriers que vont se trouver la majorit&#233; des insoumis et d&#233;serteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour en savoir plus Outre les deux ouvrages essentiels cit&#233;s en notes, on peut consulter avec profit : &lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;&#8212; Bernard Shnapper, &lt;i&gt;Le Remplacement militaire en France&lt;/i&gt;, SEVPEN, 1968 ; &lt;br /&gt;&#8212; Raoul Girardet, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; militaire dans la France contemporaine&lt;/i&gt;, Plon, 1953.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Michel Auvray est l'auteur du livre &lt;i&gt;Objecteurs, insoumis, d&#233;serteurs, histoire des r&#233;fractaires en France&lt;/i&gt; paru en 1983.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Michel Bozon, &lt;i&gt;Les Conscrits&lt;/i&gt;, Berger-Levrault, 1981, p. 139&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Paul Aron, Paul Dumont, Emmanuel Le Roy Ladurie, &lt;i&gt;Anthropologie du conscrit fran&#231;ais (1819-1826)&lt;/i&gt;, Mouton, 1972, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;id.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Commune d&#233;molit la Colonne Vend&#244;me</title>
		<link>http://partage-noir.fr/la-commune-demolit-la-colonne-vendome</link>
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		<dc:date>2022-05-13T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Auvray </dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>
		<dc:subject>La Commune de Paris (1871)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le 16 mai 1871 se d&#233;roule l'acte le plus spectaculaire de l'histoire de la Commune de Paris : la d&#233;molition de la colonne Vend&#244;me, consid&#233;r&#233;e comme &lt;q&gt;un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme.&lt;/q&gt; C&#233;r&#233;monie rituelle, voire s&#233;ance d'exorcisme, ce moment fort d'une guerre civile au symbolisme puissant vaudra au peintre Gustave Courbet, tenu pour responsable, d'&#234;tre condamn&#233; &#224; en payer la restauration. Un &#233;v&#233;nement important, &#224; la port&#233;e souvent m&#233;connue.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-gavroche-no44-mars-avril-1989-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;44 - Mars-Avril 1989&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-gavroche-revue-d-histoire-populaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-la-commune-de-paris-+" rel="tag"&gt;La Commune de Paris (1871)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1091-d57a1.jpg?1774715879' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 16 mai 1871 se d&#233;roule l'acte le plus spectaculaire de l'histoire de la Commune de Paris : la d&#233;molition de la colonne Vend&#244;me, consid&#233;r&#233;e comme &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme.&lt;/q&gt; C&#233;r&#233;monie rituelle, voire s&#233;ance d'exorcisme, ce moment fort d'une guerre civile au symbolisme puissant vaudra au peintre Gustave Courbet, tenu pour responsable, d'&#234;tre condamn&#233; &#224; en payer la restauration. Un &#233;v&#233;nement important, &#224; la port&#233;e souvent m&#233;connue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1296 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende descriptif' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH206/place_henri_cri_du_peuple-8daea-9aa55-e219f.jpg?1774746669' width='150' height='206' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Henri Place, dit Verlet.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Laide et maigre, noire et sombre, couverte du sang des vieux guerriers de la R&#233;publique, elle supporte sur un pi&#233;destal de boue et de fumier la copie grotesque du despote Napol&#233;on&lt;/q&gt;. D&#232;s le 4 avril 1871, Verlet dit, dans le &lt;i&gt;Cri du Peuple&lt;/i&gt; de Vall&#232;s, son d&#233;go&#251;t de la colonne &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#233;lev&#233;e sur le cadavre de la R&#233;volution&lt;/q&gt;. Pour lui, comme pour tant d'autres Parisiens qui sont entr&#233;s en insurrection le 18 mars, la colonne de la place Vend&#244;me est assur&#233;ment un symbole : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il faut l'abattre !,&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt; poursuit Verlet.&lt;/span&gt; Le peuple de Paris d&#233;boulonnera un &#224; un les cylindres de ce monument d'infamie. On en fera des sous pour les malheureux ou des canons pour sauver la patrie. Et ainsi dispara&#238;tra le dernier souvenir de notre esclavage et des d&#233;bauches napol&#233;oniennes.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abattre la colonne Vend&#244;me, tout au moins jeter &#224; terre la statue de l'empereur qui la domine, plusieurs y ont d&#233;j&#224; pens&#233;. Et la place a d&#233;j&#224; connu bien des vicissitudes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un symbole &#224; abattre &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1297 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;63&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-2-8.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH282/sans_titre-2-8-0d92c.png?1774829307' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Destruction de la statue &#233;questre de Louis XIV place Vend&#244;me.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Construite, non loin du Palais-Royal, &#224; la demande de Louvois, la place des Conqu&#234;tes avait &#233;t&#233; con&#231;ue, &#224; l'origine, pour y recevoir la statue &#233;questre de Louis XIV. Plus tard, elle &#233;tait devenue place Louis-le-Grand, puis place Vend&#244;me en 1799. Et, d&#233;j&#224;, le peuple de Paris y avait manifest&#233; sa volont&#233; de rompre avec un pass&#233; fait d'oppression, de morgue et de souffrances : la statue du Roi-Soleil avait &#233;t&#233; d&#233;truite &#224; la R&#233;volution. Depuis 1810 y avait &#233;t&#233; &#233;rig&#233; un monument de 44 m&#232;tres de hauteur, inspir&#233; de la colonne Trajane de Rome, et cens&#233; &#234;tre coul&#233; dans le bronze de 1 200 canons pris aux Russes et aux Autrichiens, &#224; la bataille d'Austerlitz. Bref, un monument &#233;lev&#233; &#224; la gloire de la Grande-Arm&#233;e. Et surtout, bien s&#251;r, de son empereur, Napol&#233;on 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout pouvoir politique veille, de toute &#233;vidence, &#224; accorder les signes et symboles repr&#233;sentatifs de sa puissance avec l'image qu'il se plait &#224; donner de lui. Point n'est donc besoin d'&#234;tre surpris que les r&#233;gimes politiques qui se succ&#232;dent dans cette premi&#232;re moiti&#233; du 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle changent &#224; plusieurs reprises la statue qui surplombe la place : le 13 mars 1814, des cordes avaient arrach&#233; la premi&#232;re statue de Napol&#233;on, remplac&#233;e par un drapeau blanc &#224; fleurs de lys. Puis l'embl&#232;me royaliste avait fait place &#224; un Napol&#233;on en redingote, &#224; la fin de la Restauration. Quand le Second Empire s'&#233;croulera, la statue aura &#233;t&#233; encore une fois modifi&#233;e : un c&#233;sar en toge, digne de la Rome antique, dominait, conqu&#233;rant, l'impressionnante colonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Badinguet une fois d&#233;chu, le peuple entrant en sc&#232;ne, l'heure est alors venue que soit justifi&#233;e, apr&#232;s trente ans, la proph&#233;tie du po&#232;te et publiciste Henri Heine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;D&#233;j&#224; une fois, les orages ont arrach&#233; du fa&#238;te de la colonne Vend&#244;me l'homme de fer qui pose sur son f&#251;t et en cas que les socialistes parvinssent au Gouvernement, le m&#234;me accident pourrait lui arriver une seconde fois, ou bien m&#234;me la rage d'&#233;galit&#233; radicale serait capable de renverser toute la colonne afin que ce symbole de gloire f&#251;t enti&#232;rement ras&#233; de la terre.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Heine, cit&#233; par P.O. Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une id&#233;e de Courbet ? &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1298 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/gustave-courbet-9259220-1-402.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/gustave-courbet-9259220-1-402-afd57-493b4.jpg?1774746669' width='150' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Gustave Courbet.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Peintre, lithographe et dessinateur, Gustave Courbet s'est fait, depuis la r&#233;volution de 1848, l'ardent d&#233;fenseur du r&#233;alisme. Il a fr&#233;quent&#233; Proudhon et Baudelaire, et s'est orient&#233;, sous l'influence des th&#233;ories socialistes, vers une conception de l'art plus d&#233;mocratique et populaire. Devenu c&#233;l&#232;bre dans toute l'Europe, m&#234;me s'il a des ennemis chez les tenants de l'acad&#233;misme, c'est, en 1870, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la plus grande gueule de la peinture fran&#231;aise&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Armand Lanoux, Le Coq rouge. Une histoire de la Commune de Paris, Grasset, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la proclamation de la R&#233;publique, le voil&#224; nomm&#233; pr&#233;sident de la Commission artistique qui doit veiller &#224; la protection des mus&#233;es et des &#339;uvres d'art. C'est &#224; ce titre que, le 14 septembre 1870, il adresse une p&#233;tition au Gouvernement de la D&#233;fense Nationale, lui demandant l'autorisation de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d&#233;boulonner la colonne, ou qu'il veuille bien lui-m&#234;me en prendre l'initiative, en chargeant de ce soin l'administration du Mus&#233;e d'artillerie, et en faisant transporter les mat&#233;riaux &#224; l'h&#244;tel de la Monnaie&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte de la p&#233;tition cit&#233; par Maxime Vuillaume, in Mes Cahiers rouges au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;boulonner la colonne et non l'abattre ? La nuance est de taille, comme nous le verrons. Pour l'heure, l'id&#233;e de Courbet, la demande qu'il formule, reste lettre morte. La colonne et sa statue d'empereur romain se dressent encore, apr&#232;s l'insurrection du 18 mars, sur la place Vend&#244;me o&#249; si&#232;ge d&#233;sormais l'&#233;tat-major de la garde nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune &#224; peine proclam&#233;e, Courbet prend parti pour elle. Sans h&#233;sitation ni ambigu&#239;t&#233;, il s'engage au c&#244;t&#233; du peuple en r&#233;volution : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Qui a peint &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;la Fileuse, les Casseurs de pierres, l'Enterrement d'Ornans&lt;/span&gt;, doit &#234;tre in&#233;vitablement &#8212;le jour o&#249; il faut choisir&#8212; du c&#244;t&#233; o&#249; il y a le travail, la mis&#232;re et les pav&#233;s&lt;/q&gt;, &#233;crira &#224; son propos Jules Vall&#232;s&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Julles Vall&#232;s, in Le R&#233;veil du 6 janvier 1878, cit&#233; par Maurice Chourry, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave Courbet s'occupe activement de la formation de la F&#233;d&#233;ration des artistes, dont il devient le pr&#233;sident. Le 12 avril, la Commune l'autorise &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#224; r&#233;tablir, dans le plus bref d&#233;lai, les Mus&#233;es de la ville de Paris dans leur &#233;tat normal, d'ouvrir les galeries au public et d'y favoriser le travail qui s'y fait habituellement&lt;/q&gt;. Et, le 16 avril, le grand peintre est &#233;lu par le VI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Paris, et va donc si&#233;ger au Conseil de la Commune qui le nomme &#224; la Commission de l'Enseignement. Or, quelques jours avant qu'il n'y soit &#233;lu, le Conseil de la Commune a pris un d&#233;cret appel&#233; &#224; faire grand bruit : la destruction de la colonne Vend&#244;me vient d'&#234;tre d&#233;cid&#233;e. L'initiative venait-elle r&#233;ellement de F&#233;lix Pyat, qui ne faisait que relayer une id&#233;e d'Alfred Picard, le directeur de &lt;i&gt;l'Electeur libre&lt;/i&gt; et fr&#232;re du ministre de l'Int&#233;rieur de Versailles ? Le fait est que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Courbet r&#233;clama l'ex&#233;cution de ce d&#233;cret, et c'est pourquoi on fit plus tard comme s'il en &#233;tait responsable&lt;/q&gt;.&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard No&#235;l, Dictionnaire de la Commune, Fernand Hazan, 1971, p. 104.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Patriotisme et antimilitarisme &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le texte du d&#233;cret pris par la Commune ce 12 avril 1871 est sans doute lyrique, voire grandiloquent, mais &#244; combien lucide et g&#233;n&#233;reux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La Commune de Paris, consid&#233;rant que la colonne imp&#233;riale de la place Vend&#244;me est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une n&#233;gation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perp&#233;tuel &#224; l'un des trois grands principes de la R&#233;publique fran&#231;aise, la Fraternit&#233;, d&#233;cr&#232;te : Article unique. La colonne de la place Vend&#244;me sera d&#233;molie.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;e du refus d'accepter la d&#233;faite face aux Prussiens, oppos&#233;e &#224; l'humiliante paix conclue par les repr&#233;sentants de la bourgeoisie, la Commune de Paris fait montre, c'est incontestable, d'un patriotisme certain. D'autant que c'est une Prusse militariste et monarchiste qui fait la guerre, maintenant, &#224; une d&#233;mocratie naissante. Les F&#233;d&#233;r&#233;s ont aussi, il est vrai, un go&#251;t prononc&#233; de l'uniforme, quitte &#224; t&#233;moigner d'une &#171; galonnomanie &#187; th&#233;&#226;trale : nombreux sont les gardes nationaux qui souhaitent &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;garnir abondamment leurs manches d'or et d'argent, et surtout venir parader &#224; cheval, sabre au c&#244;t&#233;, dans les rues de leur quartier&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Rougerie, Proc&#232;s des Communards, Julliard, Collec. Archives, 1964, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Patriotisme exacerb&#233;, go&#251;t de la parade certain, mais aussi, paradoxalement, haine virulente du militarisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;La Commune et les artistes &lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Fort r&#233;pandue est l'inclination d'assimiler les r&#233;volutions, toutes les r&#233;volutions, &#224; des entreprises de d&#233;molition. Surtout, bien s&#251;r, lorsque la r&#233;action finit par l'emporter. L'&#232;re des bouleversements un moment close, la r&#233;pression triomphant, les tenants de l'ordre r&#233;tabli ne manquent alors jamais de s'indigner des transformations et des signes de rupture, de se scandaliser des coups symboliquement port&#233;s aux repr&#233;sentations de leur toute-puissance menac&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de Paris d&#233;truit certes solennellement l'h&#244;tel particulier de Thiers, la guillotine et la colonne Vend&#244;me, symboles de tout ce contre quoi elle lutte : le pouvoir de l'argent, la peine de mort, le militarisme... Mais elle ne rase ni m&#234;me ne s'empare de la Banque de France et de la Bourse, ce qui lui co&#251;tera fort cher. Non seulement la Commune d&#233;truit tr&#232;s peu, mais encore a-t-elle une incontestable action de cr&#233;ation. Sous les bombardements des canons de Versailles, et avant que Paris ne soit d&#233;figur&#233; par la terrible r&#233;pression de la Semaine sanglante, la Commune prot&#232;ge, construit, innove. Elle entreprend m&#234;me une &#339;uvre culturelle ambitieuse que les fusils des militaires ne lui laisseront pas le temps d'achever. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;crivains Alphonse Daudet, Alexandre Dumas fils, Th&#233;ophile Gautier, George Sand, Gustave Flaubert et m&#234;me Zola ont, face &#224; la r&#233;volution communale, des r&#233;actions de bourgeois apeur&#233;s. Ils se terrent, fuient et volent au secours de leur classe de privil&#233;gi&#233;s menac&#233;e par l'irruption du peuple sur la sc&#232;ne politique. Or, si la majorit&#233; des &#233;crivains se montre violemment oppos&#233;e aux Communards, nombre de savants, en revanche, les rejoignent. Ainsi, Elie Reclus, fr&#232;re d'Elis&#233;e, est-il nomm&#233; directeur de la Biblioth&#232;que nationale, laiss&#233;e &#224; l'abandon par le d&#233;part de ses responsables. Et la plupart des artistes, dont les conditions de vie sont plus proches de celles du peuple, s'engagent plus encore en faveur de la r&#233;volution. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Commission f&#233;d&#233;rale des artistes, &#233;lue, comprend des peintres, sculpteurs, architectes, graveurs lithographes de renom : Corot, Daumier, Manet, Millet, Courbet, par exemple, y repr&#233;sentent les peintres. Son but : La libre expansion de l'art, d&#233;gag&#233; de toute tutelle gouvernementale et de tous privil&#232;ges, la d&#233;fense des artistes dans leur ind&#233;pendance et dans leur dignit&#233;. La F&#233;d&#233;ration des artistes a pour pr&#233;sident Gustave Courbet, et un Comit&#233; des Beaux-Arts, charg&#233; de sauvegarder les &#339;uvres du pass&#233; et de faire conna&#238;tre l'art contemporain, prot&#232;ge effectivement bien des monuments et r&#233;alisations artistiques des &#233;claboussures de la guerre civile : tableaux et statues du Louvre sont emball&#233;s, l'Arc de triomphe et les chevaux de Marly sont abrit&#233;s, ainsi d'ailleurs que les bronzes de Thiers. Parall&#232;lement, Courbet et ses amis animent un jeune mouvement qui rassemble des naturalistes et r&#233;alistes, de m&#234;me que les premiers impressionnistes ; dans l'enthousiasme, des peintres entreprennent de critiquer l'acad&#233;misme &#233;touffant, l'art fig&#233; des maisons de Rome et d'Ath&#232;nes. Ce faisant, ils contribuent &#224; la reconnaissance de cette peinture de la r&#233;alit&#233;, de cette peinture lib&#233;r&#233;e qui fera date. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Comit&#233; des Beaux-Arts se donne m&#234;me pour ambition de r&#233;pandre l'art jusque dans les mairies des villages : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le Comit&#233;, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;proclame-t-il&lt;/span&gt;, concourra &#224; notre r&#233;g&#233;n&#233;ration, &#224; l'inauguration du luxe communal et aux splendeurs de l'avenir, et &#224; la R&#233;publique universelle. Vaste projet d'artistes r&#233;volutionnant leur discipline, de citoyens &#339;uvrant au changement social. Comme l'&#233;crivaient voici vingt-quatre ans ceux qui n'&#233;taient encore que de tout jeunes historiens, Jean-Pierre Az&#233;ma et Michel Winock : Le c&#244;t&#233; exub&#233;rant d'un tel v&#339;u n'enl&#232;ve rien &#224; l'id&#233;e prometteuse d'offrir au peuple la beaut&#233;, jusque-l&#224; confisqu&#233;e par l'argent*&lt;/q&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;* - J.-P. Azema et M. Winock, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 104.&lt;/i&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 22 mars, le Comit&#233; central de la garde nationale a d&#233;fini de la sorte ses conceptions militaires dans une proclamation pr&#233;cisant les attributions de la future assembl&#233;e communale : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Elle donne &#224; la cit&#233; une milice nationale qui d&#233;fend les citoyens contre le pouvoir, au lieu d'une arm&#233;e permanente qui d&#233;fend le pouvoir contre les citoyens&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Bernard No&#235;l, op. cit., p. 21.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. C'est clairement d&#233;finir la nature et le r&#244;le du militarisme, les fonctions de l'arm&#233;e, et r&#233;solument dire sa volont&#233; de rompre avec tout un pass&#233; d'oppression et de massacres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain de sa proclamation, la Commune d&#233;cide en effet, par un d&#233;cret du 29 mars, l'abolition de la conscription. Elle veut briser l'arm&#233;e permanente, la remplacer par une force arm&#233;e issue du peuple et constamment contr&#244;l&#233;e par lui. Fini les casernes et soldats, place aux gardes nationaux f&#233;d&#233;r&#233;s, dont les officiers sont &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut, certes, agir dans l'urgence, dans des conditions dramatiques, sous la pression permanente des attaques des soldats de l'arm&#233;e de France, et les maladresses vont s'accumuler, les erreurs et incoh&#233;rences se multiplier pendant les 72 jours que dure la Commune. Le fait que le commandement soit longtemps confi&#233; &#224; Cluseret et Rossel &#8212;deux anciens officiers de l'arm&#233;e de ligne, qui ne connaissent que leurs m&#233;thodes traditionnelles et se trompent, au fond, de troupes&#8212; ne fait qu'aggraver la situation. Il n'en reste pas moins que la volont&#233; de rompre radicalement avec le militarisme et ses funestes cons&#233;quences pr&#233;side aux d&#233;cisions de la Commune. Et c'est peut-&#234;tre une des raisons qui explique pourquoi l'arm&#233;e frappera avec tant de f&#233;rocit&#233;, d'atroce cruaut&#233;, quand elle rentrera dans Paris.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une s&#233;ance d'exorcisme ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Destruction d'une &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;affirmation du militarisme&lt;/q&gt;, &#339;uvre de salubrit&#233; publique, la d&#233;molition de la colonne n'en est pas moins envisag&#233;e comme une bonne affaire pour les finances de la Commune : le bronze des canons d'Austerlitz est cens&#233; permettre la fabrication d'un million de pi&#232;ces d'un sou. Et, le 20 avril, le &lt;i&gt;Journal Officiel&lt;/i&gt; annonce : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les mat&#233;riaux qui composent la colonne de la place Vend&#244;me sont mis en vente. Ils sont divis&#233;s en quatre lots : deux lots, mat&#233;riaux de construction ; deux lots m&#233;taux. Ils seront adjug&#233;s par lots s&#233;par&#233;s, par vote de soumissions cachet&#233;es adress&#233;es &#224; la direction du G&#233;nie, 84, rue Saint-Dominique-Saint-Germain&lt;/q&gt;.&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 358.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;r&#234;t &#233;conomique, sans doute. Entreprise civique, acte solennel d'une guerre civile investissant largement le champ symbolique, s&#251;rement. Ainsi la Commune d&#233;cide-t-elle d'abattre &#233;galement la chapelle expiatoire, symbole de la monarchie, qu'avait fait construire Louis XVIII. Et l'&#233;difice religieux ne doit de rester intact qu'aux man&#339;uvres d'un monarchiste, qui en retarde la destruction jusqu'au bout. Ainsi, dans le XI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, place Voltaire, une guillotine est-elle symboliquement br&#251;l&#233;e le 6 avril, devant une foule enthousiaste. Ainsi rase-t-on, enfin, l'h&#244;tel particulier de Thiers, place Saint-Georges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les massacreurs, de leur c&#244;t&#233;, ne seront pas non plus avares d'un usage important des symboles. Thiers th&#233;&#226;tralisera sa victoire, d&#232;s le 7 juin, par un sordide psychodrame : l'archev&#234;que Darboy sera, pour l'occasion, d&#233;terr&#233;, embaum&#233; et c&#233;l&#233;br&#233; &#224; Notre-Dame, lors d'une c&#233;r&#233;monie voulue grandiose de &#171; r&#233;paration &#187; publique. Et, deux ans plus tard, sera &#233;lev&#233; sur les hauteurs de Montmartre une basilique grotesque dite expiatoire : le Sacr&#233;-C&#339;ur. Pour l'heure, les Communards se livrent, dans leurs quelques actions collectives de destruction, &#224; des c&#233;r&#233;monies qui s'apparentent au meurtre rituel. Michel Winock a, en ce sens, raison d'&#233;crire que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;cette guerre des symboles n'(est) pas plus innocente que la magie noire : on an&#233;antit l'ennemi en intention faute de pouvoir en acte.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Winock, La Fi&#232;vre hexagonale. Les grandes crises politiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Moments de meurtre rituel donc, d'exorcisme aussi, dans la mesure o&#249; ce sont l&#224; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;des actes de destruction grandiose et publique, qui ne comptent que par leur valeur symbolique.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Azema et Michel Winock, Les Communards, Ed. du Seuil, collec. Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Grands moments de f&#234;te enfin : la d&#233;molition de la colonne va &#234;tre l'acte le plus spectaculaire, le plus th&#233;&#226;tral m&#234;me, de la r&#233;volution communale, avec la proclamation de la Commune devant l'H&#244;tel de ville et la manifestation des francs-ma&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1299 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH224/avt_arthur-arnould_8908-d5800-986a5.jpg?1774746669' width='150' height='224' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le peuple souffletant le despotisme&lt;/q&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Arthur Arnould fut &#233;lu au Conseil de la Commune et participa &#224; diverses commissions (Enseignement, Relations Ext&#233;rieures...), avant de devenir responsable de la r&#233;daction du&lt;i&gt; Journal Officiel&lt;/i&gt;. Dans son &lt;i&gt;Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris&lt;/i&gt;*, il consacra par la suite une belle page &#224; l'analyse de la d&#233;molition de la colonne Vend&#244;me. Non d&#233;nu&#233;es d'un lyrisme bien l&#233;gitime, ces lignes sont parmi les plus lucides qu'il m'ait &#233;t&#233; donn&#233; de lire sur cet &#233;v&#233;nement &#244; combien significatif des aspirations de la Commune. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;cret du 12 avril &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;fut peut-&#234;tre maladroit, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#233;crit-il&lt;/span&gt;, en ce sens que le Parisien, comme jadis le peuple d'Ath&#232;nes et de Rome, tient essentiellement &#224; ses monuments. Il en est personnellement fier. Ils sont sa propri&#233;t&#233;. C'est un artiste. L'une des choses qui indignait les plus indiff&#233;rents, des gens qui ne trouv&#232;rent pas une larme pour tant de leurs concitoyens &#233;gorg&#233;s, c'&#233;tait de voir les obus thi&#233;ristes entamer l'Arc-de-Triomphe, criblant de larges blessures ses bas-reliefs.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;On peut aussi pr&#233;tendre que la Commune avait des mesures plus urgentes &#224; prendre que d'ordonner la d&#233;molition d'un monument quelconque. N&#233;anmoins, ce d&#233;cret, assez mal accueilli au d&#233;but, par une notable partie de la population, restera marqu&#233; d'un grand caract&#232;re moral.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'&#233;tait une affirmation &#233;clatante des principes qui dominaient la Commune. C'&#233;tait la d&#233;claration que la Commune brisait, sans esprit de retour, avec tout un pass&#233; o&#249; avaient r&#233;gn&#233; la fausse gloire et les triomphes du canon.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'&#233;tait la condamnation de la guerre et de la conqu&#234;te, c'&#233;tait le jugement du peuple et de l'avenir sur ce despote qui avait fait de la R&#233;volution du droit humain l'asservissement de la France et de l'Europe.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'&#233;tait, en face des Prussiens vainqueurs et conqu&#233;rants, rejeter &#224; leur place v&#233;ritable et marquer du sceau du m&#233;pris les victoires et les conqu&#234;tes de la force brutale.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En renversant cette colonne faite du bronze pris &#224; l'&#233;tranger, en couchant la statue de Napol&#233;on 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; sur le lit de fumier o&#249; elle alla choir au son de la &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Marseillaise&lt;/span&gt; et du &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Chant du d&#233;part&lt;/span&gt;, la Commune tendait la main &#224; l'Univers affranchi et effa&#231;ait du m&#234;me coup la honte de nos derni&#232;res d&#233;faites, &#8212;car elle jugeait la victoire.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'&#233;tait l'id&#233;e se substituant au fait, le peuple souffletant le despotisme dans la boue, marquant &#224; l'&#233;paule, du fer rouge de la R&#233;volution, tous les grands capitaines, tous les Bonaparte d'hier, tous les Guillaume d'aujourd'hui. tous les Bismark de demain.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;* Arthur Arnauld, &lt;i&gt;Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dition Jacques-Marie Laffont et associ&#233;s, 1981, p. 175.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sous les obus, la f&#234;te &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'ing&#233;nieur charg&#233; de la d&#233;molition s'&#233;tait engag&#233; par contrat, au nom du Club positiviste de Paris, &#224; ex&#233;cuter le 5 mai, jour anniversaire de la mort de Bonaparte, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le jugement prononc&#233; par l'histoire et &#233;dict&#233; par la Commune de Paris contre Napol&#233;on 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&lt;/q&gt;. Est-ce parce qu'on lui d&#233;bauchait souvent les ouvriers employ&#233;s au projet ? L'op&#233;ration est retard&#233;e au 16 mai, soit plus d'un mois apr&#232;s la signature du d&#233;cret en ordonnant l'ex&#233;cution. Et, ce 16 mai, la situation a terriblement chang&#233; : les troupes versaillaises sont alors au pied des remparts, les forts d'Issy et de Vanves sont tomb&#233;s, et la direction de la r&#233;sistance arm&#233;e, confi&#233;e depuis peu &#224; Delescluze, est &#224; vau-l'eau. Le d&#233;vouement des f&#233;d&#233;r&#233;s, moins enthousiastes et mal coordonn&#233;s, va s'&#233;teindre dans le vide. On dirait, &#233;crira Lissagaray, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;une chaudi&#232;re de machine dont toute la vapeur fuirait par cent issues.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P.O. Lissagaray, op. cit., p. 224.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien peu de communards ont alors clairement conscience du danger qui se pr&#233;cise : dans moins d'une semaine, les militaires fusilleront dans les rues, aux carrefours, dans les jardins, partout. Pour l'heure, la Commune, qui est n&#233;e dans la f&#234;te, c&#233;l&#232;bre en grande pompe la chute symbolique du c&#233;sarisme. Assi&#233;g&#233;, cern&#233;, bombard&#233;, le peuple de Paris fait la f&#234;te en couchant dans le fumier cette affirmation du militarisme. D&#232;s 14 heures, une foule &#233;norme remplit les rues proches de la place Vend&#244;me. Des rumeurs circulent, s'enflent, pr&#233;disant toutes sortes de catastrophes : il y a l&#224; comme un acte sacril&#232;ge, on le sait bien. Gustave Courbet lui-m&#234;me est inquiet : il a re&#231;u, depuis quelques jours, de nombreuses lettres de menaces pr&#233;tendument sign&#233;es de rescap&#233;s de la Grande-Arm&#233;e, qui lui promettent de venger par sa mort cette profanation. L'ing&#233;nieur, lui, s'est d&#233;clar&#233; par contrat en mesure d'&#233;viter tout danger. La colonne a &#233;t&#233; sci&#233;e horizontalement, tel un arbre, un peu au-dessus du pi&#233;destal. Une entaille en biseau doit faciliter la chute en arri&#232;re sur un vaste lit de fagots, de sable et de fumier, accumul&#233; dans l'axe de la rue de la Paix. Un cble, attach&#233; au sommet du monument, s'enroule autour du cabestan fix&#233; &#224; l'entr&#233;e de la rue. La place, isol&#233;e par des barricades, est remplie de gardes nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est maintenant en place pour un spectacle de choix, une grande c&#233;r&#233;monie officielle. Seuls les invit&#233;s, porteurs d'un coupe-file &#224; leur nom, orn&#233; d'une pique et d'un bonnet phrygien, peuvent s'approcher. Pas de surprise : les meilleures places sont au balcon du minist&#232;re de la Justice.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un t&#233;moin de qualit&#233; : Vuillaume &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1300 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH211/document-1a1f9-9d282.jpg?1774746669' width='150' height='211' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le t&#233;moignage d'un de ces illustres invit&#233;s nous est, parmi d'autres, fort pr&#233;cieux : celui de Maxime Vuillaume, l'un des r&#233;dacteurs du &lt;i&gt;P&#232;re Duch&#234;ne&lt;/i&gt;, qui voulait ressusciter la feuille d'H&#233;bert, et qui a cont&#233; dans ses tr&#232;s beaux &lt;i&gt;Cahiers rouges&lt;/i&gt; ces moments d'&#233;motion. L'arriv&#233;e sur la place, d'abord : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Droite dans le ciel d'une puret&#233; superbe &#8212;un ciel de flor&#233;al&#8212; la colonne se dresse. Le drapeau rouge, fix&#233; &#224; la balustrade, caresse mollement la face de C&#233;sar. (...) Les boutiques sont ferm&#233;es. Coll&#233;es sur les carreaux, de longues bandes de papier en croix, pour amortir les vibrations.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maxime Vuillaume, op. cit., pp. 246-247.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivons notre t&#233;moin sur le balcon de Protot, le d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Justice : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il y a foule dans la grande salle du minist&#232;re. Le balcon est d&#233;j&#224; tout occup&#233;. Par les fen&#234;tres largement ouvertes, la place appara&#238;t, grouillante d'uniformes. Le soleil br&#251;le les pav&#233;s. Debout, appuy&#233; contre la grille de la colonne, un jeune commandant d'un des multiples bataillons de Vengeurs, de D&#233;fenseurs, ou de Turcos. (...) Aux angles de la place, des musiques, dont les cuivres &#233;tincellent. Au-dessous de nous, cinq ou six membres de la Commune. Miot, avec sa haute taille et sa longue barbe blanche. Ferr&#233;, tout petit, le masque envahi par la barbe noire, le nez busqu&#233;, deux yeux noirs, noirs, tr&#232;s doux, qui brillent cependant, derri&#232;re le lorgnon, d'une flamme &#233;trange. Sur le pi&#233;destal de la colonne, une demi-douzaine d'hommes, courent avec animation, interrogeant du regard l'&#233;corchure du f&#251;t&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 248.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 15h30, les fanfares des 172&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et 190&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; bataillons de f&#233;d&#233;r&#233;s ouvrent la c&#233;r&#233;monie en jouant la &lt;i&gt;Marseillaise&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Le Chant du d&#233;part &lt;/i&gt; lui succ&#232;de et l'on commence &#224; tendre les cordes du cabestan. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;On tire. Crac... Le cabestan c&#232;de. Les cordes se d&#233;tendent... Murmures de d&#233;ception. On dit qu'il y a des bless&#233;s&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 249.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Dix sept hommes ont &#233;t&#233; en effet projet&#233;s au sol, l'un d'eux est bless&#233;. Des bruits de trahison circulent. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;On va chercher d'autres poulies... Une grande heure d'attente. Et l'on roule, dans un coin de la place, &#224; l'abri, la lunette de l'astronome en plein vent, oubli&#233;e l&#224;, et qui allait &#234;tre &#233;cras&#233;e, elle aussi. bien innocente cependant&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17h 15 - Sur le pi&#233;destal, on enfonce des coins au pied du f&#251;t. Le drapeau rouge, qui flottait depuis quelques jours au sommet du monument, vient d'&#234;tre enlev&#233;. Simon Mayer, le commandant de la Place, para&#238;t tout l&#224;-haut, sur la balustrade. Il agite longtemps un drapeau tricolore, le fixe &#224; la grille et redescend vite. Tr&#232;s vite, mais cela para&#238;t interminable aux spectateurs qui attendent ; et s'impatientent. Enfin ! Voil&#224; le cabestan qui, &#224; nouveau, vire.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1303 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/paris-colonne-vendome-commune-1871-photos-napoleon-destruction-communards-gustave-courbet-austerlitz-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH380/paris-colonne-vendome-commune-1871-photos-napoleon-destruction-communards-gustave-courbet-austerlitz-1-3f3cd.jpg?1774725564' width='500' height='380' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Il est maintenant 17h 26. Ecoutons une nouvelle fois Vuillaume : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Devant nos yeux passe subitement le battement d'aile d'un oiseau gigantesque... Un zigzag monstrueux... Ah ! je ne l'oublierai jamais, cette ombre colossale qui traversa ma prunelle !... Blouf !... Un nuage de poussi&#232;re... Tout est fini... La colonne est &#224; terre, ouverte, ses entrailles de pierres au vent... C&#233;sar est couch&#233; sur le dos, d&#233;capit&#233;. La t&#234;te, couronn&#233;e de lauriers, a roul&#233;, tel un potiron, jusqu'&#224; la bordure du trottoir&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 249-250.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1301 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/lissagaray_prosper-olivier_01_max-1ae8b-59f8b.jpg?1774746669' width='150' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Lissagaray.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Autre communard illustre et superbe historien de la Commune, Lissagaray n'est pas moins lyrique pour d&#233;crire la chute de ce symbole du despotisme militaire : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C&#233;sar oscille et son bras charg&#233; de victoire vainement bat le ciel. Le f&#251;t s'incline, d'un coup se brise en l'air avec des zigzags et s'abat sur le sol qui g&#233;mit. La t&#234;te de Bonaparte roule et le bras homicide g&#238;t d&#233;tach&#233; du tronc. Une acclamation comme d'un peuple d&#233;livr&#233; jaillit de milliers de poitrines. On se rue sur les ruines et, salu&#233; de clameurs enthousiastes, le drapeau rouge se plante sur le pi&#233;destal&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P.O. Lissagaray, op. cit., p. 291.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les acteurs de l'&#233;v&#233;nement sont en liesse. Un, deux, trois orateurs de fortune se succ&#232;dent pour dire leur joie. Des hommes se pr&#233;cipitent pour se partager les d&#233;bris. Mais la Monnaie veille, jalouse de ses pr&#233;rogatives budg&#233;taires. Et tout un chacun peut alors constater la mati&#232;re dont &#233;tait faite la colonne imp&#233;riale. Le r&#233;dacteur de &lt;i&gt;l'Estafette&lt;/i&gt; ne cachera pas sa surprise : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les privil&#233;gi&#233;s admis &#224; contempler ce que fut la colonne ont pu constater avec nous, &#224; leur grand &#233;tonnement, que les parties lisses du rev&#234;tement de bronze de cet &#233;difice n'avaient pas plus de 2 cm d'&#233;paisseur, ce qui nous autorise &#224; r&#233;duire d'au moins moiti&#233; le pr&#233;tendu chiffre de 1 200 pi&#232;ces de canons dont se composait ce troph&#233;e de la sauvagerie c&#233;sarienne&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Estafette, 19 mai 1871.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Justice est faite !&lt;/q&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Deux jours plus tard, &lt;i&gt;le Cri du Peuple&lt;/i&gt; exulte : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Elle est tomb&#233;e ! La sentence du peuple est ex&#233;cut&#233;e. Justice est faite ! Elle est tomb&#233;e cette colonne faite de canons achet&#233;s par tant de cadavres, qui se dressait sombre, rigide, brutale, lourde et b&#234;te, portant au ciel un faux C&#233;sar aussi odieux, despotisme militaire au milieu du Paris r&#233;publicain.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde n'est pas de cet avis, il s'en faut. A Versailles, bien s&#251;r, o&#249; le mar&#233;chal Mac-Mahon, qui commande l'arm&#233;e de la France, proteste par un ordre du jour indign&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Soldats ! La colonne Vend&#244;me vient de tomber. L'&#233;tranger l'avait respect&#233;e. Des hommes qui se disent Fran&#231;ais ont os&#233; d&#233;truire, sous les yeux des Allemands qui nous observent, ce t&#233;moin des victoires de nos p&#232;res contre l'Europe coalis&#233;e (...)&lt;/q&gt;. Proclamation malhonn&#234;te, qui entretient la confusion entre Napol&#233;on et ceux qu'il fit p&#233;rir sur les champs de bataille. Mais texte habile, tant dans l'esprit populaire Badinguet et Bonaparte ne s'identifient pas. Le mythe napol&#233;onien a la vie dure et les r&#233;actions sont, dans la capitale m&#234;me, tr&#232;s partag&#233;es : Fallait-il vraiment abattre la colonne pour d&#233;boulonner une idole ?, se demande-t-on. La Commune n'avait-elle pas des mesures plus urgentes &#224; prendre ? Et le Parisien n'est-il pas, au fond, tr&#232;s attach&#233; &#224; ses monuments ? &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Malgr&#233; les bombardements, malgr&#233; les ex&#233;cutions sans proc&#232;s, les ambulances mitraill&#233;es, les bless&#233;s achev&#233;s et les prisonniers fusill&#233;s, Versailles marque un point dans la guerre psychologique&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Armand Lanoux, op. cit., pp. 321-322.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cision maladroite pour certains, inopportune pour d'autres, la destruction sacril&#232;ge soul&#232;ve les passions des amis de l'ordre. L'explosion de la cartoucherie Rapp, le lendemain 17 mai, appara&#238;t &#224; beaucoup comme un acte de vengeance des Versaillais. Et George Sand peut laisser &#233;clater, deux jours plus tard, sa haine de classe : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Paris tout entier est ivre-mort ! Le seul exploit c'est de jeter la Colonne &#224; terre. Vive Courbet ! (quelle ignominie). On ne comprend pas que l'arm&#233;e n'en finisse pas avec cette orgie.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins d'une semaine plus tard, cet &#233;crivain bourgeois aura de quoi &#234;tre combl&#233; : lib&#233;r&#233;s par Bismarck &#224; cette fin, officiers et soldats d'une arm&#233;e prisonni&#232;re massacreront et condamneront par dizaines de milliers ces hommes et ces femmes qui avaient eu l'affront d'afficher haut et fort leur libert&#233;. La communarde Louise Michel pourra, bien plus tard, de retour du bagne de Nouvelle-Cal&#233;donie, dire sa rage et son d&#233;go&#251;t : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;D'abord, la tuerie en masse avait eu lieu quartier par quartier &#224; l'entr&#233;e de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, puis la chasse au f&#233;d&#233;r&#233;, dans les maisons, dans les ambulances, partout. On chassait dans les catacombes avec des chiens et des flambeaux (...)&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louise Michel, La Commune. Histoire et souvenirs, Stock, 1898. R&#233;&#233;dition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La vengeance du parti de l'ordre &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 27 mai, alors que la soldatesque fusille &#224; tour de bras, Rossel, qui est encore cach&#233; dans Paris, note dans son Journal que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'Assembl&#233;e de Versailles fait &#224; la Commune une concurrence d&#233;loyale : elle d&#233;cide que la colonne Vend&#244;me sera reb&#226;tie, et d&#233;termine m&#234;me les inscriptions en style lapidaire qui seront grav&#233;es sur le socle&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis-Nathaniel Rossel, M&#233;moires, proc&#232;s et correspondance, pr&#233;sent&#233;s par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. La guerre des symboles est loin d'&#234;tre morte : r&#233;publicains ou monarchistes, les bourgeois sont bien d&#233;cid&#233;s &#224; se venger. Ils ont eu si peur de perdre leur pouvoir et leurs privil&#232;ges...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave Courbet, arr&#234;t&#233; le 7 juin, est l'objet de rancunes f&#233;roces. Ainsi, l'&#233;crivain Barbey-d'Aur&#233;villy sugg&#232;re-t-il de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;montrer &#224; toute la France le citoyen Courbet scell&#233; dans une cage de fer sous le socle de la colonne... On le ferait voir pour de l'argent&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Jean-Pierre Chabrol, dans sa pr&#233;face &#224; l'ouvrage de Maurice (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit devant le 3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; conseil de guerre si&#233;geant &#224; Versailles, et tenu pour responsable du sacril&#232;ge, le peintre a beau jeu de d&#233;montrer qu'il n'&#233;tait pas encore membre du Conseil de la Commune lorsque fut sign&#233; le d&#233;cret qui ordonnait la d&#233;molition de la colonne. Et puis, argumente-t-il &#224; l'audience du 14 ao&#251;t 1871, lui, voulait seulement la d&#233;boulonner, la transporter aux Invalides, et non la d&#233;truire. A le croire, la colonne obstruait, elle &#233;tait laide, affreusement laide : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'&#233;tait de la sculpture comme un enfant en ferait. Pas de perspective. Rien. (...) Sur la place Vend&#244;me c'&#233;tait une pr&#233;tention malheureuse d'&#339;uvre d'art qui faisait rire les &#233;trangers. Aux Invalides, c'&#233;tait autre chose. C'&#233;tait un souvenir militaire qui n'avait pas besoin d'&#234;tre artistique&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Maxime Vuillaume, op. cit., pp. 251-252.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;Pauvre Monsieur Thiers !&lt;/span&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 21 flor&#233;al, an 79, autrement dit le 10 mai 1871, alors que les combats font rage de Saint-Ouen &#224; Neuilly et que les obus versaillais &#233;ventrent les maisons de Paris, le premier acte du nouveau Comit&#233; de Salut Public est d'ordonner la destruction du domicile parisien de Thiers, place Saint-Georges. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le vendredi 12 mai, le drapeau rouge flotte sur la demeure du &#171; chef de pouvoir ex&#233;cutif &#187;, r&#233;fugi&#233; &#224; Versailles. Et, le lendemain, Da Costa grimpe sur le toit, pioche en main. Destruction symbolique, rituelle, de l'h&#244;tel particulier de celui que les Communards affublent volontiers de surnoms color&#233;s : Adolphe-le-Petit, C&#339;ur saignant, Obus 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;, G&#233;n&#233;ral Tom Pouce... &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme tant d'autres, le journaliste Rochefort applaudit, dans&lt;i&gt; Le Mot d'Ordre&lt;/i&gt; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il est de toute justice que ce vieil &#233;vad&#233; voie tomber sa maison dans un d&#233;cret, puisqu'il a l'infamie de faire tomber les n&#244;tres sous les obus.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Thiers en devient enrag&#233;. Et plus odieux encore. Le fait est que, notera Lissagaray, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;cette &#233;tourderie valut au bombardeur un petit palais que l'Assembl&#233;e rurale lui vota (...)&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P.O. Lissagaray, op. cit.. p. 285.&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. L'historien r&#233;put&#233; qui se prenait pour un fin strat&#232;ge ne r&#233;pugnait pas &#224; soigner ses petites affaires personnelles : il se fit en effet rembourser son cher h&#244;tel particulier. Au prix fort. Au fond, nous dit Bernard No&#235;l, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;peut-&#234;tre rien n'est-il plus r&#233;v&#233;lateur de son caract&#232;re que le marchandage auquel il se livra devant l'Assembl&#233;e nationale alors que Paris sentait encore le cadavre. Il r&#233;clama 1 600 000 francs &#224; titre de dommages, l'Assembl&#233;e offrit 1 000 000, somme jug&#233;e tr&#232;s large. Thiers finit par transiger &#224; 1 053 000 francs. Les historiens ne l'en f&#233;licitent pas moins d'avoir magnifiquement redress&#233; l'&#233;conomie fran&#231;aise (...). Le 17 mars 1873, &#224; l'unanimit&#233;, l'Assembl&#233;e vota que Thiers avait &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;bien m&#233;rit&#233; de la patrie&lt;/q&gt; (...)&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard No&#235;l, op. cit., p. 347.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Souci esth&#233;tique, soit. Courbet n'&#233;tait pas seul responsable de cette d&#233;cision et l'on comprend qu'il ait choisi, comme tant d'autres, d'esquiver ses responsabilit&#233;s devant ses juges, alors que tombaient encore sous les balles des pelotons d'ex&#233;cution tant de ses amis. L'on a cependant peine &#224; croire que le peintre n'&#233;tait anim&#233; que de ce que le pr&#233;sident du tribunal qualifiera de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;z&#232;le artistique&lt;/q&gt;. A preuve, ces &#171; Lettres de Gustave Courbet &#224; l'arm&#233;e allemande et aux artistes allemands &#187;, r&#233;dig&#233;es d&#232;s octobre 1870 et o&#249; l'on peut lire cette invitation : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Laissez-nous vos canons Krupp, nous les fondrons ensemble ; le dernier canon, gueule en l'air, coiff&#233; du bonnet phrygien, plant&#233; sur un pi&#233;destal accul&#233; sur trois boulets, et ce monument colossal, que nous &#233;rigerons ensemble sur la place Vend&#244;me, sera notre colonne, &#224; vous et &#224; nous, la colonne des peuples, la colonne de l'Allemagne et de la France &#224; jamais f&#233;d&#233;r&#233;es&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Bernard No&#235;l, op. cit., pp. 103-104.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amour de l'art, d'un art lib&#233;r&#233; des tutelles acad&#233;miques, des contraintes politiques et &#233;conomiques, bien s&#251;r. Mais aussi d&#233;sir non moins sinc&#232;re d'une paix, d'une fraternit&#233; universelle qui passe, sans coup f&#233;rir, par la destruction de tous les &#233;difices militaristes. Et Courbet de tonner en ces termes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Quand les fronti&#232;res auront disparu, plus ne sera besoin de forteresses pour les garder. Plus de forteresses, partant, plus d'arm&#233;es... Les assassins seuls tueront...&lt;/q&gt;. Belle utopie, pr&#233;matur&#233;e sans doute. Mais en d&#233;finitive non contradictoire avec son syst&#232;me de d&#233;fense, qui pr&#233;f&#233;rerait mettre l'accent sur la protection des &#339;uvres d'art qu'il avait assur&#233;e. La trempe d'une Louise Michel tenant t&#234;te aux juges militaires est, &#224; proprement parler, exceptionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Courbet accabl&#233; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La mod&#233;ration relative de la peine (6 mois de prison, 1 500 F d'amende) qui frappe le peintre ne suffit pas &#224; satisfaire la soif de vengeance des amis de l'ordre. Le 30 mai 1873, soit six jours &#224; peine apr&#232;s son &#233;lection &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, Mac-Mahon propose la reconstitution de la colonne. Et un projet ubuesque, &#224; peine croyable, germe : faire payer &#224; Courbet cette reconstruction !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une saisie-arr&#234;t est sur-le-champ prononc&#233;e sur tout ce que le peintre poss&#232;de &#224; Paris et &#224; Ornans. L'artiste finit par se r&#233;fugier en Suisse, pr&#232;s de Vevey, pour &#233;chapper &#224; la ruine. La colonne est reconstruite, &#224; nouveau surmont&#233;e de l'effigie de l'empereur. Et, le 4 mai 1877, la facture lui est pr&#233;sent&#233;e : 323 091 francs et 68 centimes, soit la bagatelle de trois &#224; quatre millions de nos francs actuels. Accabl&#233;, le peintre demande &#224; payer par annuit&#233;s. Faveur accord&#233;e : il devra payer quelque 10 000 F par an, pendant 33 ans, jusqu'&#224; sa... 91&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; ann&#233;e. Epuis&#233;, attrist&#233; de tant de bassesse, Gustave Courbet mourra le 31 d&#233;cembre 1877 : la veille du jour fix&#233; pour le paiement de sa premi&#232;re annuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1302 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/838_jules_valles_-_photo_atelier_nadar-218a2-4648e.jpg?1774727728' width='150' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Une semaine plus tard, Jules Vall&#232;s, lui aussi en exil en Suisse, rendra au grand peintre ce bel hommage : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Apr&#232;s tout ne le plaignons pas ! Il a eu la vie plus belle que ceux qui sentent, d&#232;s la jeunesse et jusqu'&#224; la mort, l'odeur des minist&#232;res, le moisi des commandes. Il a travers&#233; les grands courants, il a plong&#233; dans l'oc&#233;an des foules, il a entendu battre comme des coups de canon le c&#339;ur d'un peuple, il a fini en pleine nature, au milieu des arbres, en respirant les parfums qui avaient enivr&#233; sa jeunesse, sous un ciel que n'a pas terni la vapeur des grands massacres (...)&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jules Vall&#232;s, in Le R&#233;veil, 6 janvier 1878, op. cit.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune avait eu l'insolence de vouloir d&#233;clarer la paix au monde. Elle posait les premi&#232;res pierres d'une R&#233;publique qu'elle voulait universelle en couchant dans le fumier celles qui se dressaient en colonne pour immortaliser le despotisme militaire. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Quel honneur !&lt;/q&gt;, &#233;ructait le tr&#232;s officieux &lt;i&gt;Journal des d&#233;bats&lt;/i&gt; au lendemain de la Semaine sanglante : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Notre arm&#233;e a veng&#233; nos d&#233;sastres par une victoire inestimable&lt;/q&gt;. Une victoire sur le peuple qui l'entretenait et dont elle se nourrissait. Quoi d'&#233;tonnant &#224; ce que l'un des premiers actes de la bourgeoisie victorieuse fut de g&#233;n&#233;raliser le service militaire obligatoire, de c&#233;l&#233;brer la soldatesque. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;De relever ce b&#226;ton &#233;norme, symbole de sa souverainet&#233;&lt;/q&gt;, &#233;crira Lissagaray : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pour remonter le ma&#238;tre sur son pi&#233;destal, il fallut un &#233;chafaudage de trente mille cadavres&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P.O. Lissagaray, op. cit., p. 291.&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;widget_sitereference117|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://archivesautonomies.org/spip.php?article299" class="spip_out"&gt;Cet article est extrait du n&#176;44 de la revue &lt;i&gt;Gavroche&lt;/i&gt; - Mars-Avril 1989. Tous les num&#233;ros de cette revue (1981-2011) sont sur le site Fragments d'Histoire de la gauche radicale.&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Henri Heine, cit&#233; par P.O. Lissagaray,&lt;i&gt; Histoire de la Commune de 1871&lt;/i&gt;, Librairie contemporaine de H. Kistemaeckers, Bruxelles, 1876 - R&#233;&#233;dition F. Masp&#233;ro, 1972, P. 290.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Armand Lanoux, &lt;i&gt;Le Coq rouge. Une histoire de la Commune de Paris&lt;/i&gt;, Grasset, 1872 - R&#233;&#233;dition Librairie J. Tallandier, 1972, P. 319.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Texte de la p&#233;tition cit&#233; par Maxime Vuillaume, in &lt;i&gt;Mes Cahiers rouges au temps de la Commune&lt;/i&gt;, Paul Ollendorff, 1909. R&#233;&#233;dition fac-simil&#233;, Albin Michel 1971, p. 251.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Julles Vall&#232;s, in &lt;i&gt;Le R&#233;veil &lt;/i&gt; du 6 janvier 1878, cit&#233; par Maurice Chourry, in &lt;i&gt;Les po&#232;tes de la Commune&lt;/i&gt;, Seghers, 1970, p. 241.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bernard No&#235;l, &lt;i&gt;Dictionnaire de la Commune&lt;/i&gt;, Fernand Hazan, 1971, p. 104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jacques Rougerie, &lt;i&gt;Proc&#232;s des Communards&lt;/i&gt;, Julliard, Collec. Archives, 1964, p. 185.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Bernard No&#235;l, op. cit., p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., p. 358.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Michel Winock, &lt;i&gt;La Fi&#232;vre hexagonale. Les grandes crises politiques (1871-1968)&lt;/i&gt;, Calmann-L&#233;vy, 1986. R&#233;&#233;dition seuil, collec. Points, 1987, p. 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Pierre Azema et Michel Winock, &lt;i&gt;Les Communards&lt;/i&gt;, Ed. du Seuil, collec. Le temps qui court, 1964, p. 123.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P.O. Lissagaray, op. cit., p. 224.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Maxime Vuillaume, op. cit., pp. 246-247.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., p. 248.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., p. 249.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Id.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., pp. 249-250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P.O. Lissagaray, op. cit., p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Estafette&lt;/i&gt;, 19 mai 1871.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Armand Lanoux, op. cit., pp. 321-322.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Louise Michel, &lt;i&gt;La Commune. Histoire et souvenirs&lt;/i&gt;, Stock, 1898. R&#233;&#233;dition Maspero, 1970, t.II, p. 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Louis-Nathaniel Rossel, &lt;i&gt;M&#233;moires, proc&#232;s et correspondance&lt;/i&gt;, pr&#233;sent&#233;s par Roger St&#233;phane Jean-Jacques Pauvert, 1960.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Jean-Pierre Chabrol, dans sa pr&#233;face &#224; l'ouvrage de Maurice Chourry, op. cit., p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Maxime Vuillaume, op. cit., pp. 251-252.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P.O. Lissagaray, op. cit.. p. 285.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bernard No&#235;l, op. cit., p. 347.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Bernard No&#235;l, op. cit., pp. 103-104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jules Vall&#232;s, in &lt;i&gt;Le R&#233;veil&lt;/i&gt;, 6 janvier 1878, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P.O. Lissagaray, op. cit., p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La l&#233;gende des &#171; Volontaires de l'An II &#187; </title>
		<link>http://partage-noir.fr/la-legende-des-volontaires-de-l-an-ii</link>
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		<dc:date>2022-02-08T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Auvray </dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution Fran&#231;aise (1789)</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1793. Des arm&#233;es &#233;trang&#232;res p&#233;n&#232;trent sur le territoire national, la guerre de Vend&#233;e et l'insurrection f&#233;d&#233;raliste de villes telles que Bordeaux, Marseille et Lyon, mettent en p&#233;ril la R&#233;publique. Les conqu&#234;tes de la R&#233;volution sont menac&#233;es et les &#171; sans-culottes &#187; vont se dresser, dans un r&#233;flexe de d&#233;fense, pour faire usage de leur souverainet&#233; : de la conqu&#234;te des droits universels de l'homme d&#233;coulait en effet le droit de se d&#233;fendre par les armes. L'avant-garde populaire, qui attache (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://partage-noir.fr/-agora-no18-automne-1983-" rel="directory"&gt;Agora n&#176;18 &#8211; Automne 1983&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-revolution-francaise-1789-+" rel="tag"&gt;R&#233;volution Fran&#231;aise (1789)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1012-fd0c2.jpg?1774739240' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1793. Des arm&#233;es &#233;trang&#232;res p&#233;n&#232;trent sur le territoire national, la guerre de Vend&#233;e et l'insurrection f&#233;d&#233;raliste de villes telles que Bordeaux, Marseille et Lyon, mettent en p&#233;ril la R&#233;publique. Les conqu&#234;tes de la R&#233;volution sont menac&#233;es et les &#171; sans-culottes &#187; vont se dresser, dans un r&#233;flexe de d&#233;fense, pour faire usage de leur souverainet&#233; : de la conqu&#234;te des droits universels de l'homme d&#233;coulait en effet le droit de se d&#233;fendre par les armes. L'avant-garde populaire, qui attache une grande importance symbolique &#224; la &#171; lev&#233;e en masse &#187; de tous les citoyens, d&#233;p&#234;che &#224; la Convention un orateur qui r&#233;clame avec insistance la mise en &#339;uvre du principe pr&#233;conis&#233;, quatre ans plus t&#244;t, par un ancien officier de l'arm&#233;e royale, Dubois-Cranc&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Tout citoyen doit &#234;tre soldat et tout soldat citoyen&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est &#224; la tribune de l'Assembl&#233;e constituante que, le 12 d&#233;cembre 1789, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; sans-culottes &#187; devenant &#171; l'&#226;me de la r&#233;sistance &#187;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Gu&#233;rin, op. cit., tome I, p. 77.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; populaire &#224; l'invasion, la guerre prend, pour un temps, la forme d'une guerre de d&#233;fense r&#233;volutionnaire. Le 23 ao&#251;t 1793, la Convention d&#233;cr&#232;te la mobilisation g&#233;n&#233;rale, la &#171; lev&#233;e en masse &#187; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;D&#232;s ce moment et jusqu'&#224; celui o&#249; les ennemis auront &#233;t&#233; chass&#233;s du territoire de la R&#233;publique, tous les Fran&#231;ais sont en r&#233;quisition pour le service des arm&#233;es. Les jeunes gens iront au combat, les hommes mari&#233;s forgeront les armes et transporteront les subsistances ; les femmes feront des tentes, des habits et serviront dans les h&#244;pitaux ; les enfants mettront les vieux linges en charpie ; les vieillards se feront porter sur les places publiques pour enflammer le courage des guerriers, exciter la haine contre les rois et recommander l'unit&#233; de la R&#233;publique&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(3) Cit&#233; par Georges Castellan, Histoire de l'arm&#233;e, Presses Universitaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmation du principe de la &#171; nation arm&#233;e &#187;, alliance de la bourgeoisie jacobine et d'&#233;l&#233;ments populaires, la r&#233;quisition a une port&#233;e immense : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nul ne pourra se faire remplacer dans le service pour lequel il sera requis (...). La lev&#233;e sera g&#233;n&#233;rale&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;cret de la Convention, cit&#233; par Daniel Gu&#233;rin, op. cit., p. 215.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. En fait, si la lev&#233;e d'hommes s'accompagne de r&#233;quisitions de v&#234;tements, couvertures et animaux au profit des arm&#233;es, ne sont toutefois appel&#233;s sous les drapeaux que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les citoyens non mari&#233;s du veuf sans enfants de dix-huit &#224; vingt-cinq ans&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Six mois plus tard, les arm&#233;es ont des effectifs consid&#233;rables, jamais atteints jusqu'alors : plus de huit cent mille hommes sont d&#233;sormais des soldats. L'ardeur avec laquelle les jeunes gens non entra&#238;n&#233;s, mal &#233;quip&#233;s, se portent aux fronti&#232;res pour d&#233;fendre leurs droits nouvellement acquis ne saurait aucunement faire de doute, m&#234;me si leurs &#233;nergies et leurs aspirations r&#233;volutionnaires se voient rapidement d&#233;voy&#233;es dans une guerre de conqu&#234;te. A Paris, comme dans plusieurs grandes villes et dans les r&#233;gions du Nord et de l'Est, la conscience du danger commun suscite un incontestable &#233;lan d'exaltation qui am&#232;ne des milliers d'hommes &#224; r&#233;pondre avec fougue &#224; l'appel, des villages entiers &#224; s'enr&#244;ler.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1039 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-1-7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/sans_titre-1-7-b3519.jpg?1774739240' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des volontaires... r&#233;quisitionn&#233;s &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il convient cependant de ramener &#224; de justes proportions l'enthousiasme mythique de la majorit&#233; des &#171; Volontaires de l'an II &#187; : les dits &#171; volontaires &#187; sont, en grande partie, des hommes qui ont &#233;t&#233; r&#233;quisitionn&#233;s et contraints, par la force, de partir&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le soldat lev&#233;, en l'an II, par la r&#233;quisition, est certes alors d&#233;sign&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Une liste, jointe au d&#233;cret, fixant le chiffre minimum de bataillons attendus de chacun des d&#233;partements, les maires des communes donnent lecture, au vu des registres de bapt&#234;me, du nom de ceux qui sont requis. Les ruraux se montrent r&#233;ticents et des envoy&#233;s sp&#233;ciaux du gouvernement &#8212; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;repr&#233;sentants en mission&lt;/q&gt; de la Convention &#8212;, s'emploient &#224; les rassurer, leur promettant que la lev&#233;e sera de courte dur&#233;e, de quelques semaines tout au plus. Forts sceptiques, nombre de jeunes appel&#233;s tentent de se d&#233;rober &#224; l'obligation qui s'impose personnellement &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu d&#233;sireux de braver les autorit&#233;s, certains cherchent d'abord, &#224; se faire exempter. Les hommes mari&#233;s n'&#233;tant pas tenus &#224; partir&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les plus pauvres fondant une famille moins pr&#233;cocement que les jeunes gens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, bien des mariages sont h&#226;tivement conclus &#224; cette fin. D'autres, convoqu&#233;s au conseil de r&#233;vision, simulent la maladie ou l'infirmit&#233;, apr&#232;s avoir absorb&#233; quelque m&#233;lange d'herbes susceptibles de nuire provisoirement &#224; leur &#233;tat de sant&#233;, ou s'&#234;tre appliqu&#233; des cataplasmes ayant pour propri&#233;t&#233; de faire rapidement enfler les membres ou les parties g&#233;nitales. Les conseils de r&#233;vision ne se montreraient-ils pas assez vigilants ? Le fait est que nombre d'entre eux sont &#233;pur&#233;s et parfois m&#234;me remplac&#233;s par des comit&#233;s purement et simplement form&#233;s de p&#232;res de soldats d&#233;j&#224; pr&#233;sents aux fronti&#232;res. Et, pour d&#233;jouer les tentatives des appel&#233;s, la Convention en vient &#224; menacer les simulateurs d'&#234;tre emprisonn&#233;s jusqu'&#224; la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors des cas d'&#226;ge, de la situation de famille ou de l'inaptitude physique, aucune exception n'est th&#233;oriquement pr&#233;vue par le d&#233;cret. En fait, le Comit&#233; de Salut Public d&#233;cide rapidement d'exempter ceux qui contribuent peu ou prou &#224; la fabrication des armes ainsi que tous ceux qui sont employ&#233;s au service de l'&#201;tat. Des patrons, qui tentent de faire dispenser leurs ouvriers, y parviennent parfois, ce qui leur permet, &#224; l'occasion, de moins payer ceux qui, ayant b&#233;n&#233;fici&#233; de leur intervention, ne sauraient se montrer exigeants, de crainte d'avoir &#224; partir. Nombre de notables exercent aussi des pressions sur les autorit&#233;s et, d'un d&#233;partement &#224; l'autre, il n'est pas rare que les membres de telle ou telle profession, tel ou tel corps de m&#233;tier, soient d&#233;charg&#233;s de l'obligation : c'est ainsi le cas des boulangers &#224; Caen, des meuniers &#224; Neuville et m&#234;me des com&#233;diens &#224; Lorient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que si des fils de famille ais&#233;e b&#233;n&#233;ficient des exemptions finalement accord&#233;es, ceux qui n'ont ni argent ni relations ne peuvent, eux, avoir acc&#232;s &#224; ce qui, se r&#233;v&#232;le &#234;tre un privil&#232;ge. Certains, qui n'ont nulle propri&#233;t&#233; &#224; d&#233;fendre et ne sont gu&#232;re convaincus de l'int&#233;r&#234;t qu'ils ont &#224; d&#233;fendre celle des autres, refusent de partir. Indiff&#233;rence au principe de la patrie, &#224; cette notion, nouvelle, du devoir que chaque citoyen a de se sacrifier pour elle, d&#233;sillusions &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime promettant la libert&#233; mais supprimant le droit de vivre parmi les siens, au village, les causes de cette r&#233;sistance sont multiples. La pr&#233;tention &#224; l'&#233;galit&#233; qui s'exprime, en l'occurrence, par une in&#233;galit&#233; criante tant devant le droit &#224; la propri&#233;t&#233; que devant l'obligation de servir sous les armes, ne convainc gu&#232;re les d&#233;poss&#233;d&#233;s qui r&#233;clament, &#224; plusieurs reprises, le d&#233;part des fils de bourgeois habiles &#224; se soustraire l&#233;galement &#224; l'obligation pr&#233;tendue commune.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Insoumis et d&#233;serteurs &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les insoumis restent le plus souvent chez eux, prot&#233;g&#233;s par leurs proches, et des r&#233;voltes ouvertes, sou-vent de dur&#233;e &#233;ph&#233;m&#232;re, &#233;clatent &#231;&#224;-et-l&#224; quand les autorit&#233;s s'avisent de venir les arr&#234;ter : des &#233;meutes se produisent &#224; Limoges, comme dans plusieurs communes des Vosges, du Tarn, de l'Ari&#232;ge et de la Corr&#232;ze. Se formant en bandes quand les gendarmes se font par trop pressants, les insoumis sillonnent alors le pays, pratiquant le maraudage pour se nourrir et se cachant au sein des for&#234;ts et des montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des refus de partir ne sont pas cependant explicites mais bien plut&#244;t travestis en impossibilit&#233;s motiv&#233;es par la maladie ou une situation familiale d&#233;licate. Parvenant difficilement &#224; leurs fins, les jeunes r&#233;quisitionn&#233;s quittent pourtant en nombre leurs foyers, non sans s'&#234;tre quelquefois coup&#233; les cheveux en signe de deuil. Rassembl&#233;s dans les villes, ils sont encasern&#233;s dans des couvents d&#233;saffect&#233;s en attendant la formation des bataillons. Il faut croire que leur &#171; enthousiasme &#187; n'est gu&#232;re d&#233;monstratif, puisque les autorit&#233;s prennent soin de faire monter une garde vigilante aux portes et fen&#234;tres des locaux o&#249; ils sont log&#233;s. Bient&#244;t, ils vont partir vers les champs de bataille, mal &#233;quip&#233;s. Le d&#233;part h&#226;tif des &#171; volontaires &#187; tient-il &#224; leur volont&#233; d'en d&#233;coudre au plus vite avec les arm&#233;es des monarques ? Il semble que les raisons qui incitent les autorit&#233;s &#224; les faires partir pr&#233;cipitamment, sans fusils, munis de simples piques et m&#234;me, parfois, des outils de travail du paysan que sont la fourche et la faux, soient moins glorieuses que ne le pr&#233;tend la l&#233;gende : l'attente prolong&#233;e du d&#233;part, en contradiction avec les promesses relatives &#224; la courte dur&#233;e de la lev&#233;e, accro&#238;t le m&#233;contentement des appel&#233;s auquel il est n&#233;cessaire de mettre un terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En route, des jacobins ont beau animer le z&#232;le patriotique des ruraux qui, pour la plupart, sortent pour la premi&#232;re fois de leur village, ou tout au moins de leur r&#233;gion, un nombre consid&#233;rable de d&#233;sertions se produit entre le chef-lieu du d&#233;partement d'origine et leur destination. Certains n'ont fait semblant de partir que pour mieux se cacher ou se r&#233;fugier dans un d&#233;partement voisin. D'autres, qui ont accept&#233; de prendre part &#224; la guerre, ne se r&#233;signent pas &#224; la perspective de rester tr&#232;s longtemps &#233;loign&#233;s de leur foyer : la n&#233;cessit&#233; de nourrir leurs fr&#232;res et s&#339;urs, les travaux des champs &#224; accomplir, les r&#233;parations de leur maison &#224; effectuer avant l'hiver, la d&#233;ception et l'ennui qu'ils &#233;prouvent les incitent &#224; regagner rapidement leur domicile. Mettant &#224; profit la travers&#233;e des for&#234;ts ou un mode d'h&#233;bergement susceptible de leur assurer des complicit&#233;s, nombre de soldats quittent leur d&#233;tachement, rejoignent les bandes d'insoumis et parviennent fr&#233;quemment &#224; &#233;chapper aux poursuites pour regagner leur village. Les effectifs de bataillons entiers sont ainsi r&#233;duits du quart, voire de moiti&#233;, lorsqu'ils arrivent au terme de leur voyage. Le moment de combattre venu, le bataillon originaire de B&#233;thune n'est m&#234;me seulement compos&#233; que de... cinq requis&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul Bertaud, La R&#233;volution arm&#233;e, p. 136.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1040 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/382647.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH462/382647-fe442.jpg?1774739240' width='500' height='462' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s leur incorporation dans l'arm&#233;e, des &#171; volontaires &#187; n'en continuent pas moins &#224; d&#233;serter, profitant des nombreux d&#233;placements des troupes. Des &#171; volontaires &#187; de 1792 et des hommes lev&#233;s en f&#233;vrier rentrent chez eux &#224; l'approche de l'hiver, consid&#233;rant leur engagement comme termin&#233;. Certains choisissent de ruser et, pour la moindre affection b&#233;nigne ou feinte, obtiennent un billet d'h&#244;pital. La maladie, r&#233;elle ou simul&#233;e, est &#224; ce point fr&#233;quente que des unit&#233;s voient parfois le tiers de leurs effectifs hospitalis&#233;s. Les b&#226;timents hospitaliers &#233;tant surcharg&#233;s, les cong&#233;s de convalescence sont facilement accord&#233;s et il s'ensuit un v&#233;ritable trafic de billets de convalescence qui permettent aux &#171; malades &#187; de rentrez chez eux pour recevoir les soins jug&#233;s n&#233;cessaires &#224; leur &#233;tat : des employ&#233;s hospitaliers en viennent &#224; faire commerce de ces billets salvateurs et il arrive m&#234;me que des petits officiers se procurent de substantiels b&#233;n&#233;fices en en fabriquant de faux. De leur c&#244;t&#233;, les v&#233;ritables malades ou bless&#233;s retournent rarement &#224; leur unit&#233;, une fois gu&#233;ris. L'incorporation des bataillons de &#171; volontaires &#187; dans les unit&#233;s op&#233;rationnelles, qui vise &#224; faire b&#233;n&#233;ficier ces jeunes recrues de l'exp&#233;rience des soldats de l'ancienne arm&#233;e royale et qui, surtout, entend affirmer l'unit&#233; de la R&#233;publique, provoque de nouvelles d&#233;sertions : l'amalgame, qui va les obliger &#224; se m&#234;ler aux soldats de ligne, &#224; subir les exactions des officiers et, ce qui est loin d'&#234;tre n&#233;gligeable, &#224; c&#244;toyer des jeunes originaires d'autres r&#233;gions dont ils ne partagent ni la langue ni les coutumes, suscite donc des d&#233;parts collectifs de jeunes de m&#234;me origine r&#233;gionale cherchant &#224; regagner leur province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feignant d'&#234;tre &#233;gar&#233;s lorsqu'ils sont surpris par les gendarmes, se m&#234;lant aux ouvriers agricoles &#224; la recherche d'un emploi ou aux populations que la guerre a forc&#233;es &#224; se d&#233;placer, les d&#233;serteurs traversent peu &#224; peu le pays pour s'acheminer vers leurs villages. Car il est assur&#233;ment plus facile de se cacher et de trouver &#224; se nourrir dans les campagnes qu'en ville et le refus du service est, de loin, bien plus r&#233;pandu en milieu rural. Les exploitants agricoles viennent en aide &#224; leurs fils ou &#224; leur domestique, la m&#232;re et la fianc&#233;e encouragent le r&#233;fractaire &#224; rester au foyer, et le nouveau pouvoir traite en suspects les proches des insoumis et des d&#233;serteurs. Les communaut&#233;s villageoises prot&#232;gent, comme par le pass&#233;, les r&#233;fractaires de leur complicit&#233;. Les autorit&#233;s municipales, tenues de recenser les militaires s&#233;journant ill&#233;galement dans leur commune, sont peu enclines &#224; s'opposer &#224; l'opinion quasi g&#233;n&#233;rale de leurs administr&#233;s et pr&#233;f&#232;rent sou-vent fermer les yeux. Le village est &#224; ce point un asile s&#251;r qu'insoumis et d&#233;serteurs ne se cachent pas vraiment et reprennent rapidement leur travail, encourag&#233;s en cela par leurs employeurs. Quand les gendarmes, lanc&#233;s &#224; leur recherche, viennent au village, les r&#233;fractaires, pr&#233;venus de leur arriv&#233;e, l'ont d&#233;j&#224; quitt&#233;. Aussi les nouveaux gouvernants emploient-ils rapidement nombre de moyens pour entraver la r&#233;sistance et briser la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;pression &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Encourag&#233;e, la d&#233;lation ne porte que peu de fruits, m&#234;me si quelques habitants, qui s'estiment victimes d'une injustice ou croient se pr&#233;munir en attirant l'attention sur leurs voisins, d&#233;noncent parfois des r&#233;fractaires. La propagande patriotique, massivement utilis&#233;e, tente de d&#233;consid&#233;rer les r&#233;fractaires comme elle s'efforce de susciter le z&#232;le des appel&#233;s. Les insoumis sont trait&#233;s de &#171; contre-r&#233;volutionnaires &#187; voire assimil&#233;s aux royalistes ; le qualificatif de l&#226;chet&#233;, qui se veut infamant, est fr&#233;quemment appliqu&#233; &#224; l'encontre des d&#233;serteurs qui sont, de plus, accus&#233;s de s'&#234;tre doublement d&#233;shonor&#233;s : d'abord, en abandonnant les drapeaux de la patrie, ensuite en quittant leurs camarades de combat. Les noms des insoumis sont placard&#233;s aux portes des communes et bient&#244;t la Convention menace de punir de mort tous ceux qui se permettraient de tenir des propos contre la r&#233;quisition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sort r&#233;serv&#233; aux r&#233;fractaires suit, de m&#234;me, une &#233;volution visant &#224; &#234;tre dissuasive. Si, au d&#233;part, aucune sanction l&#233;gale n'&#233;tait pr&#233;vue &#224; l'encontre des insoumis, les autorit&#233;s cherchant &#224; s'assurer le consentement de la population et ne d&#233;sirant point heurter l'opinion, une l&#233;gislation r&#233;pressive se met peu &#224; peu en place. Bient&#244;t, la guillotine sera &#233;rig&#233;e en permanence sur les places publiques, comme &#224; Toulouse, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pour convaincre les r&#233;calcitrants&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marc Bouloiseau, p. 142.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Mais insoumis comme d&#233;serteurs, pourtant passibles de cinq ans de fers, ne sont gu&#232;re emprisonn&#233;s plus de quelques mois : l'arm&#233;e a trop besoin de soldats. Pris, les r&#233;fractaires sont admonest&#233;s par les membres des soci&#233;t&#233;s patriotes qui s'efforcent de les convaincre de rejoindre les fronti&#232;res, quitte &#224; ce qu'ils d&#233;sertent une nouvelle fois. Pour plus de s&#251;ret&#233;, les gendarmes les conduisent toutefois, encha&#238;n&#233;s, aux bataillons que, de plus en plus souvent, ils entourent avec vigilance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les solidarit&#233;s &#233;tant plus fortes que les menaces, les autorit&#233;s consid&#232;rent rapidement comme complices les communaut&#233;s au sein desquelles vivent les r&#233;fractaires. Les maires sont tenus pour responsables et des villages entiers tax&#233;s d'une amende collective au profit des parents n&#233;cessiteux de soldats partis au front. Puis, comme cela s'av&#232;re insuffisant, les nouveaux gouvernants reprennent l'ancienne pratique des &#171; garnissaires &#187; : dans l'H&#233;rault, le Tarn, Le Lot, le Morbihan, comme dans les Alpes, des soldats campent dans les familles des insoumis, qui doivent les nourrir &#224; leurs frais jusqu'au retour de leur fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propagande, intimidation, coercition et battues. Des colonnes mobiles, form&#233;es d'ardents patriotes, membres des &#171; gardes nationales &#187; et p&#232;res de soldats, ratissent la campagne pour d&#233;busquer les r&#233;fractaires qui s'y trouvent. En grand nombre, assur&#233;ment : le nombre des seuls d&#233;serteurs est estim&#233; de 40 000 &#224; 50 000 en 1793&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul Bertaud, La R&#233;volution arm&#233;e, p. 254.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Certains bataillons ont vu leurs effectifs fondre comme neige au soleil : celui de Ruffec, par exemple, qui comptait au d&#233;part 2 304 &#171; volontaires &#187;, n'est plus compos&#233; que de... 94 soldats !&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 136.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. L'ardeur guerri&#232;re de la majorit&#233; des &#171; Volontaires de l'an II &#187; n'&#233;tait de toute &#233;vidence, que fort relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;widget_sitereference77|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://archivesautonomies.org/spip.php?article4644" class="spip_out"&gt;Cet article de Michel Auvray est extrait du num&#233;ro d'&lt;i&gt;Agora&lt;/i&gt; n&#176;18 &#8211; Automne 1983. Tous les num&#233;ros d'Agora (1980-1986) - Sur le site Fragments d'Histoire de la gauche radicale.&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est &#224; la tribune de l'Assembl&#233;e constituante que, le 12 d&#233;cembre 1789, Dubois-Cranc&#233; a lanc&#233; cette formule. Rapport&#233; par Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;Ni dieu ni ma&#238;tre - Anthologie de l'anarchisme&lt;/i&gt;, tome I, p. 214.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Daniel Gu&#233;rin, op. cit., tome I, p. 77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;(3) Cit&#233; par Georges Castellan, &lt;i&gt;Histoire de l'arm&#233;e&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de France, 1948, pp. 84 et 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D&#233;cret de la Convention, cit&#233; par Daniel Gu&#233;rin, op. cit., p. 215.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Id.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le soldat lev&#233;, en l'an II, par la r&#233;quisition, est certes alors d&#233;sign&#233; sous le vocable &#171; volontaire &#187;. Mais ce terme ne refl&#232;te en rien la nature de son mode de recrutement. Ce n'est que plus tard qu'appara&#238;tra la d&#233;nomination de &#171; requis &#187; qui, en l'an IV, sera remplac&#233;e par celle de &#171; conscrit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les plus pauvres fondant une famille moins pr&#233;cocement que les jeunes gens fortun&#233;s, cette exemption des p&#232;res de famille ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; une faveur accord&#233;e aux plus ais&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Paul Bertaud, &lt;i&gt;La R&#233;volution arm&#233;e&lt;/i&gt;, p. 136.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Marc Bouloiseau, p. 142.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Paul Bertaud, &lt;i&gt;La R&#233;volution arm&#233;e&lt;/i&gt;, p. 254.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., p. 136.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Antimilitarisme et syndicalisme : &#171; Le Sou du soldat &#187; (1900-1914) [4]</title>
		<link>http://partage-noir.fr/antimilitarisme-et-syndicalisme-le-sou-du-soldat-1900-1914-4</link>
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		<dc:date>2022-01-25T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Auvray </dc:creator>


		<dc:subject>CGT</dc:subject>
		<dc:subject>Georges Yvetot </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La situation int&#233;rieure n'est pas suffisante, semble-t-il, &#224; expliquer la r&#233;action plus qu'&#233;nergique des autorit&#233;s. La politique ext&#233;rieure a &#233;galement pr&#233;sid&#233; &#224; la r&#233;pression : se pr&#233;parant de plus en plus &#224; livrer la guerre aux c&#244;t&#233;s du tsar, les dirigeants de l'&#201;tat fran&#231;ais redoutaient, au fond, de voir leur bellicisme remis en cause. Les responsables de la CGT vont, &#224; leur tour, et durement cette fois, faire les frais d'une politique visant &#224; pr&#233;server un consensus autour du minist&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://partage-noir.fr/-gavroche-no38-mars-avril-1988-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;38 - Mars-Avril 1988&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-georges-yvetot-+" rel="tag"&gt;Georges Yvetot &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1003-9c2bb.jpg?1774728621' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La situation int&#233;rieure n'est pas suffisante, semble-t-il, &#224; expliquer la r&#233;action plus qu'&#233;nergique des autorit&#233;s. La politique ext&#233;rieure a &#233;galement pr&#233;sid&#233; &#224; la r&#233;pression : se pr&#233;parant de plus en plus &#224; livrer la guerre aux c&#244;t&#233;s du tsar, les dirigeants de l'&#201;tat fran&#231;ais redoutaient, au fond, de voir leur bellicisme remis en cause. Les responsables de la CGT vont, &#224; leur tour, et durement cette fois, faire les frais d'une politique visant &#224; pr&#233;server un consensus autour du minist&#232;re de la Guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;18 dirigeants syndicaux en prison &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le scandale du congr&#232;s de Chamb&#233;ry, la CGT ne renonce pas au &#171; Sou &#187;. Quitte &#224; embarrasser les instituteurs, Georges Yvetot r&#233;affirme, au congr&#232;s conf&#233;d&#233;ral du Havre, en septembre 1912, que le &#171; Sou &#187; n'est pas seulement une &#339;uvre de solidarit&#233;, mais une institution efficace de propagande antimilitariste. Ses fonctions importantes dans l'appareil syndical donnent un poids certain &#224; ses propos, d'autant que le congr&#232;s, &#224; l'unanimit&#233; moins 2 voix, confirme une nouvelle fois la n&#233;cessit&#233; des caisses du &#171; Sou du soldat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi Berry-Millerand, qui permet d'envoyer dans des r&#233;giments disciplinaires, sections d'exclus ou &#171; Bat. d'Af. &#187; ; les antimilitaristes, gr&#233;vistes et autres manifestants, vient d'&#234;tre vot&#233;e. Le congr&#232;s invite alors les organisations conf&#233;d&#233;r&#233;es &#224; cr&#233;er une caisse des insoumis pour venir en aide aux jeunes accul&#233;s &#224; choisir l'exil plut&#244;t que le bagne.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_992 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/affiche-de-la-c.g.t.-appelant-a-la-mobilisation-contre-la-loi-des-trois-ans-1913.-archives-de-paris-_img.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH693/affiche-de-la-c.g.t.-appelant-a-la-mobilisation-contre-la-loi-des-trois-ans-1913.-archives-de-paris-_img-3e5dc.jpg?1774884833' width='500' height='693' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;Affiche de la CGT appelant &#224; la mobilisation contre la loi des trois ans (1913)&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Contre la &#171; loi d'infamie &#187;, contre la loi de &#171; Trois ans &#187; surtout, qui porte la dur&#233;e du service militaire &#224; 3 ans (elle avait &#233;t&#233; r&#233;duite d'un an en 1905), la CGT m&#232;ne de grandes campagnes d'agitation, de concert, maintenant, avec le Parti socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'affichant plus volontiers internationaliste et pacifiste, la SFIO a &#233;volu&#233; ; la centrale syndicale aussi : on est loin du congr&#232;s d'Amiens (1906), qui approuvait et pr&#233;conisait &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;toute action de propagande antimilitariste et antipatriotique qui peut seule compromettre la situation des arriv&#233;s et des arrivistes de toutes classes et de toutes &#233;coles politiques.&lt;/q&gt; La direction de la CGT est d&#233;sormais plus sensible aux th&#232;ses r&#233;formistes des socialistes mod&#233;r&#233;s et la r&#233;pression n'explique pas, &#224; elle seule, la &#171; prudence &#187; des circulaires qui accompagne maintenant l'envoi du &#171; Sou du soldat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Divis&#233;e, se heurtant &#224; un patronat de plus en plus vigoureux, sans r&#233;els moyens financiers (rentr&#233;e des cotisations irr&#233;guli&#232;re, ni caisse de gr&#232;ve, ni caisse de ch&#244;mage), la CGT est bel et bien en crise. Ses effectifs sont en r&#233;gression, ses actions loin de donner les r&#233;sultats escompt&#233;s. La journ&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#171; contre la guerre &#187;, le 16 d&#233;cembre 1912, n'est pas un franc succ&#232;s. Et les pr&#233;paratifs de guerre s'acc&#233;l&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'au printemps 1913 des soldats manifestent, dans plusieurs r&#233;giments, leur m&#233;contentement de devoir subir un an de caserne suppl&#233;mentaire, le gouvernement pense que l'occasion lui est favorable pour tenter de briser l'action antimilitariste des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, le &#171; Sou du soldat &#187; est en point de mire. Les autorit&#233;s frappent en deux temps. D'abord, le 26 mai 1913, une centaine de perquisitions ont lieu dans les milieux syndicaux. Et, le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; juillet &#224; l'aube, des responsables sont mis en &#233;tat d'arrestation. 18 dirigeants de la CGT sont finalement poursuivis au titre du &#171; Sou du soldat &#187;, sous l'inculpation &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d'incitation de militaires &#224; la d&#233;sob&#233;issance&lt;/q&gt;. Parmi eux, naturellement, celui qui avait coordonn&#233; inlassablement l'initiative : Georges Yvetot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants redoublent d'activit&#233;, ils poursuivent l'&#339;uvre entreprise. Au grand dam des services de police qui continuent &#224; surveiller syndicalistes et b&#233;n&#233;ficiaires du &#171; Sou &#187;. Tracts, affiches, meetings de masse : Yvetot et ses co-inculp&#233;s sont plac&#233;s en libert&#233; provisoire apr&#232;s cinq mois d'incarc&#233;ration. Condamn&#233;s par d&#233;faut le 26 mars 1914, les leaders syndicaux voient leurs peines confirm&#233;es en mai : des amendes, mais aussi 6, 8 et 12 mois d'emprisonnement ; 167 mois de prison ont &#233;t&#233; distribu&#233;s. Les syndicalistes interjettent appel, mais la guerre mondiale se d&#233;cha&#238;ne avant qu'un jugement d&#233;finitif ne survienne...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De simples travailleurs sous l'uniforme ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Union sacr&#233;e et ses terribles cons&#233;quences mirent un terme &#224; cette pratique originale qu'aucune r&#233;pression n'avait pu entraver. Oubli&#233;es d&#233;sormais les lettres du type de celle que re&#231;ut, en octobre 1911, l'ancien charpentier Eug&#232;ne Cointreau, soldat &#224; Orl&#233;ans : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il faut, si nos ma&#238;tres veulent nous faire partir en guerre, que nous ob&#233;issions, mais alors que nous sachions choisir nos ennemis, qui ne sont certes pas les ouvriers allemands, mais tous ceux qui vivent de notre sueur ; nos ma&#238;tres en un mot, de quelque pays qu'ils soient (...)&lt;/q&gt; Oubli&#233;s, h&#233;las, ces envois de 5 ou 10 F accompagn&#233;s d'appels &#224; la fraternisation. Le poison nationaliste avait &#233;t&#233; plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;clarations virulentes avaient beau succ&#233;der aux proclamations solennelles, les appels &#224; la d&#233;sob&#233;issance aux exhortations r&#233;p&#233;t&#233;es, les travailleurs syndiqu&#233;s ne s'&#233;taient aucunement pr&#233;par&#233;s &#224; s'opposer efficacement au d&#233;clenchement guerrier. Au jour de la mobilisation, les autorit&#233;s n'eurent nul besoin de faire intervenir les arrestations de &#171; meneurs &#187; dont les noms &#233;taient consign&#233;s dans le &#171; Carnet B &#187;. A la menace de &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale insurrectionnelle &#187; brandie dans les congr&#232;s fit place le d&#233;sarroi. Le d&#233;sarroi, l'impuissance et l'aveuglement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est d'admettre, avec Georges Dumoulin : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Notre propagande antimilitariste, plus tapageuse que r&#233;elle, nous a tromp&#233;s. Les succ&#232;s, les applaudissements des meetings nous ont aveugl&#233;s. Nous nous sommes tromp&#233;s en nourrissant notre orgueil dans des congr&#232;s bruyants avec des motions boursoufl&#233;es et pleines de suffisance.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Dumoulin, Les Syndicalistes fran&#231;ais et la guerre, 1921, p. 21.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justification&lt;i&gt; a posteriori &lt;/i&gt; ? Peut-&#234;tre. Erreur d'appr&#233;ciation ? S&#251;rement. L'analyse lucide des syndicalistes r&#233;volutionnaires s'accompagnait, sans doute possible, d'un radicalisme verbal certain, d'une impr&#233;paration totale &#224; l'action concr&#232;te. Et face &#224; la tourmente, les sociaux-d&#233;mocrates et syndicalistes mod&#233;r&#233;s d'outre-Rhin, autrement plus puissants et organis&#233;s, ne firent pas mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nul effet pour arr&#234;ter l'horrible h&#233;catombe, le &#171; Sou du soldat &#187; a-t-il, au moins, &#233;t&#233; utile dans les conflits du travail ? Convenons, avec Jean-Jacques Becker que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le syndicalisme avait incontestablement fabriqu&#233; des antimilitaristes ; il est beaucoup plus douteux qu'il ait produit de r&#233;els antipatriotes.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Jacques Becker, 1914 : Comment les Fran&#231;ais sont entr&#233;s dans la guerre, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Antimilitaristes bien plus qu'antipatriotes, soit. Le &#171; Sou du soldat &#187; a &#233;t&#233; pratiqu&#233; pendant quatorze ans par de tr&#232;s nombreux syndicats et les services de police l'ont assur&#233;ment pris au s&#233;rieux. Les circulaires qui accompagnaient souvent les mandats ont touch&#233; beaucoup de soldats. Les ont-elles r&#233;ellement convaincus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leurs tracts, papillons, affiches, journaux et brochures, les groupes antimilitaristes sp&#233;cifiques comme les syndicats ouvriers appelaient, de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e et incessante, &#224; la &#171; gr&#232;ve militaire &#187;. Toute la propagande antimilitariste destin&#233;e aux travailleurs sous l'uniforme incitait inlassablement les prol&#233;taires devenus conscrits &#224; lever &#171; crosse en l'air &#187;... ou &#224; tirer sur leurs officiers, en cas d'affrontement dans une gr&#232;ve ou une manifestation de rue. L'on ne peut que constater avec tristesse que des gr&#233;vistes du b&#226;timent de Villeneuve-Saint-Georges aux ouvriers des sabli&#232;res de Draveil, des mineurs de Montceau-les-Mines aux viticulteurs de Champagne, innombrables furent pourtant les travailleurs qui firent dramatiquement les frais de l'ob&#233;issance aveugle des conscrits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre d'insoumis augmenta, il est vrai, quelque peu, au d&#233;but du si&#232;cle (5 157 insoumis en 1900, 7 807 en 1905, 9 786 en 1911). Mais gu&#232;re, en revanche, le nombre de d&#233;serteurs (1 873 en 1900, 2 316 en 1905, 2 548 en 1911)&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chiffres cit&#233;s page 66 de la note de synth&#232;se de la Direction de la S&#251;ret&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Et Raoul Girardet n'a aucune peine &#224; rappeler que, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;malgr&#233; la v&#233;h&#233;mence des appels &#224; la &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;gr&#232;ve militaire&lt;/q&gt;, il ne semble pas que le nombre de cas (...) de r&#233;bellion qu'aient &#224; juger les tribunaux militaires, ait jamais atteint de tr&#232;s inqui&#233;tantes proportions.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raoul Girardet, La Soci&#233;t&#233; militaire dans la France contemporaine, Plon, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut, bien s&#251;r, la mutinerie du 17&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; r&#233;giment d'infanterie, en juin 1907, pendant le mouvement viticole. Une r&#233;volte lucide, aux connotations r&#233;gionales pr&#233;cises, entr&#233;e dans la l&#233;gende avec la chanson de Montehus, &#171; Gloire au 17&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; &#187;. A la m&#234;me &#233;poque, les fraternisations furent cependant exceptionnelles, les refus d'ob&#233;issance collectifs extr&#234;mement rares. Curieuse m&#233;moire collective qui a totalement oubli&#233; les fusillades et charges de cavalerie qui, la m&#234;me ann&#233;e, en 1907 pr&#233;cis&#233;ment, firent nombre de morts et bless&#233;s &#224; Paris, Nantes, Raon-l'Etape et Narbonne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;widget_audio68&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ob&#233;issance pesait, la discipline &#233;tait respect&#233;e. Que pouvaient faire, qu'au-raient pu faire d'autre les soldats, conditionn&#233;s, encadr&#233;s, menac&#233;s de terribles sanctions comme ils l'&#233;taient ? Question d'importance, question politique essentielle. Non r&#233;solue dans la Gr&#232;ce de 1967, le Chili de septembre 1973 et tant d'autres pays o&#249; la soldatesque galonn&#233;e pratique si souvent le coup d'&#201;tat. Malgr&#233;, voire avec les conscrits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1902, celui qui serait si longtemps l'artisan du &#171; Sou du soldat &#187;, Georges Yvetot, s'inqui&#233;tait d&#233;j&#224;, dans le &lt;i&gt;Nouveau Manuel du soldat&lt;/i&gt; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les fils et les fr&#232;res des travailleurs deviendront des assassins s'ils n'ont pas le courage de refuser de tirer, de refuser la participation au massacre. (...) L'arm&#233;e de la nation, l'arm&#233;e compos&#233;e des fils du peuple est contre le peuple au service du patron.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Les exhortations et d&#233;clarations virulentes ne sauraient suffire &#224; enrayer le terrible m&#233;canisme : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La caserne fait de nous une machine &#224; ob&#233;ir, comme elle fait de nous une machine &#224; astiquer et &#224; marcher au pas.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F&#233;d&#233;ration des Bourses du travail, Nouveau Manuel du soldat. La patrie. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Sous l'uniforme, les travailleurs devenaient des soldats. Des militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous clamerons la v&#233;rit&#233; sur le militarisme&lt;/q&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Suite aux poursuites judiciaires, le Comit&#233; intersyndical du B&#226;timent de La Seine fait placarder, le 2 octobre 1912, l'affiche suivante : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Soldat ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Les dirigeants bourgeois pr&#233;tendent nous interdire de te venir en aide par le Sou du soldat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils te l'ont suffisamment d&#233;montr&#233; par les poursuites qu'ils ont engag&#233;es contre les militants alors que les organisations catholiques et bourgeoises l'ont organis&#233; avec une enti&#232;re libert&#233; : &lt;br class='autobr' /&gt;
Contre ces poursuites arbitraires nous protestons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces messieurs redoutent que tu nous t&#233;moignes ta solidarit&#233; le jour de la r&#233;volte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils veulent nous emp&#234;cher de d&#233;voiler le mensonge patriotique qui se cache sous les plis du drapeau. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils veulent nous interdire de d&#233;montrer que l'arm&#233;e ne sert, aujourd'hui. qu'&#224; faire &#339;uvre de jaunes et de policiers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils veulent que nous gardions le silence sur leurs victoires monstrueuses de Fourmies, de Ch&#226;lons, de Villeneuve-Saint-Georges. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils veulent que nous ne d&#233;noncions pas leurs projets inf&#226;mes de faire de toi, un jour, le bourreau de tes fr&#232;res de mis&#232;re, les travailleurs qui luttent pour ta lib&#233;ration. &lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; leurs menaces et leurs prisons, nous clamerons la v&#233;rit&#233; sur le militarisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
N'oublie pas, soldat, que ce sont les travailleurs qui ont d&#233;voil&#233; les crimes militaristes. Ce sont eux qui se sont &#233;lev&#233;s contre l'assassinat du malheureux Arenoult ; c'est leur action et leur agitation qui ont arrach&#233; Rousset du bagne, ce h&#233;ros qui fut coupable d'avoir d&#233;nonc&#233; les crimes de Biribi. &lt;br class='autobr' /&gt;
N'oublie jamais que tu appartiens toujours &#224; la classe ouvri&#232;re, et que cette classe ouvri&#232;re veille sur toi, m&#234;me au r&#233;giment et qu'elle est pr&#234;te &#224; te d&#233;fendre le cas &#233;ch&#233;ant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si un jour on t'envoie sur un champ de gr&#232;ve pour soutenir le capitalisme rapace, tu penseras &#224; ta m&#232;re et tu n'oublieras point ton devoir de travailleur ; et si une brute galonn&#233;e te commande de tirer sur des travailleurs r&#233;clamant un plus gros morceau de pain pour leurs vieux et leurs petits. &lt;br class='autobr' /&gt;
PLUT&#212;T QUE D'OB&#201;IR A UN PAREIL CRIME, TU TOURNERAS TON ARME CONTRE L'ASSASSIN QUI T'AURA COMMAND&#201; UN ACTE AUSSI IMMONDE. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu montreras que tu n'es pas indigne de la classe ouvri&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les conseils syndicaux du B&#226;timent de la Seine.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Suivent les signatures des conseils syndicaux : b&#226;timent, briquetiers, charpentiers en bois, charpentiers en fer, couvreurs-plombiers, granitiers, menuisiers, serruriers, tailleurs de pierre et ravaleurs, terrassiers)&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Georges Dumoulin, &lt;i&gt;Les Syndicalistes fran&#231;ais et la guerre&lt;/i&gt;, 1921, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Jacques Becker, &lt;i&gt;1914 : Comment les Fran&#231;ais sont entr&#233;s dans la guerre&lt;/i&gt;, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1977, p. 87.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Chiffres cit&#233;s page 66 de la note de synth&#232;se de la Direction de la S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale, &#171; L'Antimilitarisme et l'antipatriotisme en France, situation au 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 1912 &#187;, &#224; laquelle est annex&#233;e le rapport consacr&#233; au &#171; Sou du soldat &#187;. A.D. Mayenne M 3144, notamment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Raoul Girardet, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; militaire dans la France contemporaine&lt;/i&gt;, Plon, 1953, p. 245.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;F&#233;d&#233;ration des Bourses du travail, &lt;i&gt;Nouveau Manuel du soldat. La patrie. L'arm&#233;e. La guerre&lt;/i&gt;, 1902. Le signataire en est le secr&#233;taire des Bourses, Georges Yvetot. J'ai travaill&#233; sur la dixi&#232;me &#233;dition de 1903. Les citations proviennent des pages 9 et 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Antimilitarisme et syndicalisme : &#171; Le Sou du soldat &#187; (1900-1914) [3]</title>
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		<dc:date>2022-01-24T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Auvray </dc:creator>


		<dc:subject>CGT</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La r&#233;pression n'emp&#234;che pas le &#171; Sou &#187; d'&#234;tre pratiqu&#233;, il s'en faut. Des f&#233;d&#233;rations nationales (m&#233;tallurgie, transports par voie ferr&#233;e, b&#226;timent) organisent elles-m&#234;mes l'action pour &#233;pargner aux Bourses de se voir supprim&#233;es les subventions municipales dont elles b&#233;n&#233;ficient souvent.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-gavroche-no38-mars-avril-1988-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;38 - Mars-Avril 1988&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton1002-1a6f2.jpg?1774728621' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;pression n'emp&#234;che cependant pas le &#171; Sou &#187; d'&#234;tre pratiqu&#233;, il s'en faut. Des f&#233;d&#233;rations nationales (m&#233;tallurgie, transports par voie ferr&#233;e, b&#226;timent) organisent elles-m&#234;mes l'action pour &#233;pargner aux Bourses de se voir supprim&#233;es les subventions municipales dont elles b&#233;n&#233;ficient souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La virulence de certaines lettres d'accompagnement ne fait pas plus de doute que les intentions des animateurs et coordinateurs du &#171; Sou &#187;. Ni simple instrument d'agitation antimilitariste, ni simple moyen d'am&#233;liorer l'ordinaire des syndiqu&#233;s encasern&#233;s, le &#171; Sou du soldat &#187; conserve pourtant une certaine ambigu&#239;t&#233;. L'historien du &#171; Carnet B &#187;, Jean-Jacques Becker, discerne &#224; ce sujet trois attitudes chez les militants : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Certains affirment qu'ils ne sont pas antimilitaristes et que le Sou du soldat n'est qu'une affaire de solidarit&#233; ; d'autres ne cachent pas leurs sentiments antimilitaristes mais consid&#232;rent que le Sou du soldat n'en est pas moins uniquement &#339;uvre de solidarit&#233; ; enfin il en est qui veulent que le Sou du soldat s'int&#232;gre de fa&#231;on totale &#224; l'action antimilitariste.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Jacques Becker, Le Carnet B, Ed. Klincksieck. 1973, p. 38.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Ambigu&#239;t&#233; certaine, donc. En d&#233;finitive, c'est ce qui fait sa force, tant la prudence est souvent n&#233;cessaire, face aux autorit&#233;s, mais aussi envers certains syndicats moins prompts que d'autres &#224; s'engager &#224; fond dans l'action antimilitariste, ou qui risqueraient de subir trop durement les foudres de la r&#233;pression. Cette ambigu&#239;t&#233; entretenue va &#234;tre pr&#233;cis&#233;ment de mise avec le &#171; Sou &#187; des instituteurs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les instituteurs aussi &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Ecole publique des premi&#232;res d&#233;cennies de la III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique avait &#233;t&#233; fondamentalement une &#233;cole de militarisme et de patriotisme. Le culte de la patrie avait remplac&#233; la religion du surnaturel, toutes les disciplines scolaires concouraient &#224; l'exacerbation du &#171; sentiment national &#187; : instruction civique, endoctrinement id&#233;ologique, initiation militaire (les fameux &#171; Bataillons scolaires &#187; !), l'&#233;ducation dispens&#233;e par les &#171; hussards noirs de la R&#233;publique &#187; donnait aux &#233;coliers un avant-go&#251;t de la caserne, les pr&#233;parait aux futurs sacrifices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les instituteurs &#8212;&#224; tout le moins une partie d'entre eux&#8212; ont &#233;volu&#233; vers un pacifisme certain, voire un antimilitarisme avou&#233;, plus rarement antipatriotisme affich&#233;. L'affaire Dreyfus a fait prendre conscience des dangers du militarisme pour les droits de l'homme, les valeurs humanistes, les id&#233;aux socialistes (au sens large) ont progress&#233;. L'arm&#233;e, comme l'&#201;glise, appara&#238;t plus clairement comme un obstacle &#224; la d&#233;mocratie et &#224; la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les enseignants soucieux de promouvoir une p&#233;dagogie rationnelle et humaine, bas&#233;e sur l'&#233;galit&#233; et la fraternit&#233;, l'institution militaire repr&#233;sente, &#224; l'&#233;vidence, un anti-mod&#232;le dangereux. La caserne, avec sa discipline et ses contraintes aussi absurdes qu'avilissantes, n'est-elle pas le symbole m&#234;me de toute n&#233;gation d'autonomie et de libert&#233; ? Voici quelques ann&#233;es que les enseignants, qui ne sont plus d&#233;sormais dispens&#233;s d'accomplir le service militaire, en font la douloureuse exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Climat social, souci p&#233;dagogique, confrontation avec l'univers clos de la soldatesque, la fr&#233;quentation des Bourses du travail fera le reste : des instituteurs syndicalistes en arrivent, peu &#224; peu, &#224; remettre en cause le patriotisme en tant qu'id&#233;ologie li&#233;e au militarisme. Ils ne sont gu&#232;re tr&#232;s nombreux, sans doute, minoritaires parmi les minoritaires. Mais la syndicalisation des enseignants est en marche. Elle acc&#233;l&#232;re les prises de conscience et inqui&#232;te les gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le congr&#232;s du scandale &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Regroup&#233;s jusqu'alors en amicales d'esprit pour le moins &#171; mod&#233;r&#233; &#187;, des enseignants de tendance plus r&#233;volutionnaire cr&#233;&#232;rent, en 1905, la F&#233;d&#233;ration Nationale des Syndicats d'Instituteurs. L'adh&#233;sion &#224; la CGT, vot&#233;e en 1907, devint effective deux ans plus tard. Au congr&#232;s conf&#233;d&#233;ral de Toulouse (1910), les d&#233;l&#233;gu&#233;s des instituteurs votent les motions antimilitaristes. Arrive le congr&#232;s f&#233;d&#233;ral de Chamb&#233;ry o&#249;, le 16 ao&#251;t 1912, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des 46 syndicats d'instituteurs repr&#233;sent&#233;s adoptent &#224; l'unanimit&#233; la r&#233;solution suivante : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Afin de maintenir les relations existantes entre les camarades syndiqu&#233;s soldats et leur groupement, il est institu&#233; dans chaque syndicat une &#339;uvre sp&#233;ciale, dite de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Sou du soldat&lt;/q&gt;, destin&#233;e &#224; leur venir en aide moralement et p&#233;cuniairement. Dans les Bourses du travail, o&#249; existe le &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Sou du soldat&lt;/q&gt;, les syndiqu&#233;s devront adh&#233;rer &#224; cette organisation.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est court, simple, pr&#233;cis : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;venir en aide moralement et p&#233;cuniairement&lt;/q&gt; aux jeunes coll&#232;gues sous les drapeaux. Rien d'extraordinaire &#224; cela. Cela fait douze ans qu'une telle d&#233;marche se pratique &#224; la CGT ; la F&#233;d&#233;ration des syndicats d'instituteurs venant d'adh&#233;rer &#224; la conf&#233;d&#233;ration syndicale. il est on ne peut plus logique qu'elle en adopte les orientations et modes d'action. Mieux m&#234;me, le ton de la r&#233;solution est particuli&#232;rement mesur&#233;, tr&#232;s &#233;loign&#233; des ordres du jour et circulaires de syndicats ouvriers. C'est pourtant un scandale. Soudain. Aussi violent qu'inattendu. Au conseil g&#233;n&#233;ral de l'Ain, l'ancien ministre de la Guerre, le radical Messimy, s'indigne : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;(...) Nous sommes ardemment attach&#233;s &#224; l'&#233;cole la&#239;que et c'est justement &#224; cause de cela, parce que je suis convaincu qu'il est n&#233;cessaire de faire passer les enfants par l'&#233;cole la&#239;que, c'est &#224; cause de cela que plus vivement qu'aucun autre, je tiens &#224; m'&#233;lever contre ces faits attristants. (...)&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tu ne tueras point &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mon cher camarade. Les travailleurs, tes fr&#232;res de mis&#232;re et d'esclavage que tu as laiss&#233;s au syndicat pour aller &#224; l'arm&#233;e se souviennent de toi et t'envoient leur plus cordial salut en te disant courage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils aspirent ardemment comme toi &#224; ta lib&#233;ration prochaine, libre enfin de revenir parmi eux soutenir le bon combat pour des destin&#233;es meilleures. Ils te prient de rester &#224; la caserne le bon camarade qu'ils ont connu, l'&#234;tre &#233;pris de libert&#233; et de fraternit&#233;, car en jetant un &#339;il en arri&#232;re, tu te rappelleras les r&#233;cents &#233;v&#233;nements tragiques de Villeneuve-St-Georges o&#249; des troupiers, comme toi, fous, ivres de sang, ont tu&#233; des ouvriers, leurs fr&#232;res de la veille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu dois savoir que ces crimes monstrueux ne sont commis que pour le profit des patrons et des capitalistes et qu'&#224; toi, pauvre instrument docile entre les mains criminelles qui te commandent, il ne reste, apr&#232;s l'attentat consomm&#233;, que des remords et le m&#233;pris des travailleurs conscients. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si le malheur voulait que tu sois appel&#233; sur un champ de gr&#232;ve, tu m&#233;diteras ces v&#233;rit&#233;s et pour rien au monde tu ne deviendras l'assassin de tes fr&#232;res de labeur. Tu penseras &#224; ton p&#232;re, &#224; ta m&#232;re, &#224; tes fr&#232;res, &#224; tous ceux que tu aimes et qui t'aiment, et dans un geste magnanime tu resteras bon, tu ne tueras pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ci-joint cinq francs pour tes &#233;trennes, que tes camarades t'envoient comme marque de leur solidarit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Eduque-toi et reste un homme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre salut fraternel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le conseil d'administration, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Pierre Hervier.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Circulaire de la Bourse du travail de Bourges. &lt;br class='autobr' /&gt;
Non dat&#233;e. Vraisemblablement 1909 ou 1910&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapidement, une partie de la &#171; grande presse &#187; embo&#238;te le pas. Les journaux bourgeois et cl&#233;ricaux que sont &lt;i&gt;Le Temps, L'Echo de Paris, La France, Le Rappel, &lt;/i&gt; accusent le syndicat des instituteurs d'&#234;tre aux mains des anarchistes, en appellent &#224; la r&#233;pression. &#171; Leur ennemie, la France ! &#187;, titre m&#234;me &lt;i&gt;L'Eclair&lt;/i&gt;, le 17 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surpris par de telles r&#233;actions, les dirigeants de la F&#233;d&#233;ration des instituteurs relativisent, se d&#233;fendent publiquement d'avoir agi par antimilitarisme. Face &#224; la presse de droite qui hurle &#224; la trahison, certains font m&#234;me assaut de d&#233;clarations patriotiques. Ainsi, dans une d&#233;claration au journal &lt;i&gt;Le Rappel&lt;/i&gt;, le secr&#233;taire du syndicat de la Seine, Andr&#233; Chapolin, se veut-il rassurant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;II est possible que les syndicats du b&#226;timent aient joint une circulaire antimilitarisme &#224; un envoi d'argent. Qu'est-ce qui prouve que nous le ferons &#233;galement ? Rien. Pourquoi alors nous poursuivre ? Non, non, dites-le bien, nous ne sommes ni antimilitaristes, ni antipatriotes.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Jean-Jacques Becker, Le Carnet B. op. cit.. p. 34.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris &#224; partie, conspu&#233;s, injuri&#233;s, les instituteurs affirment ne vouloir conna&#238;tre du &#171; Sou du soldat &#187; que son caract&#232;re de solidarit&#233; corporative. Mais leurs d&#233;n&#233;gations n'arr&#234;tent aucunement la r&#233;pression. D&#232;s le 23 ao&#251;t, une circulaire du ministre de l'Instruction publique, Guist'hau, ordonne la dissolution des syndicats d'instituteurs : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il ne faut pas qu'une minorit&#233; turbulente continue plus longtemps de faire le jeu des ennemis de l'&#233;cole, de jeter le discr&#233;dit le plus injuste sur son enseignement. Et puisqu'il est maintenant av&#233;r&#233; que les syndicats d'instituteurs deviennent des centres d'agitation politique, des foyers de d&#233;sagr&#233;gation nationale, un gouvernement r&#233;publicain, soucieux des int&#233;r&#234;ts de l'&#233;cole r&#233;publicaine, se doit &#224; lui-m&#234;me de les supprimer sans retard. L'intol&#233;rable ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233;.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Thierry Flammant, in L'Ecole Emancip&#233;e. Une contre-culture de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des syndicats d'instituteurs dissous &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En principe, le droit syndical &#233;tait certes d&#233;ni&#233; aux fonctionnaires. Tol&#233;r&#233;s jusqu'alors, les syndicats d'instituteurs doivent &#234;tre dissous par les pr&#233;fets avant le 10 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gravit&#233; de la mesure jette le trouble dans les esprits. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a un certain flottement chez les instituteurs syndiqu&#233;s. Le syndicat du Morbihan, qui devait prendre la direction de la F&#233;d&#233;ration, demande aux syndicats d&#233;partementaux de se conformer aux directives minist&#233;rielles ; &#224; l'inverse, plusieurs d&#233;partements (La Seine avec Andr&#233; Chapolin, le Maine-et-Loire avec Louis et Gabrielle Bouet, la Charente avec Fran&#231;ois et Marie Mayoux) invitent tous les syndicats &#224; maintenir leurs organisations. Un manifeste, qui recueille rapidement 800 signatures, est publi&#233; par &lt;i&gt;l'Ecole Emancip&#233;e &lt;/i&gt; : les positions de la F&#233;d&#233;ration y sont r&#233;affirm&#233;es avec fermet&#233; mais mod&#233;ration. R&#233;cusant les accusations d'antipatriotisme, il met l'accent sur le caract&#232;re de la solidarit&#233; du &#171; Sou &#187;. Les premiers signataires n'en sont pas moins sanctionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conseil de discipline, tribunal correctionnel, peines d'amendes. Et dissolution de quatre syndicats d&#233;partementaux &#171; de pointe &#187; (Seine, Bouches-du-Rh&#244;ne, Maine-et-Loire, Rh&#244;ne). La CGT manifeste ouvertement son soutien, invitant Chalopin &#224; pr&#233;sider la premi&#232;re s&#233;ance de son congr&#232;s tenu au Havre. en septembre. En leur faveur, des d&#233;put&#233;s socialistes interviennent &#224; la Chambre, o&#249; l'affaire occupe plusieurs s&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appels interjet&#233;s en justice, puis amnistie, les dissolutions resteront lettre morte. Comme le rel&#232;ve Thierry Flammant dans son excellent ouvrage consacr&#233; &#224; &lt;i&gt;l'Ecole Emancip&#233;e&lt;/i&gt; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La r&#233;sistance des instituteurs, group&#233;s autour de &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;l'Ecole Emancip&#233;e&lt;/span&gt;, aura finalement raison des foudres r&#233;publicaines et le vote de Chamb&#233;ry aura des r&#233;percussions dans les syndicats ouvriers lyonnais et fera t&#226;che d'huile chez les terrassiers et les m&#233;tallurgistes.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thierry Flammant, ibid., p. 238.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Echec de la r&#233;pression, donc ? L'on peut s'interroger sur le fait de savoir si l'institution du &#171; Sou &#187; n'a pas &#233;t&#233;, pour les pouvoirs publics, un pr&#233;texte plut&#244;t qu'un motif r&#233;el. Les promoteurs du &#171; Sou &#187; au congr&#232;s de Chamb&#233;ry (Fontaine et Raffin) &#233;taient, il est vrai, des militants anarchistes lyonnais. Sans doute envisageaient-ils d'y associer une propagande antimilitariste au sein des casernes. Rien ne permet pourtant d'affirmer que le &#171; Sou &#187; des instituteurs ait d&#251; &#234;tre de m&#234;me nature que celui des Bourses. Les d&#233;n&#233;gations publiques face &#224; la r&#233;pression n'&#233;taient pas dues qu'&#224; la prudence. Pour la grande majorit&#233; des enseignants syndiqu&#233;s cette pratique ne repr&#233;sentait-elle pas, avant tout, un pas de plus vers la classe ouvri&#232;re et la CGT initiatrice du &#171; Sou &#187; ? Et, en ce sens, l'organisation d'une f&#233;d&#233;ration de fonctionnaires totalement li&#233;e au mouvement ouvrier et qui avait doubl&#233; ses effectifs en deux ans (1 400 syndiqu&#233;s en 1910, 3 000 en 1912), pouvait-elle laisser un gouvernement r&#233;actionnaire indiff&#233;rent ? Si l'on en croit Pierre Monatte, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le gouvernement sauta sur cette r&#233;solution pour prononcer la dissolution des syndicats d'instituteurs sous pr&#233;texte d'antimilitarisme et d'antipatriotisme. En r&#233;alit&#233; parce que les instituteurs se rapprochaient de la classe ouvri&#232;re.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Thierry Flammant, ibid., p. 239.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;texte plausible, en effet, qui servit aussi de moyen aux d&#233;put&#233;s de droite d'attiser les relations entre radicaux et socialistes. Les tenants d'une id&#233;ologie r&#233;publicaine non d&#233;nu&#233;e de chauvinisme ont pu craindre de ne plus contr&#244;ler comme ils l'entendaient ces lieux d'int&#233;gration nationale qu'&#233;taient les &#233;tablissements scolaires. Il n'est, en d&#233;finitive, pas surprenant que les cris scandalis&#233;s d'une presse assimilant l'initiative des instituteurs &#224; une trahison aient pu rencontrer un certain &#233;cho. La syndicalisation des instituteurs, leur prise de conscience politique et sociale pouvait &#234;tre comprise comme une d&#233;sertion : de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;b&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Propagez nos id&#233;es, faites &#339;uvre de bon syndiqu&#233;...&lt;/q&gt;&lt;/b&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En ce jour de 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai, nous songeons &#224; ceux qui nous ont quitt&#233;s pour endosser la livr&#233;e militaire, laissant au foyer parents et amis, d'aucuns ont laiss&#233; femmes et enfants et cela pour servir la Patrie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous tenons &#224; vous rappeler que vous &#234;tes soldat aujourd'hui, ouvrier demain ; nous voulons dans votre milieu continuer votre &#233;ducation, afin qu'en sortant vous soyez plus aguerri pour continuer la lutte un instant interrompue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Camarade, faites de la propagande syndicale autour de vous, propagez nos id&#233;es, faites &#339;uvre de bon syndiqu&#233; et d'ouvrier conscient. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ci-joint la somme de deux francs, comptant que vous en ferez bon usage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Recevez mon salut fraternel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le comit&#233;, le secr&#233;taire : Batas. &lt;br class='autobr' /&gt;
P.S. Vous recevrez sous peu une nouvelle circulaire.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Circulaire envoy&#233;e le 30 avril 1911 par la Bourse du travail de Saint-Malo)&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Jacques Becker, &lt;i&gt;Le Carnet B&lt;/i&gt;, Ed. Klincksieck. 1973, p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Jean-Jacques Becker, &lt;i&gt;Le Carnet B&lt;/i&gt;. op. cit.. p. 34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Thierry Flammant, in &lt;i&gt;L'Ecole Emancip&#233;e. Une contre-culture de la Belle Epoque&lt;/i&gt;. Ed. Les Mon&#233;di&#232;res, 1982, p. 237.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Thierry Flammant, ibid., p. 238.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Thierry Flammant, ibid., p. 239.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Antimilitarisme et syndicalisme : &#171; Le Sou du soldat &#187; (1900-1914) [2]</title>
		<link>http://partage-noir.fr/antimilitarisme-et-syndicalisme-le-sou-du-soldat-1900-1914-2</link>
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		<dc:date>2022-01-23T23:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Auvray </dc:creator>


		<dc:subject>Georges Yvetot </dc:subject>
		<dc:subject>CGT</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les premiers r&#233;sultats sont somme toute modestes. Mais bient&#244;t l'action est prise en main par le secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration des Bourses, Georges Yvetot, qui devient, apr&#232;s l'unit&#233; syndicale, le n&#176;2 de la CGT. L'auteur du Nouveau Manuel du soldat &#8212;qui para&#238;t en 1902 et &#233;voque, bien s&#251;r, le &#171; Sou &#187; dans sa conclusion&#8212; va d&#232;s lors consacrer des efforts incessants &#224; donner vie et r&#233;alit&#233; &#224; l'institution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans attendre, il adresse &#224; chacune des Bourses 500 lettres &#224; faire parvenir aux soldats (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-gavroche-no38-mars-avril-1988-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;38 - Mars-Avril 1988&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-georges-yvetot-+" rel="tag"&gt;Georges Yvetot &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH92/arton1001-eb5fc.jpg?1774728621' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les premiers r&#233;sultats sont somme toute modestes. Mais bient&#244;t l'action est prise en main par le secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration des Bourses, Georges Yvetot, qui devient, apr&#232;s l'unit&#233; syndicale, le n&#176;2 de la CGT. L'auteur du &lt;i&gt;Nouveau Manuel du soldat&lt;/i&gt; &#8212;qui para&#238;t en 1902 et &#233;voque, bien s&#251;r, le &#171; Sou &#187; dans sa conclusion&#8212; va d&#232;s lors consacrer des efforts incessants &#224; donner vie et r&#233;alit&#233; &#224; l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans attendre, il adresse &#224; chacune des Bourses 500 lettres &#224; faire parvenir aux soldats stationn&#233;s dans leur ville. Les appel&#233;s sont invit&#233;s &#224; fr&#233;quenter les &#171; maisons &#187; syndicales : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Au milieu de nous ils seront chez eux (...). Il sera mis &#224; leur disposition papier &#224; lettre et timbres-postes ; ils auront libre acc&#232;s &#224; nos cours professionnels, r&#233;unions r&#233;cr&#233;atives ou corporatives, conf&#233;rences litt&#233;raires, artistiques, scientifiques ou sociales, ainsi qu'&#224; nos biblioth&#232;ques, etc.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alert&#233;, le ministre de la Guerre ne tarde pas &#224; faire interdire aux militaires l'acc&#232;s aux Bourses. Il s'inqui&#232;te m&#234;me que les soldats puissent entendre un autre langage que celui des officiers : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il importe d'ailleurs que cette propagande soit soigneusement exclue de la caserne et que des mesures soient prises pour en interdire l'acc&#232;s &#224; tout &#233;crit ou imprim&#233; analogue qui, sous une forme quelconque, pr&#233;tendrait exercer sur le soldat une action ind&#233;pendante de l'autorit&#233; militaire ou non contr&#244;l&#233;e par elle.&lt;/q&gt;(G&#233;n&#233;ral Andr&#233;, lettre confidentielle au gouverneur militaire de Paris, avril 1902)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;buts difficiles, tr&#232;s surveill&#233;s, entrav&#233;s m&#234;me par les autorit&#233;s. La question du &#171; Sou du soldat &#187; n'en revient pas moins &#224; l'ordre du jour de tous les congr&#232;s syndicaux, notamment conf&#233;d&#233;raux (Bourges en 1904, Amiens en 1906, Marseille en 1908), avant que d'&#234;tre largement relanc&#233;e au d&#233;but de la d&#233;cennie suivante. Ce sont d&#233;sormais des dizaines de Bourses, de tr&#232;s nombreux syndicats qui adressent, plus ou moins r&#233;guli&#232;rement il est vrai, semblable envoi aux soldats. Une circulaire accompagne souvent les mandats, &#224; l'occasion du jour de l'an ou du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai. Les secr&#233;taires des Bourses, signataires de ces lettres, exercent un mandat syndical. Faut-il d&#232;s lors s'&#233;tonner que le contenu de ces courriers refl&#232;te leurs pr&#233;occupations de syndicalistes ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un moyen d'action antimilitariste &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tous les leaders de la jeune CGT et, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt;, tous les adh&#233;rents de la centrale syndicale ne sont pas, &#224; proprement parler, des militants antimilitaristes. Tous ne sont pas, comme &#201;mile Pouget ou Paul Delessale, venus de l'anarchisme. Ni, comme Georges Yvetot, membres tr&#232;s actifs d'un groupement sp&#233;cifique tel que l'Association Internationale Antimilitariste (AIA), cr&#233;&#233;e en 1904 &#224; Amsterdam. Force est pourtant de constater qu'&#224; l'aube du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle les animateurs du mouvement ouvrier sont des syndicalistes r&#233;volutionnaires qui ont pour souci de d&#233;noncer et combattre le militarisme, d'en faire une critique radicale pour aboutir non &#224; la &#171; d&#233;mocratisation &#187; de l'arm&#233;e (comme les radicaux) ou &#224; sa r&#233;forme (comme les socialistes, partisans de milices inspir&#233;es de la Suisse), mais &#224; sa suppression totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa cr&#233;ation, la CGT se place, en effet, dans une perspective r&#233;volutionnaire. Entendant &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;regrouper, en dehors des &#233;coles politiques, tous les travailleurs conscients de la lutte &#224; mener pour la disparition du salariat et du patronat&lt;/q&gt; (Congr&#232;s de Montpellier, 1902), le syndicat, organe de lutte dans le domaine &#233;conomique, analyse en termes de lutte de classes les r&#244;les et fonctions de l'appareil militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A plusieurs reprises, les syndicalistes r&#233;volutionnaires ont alors le sentiment de vivre une veill&#233;e d'armes avant l'assaut contre la soci&#233;t&#233; bourgeoise et il est ais&#233; de percevoir la n&#233;cessit&#233; qui est la leur de neutraliser, &#224; tout le moins, la troupe. Pacifistes, internationalistes et bient&#244;t de plus en plus clairement antipatriotes, ils ont &#233;galement pour souci d'&#233;viter la guerre entre nations. Pour tenter de s'opposer &#224; la terrible boucherie qui menace d'&#233;clater &#8212;plusieurs fois, l'on craint le pire, du &#171; Coup &#187; de Tanger &#224; l'affaire d'Agadir&#8212; ils proclament haut et fort, au fil des congr&#232;s, qu'&#224; toute d&#233;claration de guerre, ils veulent r&#233;pondre par la &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale insurrectionnelle&lt;/q&gt; (Congr&#232;s de Marseille, 1908, notamment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces moments de crise, c'est dans la lutte quotidienne que l'arm&#233;e joue un r&#244;le de &#171; fusilleuse &#187;, de &#171; briseuse de gr&#232;ve &#187;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;A Longwy en septembre 1905, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;nous rappelle Madeleine Reberioux,&lt;/span&gt; &#224; Raon-l'Etape en juillet 1907, ce sont les forces de l'ordre qui tuent ; dans le bassin de Lens, apr&#232;s la catastrophe de Courri&#232;res, le sang ne coule qu'apr&#232;s l'entr&#233;e en sc&#232;ne de la cavalerie.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Madeleine Reberioux, La R&#233;publique radicale ?, Ed. du Seuil, 1975, p. 89.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Les forces de police suppl&#233;mentaires sont manifestement insuffisantes &#224; contenir la mont&#233;e des gr&#232;ves et les soldats sont constamment utilis&#233;s dans le maintien de l'&#171; ordre &#187;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Chaque fois que des travailleurs tentent d'obtenir, par la gr&#232;ve, quelques maigres avantages, une petite am&#233;lioration de leur sort, c'est &#224; la troupe qu'ils ont affaire. A chaque pas, le gr&#233;viste se heurte au soldat&lt;/q&gt;, note am&#232;rement Yvetot dans le &lt;i&gt;Nouveau Manuel du soldat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Appel &#224; la d&#233;sob&#233;issance &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les jours de gr&#232;ve ou de manifestations syndicales, les pelotons de cavalerie patrouillent, en effet, dans les rues des faubourgs ouvriers. Devant l'usine aux portes closes, devant les demeures bourgeoises du patron et de l'ing&#233;nieur s'alignent les rangs des fantassins. Parfois, comme &#224; Saint-&#201;tienne, Ch&#226;lons-sur-Marne, Draveil, Villeneuve-Saint-Georges ou Limoges, la cavalerie charge dans la foule, les soldats font feu. Et tuent. La liste est longue des victimes du fusil &#171; Lebel &#187; : 9 morts et 167 bless&#233;s pour la seule ann&#233;e 1907, 10 morts et 600 bless&#233;s l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres fois, des milliers de militaires occupent le carreau des mines, les gares et les voies ferr&#233;es ; des soldats sont employ&#233;s &#224; faire les &#171; jaunes &#187; en rempla&#231;ant les travailleurs. Et l'on voit m&#234;me des gr&#233;vistes contraints de reprendre leur travail (les cheminots) sous peine d'&#234;tre poursuivis comme insoumis : ils &#233;taient convoqu&#233;s &#224; une p&#233;riode militaire de r&#233;serve sur leur lieu de travail !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antimilitarisme du mouvement ouvrier est, certes, avant tout, l'une des formes de la lutte des classes. Mais les th&#233;oriciens et orateurs du syndicalisme r&#233;volutionnaire n'ont aucune difficult&#233; &#224; montrer dans l'arm&#233;e le supr&#234;me rempart d'un ordre social qu'il s'agit de renverser. L'antimilitarisme qu'ils s'efforcent de d&#233;velopper trouve son aliment le plus s&#251;r dans le d&#233;roulement h&#233;las fr&#233;quent des conflits sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, l'on conviendra qu'il serait incons&#233;quent pour eux de ne pas utiliser le &#171; Sou du soldat &#187; comme instrument privil&#233;gi&#233; de propagande et d'agitation. Nombre de syndicats ne s'en privent pas, ce dont t&#233;moignent les archives de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la cr&#233;ation du &#171; Sou &#187;, les policiers surveillent son d&#233;veloppement. Ils enqu&#234;tent, interceptent les lettres adress&#233;es &#224; des soldats, les archivent et les comparent. La note de synth&#232;se que consacrera la S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale au &#171; Sou &#187;, &#224; la date du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 1912, est un document remarquable, pr&#233;cieux pour qui veut faire &#339;uvre d'historien&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note de synth&#232;se de la S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale, intitul&#233;e &#171; Une &#339;uvre de la CGT, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Ce rapport de 43 pages cite nombre de circulaires qui, jointes aux mandats, sont de v&#233;ritables appels &#224; l'indiscipline : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si le malheur voulait que tu sois appel&#233; sur un champ de gr&#232;ve (...) pour rien au monde tu ne deviendras l'assassin de tes fr&#232;res de labeur.&lt;/q&gt; (lettre adress&#233;e aux soldats par la Bourse du travail de Bourges). D'incitation &#224; la d&#233;sob&#233;issance, &#224; lever &#171; crosse en l'air &#187; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La Chambre syndicale, confiante en vous, estime, quoique soldat (...) qu'en aucune circonstance vous ne deviendrez les d&#233;fenseurs de ceux qui nous oppressent, (...) que jamais vous ne deviendrez les assassins de vos fr&#232;res de mis&#232;re.&lt;/q&gt; (Chambre syndicale de la Ma&#231;onnerie de Paris, 29 d&#233;cembre 1908). D'appels &#224; lever &#171; crosse en l'air &#187; et, m&#234;me, parfois, &#224; utiliser son fusil &#224; des fins plus l&#233;gitimes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous sommes convaincus que le cas &#233;ch&#233;ant tu saurais te servir de ton arme pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts d'exploit&#233; et non pour d&#233;fendre ceux de nos exploiteurs.&lt;/q&gt; (Terrassiers de la Seine, septembre 1911).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dangers de guerre se faisant mena&#231;ants, l'antipatriotisme est clairement r&#233;affirm&#233;, parfois, comme dans ce courrier envoy&#233; aux appel&#233;s &#224; l'occasion du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Camarades, &lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier mai 1909, la Chambre syndicale, en cellule consciente du prol&#233;tariat, s'appr&#234;te &#224; manifester &#224; la face du monde patronal, bourgeois et capitaliste, les sentiments revendicatifs qui animent ses membres. &lt;br class='autobr' /&gt;
A cette occasion, elle pense aux camarades, rev&#234;tus contre leur gr&#233; de la livr&#233;e militaire, et leur rappelle que l'uniforme dont ils sont affubl&#233;s porte le stigmate de l'assassinat d'ouvriers coupables d'avoir voulu une att&#233;nuation &#224; l'exploitation de l'homme par l'homme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Camarade, la Chambre syndicale vous sait, malgr&#233; les le&#231;ons journali&#232;res des Valets Galonn&#233;s du Capital, incapable de tirer sur vos fr&#232;res de mis&#232;re, de toutes contr&#233;es, de toutes fronti&#232;res. (...)&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Chambre syndicale de la Ma&#231;onnerie et de la Pierre, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1909)&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Poursuite contre les ma&#231;ons &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'autorit&#233; militaire cherche &#224; entraver le d&#233;veloppement du &#171; Sou &#187;, elle en appelle &#224; la r&#233;pression. Dans un premier temps, les Parquets ne poursuivent pas, faute de provocation directe &#224; la d&#233;sob&#233;issance. L'une des lois sc&#233;l&#233;rates de 1894, vot&#233;e &#224; la suite de la vague d'attentats anarchistes, va cependant &#234;tre utilis&#233;e : perquisitions, arrestations. Le cycle r&#233;pressif est alors bien connu des militants. Plus qu'&#224; l'ordinaire peut-&#234;tre, les pouvoirs publics cherchent &#224; faire un exemple : c'est la Chambre syndicale de la Ma&#231;onnerie et de la Pierre qui est vis&#233;e, trois de ses dirigeants qui sont incarc&#233;r&#233;s. Un exemple car ce syndicat t&#233;moigne fr&#233;quemment de sa combativit&#233; ouvri&#232;re et organise de nombreux mouvements revendicatifs (journ&#233;e de 8 heures, suppression des t&#226;cherons, augmentation des salaires, gr&#232;ves importantes dont une de... 42 jours en 1906...) ; un exemple &#233;galement parce que peu de syndicats se montrent autant scrupuleux &#224; appliquer les consignes de la CGT au sujet du &#171; Sou &#187;. Les perquisitions r&#233;v&#232;lent que les soldats b&#233;n&#233;ficiaires du &#171; Sou &#187; sont plus de 500 pour ce seul syndicat, alors que les lettres jointes aux mandats sont, on l'a vu, d'une virulence certaine.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_989 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;264&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L296xH218/oo-3d110.jpg?1774693801' width='296' height='218' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Pour protester contre le proc&#232;s intent&#233; aux camarades Viau, Baritaud et Dumont, la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du Travail et le Syndicat du b&#226;timent avaient organis&#233; une grande manifestation autour du Palais de Justice. Plusieurs bagarres et arrestations eurent lieu.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Aux poursuites succ&#232;dent bient&#244;t les protestations, &#233;nergiques et nombreuses : dans la seule r&#233;gion parisienne, 41 syndicats font savoir qu'ils ont une caisse du &#171; Sou du soldat &#187; et demandent &#224; &#234;tre poursuivis, 13 &#224; Bordeaux, et bien d'autres aussi &#224; Saint-&#201;tienne, Lyon... Ce sont 12 000 manifestants qui se pressent aux abords du Palais de justice o&#249; les trois leaders, Viau, Baritaud et Dumont sont finalement condamn&#233;s &#224; 6 mois de prison, le 19 janvier 1912.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;b&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Tu sais ce que doit te dicter ta conscience&lt;/q&gt;&lt;/b&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En janvier 1911, la Bourse du travail de Bourges envoie un mandat de 5 francs &#224; ses adh&#233;rents sous les drapeaux. La lettre suivante est &#233;pingl&#233;e au mandat : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Cher camarade, &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la pi&#232;ce de cinq francs que nous t'envoyons aujourd'hui re&#231;ois &#233;galement nos souhaits les meilleurs. Je ne veux pas te dire souhaits de bonne ann&#233;e, car je sais trop le bonheur que l'on peut avoir dans le vilain m&#233;tier que tu es oblig&#233; de supporter. Les souhaits les meilleurs que nous pouvons avoir pour toi sont de rester malgr&#233; ta livr&#233;e un &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;travailleur conscient&lt;/q&gt; et si quelquefois il t'&#233;tait donn&#233; d'aller sur le champ de gr&#232;ve et de te trouver en face de camarades d&#233;sarm&#233;s et en r&#233;volte contre les affameurs, tu sais sans nul doute ce que doit te dicter ta conscience. Tu dois te dire aussi que travailleur avant ton d&#233;part, travailleur tu seras encore &#224; ton arriv&#233;e et le Sou du soldat que tu re&#231;ois te prouve surabondamment que tu es des n&#244;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
De tous tes camarades leur salut fraternel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le conseil d'administration, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, Pierre Hervier&lt;/q&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Madeleine Reberioux, &lt;i&gt;La R&#233;publique radicale ?&lt;/i&gt;, Ed. du Seuil, 1975, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Note de synth&#232;se de la S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale, intitul&#233;e &#171; Une &#339;uvre de la CGT, le Sou du soldat &#187;, en date du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 1912. Note conserv&#233;e notamment aux Archives nationales sous la cote F7. 13333. J'ai pour ma part travaill&#233; sur la copie A.D. Mayenne M 3144. Tous les extraits de lettres et circulaires cit&#233;s ici sont extraits de ce rapport de police.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Antimilitarisme et syndicalisme : &#171; Le Sou du soldat &#187; (1900-1914) [1]</title>
		<link>http://partage-noir.fr/antimilitarisme-et-syndicalisme-le-sou-du-soldat-1900-1914-1</link>
		<guid isPermaLink="true">http://partage-noir.fr/antimilitarisme-et-syndicalisme-le-sou-du-soldat-1900-1914-1</guid>
		<dc:date>2022-01-22T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Auvray </dc:creator>


		<dc:subject>CGT</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Petite somme d'argent envoy&#233;e, plusieurs fois l'an, aux syndiqu&#233;s encasern&#233;s, le &#171; Sou du soldat &#187; t&#233;moigna, au d&#233;but du si&#232;cle, d'une volont&#233; ouvri&#232;re de maintenir le contact avec les travailleurs sous l'uniforme. Simple pratique d'une &#233;l&#233;mentaire solidarit&#233; ? Moyen de propagande antimilitariste ? Et, en ce cas, de quelle efficacit&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'institution est originale et m&#233;connue. Les mandats &#233;taient souvent accompagn&#233;s de lettres virulentes et les gouvernants y virent l'occasion de faire condamner une vingtaine de dirigeants de la CGT, de faire m&#234;me dissoudre des syndicats d'instituteurs. N&#233; d'une analyse lucide des fonctions de l'arm&#233;e, le &#171; Sou du soldat &#187; marqua, en quelque sorte, l'apog&#233;e du syndicalisme r&#233;volutionnaire, avant que l'Union sacr&#233;e ne vienne militariser les corps et les esprits.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-gavroche-no38-mars-avril-1988-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;38 - Mars-Avril 1988&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH92/arton999-71b0f.jpg?1774728621' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Petite somme d'argent envoy&#233;e, plusieurs fois l'an, aux syndiqu&#233;s encasern&#233;s, le &#171; Sou du soldat &#187; t&#233;moigna, au d&#233;but du si&#232;cle, d'une volont&#233; ouvri&#232;re de maintenir le contact avec les travailleurs sous l'uniforme. Simple pratique d'une &#233;l&#233;mentaire solidarit&#233; ? Moyen de propagande antimilitariste ? Et, en ce cas, de quelle efficacit&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'institution est originale et m&#233;connue. Les mandats &#233;taient souvent accompagn&#233;s de lettres virulentes et les gouvernants y virent l'occasion de faire condamner une vingtaine de dirigeants de la CGT, de faire m&#234;me dissoudre des syndicats d'instituteurs. N&#233; d'une analyse lucide des fonctions de l'arm&#233;e, le &#171; Sou du soldat &#187; marqua, en quelque sorte, l'apog&#233;e du syndicalisme r&#233;volutionnaire, avant que l'Union sacr&#233;e ne vienne militariser les corps et les esprits.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Septembre 1900. L'espace d'un &#233;t&#233;, Paris se veut reine du monde. L'Exposition universelle continue &#224; attirer de tr&#232;s nombreux visiteurs. Il en restera un moyen de transport : la premi&#232;re ligne de m&#233;tro a &#233;t&#233;, pour l'occasion, inaugur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'aube d'un si&#232;cle nouveau, les passions d&#233;cha&#238;n&#233;es par l'affaire Dreyfus sont loin d'&#234;tre &#233;teintes. Le capitaine juif injustement condamn&#233; vient &#224; peine d'&#234;tre graci&#233; et l'arm&#233;e appara&#238;t bien comme l'&#171; Arche sainte &#187; des couches conservatrices. Le service militaire, g&#233;n&#233;ralis&#233; par les lois de 1872 et 1889, lui fournit d&#233;sormais en grand nombre, et pour trois ans, des conscrits qu'elle s'efforce de soumettre &#224; l'ob&#233;issance aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pr&#233;tendue douceur de vivre de la &#171; Belle &#201;poque &#187;, les gr&#232;ves ouvri&#232;res se font plus dures, plus longues, de plus en plus nombreuses. Organis&#233;s en syndicats et Bourses du travail, les militants du mouvement ouvrier sont d'autant moins enclins &#224; oublier le massacre de Fourmies, le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1891, que la troupe est fr&#233;quemment appel&#233;e &#224; r&#233;primer dans le sang gr&#232;ves et manifestations de rue. C'&#233;tait encore le cas, juste avant l'&#233;t&#233;, &#224; Chalon-sur-Sa&#244;ne. Rien de surprenant donc &#224; ce que le 8&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s de la F&#233;d&#233;ration des Bourses du travail, r&#233;uni &#224; Paris du 5 au 8 septembre 1900, examine les moyens &#224; mettre en &#339;uvre pour maintenir le contact avec les jeunes syndiqu&#233;s encasern&#233;s : le &#171; Sou du soldat &#187; est n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A l'exemple de l'&#201;glise &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; des jeunes conscrits &#233;tant, depuis les r&#233;centes r&#233;formes militaires, appel&#233;s &#224; la caserne, la hi&#233;rarchie catholique en &#233;tait venue &#224; qualifier la conscription &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d'impie dans son principe et de destructrice de la libert&#233; de conscience&lt;/q&gt;. De fait, l'&#201;glise n'appr&#233;ciait gu&#232;re la remise en cause de ses privil&#232;ges, les atteintes port&#233;es &#224; son influence. Et le clerg&#233; catholique avait eu, le premier, l'id&#233;e de rester en relation avec les hommes appel&#233;s au service militaire. Les pr&#234;tres qui &#233;chappaient encore &#224; l'obligation pr&#233;tendue commune n'en &#233;taient pas moins convaincus que leurs jeunes fid&#232;les &#233;taient, au r&#233;giment, plac&#233;s dans une atmosph&#232;re pernicieuse pour leur d&#233;veloppement moral. Ils les invitaient donc &#224; passer leurs moments de d&#233;tente dans des &#171; cercles catholiques &#187; o&#249; ils pouvaient trouver r&#233;confort spirituel et quelques menus avantages concrets : papier, timbres et m&#234;me de petites sommes d'argent. Les fonds n&#233;cessaires &#233;taient recueillis dans une sorte de caisse d&#233;nomm&#233;e, d&#233;j&#224;, le &#171; Sou du soldat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicalistes connaissent ce pr&#233;c&#233;dent et vont s'employer &#224; l'imiter. En 1897, lors du congr&#232;s de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail (CGT) tenu &#224; Toulouse, la Commission de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale avait propos&#233; que, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pour maintenir en rapports fr&#233;quents les syndicats avec leurs adh&#233;rents subissant la loi militaire, les syndicats s'imposent une cotisation suppl&#233;mentaire dont le produit [soit] r&#233;parti entre les camarades devenus soldats&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition n'avait pas &#233;t&#233; retenue par le congr&#232;s mais plusieurs syndicats avaient pris l'initiative de pr&#233;lever de l&#233;g&#232;res cotisations pour envoyer de menus secours &#224; leurs adh&#233;rents au r&#233;giment. Il paraissait, &#224; vrai dire, tr&#232;s difficile d'assurer cette liaison, les syndicats &#233;tant organis&#233;s en corps de m&#233;tiers sp&#233;cifiques, et leurs adh&#233;rents dispers&#233;s dans de nombreuses villes de garnison. Le rapprochement, puis la fusion (qui interviendra en 1902) entre la CGT et la F&#233;d&#233;ration des Bourses du travail facilitait grandement la t&#226;che : ce qu'un syndicat de province ne pouvait entreprendre pour des soldats ayant appartenu &#224; d'autres corporations &#233;tait d&#233;sormais possible pour une Bourse du travail rassemblant des syndicats tr&#232;s divers, au niveau de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc au congr&#232;s de la F&#233;d&#233;ration des Bourses qu'en septembre 1900 est adopt&#233;, &#224; l'unanimit&#233;, l'ordre du jour suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pour affirmer les sentiments de solidarit&#233; ouvri&#232;re, pour &#233;viter aux jeunes soldats la souffrance de l'isolement et l'influence d&#233;moralisante du r&#233;giment, le Congr&#232;s d&#233;cide : Les jeunes travailleurs qui ont &#224; subir l'encasernement devront &#234;tre mis en relation avec les secr&#233;taires des Bourses du travail de la ville o&#249; ils seront en garnison.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs moyens concrets sont d&#233;finis : cours professionnels du soir ; mise &#224; leur disposition de salles de lecture, biblioth&#232;ques et objets n&#233;cessaires &#224; la correspondance ; enfin, cr&#233;ation d'une caisse de secours sp&#233;ciale pour leur venir en aide, par le versement d'une cotisation mensuelle d'un sou par syndiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une &#339;uvre de solidarit&#233; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#338;uvre de solidarit&#233; mise en place &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;afin que les soldats ne restent plus dans leur n&#233;faste isolement&lt;/q&gt;, le &#171; Sou du soldat &#187; a, d&#232;s le d&#233;but, pour but de cr&#233;er une &#171; famille de solidarit&#233; &#187; aux conscrits dans les villes de garnison o&#249; ils sont affect&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel que le Comit&#233; conf&#233;d&#233;ral de la CGT adresse imm&#233;diatement aux organisations est &#224; cet &#233;gard explicite : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous savons tous que, d&#232;s que l'un des n&#244;tres devient soldat, il rompt tous liens avec ses camarades de la veille et, absorb&#233; par les inutiles autant qu'absurdes exercices militaires, il d&#233;sapprend son m&#233;tier, perd le go&#251;t du travail (...). Il est indispensable que, dans la ville o&#249; il est appel&#233; &#224; &#234;tre en garnison, le soldat ne se trouve pas isol&#233;. (...) Il est facile d'assurer un pied-&#224;-terre aux camarades devenus soldats, de leur rendre la vie militaire moins pesante, moins douloureuse, et aussi d'organiser des f&#234;tes familiales o&#249; ces isol&#233;s de la famille puiseront les forces morales et les sentiments d'union qui doivent toujours r&#233;gner entre les enfants du peuple.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la solidarit&#233; et les relations fraternelles mises en &#339;uvre par les syndicalistes sont, en quelque sorte, le pendant de la charit&#233; et du soutien spirituel distill&#233;s par les congr&#233;gations religieuses, il s'agit aussi, bien s&#251;r, pour la CGT, de renforcer la syndicalisation : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il va sans dire que cette &#339;uvre amicale ne doit pas se limiter aux seuls syndiqu&#233;s, elle doit s'&#233;tendre aux d&#233;sh&#233;rit&#233;s des principes syndicaux qui, avant d'&#234;tre appel&#233;s &#224; la caserne, sont, par ignorance, rest&#233;s &#224; l'&#233;cart du mouvement corporatif (...). Gr&#226;ce &#224; cette pratique constante de la solidarit&#233;, les travailleurs gagneront en conscience et seront mieux pr&#233;par&#233;s &#224; la lutte pour leur &#233;mancipation int&#233;grale.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moignage de solidarit&#233;, pratique &#233;ducative, moyen d'une prise de conscience, soit. Instrument d'agitation ? De propagande antimilitariste au sein des casernes ? R&#233;pondre par l'affirmative para&#238;t pr&#233;matur&#233; m&#234;me s'il est vrai que le m&#234;me appel de la Conf&#233;d&#233;ration &#233;voque au passage une raison bien pr&#233;cise de briser l'isolement : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;(...) Il faut que [le soldat] se trouve entour&#233; d'amis qui lui rappellent que, soldat par la loi, il ne doit jamais commettre le crime de lever contre ses fr&#232;res de travail l'arme que lui ont confi&#233;e ses ennemis de classe.&lt;/q&gt; Souci l&#233;gitime. Et propos au demeurant fort mesur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1901, plusieurs organisations syndicales, telle la Chambre syndicale des ouvriers en instruments de pr&#233;cision, font conna&#238;tre qu'elles ont institu&#233; une caisse du &#171; Sou du soldat &#187; : elles envoient, plus ou moins r&#233;guli&#232;rement, une petite somme d'argent, par mandat. Une lettre sign&#233;e du secr&#233;taire de la Bourse accompagne souvent les 5 ou 10 F attribu&#233;s par soldat. Seuls les appel&#233;s au service militaire b&#233;n&#233;ficient du &#171; Sou &#187;, les volontaires, engag&#233;s sous contrat, en &#233;tant exclus.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;&#171; Aux camarades de la caserne &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Au moment o&#249; la plupart d'entre vous, en se retrempant dans l'affection de ceux qui leur sont chers viennent d'y puiser courage et consolation pour achever leur temps de service militaire, nous nous faisons un devoir de leur rappeler qu'ils peuvent se trouver en famille dans leur ville de garnison. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'ils viennent aussi souvent que possible dans nos organisations ouvri&#232;res, ils y trouveront l'affection vraiment sinc&#232;re et fraternelle, en m&#234;me temps que la plus franche cordialit&#233;, le plus int&#233;ress&#233; d&#233;vouement, la plus pure solidarit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il sera mis &#224; leur disposition : papier &#224; lettre et timbres-poste ; ils auront libre acc&#232;s &#224; nos cours professionnels, r&#233;unions r&#233;cr&#233;atives ou corporatives, conf&#233;rences litt&#233;raires, artistiques, scientifiques ou sociales, ainsi qu'&#224; nos biblioth&#232;ques, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au milieu de chez nous, ils seront chez eux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous ing&#233;nierons &#224; leur procurer plaisirs et distractions en organisant, expr&#232;s pour eux, des matin&#233;es artistiques dont les programmes auront l'attrait que peuvent avoir pour les hommes intelligents les concerts ou beuglants ordinaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
En un mot, nous souvenant du temps o&#249;, comme vous, nous subissions la vie triste et d&#233;primante du soldat, nous voulons faire pour vous ce qu'on ne fit pas pour nous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons vous arracher pendant quelques moments &#8212;autant que vous le voudrez&#8212; aux am&#232;res songeries, autrement que par les libations abrutissantes et les fr&#233;quentations qui avilissent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par les distractions saines et fortes que vous trouverez parmi nous, vous ne pourrez oublier qu'avant tout, vous &#234;tes des hommes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Par le chaud et r&#233;confortant accueil que nous vous ferons, vous ne pourrez oublier qu'avant tout, vous &#234;tes nos fr&#232;res ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Camarades, &lt;br class='autobr' /&gt;
Souvenez-vous de ce que vous &#233;tiez avant d'&#234;tre au r&#233;giment. &lt;br class='autobr' /&gt;
Songez &#224; ce que vous serez lorsque vous le quitterez. &lt;br class='autobr' /&gt;
Syndiqu&#233;s ou non, amenez-nous de vos camarades de la caserne. Ils seront bien re&#231;us et voudront revenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les camarades soldats qui craignent, en venant &#224; nous, d'&#234;tre signal&#233;s ou remarqu&#233;s par leurs chefs, sont peu confiants en nous et en eux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'ils sachent qu'il ne leur sera rien fait s'ils n'ont pas peur, et que nous saurons cr&#233;er l'agitation n&#233;cessaire si l'on interdisait aux soldats l'entr&#233;e de nos Bourses du travail, syndicats et r&#233;unions amicales, alors qu'on encourage l'acc&#232;s des &#233;glises, presbyt&#232;res et offices religieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vous &#234;tes invit&#233;s &#224; venir &#224; l'adresse ci-des-sous !&lt;/q&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(suit le tampon de la Bourse de la ville) &lt;br class='autobr' /&gt;
(Cette circulaire de la F&#233;d&#233;ration des Bourses du travail fut adress&#233;e, en 1902, &#224; chacune de ses affili&#233;es, par colis de 500 &#224; distribuer aux soldats de la localit&#233;).&lt;/q&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://archivesautonomies.org/spip.php?article299" class="spip_out"&gt;Cet article de Michel Auvray est extrait du &lt;i&gt;Gavroche&lt;/i&gt; N&#176;38 - Mars-Avril 1988. Tous les num&#233;ros de cette revue (1981-2011) sont sur le site Fragments d'Histoire de la gauche radicale.&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>1906 : La question des huit heures</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Auvray </dc:creator>


		<dc:subject>&#201;mile Pouget</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;La Bourse du Travail de Paris s'orne d'une immense banderole rouge : &#171; A partir du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1906, nous ne travaillerons que 8 heures par jour &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-agora-no32-avril-mai-1986-" rel="directory"&gt;Agora n&#176;32 &#8211; Avril-Mai 1986&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-emile-pouget-+" rel="tag"&gt;&#201;mile Pouget&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-agora-mensuel-libertaire-+" rel="tag"&gt;Agora - Mensuel libertaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH104/arton992-9bdac.jpg?1774693718' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Bourse du Travail de Paris s'orne d'une immense banderole rouge : &#171; A partir du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1906, nous ne travaillerons que 8 heures par jour &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;Jamais mouvement d'une telle ampleur n'avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; aussi syst&#233;matiquement. On &#233;tait alors bien loin de la foire du muguet, bien loin de cette &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;f&#234;te du travail et de la concorde sociale&lt;/q&gt; instaur&#233;e, en 1941, par le mar&#233;chal P&#233;tain. En ce 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1906, la revendication des 8 heures &#233;tait associ&#233;e &#224; ce formidable moyen de lutte qu'est la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Le mouvement ouvrier prenait alors conscience de sa force. Dans l'action et par l'action. Directe. &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'aube du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, deux grandes tendances du fran&#231;ais viennent de s'unifier pour cr&#233;er la Section Fran&#231;aise de l'Internationale Ouvri&#232;re (SFIO). Les plus r&#233;formistes doivent se soumettre aux d&#233;cisions prises au Congr&#232;s d'Amsterdam, d&#233;cisions qui s'apparentent &#224; une condamnation de la politique de collaboration de classes incarn&#233;e par Jaur&#232;s. L'alliance du radicalisme et du socialisme qui avait suivi l'Affaire Dreyfus n'est plus de saison. Et, en acc&#233;dant au pouvoir, Cl&#233;menceau va ancrer sa majorit&#233; &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes surtout aux heures de gloire du syndica&#173;lisme r&#233;volutionnaire. Fond&#233;e au Congr&#232;s de Limoges, en 1895, la Conf&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;&#173;rale du Travail n'est venue r&#233;ellement au monde qu'&#224; Montpellier, en 1902 : la F&#233;d&#233;&#173;ration des Bourses du Travail s'y est incorpor&#233;e. Porteuse d'un syndicalisme de classe, la CGT conna&#238;t alors une rapide croissance ; influenc&#233;e par de fortes personnalit&#233;s anarcho&#173;syndicalistes, elle attend la r&#233;volution sociale de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. La revendication de, 8 heures va lui &#234;tre l'occasion de mener un mouvement d'une ampleur exceptionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Du &lt;i&gt;P&#232;re peinard&lt;/i&gt; &#224; la &lt;i&gt;Voix du peuple&lt;/i&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En ce d&#233;but de si&#232;cle, la dur&#233;e du temps de travail est longue, tr&#232;s longue. Il a fallu attendre 1900 pour qu'une loi la limite &#224;... 10 heures pour les femmes et les enfants, 12 heures pour les hommes. Et ce, en th&#233;orie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant la tactique des ouvriers am&#233;ricains qui, en 1886, &#233;taient parvenus &#224; imposer les 8 heures, les syndicalistes fran&#231;ais ambi&#173;tionnent de faire du 1&#034;' mai une journ&#233;e de lutte pour la r&#233;duction du temps de travail. Ils renouent, ce faisant, avec la tradition guesdiste des ann&#233;es 1890.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que d'autres le &#171; gniaff &#187; du &lt;i&gt;P&#232;re Peinard &lt;/i&gt; &#233;tait bien conscient que les autorit&#233;s politiques &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;se fou&#173;taient&lt;/q&gt; autant des 8 heures que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;bibi d'une croix d'hon&#173;neur&lt;/q&gt;. Emile Pouget n'en fut pas moins l'un des principaux artisans de ce mouvement. D&#232;s 1897, il &#233;crivait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Eh foutre, d&#233;crocher les 8 heures n'est pas si cotonneux qu'on voudrait nous le faire croire, ce n'est pas la mer &#224; boire ! Seulement, le joint n'est pas de nommer des d&#233;put&#233;s socialos et d'attendre, en su&#231;ant nos pouces, que ces bouffe-galette aient pondu une loi limitant la journ&#233;e de travail &#224; 8 heures. (...) Y a pas &#224; torpiller, c'est un mauvais syst&#232;me que d'attendre que les alouettes nous tombent r&#244;ties du ciel gouvernemen&#173;tal ! Le jour o&#249; nous voudrons fermement les 8 heures, nous n'aurons qu'&#224; nous entendre et &#224; quitter l'atelier et les usi&#173;nes, une fois huit heures de travail accomplies. Ce jour-l&#224;, il n'y aura pas d'erreur. Ni patrons, ni gouvernements, n'ayant assez de puissance pour nous faire travailler cinq minutes de plus, il faudra bien que les charognards mettent les pouces.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_975 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH235/sans_titre-4-2-a914f.png?1774693718' width='150' height='235' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Emile Pouget.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Voix du Peu&#173;ple&lt;/i&gt; qu'il fonde par la suite, l'excellent propagandiste qu'est Pouget poursuit inlas&#173;sablement son &#339;uvre. Sensi&#173;ble aux critiques de militants anarchistes qui ne croient pas &#224; la possibilit&#233; d'une am&#233;lio&#173;ration du sort de l'ensemble des travailleurs tant que durera le capitalisme, et non moins critique vis-&#224;-vis du recours aux pouvoirs publics qu'implique le vote d'une loi, Pouget persiste. Et signe : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La journ&#233;e de 8 heures n'est pas un id&#233;al. C'est une &#233;tape. Franchissons-l&#224;. II est n&#233;ces&#173;saire de ne jamais perdre de vue que le but de l'action ouvri&#232;re est l'&#233;mancipation int&#233;grale ; mais il est aussi indispensable de ne pas se d&#233;sint&#233;resser du pr&#233;sent et de s'efforcer toujours d'am&#233;liorer nos conditions actuelles d'existence. Entre les r&#233;for&#173;mes imm&#233;diatement r&#233;alisa&#173;bles, la journ&#233;e de 8 heures est une des meilleures. Mar&#173;chons &#224; sa conqu&#234;te ! N'at&#173;tendons pas que les gouver&#173;nants nous l'octroient (...). Fixons-nous une date et pro&#173;clamons qu'&#224; partir du jour que nous aurons choisi, pour rien au monde, nous ne con&#173;sentirons &#224; faire plus de 8 heu&#173;res.&lt;/q&gt; (&lt;i&gt;La Voix du Peuple&lt;/i&gt;, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1901).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une d&#233;marche volontariste &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La Bourse du Travail de Paris s'orne d'une immense banderole rouge : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;A partir du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1906, nous ne travaillerons que 8 heures par jour.&lt;/q&gt; Ainsi en a d&#233;cid&#233; le Congr&#232;s conf&#233;&#173;d&#233;ral de la CGT r&#233;uni en 1904 &#224; Bourges. Comme le rel&#232;vera l'historienne Made&#173;leine Reberioux, la formule est, bien s&#251;r, charg&#233;e de sens multiples : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;souhait ou esp&#233;&#173;rance pour les plus mod&#233;r&#233;s, d&#233;cision derri&#232;re laquelle se profile la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour Pouget ou Duberos, les pre&#173;miers p&#232;res du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1906, appel &#224; la combativit&#233; pour le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la Conf&#233;d&#233;ration Criffuelhes.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est concret, pr&#233;&#173;cis et unificateur. La centrale ouvri&#232;re de la rue du Ch&#226;teau-d'Eau s'efforce, deux ans durant, de canaliser tout l'effort syndical vers cette revendication :&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous ne ferons plus que huit heures par jour&lt;/q&gt;. La formule revient dans chaque num&#233;ro de l'heb&#173;domadaire de la CGT, &lt;i&gt;La Voix du Peuple&lt;/i&gt;. Des cen&#173;taines de milliers d'affiches sont coll&#233;es, 400 000 tracts distribu&#233;s. Les correspondan&#173;ces sont tamponn&#233;es de ce mot d'ordre et des &#233;tiquettes, larges comme deux doigts, appos&#233;es sur les trains, les tramways, sur les vitrines des magasins et autres tables des caf&#233;s : il y en aura six millions de coll&#233;es. Articles de presse, chanson des 8 heures sur l'air de l'&#171; Internationale &#187;, tour&#173;n&#233;es de conf&#233;rences, bro&#173;chures sp&#233;ciales &#233;dit&#233;es jusqu'&#224; 150 000 exemplai&#173;res... La Commission des 8 heu&#173;res cr&#233;&#233;e par le Congr&#232;s de Bourges met tout en &#339;uvre pour faire vivre le mot d'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_973 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/arton1185.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH319/arton1185-2eab4.jpg?1774693718' width='500' height='319' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;a href=&#034;https://cartoliste.ficedl.info/article1185.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cartoliste&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La veill&#233;e d'armes &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Enthousiasm&#233; par cet objectif, le mouvement ouvrier fait montre d'un dynamisme exceptionnel. Il n'y a qu'un pas du comit&#233; de gr&#232;ve au syndicat et la for&#173;midable vague de gr&#232;ves qui marque la p&#233;riode voit les or&#173;ganisations ouvri&#232;res cro&#238;tre de fa&#231;on remarquable. En deux ans, de 1904 &#224; 1906, le nombre des Bourses du Tra&#173;vail passe de 110 &#224; 135, pres&#173;que toutes adh&#233;rentes &#224; la CGT ; le nombre de syndi&#173;cats conf&#233;d&#233;r&#233;s passe, lui, de 1 792 &#224; 2 339.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'approche du terme fix&#233; &#224; leur campagne, les ouvriers voient les socialistes unifi&#233;s mener parall&#232;lement une action en faveur des 8 heures. l'ancien commu&#173;nard Edouard Vaillant, devenu d&#233;put&#233;, d&#233;pose m&#234;me sur le bureau de l'Assembl&#233;e une proposition de loi en 17 articles r&#233;duisant la jour&#173;n&#233;e de travail des adultes &#224; 8 heures, celles des ouvriers et des ouvri&#232;res de 16 &#224; 20 ans &#224; 4 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'en d&#233;plaise aux r&#233;for&#173;mistes, la campagne prend une allure de plus en plus radicale. les gr&#232;ves se multi&#173;plient, particuli&#232;rement &#224; la suite de la catastrophe de Courri&#232;res qui, le 10 mars, tue plus de 1 100 mineurs. Le nou&#173;veau ministre de l'Int&#233;rieur Georges Cl&#233;menceau, fait, contrairement &#224; ses engage&#173;ments, occuper le bassin minier par 20 000 hommes de troupe. A Paris m&#234;me, nombre de vieux m&#233;tiers sont en gr&#232;ve d&#232;s avril, la tension monte. Tout laisse penser que la classe ouvri&#232;re et la bour&#173;geoisie mobilisent leurs forces en pr&#233;vision d'une lutte qui s'annonce d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venu de la gauche, celui qui s'intitule lui-m&#234;me &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le premier des flics&lt;/q&gt; n'a pas cach&#233; que son parti &#233;tait pris. Recevant une d&#233;l&#233;gation de la CGT, Cl&#233;menceau a tenu des propos d'une clart&#233; exem&#173;plaire : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vous &#234;tes derri&#232;re une barricade, moi je suis devant. Votre moyen d'action c'est le d&#233;sordre. Mon devoir, c'est de faire de l'ordre. Mon r&#244;le est de contrarier vos efforts.&lt;/q&gt; Et il va sans nul doute s'y employer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La grande peur &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La CGT est d&#233;sormais consid&#233;r&#233;e comme un adversaire redoutable par les tenants de l'ordre &#233;ta&#173;bli. La presse &#224; sensation contribue &#224; r&#233;pandre la pani&#173;que dans les beaux quartiers. A l'approche de l'&#233;ch&#233;ance, des capitaux commencent &#224; &#234;tre transf&#233;r&#233;s en Belgique. Bient&#244;t, les magasins d'ali&#173;mentation sont pris d'assaut, des stocks sont constitu&#233;s. l'on voit m&#234;me des &#233;curies de superbes b&#226;tisses loger d&#233;sormais des vaches et des lapins. Certains bourgeois filent en province, d'autres &#224; Londres, o&#249; les trains venant des c&#244;tes de la Manche ont &#233;t&#233; doubl&#233;s par suite de l'affluence des fuyards. A Gen&#232;ve, des h&#244;tels sont pleins de familles arri&#173;v&#233;es de Paris avec de nom&#173;breux bagages. Quant aux bourgeois rest&#233;s sur place, ils se calfeutrent dans leurs demeures. L'on voit m&#234;me des patrons fortifier leurs usines...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand frisson secoue l'&#233;chine des notables et autres mondaines. Le ministre de l'Int&#233;rieur en profite pour multiplier perquisitions et arrestations. le 30 avril, un bonapartiste connu est arr&#234;t&#233; en m&#234;me temps que le secr&#233;&#173;taire g&#233;n&#233;ral et le tr&#233;sorier de la CGT, Griffuelhes et Monatte. le &#171; Tigre &#187; mani&#173;feste un go&#251;t prononc&#233; pour la machination polici&#232;re et invente... un complot &#171; anti&#173;r&#233;publicain &#187; commun &#224; l'ex&#173;tr&#234;me-droite et &#224; l'extr&#234;me-&#173;gauche ! Du complot, il ne sera plus rapidement ques&#173;tion : le dossier du procureur de B&#233;thune, charg&#233; de l'affaire, restera vide. Mais le gouvernement aura pu, un temps, assimiler &#224; des en&#173;nemis de la R&#233;publique les ouvriers luttant pom leur &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vivre, pas seulement survivre !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence des F&#233;d&#233;rations avait, le 6 avril, invit&#233; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les travailleurs &#224; participer, le jour du 1&#034; mai, &#224; un ch&#244;mage de solidarit&#233; qui [soit] une manifestation de la puissance d'action du prol&#233;tariat organis&#233;&lt;/q&gt;. Les organisations avaient le choix entre deux tactiques : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ou bien la cessation du travail la huiti&#232;me heure accomplie, ou bien l'arr&#234;t complet du travail, le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai, jusqu'&#224; satis&#173;faction&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_972 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;83&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/arton686.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH324/arton686-e80e7.jpg?1774693718' width='500' height='324' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;La Manifestation du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1906 &#224; Paris. Devant la Bourse du Travail. &lt;a href=&#034;https://cartoliste.ficedl.info/article686.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cartoliste&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le jour tant attendu, Paris ressemble &#224; une ville en &#233;tat de si&#232;ge. Quelques 50 000 sol&#173;dats et gardes r&#233;publicains tiennent le pav&#233;, interdisant tout rassemblement, notamment autour de la place de la R&#233;publique, proche de la Bourse du Travail. Il y a bien des manifestations dans les rues avoisinantes, des affron&#173;tements, des centaines d'arrestations, des bless&#233;s. Pas, &#224; proprement parler, de troubles graves. De violents incidents se produisent, en province, &#224; Brest, Bordeaux, Nice. Sans commune mesure avec l'insurrection redout&#233;e par les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_971 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;83&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/arton490.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH321/arton490-55ab5.jpg?1774693718' width='500' height='321' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1906 : manifestations, le drapeau noir et son escorte (Dijon). &lt;a href=&#034;https://cartoliste.ficedl.info/article490.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cartoliste&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; gr&#232;ve, le &#171; ch&#244;&#173;mage &#187; traditionnel a &#233;t&#233; for&#173;tement accentu&#233;. Les terras&#173;siers, puisatiers. ma&#231;ons du M&#233;tro en construction s'octroient les 8 heures en ces&#173;sant le travail au moment fix&#233;. Les charpentiers, les &#233;b&#233;&#173;nistes se mettent en gr&#232;ve, tandis que bijoutiers et ouvriers du Livre se lancent dans l'action. Au total, quel&#173;ques 150 000 gr&#233;vistes, aux&#173;quels s'ajoutent les 50 000 m&#233;tallurgistes du d&#233;parte&#173;ment de la Seine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est loin de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, m&#234;me si le mouve&#173;ment se prolonge au lende&#173;main du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai, parfois tr&#232;s durement : 21 gr&#232;ves ont une dur&#233;e sup&#233;rieure &#224; cent jours. 438 000 gr&#233;vistes sont d&#233;nom&#173;br&#233;s cette ann&#233;e-l&#224;, un record non battu jusqu'&#224; la guerre. 64% d'entre eux rel&#232;vent des conflits touchant la r&#233;duction du temps de travail &#224; l'occa&#173;sion du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai. La plupart de ces luttes se soldent pourtant par un &#233;chec. A peu pr&#232;s seuls, les typographes obtien&#173;nent alors la journ&#233;e de 9 heures.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une r&#233;volution manqu&#233;e ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1906 a &#233;chou&#233; en ce sens que la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; dans l'incapa&#173;cit&#233; d'imposer la journ&#233;e de 8 heures (elle ne sera l&#233;galis&#233;e qu'en avril 1919). Les r&#233;sultats obtenus sont pourtant loin d'&#234;tre n&#233;gligeables. Ils se tra&#173;duisent tant&#244;t par une aug&#173;mentation de salaires, tant&#244;t par une r&#233;duction sensible de la journ&#233;e de travail. Et la bourgeoisie doit tr&#232;s rapide&#173;ment conc&#233;der le vote de la loi du 13 juillet 1906, qui rend obligatoire le repos hebdoma&#173;daire.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_974 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH211/sans_titre-3-3-f5b7d.png?1774693718' width='150' height='211' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Paul Delesalle.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Faut-il alors voir dans cette campagne d'action une r&#233;volution manqu&#233;e ? Certes non. D'abord, parce que les r&#233;sultats m&#233;diocres de la souscription sp&#233;ciale, le refus de certaines f&#233;d&#233;rations (tex&#173;tile. par exemple), les objec&#173;tifs plus &#171; raisonnables &#187; fix&#233;s par d'autres (le livre) attes&#173;tent que l'organisation de cette &#233;ch&#233;ance n'a mobilis&#233; ni toute la classe ouvri&#232;re, ni m&#234;me toute la CGT. Ensuite, parce que l'objectif des leaders &#233;tait sans ambigu&#239;t&#233;. Paul Delesalle, qui &#233;tait le secr&#233;taire de la Commission des 8 heures, pr&#233;cisait alors : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La question des 8 heures ne doit &#234;tre envisag&#233;e par nous que comme un tremplin des&#173;tin&#233; &#224; intensifier pendant un certain laps de temps la pro&#173;pagande. Ce n'est surtout l&#224; qu'un pr&#233;texte &#224; action et agi&#173;tation, un moyen de tenir les esprits en &#233;veil.&lt;/q&gt; (&lt;i&gt;Les Temps Nouveaux &lt;/i&gt;, le 14 jan&#173;vier 1905).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais une campagne d'action d'une telle ampleur n'avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e avec autant de soin par la classe ouvri&#232;re. C'est pendant cette veill&#233;e d'armes que les syndicalistes r&#233;volutionnaires en vinrent &#224; consid&#233;rer leur grou&#173;pement, la CGT, comme l'organisation qui, par ses seules forces, &#233;tait capable de mener le prol&#233;tariat &#224; son &#233;mancipation. Comme le notera Maurice Dommanget dans son admirable &lt;i&gt;Histoire du Premier Mai &lt;/i&gt; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il est incontestable que la cons&#173;cience de classe des travail&#173;leurs s'est consid&#233;rablement renforc&#233;e, leur esp&#233;rance, leur coh&#233;sion aussi. Ce n'est pas l&#224; des r&#233;sultats que les statistiques les mieux faites peuvent d&#233;celer.&lt;/q&gt; Cinq mois &#224; peine apr&#232;s ce 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai m&#233;&#173;morable, ce sera, le 8 octobre 1906, le Congr&#232;s d'Amiens, o&#249; le syndicalisme se d&#233;finira lui-&#173;m&#234;me en tant que mouve&#173;ment autonome ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;widget_sitereference76|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Cet article de Michel Auvray est extrait du num&#233;ro 32 d'&lt;i&gt;Agora&lt;/i&gt; dat&#233; d'avril-mai 1986. Tous les num&#233;ros d'&lt;i&gt;Agora&lt;/i&gt; (1980-1986) - Sur le site &lt;a href=&#034;https://archivesautonomies.org/spip.php?rubrique655&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fragments d'Histoire de la gauche radicale&lt;/a&gt;.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		
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