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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Le Co&#251;t de la Guerre et de la Lib&#233;ration</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Louise Berneri</dc:creator>


		<dc:subject>Racines et Branches</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les bombardements britanniques ont sem&#233; la mort parmi des milliers de personnes dans les quelques derni&#232;res semaines. Au Qu&#233;bec [sommet alli&#233;], les politiciens qui disposent d'abris hors de port&#233;e des bombes, pr&#233;voient de continuer les bombardements massifs comme moyens de poursuivre la &#171; guerre contre le fascisme &#187;.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-source-racines-et-branches-+" rel="tag"&gt;Racines et Branches&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH124/arton939-148a5.jpg?1774768777' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='124' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte original : &#171; The Price Of War And Liberation &#187; &#8211; Marie Louise Berneri &#8211; War &lt;i&gt;Commentary&lt;/i&gt;, Septembre 1943.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les bombardements britanniques ont sem&#233; la mort parmi des milliers de personnes dans les quelques derni&#232;res semaines. Au Qu&#233;bec [sommet alli&#233;], les politiciens qui disposent d'abris hors de port&#233;e des bombes, pr&#233;voient de continuer les bombardements massifs comme moyens de poursuivre la &#171; guerre contre le fascisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hambourg, Milan, G&#234;nes, Turin, sont des champs de ruines, leurs rues couvertes de cadavres et ruisselantes de sang. &#171; Hambourgiser &#187; est devenu un nouveau terme pour la destruction totale des villes et le meurtre de masse de leur population par des raids terroristes. La Presse vante la capacit&#233; de la RAF pour semer une telle destruction dans toutes les villes d'Allemagne et d'Europe Centrale. Elle hurlait d'indignation quand les Allemands bombardaient des &#233;glises et des h&#244;pitaux mais lorsque l'odeur du carnage monte des villes autrefois belles et populeuses, elle trouve les mots pour s'en r&#233;jouir. Lorsque les conduites d'eau de Milan furent atteintes et le centre-ville inond&#233;, elle en fit un sujet de plaisanterie. Un journaliste spirituel l'appela le &#171; Lac Milan &#187;. Qu'est-ce que cela peut lui faire si &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'eau s'&#233;coule entre les ruines et les d&#233;bris des b&#226;timents bombard&#233;s et les personnes vivant dans le quartier furent oblig&#233;es de rester dans les d&#233;combres de leurs maisons pendant quatre jours, jusqu'&#224; ce que l'eau se retire et qu'elles puissent sortir&#8230;&lt;/q&gt;. Le &#171; Lac Milan &#187; est en effet une magnifique plaisanterie. Mais pendant que les journalistes gloussent dans les pubs de Fleet Street, les h&#244;pitaux et les &#233;quipes de secours travaillent jours et nuits pour essayer de pallier &#224; la souffrance, &#224; la faim et au d&#233;nuement des victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos dessinateurs humoristiques trouveront aussi un sujet de commentaires amusants dans ces destructions &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Berlin est hors antenne et il sera bient&#244;t aussi hors de la carte !&lt;/q&gt; Mais quand ils publieront les photos et les descriptions des destructions et de la mis&#232;re &#224; Hambourg et Milan, les habitants de Clydeside et de Coventry, de Plymouth et de East End &#224; Londres, se souviendront des jours et des nuits lorsque leurs maisons &#233;taient bombard&#233;es, lorsque leurs proches &#233;taient tu&#233;s ou attendaient leur tour dans les h&#244;pitaux&#8230; Lorsque les journaux racontent avec exultation les flots de r&#233;fugi&#233;s s'&#233;coulant fr&#233;n&#233;tiquement de Hambourg, avec ce qui reste de leurs biens sur le dos, des habitants de Milan &#171; campant sous les arbres &#187;, les habitants des villes anglaises bombard&#233;es se souviendront de leurs propres tentatives pour &#233;chapper aux nuits de terreur, ils se souviendront que quand ils fuyaient Plymouth pour la campagne en un long cort&#232;ge, ils avaient trouv&#233; portes closes les maisons spacieuses des riches et avaient &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; errer sans nourriture ni abris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui souffrent dans les grandes villes industrielles lorsqu'elles sont bombard&#233;es, sinon les ouvriers qui ont v&#233;cu des vies de mis&#232;re et de labeur, tout comme ceux de Clydeside ou Coventry ? Quand le port de Naples est bombard&#233;, c'est le quartier populaire surpeupl&#233; qui entoure le port qui souffre le plus. Les bombes n'atteignent pas les villas somptueuses des riches fascistes dispers&#233;es le long des c&#244;tes de la baie de Naples ; elles frappent ces maisons &#224; plusieurs &#233;tages si entass&#233;es les unes sur les autres que les rues ne sont rien d'autre que des passages sombres entre elles ; des maisons o&#249; les gens s'entassent quatre ou cinq par pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les villes allemandes sont bombard&#233;es ce n'est pas l'&#233;lite nazie qui souffre. Ils disposent de profonds abris confortables tout comme l'&#233;lite de ce pays. Leurs familles ont &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es dans des endroits s&#251;rs ou en Suisse. Mais les ouvriers ne peuvent pas s'&#233;chapper. Le prol&#233;tariat urbain, les ouvriers fran&#231;ais, hollandais, belges ou scandinaves sont forc&#233;s d'aller travailler malgr&#233; les violents bombardements par les agents de la Gestapo de Himmler. Pour eux, s'&#233;chapper est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On demande aux ouvriers britanniques des usines de munitions et d'a&#233;ronautique de se r&#233;jouir de destructions auxquelles aucune &#233;chappatoire n'est possible. Des photographies montrant des amas de ruines sont affich&#233;es sur tous les murs avec la l&#233;gende &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Voici le r&#233;sultat de votre travail&lt;/q&gt;. La classe dirigeante veut qu'ils soient fiers d'avoir contribu&#233; &#224; d&#233;truire des familles de la classe ouvri&#232;re. Car c'est ce qu'ils ont fait. Ils ont aid&#233; leurs ma&#238;tres &#224; mettre en sc&#232;ne des massacres en comparaisons desquels la destruction de Guernica, les bombardements de Rotterdam et de Varsovie ressemblent &#224; des simulacres de guerre. De telles affiches devraient scandaliser l'humanit&#233;, lui donner la naus&#233;e devant le r&#244;le que la soci&#233;t&#233; capitaliste lui demande de jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers italiens ont montr&#233; que, en d&#233;pit de vingt ann&#233;es d'oppression fasciste, ils ont appris o&#249; &#233;tait leur int&#233;r&#234;t de classe. Ils ont refus&#233; d'&#234;tre des jouets entre les mains des patrons. Ils se sont mis en gr&#232;ve, ont sabot&#233; l'industrie de guerre, ont coup&#233; les lignes t&#233;l&#233;phoniques et d&#233;sorganis&#233; les transports. Quelle est la r&#233;ponse de la Grande-Bretagne D&#233;mocratique &#224; leur lutte contre le fascisme ? Des bombardements, toujours plus de bombardements. Les alli&#233;s ont demand&#233; au peuple italien d'affaiblir la machine de guerre de Mussolini, et tirent maintenant avantage de leur faiblesse pour les bombarder jusqu'&#224; les r&#233;duire en miettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos politiciens pr&#233;tendent vouloir une r&#233;volution en Europe pour renverser le fascisme. Mais il est aujourd'hui plus clair que jamais que ce qui les effraie le plus, c'est que le fascisme puisse &#234;tre renvers&#233; par une r&#233;volte populaire. Ils sont terrifi&#233;s par la r&#233;volution, par &#171; l'Anarchie &#187;. Ils veulent r&#233;tablir &#171; l'ordre &#187;, et comme toujours, ils sont pr&#234;ts &#224; patauger dans des torrents de sang pour garantir leur id&#233;e de l'ordre &#8211; ordre dans lequel les ouvriers acceptent leur lot de pauvret&#233; et de souffrances avec r&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de fois par le pass&#233; avons-nous entendu que l'anarchisme &#233;tait synonyme de bombes, que les anarchistes travaillaient &#224; la destruction ? Combien de fois la r&#233;pression de la classe dirigeante et de la police s'est-elle abattue parce qu'un anarchiste avait essay&#233; d'assassiner un simple dirigeant ou un politicien r&#233;actionnaire ? Mais un seul raid sur Hambourg tue plus d'enfants, de femmes et d'hommes que tous ceux, r&#233;els ou invent&#233;s, tu&#233;s durant toute l'histoire par des bombes anarchistes. Les bombes anarchistes &#233;taient destin&#233;es aux tyrans responsables de la mis&#232;re de millions de personnes ; les bombes de la classe dirigeante tuent sans distinction des milliers d'ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;sordre &#187;, &#171; Anarchie &#187;, criait la Presse bourgeoise lorsque des isol&#233;s r&#233;solus comme Sbardelotto, Schirru et Lucetti ont essay&#233; de tuer Mussolini&#8230; Maintenant, les m&#234;mes capitalistes veulent rayer de la carte d'Europe des villes enti&#232;res ; veulent r&#233;duire &#224; la famine des populations enti&#232;res, avec le fl&#233;au des &#233;pid&#233;mies et des maladies qui en r&#233;sulteront dans le monde entier. Voil&#224; la paix et l'ordre qu'ils veulent apporter aux ouvriers du monde avec leurs bombes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Marie-Louise Berneri - Un voyage &#224; travers l'utopie </title>
		<link>http://partage-noir.fr/marie-louise-berneri-un-voyage-a-travers-l-utopie</link>
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		<dc:date>2025-04-12T22:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Louise Berneri</dc:creator>


		<dc:subject>Andr&#233; Prudhommeaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les pages qui suivent sont d&#233;tach&#233;es et traduites d'un livre r&#233;cemment paru en Angleterre, pour le compte du Memorial Committee Marie-Louise Berneri . Il s'agit, en effet, d'une &#339;uvre posthume, laiss&#233;e par une jeune femme de trente et un ans, qui fut l'animatrice des milieux libertaires de Grande-Bretagne de 1936 &#224; 1949. Marie-Louise &#233;tait la fille a&#238;n&#233;e de Camille Berneri, penseur et combattant anarchiste, mort &#224; Barcelone le 5 mai 1937, sous les balles des tueurs &#224; la solde de Staline. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-la-revolution-proletarienne-no50-mai-1951-" rel="directory"&gt;la R&#233;volution prol&#233;tarienne n&#176;50 - Mai 1951&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-andre-prudhommeaux-+" rel="tag"&gt;Andr&#233; Prudhommeaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH76/mlb-08dff.png?1774711998' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='76' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les pages qui suivent sont d&#233;tach&#233;es et traduites d'un livre r&#233;cemment paru en Angleterre, pour le compte du Memorial Committee Marie-Louise Berneri&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journey through Utopia (Routledge et Kagan Paul, London, 1950) 340 p. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit, en effet, d'une &#339;uvre posthume, laiss&#233;e par une jeune femme de trente et un ans, qui fut l'animatrice des milieux libertaires de Grande-Bretagne de 1936 &#224; 1949. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marie-Louise &#233;tait la fille a&#238;n&#233;e de Camille Berneri, penseur et combattant anarchiste, mort &#224; Barcelone le 5 mai 1937, sous les balles des tueurs &#224; la solde de Staline. Mari&#233;e &#224; un camarade anglais, M.-L. B. fonda le journal hebdomadaire &lt;i&gt;Spain and the World&lt;/i&gt; qui d&#233;fendit jusqu'en 1939 la cause de la libert&#233; en Espagne, et qui devint ensuite le &lt;i&gt;War Commentary for Anarchism&lt;/i&gt; du temps de guerre avec une position d'internationalisme intransigeante. En 1944, cet organe devint &lt;i&gt;Freedom&lt;/i&gt;, centre d'une remarquable activit&#233; intellectuelle et &#233;ditoriale qui rallia d'excellents artistes, po&#232;tes, &#233;crivains, sociologues et journalistes. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en s'adonnant sans r&#233;serve &#224; la coordination et &#224; la r&#233;alisation de cet effort collectif que notre amie contracta la maladie qui devait rapidement l'emporter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;Voyage &#224; travers l'Utopie&lt;/i&gt; est le seul livre de M.-L. B., &#224; c&#244;t&#233; de nombreux articles et brochures et d'une volumineuse correspondance. Mais il permet de mesurer la vaste culture et la maturit&#233; d'un esprit &#224; qui rien d'humain n'&#233;tait &#233;tranger. Il ne s'agit point, cela va sans dire, d'une histoire ou bibliographie compl&#232;te des utopies, terme d'une extension presque ind&#233;finie, et qui peut s'appliquer &#224; d'innombrables constructions descriptives, id&#233;ales, idylliques ou satiriques (les &#171; anti-utopies &#187;) de la vie humaine ou du monde : r&#233;alit&#233;s simplifi&#233;es, renvers&#233;es ou stylis&#233;es par l'imagination au cours de cette immense exploration des possibles qui est l'&#339;uvre par excellence de l'esprit humain.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH236/andre_prudhommeaux-fc2a8.jpg?1774702289' width='150' height='236' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Andr&#233; Prudhommeaux&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans sa prise d'&#233;chantillons emprunt&#233;s &#224; toutes les &#233;poques et &#224; tous les pays de la civilisation occidentale, depuis Platon jusqu'&#224; Orwell, l'auteur a &#233;t&#233; particuli&#232;rement bien inspir&#233;e, allant droit &#224; l'essentiel, et go&#251;tant chaque chose avec l'intelligence et la compr&#233;hension humaine la plus aigu&#235;, qualit&#233; faite du sens de l'histoire mais aussi de la capacit&#233; particuli&#232;rement pr&#233;cieuse de saisir l'actualit&#233; du pass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; Voyage &#187; devait &#234;tre &#224; l'origine une simple anthologie, groupant des textes &#233;puis&#233;s ou peu connus, pr&#233;c&#233;d&#233;s des notices indispensables. Mais bient&#244;t, la n&#233;cessit&#233; de repenser, &#224; la faveur de ces textes, les donn&#233;es fondamentales du socialisme, au sens le plus large du mot (r&#233;vision et r&#233;affirmation du pacte social), s'est impos&#233;e d'elle-m&#234;me. Elle a fourni la trame d'un ouvrage attachant et a&#233;r&#233;, o&#249; ne manquent ni les vastes perspectives, ni la finesse intuitive d'une femme, ni le sens de l'humour, ni l'ironie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;A. PRUDHOMMEAUX. &lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; LA RECHERCHE DE L'ABSOLU &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Notre &#226;ge est un &#226;ge de compromis, de demi-mesures, de recherche du &#171; moindre mal &#187;. Les Visionnaires sont ridiculis&#233;s ou m&#233;pris&#233;s, et les &#171; praticiens &#187; gouvernent nos vies. Nous ne cherchons pas de solutions radicales aux maux de la soci&#233;t&#233;, mais des r&#233;formes ; nous n'essayons plus d'abolir la guerre, mais de l'&#233;viter pour quelques ann&#233;es encore ; nous ne tentons plus de supprimer le crime, nous nous contentons de pallier ses effets ; nous n'avons plus en vue de mettre un terme &#224; la disette, nous organisons contre elle des &#339;uvres mondiales de charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce temps o&#249; l'homme est obs&#233;d&#233; par le souci de ce qui est faisable et susceptible d'imm&#233;diate r&#233;alisation, il peut &#234;tre d'un salutaire exercice de se tourner vers des hommes qui ont pens&#233; l'Utopie et qui en ont rejet&#233; tout ce qui ne se pliait pas &#224; leur id&#233;al de perfection.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5405 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/portrait_of_thomas_more_by_hans_holbein_d._j__in_the_frick_colllection.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH189/portrait_of_thomas_more_by_hans_holbein_d._j__in_the_frick_colllection-fa47f-560e4.jpg?1774798672' width='150' height='189' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Thomas Morus&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sentons d'abord humili&#233;s en pr&#233;sence de ces &#201;tats et Cit&#233;s imaginaires d'autrefois ; nous mesurerons bient&#244;t la modestie de nos exigences, la pauvret&#233; de notre horizon : Z&#233;non de Kittion pr&#233;conise l'internationalisme int&#233;gral ; Platon reconnait l'&#233;galit&#233; des sexes ; Thomas Morus aper&#231;oit clairement les rapports de cause &#224; effet qui vont de la pauvret&#233; au crime et que tels de nos contemporains refusent encore de voir. Au d&#233;but du dix-septi&#232;me si&#232;cle, Campanella proclame la journ&#233;e de quatre heures et un &#233;rudit allemand, Valentin Andreae, veut rendre l'effort attrayant ; il fonde un syst&#232;me d'&#233;ducation qui peut rester un mod&#232;le aujourd'hui. Ici, nous trouvons la propri&#233;t&#233; priv&#233;e condamn&#233;e ; l&#224;, tous usages d'argent et de salaire sont rejet&#233;s comme immoraux ou irrationnels ; plus loin, la solidarit&#233; humaine est admise comme un fait &#233;vident. Toutes les id&#233;es qui peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es de nos jours comme audacieuses sont ainsi propos&#233;es, avec une confiance qui montre bien qu'elles sont d&#233;j&#224; comprises, sinon g&#233;n&#233;ralement accept&#233;es du public. A la fin du dix-septi&#232;me si&#232;cle et au cours du dix-huiti&#232;me, nous rencontrons des opinions encore plus surprenantes de hardiesse, touchant la religion, les relations sexuelles, la nature du gouvernement et de la loi. Et nous sommes si habitu&#233;s &#224; penser que la course au progr&#232;s commence au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, que nous sommes tout surpris de constater qu'en v&#233;rit&#233; c'est la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la pens&#233;e utopique qui commence avec lui. Les vues d'avenir, dans l'ensemble, se font plus timides, l'institution de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et celle de la monnaie sont souvent jug&#233;es n&#233;cessaires ; les hommes se trouveraient satisfaits de ne peiner que huit heures par jour, et il est rarement question de rendre ce labeur agr&#233;able&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On s'&#233;tonne de voir ici M.-L. B. faire bon march&#233; de l'&#339;uvre de Fourier (N. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Les femmes demeurent riv&#233;es &#224; la tutelle du mari, les enfants &#224; celle du p&#232;re... Mais avant que les utopies ne soient contamin&#233;es par l'esprit &#171; r&#233;aliste &#187; de notre temps, nous les voyons fleurir avec une vari&#233;t&#233; et une richesse qui nous font douter de la validit&#233; de nos pr&#233;tentions modernes en mati&#232;re d'id&#233;es neuves et de progr&#232;s social !&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5406 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH195/lile-dutopia-de-thomas-more-1516-af5b5-9126f.png?1774798672' width='150' height='195' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que toutes les utopies aient &#233;t&#233; r&#233;volutionnaires et progressives : la majorit&#233; d'entre elles ne le furent que partiellement. Cependant on peut consid&#233;rer comme une avant-garde les &#233;crivains qui proclamaient la communaut&#233; des biens en un temps o&#249; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#233;tait tenue pour sacr&#233;e ; le pain pour tous quand les mendiants &#233;taient rendus ; l'&#233;galit&#233; des femmes lorsqu'on ne les consid&#233;rait gu&#232;re que comme des esclaves ; la dignit&#233; du travail manuel alors qu'il &#233;tait raval&#233;, dans l'opinion et en fait ; &#224; une occupation d&#233;gradante ; et le droit de tout enfant &#224; une enfance heureuse tandis que le bonheur &#233;tait r&#233;serv&#233; aux fils des nobles et des riches. Tout cela a contribu&#233; &#224; rendre le mot &#171; utopie &#187; synonyme de la vie parfaite et du bonheur social imagin&#233;. L'Utopie, &#224; cet &#233;gard, repr&#233;sente le r&#234;ve de f&#233;licit&#233; des hommes, leur secr&#232;te nostalgie de l'&#226;ge d'or, ou, comme d'autres l'ont vu, leur exil du paradis perdu.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LIBERT&#201; ET AUTORIT&#201; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais ce r&#234;ve n'a pas que des lieux de lumi&#232;re. Il y a des esclaves dans la &lt;i&gt;R&#233;publique &lt;/i&gt; de Platon et dans celle de Morus ; il y a des ilotes massacr&#233;s dans la Sparte de Lycurgue. Des guerres, des ex&#233;cutions, une discipline rigoureuse, le fanatisme religieux, voisinent souvent avec les institutions les plus &#233;clair&#233;es. Ces aspects, qui ont souvent &#233;t&#233; n&#233;glig&#233;s par les apologistes de bonne foi, r&#233;sultent de la conception profond&#233;ment autoritaire de nombreuses utopies, et ne disparaissent que dans celles qui prennent pour but l'int&#233;grale libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5404 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH215/herbert_read_copie-4afc6-ba5e6.jpg?1774798672' width='150' height='215' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Herbert Read&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Deux courants majeurs se manifestent en effet dans la pens&#233;e utopique de tous les temps. Le premier cherche le bonheur de l'humanit&#233; moyennant la prosp&#233;rit&#233; sociale, par la fusion de l'individualit&#233; humaine dans le groupe et la grandeur de l'&#201;tat. Le second, tout en postulant un certain bien-&#234;tre mat&#233;riel, consid&#232;re que le bonheur, comme r&#233;sultat de la libre expression d'une personnalit&#233; humaine, ne doit &#234;tre sacrifi&#233; ni &#224; un code moral abstrait ni &#224; une puissance collective. Ces deux tendances correspondent &#224; diff&#233;rentes conceptions du progr&#232;s. Pour les utopistes antiautoritaires, il en est comme pour Herbert Read, qui d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le progr&#232;s est mesur&#233; par le degr&#233; de diff&#233;renciation &#224; l'int&#233;rieur d'une soci&#233;t&#233;. Si l'individu n'est qu'une unit&#233; dans une masse compacte, sa vie est non seulement brutale et br&#232;ve, mais morne et m&#233;canique. Si l'individu est une unit&#233; en soi-m&#234;me, disposant de l'espace et des moyens n&#233;cessaires &#224; une action s&#233;par&#233;e, il est peut-&#234;tre plus sujet aux accidents et aux hasards de la fortune, mais du moins peut-il s'&#233;tendre et s'exprimer. Il peut se d&#233;velopper, croitre au seul vrai sens de ce mot, c'est-&#224;-dire grandir en conscience de sa force, en vitalit&#233; et en joie.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que Herbert Read le met d'autre part en &#233;vidence, telle n'a pas toujours &#233;t&#233; la d&#233;finition du progr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Beaucoup de gens cherchent la s&#233;curit&#233; dans le nombre, le bonheur dans l'anonymat, et la dignit&#233; dans la routine. Ils ne demandent rien de mieux que d'&#234;tre moutons sous un berger, soldats sous un capitaine, serfs sous un tyran. Les quelques individus qui ressentent le besoin de l'expansion personnelle deviennent ainsi les bergers, les capitaines et les meneurs de ces volontaires de la servitude.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les utopistes autoritaires voudraient donner au peuple les meilleurs des bergers, des capitaines et des tyrans, sous le nom de &lt;i&gt;gardiens&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;phylarques&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;samoura&#239;s&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5407 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/plan_der_stadt_christianopolis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH255/plan_der_stadt_christianopolis-50bb2.jpg?1774798673' width='500' height='255' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ces utopies &#233;taient progressives pour autant qu'elles tendaient &#224; abolir les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques ; mais elles ne faisaient que remplacer le vieil esclavage &#233;conomique par un esclavage nouveau. Les hommes cessaient d'&#234;tre livr&#233;s &#224; leurs ma&#238;tres ou employeurs pour tomber sous le joug de la Nation et de l'&#201;tat id&#233;alis&#233;s. Cette puissance de l'&#201;tat, nous la trouvons parfois fond&#233;e sur le pouvoir moral et militaire, comme dans la &lt;i&gt;R&#233;publique &lt;/i&gt; de Platon ; sur la religion, comme dans la &lt;i&gt;Christianopolis &lt;/i&gt; d'Andreae ; ou bien sur la propri&#233;t&#233; des moyens de production et de distribution, comme dans la plupart des utopies du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle. Mais le r&#233;sultat est toujours le m&#234;me : l'individu est oblig&#233; de suivre un code de lois ou de moeurs artificiellement cr&#233;&#233; pour lui. Il n'est plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'UTOPISTE, TYRAN MALGR&#201; LUI &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5408 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH162/sans_titre-7-3-8dc3f-37d42.png?1774798673' width='150' height='162' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Diderot&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions inh&#233;rentes &#224; la plupart des utopies sont dues &#224; cette manie l&#233;gislative qui est leur p&#233;ch&#233; originel. Les constructeurs de cit&#233;s imaginaires pr&#233;tendent donner la libert&#233; aux citoyens, mais la libert&#233; que l'on octroie cesse d'&#234;tre la libert&#233; ; Diderot est l'un des rares &#233;crivains utopiques qui se soient refus&#233; m&#234;me le droit de d&#233;cr&#233;ter que &#171; chacun fera ce que bon lui semble &#187;, car presque tous ses confr&#232;res entendent rester seuls ma&#238;tres de leurs r&#233;publiques imaginaires. Ils promulguent &#171; la libert&#233; &#187; sous la forme d'un r&#232;glement sans appel. Ils en sont les l&#233;gislateurs, les rois, les magistrats, les pr&#234;tres, les pr&#233;sidents d'assembl&#233;es nationales. Puis, ayant &#224; leur guise &#233;dict&#233;, codifi&#233;, ordonn&#233; les mariages, les emprisonnements et les ex&#233;cutions, ils proclament que les gens sont libres de faire tout ce qui leur convient. Il n'est que trop apparent que Campanella s'est gliss&#233; dans la peau du Grand M&#233;taphysicien de sa &lt;i&gt;Cit&#233; du Soleil&lt;/i&gt;, Bacon plac&#233; &#224; la t&#234;te de sa Maison de Salomon, et Cabet investi de l'omniscience du bon Icar (le l&#233;gislateur d'&lt;i&gt;Icarie&lt;/i&gt;). Quand un utopiste poss&#232;de l'esprit de Thomas Morus, il est du moins capable d'exprimer ses secr&#232;tes aspirations avec humour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vous ne pouvez vous imaginer combien j'ai pris de carrure, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#233;crivait-il &#224; son ami Erasme&lt;/span&gt;, combien j'ai grandi et porte plus haut la t&#234;te ! Je me sens &#224; merveille dans mon r&#244;le de souverain de l'Utopie ! D&#233;j&#224; je crois marcher sous le manteau franciscain, couronne d'&#233;pis en t&#234;te, javelle en main en guise de sceptre, et suivi par un vaste cort&#232;ge du peuple des Amaurotes.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre contradiction fr&#233;quente chez les utopistes consiste &#224; affirmer que les lois &#233;dict&#233;es par eux sont l'ordre m&#234;me de la nature et non pas un code arbitrairement constitu&#233;. Ils en profitent pour d&#233;clarer inviolables leurs constitutions. Mais comment des lois naturelles inviolables seraient-elles constamment viol&#233;es et m&#233;connues et auraient-elles besoin d'&#234;tre r&#233;tablies par l'autorit&#233; humaine ? C'est l&#224; ce que nul champion de &#171; l'ordre naturel &#187; n'a su expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les utopistes ne s'occupent gu&#232;re de rechercher laborieusement les &#171; lois de la nature &#187; par l'&#233;tude du monde tel qu'il s'offre &#224; leurs yeux. Ils pr&#233;f&#232;rent les inventer ; ou encore les exhumer des &#171; archives de la sagesse antique &#187; ; pour certains d'entre eux, comme Mably et Morelly, le code de la nature &#233;tait celui de Sparte !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;MONDES EN UNIFORME &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5409 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/h.g__wells_by_beresford.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH209/h.g__wells_by_beresford-fd6fb-575f1.jpg?1774798673' width='150' height='209' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;H. G. Wells &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Loin de baser leurs projets sur des r&#233;alit&#233;s vivantes et sur les hommes tels qu'ils les connaissent, presque tous les auteurs d'utopies construisent des forteresses d'abstractions. D'o&#249; l'atmosph&#232;re &#233;touffante qui pr&#233;vaut dans la plupart de ces mondes en uniforme : les mortels y sont tous taill&#233;s sur les m&#234;mes patrons, pourvus de besoins et de r&#233;actions identiques, priv&#233;s des passions et des &#233;motions qui seraient une expression de leur individualit&#233;. Cette monotonie se refl&#232;te dans tous les aspects de la vie utopienne, des v&#234;tements aux horaires quotidiens, des comportements moraux aux int&#233;r&#234;ts intellectuels. H. G. Wells l'a fort bien vu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Dans presque toutes les utopies (&#224; la seule exception, peut-&#234;tre, des &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Nouvelles de nulle part&lt;/span&gt;) on voit des b&#226;timents r&#233;guliers, mais sans caract&#232;re, des cultures parfaites et sym&#233;triques, et une multitude de gens, sains, heureux, bien v&#234;tus, mais sans rien qui les distingue les uns des autres. Trop souvent, l'ensemble s'apparente &#224; ces sch&#233;mas qui donnent la cl&#233; des grands tableaux de couronnements, de noces royales, de parlements, de conf&#233;rences et de rassemblements &#8212; genre &#224; la mode sous la reine Victoria. Chaque figurant, au lieu de visage, porte un ovale bien dessin&#233;, avec son num&#233;ro d'ordre lisiblement &#233;crit dessus.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;cor n'est pas moins abstrait que les personnages. L'amour autoritaire de la sym&#233;trie conduit les utopistes &#224; supprimer les montagnes et les fleuves, et m&#234;me &#224; imaginer des &#238;les parfaitement rondes et des canaux parfaitement droits :&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5410 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH214/he7_1109-12086-4d23a.jpg?1774798673' width='150' height='214' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Lewis Mumford&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Dans l'&#201;tat national utopien, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#233;crit Lewis Mumford&lt;/span&gt;, il n'y pas de r&#233;gions naturelles. D'o&#249; l'absence de ce groupement, &#233;galement naturel, des populations en villes, en villages et cit&#233;s, qui constitue le propre de l'homme, au dire d'Aristote. La citoyennet&#233; dans le groupe, qui &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;distingue l'homme des autres animaux&lt;/q&gt;, n'est tol&#233;r&#233;e en utopie qu'au prix d'une fiction selon laquelle l'&#201;tat lui-m&#234;me conc&#232;de au groupe une portion de son autorit&#233; omnipotente &#8212; de sa &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;souverainet&#233;&lt;/q&gt; &#8212; lui permettant ainsi d'exercer une activit&#233; propre. Le malheur, pour cet admirable mythe, construit &#224; grands efforts par des g&#233;n&#233;rations de l&#233;gistes et d'hommes politiques, c'est que les agglom&#233;rations humaines ont pr&#233;c&#233;d&#233; de bien loin les &#201;tats. Il y avait une Rome sur le Tibre longtemps avant qu'il y e&#251;t un &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Imperium romanum&lt;/span&gt; ; et la permission gracieuse du gouvernement n'a jamais &#233;t&#233; qu'un sceau formel, rev&#234;tant le fait accompli de l'existence collective.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;... Au lieu de reconna&#238;tre des r&#233;gions naturelles et des groupes naturels de population, l'utopie nationale trace &#224; la cha&#238;ne d'arpenteur les fronti&#232;res d'un certain territoire. L&#224;-dedans, tous les habitants seront les membres d'un seul tout indivisible, la Nation, qui est suppos&#233;e ant&#233;rieure en droit et sup&#233;rieure en puissance &#224; tout autre groupe. Telle est la seule formation sociale qui soit officiellement reconnue dans l'utopie nationale. Ce qui est commun &#224; tous les habitants du territoire est cens&#233; &#234;tre de bien plus grande importance que tout ce qui lie spontan&#233;ment les hommes entre eux sur le plan de la famille, de la cit&#233; ou du m&#233;tier.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lewis Mumford, The Story of Utopias, New York, 1922.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;PUISSANCE CONCENTRATIONNAIRE DE L'&#201;TAT &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'uniformit&#233; utopique, li&#233;e &#224; l'id&#233;e m&#234;me de perfection, a presque n&#233;cessairement pour sanction le pouvoir de l'&#201;tat id&#233;alis&#233;, qui repose &#224; son tour sur le sentiment national. Quand la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est abolie en Utopie, ce n'est pas tant pour &#233;tablir l'&#233;galit&#233; des citoyens ou pr&#233;venir le pouvoir corrupteur des richesses, que pour an&#233;antir un facteur d'ind&#233;pendance mena&#231;ant l'indivisibilit&#233; de la Nation. L'attitude envers la famille est de m&#234;me dict&#233;e par des consid&#233;rations politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la famille est supprim&#233;e, c'est avec la propri&#233;t&#233; et pour les m&#234;mes raisons. On d&#233;couvre en elle un facteur d'&#233;go&#239;sme et de d&#233;centralisation qui tend &#224; dissoudre la plus grande communaut&#233;. Par contre, les partisans de la famille voient en elle la base et l'image de l'&#201;tat national, sa cellule indispensable, le meilleur terrain de formation pour les vertus d'ob&#233;issance et de loyalisme. A leurs yeux, la famille autoritaire est loin de pr&#233;senter un danger. Elle accoutume les enfants &#224; respecter la majest&#233; et la puissance paternelles. Plus tard, ils se plieront sans murmurer devant le prestige des gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5412 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;8&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/plato_pio-clemetino_inv305.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH228/plato_pio-clemetino_inv305-b0813-88cc1.jpg?1774798673' width='150' height='228' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Platon&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Car un &#201;tat fort &#8212; m&#234;me &#171; &#233;galitaire &#187; &#8212; a besoin d'une classe ou caste dominante exer&#231;ant son autorit&#233; sur le reste des citoyens. On surprend ici l'incons&#233;quence des b&#226;tisseurs de communaut&#233;s id&#233;ales. Ils prennent grand soin que la propri&#233;t&#233; ne puisse corrompre ou d&#233;sunir les dirigeants, les distraire de leurs devoirs, les absorber dans leurs affaires priv&#233;es. Mais ils n'aper&#231;oivent point, en g&#233;n&#233;ral, les menaces que l'amour du pouvoir fait peser sur la cit&#233; en dressant les chefs les uns contre les autres, et en livrant le commun peuple &#224; leur arbitraire. C'est la grande erreur de Platon, dont les &#171; gardiens &#187; sont investis d'un pouvoir sans limite, alors que Plutarque se rend bien compte des abus qui peuvent na&#238;tre de l'autorit&#233;, mais n'offre &#224; ce sujet aucun rem&#232;de. Thomas Morus met en avant une conception nouvelle : celle d'un &#201;tat repr&#233;sentant tous les citoyens, &#224; l'exception d'un petit nombre d'esclaves. Son r&#233;gime est ce que nous appelons d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire que le pouvoir est exerc&#233; par les repr&#233;sentants du peuple. Mais ceux-ci ne font gu&#232;re qu'&lt;i&gt;ex&#233;cuter &lt;/i&gt; les lois, dont les principales ont &#233;t&#233; &lt;i&gt;donn&#233;es &lt;/i&gt; au pays par un l&#233;gislateur souverain. Le pays est donc, l&#224; encore, administr&#233; selon un code qui lui vient du dehors.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5411 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;7&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/paolo_monti_-_servizio_fotografico__napoli__1969__-_beic_6353768.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH221/paolo_monti_-_servizio_fotografico__napoli__1969__-_beic_6353768-305b1-09462.jpg?1774798673' width='150' height='221' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Z&#233;non&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'existence de l'&#201;tat entra&#238;ne celle de deux codes de comportement moral, car il divise le peuple en classes et l'humanit&#233; en nations. Le loyalisme gouvernemental constitue ainsi la n&#233;gation des sentiments de solidarit&#233; et d'entraide qui existent naturellement entre tous les hommes. L'&#201;tat impose certaines normes de conduite envers les citoyens actifs et d'autres &#224; l'&#233;gard des &#233;trangers &#224; la nation, &#171; suspects &#187;, &#171; esclaves &#187; et &#171; barbares &#187;. Tout ce qui est interdit dans les rapports entre &#233;gaux est permis envers ces &#234;tres consid&#233;r&#233;s comme inf&#233;rieurs. L'utopien classique est obligeant et courtois envers ses pairs, mais impitoyable envers les sous-hommes ; il est pacifique dans son Pays, mais porte &#224; l'ext&#233;rieur la guerre la plus cruelle. Toutes les utopies qui suivent les traces de Platon admettent cette double morale, et cette duplicit&#233; de l'homme. Il est vrai qu'elle est partout dans la soci&#233;t&#233; telle que nous la connaissons mais il semble &#233;trange qu'on n'ait pas song&#233; &#224; l'&#233;liminer d'une &#171; soci&#233;t&#233; parfaite &#187;. L'id&#233;al universaliste de Z&#233;non qui, dans sa &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, proclamait la fraternit&#233; des peuples, n'a trouv&#233; que peu d'imitateurs. La plupart des utopies admettent la guerre comme partie int&#233;grante de leur syst&#232;me. A vrai dire, il ne pouvait en &#234;tre autrement, car l'existence de l'&#201;tat national engendre immanquablement la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;EXIL DE LA PO&#201;SIE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les utopies autoritaires ne tol&#232;rent point l'existence de personnalit&#233;s assez fortes et ind&#233;pendantes pour concevoir quelque id&#233;e de r&#233;forme ou de r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crasement de la personnalit&#233; y rev&#234;t souvent un caract&#232;re vraiment totalitaire. Le l&#233;gislateur ou le gouvernement dresse les plans des villes et des maisons ; ces plans peuvent bien refl&#233;ter les principes les plus rationnels et les meilleures connaissances techniques ; mais ils ne sont pas l'expression organique d'un besoin. Une demeure, comme une cit&#233;, quoique faite de mat&#233;riaux sans vie, n'en incarne pas moins, dans sa diversit&#233; vivante, l'esprit de ceux qui l'ont &#233;difi&#233;e. La froide raison exclut cette po&#233;sie spontan&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat utopien est particuli&#232;rement f&#233;roce dans l'an&#233;antissement de la libert&#233; chez l'artiste. L'&#233;crivain, le peintre, le sculpteur doivent tous devenir les serviteurs et les agents de propagande de l'&#201;tat. Sous des pr&#233;textes esth&#233;tiques ou moraux, toute expansion personnelle leur est interdite, c'est-&#224;-dire, en fait, toute explosion cr&#233;atrice de libert&#233;. La position d'un r&#233;gime devant l'art et la po&#233;sie est un test que bien peu d'utopies seraient en &#233;tat de soutenir, et dont Herbert Read a reconnu la grande importance.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5413 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/herbert_read__1966_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/herbert_read__1966_-9bd21-a4c1f.jpg?1774798673' width='150' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Herbert Read&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Platon, comme on l'a rappel&#233; trop souvent et avec trop de complaisance, chassait le po&#232;te de sa R&#233;publique. Cette R&#233;publique &#233;tait un mod&#232;le trompeur de perfection, mod&#232;le sans doute r&#233;alisable par quelque dictateur, mais qui ne pourrait fonctionner que comme fonctionne une machine &#8212; m&#233;caniquement. Et si les machines fonctionnent m&#233;caniquement, c'est parce qu'elles sont faites de mat&#233;riaux inorganiques et morts. Pour exprimer la diff&#233;rence entre une soci&#233;t&#233; capable de d&#233;veloppement organique et un r&#233;gime totalitaire immobile, vous n'avez besoin que d'un mot : le mot &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;art&lt;/q&gt;. Ce n'est que dans des conditions ouvertes, et telles que l'artiste puisse &#339;uvrer librement, que la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me pourra incarner les id&#233;es de libert&#233; et de progr&#232;s intellectuel qui sont, pour la plupart d'entre nous, les seules vraies sanctions de la vie.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les utopies qui admettent l'existence de l'art sont celles qui opposent &#224; la conception &#233;tatique et centralisatrice l'id&#233;e d'une f&#233;d&#233;ration de communaut&#233;s libres ; celles o&#249; l'individu peut exprimer sa personnalit&#233; sans &#234;tre soumis &#224; la censure d'un code artificiel ; celles o&#249; l'autonomie n'est pas un terme abstrait, mais se manifeste concr&#232;tement dans l'&#339;uvre, que ce soit celle du peintre ou celle du ma&#231;on. Ces utopies ne concernent point la structure morte des institutions sociales, mais les valeurs id&#233;ales sur lesquelles repose une existence meilleure. Les utopies antiautoritaires sont les moins nombreuses, et les moins influentes sur le public, parce qu'elles ne pr&#233;sentent point de plans tout faits, mais des id&#233;es audacieuses et subversives ; parce qu'elles demandent &#224; chacun de nous d'&#234;tre un &#171; unique &#187;, et non pas un num&#233;ro parmi beaucoup d'autres ; parce qu'elles ne satisfont pas la paresse d'esprit et le besoin d'irresponsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'utopie indique le chemin d'une vie id&#233;ale sans devenir un plan (c'est-&#224;-dire une machine morte appliqu&#233;e &#224;, la mati&#232;re vivante), alors elle est vraiment une force de progr&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Journey through Utopia&lt;/i&gt; (Routledge et Kagan Paul, London, 1950) 340 p. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les sous-titres ne figurent pas dans l'introduction originale que nous traduisons ici int&#233;gralement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On s'&#233;tonne de voir ici M.-L. B. faire bon march&#233; de l'&#339;uvre de Fourier (N. du T.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lewis Mumford, &lt;i&gt;The Story of Utopias&lt;/i&gt;, New York, 1922.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le co&#251;t de la guerre : Par le feu et l'&#233;p&#233;e</title>
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		<dc:date>2023-08-17T07:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Louise Berneri</dc:creator>


		<dc:subject>Racines et Branches</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte original : &#171; The Price of War : By Fire and Sword &#187; Paris 1944. Extrait de son essai By Fire and Sword, inclus plus tard dans le chapitre &#171; Neither East Nor West &#187; de The Emergence of the New Anarchism de Robert Graham &lt;br class='autobr' /&gt; Dans la pr&#233;face de Paris et ses environs de Baedeker , publi&#233; en 1881, on trouve une description du d&#233;sastre r&#233;cent le plus d&#233;plorable caus&#233; par les m&#233;thodes monstrueuses des communistes durant le second r&#232;gne de la terreur, du 20 au 28 mai 1871. Selon l'auteur, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-partages-noirs-" rel="directory"&gt;Partages &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-source-racines-et-branches-+" rel="tag"&gt;Racines et Branches&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH114/arton940-860c8.jpg?1774768777' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte original : &#171; The Price of War : By Fire and Sword &#187; Paris 1944. Extrait de son essai &lt;i&gt;By Fire and Sword&lt;/i&gt;, inclus plus tard dans le chapitre &#171; Neither East Nor West &#187; de &lt;i&gt;The Emergence of the New Anarchism&lt;/i&gt; de Robert Graham&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans la pr&#233;face de Paris et ses environs de Baedeker&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Baedeker 1801 &#8211; 1859. Libraire et &#233;crivain allemand qui a eu l'id&#233;e de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, publi&#233; en 1881, on trouve une description du &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d&#233;sastre r&#233;cent le plus d&#233;plorable caus&#233; par les m&#233;thodes monstrueuses des communistes durant le second &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;r&#232;gne de la terreur&lt;/q&gt;, du 20 au 28 mai 1871.&lt;/q&gt; Selon l'auteur, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Durant cette semaine d'horreurs, pas moins de vingt-deux monuments et b&#226;timents publics remarquables ont &#233;t&#233; enti&#232;rement ou partiellement d&#233;truits, et sept gares, les quatre principaux parcs et jardins publics, et des centaines de maisons et autres b&#226;timents ont connu un destin semblable.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le baron Karl Baedeker avait &#224; &#233;crire une pr&#233;face &#224; un guide sur Paris dans les ann&#233;es qui suivront la guerre actuelle, il aurait probablement &#224; recenser bien plus de m&#233;thodes &#171; monstrueuses &#187; de la part de l'arm&#233;e allemande en d&#233;route et des arm&#233;es &#171; de lib&#233;ration &#187; victorieuses d&#233;molissant tout au bulldozer. Il y aura cependant une diff&#233;rence : les cicatrices qu'arboreront Paris, comme les autres villes de France comme Caen, Cherbourg et beaucoup d'autres seront des cicatrices nobles pour lesquelles on demandera au peuple fran&#231;ais d'&#234;tre fier et il n'est pas s&#251;r qu'elles recevront des remarques d&#233;sobligeantes comme celles adress&#233;es &#224; la Commune par les g&#233;n&#233;rations &#224; venir d'auteurs de guides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le privil&#232;ge des r&#233;volutions que de voir les actes de violence qu'elles ont engendr&#233; recevoir un maximum de publicit&#233; dans les journaux, les livres d'histoire, les romans, les pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre, les films&#8230; et m&#234;me les guides de voyage. Les horreurs de la guerre sont oubli&#233;es ou glorifi&#233;es pour les touristes, comme les ruines de Verdun. Mais tout est fait pour garder vivant dans la m&#233;moire des gens les actes de violence qui se sont d&#233;roul&#233;s durant les r&#233;volutions. Demandez &#224; n'importe lequel &#233;colier fran&#231;ais ce qui a &#233;t&#233; la p&#233;riode la plus sanglante de l'histoire de France et il vous r&#233;pondra probablement la p&#233;riode de la Terreur. Quelques milliers de personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;s durant cette p&#233;riode, un petit nombre compar&#233; aux guerres napol&#233;oniennes ; un chiffre infime compar&#233; aux pertes de la guerre 1914&#8211;1918. Mais l'&#233;colier fran&#231;ais conna&#238;tra tout sur les horreurs de la r&#233;volution fran&#231;aise, l'assassinat des pr&#234;tres et des nobles, la mort en captivit&#233; des h&#233;ritiers de Louis XVI et la d&#233;capitation de Marie-Antoinette. Mais il ne conna&#238;tra rien des millions de morts de la premi&#232;re guerre mondiale et des centaines de milliers d'enfants morts de faim et de maladies par sa faute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutions ne sont pas synonymes de meurtre et de destruction de masse uniquement chez les &#233;coliers. Combien de fois avons-nous vu des politiciens socialistes et des professeurs fabianistes &#233;rudits pr&#234;cher la soumission et le compromis avec la classe dirigeante en agitant le spectre de la r&#233;volution sanglante devant les masses abus&#233;es ? C'&#233;tait avec des larmes dans les yeux que L&#233;on Blum a demand&#233; au peuple fran&#231;ais de ne pas intervenir dans la r&#233;volution espagnole. C'&#233;tait dans le but &#171; d'&#233;pargner des vies &#187; qu'il a regard&#233; &#233;touffer un des plus fantastiques mouvements r&#233;volutionnaires et permis aux puissances fascistes d'acqu&#233;rir l'exp&#233;rience pour entreprendre une guerre mondiale. Bien s&#251;r, lorsque la guerre actuelle a &#233;clat&#233;, L&#233;on Blum a oubli&#233; tout son amour d&#233;licat pour l'humanit&#233; et a exhort&#233; le peuple fran&#231;ais &#224; aller au massacre. Comme chacun le sait, les r&#233;volutions sont des &#233;v&#233;nements sanglants mais mourir en masse pour la m&#232;re patrie est qualifi&#233; de sacrifice supr&#234;me et sublime sacrifice, et donc, dans ce cas, la mort ne compte pas r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut facilement pr&#233;dire qu'apr&#232;s cette guerre, il y aura toujours des gens pour parler des horreurs de la Commune et de l'ex&#233;cution de fascistes, de capitalistes et de pr&#234;tres en Espagne. Mais les bombardements de Hambourg, Paris et Londres, ceux de Caen, le torpillage de transports de troupes, la mort dans le ciel de milliers de jeunes gens, la famine et les &#233;pid&#233;mies ravageant des pays entiers : tout cela sera classifi&#233; comme des maux n&#233;cessaires, des calamit&#233;s in&#233;vitables que l'humanit&#233; doit &#234;tre fi&#232;re d'endurer. Les r&#233;volutionnaires continueront &#224; &#234;tre des gens assoiff&#233;s de sang que l'on ferait mieux de garder enferm&#233;s. Et si le choix entre la guerre et la r&#233;volution se pr&#233;sentait &#224; nouveau, les chr&#233;tiens, les socialistes et les communistes choisiraient sans aucun doute, &#224; partir de principes humanistes, la guerre une fois encore.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Karl Baedeker 1801 &#8211; 1859. Libraire et &#233;crivain allemand qui a eu l'id&#233;e de guides de voyage en format de poche. Il a publi&#233; Paris et ses environs en plusieurs &#233;ditions [NDT].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une Politique Constructive</title>
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		<dc:date>2021-10-31T23:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Louise Berneri</dc:creator>


		<dc:subject>Racines et Branches</dc:subject>

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&lt;p&gt;Texte original : &#171; A Constructive Policy &#187;, Marie-Louise Berneri, War Commentary, d&#233;cembre 1940. &lt;br class='autobr' /&gt; Nous sommes souvent accus&#233;s de manquer d'id&#233;es politiques constructives. Les gens conc&#232;dent que nous avons une analyse juste de la situation actuelle et que notre journal a le vrai m&#233;rite de d&#233;noncer la complaisance et de stimuler la pens&#233;e. Mais on nous demande de pr&#233;senter des solutions &#171; pratiques &#187; pour lutter contre le fascisme et le capitalisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Inutile de dire que nous n'acceptons (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH93/arton938-99e5e.jpg?1774768777' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='93' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte original : &#171; A Constructive Policy &#187;, Marie-Louise Berneri, &lt;i&gt;War Commentary&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 1940.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes souvent accus&#233;s de manquer d'id&#233;es politiques constructives. Les gens conc&#232;dent que nous avons une analyse juste de la situation actuelle et que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;notre journal a le vrai m&#233;rite de d&#233;noncer la complaisance et de stimuler la pens&#233;e.&lt;/q&gt; Mais on nous demande de pr&#233;senter des solutions &#171; pratiques &#187; pour lutter contre le fascisme et le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de dire que nous n'acceptons pas ces remarques. Nous admettons que nos lecteurs ne trouveront pas dans nos pages des recettes pour soigner l'humanit&#233; de tous les maux qui l'assaillent. Ce que voudraient manifestement certains de nos lecteurs, ce sont des slogans, des manifestes et des programmes qui offriraient en quelques lignes &#224; la classe ouvri&#232;re les moyens non seulement de mettre fin au fascisme mais aussi d'apporter une &#232;re de bonheur aux ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous refusons d'adopter de tels programmes/recettes parce que nous sommes convaincus que la faiblesse actuelle de la classe ouvri&#232;re est d&#251; au fait que tous les partis, afin de gagner en popularit&#233; et en pouvoir, ont simplifi&#233; leur programme, r&#233;duisant &#224; des proportions ridicules la nature de la lutte qui apportera la libert&#233; aux exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les slogans politiques sont devenus comme les publicit&#233;s pour m&#233;dicaments brevet&#233;s promettant sant&#233;, beaut&#233; et bonheur en &#233;change d'une savonnette ou d'une tasse de cacao. Votez travailliste et tout ira bien ! Payez votre cotisation syndicale et votre s&#233;curit&#233; sera assur&#233;e ! Un gouvernement ouvrier fera la r&#233;volution. &#201;crivez &#224; votre d&#233;put&#233; ou &#224; tel ou tel ministre, d&#233;filez dans les rues de mani&#232;re disciplin&#233;e, avec un orchestre bruyant et criez jusqu'&#224; &#234;tre aphone, et vos souhaits (revendications) seront exauc&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que les partis ont pr&#233;tendu &#234;tre un programme politique &#171; r&#233;aliste &#187;, et avec le plus grand m&#233;pris pour les &#171; utopistes anarchistes &#187;, c'est ce qu'ils ont pr&#233;conis&#233; depuis un quart de si&#232;cle chaque fois qu'est apparue une difficult&#233;. Ces rem&#232;des ont prouv&#233; leur inefficacit&#233; contre le ch&#244;mage et le fascisme, l'agression italienne contre l'Abyssinie [&#201;thiopie], le boycott franco-anglais des r&#233;volutionnaires espagnols, le r&#233;armement et la guerre. Et cependant, les m&#234;mes m&#233;thodes sont &#224; nouveau avanc&#233;es pour faire face aux probl&#232;mes cr&#233;&#233;s par la situation pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le leitmotiv des partis de gauche est que les ouvriers devraient prendre autant de poids que possible dans le gouvernement. Cela appara&#238;t assez constructif. Mais cela signifie seulement que les dirigeants travaillistes entreront au gouvernement en adoptant une politique de droite. Pour les ouvriers, cela signifie des sacrifices et la perte de toutes les libert&#233;s afin de s'assurer du privil&#232;ge de voir &#171; leurs &#187; ministres assis sur les bancs du gouvernement. Aucune am&#233;lioration n'est obtenue et tous les canaux officiels pour faire entendre le m&#233;contentement sont perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre solution &#171; pratique &#187; pr&#233;conis&#233;e par le parti travailliste est de publier une d&#233;claration &#224; vis&#233;e de guerre ou de paix. Apparemment, le monde saurait notre amour de la libert&#233; et de la justice. Les &#171; utopistes &#187; peuvent-ils sugg&#233;rer &#224; l'&#233;quipe &#233;ditoriale du [pro-travailliste] &lt;i&gt;Daily Herald &lt;/i&gt; que si le parti travailliste est d&#233;sireux de montrer au monde combien &#171; d&#233;mocratiques &#187; nous sommes, il pourrait, par exemple, refuser de s'associer &#224; un gouvernement qui emprisonne Nehru depuis quatre ans (devons-nous ajouter que les p&#233;titions, lettres ouvertes, etc., etc., n'auront pas le moindre effet ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas en changeant de ministres &#8211; des hommes honteux ! &#8211; ou en publiant des d&#233;clarations, que le fascisme et le capitalisme seront vaincus. Le probl&#232;me est plus complexe que cela. Nous n'avons pas l'intention d'ajouter nos voix &#224; celles qui trompent les ouvriers en leur faisant croire que leurs &#171; dirigeants &#187; les tireront du p&#233;trin. Le probl&#232;me demande une transformation compl&#232;te de l'attitude actuelle de la classe ouvri&#232;re. Vous ne pouvez pas changer le pr&#233;sent r&#233;gime s il n'y a pas d'esprit r&#233;volutionnaire, si les ouvriers ne comprennent pas quelques v&#233;rit&#233;s fondamentales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Que les ouvriers et les capitalistes ne peuvent pas avoir de causes communes.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Que l'imp&#233;rialisme est la premi&#232;re cause des guerres et que cette cause doit &#234;tre &#233;radiqu&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Que les gouvernements, conservateurs et travaillistes, sont toujours des instruments d'oppression, et que les ouvriers doivent apprendre &#224; faire sans eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Que les partis veulent le pouvoir dans leur propre int&#233;r&#234;t &#8211; celui d'une petite minorit&#233;. Tout le pouvoir doit donc &#234;tre saisi et conserv&#233; entre les mains de syndicats qui incluent la grande majorit&#233; des hommes et des femmes qui produisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons pas construire tant que la classe ouvri&#232;re n'a pas perdu ses illusions, l'acceptation des patrons et sa foi dans les dirigeants. Notre politique consiste &#224; l'&#233;duquer, &#224; stimuler son instinct de classe, &#224; lui enseigner des m&#233;thodes de luttes. C'est une t&#226;che longue et difficile, mais aux personnes qui pr&#233;f&#232;reraient des solutions efficaces comme la guerre, nous ferons remarquer que la grande guerre mondiale qui devait mettre fin &#224; toutes les guerres et garantir la d&#233;mocratie, a seulement produit le fascisme et une autre guerre ; que cette guerre produira sans aucun doute d'autres guerres, tout en laissant intacts les probl&#232;mes r&#233;currents des ouvriers. Notre fa&#231;on de refuser de remplir l'inutile t&#226;che de rafistoler un monde pourri, mais d'essayer d'en construire un nouveau, n'est pas seulement constructive mais aussi la seule possible.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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