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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Maximilien Luce (1858-1941) [01]</title>
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		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Maximilien Luce</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Mon dieu, oui ! Maximilien Luce. Il nous pla&#238;t aujourd'hui de laisser &#224; leurs pitreries les cabotins de la politique, dont nous avons, par malheur, trop souvent l'occasion de nous occuper.&lt;/p&gt;

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/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-maximilien-luce-92-+" rel="tag"&gt;Maximilien Luce&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton669-ea508.jpg?1774714125' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mon dieu, oui ! Maximilien Luce. Il nous pla&#238;t aujourd'hui de laisser &#224; leurs pitreries les cabotins de la politique, dont nous avons, par malheur, trop souvent l'occasion de nous occuper. Il nous a paru que ce serait assez r&#233;confortant d'aller prendre, dans son atelier, un artiste probe et modeste et de le pr&#233;senter aux lecteurs. Aussi bien, les &lt;i&gt;Hommes du Jour&lt;/i&gt; ne sont-ils pas faits pour chanter uniquement la gloire des ren&#233;gats et des larbins dont la politique et la litt&#233;rature nous offrent de multiples et si parfaits &#233;chantillons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que si nous nous &#233;tions pr&#233;occup&#233;s avant tout des besoins de l'actualit&#233;, m&#234;me en exhibant un peintre, nous eussions pu choisir une renomm&#233;e plus flambante que Luce. Qui peut se flatter, en effet, en dehors des artistes v&#233;ritables et des lecteurs des hebdomadaires r&#233;volutionnaires, de conna&#238;tre ce peintre des ateliers et du populaire ? Luce n'est pas de ceux &#224; qui la r&#233;clame bruyante, le bluff savant ouvrent les portes des lieux officiels. C'est un travailleur d&#233;sint&#233;ress&#233;, aimant son art, ne courant pas au-devant des flatteries et, confiant dans sa force, attendant tranquillement qu'on lui fasse justice. De plus, sa formule d'art, pour avoir triomph&#233; aupr&#232;s d'une &#233;lite, ne s'est pas encore impos&#233;e au public de rhinoc&#233;ros qu'on rencontre d'ordinaire aux vernissages et que distingue une extraordinaire facult&#233; d'incompr&#233;hension. Car Luce est, ou plut&#244;t &#233;tait, ou plut&#244;t encore appara&#238;t un de ceux qu'on a appel&#233;s les n&#233;o-impressionnistes, avec les Signac, les Cross, les Seurat. Ce qu'on entend par n&#233;o-impressionnisme, il ne faudrait pas le demander au public pr&#233;cit&#233;, qui range d&#233;lib&#233;r&#233;ment dans cette cat&#233;gorie tous les petits jeunes gens maladroits, &#224; peine &#233;chapp&#233;s de l'Ecole et d&#233;sireux avant tout de se singulariser par d'outrecuidantes productions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions, certes, tenter de commenter ici le n&#233;o-impressionnisme. Oh ! qu'on se rassure Nous n'allons pas nous lancer dans des consid&#233;rations artistiques et &#233;taler des connaissances qui ne sont pas les n&#244;tres, en d&#233;finissant doctoralement les rapports ou en &#233;tudiant minutieusement les techniques diverses et, malgr&#233; tout, apparent&#233;es des Seurat, des Luce, des Signac. Nous aurions trop peur de bafouiller &#224; la fa&#231;on dont bafouillent g&#233;n&#233;ralement les critiques d'art.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;mile Pataud</title>
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		<dc:date>2024-11-22T14:33:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;mile Pataud</dc:subject>
		<dc:subject>CGT</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;mile Pataud, le citoyen Pataud, ou plut&#244;t le camarade Pataud, comme on dit &#224; la C.G.T., est un &#233;teigneur de lumi&#232;re d'une autre envergure que le falot Viviani. Il ne grimpe pas dans le ciel pour y d&#233;crocher les &#233;toiles. Il est plus terre &#224; terre. Il se contente de supprimer le courant, d'un geste. Et il accomplit cela avec une d&#233;sinvolture, une bonhomie souriante, une gr&#226;ce bon enfant qui effarent et d&#233;sarment en m&#234;me temps. Chez lui, point de grandiloquence, point d'emphase, point (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no67-du-1er-mai-1909-emile-pataud-" rel="directory"&gt;Les Hommes du Jour n&#176;67 du 1er mai 1909 - Emile Pataud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-emile-pataud-421-+" rel="tag"&gt;&#201;mile Pataud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/pataux-6b330.jpg?1774739431' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;mile Pataud, le citoyen Pataud, ou plut&#244;t le camarade Pataud, comme on dit &#224; la C.G.T., est un &#233;teigneur de lumi&#232;re d'une autre envergure que le falot Viviani. Il ne grimpe pas dans le ciel pour y d&#233;crocher les &#233;toiles. Il est plus terre &#224; terre. Il se contente de supprimer le courant, d'un geste. Et il accomplit cela avec une d&#233;sinvolture, une bonhomie souriante, une gr&#226;ce bon enfant qui effarent et d&#233;sarment en m&#234;me temps. Chez lui, point de grandiloquence, point d'emphase, point d'attitudes superbes. Il ne montre pas le poing au p&#232;re &#233;ternel et ne va pas chercher ses m&#233;taphores dans les po&#232;mes de Richepin. Il dit et fait les choses tout simplement. Sachant que les travailleurs n'obtiendront rien que par l'entente qui cr&#233;e la force et par la violence, il s'est occup&#233; de grouper ses camarades, de les constituer en syndicat puissant et quand il les a eus dans les mains, quand il les a vus d&#233;cid&#233;s &#224; marcher, sur un signe, alors, crac d'un geste il a plong&#233; la capitale dans les t&#233;n&#232;bres. Les patrons ahuris n'y ont vu que du bleu pour commencer. Puis ils ont r&#233;fl&#233;chi. A la faveur de la nuit, ils ont r&#233;ussi &#224; y voir plus clair dans le probl&#232;me qui se pose. Ils ont compris quelle formidable et irr&#233;sistible puissance se dressait contre eux et ils ont capitul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'avoir fait que cela, c'est-&#224;-dire avoir, par un exemple aveuglant, quoique n&#233; de l'obscurit&#233;, d&#233;montr&#233; l'efficacit&#233; du groupement et la force ouvri&#232;re, c'est d&#233;j&#224; &#233;norme pour la gloire d'un homme ! Mais ce qui attire surtout l'attention sur Pataud, c'est non seulement ce qu'il a fait, c'est encore la fa&#231;on dont il le fait. Avec lui, pas de menaces terrifiantes, pas de promesses sanglantes. La R&#233;volution, croquemitaine des bourgeois qui ne sont pas sages se fait souriante. Le probl&#232;me social para&#238;t devoir se d&#233;nouer &#224; la rigolade. Il n'est pas question d'&#233;meutes, de gr&#232;ves violentes, de coups de fusil. Une simple interruption de courant. L'affolement dans les caf&#233;s, les repr&#233;sentations publiques arr&#234;t&#233;es net, les gens affair&#233;s courant apr&#232;s leurs ombres, les bougies p&#226;lottes plant&#233;es aux goulots des bouteilles et jetant une demi-clart&#233; sur la mine constern&#233;e des noctambules d&#233;sempar&#233;s. Et le lendemain, un vaste &#233;clat de rire, une gaiet&#233; colossale, le Tout-Paris populaire qui la trouve bien bonne et d&#233;clare que d&#233;cid&#233;ment ce sacr&#233; Pataud est irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que, peu &#224; peu, Pataud est devenu l'homme le plus populaire de la capitale, le Roi de Paris. Il a conquis tous les suffrages. Les faubourgs raffolent de lui. Les ouvriers lui donnent toute leur confiance. A chaque conflit nouveau on se demande si Pataud marchera. On escompte l'&#233;vanouissement brusque de l'&#233;lectricit&#233;. Vous comprenez que le pauvre bougre se soucie mod&#233;r&#233;ment de ce genre de lumi&#232;re. Il n'a pas les moyens de s'offrir une telle d&#233;bauche de clart&#233;. Il en est encore &#224; la vieille lampe &#224; p&#233;trole. La nuit, d'ailleurs, il est dans son lit. Ce sont les heureux d'ici-bas qui r&#244;dent, f&#234;tent, s'amusent, courent les brasseries, les cabarets et les restaurants nocturnes. Aussi la plaisanterie appara&#238;t-elle savoureuse au populo qui n'en subit pas les cons&#233;quences et se r&#233;jouit volontiers de la d&#233;convenue de ses ennemis. Par l&#224;, Pataud a touch&#233; au bon endroit. Il peut continuer. Plus il fera de l'ombre autour de lui, plus les faces s'&#233;claireront de contentement. Il est assur&#233; d'avoir les rieurs constamment de son c&#244;t&#233; ; et avoir su faire rire, au d&#233;pens de l'adversaire, c'est d&#233;j&#224; avoir gagn&#233; la partie.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5537 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/png/emile_pataud_1910.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/emile_pataud_1910-6c067-6113e.png?1774777551' width='150' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Emile Pataud&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Et la partie, n'en doutez pas, Pataud la gagnera compl&#232;tement et avec lui, le monde du travail. Les bourgeois l'ont compris de bonne heure. Tous ceux qui r&#233;fl&#233;chissent voient nettement les progr&#232;s incessants du syndicalisme qui monte chaque jour en force, en pr&#233;cision, en nombre. Cette myst&#233;rieuse C.G.T. dont on a fait une sorte de repaire de malfaiteurs, c'est le cauchemar du capitalisme chancelant. Longtemps on s'est efforc&#233; de la montrer au peuple comme un danger immense et mortel ; on lui pr&#234;tait les plus noirs desseins, les plus t&#233;n&#233;breuses pens&#233;es. Bien des gens ne voyaient en elle qu'une monstrueuse association de bandits sans scrupules r&#234;vant de destruction et de guerre civile. Et voil&#224; que soudain Pataud appara&#238;t. Et tout s'&#233;claire, quoique ce soit pr&#233;cis&#233;ment la fonction de Pataud de supprimer l'&#233;clairage. Quoi ! c'est donc &#231;a l'anarchiste, le fou furieux, le criminel, ce Pataud qui en se jouant plonge les patrons dans la nuit. C'est donc &#231;a, la R&#233;volution ? Et tous se sentent rassur&#233;s. Le drame tourne &#224; la grosse farce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ne sont pas rassur&#233;s, cependant, ce sont les ma&#238;tres. Ces &#233;clipses de lumi&#232;re les plongent dans d'affreuses incertitudes. Que va-t-il donc se produire si les travailleurs de tous les m&#233;tiers, imitant l'exemple des &#233;lectriciens, s'avisent de suspendre brusquement le travail ? Ce Pataud, d&#233;cid&#233;ment, avec ses allures de grand gamin qui fait une blague, est un individu tr&#232;s dangereux. C'est contre lui qu'il faut avant tout se d&#233;fendre. Alors on a essay&#233; de le ridiculiser ; on l'a montr&#233; jouant &#224; la manille avec des partenaires coiff&#233;es de casquettes et jaspinant l'argot le plus excentrique ; on l'a d&#233;peint sous les traits d'un gros gar&#231;on, tr&#232;s bourgeois, au fond, prenant du ventre et se laissant vivre aux d&#233;pens des poires que sont les travailleurs. On l'a appel&#233; le roi Pataud. On lui a jet&#233; dans les jambes un pauvre cabot sans talent, d&#233;sireux de conqu&#233;rir un peu de r&#233;clame. Puis on l'a accus&#233; de mille m&#233;faits. On a voulu le rendre odieux. On lui a pr&#234;t&#233; des pens&#233;es machiav&#233;liques. On a essay&#233; aussi de l'intimider. On a parl&#233; de poursuites, de condamnations, de prison, de bagne m&#234;me. Vains efforts. Pataud gardait toujours sur ses l&#232;vres son sourire imp&#233;n&#233;trable. Que voulez-vous ? Il est comme &#231;a, cet homme. Il a le sourire. Il se moque de ce qu'on dit, de ce qu'on raconte, de ce qu'on insinue sur son compte. Il sait que quand il le voudra, il fera de la lumi&#232;re &#224; l'aide des t&#233;n&#232;bres ; il &#233;clairera la conscience de ses contemporains. D'ailleurs, l'homme d'action se double chez Pataud d'un optimiste clairvoyant. Sa philosophie, c'est d'agir et de laisser dire. L'acte a selon lui une valeur essentielle, une port&#233;e qui d&#233;passe tous les discours et toutes les paroles. Et il agit, avec s&#233;r&#233;nit&#233;, avec confiance, avec mansu&#233;tude, certain qu'il est de la justice de sa cause et du triomphe prochain de ses id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est justement cet optimisme bonhomme, cette philosophie nonchalante qui lui encha&#238;ne les cerveaux et lui conquiert les c&#339;urs plus que ne pourraient le faire la violence des d&#233;clamations et la sauvagerie des propos.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Aux abords de ce premier mai qu'on nous a d&#233;peint &#8212; comme toujours &#8212; sous des aspects effrayants, Pataud redevient d'actualit&#233;. On attend, cette fois encore, son intervention, comme on l'attendait au lendemain de Villeneuve-Saint-Georges. Va-t-il marcher ? La nuit envahira-t-elle la capitale. Les bourgeois se posent anxieusement la question. Les travailleurs se pr&#233;parent &#224; rigoler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient que vers la fin de l'Empire, alors que la menace planait sur toutes les t&#234;tes, alors que chacun &#233;tait agenouill&#233; dans la terreur, un homme se leva, et avec une effront&#233;e gaminerie, dans un geste irrespectueux, esquissa un pied de nez &#224; la barbe du C&#233;sar d'occasion qui r&#233;gnait sur la France. Cet homme s'appelait Rochefort. Ce pied de nez ce fut le signal de la d&#233;b&#226;cle imp&#233;riale. Au lendemain de la &lt;i&gt;Lanterne &lt;/i&gt; la France &#233;tait secou&#233;e par un rire &#233;norme. Ce rire venait la d&#233;livrer de la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud, en ce cr&#233;puscule de r&#233;gime, &#224; une &#233;poque de poursuites, de condamnations et de fusillades, a recommenc&#233; le geste de Rochefort. Seulement il n'a pas pris la plume. Il a simplement tourn&#233; un bouton &#233;lectrique. Il n'a pas lanc&#233; la &lt;i&gt;Lanterne &lt;/i&gt; ; il a souffl&#233; les lumignons. Et le rire, cette fois encore, a boulevers&#233; les ventres. La bourgeoisie est d&#233;sarm&#233;e. Le capital est aux abois. On rit ; c'est la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne rira pas toujours. Ce que les bourgeois devraient le plus ardemment souhaiter, c'est que Pataud dure longtemps. Avec lui, la r&#233;volte affecte des dehors d&#233;bonnaires. On peut esp&#233;rer que tout se passera paisiblement et qu'il n'y aura que quelques &#339;ufs cass&#233;s. Gare au jour o&#249; l'on ne rira plus, o&#249; les visages deviendront sinistres, o&#249; l'on entendra des grincements de dents dans les t&#233;n&#232;bres. Apr&#232;s le vaudeville, viendra la trag&#233;die. Bourgeois, profiteurs, tripoteurs, &#233;cumeurs, politiciens, ren&#233;gats, rendez gr&#226;ce &#224; Pataud, au roi Pataud, &#224; l'Empereur de Paris, au ma&#238;tre de la Lumi&#232;re. En jetant le ridicule sur vos faces congestionn&#233;es d'effroi, il a peut-&#234;tre pour quelque temps d&#233;tourn&#233; les col&#232;res et suspendu les revanches.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Occupons-nous un peu de ce redoutable et irr&#233;sistible Pataud ; essayons de faire quelque lumi&#232;re sur sa personnalit&#233; et de pr&#233;senter sa physionomie au grand jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud est un enfant de Paris. Il est venu au monde &#224; l'h&#244;pital Saint-Antoine, en 1870, l'ann&#233;e terrible. Ses parents &#233;taient dans une pauvret&#233; voisine de l'indigence. L'enfance du futur Roi de l'ombre s'&#233;coula donc au milieu de mille privations. Il connut toutes les souffrances qui attendent, en cette existence, les d&#233;sh&#233;rit&#233;s. Durant l'hiver rigoureux de 1879-80, Pataud se rappelle que ses parents, trop pauvres, ne firent pas une seule fois de feu chez eux. L'enfant manqua succomber de froid. Avec &#231;a, point de ces petites joies qui attendent les enfants des riches ; pas de jouets, pas de no&#235;ls, pas de v&#234;tements bien chauds pour l'hiver, pas d'habits l&#233;gers pour l'&#233;t&#233;. La g&#234;ne, la douleur physique d&#232;s ses premi&#232;res ann&#233;es. C'est l&#224; un sort commun aux enfants des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plac&#233; &#224; l'&#233;cole communale, le jeune Pataud y d&#233;croche son certificat d'&#233;tudes et obtient une bourse pour une &#233;cole sup&#233;rieure. On le mit &#224; Lavoisier. Mais il n'y resta pas longtemps. A quinze ans, il lui fallut gagner son pain. Il entra aux usines Caille, gr&#226;ce &#224; une supercherie, en se servant du livret de son oncle, plus &#226;g&#233; que lui de quatre ans ! Voil&#224; bien un des plus terribles effets de la mis&#232;re. Les travailleurs oblig&#233;s de violer eux-m&#234;mes une loi protectrice, &#224; leur d&#233;pens ; un enfant oblig&#233; de se vieillir parce qu'il faut qu'il travaille et qu'il mange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux usines Caille, Pataud gagnait 0 fr. 40 de l'heure ; il faisait le m&#233;tier de frappeur riveur. Quelque temps apr&#232;s, il est d&#233;bauch&#233;, se trouve sans travail. Il se place successivement comme comptable-fumiste, marchand de tonneaux, puis rentre de nouveau aux usines Caille. Il a un peu plus de dix-huit ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un beau jour, la maison Caille l'envoie &#224; Cherbourg pour des exp&#233;riences de torpilleurs. Il y fait connaissance avec les marins. Ce jeune homme qui n'avait jamais quitt&#233; le pav&#233; de Paris s'enthousiasme pour la vie du matelot. Il devance l'appel et s'engage. Jusque-l&#224; il &#233;tait demeur&#233; &#224; peu pr&#232;s &#233;tranger &#224; toute politique. Pourtant, quoique tr&#232;s jeune, il s'&#233;tait occup&#233; quelque peu de questions sociales. Une &#226;me de r&#233;volt&#233; s'agitait en lui. Il avait fait partie de plusieurs groupes d'&#233;tudes sociales et de cercles socialistes, mais il ignorait compl&#232;tement le syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la marine, il serait exag&#233;r&#233; de pr&#233;tendre que Pataud fut un remarquable sujet. Il y r&#233;colta quelques punitions pour indiscipline et insultes aux sup&#233;rieurs. Malgr&#233; tout, il en sortit avec des certificats de bonne capacit&#233;. Mais la vie du bord qui &#233;tait bien diff&#233;rente de celle que, dans sa na&#239;vet&#233; de jeune homme, il s'&#233;tait figur&#233;e, l'avait transform&#233; en ennemi de la discipline et de l'autorit&#233;. L'antimilitariste naissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud reprit alors son existence d'autrefois, c'est-&#224;-dire qu'il se remit au travail. Il entra comme comptable dans une soci&#233;t&#233; de constructions &#233;lectriques o&#249; il put, tout en s'occupant de comptabilit&#233;, faire son apprentissage d'&#233;lectricien. Lorsqu'il eut conquis d&#233;finitivement son m&#233;tier, il abandonna la place de comptable et, toujours dans la m&#234;me soci&#233;t&#233;, fit ses d&#233;buts comme ouvrier &#233;lectricien.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quelque temps apr&#232;s, Pataud fut employ&#233; dans diff&#233;rentes compagnies d'&#233;clairage. Sa vie est alors tr&#232;s mouvement&#233;e. Il commence &#224; s'occuper s&#233;rieusement de politique. Il est secr&#233;taire de Chauvi&#232;re dans le XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement ; il fonde une universit&#233; populaire dans le m&#234;me quartier. Cela nous m&#232;ne jusqu'&#224; l'affaire Dreyfus. Socialiste r&#233;volutionnaire, Pataud marche &#224; fond ; il d&#233;pense sans compter son temps et son argent. Mais cette aventure ne devait pas lui &#234;tre inutile. Il apprend le d&#233;go&#251;t des politiciens de toutes nuances. Il se promet fermement qu'on ne l'y reprendra plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud &#233;tait employ&#233; &#224; cette &#233;poque au Compteur Michel. Il &#233;tait tr&#232;s bien not&#233;. Mais comme il commen&#231;ait &#224; s'occuper de syndicalisme, on le consid&#233;rait comme un individu tr&#232;s dangereux, en p&#233;riode de gr&#232;ve. Un jour, sous un pr&#233;texte quelconque, diminution de travail je crois, on voulut le remercier avec cent cinquante de ses camarades. L&#224;-dessus les ouvriers se concert&#232;rent et envoy&#232;rent une d&#233;l&#233;gation au patron, lui proposant de travailler un nombre d'heures moindre, pour permettre aux autres de demeure dans la maison. Premi&#232;re manifestation de solidarit&#233; ouvri&#232;re. Le patron accepta, mais il accepta seulement en ce qui concernait Pataud et se refusa &#224; prendre la m&#234;me mesure &#224; l'&#233;gard des autres. Pataud ne voulut pas accepter cette sorte de faveur et quitta la boite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, il erra quelque temps, se d&#233;brouillant comme il pouvait, faisant tous les m&#233;tiers. Tant&#244;t il est marchand de quatre saisons. Crainquebille-Pataud ! Puis il entre, gr&#226;ce &#224; la recommandation d'un maitre des requ&#234;tes qu'il avait connu dans les U.P., &#224; la Compagnie parisienne de l'air comprim&#233;. Nous sommes en 1902.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette &#233;poque que Pataud eut l'id&#233;e de constituer ses camarades de l'&#233;lectricit&#233; en syndicat. Il y fut aid&#233; puissamment par d'autres militants : Harvois, Baudry, Morel, Passerieu (ce dernier encore secr&#233;taire adjoint au syndicat). Mais d&#233;j&#224;, un syndicat des ouvriers de l'industrie priv&#233;e existait. Les deux syndicats, le nouveau et l'ancien, durent fusionner pour &#234;tre re&#231;us &#224; la C.G.T. et devinrent le Syndicat g&#233;n&#233;ral de l'industrie &#233;lectrique qui allait au cours des &#233;v&#233;nements futurs, jouer le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant que l'on conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pataud, nomm&#233; secr&#233;taire du nouveau syndicat, se mit ardemment &#224; la besogne. Dans le courant d'une ann&#233;e, il organisa pr&#232;s de trois cents r&#233;unions. Dou&#233; d'une prodigieuse activit&#233;, il se multiplia, fut partout &#224; la fois. Surtout il pr&#233;parait, sans vains bavardages, sans bruit, ces fameuses gr&#232;ves qui devaient &#233;tonner la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re gr&#232;ve &#233;clata en 1905, &#224; la Compagnie Edison. Elle eut pour r&#233;sultat de faire mettre sur pied quatre mille hommes de troupe pour quatre-vingt-deux gr&#233;vistes. Pataud put se f&#233;liciter de son initiative ; il obtint pour ses camarades une diminution des heures de travail et une l&#233;g&#232;re augmentation du tarif avec quelques autres menus avantages assez appr&#233;ciables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Pataud r&#234;vait mieux. Il ne voulut pas se contenter seulement d'obtenir quelques garanties et quelques avantages pour les travailleurs de son m&#233;tier. Il voyait plus loin. D&#233;go&#251;t&#233; de la politique, revenu du socialisme parlementaire et d&#233;finitivement acquis aux id&#233;es r&#233;volutionnaires, il songeait &#224; montrer, par un exemple saisissant, la puissance du syndicalisme. Il r&#233;fl&#233;chit longuement &#224; l'exp&#233;rience qu'il voulait tenter. Il m&#233;dita des journ&#233;es enti&#232;res, s'entretint avec ses camarades, scruta les bonnes volont&#233;s. Puis quand il fut certain du triomphe, quand il vit qu'il pouvait marcher, il se d&#233;cida. Et la gr&#232;ve la plus impr&#233;vue, la plus d&#233;concertante &#233;clata sur Paris. Un mot de Pataud avait suffi, un mot qui n'&#233;tait pas le&lt;i&gt; Fiat Lux&lt;/i&gt; du Seigneur, car en place de la lumi&#232;re, ce fut la nuit sombre qui vint dans la capitale morne comme un cercueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas perdu la m&#233;moire de cette nuit &#233;pique. C'&#233;tait en 1905. A huit heures du soir, brusquement, sans qu'on put savoir comment cela s'&#233;tait fait, les lumi&#232;res s'&#233;teignirent. Les th&#233;&#226;tres et les caf&#233;s concerts o&#249; s'entassait un public joyeux, durent c&#233;der aux r&#233;criminations et rembourser l'argent. Dans les caf&#233;s et les brasseries, les gar&#231;ons affol&#233;s s'enfuyaient dans toutes les directions. Cela dura plusieurs heures avant qu'on se d&#233;cid&#226;t &#224; comprendre. Vers les onze heures, on vit les boutiques essayer timidement de reconqu&#233;rir un peu de lumi&#232;re ; des torches furent plant&#233;es &#224; tous les carrefours et au milieu des places, avec des cordons d'agents pour les garder. Des bougies furent scell&#233;es sur des bouteilles pour permettre aux joueurs de continuer leurs manilles. Spectacle inoubliable. Mille bruits couraient. On parlait de catastrophe, de banqueroute. On ne songea &#224; la gr&#232;ve que fort avant dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dire la surprise des bourgeois, le lendemain, &#224; la lecture des journaux, ce serait difficile. Qu'&#233;tait-ce donc encore que cette fumisterie et ce Pataud dont personne jusque-l&#224; n'avait entendu parler ? On se mit &#224; sa recherche. Les reporters l'assaillirent. On apprit alors que ce Pataud myst&#233;rieux qui faisait et d&#233;faisait, &#224; son caprice, le jour et la nuit, &#233;tait un de ces abominables r&#233;volutionnaires, un de ces f&#233;roces antimilitaristes condamn&#233;s pour la fameuse affiche rouge. Lui, cependant, goguenard et plein de bonne humeur, laissait dire, laissait faire. En vingt-quatre heures, sa renomm&#233;e devint universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re gr&#232;ve de l'&#233;lectricit&#233; fut celle organis&#233;e en ao&#251;t 1908, au lendemain des massacres de Villeneuve. Cette fois encore, on ne s'y attendait pas. La veille, on avait parl&#233; de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, et d&#233;j&#224; les bourgeois se frottaient les mains en constatant que les &#233;lectriciens n'avaient pas march&#233;. Soudain, &#224; huit heures du soir, les lumi&#232;res disparurent pour repara&#238;tre &#224; dix. Simple gr&#232;ve de deux heures. Pataud avait voulu montrer tout bonnement au gouvernement ce que peut la puissance syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors la fureur patronale ne connut plus de bornes. Sa terreur s'accrut. D&#233;j&#224; un cabotin avait poursuivi Pataud et lui avait r&#233;clam&#233; des dommages et int&#233;r&#234;ts. Un juge s'&#233;tait trouv&#233; pour condamner le secr&#233;taire du syndicat des &#233;lectriciens. On r&#233;solut de le tuer par le ridicule ou par l'odieux. Les journaux se charg&#232;rent de la besogne. Il est impossible de relater ici tous les racontars, toutes les fumisteries, toutes les insanit&#233;s r&#233;pandues sur son compte. Mais, fid&#232;le &#224; sa m&#233;thode, Pataud laissait couler les paroles et l'encre, et continuait sa besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelque temps, on n'entendit parler de lui. On affecta d'oublier ses menaces. Les revues de fin d'ann&#233;e s'empar&#232;rent de sa personne et la jet&#232;rent sur la sc&#232;ne, en p&#226;ture, &#224; la malignit&#233; publique. Tout &#224; coup, Pataud fit sa r&#233;apparition. Cette fois, il ne plongea pas la ville dans l'ombre. Il se contenta de s'en prendre &#224; l'h&#244;tel Continental, dont le patron, avare et parjure, repoussait les revendications du personnel. Viviani devait justement, ce soir-l&#224;, pr&#233;sider un banquet. L'occasion &#233;tait propice. Pataud fit un signe : les lumi&#232;res disparurent. Le ministre dut ravaler son discours et le directeur de l'h&#244;tel accepter les revendications ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que, depuis, ce directeur a reni&#233; une fois encore ses engagements. Il a cong&#233;di&#233; ses quatorze ouvriers et menac&#233; Pataud de poursuites. Mais Pataud est bien tranquille. Les poursuites ne viendront pas.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#231;a, s'occupant de choses plus s&#233;rieuses, Pataud s'est occup&#233; &#224; organiser le fameux meeting de l'Hippodrome qui a fait couler, ces jours derniers, des tor-rents d'encre. Pour la premi&#232;re fois, ouvriers et fonctionnaires se trouvaient unis dans la lutte. On se souvient des discours prononc&#233;s, des menaces prof&#233;r&#233;es. Aujourd'hui m&#234;me, la bourgeoisie n'est pas revenue de son effroi et de sa col&#232;re. Ce meeting, d'ailleurs, a mis le comble &#224; l'exasp&#233;ration de la classe capitaliste qui, oubliant toute mesure, a parl&#233; carr&#233;ment d'exp&#233;dier Pataud au bagne, comme si derri&#232;re Pataud il n'y avait pas des centaines d'autres travailleurs pr&#234;ts, comme lui, &#224; &#233;teindre les lumi&#232;res et &#224; plonger la bourgeoisie apeur&#233;e dans la nuit sanglante, annonciatrice de l'aube de justice et de libert&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5538 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH344/emile_pataud_a_la_tribune-90c25.jpg?1774777551' width='500' height='344' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Gr&#232;ve des postiers &#224; l'hippodrome, meeting du 14 mai 1909, Pataud &#224; la tribune.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Tel est donc Pataud. On con&#231;oit maintenant son existence de grand laborieux, d'enfant du peuple, gagnant p&#233;niblement et opini&#226;trement son existence. Le gamin qui d&#233;butait, &#224; quinze ans, comme apprenti aux usines Caille, est devenu aujourd'hui un des personnages consid&#233;rables de notre &#233;poque. est plus populaire et aussi redout&#233; que le grand Flic. Et s'il est parvenu &#224; cette situation, ce n'est pas seulement gr&#226;ce aux circonstances. Il le doit surtout &#224; sa t&#233;nacit&#233; dans le travail, &#224; son d&#233;sir de s'instruire et de comprendre. Ce roi de l'Ombre s'est fait tout seul, en consacrant ses nuits &#224; l'&#233;tude et au labeur ! Ils sont comme &#231;a des centaines dans le monde ouvrier qui, arm&#233;s de leur simple certificat d'&#233;tudes, sont parvenus, au prix de mille efforts, en sacrifiant leurs heures de repos &#224; apprendre tous les secrets de la sociologie moderne, qui connaissent toutes les lois et toute la science du travail et peuvent assumer &#8212; mieux que tous les &#233;conomistes en chambre &#8212; la haute responsabilit&#233; de refaire une soci&#233;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au physique, Pataud est un gros gar&#231;on r&#233;joui, jovial, plein d'entrain et d'esprit, &#224; la r&#233;plique facile, &#224; la verve gavroche, &#233;maillant ses discours de traits et saillies qui vont droit au c&#339;ur des travailleurs faubouriens. Cependant, la lutte l'a quelque peu fatigu&#233;. Le roi Pataud voudrait bien se reposer, r&#233;parer sa sant&#233; &#233;branl&#233;e par un surmenage incessant. Des scrupules l'emp&#234;chent de prendre sa retraite. Il ne veut pas laisser &#224; d'autres le soin de mener &#224; bien la besogne commenc&#233;e. Il demeure donc &#224; son poste de combat. Mais chaque jour qui vient lui demande une plus grande &#233;nergie. Heureusement, il a pour lui sa philosophie paisible et sereine, que nulle perfidie, nulle accusation ne parviennent &#224; d&#233;monter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous voil&#224; &#224; la veille d'une nouvelle intervention de Pataud. On en parle. On en parle. Que va-t-il encore se passer ? Quel abominable tour ce sacr&#233; Pataud va-t-il nous jouer ? La soci&#233;t&#233; va-t-elle &#234;tre chahut&#233;e de fond en comble ? La bourgeoisie va-t-elle se voir enfonc&#233;e encore dans une p&#233;taudi&#232;re dont elle pourra difficilement sortir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas. Ce Premier Mai, pourtant, s'annonce encore comme charg&#233; de menaces et d'&#233;pouvante. Salutaires effets de l'action du joyeux Pataud. Le monde du capital en sera quitte pour la peur. Le monde du travail s'amusera une fois de plus. Quant aux ma&#238;tres, devant cette royaut&#233; qui s'affirme et grandit, ils font une vilaine grimace. Quelles mesures prendre contre Pataud ? Comment le saisir, &#224; t&#226;tons, dans les t&#233;n&#232;bres dont il s'entoure ? Les soldats ? Que peuvent-ils ? Pas m&#234;me remplacer les gr&#233;vistes dans une fonction &#224; laquelle ils ne connaissent absolument rien. Les poursuites ? En vertu de quel principe ? Il ne reste plus qu'une ressource &#224; Clemenceau, s'il en a encore le temps et la force, c'est d'imaginer quelque complot bien myst&#233;rieux, bien sombre, et de cueillir, sous ce pr&#233;texte, les chefs du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur, c'est que le coup du complot ne prend plus gu&#232;re. Le gouvernement reste impuissant contre les &#233;lectriciens comme il a &#233;t&#233; impuissant contre les postiers. Et les gr&#232;ves se suivent, se pr&#233;cipitent. Ouvriers et fonctionnaires marchent la main dans la main. Allons ! encore quelques efforts ! Encore quelques lumi&#232;res &#224; &#233;teindre, et le jour luira sur la ruine de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Gr&#226;ce aux t&#233;n&#232;bres de Pataud, on aura appris &#224; voir tr&#232;s clairement dans les choses. Comme disait Victor Hugo, c'est au moment o&#249; l'on y voit le moins qu'on y voit encore le mieux. Le jour o&#249; les travailleurs du gaz s'uniront &#224; ceux de l'&#233;lectricit&#233; et o&#249; Paris entier sombrera dans la plus &#233;paisse des nuits, les yeux des capitalistes s'ouvriront &#224; la, v&#233;rit&#233;. Seulement, cette fois, ce sera fini de rire. Et derri&#232;re cet hilarant Pataud, joyeux bon vivant qui divertit si fort les Parisiens, on peut d&#233;j&#224; entrevoir les redoutables figures qui pr&#233;parent le bouleversement n&#233;cessaire et d&#233;finitif, dussent-ils pour cela plonger la capitale, non plus dans la nuit, mais dans le sang !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://fr.anarchistlibraries.net/library/emile-pataud-emile-pouget-comment-nous-ferons-la-revolution" class="spip_out"&gt;&#201;mile Pataud, &#201;mile Pouget : &lt;i&gt;Comment nous ferons la R&#233;volution&lt;/i&gt; (Biblioth&#232;que Anarchiste)&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Emile Verhaeren</title>
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		<dc:creator>Aristide Delannoy, Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Emile Verhaeren</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On a dit trop souvent de Verhaeren qu'il &#233;tait un barbare. Certes, dans le ciel l&#233;ger de la po&#233;sie o&#249; r&#244;dent, lascifs et graciles, de tendres chevaliers et de gentes dames &#233;namour&#233;es, le barde tumultueux a pass&#233; comme un ouragan d&#233;vastateur, renversant tout sur son passage, pulv&#233;risant les conventions, bouleversant les traditions, secouant et poussant devant lui le troupeau des images d&#233;sordonn&#233;es et affolantes. Ce torrent, qui charriait autrefois de la lave br&#251;lante et qui, maintenant (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no82-du-14-aout-1909-emile-verhaeren-" rel="directory"&gt;Les Hommes du jour n&#176;82 du 14 ao&#251;t 1909 - Emile Verhaeren&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-emile-verhaeren-417-+" rel="tag"&gt;Emile Verhaeren&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-les-hommes-du-jour-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-1-25-ac31b.jpg?1774699776' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On a dit trop souvent de Verhaeren qu'il &#233;tait un barbare. Certes, dans le ciel l&#233;ger de la po&#233;sie o&#249; r&#244;dent, lascifs et graciles, de tendres chevaliers et de gentes dames &#233;namour&#233;es, le barde tumultueux a pass&#233; comme un ouragan d&#233;vastateur, renversant tout sur son passage, pulv&#233;risant les conventions, bouleversant les traditions, secouant et poussant devant lui le troupeau des images d&#233;sordonn&#233;es et affolantes. Ce torrent, qui charriait autrefois de la lave br&#251;lante et qui, maintenant apais&#233;, d&#233;veloppe majestueusement ses ondes souveraines, se pr&#233;cipite imp&#233;tueusement parmi des paysages ardents et sauvages. Il n'est pas fait pour susurrer timidement dans le vert des prairies &#233;maill&#233;es de p&#226;querettes. Il ne coule pas gentiment, sous l'azur serein, &#224; travers des chants d'oiseaux. Il roule furieusement parmi des rochers, d&#233;gringole des pentes, remonte des ab&#238;mes ; il gronde, rugit, fracasse, se d&#233;cha&#238;ne en cataractes, sous un ciel fuligineux, ensanglant&#233; d'&#233;clairs, o&#249; des nuages massifs comme des cath&#233;drales se ruent follement dans des corps-&#224;-corps fantasmagoriques que dispersent d'irr&#233;sistibles rafales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce bien un po&#232;te que ce neveu de Hugo, si puissamment subjectif et qui laisse para&#238;tre des dons d'&#233;vocation proph&#233;tique qu'on ne saurait chercher ailleurs ? N'est-ce pas plut&#244;t le &lt;i&gt;proph&#232;te &lt;/i&gt; qui, semblable &#224; un fl&#233;au naturel, se manifeste ing&#233;nument dans un cort&#232;ge hallucinant de deuils et d'horreurs ? Po&#232;te, certes, un Verlaine, pauvre oiselet chanteur et bless&#233; ; po&#232;te, un Laforgue, &#226;me de souffrance hautaine et pudique. Mais Verhaeren, lui, ne s'attarde pas &#224; des mi&#232;vreries et &#224; des gentillesses ; il ne chante pas, ne pleure pas doucettement, ne se plaint pas ; il hurle sa douleur et clame son espoir ; il s'abat comme un cataclysme. Avec lui tout devient d&#233;mesur&#233;, &#233;blouissant, fantastique. Il &lt;i&gt;immensifie&lt;/i&gt;. Sa sensibilit&#233; exacerb&#233;e le conduit toujours au paroxysme, &#224; la fr&#233;n&#233;sie. Apocalyptique, vertigineux et cyclop&#233;en, il chevauche des chim&#232;res effarantes, vogue parmi des hallucinations,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Au fond du ciel, l&#224;-bas, o&#249; les minuits sont p&#226;les.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5466 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH153/emile_verhaeren_by_vallotton-1e64e-9d4bd.jpg?1774720919' width='150' height='153' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt; Emile Verhaeren &lt;bR&gt;par Vallotton&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Son &#339;uvre est comme une &#171; tour vivante &#187;, &#171; dardant sa tranquille &#233;pouvante &#187; toujours plus haut. C'est comme une cath&#233;drale gothique o&#249; grimacent des gargouilles, o&#249; s'entrelacent des d&#233;mons aux corps de boucs et des vierges &#233;pouvant&#233;es, une cath&#233;drale aux vo&#251;tes sombres ou les pas r&#233;sonnent fun&#232;brement sur les dalles et dont la fl&#232;che libre s'&#233;lance vers les nuages. C'est monstrueux, palpitant, brutal, rugueux. C'est construit avec d'&#233;tranges mat&#233;riaux. Dans ces po&#232;mes rudes et v&#233;h&#233;ments, des adverbes se heurtent : &lt;i&gt;lugubrement, immens&#233;ment, intens&#233;ment, puissamment&lt;/i&gt; ; des adjectifs &#233;clatent : &lt;i&gt;nocturnes, taciturnes, tumultueux&lt;/i&gt;, des vocables rudes et secs se roulent dans des flots de m&#233;taphores : &lt;i&gt;roc, froc, glas, deuil.&lt;/i&gt; Et ce sont des visions de cimeti&#232;res, des fossoyeurs qui&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Au son du glas remuent la terre,&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;des cadavres rong&#233;s de vers, des cypr&#232;s et des corbeaux, du noir et de l'&#233;pouvante. Tout proc&#233;d&#233; pourtant est absent. Verhaeren abuse de certains effets avec une sorte d'ing&#233;nuit&#233;. C'est un penchant in&#233;luctable de son esprit. Il dit comme il voit. Il b&#226;tit&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;tout seul, de ses mains taciturnes, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Durant la veille ardente et les fi&#232;vres nocturnes ;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Parfois des images inattendues d&#233;concertent : les &#171; crapauds de mes sanglots &#187;, le &#171; cadavre de ma raison &#187;, les longs &#171; &#233;pouvantements &#187;, les &#171; novembre de l'&#226;me &#187; et tant d'autres m&#233;taphores inou&#239;es qui provoquent un &#233;tonnement admiratif. Et tout le vague, tout l'incertain, l'immense qui se d&#233;gage de cette po&#233;sie farouche : les brumes, les horizons, les lointains, les silences, les infinis ; &#8212; et l'assaisonnement d'&#233;pith&#232;tes curieuses, de vocables neufs, de termes secs ; tout cela aboutit &#224; un compos&#233; bizarre, dans une impression de force et de puissance. Ah ! oui, ce style rocailleux, abrupt et fr&#233;missant est bien celui d'un barbare ; ce n'est pas un plat savoureux &#224; servir &#224; des estomacs malades ; c'est un breuvage d'alcool et de poison qui secoue les nerfs, fouette le sang, affole l'esprit. Cela br&#251;le et fait mal et cela r&#233;conforte pourtant. Ces po&#232;mes &#233;tranges, mouvement&#233;s, terrifiants des &lt;i&gt;Bords de la Route&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;Soirs&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;D&#233;b&#226;cles&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;Flambeaux Noirs &lt;/i&gt; et, plus tard, des &lt;i&gt;Campagnes hallucin&#233;es &lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;Villes tentaculaires&lt;/i&gt; et aussi des &lt;i&gt;Forces tumultueuses &lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;Multiple Splendeur&lt;/i&gt;, ce sont les chants &#226;prement douloureux ou magnifiquement apais&#233;s de l'&#233;pop&#233;e moderne.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Car il faut voir surtout dans Verhaeren, le po&#232;te &#233;pique moderne. Ce Flamand dont l'existence s'est &#233;coul&#233;e dans des r&#233;gions de travail, parmi des sc&#232;nes de d&#233;solation telles que Luce les a fix&#233;es &#224; jamais sur la toile, a subi de bonne heure l'impression de deuil et de sombre effroi qui s'en d&#233;gage. Tout d'abord, il avait commenc&#233; par peindre des tableaux riches en couleurs et en sant&#233; comme ceux de son ma&#238;tre Rembrandt, o&#249; la Flandre des kermesses &#233;tait tout enti&#232;re : il s'est aussi pench&#233; sur les ruines et sur le pass&#233;, tentant d'arracher leur secret &#224; l'aust&#233;rit&#233; et &#224; la nuit des clo&#238;tres. Puis, apr&#232;s des voyages &#224; travers les cit&#233;s industrielles, dans le machinisme contemporain, parmi les &#233;go&#239;smes et la sauvagerie des luttes, le po&#232;te &#233;pouvant&#233; devant l'infini de la douleur humaine, cruellement atteint par le &#171; mal des jours mauvais &#187;, se d&#233;cha&#238;ne en impr&#233;cations et en anath&#232;mes contre le &#171; si&#232;cle ath&#233;e et noir &#187;. C'est la p&#233;riode de folie et de terreur. Il est en proie &#224; des visions affreuses d'effroi et de mort. Cela dure quelques ann&#233;es. Puis le calme se fait peu &#224; peu. Le po&#232;te secoue son &#233;pouvante. D&#233;sormais, il souffrira encore, mais de toute l'immense souffrance humaine et il se penchera, pitoyable et fraternel, sur les mis&#232;res de ses fr&#232;res, scrutera les destin&#233;es des hommes, s'emportera contre le mal et contre la haine, jusqu'au jour o&#249; le c&#339;ur gonfl&#233; d'amour, il aura entrevu l'aurore fraternelle et jettera le cri de son espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est l'&#233;volution qu'a parcouru cet esprit et dont chacun de ses volumes marque un instant. L'histoire de sa vie est tout enti&#232;re l&#224;-dedans. Il faut le suivre dans ses po&#232;mes o&#249; il se donne enti&#232;rement, fr&#233;n&#233;tiquement. Il ne faut pas le chercher ailleurs que dans ses vers, car, modeste et d&#233;sint&#233;ress&#233;, se m&#234;lant peu &#224; la vie des autres, Verhaeren s'enferme dans son r&#234;ve sublime et se tient &#224; l'&#233;cart des vaines comp&#233;titions et des mesquines rivalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;N&#233; au bord de l'Escaut, dans le bourg de Saint-Amand, tout pr&#232;s d'Anvers, Verhaeren passa toute son enfance en pleine campagne flamande, dans les pr&#233;s et les champs d'avoine et de lin ; il s'emplit les yeux de ces vastes horizons uniformes o&#249; de loin en loin des clochers de villages &#233;mergent comme des m&#226;ts dans un oc&#233;an vert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#232;re de Verhaeren &#233;tait un honn&#234;te drapier ayant conquis une modeste fortune. Il mit l'enfant &#224; l'&#233;cole communale de Saint-Amand, puis l'envoya &#224; Bruxelles, &#224; l'Institut Saint-Louis o&#249; il passa deux ann&#233;es. Vers les quatorze ans, il entra au coll&#232;ge Sainte-Barbe, &#224; Gand ; c'&#233;tait un &#233;tablissement de j&#233;suites, o&#249; plus tard devait aussi passer un autre po&#232;te belge : Maurice Maeterlinck, avec des couloirs sinistres et des pr&#233;aux noirs et tristes. L&#224;, Verhaeren y connut Georges Rodenbach avec lequel il se lia. Les deux futurs po&#232;tes y lisaient les romantiques, Lamartine surtout, et plus tard Hugo, Musset et, tous deux, &#233;taient pris du d&#233;sir irr&#233;sistible de voyager, de se m&#234;ler &#224; la vie des grandes villes, de se jeter &#224; corps perdu dans la m&#234;l&#233;e litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant ce n'&#233;tait pas dans le go&#251;t de la famille Verhaeren. Le p&#232;re r&#234;vait de faire de son fils, non un po&#232;te, mais un directeur d'usine. Le jeune homme lutta opini&#226;trement. Peut-&#234;tre se rappelait-il alors ces vers de Baudelaire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Lorsque, par un d&#233;cret des puissances supr&#234;mes, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le Po&#232;te appara&#238;t en ce monde ennuy&#233;, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sa m&#232;re, &#233;pouvant&#233;e et pleine de blasph&#232;mes, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Crispe ses poings vers Dieu qui la prend en piti&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;ternelle histoire. Les parents n'admettent jamais que les enfants puissent entrer dans ce bataillon de malfaiteurs et de fous que sont les artistes et les po&#232;tes. Mais la vocation de Verhaeren &#233;tait d&#233;j&#224; puissante. Il arracha &#224; sa famille le consentement de pr&#233;parer son droit. Le voil&#224; parti pour l'Universit&#233; de Louvain o&#249; il demeure jusqu'en 1881.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant cinq ann&#233;es, Verhaeren, tout en s'occupant de temps en temps de son droit, se donne enti&#232;rement &#224; la litt&#233;rature. Il fonde avec quelques amis un petit journal : la &lt;i&gt;Semaine &lt;/i&gt; et publie ses premiers vers, sous le pseudonyme de Rodolphe. A la m&#234;me &#233;poque, il se lie avec quelques litt&#233;rateurs, donne de la copie au &lt;i&gt;Journal des Beaux-Arts&lt;/i&gt;, puis, son examen de droit pass&#233;, vient se faire inscrire &#224; Bruxelles o&#249; il fait la connaissance de Th&#233;o van Rysselberghe. Le po&#232;te et le peintre deviennent deux intimes amis. Ce fut alors une &#233;poque de libert&#233;, de noces, de grosses mangeailles et de beuveries, avec d'interminables discussions et des folies, des &#233;quip&#233;es, des scandales, au grand m&#233;contentement des philistins. Quelques ann&#233;es pass&#232;rent ainsi. Verhaeren continuait &#224; placer de la copie dans diverses revues. Bient&#244;t, sur les conseils d'Edmond Picard, chez lequel il &#233;tait entr&#233; comme stagiaire, il renon&#231;a &#224; la carri&#232;re d'avocats. En 1883, il publia son premier recueil de vers : les &lt;i&gt;Flamandes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;Flamandes &lt;/i&gt; furent comme une r&#233;v&#233;lation et firent scandale dans le monde litt&#233;raire. C'&#233;tait une &#339;uvre violente, d'une couleur &#233;clatante et d'une libert&#233; d'ex&#233;cution &#224; laquelle on n'&#233;tait pas habitu&#233;. Toutes les impressions d'enfance du po&#232;te &#233;taient dans ses vers, toute la Flandre heureuse y &#233;tait contenue avec ses &#233;tables, ses basses-cours, ses cabarets, ses bouges, ses filles fortes en chair, ses buveurs, ses truands. Un immense amour de la nature et de la vie pleine, d&#233;bordante, s'en d&#233;gageait. C'est une note qu'on ne retrouvera plus dans Verhaeren. Pourtant cette truculence et cette affectation de r&#233;alisme provoqu&#232;rent des protestations indign&#233;es. Un critique &#233;crivit que Verhaeren venait de &#171; percer comme un abc&#232;s &#187;. Un autre l'appelait le &#171; Rapha&#235;l de la crotte &#187;. Mais Camille Lemonnier prenait courageusement la d&#233;fense du nouveau po&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &lt;i&gt;Flamandes&lt;/i&gt;, Verhaeren donna les &lt;i&gt;Moines &lt;/i&gt; (1886). Il s'&#233;tait souvenu des visites qu'enfant, il fit avec son p&#232;re &#224; un cloitre des Bernardins de Saint-Amand. Et il chantait les moines autrefois rencontr&#233;s et observ&#233;s : les moines doux &#171; avec des traits si calmes &#187;, les moines simples, les h&#233;r&#233;siaques, les moines &#233;piques, les moines sauvages, les moines f&#233;odaux ; il disait leur existence monotone, toute de pri&#232;re et d'humilit&#233; et de contemplation, D&#233;j&#224;, dans ces po&#232;mes, il y a de l'&#233;pouvante et du d&#233;sespoir. Ce ne sont plus les belles et saines et luxuriantes descriptions des &lt;i&gt;Flamandes &lt;/i&gt; ; on entend pleurer les cloches au cr&#233;puscule ; les cercueils montent dans les escaliers raides et la &#171; corde racle au ras de leurs charni&#232;res &#187; ; les malades songent au vers et les chants des moines, le soir :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;roulent parmi leurs r&#226;les, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le flux et le reflux des douleurs vesp&#233;rales.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous approchons de la terrible crise morale qui va bouleverser le po&#232;te et lui inspirer les po&#232;mes les plus tragiques et les plus angoissants et les plus exasp&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &lt;i&gt;Moines&lt;/i&gt;, Verhaeren s'&#233;tait mis &#224; voyager. Il fit de longs s&#233;jours &#224; Londres ; il visita les villes industrielles du Nord. Il s'en fut aussi &#224; Liverpool et &#224; Glasgow. Ses biographes racontent qu'&#224; la m&#234;me &#233;poque, il fut atteint d'une maladie d'estomac, r&#233;colt&#233;e au cours de ses &#233;normes beuveries, durant les ann&#233;es d'&#233;tudiant. Que ce mal ait contribu&#233; &#224; former le Verhaeren des &lt;i&gt;Flambeaux noirs&lt;/i&gt;, ce n'est pas douteux. On sait par Huysmans, par Rett&#233; et l'on savait par Carlyle, l'effet que peut produire sur un cerveau de litt&#233;rateur, la maladie d'estomac. Mais les brumes de Londres, la suie de Liverpool, la d&#233;solation des cit&#233;s industrielles influenc&#232;rent fortement le po&#232;te. Il en rapporta une peur de la vie, un d&#233;sespoir sans bornes dont les &lt;i&gt;Flambeaux noirs&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Bords de la route&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Soirs&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;D&#233;b&#226;cles &lt;/i&gt; sont la manifestation sinistre. Plong&#233; dans l'horreur et dans l'effroi, Verhaeren qui a donn&#233; aux &lt;i&gt;D&#233;b&#226;cles &lt;/i&gt; ce sous-titre : &lt;i&gt;D&#233;formation morale&lt;/i&gt;, est comme pris de vertige. Il souffre affreusement. Il est en proie &#224; la terreur la plus folle et la plus inimaginable et il se compla&#238;t dans cette maladie atroce ; il donne son &#171; baiser au D&#233;sespoir &#187;, il se fait le messie d'un Evangile de mort et d'hallucination. Ce ne sont plus d&#233;sormais que des paysages de d&#233;mence o&#249; le po&#232;te savoure sa torture, s'ing&#233;nie &#224; la compliquer. Du sang coule, des morts s'entassent, des glas sonnent lugubrement. Quel est ce mal &#233;trange, cette folie effarante qui pousse le po&#232;te peu &#224; peu vers la mort ? Il a peur de tout ce qu'il voit, de tout ce qu'il rencontre. Les chemins et les campagnes se peuplent de fant&#244;mes. Le ciel suinte de l'horreur. Il a peur m&#234;me de la peur ; il est comme un criminel poursuivi par le remords et que hantent des souvenirs affreux. Les objets les plus familiers rev&#234;tent pour lui des apparences de sombre &#233;pouvante. Ce sont les &#171; horloges et leur effroi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Volontaires et vigilantes, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pareilles aux vieilles servantes, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Boitant de leurs sabots et glissant sur leurs bas, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les horloges que j'interroge Serrant ma peur en leur compas.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est la cloche qui&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Mart&#232;le obstin&#233;ment l'&#226;pre silence &#8212; et tinte &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Que, dans le soir, l&#224;-bas, on met en terre un mort.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce sont toutes les choses aim&#233;es, connues, chant&#233;es jadis qui s'emplissent de d&#233;solation. Et le po&#232;te, peu &#224; peu, pris d'on ne sait quelle fi&#232;vre myst&#233;rieuse, roule &#224; travers des hurlements de terreur et des sanglots vers la folie t&#233;n&#233;breuse qui le guette sournoisement.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Heureusement une accalmie se produit. Les pages de douleur exasp&#233;r&#233;e vont faire place &#224; des chants plus calmes. Le po&#232;te va se ressaisir et se dompter ; voil&#224;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;... qu'il reprend sur lui la charge de penser &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et que l'aube revient d'orgueil le pavoiser.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et ce sont les &lt;i&gt;Villages illusoires &lt;/i&gt; (5894). Disparues les effrayantes visions, finies les hallucinantes- chevauch&#233;es &#224; travers le froid et la nuit, parmi des ouragans d'&#233;pouvante. Apr&#232;s ces strophes d&#233;mesur&#233;es et br&#251;lantes qui font songer &#224; Arthur Rimbaud, le Rimbaud des &lt;i&gt;Illuminations&lt;/i&gt;, ce sont les strophes v&#233;h&#233;mentes encore, mais apais&#233;es, o&#249; sont magnifi&#233;s les h&#233;ros du travail, les combattants de la vie. Le &#171; Saint-Georges, fermentant d'ors &#187;, est descendu &#171; avec des plumes et des &#233;cumes &#187; et a chass&#233; les b&#234;tes puantes et malfaisantes. Le paysage s'est transform&#233; ; les ruisseaux gazouillent ; les arbres vermeils se baignent dans le soleil et les &#233;tangs sont parfum&#233;s. Tout est douceur. Ce sont les &#171; heures claires &#187; ; c'est la joie et la paix. Et maintenant d&#233;filent, symboliques et vivants, le &lt;i&gt;Forgeron&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Sonneur&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Meunier&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Cordiers&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;Forgeron&lt;/i&gt;, depuis des ann&#233;es, mart&#232;le en bon et patient ouvrier et regarde monter dans le brasier la fum&#233;e de ses col&#232;res et de son d&#233;sespoir ; il annonce &#224; l'humanit&#233; l'&#339;uvre de demain, faite de courage et de labeur obstin&#233;. Les &lt;i&gt;Cordiers &lt;/i&gt; &#233;chev&#232;lent les chanvres ; les &lt;i&gt;P&#234;cheurs &lt;/i&gt; jettent leurs filets dans l'eau profonde qui dort sous la lune. Vraiment on sent que le po&#232;te, d&#233;livr&#233;, respire avec joie et pl&#233;nitude. La vie lui appara&#238;t meilleure et pleine d'enchantements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bient&#244;t il va se pencher de nouveau sur la souffrance. Cette fois, ce n'est plus sa douleur vaincue et son orgueil terrass&#233; qui l'inspirent. C'est tout le Mal humain qui l'apitoie et le r&#233;volte. Et il nous donne, coup sur coup, les &lt;i&gt;Campagnes hallucin&#233;es&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Villes tentaculaires&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Aubes &lt;/i&gt; (1893-1898). D'un effort supr&#234;me, Verhaeren vient d'atteindre &#224; la plus haute expression de son g&#233;nie. Le probl&#232;me social le sollicite. Il a vu les campagnes d&#233;sertes, les routes vides et les villes &#233;normes, monstrueuses, gigantesques, grandissant toujours, absorbant des victimes par troupeaux, prenant les petits villages, les hameaux et les bourgs dans leurs tentacules, les su&#231;ant et les &#233;puisant. Ah ! ce tableau &#233;mouvant des campagnes abandonn&#233;es, pleurant sur leur bonheur &#233;vanoui. Et ces villes sinistres, ces ogresses d&#233;vorantes o&#249; le po&#232;te nous montre, tour &#224; tour, les symboles de laideur et de f&#233;rocit&#233; que sont les &lt;i&gt;Spectacles&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;Bourse&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Usines&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Bazar&lt;/i&gt;. Les &lt;i&gt;Villes tentaculaires&lt;/i&gt;, ce sont surtout des visions de Londres, ce Londres o&#249; Verhaeren a v&#233;cu, souffert et r&#234;v&#233;. Mais en m&#234;me temps que l'&#233;vocateur nous peint des sc&#232;nes de folie et de meurtre o&#249; passent les soldats, les marchands, les prostitu&#233;es, les esclaves, tout un monde angoiss&#233; de damn&#233;s et de criminels, il clame immens&#233;ment son espoir d'un demain meilleur. &lt;i&gt;Vers le Futur&lt;/i&gt;, c'est apr&#232;s la &lt;i&gt;R&#233;volte&lt;/i&gt;, o&#249; battent &#171; des coups de crosse &#187;, l'annonce du monde nouveau qui s'&#233;labore sur le fumier de la mis&#232;re et le rutilement de l'or. Ici Verhaeren d&#233;passe, par le lyrisme proph&#233;tique, son anc&#234;tre Hugo ; il se dresse comme le po&#232;te de son &#233;poque, terrible et fulminant, les doigts tendus vers des horizons de lumi&#232;re. Nul po&#232;te, avant Verhaeren, n'a dit pareillement les douleurs et les r&#234;ves de son si&#232;cle et dans une telle langue o&#249; la phrase martel&#233;e souffle bruyamment, haletante et temp&#233;tueuse. Nul n'a su exprimer comme lui la po&#233;sie des cit&#233;s de travail, de ma ; chines, de science et de recherches et le tourment qui agite les foules en marche vers plus de v&#233;rit&#233; et plus de bonheur. Et ce qu'il faudra retenir surtout de l'&#339;uvre de Verhaeren, ce sont les po&#232;mes de cette p&#233;riode o&#249;, apr&#232;s des douleurs et des visions de folie, il s'est enfin trouv&#233; &#224; travers l'humanit&#233; et a su donner &#224; son si&#232;cle la forme d'art qui lui convenait.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, c'est le calme d&#233;finitif. L'ouragan s'apaise. C'est un grand lac transparent que rident la brise et le vol des oiseaux. Le po&#232;te, mari&#233;, et go&#251;tant la douceur du foyer, devient tendre et chante un hymne d'amour. Peu &#224; peu sa s&#233;r&#233;nit&#233; s'&#233;largit, son amour embrasse les hommes et s'&#233;tend sur les choses. Dans les &lt;i&gt;Visages de la Vie&lt;/i&gt; (1899) et dans les &lt;i&gt;Forces tumultueuses &lt;/i&gt; (1902), il y a pourtant encore de la bourrasque, mais c'est la bonne temp&#234;te, celle qui consume tous les mauvais germes. Verhaeren c&#233;l&#232;bre la Science, l'Art, les destructions utiles, les cr&#233;ations n&#233;cessaires ; il nous prom&#232;ne all&#232;grement &#224; travers ses chim&#232;res et nous conduit vers l'&#238;le d'&lt;i&gt;Utopie&lt;/i&gt;, rayonnant dans les lointains. Il r&#234;ve d'une vaste entente humaine et chante la communaut&#233; des peuples, install&#233;e sur les ruines des patries et des guerres. Quel magnifique chant de joie d&#233;bordante et triomphante o&#249; le po&#232;te a mis toute son exasp&#233;ration et tout son paroxysme de jadis ! Il voudrait par ses poumons &#171; boire l'espace entier &#187; ; il s'enivre de fraternit&#233; ; il s'&#233;tonne de d&#233;couvrir tant de bont&#233; et de douceur dans la nature maternelle et que la Vie puisse &#234;tre aussi bonne :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Pour la premi&#232;re fois, je vois les vents vermeils &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Briller dans la mer des branchages, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon &#226;me humaine n'a point d'&#226;ge ; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tout est jeune, tout est nouveau sous le soleil.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cela va nous mener &#224; la &lt;i&gt;Multiple splendeur&lt;/i&gt;, o&#249; le po&#232;te aboutit d&#233;cid&#233;ment &#224; l'amour universel, dans une sorte de d&#233;lire panth&#233;iste. &#171; L'homme, &#233;crit-il, est un fragment de l'architecture mondiale. Il a la conscience et l'intelligence de l'ensemble dont il fait partie. Il d&#233;couvre les choses, il en limit&#233; le myst&#232;re, il en p&#233;n&#232;tre le m&#233;canisme... Or, je le demande, est-il possible que l'exaltation lyrique reste longtemps indiff&#233;rente &#224; un tel d&#233;cha&#238;nement de puissance humaine et tarde &#224; c&#233;l&#233;brer un aussi vaste spectacle de grandeur. Le po&#232;te n'a qu'&#224; se laisser envahir, &#224; cette heure, par ce qu'il voit, entend, imagine, devine, pour que les &#339;uvres jeunes, fr&#233;missantes, nouvelles, sortent de son c&#339;ur et de son cerveau. Et son art ne sera ni social, ni scientifique, ni philosophique ; ce sera l'art tout simple, tel que l'ont compris les &#233;poques &#233;lues o&#249; l'on chantait avec ferveur ce qu'il y avait de plus admirable, de plus caract&#233;ristique et de plus h&#233;ro&#239;que dans chaque temps. On vivra d'accord avec le pr&#233;sent, le plus pr&#232;s possible de l'avenir ; on &#233;crira avec audace et non plus avec prudence ; on n'aura pas la peur de sa propre ivresse et de la rouge et bouillonnante po&#233;sie qui la traduira&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Le Cardonnel et Charles Vellay : La litt&#233;rature contemporaine. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout Verhaeren est dans ces quelques lignes. Maintenant, apr&#232;s des heures troubles et des crises terribles, il a su d&#233;couvrir l'oasis r&#233;confortant et paisible. Le voil&#224; souverainement calme qui interroge les destin&#233;es et s'efforce de d&#233;couvrir les routes lumineuses &#224; travers les brouillards d'aujourd'hui, ces brouillards qu'il a trou&#233;s imp&#233;tueusement, de toute l'ardeur et de tout l'&#233;clair de son g&#233;nie. Et c'est un ph&#233;nom&#232;ne &#233;blouissant que cette transformation magique : ce blasph&#233;mateur malade et f&#233;roce, cet impr&#233;cateur passionn&#233; et torrentiel devenu le chantre magnifique et sublime des espoirs et des songes de son si&#232;cle. D&#233;sormais, Verhaeren, sur la tranquillit&#233; &#233;norme d'es cimes si p&#233;niblement atteintes, apr&#232;s tant d'affres et d'incertitudes, rayonne sur son &#233;poque qu'il domine, r&#233;sume, &#233;treint dans un amour immense.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#231;a, il est assez pu&#233;ril de rechercher les origines litt&#233;raires de Verhaeren. Il importe peu de savoir &#224; quelle &#233;cole le rattacher. Aussi bien, quoique symboliste et vers-libriste, il n'a qu'une parent&#233; douteuse avec ses compagnons du symbolisme. Il ne proc&#232;de de personne. Il est lui. Il a pu subir un moment les influences de sa g&#233;n&#233;ration po&#233;tique, b&#233;n&#233;ficier des innovations et des libert&#233;s prosodiques de Laforgue, des Mallarm&#233;, des Gustave Kahn, mais il a su promptement se forger sa langue &#224; lui, une langue bien particuli&#232;re. Il est curieux, d'ailleurs, d'observer comment les po&#232;tes de la g&#233;n&#233;ration symboliste ont d&#251;, chacun, se frayer une route &#224; part. Voyez Laforgue et Corbi&#232;re ; voyez Vieill&#233;-Griffin, si musical, et Gustave Kahn. Verhaeren ne ressemble &#224; aucun de ceux-l&#224;. Il appara&#238;t brutal, v&#233;h&#233;ment, barbare, truculent, d&#233;bordant de force, souvent chaotique. Il doit &#234;tre plac&#233; &#224; c&#244;t&#233; des Hom&#232;re, des Shakespeare, des Hugo. Ne cherchez dans lui que le sublime, le grandiloquent, le fantasmagorique, l'&#226;pret&#233; des sensations, l'intensit&#233; des visions ; ne lui demandez ni nuances, ni discr&#233;tions, ni l&#233;g&#232;ret&#233;s. Il ne sait pas s'amuser ; il ne badine pas. C'est un rude constructeur, un g&#233;ant de pens&#233;e et de labeur. Par l&#224;, il &#233;chappe &#224; toute enr&#233;gimentation et, si son libre et bouillonnant g&#233;nie ne peut s'&#233;vader de son &#233;poque, du moins &#233;chappe-t-il &#224; son milieu, &#224; sa race et n'entend-il &#234;tre r&#233;clam&#233; que par l'humanit&#233; tout enti&#232;re. Car ce septentrional, &#233;lev&#233; sur les bords de l'Escaut, dans la Flandre joyeuse, ne cannait ni fronti&#232;res ni limites. Il est l'enfant de la Terre et il appartient &#224; la race humaine. C'est l&#224; le signe de tout grand po&#232;te et de tout grand penseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais achevons cette &#233;tude en signalant le dernier volume du po&#232;te : &lt;i&gt;Toute la Flandre : les H&#233;ros&lt;/i&gt; (1908). Cette fois, Verhaeren semble avoir oubli&#233; ses pr&#233;occupations immenses pour revenir plus particuli&#232;rement au coin de terre qui l'a vu grandir. Il nous dit en vers fr&#233;missants d'amour tout son culte pour la Flandre et fait d&#233;filer &#224; nos regards les anc&#234;tres :&lt;i&gt; Saint-Amand, Baudoin Bras-de-Fer, Guillaume de Juliers, Les Communes, Les Gueux&lt;/i&gt;. On assiste avec lui au d&#233;veloppement de son pays. Le livre se cl&#244;t sur un hymne &#224; l'Escaut, &#171; puissant, compact, p&#226;le et vermeil &#187;. C'est un cri &#233;mouvant d'ardente reconnaissance et de pi&#233;t&#233; filiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit aussi &#224; Verhaeren des pi&#232;ces en vers m&#234;l&#233;s de prose : &lt;i&gt;Le Clo&#238;tre&lt;/i&gt;, o&#249; il &#233;voque &#224; nouveau les rudes moines de ses premiers po&#232;mes ; &lt;i&gt;Philippe II&lt;/i&gt;, drame historique. Mais ce n'est pas dans son th&#233;&#226;tre qu'il faut apprendre &#224; aimer Verhaeren : le dialogue n'y est pas habile et l'&#339;uvre n'a pas une grande vie sc&#233;nique. On sent que le po&#232;te n'est pas &#224; son aise. L&#224; o&#249; il atteint le maximum d'effet et o&#249; son g&#233;nie lyrique a pu se donner le plus librement carri&#232;re, c'est dans les po&#232;mes de sa seconde mani&#232;re, dans les &lt;i&gt;Villes tentaculaires&lt;/i&gt;, dans les&lt;i&gt; Forces tumultueuses&lt;/i&gt;, dans la &lt;i&gt;Multiple splendeur&lt;/i&gt;, l&#224; o&#249; il a magnifi&#233; la Vie universelle, l'Amour, l'Avenir. Mais son &#339;uvre enti&#232;re s'impose &#224; l'admiration, m&#234;me de ceux qui n'aiment pas le po&#232;te et n'affectent de voir en lui que le Barbare. Barbare, c'est possible, dirons-nous, brutal et massif, mais si terriblement vivant et &#233;vocateur, si profond&#233;ment troublant, tour &#224; tour douloureux, affolant, hallucinant et majestueusement calme, d'une douceur paisible et puissante. Et nous placerons, sans scrupules, Emile Verhaeren au premier rang, parmi les grands po&#232;tes du si&#232;cle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Georges Le Cardonnel et Charles Vellay : &lt;i&gt;La litt&#233;rature contemporaine&lt;/i&gt;. R&#233;ponse de Verhaeren.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Paul Brousse (1844-1912)</title>
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		<dc:creator>Aristide Delannoy, Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Victor M&#233;ric</dc:subject>
		<dc:subject>Aristide Delannoy</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avant que d'entreprendre la biographie du citoyen Brousse, le lecteur nous permettra de lui faire part de notre embarras. Le citoyen Brousse, on le sait, vient d'&#234;tre exclu du Parti socialiste par la F&#233;d&#233;ration de la Seine. Si le citoyen Brousse n'avait pas &#233;t&#233; exclu, nous n'aurions pas le droit de le critiquer sous peine de boycottage. Mais le citoyen Brousse ayant &#233;t&#233; exclu, nous avons te droit d'en dire tout le mal que nous en pensons et m&#234;me celui que nous ne pensons pas ; pas un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no39-du-17-octobre-1908-paul-brousse-" rel="directory"&gt;Les Hommes du Jour n&#176;39 du 17 octobre 1908 - Paul Brousse&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-les-hommes-du-jour-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-victor-meric-+" rel="tag"&gt;Victor M&#233;ric&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-henry-poulaille-131-+" rel="tag"&gt;Aristide Delannoy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/paul_brousse_hommes_du_jour_copie-6f3fa.jpg?1774706651' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avant que d'entreprendre la biographie du citoyen Brousse, le lecteur nous permettra de lui faire part de notre embarras. Le citoyen Brousse, on le sait, vient d'&#234;tre exclu du Parti socialiste par la F&#233;d&#233;ration de la Seine. Si le citoyen Brousse n'avait pas &#233;t&#233; exclu, nous n'aurions pas le droit de le critiquer sous peine de boycottage. Mais le citoyen Brousse ayant &#233;t&#233; exclu, nous avons te droit d'en dire tout le mal que nous en pensons et m&#234;me celui que nous ne pensons pas ; pas un socialiste ne s'avisera de protester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#224; l'heure o&#249; para&#238;tront ces lignes, la situation du citoyen Brousse sera peut-&#234;tre modifi&#233;e. Peut-&#234;tre aura-t-il fait appel au congr&#232;s de Toulouse de la sentence qui vient de le frapper et peut-&#234;tre le congr&#232;s de Toulouse l'ayant r&#233;int&#233;gr&#233; dans le Parti, il ne nous sera plus possible de formuler nos critiques. Ou si ayant d&#233;j&#224; termin&#233; notre biographie, nous avons d&#233;coch&#233; quelques m&#233;chancet&#233;s au citoyen Brousse, nous deviendrons simplement un diffamateur et un vil calomniateur. De sorte que le probl&#232;me est tr&#232;s difficile &#224; r&#233;soudre. Devons-nous dire du mal du citoyen Brousse ou ne le devons-nous pas ? Tout cela d&#233;pend de la situation que le citoyen Brousse occupera vis-&#224;-vis du Parti. Mais n'ayant pas le don de proph&#233;tie, nous ne pouvons conna&#238;tre de sa situation future. Donc que faire ? S'abstenir ? Ne dire ni bien ni mal du citoyen Brousse ? C'est sans doute le parti le plus sage et c'est celui auquel nous nous arr&#234;terons.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5319 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/paul_brousse_hommes_du_jour-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH189/paul_brousse_hommes_du_jour-2-3686d-46e60.jpg?1774777556' width='150' height='189' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Paul Brousse. &lt;br&gt;Dessin d'A. Delannoy&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Pourtant rien ne nous emp&#234;chera de souligner les contradictions qui fleurissent la carri&#232;re du citoyen Brousse. Unifi&#233; ou non, le citoyen Brousse n'en a pas moins d&#233;but&#233; &#8212; comme tant d'autres &#8212; dans le r&#233;volutionnarisme le plus intransigeant pour aboutir au r&#233;formisme le plus p&#226;le. Il a &#233;volu&#233; dira-t-on. Certes, si l'on consid&#232;re les &#233;volutions savantes auxquelles il s'est complu. Mais son droit d'&#233;volution doit-il aller jusqu'&#224; poursuivre et fl&#233;trir les disciples que son action d'autrefois a suscit&#233;s ? Telle est la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assez souvent, nous entendons parler avec un m&#233;pris superbe des petits jeunes gens de la nouvelle &#233;cole. Ceux qui affichent ce m&#233;pris ne sont plus de petits jeunes gens. Ils ont vieilli. Mais il fut une &#233;poque o&#249; ils &#233;taient plus ardents encore et o&#249; ils faisaient davantage figure d'&#233;nergum&#232;nes que ceux qu'ils d&#233;noncent aujourd'hui. Peut-&#234;tre un jour, les petits jeunes gens que nous sommes atteindront-ils &#224; la sagesse. Mais, pour eux, la supr&#234;me sagesse sera surtout de se souvenir et, apr&#232;s avoir reni&#233; le pass&#233;, de ne pas se montrer implacables envers les nouveaux venus coupables seulement de reprendre les errements (?) d'autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Brousse, grand chef des possibilistes, comptait, aux environs de 1871-1879, parmi les plus farouches disciples de Bakounine et signait, de concert avec Jules Guesde, autre r&#233;volutionnaire assagi, de violents manifestes contre Karl Marx, ce bon Dieu de l'&#233;glise socialiste. Le citoyen Brousse, expuls&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
d'Espagne o&#249; il avait &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; mort pour excitation au r&#233;gicide, dirigeait et r&#233;digeait un journal l'&lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt;, o&#249; il &#233;crivait des choses dans ce go&#251;t : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous ignorons quels proc&#233;d&#233;s plus certains l'avenir tient en r&#233;serve. Mais il pourrait bien se faire que ceux qui croient fermement qu'on peut DANS UNE POITRINE ROYALE OUVRIR UNE ROUTE. A LA R&#201;VOLUTION, fissent bon march&#233; d&#233;sormais du salut de l'entourage ! Que pour se trouver enfin, seuls, face &#224; face avec un porte-couronne, ils marchassent &#224; lui, au travers de la tourbe des courtisans, secou&#233;e, dispers&#233;e, ROMPUE AU BRUIT ET A LA LUEUR DES BOMBES.&lt;/q&gt; (1878).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Brousse, par arr&#234;t&#233; du 4 mars 1879, &#233;tait mis en &#233;tat d'accusation et renvoy&#233; devant les Assises f&#233;d&#233;rales (Suisse), comme s'&#233;tant rendu coupable &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d'actes contraires au droit des gens, en publiant, soit comme auteur, soit comme &#233;diteur, un grand nombre d'articles qui ont paru dans le journal l'&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Avant-Garde&lt;/span&gt;, et qui rev&#234;tent un caract&#232;re d&#233;lictueux.&lt;/q&gt; Ces articles, nous allons en donner quelques extraits, particuli&#232;rement savoureux. Le citoyen Brousse nous pardonnent, lui qui est l'homme des petits papiers.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Num&#233;ro 3, page I :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;L'exp&#233;rience a parl&#233; ! LOIN DE NOUS LA VOIE PACIFIQUE ET L&#201;GALE ! A NOUS LA VOIE VIOLENTE QUI A FAIT SES PREUVES ! Laissons les radicaux &#224; leur radotage pacifique, ALLONS AUX FUSILS SUSPENDUS AUX MURS DE NOS MANSARDES, mais si nous les &#233;paulons, ne les laissons se refroidir et s'&#233;teindre que lorsque nous pourrons faire r&#233;sonner leurs crosses, non seulement sur le sol d'une r&#233;publique, mais encore sur un sol qui soit la propri&#233;t&#233; collective du paysan et de l'ouvrier.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me num&#233;ro, page 3 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pour tous les r&#233;publicains s&#233;rieux, la clef de la situation est ces deux mots, qui sont deux actes la COMNUNE par l'INSURRECTION.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Num&#233;ro 12, page 2 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir discut&#233; l'utilit&#233; de l'assassinat politique et tout sp&#233;cialement celle de l'assassinat du mar&#233;chal de Mac-Mahon, le citoyen Brousse d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;... se soumettre, se d&#233;mettre... &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;ou &#234;tre descendu&lt;/span&gt;. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;A Sedan, les Prussiens ont descendu le mar&#233;chal de son grand cheval de bataille. Maintenant son second cheval de bataille est le septennat, pourquoi n'essaierait-on pas &#224; Paris une seconde &#233;dition mieux r&#233;ussie ?&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Comment, nous dira-t-on, vous nous pr&#234;chez l'assassinat politique ? Certainement quand l'assassinat d'un homme pr&#233;vient celui d'un millier d'autres ; r&#233;solument, quand on peut, en frappant un soldat stupide, faire triompher une cause, en &#233;vitant de sanglantes h&#233;catombes pr&#233;vues.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En principe, nous sommes contre l'assassinat politique. Mais si, dans un cas sp&#233;cial, il peut &#234;tre utile, nous savons regarder en face, et froidement, celte &#233;ventualit&#233;...&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On remarquera que si l'un des petits jeunes gens de la nouvelle &#233;cole s'avisait d'&#233;crire le dixi&#232;me de ce qu'&#233;crivait le citoyen Brousse, il serait imm&#233;diatement poursuivi et jet&#233; en prison par cet citoyen Clemenceau.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Continuons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son num&#233;ro 27, l'&lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt;, discutant l'utilit&#233; de la tentative d'assassinat de H&#339;del, dit entr'autres choses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous ne saurions appeler insens&#233; l'homme qui veut d&#233;boulonner un empereur, fut-ce celui d'Allemagne, pas plus qu'en France nous n'avons trait&#233; de fous Orsini et Fieschi ; il y a ensuite des formes homicides que nous ne bl&#226;mons, que nous approuvons m&#244;me : LE R&#201;GICIDE, LA VENGEANCE DE L'OUVRIER CONTRE LE PATRON, sont pour nous dans ce cas. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son num&#233;ro 28, l'&lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt; publiait sous le titre :&#171; H&#339;del, Nobiling et la propagande par le fait &#187;, un article o&#249; il &#233;tait dit que la propagande socialiste th&#233;orique ne suffit pas &#224; amener les masses &#224; la compr&#233;hension de leurs vrais int&#233;r&#234;ts et qu'il faut &#224; c&#244;t&#233; de la th&#233;orie de &#171; l'acte &#187;, c'est-&#224;-dire la r&#233;volte en fait, la Commune de Paris, par exemple, ou la machine infernale de Fieschi, ou la bombe d'Orsini, ou les pistolets de H&#339;del et de Nobiling.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, disait l'&lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt;, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;un jeune homme qui, pendant douze heures, a senti au niveau de son &#233;paule la main de son contremaitre, voil&#224; un homme qui pendant douze heures a risqu&#233; ses membres en les sentant fr&#244;ler par les rouages de la machine, un homme dont l'attention a su &#234;tre sans cesse en &#233;veil et les muscles sans cesse en mouvement ; il rentre chez lui, que pensez-vous qu'il d&#233;sire ? Des brochures, des journaux, des gros livres ? Oh ! que non pas ! Ce qu'il veut, ce sont quelques instants de joie, en famille, quelques heures de repos au foyer. Beaucoup m&#234;me n'aspirent qu'&#224; deux choses : la soupe et le lit, nourriture et sommeil. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Eh bien ! Fieschi tire sur un roi sa machine infernale ; Orsini s&#232;me de bombes la route d'un empereur ; H&#339;del tire et manque ; Nobiling tire et blesse. Un point d'interrogation se dresse imm&#233;diatement partout, sur la place publique, dans la rue, au foyer, sous le chaume et dans la mansarde. Nul ne peut rester froid, demeurer indiff&#233;rent. Pour ou contre, tout le monde s'agite. Que veulent ces assassins, dit l'ouvrier qui va &#224; la fabrique comme le paysan qui va &#224; sa charrue. Ils ne veulent plus de rois, plus d'empereurs. Que mettront-ils &#224; sa place ? La R&#233;publique, parbleu ! dit un passant. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;On arr&#234;te le passant, mais le coup est donn&#233;, l'&#233;branlement est produit... Partout on discute la R&#233;publique, et quand on discute la R&#233;publique, la R&#233;publique s'&#233;tablit. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'&lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt; expliquait que le r&#233;gicide est un moyen de propagande r&#233;publicaine et non pas anarchiste, comme l'&#233;tait la Commune de Paris : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si H&#339;del et Nobiling, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;dit-elle&lt;/span&gt;, avaient &#233;t&#233; des anarchistes conscients, ils eussent attendu quelque temps encore et ils AURAIENT FAIT MIEUX.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il utile d'affaiblir, par de vains commentaires, d'aussi pr&#233;cises d&#233;clarations ? Et ne faut-il pas applaudir des deux mains des th&#233;ories aussi puissamment raisonn&#233;es que lumineusement expos&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Reprenons les choses au d&#233;but. Paul Brousse est n&#233; &#224; Montpellier, en 1844. Ce fut dans cette ville qu'il commen&#231;a ses &#233;tudes de m&#233;decine. Signalons que l'ann&#233;e 1867, lors de l'&#233;pid&#233;mie de chol&#233;ra qui s&#233;vit, il se distingua particuli&#232;rement et re&#231;ut la m&#233;daille d'or des H&#244;pitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, il s'occupait de politique, faisait de l'opposition &#224; l'Empire et s'affiliait &#224; l'Internationale. Cela l'emp&#234;chait d'&#234;tre dipl&#244;m&#233; m&#233;decin, et bient&#244;t, apr&#232;s la Commune, il devait s'enfuir. Il passa d'abord en Espagne, d'o&#249; il ne tarda pas &#224; &#234;tre expuls&#233;. Il vint alors en Suisse, &#224; Gen&#232;ve, comme d&#233;l&#233;gu&#233; au Congr&#232;s qui se tint dans cette ville (1873). De Gen&#232;ve, il passa &#224; Lucerne, &#224; Zurich, puis &#224; Berne, o&#249; il fut dipl&#244;m&#233; docteur par l'Universit&#233; et nomm&#233; assistant au Laboratoire de Chimie. Il resta &#224; Berne, pendant quatre ans. En 1877, il y fut condamn&#233; pour avoir pris part &#224; la manifestation du 18 Mars. C'est &#224; cette &#233;poque qu'il entreprit la publication de cette &lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt;, dont nous avons donn&#233; quelques extraits. Il avait comme collaborateurs, au d&#233;but, Reclus et Kropotkine. Condamn&#233; &#224; deux mois de prison et &#224; dix ans de bannissement, il se refugia en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;De retour en France en 1884 Paul Brousse changea son fusil d'&#233;paule. Il en avait assez de la m&#233;thode r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui qu'on avait vu pr&#234;chant l'action violente, le r&#233;gicide et la bombe, devint un r&#233;formiste et un l&#233;galiste. Il inventa un mot et une chose : le &lt;i&gt;possibilisme&lt;/i&gt;. Autrefois il avait invent&#233; un autre mot : la &lt;i&gt;propagande par le fait&lt;/i&gt;. Il s'&#233;tait d&#233;clar&#233; plus qu'anarchiste : &lt;i&gt;amorphiste&lt;/i&gt;, ce qui signifiait qu'il ne voulait aucune forme, non seulement de gouvernement, mais m&#234;me de groupement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant fait peau neuve, on le vit combattre les guesdistes, ses alli&#233;s d'aujourd'hui qui &#233;taient les r&#233;volutionnaires de l'&#233;poque. Il les combattit si bien qu'il provoqua la scission du parti ouvrier, lors du congr&#232;s de Saint-Etienne. Il faut relire son journal le &lt;i&gt;Prol&#233;taire &lt;/i&gt; pour se rendre compte de l'acuit&#233; que prirent les pol&#233;miques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nomm&#233; conseiller municipal des Epinettes, il devint rapidement pr&#233;sident du Conseil. Et, chose admirable, merveilleux sujet &#224; philosopher, l'anarchiste Paul Brousse se mit &#224; visiter les Anglais, au nom de la Ville de Paris, re&#231;ut l'ann&#233;e suivante, toujours au nom de la Ville de Paris, les d&#233;l&#233;gations anglaises. On &#233;tait loin de Bakounine. Mais le plus amusant, ce fut de voir le r&#233;gicide Paul Brousse, expuls&#233; autrefois d'Espagne, s'aplatir devant le morveux Alphonse XIII qu'une bombe, selon les conseils du r&#233;dacteur de l'&lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt; manqua, quelques jours apr&#232;s, ravir &#224; l'affection de ses sujets.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5320 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/jpg/m_brousse.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH197/m_brousse-ce49d-1de44.jpg?1774777556' width='150' height='197' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Depuis, Brousse a continu&#233;. Il vient tout r&#233;cemment de refuser de signer un manifeste contre le voyage de Falli&#232;res en Russie. Il s'est d&#233;clar&#233; partisan de l'alliance franco-russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le voil&#224; maintenant hors du Parti qu'on commence enfin &#224; d&#233;broussailler. Qui pourra s'en plaindre ? Il y a longtemps que par son attitude, Brousse s'est mis en dehors de l'Unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le dit honn&#234;te. Il ne tripote pas. Il ne s'est pas enrichi. Soit. On ajoute qu'il a us&#233; de son droit en changeant d'opinion, n'&#233;tant pas l'homme absurde qui ne change jamais. Soit encore. Mais &#224; cela nous ferons observer que lorsqu'on s'est tromp&#233; aussi grossi&#232;rement ; lorsque, pendant dix ans on a pr&#234;ch&#233; la violence, la bombe, le meurtre ; le jour o&#249; l'on change d'avis, le jour o&#249; l'on s'aper&#231;oit qu'on &#233;tait dans l'erreur, on ne conserve plus qu'un droit : se taire et rentrer dans la vie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est trop facile, vraiment, de pousser les gens &#224; la prison, de les inciter au sacrifice et de venir dire apr&#232;s : &#231;a ne compte pas. Au moins doit-on avoir la pudeur de ne pas railler et m&#233;priser ceux qui, aujourd'hui, se risquent &#224; reprendre quelques-unes des th&#233;ories de jadis.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Telle est la morale que nous croyons devoir tirer du cas Brousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant nous ferons observer que, si par un hasard improbable, Brousse est rep&#234;ch&#233; &#224; Toulouse, tout ce que nous venons de dire n'existe plus ; les passages publi&#233;s deviennent apocryphes, les commentaires idiots, les faits relat&#233;s erron&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous prierons le lecteur de nous consid&#233;rer comme un inf&#226;me menteur, se complaisant dans la calomnie et la diffamation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Georges Yvetot (1868-1942) - Brochure</title>
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		<description>&lt;p&gt;Les brochures Partage Noir sont r&#233;alis&#233;es avec les logiciels libres #GIMP #Inkscape #Scribus&lt;/p&gt;

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		<title>Lucien Descaves (1861-1949)</title>
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		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Lucien Descaves </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pr&#233;senter au public un homme comme Lucien Descaves, d&#233;j&#224; appr&#233;ci&#233;, certes, comme &#233;crivain, mais moins connu comme individu, c'est &#224; la fois une joie et une difficult&#233;. C'est une joie parce qu'on n'a pas tous les jours la bonne fortune de rencontrer un v&#233;ritablement honn&#234;te homme. C'est une difficult&#233; aussi parce que ce sacr&#233; honn&#234;te homme qu'est Descaves nous met dans l'impossibilit&#233; de nous livrer &#224; notre penchant naturel qui, on le sait, consiste &#224; dire de nos contemporains tout le mal qui peut se dire.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no43-du-14-novembre-1908-lucien-descaves-" rel="directory"&gt;Les Hommes du jour n&#176;43 du 14 novembre 1908 - Lucien Descaves&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-lucien-descaves-+" rel="tag"&gt;Lucien Descaves &lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En 1908, Victor M&#233;ric lance, avec Henri Fabre, la collection &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les Hommes du jour annales politiques, sociales, litt&#233;raires et artistiques&lt;/q&gt;, une revue mi-politique, mi-satirique, &#224; la verve libertaire, appel&#233;e &#224; un succ&#232;s durable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque num&#233;ro pr&#233;sente la biographie d'un personnage contemporain r&#233;dig&#233;e non sans humour par Victor M&#233;ric, sous la signature &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Flax&lt;/q&gt;, tandis qu'une truculente caricature de Delannoy donne les traits du personnage. Les Hommes du jour paraissent sous cette forme jusqu'apr&#232;s 1918.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs num&#233;ros sont consacr&#233;s &#224; des anarchistes et des syndicalistes r&#233;volutionnaires parmi lesquels : Charles-Albert, Lucien Descaves, S&#233;bastien Faure, Francisco Ferrer, Jean Grave, Victor Griffuelhes, Pierre Kropotkine, Maximilien Luce, Charles Malato, Octave Mirbeau, Emile Pouget, Paul Robin et Georges Yvetot.&lt;/q&gt; (Wikipedia)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le num&#233;ro 43 du 14 novembre 1908, consacr&#233; &#224; Lucien Descaves, que nous mettons en ligne aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;senter au public un homme comme Lucien Descaves, d&#233;j&#224; appr&#233;ci&#233;, certes, comme &#233;crivain, mais moins connu comme individu, c'est &#224; la fois une joie et une difficult&#233;. C'est une joie parce qu'on n'a pas tous les jours la bonne fortune de rencontrer un v&#233;ritablement honn&#234;te homme. C'est une difficult&#233; aussi parce que ce sacr&#233; honn&#234;te homme qu'est Descaves nous met dans l'impossibilit&#233; de nous livrer &#224; notre penchant naturel qui, on le sait, consiste &#224; dire de nos contemporains tout le mal qui peut se dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tourn&#233; et retourn&#233; notre Descaves dans tous les sens ; nous l'avons examin&#233; des pieds &#224; la t&#232;te, scrut&#233;, analys&#233;, fouill&#233;, diss&#233;qu&#233;. Pas moyen de risquer la moindre rosserie. Il est r&#233;fractaire &#224; toute m&#233;disance. Il oppose &#224; toute vell&#233;it&#233; de critique m&#233;chante une existence de labeur obstin&#233; et calme. La politique ne l'a jamais tent&#233;. Les succ&#232;s mondains l'indiff&#232;rent. Sa joie unique est de travailler, et quand il a con&#231;u une &#339;uvre, il n'a de repos que lorsqu'il l'a men&#233;e &#224; bien, parmi les difficult&#233;s dont elle se h&#233;risse souvent et les recherches qu'elle n&#233;cessite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, en d&#233;sespoir de cause nous sommes-nous d&#233;cid&#233;s &#224; prendre notre parti de l'aventure. Soit. Nous ne dirons aucun mal de Descaves. Nous nous rattraperons prochainement sur un autre. Les hommes, d'ailleurs, sur lesquels on a le droit d'exercer sa malignit&#233; sont l&#233;gion et l'on a pu voir que nous avons us&#233; de ce droit assez largement.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ce pr&#233;ambule dans lequel nous indiquons l'essentiel de notre pens&#233;e sur Lucien Descaves m&#233;rite pourtant d'&#234;tre retouch&#233;. L'appr&#233;ciation que nous formulons sur l'auteur de &lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt; n'a pas toujours &#233;t&#233; du go&#251;t de tous. Il fut une &#233;poque o&#249; Descaves connut l'hostilit&#233; du public. Au lendemain de son proc&#232;s, apr&#232;s l'acquittement qui en r&#233;sulta, alors que toutes les portes auraient d&#251; s'ouvrir devant le jeune &#233;crivain assez courageux pour risquer la Cour d'Assises et dire sa pens&#233;e enti&#232;re, sans ambigu&#239;t&#233;s ni r&#233;ticences, il se produisit ce fait curieux : c'est qu'en place de la faveur publique, Descave vit, au contraire, tout le monde se d&#233;tourner. Les portes des journaux, m&#234;me les plus accueillants, lui furent obstin&#233;ment closes ; les &#233;diteurs lui firent grise mine ; un boycottage savant fut organis&#233; autour de son nom et de ses &#339;uvres, si bien qu'il fallut &#224; Descaves des ann&#233;es de patience et de labeur pour vaincre cette hostilit&#233;, casser la glace et s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureux encore d'avoir pu r&#233;ussir. Il en est d'autres qui paient plus cher l'ind&#233;pendance de leur esprit et l'audace de leurs affirmations. Il en est d'autres sur lesquels p&#232;se, leur vie durant, la r&#233;probation g&#233;n&#233;rale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;On les pers&#233;cute, on les tue, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;sauf, apr&#232;s un long examen, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;A leur dresser une statue &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pour la gloire du genre humain.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Descaves, il est vrai, est un obstin&#233;. Loin de se laisser abattre par les &#233;preuves du d&#233;but, il a pers&#233;v&#233;r&#233;, imitant en cela l'exemple de t&#233;nacit&#233; laborieuse qui lui fut donn&#233; par son premier ma&#238;tre Zola. Et c'est en jetant au public, soit au th&#233;&#226;tre, soit dans le roman, de fortes &#339;uvres, consciencieusement observ&#233;es, savamment &#233;chafaud&#233;es, se succ&#233;dant d'ann&#233;e en ann&#233;e, qu'il a fini par conqu&#233;rir, en d&#233;pit de toutes les pr&#233;ventions, une des premi&#232;res places parmi les &#233;crivains d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Lucien Descaves est n&#233; &#224; Paris, le 18 mars 1861. Quand on songe qu'il devait plus tard se passionner pour les &#233;v&#233;nements de la Commune et nous donner une des reconstitutions les plus compl&#232;tes et les plus rigoureusement exactes de cette p&#233;riode de l'histoire, on est tent&#233; de voir dans cette date du 18 Mars une sorte de pr&#233;destination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#232;re de Descaves &#233;tait un artiste, graveur au burin. Il mit son gar&#231;on au coll&#232;ge o&#249; il poursuivit tranquillement ses &#233;tudes, sans incidents notables, jusqu'au jour o&#249; il entra comme employ&#233; au Cr&#233;dit Lyonnais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Cr&#233;dit Lyonnais, tout en gagnant son pain quotidien, le jeune homme commen&#231;ait &#224; s'occuper de litt&#233;rature. Il publiait, en 1882, un volume de nouvelles &lt;i&gt;Calvaire d'H&#233;lo&#239;se Payadou&lt;/i&gt;, volume qui fut &#233;dit&#233; par Henry Kistemaeckers, &#224; Bruxelles. Kistemaeckers &#233;tait l'&#233;diteur des jeunes, particuli&#232;rement des jeunes de l'&#233;cole naturaliste et aussi des communards. Il avait d&#233;j&#224; accueilli Lissagaray, Jourde, A. Arnould, Jules Guesde, Hector France, L&#233;on Cladel, Francis Enne. Il avait, un des premiers, ouvert la porte aux disciples imm&#233;diats de Zola, &#224; ceux de M&#233;dan, les Huysmans, les Maupassant, les Paul Alexis, les Hennique. Apr&#232;s eux, et avec Descaves, il lan&#231;a H. F&#232;vre, Paul Bonnetain, E. Rod, Camille Lemonnier, et ce malheureux Desprez qui, poursuivi pour avoir collabor&#233; au volume : &lt;i&gt;Autour d'un Clocher&lt;/i&gt;, fut jet&#233;, tuberculeux &#224; Sainte-P&#233;lagie, o&#249; il trouva la mort.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de 1882, la carri&#232;re litt&#233;raire de Descaves fut brusquement interrompue. Il dut partir pour la caserne. Envoy&#233; au 129&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; de ligne, il accomplit quatre ann&#233;es de service, au Havre d'abord, puis &#224; Dieppe, enfin &#224; Paris On retrouve cela dans son volume &lt;i&gt;Sous-Off's. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la caserne, Descaves, qui compte parmi les premiers antimilitaristes, fut un excellent soldat, comme d'ailleurs nombre d'autres antimilitaristes. D&#233;brouillard, actif, il conquit rapidement ses premiers galons et devint sergent-major. Malgr&#233; tout, il ne renon&#231;ait pas &#224; la litt&#233;rature. Il occupait ses loisirs &#224; &#233;crire un roman. Quand on sait ce qu'est l'existence de la caserne, o&#249; l'individu ne tarde pas &#224; &#234;tre compl&#233;tement d&#233;prim&#233; sous l'influence de ce milieu de stupidit&#233; et d'ignominie, on se demande par quel miracle de volont&#233;, Descaves a pu se garder et conserver sa personnalit&#233;. Il faut poss&#233;der un temp&#233;rament peu banal, pour pouvoir r&#233;sister et rester soi. Ce tour de force, Descaves sut l'accomplir. Tout en surveillant la comptabilit&#233; de son fourrier, tout en comptant le nombre de boules et de gamelles n&#233;cessaires &#224; sa compagnie, il &#233;crivait un roman : la &lt;i&gt;Teigne&lt;/i&gt;, roman contract&#233; non pas &#224; la caserne, mais dans le monde des graveurs qu'il avait &#233;tudi&#233; autour de son p&#232;re. Ce roman devait &#234;tre publi&#233;, &#224; sa lib&#233;ration, chez Kistmaeckers....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1887, Descaves d&#233;bute clans le journalisme gr&#226;ce &#224; la protection d'Alphonse Daudet. Il &#233;crit dans le &lt;i&gt;Petit Moniteur&lt;/i&gt;, dirig&#233; par Ernest Daudet.. La m&#234;me ann&#233;e, il publie &lt;i&gt;Mis&#232;res du sabre&lt;/i&gt;, chez Stock.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la caserne, il n'avait pas perdu son temps. Il avait su voir et observer. Le r&#233;sultat de ses investigations est condens&#233; dans ce premier volume &lt;i&gt;Mis&#232;res du sabre&lt;/i&gt;, recueil de nouvelles et d'&#233;pisodes militaires qui .semblent comme une pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;Sous-Off's &lt;/i&gt; et qui, cependant, n'ont pas &#233;t&#233; utilis&#233;s dans ce roman de m&#339;urs militaires, son chef-d'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le jeune &#233;crivain, malgr&#233; ses efforts et le talent d&#233;pens&#233; demeurait malgr&#233; tout obscur. Il n'&#233;tait go&#251;t&#233; que de rares lettr&#233;s. Cette m&#234;me ann&#233;e, ayant publi&#233; d&#233;j&#224; plusieurs volumes, il crut pouvoir se pr&#233;senter &#224; la Soci&#233;t&#233; des gens de lettres, L'imprudent ne savait pas quel crime abominable il avait commis en injuriant notre arm&#233;e nationale. Ces messieurs de la Soci&#233;t&#233; des gens de lettres le lui firent bien voir. C'&#233;tait de respectables vieillards qui avaient noms Champfleury, Pierre Zaccone, Elie Berthet, Ren&#233; de Pon-Jest, Fortun&#233; de Boisgobey, Emile Richebourg, etc., et qui &#233;taient l'honneur de la litt&#233;rature fran&#231;aise. Ils refus&#232;rent &#233;nergiquement d'admettre le jeune pr&#233;somptueux dans leurs rangs et Descaves, honteux, dut s'enfuir en s'&#233;criant comme certain roi de France : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les vieillards m'ont maudit.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Cela ne l'emp&#234;cha nullement de faire son chemin. D'ailleurs, chaque fois qu'on innove et qu'on se jette dans la lutte, arm&#233; de v&#233;rit&#233; et de sinc&#233;rit&#233;, on trouve de respectables vieillards pour vous barrer la route. Descaves ne s'&#233;motionna pas pour si peu. Il continua. Ou lui reprochait les &lt;i&gt;Mis&#232;res du sabre&lt;/i&gt;. Il publia Sous-Off's.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est peu de gens, en France, qui n'aient lu ce volume. En ce qui me concerne, je me rappelle encore l'&#233;motion que cette lecture me procura. J'&#233;tais &#224; la caserne. J'y subissais la honte de la discipline. &lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt; me tomba sous ]es yeux. J'ai lu depuis bien des volumes sur les m&#339;urs de la caserne, depuis le &lt;i&gt;Cavalier Miserey&lt;/i&gt;, d'Abel Hermant, jusqu'au roman d'Henry F&#232;vre, aucun ne m'a sembl&#233; exprimer aussi fortement l'ennui, le d&#233;go&#251;t, la r&#233;volte contenue que je sentais me tourmenter sous l'uniforme. Tout ce que j'&#233;prouvais sans pouvoir l'exprimer nettement, tout ce que j'observais autour de moi, les servitudes, les l&#226;chet&#233;s, les abus d'autorit&#233;, les salet&#233;s qui fleurissent tout naturellement dans ce fumier militaire, tout cela &#233;tait not&#233; minutieusement, avec un souci d'observation et d'impartialit&#233; qui &#244;taient &#224; l'&#339;uvre tout caract&#232;re de parti pris. Ah ! certes, les sous-officiers tripoteurs, voleurs et maquereaux, et les brutes sous leurs ordres et le b&#226;timent annexe de la caserne o&#249; l'extinction des feux sonne &#224; l'heure exacte o&#249; sonne le r&#233;veil, de l'autre c&#244;t&#233;, certes tout cela &#233;tait scrupuleusement exact, vigoureusement exprim&#233;, sans haine romantique, avec le seul souci de dire vrai et une grande piti&#233; pour les malheureux plong&#233;s dans ce m&#233;tier inf&#226;me, cette sorte de cloaque o&#249; l'on perd toute notion d'honneur et de probit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement &lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt; fut poursuivi. Mais il faut rappeler qu'il le fut &#224; la suite de la d&#233;nonciation de Paul de Cassagnac, de Joseph Reinach et d'Edmond Lepelletier. En ce temps-l&#224;, d&#233;j&#224;, certains journalistes avaient pris l'habitude de signaler leurs adversaires aux foudres du pouvoir et il n'y allaient pas de main morte. Les Massard et les Franc-Nohain d'aujourd'hui sont, &#224; c&#244;t&#233; d'eux, de bien petits gar&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt; poursuivi fut acquitt&#233;. M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Tezenas qui n'&#233;tait pas encore nationaliste plaida pour l'auteur. M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Millerand qui n'&#233;tait pas encore baron de la Sociale plaida pour l'&#233;diteur. Acquitt&#233;, Descaves fut cependant ch&#226;ti&#233;. M. de Freycinet, ministre de la guerre, crut devoir le casser de son grade de sergent-major et le d&#233;clara indigne de porter les galons. Puis, durant quatre ann&#233;es, Descaves fut le pestif&#233;r&#233;. Tous les journaux se ferm&#232;rent devant lui. Il en profita tout simplement pour &#233;crire un nouveau roman sur le monde des aveugles que ses loisirs lui permirent d'&#233;tudier particuli&#232;rement. Il nous donna &lt;i&gt;Les Emmur&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#231;a, ce furent les batailles &#233;piques, &#224; c&#244;t&#233; d'Antoine, qui fondait son Th&#233;&#226;tre Libre. Notons que, d&#232;s les d&#233;buts, les &#233;crivains qui encourag&#232;rent et aid&#232;rent Antoine furent absolument d&#233;sint&#233;ress&#233;s. Les juifs, vinrent plus tard, quand il y eut des droits d'auteur &#224; toucher&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces genres de commentaires sont h&#233;las courants &#224; cette &#233;poque, Partage Noir&#034; id=&#034;nh2-_2A&#034;&gt;*&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Mais, dans les commencements, au passage de l'Elys&#233;e-des-Beaux-Arts, comme au th&#233;&#226;tre Montparnasse, on n'&#233;tait jou&#233; que deux fois au plus, et l'affaire co&#251;tait de l'argent &#224; l'auteur, au lieu de lui en faire gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descaves d&#233;buta au th&#233;&#226;tre avec une pi&#232;ce tir&#233;e de son roman : &lt;i&gt;Une Vieille rate&lt;/i&gt;, 3 actes &#233;crits en collaboration avec Paul Bonnetain. Puis il donne &lt;i&gt;les Chapons&lt;/i&gt; avec Darien, l'auteur de &lt;i&gt;Biribi&lt;/i&gt;. Ensuite, ce fut&lt;i&gt; la Cage&lt;/i&gt;, qui fut l'occasion d'un beau chahut. Le public manifesta bruyamment. D&#233;j&#224;, avec &lt;i&gt;les Chapons&lt;/i&gt;, o&#249; sont mis en sc&#232;ne des bourgeois, pendant l'invasion, &#224; Versailles, on s'&#233;tait battu dans la salle. Avec &lt;i&gt;la Cage&lt;/i&gt;, la bataille recommen&#231;a. Antoine fut deux ann&#233;es sans pouvoir nommer l'auteur. D&#232;s la r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale, d'ailleurs, l'oncle Sarcey avait r&#233;clam&#233; l'interdiction de la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;A partir de cette &#233;poque, l'histoire de Lucien Descaves n'est autre que l'histoire de ses romans, de ses articles de journaux et de ses pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre. Il publie &lt;i&gt;Soupes&lt;/i&gt;, recueil de nouvelles &#224; tendances nettement anarchistes, dont la plupart ont paru dans l'&lt;i&gt;Echo de Paris&lt;/i&gt; &#8212; l'ancien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il collabore a l'&lt;i&gt;En-Dehors&lt;/i&gt; de Zo-d'Axa et il le r&#233;dige de concert avec F&#233;n&#233;on, durant l'internement du c&#233;l&#232;bre pamphl&#233;taire. Il passe ensuite au &lt;i&gt;Journal &lt;/i&gt; o&#249; depuis des ann&#233;es, il donne des chroniques tr&#232;s document&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut rappeler ici un incident qui fit quelque bruit au moment o&#249; il se produisit. Emile Zola publiait dans &lt;i&gt;Gil Blas&lt;/i&gt; son roman &lt;i&gt;la Terre&lt;/i&gt;. Descaves qui se proclamait volontiers son &#233;l&#232;ve, mais qui le voyait avec quelque regret s'orienter dans une voie, selon lui, p&#233;rilleuse et supportait difficilement sa tutelle, se laissa entra&#238;ner &#224; signer un manifeste contre le ma&#238;tre. Ce manifeste, au bas duquel on pouvait lire les noms de Bonnetain, J.-H. Rosny, Marguerite, Gustave Guiches et qui fut d&#233;sign&#233; sous le nom de manifeste des Cinq, fit sensation. Il protestait contre &#171; l'exacerbation de la note orduri&#232;re &#187;. Passe pour Descaves. Passe pour Marguerite, pour Rosny, pour Guiches, mais il y avait aussi Bonnetain, l'auteur de &lt;i&gt;Charlot s'amuse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela nous mine peu &#224; peu jusqu'&#224; l'Affaire Dreyfus. L&#224; nous retrouvons Descaves, au premier rang, parmi les premiers collaborateurs de l'&lt;i&gt;Aurore&lt;/i&gt;. Il mena la campagne &#224; c&#244;t&#233; de Gohier, de Mirbeau, de Clemenceau. Et, alors que tant d'autres se sont servis de cette affaire, il convient d'indiquer que Descaves fut parmi les rares qui ne profit&#232;rent pas. La bataille termin&#233;e, il se donna tout entier &#224; ses travaux litt&#233;raires et revint au th&#233;&#226;tre. En 1900, il fit jouer chez Antoine en collaboration avec Donnay, &lt;i&gt;la Clairi&#232;re&lt;/i&gt;, une pi&#232;ce qui compte parmi les meilleures de notre &#233;poque, o&#249; le probl&#232;me social est &#233;tudi&#233; librement, sans esprit de parti. Cette pi&#232;ce a fait, d'ailleurs, assez de bruit pour qu'il ne soit pas utile de l'exposer ici. On se souvient encore des d&#233;m&#234;l&#233;s de l'institutrice H&#233;l&#232;ne Souricet, de Collonges, et du tailleur Rouffieu qui, partis pour fonder une soci&#233;t&#233; harmonique, se virent dans l'obligation de renoncer, en constatant que les hommes n'avaient pas encore suffisamment &#233;volu&#233; pour vivre en parfait accord. Constatation pessimiste, certes, mais qui laisse encore place &#224; l'esp&#233;rance et qui sous-entend une meilleure humanit&#233; pour demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1904, Descartes fit repr&#233;senter &lt;i&gt;Oiseaux de Passage&lt;/i&gt;, toujours avec la collaboration de Donnay, pas encore acad&#233;micien et qui ne travaillant pas dans la vertu connaissait le succ&#232;s. &lt;i&gt;Oiseaux de Passage&lt;/i&gt;, est l'histoire de quelques nihilistes russes, c'est la lutte entre l'amour et la passion politique. Des figures puissamment &#233;tudi&#233;es, comme celle de ce Gr&#233;goriew, dans lequel on a voulu reconna&#238;tre Bakounine, comme celle de Tatiana qui s'en va jusqu'en Sib&#233;rie condamner et ex&#233;cuter un tra&#238;tre. Une des pi&#232;ces les mieux construites et les mieux observ&#233;es du th&#233;&#226;tre moderne.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Avec Donnay, Descaves avait pu facilement r&#233;ussir au th&#233;&#226;tre. On a feint de croire que tous les mots d'esprit, tous les traits dont ces pi&#232;ces sont &#233;maill&#233;es, &#233;taient du futur acad&#233;micien. En r&#233;alit&#233;, Maurice Donnay s'est surtout attach&#233; &#224; construire les sc&#232;nes sentimentales et &#224; esquiver les difficult&#233;s. La charpente m&#234;me de la pi&#232;ce est de Descaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, avec Capus, les choses ne march&#232;rent pas aussi bien. L'&lt;i&gt;Attentat&lt;/i&gt; ne r&#233;ussit qu'&#224; moiti&#233;. Puis la pi&#232;ce fut jou&#233;e &#224; la Ga&#238;t&#233;, pour commencer ; ensuite elle fut interpr&#233;t&#233;e par Coquelin a&#238;n&#233; et Jane Handing. Alors, dame ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une particularit&#233; de l'&lt;i&gt;Attentat&lt;/i&gt;, c'est que deux mois avant les &#233;lections, les auteurs y annon&#231;aient le triomphe du parti radical-socialiste. Les &#233;v&#233;nements leur donn&#232;rent pleinement raison. Les deux auteurs se r&#233;v&#233;laient proph&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, Descaves a &#233;crit, seul, la &lt;i&gt;Pr&#233;f&#233;r&#233;e&lt;/i&gt;, qui a fourni une honn&#234;te carri&#232;re. Ajoutons qu'il vient de terminer une pi&#232;ce en quatre actes : &lt;i&gt;Soutient de Famille&lt;/i&gt;, qui sera jou&#233;e il ne sait encore o&#249;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Un des derniers romans de Descaves m&#233;rite une mention sp&#233;ciale, &lt;i&gt;la Colonne&lt;/i&gt;, il y &#233;tudie la p&#233;riode fort courte de la Commune qui va depuis le moment o&#249; le renversement de la Colonne fut chose d&#233;cid&#233;e, jusqu'au jour de l'ex&#233;cution. Descaves s'est attach&#233; particuli&#232;rement &#224; &#233;tudier cette &#233;poque. C'est du reste, chez lui, une v&#233;ritable manie. Tout ce qui touche &#224; la Commune l'int&#233;resse sp&#233;cialement. Chez lui, les volumes s'entassent concernant les &#233;v&#233;nements et les hommes de la Commune. Et, d&#233;tail &#224; signaler, il a fait graver pour ses bouquins, un ex-libris, dessin&#233; par M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; Slom, la fille d'un ancien communard &#8212; naturellement &#8212; &lt;i&gt;ex-libris&lt;/i&gt;, dont nous donnons la reproduction ci-dessous. Quiconque a pu voir Descaves au milieu de sa famille, entour&#233; de sa femme et de ses jeunes gar&#231;ons, reconna&#238;tra tout de suite cet ours mal l&#233;ch&#233;, assis sur une &#233;chelle double, devant une biblioth&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1260 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH211/les_hommes_du_jour__descaves-0685f-d39b8.jpg?1774777556' width='150' height='211' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Lucien Descaves est merveilleusement renseign&#233; sur tout ce qui touche &#224; la Commune. Il a accumul&#233; les documents, m&#233;moires, vieux journaux, paperasses de toutes sortes. Il a fait une enqu&#234;te laborieuse sur les hommes de cette &#233;poque, cueillant des d&#233;tails partout o&#249; il pouvait les trouver. Il les a suivis pas &#224; pas, de 1871 &#224; 1880, &#224; Londres, &#224; Gen&#232;ve, &#224; Bruxelles, &#224; Strasbourg, &#224; New-York, en Nouvelle-Cal&#233;donie. Disons, &#224; ce propos, qu'il se propose d'&#233;crire leur histoire, ou tout au moins l'histoire de quelques-uns, dont Beno&#238;t-Malon, F&#233;lix Pyat, Versmersch, Gambon, etc. En attendant, il est en relation avec les derniers survivants de la Commune ; il recherche leurs veuves, leurs enfants, tout ce qui peut lui parler d'eux, lui fournir des tuyaux, des notes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre p&#233;riode int&#233;resse aussi Descaves, la grande p&#233;riode r&#233;volutionnaire, mais &#224; un degr&#233; moindre cependant. Chez lui, dans sa, biblioth&#232;que, s'alignent des ouvrages presque introuvables aujourd'hui sur les Marat, les H&#233;bert, les Maillard, les Babeuf. Et, contradiction surprenante, contrairement &#224; tous les maniaques du bouquin, Descaves ouvre volontiers sa biblioth&#232;que &#224; qui peut s'en servir, met ses documents &#224; la disposition de ses amis.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Qu'ajouter ? On sait que depuis quelques ann&#233;es Descaves fait partie de l'Acad&#233;mie Goncourt. Il fut d&#233;sign&#233; non par Goncourt lui-m&#234;me, mais parmi les sept premiers acad&#233;miciens : Mirbeau, Huysmans, les Rosny, Marguerite, Hennique, Geffroy. C'est lui qui a le plus contribu&#233; &#8212; avec Mirbeau &#8212; &#224; l'&#233;lection de Jules Renard, &#233;lection &#224; laquelle applaudirent tous les lettr&#233;s. D'ailleurs, il prend ses fonctions au s&#233;rieux. Il ne se contente pas d'ouvrir n&#233;gligemment les volumes qui lui sont adress&#233;s, il les lit consciencieusement, scrupuleusement, par devoir et ne se prononce jamais qu'en toute connaissance de cause. Devoir p&#233;nible quelquefois. Corv&#233;e souvent. De m&#234;me, il ne refuse jamais son concours aux jeunes auteurs. Il est parmi ceux qui ont &#233;crit le plus de pr&#233;faces. Il a pr&#233;fac&#233; les&lt;i&gt; Souvenirs d'un r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;, de Lefran&#231;ais, l'ancien membre de la Commune (encore la Commune !), dont il est l'ex&#233;cuteur testamentaire comme aussi celui de Joris-Karl Huysmans ! Il a pr&#233;fac&#233; les &lt;i&gt;Cahiers Rouges&lt;/i&gt; de Maxime Vuillaume, l'ancien p&#232;re Duch&#234;ne (toujours la Commune !). Il a pr&#233;fac&#233; les cinq volumes de critique dramatique de Barbey d'Aurevilly ; la &lt;i&gt;Vie tragique des Travailleurs&lt;/i&gt; des fr&#232;res Bonneff, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, Lucien Descaves met la derni&#232;re main &#224; un roman qui sera une suite &#224; sa &lt;i&gt;Colonne &lt;/i&gt; ; ce roman aura pour titre &lt;i&gt;Phil&#233;mon vieux de la vieille&lt;/i&gt; ; il sera ainsi d&#233;dicac&#233; : &lt;i&gt;Aux vieux d'une autre vieille que la vieille &#224; soldats&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Nous avons r&#233;sum&#233; le plus possible, nous contentant d'esquisser &#224; grands traits la physionomie ce grand travailleur qu'est Descaves. Nous n'avons pu qu'indiquer, en passant, ses meilleures &#339;uvres. Nous nous d&#233;fendons, d'ailleurs, d'&#233;crire une page de critique litt&#233;raire. Ce n'est ni notre but ni notre r&#244;le. Mais nous nous tiendrons pour satisfait si nous avons su faire partager &#224; nos lecteurs l'estime et l'affection que nous professons pour l'auteur de &lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt;. Certes, cela nous change des gredins politiques. Parmi les forbans dont nous avons eu &#224; nous occuper, un modeste et un probe comme Descaves fait tache. Il se trouve en singuli&#232;re compagnie et il s'&#233;tonnera quelque peu de figurer dans une galerie o&#249; les honn&#234;tes gens se comptent. On ne peut pas cependant, laisser toute la place aux fripouilles qui triomphent suffisamment, au th&#233;&#226;tre, dans le roman, dans l'Histoire et sur le Forum. Il faut bien accorder un petit coin &#224; ceux qui, d&#233;daigneux des triomphes faciles et passager, se contentent modestement de travailler et de produire, pour notre joie, des &#339;uvres fortes et durables. Et c'est bien le cas de ce Lucien Descaves qui, jeune encore et portant un des noms les plus estim&#233;s de notre litt&#233;rature, aurait pu se laisser guider par d'autres ambitions. C'est bien le cas de l'auteur de la &lt;i&gt;Colonne &lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt;, deux romans imp&#233;rissables, parce que tr&#232;s vrais et tr&#232;s humains. Il n'y a, pour s'en rendre compte, qu'&#224; s'arr&#234;ter un instant cher lui, dans la coquette maison pleine de livres et de fleurs qu'il habite rue de la Sant&#233;, tout au fond de la rive gauche, dans ce quartier o&#249; il est n&#233; et qu'il n'a jamais pu se d&#233;cider &#224; abandonner. L&#224;, on trouvera l'homme accueillant, le camarade de lettres fraternel et serviable, parmi des paperasses &#233;parpill&#233;es et des documents entass&#233;s. Et de sa fen&#234;tre, il vous montrera du doigt, le sombre profil de la Sant&#233;, cette maison hospitali&#232;re qui abrite, depuis une ann&#233;e bient&#244;t, un autre travailleur et un autre lutteur, aujourd'hui r&#233;prouv&#233;e, demain acclam&#233; : Gustave Herv&#233;.,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1258 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH213/descaves_l-420ef-4573a.jpg?1774777556' width='150' height='213' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h2 style&gt;Lucien Descaves&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 6 septembre 1949, mort de Lucien Descaves, &#224; Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ecrivain libertaire&lt;br class='autobr' /&gt;
Fils d'un graveur, il na&#238;t &#224; Paris le 18 mars 1861. En 1878, il ne peut poursuivre ses &#233;tudes faute de moyens financiers il entre alors comme apprenti dans une banque. De 1882 &#224; 1886, il effectue son service militaire (4 ans), et commence une carri&#232;re d'&#233;crivain naturaliste. En 1887, para&#238;t &lt;i&gt;Les Mis&#232;res du sabre&lt;/i&gt; puis en 1889 &lt;i&gt;Sous-Off's&lt;/i&gt; fruit de ses observations de la vie militaire. L'ouvrage est vite tax&#233; d'antimilitarisme et lui vaut des poursuites. A son proc&#232;s, de nombreux &#233;crivains se montrent solidaires ; il est finalement relax&#233;. En 1892, il devient r&#233;dacteur litt&#233;raire au &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt; gr&#226;ce &#224; S&#233;verine, collabore &#224; &lt;i&gt;L'Endehors&lt;/i&gt; de Zo d'Axa et &#224; partir de 1895 aux &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt; de Jean Grave.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est r&#233;dacteur &#224; l'&lt;i&gt;Aurore&lt;/i&gt; lorsqu'&#233;clate l'affaire Dreyfus, il prend aussit&#244;t son parti contre l'antis&#233;mitisme. En 1900, il &#233;crit avec Maurice Donnay, une com&#233;die pour le th&#233;&#226;tre &lt;i&gt;La Clairi&#232;re&lt;/i&gt; inspir&#233;e des exp&#233;riences communautaires des &#171; Milieux libres &#187;. La m&#234;me ann&#233;e, il devient membre de l'acad&#233;mie Goncourt qui vient de se cr&#233;er. En 1901, para&#238;t &lt;i&gt;La Colonne&lt;/i&gt; &#233;vocation d'un &#233;pisode de la Commune de Paris. A partir de 1904, il co-&#233;crit de nouvelles pi&#232;ces pour le th&#233;&#226;tre. En 1913, revenant sur la &#171; Commune &#187; il publie &lt;i&gt;Phil&#233;mon, vieux de la vieille&lt;/i&gt; enqu&#234;te path&#233;tique sur la proscription communarde en Suisse. En 1914, para&#238;t &lt;i&gt;Barabbas&lt;/i&gt; (illustr&#233; par Steinlen) r&#233;cit d'un chemineau qui refuse de se r&#233;signer. Durant la guerre de 14-18, il se joint &#224; &#171; l'Union sacr&#233;e &#187; puis poursuit sa carri&#232;re litt&#233;raire. Apr&#232;s de nombreux romans et pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre, il signe en 1946 avec &lt;i&gt;Souvenirs d'un ours&lt;/i&gt; son autobiographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
A noter que Lucien Descaves qui &#233;tait en relation avec des communards, rassemblera une importante collection de documents sur la Commune de Paris qu'il remettra ensuite &#224; l'Institut International d'Histoire Sociale d'Amsterdam.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;(...) je puis avoir &#224; regretter beaucoup d'erreurs ; je n'ai &#224; me reprocher aucune vilenie.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i class=&#034;fas fa-fw fa-caret-right&#034;&gt;&lt;/i&gt; Biographie extraite de l'&lt;a href=&#034;https://www.ephemanar.net/septembre06.html#descaves&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Eph&#233;m&#233;ride anarchiste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1257 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/pdf/les_hommes_du_jour__descaves.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 4.7 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH714/zz_copie-701fe.jpg?1774777556' width='500' height='714' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les hommes du jour n&#176;43 du 14 Novembre 1908 - Lucien Descaves [PDF]
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-_2A&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-_2A&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;*&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ces genres de commentaires sont h&#233;las courants &#224; cette &#233;poque, Partage Noir&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les hommes du jour - L'Affaire Durand</title>
		<link>http://partage-noir.fr/les-hommes-du-jour-l-affaire-durand</link>
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		<dc:date>2022-09-22T23:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Jules Durand</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;S'il ne s'agissait, en l'occurrence, de l'existence d'un homme, d'un des n&#244;tres, il faudrait b&#233;nir cette affaire monstrueuse. Pour la premi&#232;re fois, depuis quarante ann&#233;es de R&#233;publique bourgeoise, la bataille sociale, qui se poursuit obstin&#233;ment entre les heureux du Capital et les parias du Travail, prend un caract&#232;re d'&#233;vidence qui frappe et &#233;blouit jusqu'aux plus aveugles.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no152-du-17-decembre-1910-l-affaire-durand-" rel="directory"&gt;Les Hommes du jour n&#176;152 du 17 d&#233;cembre 1910 - L'Affaire Durand&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-jules-durand-+" rel="tag"&gt;Jules Durand&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-les-hommes-du-jour-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1167-d0df9.png?1774693252' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En 1908, Victor M&#233;ric lance, avec Henri Fabre, la collection &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les Hommes du jour annales politiques, sociales, litt&#233;raires et artistiques&lt;/q&gt;, une revue mi-politique, mi-satirique, &#224; la verve libertaire, appel&#233;e &#224; un succ&#232;s durable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque num&#233;ro pr&#233;sente la biographie d'un personnage contemporain r&#233;dig&#233;e non sans humour par Victor M&#233;ric, sous la signature &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Flax&lt;/q&gt;, tandis qu'une truculente caricature de Delannoy donne les traits du personnage. Les Hommes du jour paraissent sous cette forme jusqu'apr&#232;s 1918.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs num&#233;ros sont consacr&#233;s &#224; des anarchistes et des syndicalistes r&#233;volutionnaires parmi lesquels : Charles-Albert, Lucien Descaves, S&#233;bastien Faure, Francisco Ferrer, Jean Grave, Victor Griffuelhes, Pierre Kropotkine, Maximilien Luce, Charles Malato, Octave Mirbeau, Emile Pouget, Paul Robin et Georges Yvetot.&lt;/q&gt; (Wikipedia)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le num&#233;ro 152 du 17 d&#233;cembre 1910, consacr&#233; &#224; L'Affaire Durand, que nous mettons en ligne aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;S'il ne s'agissait, en l'occurrence, de l'existence d'un homme, d'un des n&#244;tres, il faudrait b&#233;nir cette affaire monstrueuse. Pour la premi&#232;re fois, depuis quarante ann&#233;es de R&#233;publique bourgeoise, la bataille sociale, qui se poursuit obstin&#233;ment entre les heureux du Capital et les parias du Travail, prend un caract&#232;re d'&#233;vidence qui frappe et &#233;blouit jusqu'aux plus aveugles. Pour la premi&#232;re fois, &#233;clate au grand jour, toute la stupidit&#233; haineuse de la classe dirigeante. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la bourgeoisie au pouvoir, masqu&#233;e d'indulgence et de g&#233;n&#233;rosit&#233;, s'effor&#231;ait de dissimuler ses col&#232;res et ses frousses. Elle op&#233;rait, discr&#232;tement, dans l'ombre, &#224; chaque occasion qui lui &#233;tait fournie. Elle op&#233;rait surtout sur les petits, les anonymes, ceux qu'on peut b&#226;illonner, &#233;trangler, tuer paisiblement et sans grands risques. Voyez les poursuites et les condamnations obtenues contre les chasseurs de renards. Ils peuvent &#234;tre compt&#233;s par centaines, ceux qui, en province comme &#224; Paris, tombent obscur&#233;ment sous les coups de notre admirable justice de classe, Mais les autres, les militants connus, les meneurs, les directeurs des mouvements, les repr&#233;sentatifs, la Bourgeoisie se gardait soigneusement d'y toucher, Cela aurait fait trop de bruit, cr&#233;&#233; de la perturbation. Cela ne pouvait s'accomplir qu'en plein jour, avec la Cour d'assises offerte contre tribune &#224; l'adversaire, avec le scandale et la publicit&#233;. Et les bourgeois se souciaient fort peu de se lancer dans une aussi dangereuse aventure. Ils pr&#233;f&#233;raient attendre, laisser passer. Prudence est m&#232;re de la s&#251;ret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aujourd'hui, cette attitude n'est plus possible. La bataille est trop &#226;pre. Les revendications prol&#233;tariennes deviennent de plus en plus press&#233;es ; les gr&#232;ves se succ&#232;dent ; les violences se multiplient. Les travailleurs paraissent d&#233;cid&#233;s &#224; aller jusqu'au bout et &#224; ne n&#233;gliger aucune arme pour aboutir &#224; la victoire. Devant cette formidable menace, la Bourgeoisie affol&#233;e oublie toute prudence. La peur au ventre, les yeux troubles, elle a recours &#224; la poigne. Il faut qu'elle se sauve ; il le faut &#224; tout prix. Et, en attendant la r&#233;pression en masse, les fusillades et les d&#233;portations, les bourgeois apeur&#233;s s'efforcent, en guise d'holocauste, d'offrir &#224; l'Ordre et &#224; la Conservation sociales, la t&#234;te de l'ouvrier Durand, coupable simplement d'&#234;tre un militant syndicaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t &#224; peu pr&#232;s l'histoire. En voici, d'ailleurs, succinctement, &#8212; les d&#233;tails tels qu'on peut les trouver dans la &lt;i&gt;Vie Ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, o&#249; le secr&#233;taire de l'Union des syndicats du Havre, le camarade G&#233;eroms, les a clairement expos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remontons d'abord jusqu'&#224; l'origine de la gr&#232;ve des charbonniers et examinons-en les causes. Les charbonniers forment, au Havre, deux cat&#233;gories. Il y a, d'une part, ceux qui travaillent &#224; bord, au d&#233;chargement du charbon, et qui ne sont occup&#233;s pie lorsqu'il y a des bateaux &#224; d&#233;charger, soit trois jours environ sur sept.. Ceux-l&#224; gagnent dans les vingt-sept francs par semaine. Depuis l'installation des crapauds-, sortes de bennes automatiques se chargeant toutes seules, ces malheureux ont vu leur travail se r&#233;duire encore. Ils ch&#244;ment des semaines enti&#232;res, couchant (laps des wagons, mangeant au fourneau &#233;conomique, vivant au petit bonheur. Dans cette premi&#232;re cat&#233;gorie, l'alcoolisme s&#233;vit naturellement et dans la proportion effrayante de 90 p. 100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, ensuite, les ouvriers des chantiers qui mettent le charbon en sacs et le livrent en ville, Ceux-l&#224; gagnent 5 fr. 50 par jour et travaillent six jours par semaine. En tout, on compte, au Havre, pr&#232;s de 7 000 charbonniers.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1544 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH219/arton369-eda3e-8eed9-d3f55.jpg?1774709680' width='150' height='219' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;&lt;a href=&#034;https://cartoliste.ficedl.info/?mot71&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cartoliste&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ces derniers jours, les charbonniers se tenaient, ou &#224; peu pr&#232;s, en dehors des luttes syndicales. Ils poss&#233;daient &#224; peine un embryon de syndicat. Le rench&#233;rissement de denr&#233;es, de multiples gr&#232;ves dans les autres corporations, &#233;veill&#232;rent leur attention, jusqu'au jour o&#249; brusquement, l'installation d'un nouvel appareil &#224; d&#233;charger vint les menacer et aggraver leur situation. Il faut dire que cet appareil, fourni par un industriel du nom de Clarke est &#224; m&#234;me de d&#233;biter sans interruption 150 &#224; 200 tonnes de combustible &#224; l'heure et d'accomplir ainsi le travail de 150 ouvriers. Comment s'&#233;tonner, d&#232;s lors, de voir les charbonniers s'inqui&#233;ter et, sans prendre position contre le nouvel appareil, r&#233;clamer une augmentation de salaire de 1 franc par jour ? Contre le ch&#244;mage fatal occasionn&#233; par le machinisme, ils n'avaient pas d'autres garanties. Jamais gr&#232;ve ne fut mieux justifi&#233;e. Mais les charbonniers, &#224; peine arm&#233;s pour la bataille, devaient trouver devant eux (le redoutables forces, parmi lesquelles et au premier plan, la puissante Compagnie G&#233;n&#233;rale Transatlantique. Aussi la bataille mena&#231;ait-elle d'&#234;tre chaude, A la t&#234;te des charbonniers, Jules Durand, leur secr&#233;taire, multipliait ses efforts, risquait des d&#233;marches chez le d&#233;put&#233; Siegfried, chez le maire G&#233;nestal, r&#233;coltait des gros sous pour les gr&#233;vistes, C'&#233;tait lui l'&#226;me de la gr&#232;ve, l'homme dangereux, l'ennemi d&#233;sign&#233; aux coups des puissances patronales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brusquement se produisit l'incident Dong&#233;. Nous disons incident &#224; dessein. Dans cette malheureuse ville du Havre, les quais du port fourmillent de cabarets, l'alcoolisme triomphe et des rixes mortelles, dans le genre de celle o&#249; succomba Dong&#233;, sont fr&#233;quentes. Nul ne s'en &#233;tonne ni pr&#233;occupe outre mesure. Les magistrats se contentent de distribuer quelques ann&#233;es de prison et c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le charbonnier Dong&#233; &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment une brute alcoolique. P&#232;re de trois enfants, il avait abandonn&#233; sa femme et ses gosses. Traitre, par surcroit, il travaillait pendant la gr&#232;ve, en qualit&#233; de chef de bord&#233;e &#224; la Compagnie Transatlantique. Le 9 septembre, jour du drame, cette sombre brute venait d'accomplir deux jours et deux nuits de travail sans prendre aucun repos. Tout l'apr&#232;s-midi, il avait couru de cabaret en bouge, buvant, mena&#231;ant ses camarades gr&#233;vistes et montrant &#224; tous un revolver et des cartouches achet&#233;s, ce jour m&#234;me, on n'a su dire pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur voulut que ce brave ouvrier, abominable ment saoul, se heurt&#226;t, vers le soir, &#224; d'autres charbonniers presque aussi ivres que lui. Comment se pass&#232;rent exactement les choses ? On l'ignore. Il y eut bataille. Dong&#233; &#233;tait arm&#233;. Les autres n'avaient que leurs poings. Bref, Dong&#233; jet&#233; &#224; terre fut assomm&#233;, pi&#233;tin&#233; ; il mourait le lendemain &#224; l'h&#244;pital et ses adversaires arr&#234;t&#233;s &#233;taient conduits au poste de police, o&#249;, vu &lt;i&gt;leur &#233;tat d'ivresse&lt;/i&gt;, on ne put proc&#233;der &#224; leur interrogatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est l'histoire. Incident banal. Rixe vulgaire d'ivrognes, telle que la ville du Havre en conna&#238;t de trop nombreuses. Mais l'occasion n'&#233;tait-elle pas excellente, unique, merveilleuse pour crier &#224; la tyrannie syndicale, pour d&#233;noncer la chasse aux renards, les violences gr&#233;vistes et surtout, ah ! surtout ! pour essayer de se d&#233;barrasser de Jules Durand et de d&#233;capiter ainsi le syndicat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain, en effet, une feuille du Havre : le&lt;i&gt; Havre-Eclair&lt;/i&gt;, partait en guerre et bient&#244;t toute la presse marchait &#224; sa suite. Puis une enqu&#234;te impartiale (!) et soign&#233;e &#233;tait confi&#233;e &#224; l'agent g&#233;n&#233;ral de la Transatlantique, le nomm&#233; Ducrot. On voit d'ici ce que cette enqu&#234;te pouvait donner. Le larbin du patronat s'arrangea pour recueillis quelques t&#233;moignages int&#233;ress&#233;s. Le dimanche matin, on arr&#234;tait Durand, secr&#233;taire du syndicat ; Gaston Boyer, tr&#233;sorier, et Henri Boyer, secr&#233;taire-adjoint, Avec eux les charbonniers Mathien, Couillandre, Bauzin, Lefran&#231;ois, tous quatre inconnus au syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s &#233;tablit nettement l'innocence. de Durand. et des fr&#232;res Bayer. Les seuls t&#233;moins &#224; charge qu'on put trouver contre eux furent de pauvres diables de charbonniers, sans le sou et sans conscience, auxquels on payait le voyage et qu'on comblait d'argent&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ceux qui, comme moi, ont fait le voyage de Rouen, en m&#234;me temps que les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. On ne trouva m&#234;me pas de policiers pour d&#233;poser. M. Henry chef de la s&#251;ret&#233; du Havre, vint, en effet, d&#233;clarer devant la Cour de Rouen que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; jamais aucun rapport de police n'avait &#233;tabli aupr&#232;s de lui qu'au syndicat on avait vot&#233; la mort de Dong&#233;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car toute l'accusation &#233;tait l&#224; : On accusait Durand d'avoir conseill&#233;, selon les uns, fait voter, selon les autres, la mort du renard Dong&#233;. Les t&#233;moins, cependant, ne purent se mettre d'accord, Georges Dumont d&#233;clare qu'on n'a pas vot&#233; la mort. Tacantin affirme qu'on l'a vot&#233;e &#224; mains lev&#233;es. Et les contradictions s'accumulent. Notons que la fameuse r&#233;union o&#249;, d'apr&#232;s les t&#233;moins, on aurait vot&#233; la mort est du 14 ao&#251;t. Le meurtre est du 9 septembre. Il y a pr&#232;s d'un mois d'intervalle entre les deux faits. On aurait donc employ&#233; tout ce temps &#224; pr&#233;parer laborieusement la mort d'une brute alcoolique et le jour venu, on aurait confi&#233; l'op&#233;ration &#224; des ivrognes d&#233;sarm&#233;s ! Tout cela ne tient pas debout, il est inutile de discuter s&#233;rieusement de semblables inepties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat du proc&#232;s est connu. Il s'est trouv&#233; douze cr&#233;tins pour ne rien comprendre aux d&#233;bats, pour d&#233;clarer, en leur &#226;me et conscience, que Durand &#233;tait coupable et, le monstrueux verdict prononc&#233;, pour s'affoler et r&#233;clamer l'indulgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! il y aurait des pages &#224; &#233;crire, &#224; ce propos sur le jury r&#233;publicain et bourgeois. Mais, ne nous &#233;garons point. Il s'agit aujourd'hui de Durand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc un travailleur condamn&#233; &#224; mort. Pr&#233;texte Durand a tenu des propos mena&#231;ants au sujet de Dong&#233; et pouss&#233; &#224; l'assassinat de ce dernier. Motif v&#233;ritable : Durand &#233;tait l'adversaire actif, dangereux des puissances patronales ; il fallait le supprimer. Et l'on cherche aujourd'hui &#224; justifier cette abominable condamnation &#224; l'aide de la complicit&#233; morale. Mais, tout de m&#234;me, la bourgeoisie sent qu'elle est all&#233;e trop loin, Elle a voulu frapper fort et elle a d&#233;pass&#233; la mesure. L'ex&#233;cution de Durand, ce serait plus qu'un monstrueux assassinat ; ce serait une de ces effarantes absurdit&#233;s qui apparaissent &#224; tous comme impossibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, que va-t-on faire ? s'atteler &#224; la r&#233;vision du proc&#232;s. Obtenir, non pas la simple gr&#226;ce de Durand qu'on exp&#233;dierait ainsi au bagne, mais la reconnaissance formelle de son innocence. Nous allons voir, a ce sujet, si les intr&#233;pides dreyfusards d'autrefois auront pour ce travailleur encore un peu de cette tendresse qu'ils t&#233;moignaient au capitaine. Mais qu'on n'y compte pas trop. Les travailleurs n'ont qu'&#224; se mettre eux-m&#234;mes &#224; la besogne et il semble bien qu'ils l'ont compris, puisque, d&#233;j&#224;, l'Union des Syndicats du Havre a d&#233;clar&#233; que si &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la r&#233;vision du proc&#232;s n'&#233;tait pas chose acquise dans un d&#233;lai de deux mois, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale serait d&#233;cid&#233;e&lt;/q&gt; ; puisque Dunkerque s'est d&#233;clar&#233; pr&#234;t &#224; marcher lui aussi ; puisque d'autres villes vont suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ici l&#224;, attendons. Attendons tout en agissant sur l'opinion par la voie de la presse et des meetings. Il n'y a pas autre chose &#224; faire. Mais si dans deux mois au plus, Durand n'est pas rendu &#224; la libert&#233;, alors plus d'h&#233;sitation en avant le chambard. Si les travailleurs de toutes cat&#233;gories ne se levaient pas unanimes pour arracher un des leurs &#224; la mort ou au bagne ; si la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale n'&#233;clatait pas dans toutes les corporations, d'un bout de la France &#224; l'autre, ce serait &#224; d&#233;sesp&#233;rer &#224; jamais du courage et de la solidarit&#233; de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant aussi, retenons les noms des fripouilles responsables de la condamnation de Durand. En dehors des hauts patrons et des puissantes compagnies, il y a le nomm&#233;. Ducrot, l'agent de la Transatlantique, qui a tout fait, tout men&#233; dans cette affaire. Il y a le juge d'Instruction Vernis qui, en cinq sec, a b&#226;cl&#233; l'instruction et envoy&#233; Durand aux assises. Il y a les douze t&#233;n&#233;breux cr&#233;tins qui ont condamn&#233; sans savoir. Enfin, puisqu'on parle tant de complicit&#233; morale, il y a le ren&#233;gat qui dirige la r&#233;pression et sert la bourgeoisie contre le prol&#233;tariat. Nous retrouverons tous ces gens-l&#224; dans deux mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, attendons. Il est impossible que Durand ne soit pas arrach&#233; &#224; ses bourreaux. Le patronat s'aper&#231;oit d&#233;j&#224; qu'il s'est mis dans un mauvais cas. Il est tout pr&#234;t &#224; c&#233;der. Mais, malgr&#233; tout, ne nous endormons pas dans un optimisme trop confiant. Pr&#233;parons tout pour sauver Durand ou pour le venger. Il faut que la classe bourgeoise sache bien que l'affaire Durand ne fait que commencer. Nous en sommes &#224; la pr&#233;face, Si par aventure, la haine bourgeoise s'obstinait sur le condamn&#233; &#224; mort, l'affaire Durand pourrait bien prendre des proportions telles, qu'&#224; c&#244;t&#233;, l'autre affaire, celle du Capitaine, n'apparaitrait plus que comme un jeu de marmousets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce jour-l&#224;, on nous paierait cher la t&#234;te de Durand. Ce jour-l&#224;, gare aux renards de toute taille, de tout poil et de tout grade. Nous ne donnerions pas grand'chose de leur peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1542 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/pdf/les_hommes_du_jour_-_affaire_durand.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 6.7 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH689/durand_bd6t5102101d-3dfsh-7aa96.png?1774777557' width='500' height='689' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les hommes du jour n&#176;152 du 17 D&#233;cembre 1910 - L'Affaire Durand
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pour ceux qui, comme moi, ont fait le voyage de Rouen, en m&#234;me temps que les t&#233;moins &#224; charge, il ne saurait y avoir de doute. Ces charbonniers mis&#233;rables, sans domicile fixe et sans garde-robe &#233;taient tous nipp&#233;s de frais. Tous portaient de superbes complets neufs. Ils firent le voyage non point seuls, mais avec leurs femmes et leurs enfants. Ces habitu&#233;s du fourneau &#233;conomique achet&#232;rent a la foire de Rouen, force jouets pour leurs enfants force cadeaux pour leurs amis.&lt;/q&gt; (C. G&#233;eroms, &lt;i&gt;La Vie Ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, 5 d&#233;cembre.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le Soir : Emile Pouget</title>
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		<dc:date>2022-09-20T11:56:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;mile Pouget</dc:subject>
		<dc:subject>CGT</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Du bon camarade Victor M&#233;ric qui, lui aussi a bien connu Pouget, article ci-apr&#232;s, paru dans &lt;i&gt;Le Soir&lt;/i&gt; du 26 juillet.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/-emile-pouget-ad-memoriam-" rel="directory"&gt;Emile Pouget. Ad memoriam&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-emile-pouget-+" rel="tag"&gt;&#201;mile Pouget&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton1164-baaf6.jpg?1774700016' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du bon camarade Victor M&#233;ric qui, lui aussi a bien connu Pouget, article ci-apr&#232;s, paru dans &lt;i&gt;Le Soir&lt;/i&gt; du 26 juillet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce pauvre Emile Pouget, qui vient de mourir &#224; l'&#226;ge de soixante et onze ans et que la jeunesse d'aujourd'hui ignore naturellement, aura cependant empli son temps de son nom, de ses aventures, de son influence. C'&#233;tait un journaliste remar&#173;quable et un organisateur de premier ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;buta dans le mouvement social vers 1879, en contribuant &#224; fonder le premier syndicat des employ&#233;s, il &#233;tait anar&#173;chiste et appartenait &#224; ce petit groupement de militants disciples de Bakounine qui se r&#233;unissaient 131 de la rue Saint-Martin et qu'on appelait le &lt;i&gt;quarteron&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 mars 1833, la Chambre syndicale des menuisiers orga&#173;nisait un vaste meeting sur l'esplanade des Invalides. Deux grou&#173;pes se form&#232;rent, dont l'un prit la route du faubourg Saint-Antoine. Sur son passage, il y eut quelques pains d&#233;rob&#233;s chez les boulangers. Pouget &#233;tait de la manifestation, &#224; c&#244;t&#233; de Louise Michel. Tous deux furent arr&#234;t&#233;s. Louise r&#233;colta six ans de r&#233;&#173;clusion. Pouget en eut pour huit ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne demeura que trois ans &#224; Melun, gr&#226;ce &#224; l'amnistie. A sa sortie, il fonda l'inoubliable &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;, une sorte de r&#233;&#173;plique au &lt;i&gt;P&#232;re Duch&#234;ne&lt;/i&gt; o&#249; il donnait la parole &#224; un gniaf. Ce br&#251;lot &#233;tait r&#233;dig&#233; dans un style &#224; dessein populaire, plein de verve mordante et d'aper&#231;us originaux. Pouget y disait de dures v&#233;rit&#233;s. Si bien qu'il fut de nouveau poursuivi. En 1894, &#233;poque de la grande frousse bourgeoise, il est fourr&#233; dans le fameux proc&#232;s des Trente, s'enfuit &#224; Londres d'o&#249; il continue &#224; publier son &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, il &#233;crit dans la &lt;i&gt;Sociale&lt;/i&gt;, dans le &lt;i&gt;Journal du Peuple&lt;/i&gt;. C'est &#224; ce moment que je l'ai connu. Il ne pensait qu'&#224; la con&#173;qu&#234;te des syndicats. Il fut parmi les pionniers de la CGT dont on le proclamait l'Eminence grise. Il fonda la fameuse &lt;i&gt;Voix du Peuple&lt;/i&gt;. Mais l'histoire de Pouget, depuis le premier syndicat des employ&#233;s jusqu'aux bagarres de Draveil-Villeneuve, c'est l'histoire du mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, Pouget &#233;tait un modeste. Il s'effa&#231;ait volontiers. Mais sa t&#233;nacit&#233; &#233;tait proverbiale. Il ne renon&#231;ait jamais. Le &lt;i&gt;Journal du Peuple&lt;/i&gt; &#233;tait mort, faute de munitions, qu'on voyait encore Pouget, ent&#234;t&#233;, s'acharnant &#224; vouloir faire la mise en pages. Le quotidien, ce fut toujours sa marotte. Un jour, je le vis arriver &#224; la Sant&#233; o&#249; j'&#233;tais hospitalis&#233;, il me dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a y est. Je fonde un journal. Je l'appelle&lt;i&gt; La R&#233;volution&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La R&#233;volution &lt;/i&gt; dura deux mois. J'y collaborai de ma cellule, fid&#232;lement. C'&#233;tait un beau canard, combatif, ardent, il ne lui manquait que le nerf de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, Pouget avait abandonn&#233; le mouve&#173;ment. Il vivait &#224; l'&#233;cart, modestement. Il &#233;tait de ceux qui ne s'enrichissent pas dans la politique. Je le rencontrais, de temps en temps, avenue d'Orl&#233;ans o&#249;, un sac &#224; la main, il venait faire son march&#233;. Il allait le regard perdu, vieilli, la d&#233;marche h&#233;si&#173;tante. Mais sa m&#233;moire demeurait intacte. Que de fois nous avons &#233;voqu&#233; les luttes d'antan et les hommes dont quelques-uns avaient mal tourn&#233; ! Pouget hochait la t&#234;te, plein de mansu&#233;tude et de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un rude et bon ouvrier, un propagandiste merveilleux, un journaliste de grand talent. Il a fait sa besogne et, le soir venu, il s'endort paisiblement, sans bruit. Avec lui, &#231;'est toute une &#233;poque de luttes h&#233;ro&#239;ques qui dispara&#238;t. Je salue avec infiniment de douleur le vieil ami et le v&#233;t&#233;ran r&#233;volutionnaire qui va conna&#238;tre, enfin, le repos. Les vieux s'en vont. Place aux jeunes ! crie-t-on. Mais on aura du mal &#224; retrouver un Pouget.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les hommes du jour - Tolsto&#239;</title>
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		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Tolsto&#239;</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;C'est la semaine russe. Apr&#232;s le grand conteur Maxime Gorki et le r&#233;volt&#233; Kropotkine, apr&#232;s cette figure sinistre et repoussante de bourreau, le tzar Nicolas II, que l'actualit&#233; d&#233;sobligeante nous a mis en demeure de saisir, voici le puissant &#233;crivain dont l'ombre immense se projette sur le monde entier et dont les moindres paroles se r&#233;percutent intens&#233;ment dans les esprits et dans les c&#339;urs.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-les-hommes-du-jour-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1154-688ea.jpg?1774710035' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est la semaine russe. Apr&#232;s le grand conteur Maxime Gorki et le r&#233;volt&#233; Kropotkine, apr&#232;s cette figure sinistre et repoussante de bourreau, le tzar Nicolas II, que l'actualit&#233; d&#233;sobligeante nous a mis en demeure de saisir, voici le puissant &#233;crivain dont l'ombre immense se projette sur le monde entier et dont les moindres paroles se r&#233;percutent intens&#233;ment dans les esprits et dans les c&#339;urs. Il nous a paru int&#233;ressant d'opposer ces physionomies, curieuses &#224; des titres diff&#233;rents, diverses et oppos&#233;es, en qui se r&#233;sume toute la Russie contemporaine. Les po&#232;tes et les h&#233;ros de la r&#233;volte d'abord, le despotisme grima&#231;ant et barbare ensuite, et maintenant, entre le tyran et le serf qui se rebelle, entre le tortionnaire et la victime, l'ap&#244;tre doucereux, puissamment suggestif, &#233;loquemment persuasif de la R&#233;signation, cette doctrine de n&#233;ant et de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Tolsto&#239; appara&#238;t avant tout comme le grand R&#233;sign&#233;. Au sein de cette nation fruste o&#249; les adversaires du tsarisme luttent implacablement contre un r&#233;gime f&#233;roce ; o&#249; de chaque c&#244;t&#233; de la barricade, les uns et les autres jouent leur vie et leur libert&#233; ; o&#249; la bataille sociale rev&#234;t des formes de cruaut&#233; et de d&#233;vouement intr&#233;pide, telles qu'on n'a jamais pu les observer ailleurs, cet &#233;crivain magnifique et f&#233;cond, venant se jeter dans la bagarre pour crier aux combattants des paroles de paix et jeter l'anath&#232;me sur les violences, c'est l&#224; un spectacle d&#233;pourvu de banalit&#233;. L'auteur de &lt;i&gt;R&#233;surrection &lt;/i&gt; choisit bien son moment pour pr&#234;cher un &#233;vang&#233;lisne enfantin et se faire le champion d'une morale singuli&#232;rement p&#233;rim&#233;e, en d&#233;saccord formel avec toutes les lois sociales de l'&#233;poque. Par l&#224;, il s'est fait, inconsciemment, l'auxiliaire pr&#233;cieux du tsarisme qui ne demande pas mieux, certes, que d'avoir devant lui des troupeaux de moutons, b&#234;lants, dociles aux commandements et ne regimbant pas sous les coups. Et si l'on songe &#224; cette facult&#233; g&#233;niale d'&#233;vocation qui caract&#233;rise l'&#233;crivain, &#224; ce style &#224; la fois na&#239;f et subtil, &#233;trangement vivant, fait de clart&#233;, de souplesse et d'une harmonie que nulle traduction ne sait rendre, on mesurera la profondeur du mal que Tolsto&#239; aurait pu faire si ses compatriotes tout en s'inclinant devant le po&#232;te et le romancier ne s'&#233;taient d&#233;rob&#233;s aux exhortations du moraliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine de Tolsto&#239; est toute de paix, de douceur et d'avachissement. Anti-scientifique, il se prononce contre le progr&#232;s et commande le retour &#224; la nature. Il d&#233;nonce l'art pour l'art, ne voit dans la litt&#233;rature qu'un moyen d'&#233;vang&#233;lisation et manifeste pour la vie un d&#233;dain qui va jusqu'au renoncement total aux biens d'ici-bas. Doctrine funeste aux effets terriblement d&#233;primants et si peu en harmonie avec les aspirations d'un si&#232;cle de lutte, de travail et de r&#233;volte. Cette fa&#231;on de concevoir la vie, dont il a cherch&#233; longtemps le sens, a conduit Tolsto&#239; &#224; &#233;noncer des jugements qui sont du pur radotage. Nous trouvons dans un auteur anglais, cette codification amusante des id&#233;es tolsto&#239;ennes qui donne bien l'essentiel de la doctrine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pr&#233;ceptes&lt;/i&gt; : NE R&#201;SISTEZ PAS AU MAL (Matthieu, V, 39.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui signifie ; a) pas de gouvernement, pas d'arm&#233;e, pas de guerre, pas de patriotisme, pas de violence, pas de tribunaux ; &#8212; b) pas de serments ; &#8212; c) pas de col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NE SOYEZ PAS APPELS MAITRES. (Matt, XXIII, 10. 11.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui signifie : pas de distinctions de classes, pas de serviteurs, chaque homme doit faire son travail propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUICONQUE REGARDE UNE FEMME AVEC ENVIE A DEJ&#192; COMMIS DANS SON C&#338;UR LE P&#201;CH&#201; D'ADULT&#200;RE (Matt, V, 28) &lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; : a) pas de fornication ; &#8212; b) pas de mariage ; &#8212; c) pas de rapports dans le mariage ; &#8212; d) c&#233;libat ; &#8212; e) pas de viandes, de boissons intoxicantes et de tabac, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, au fond, quelles p&#233;nibles niaiseries cet &#233;crivain qui compte parmi les premiers du si&#232;cle, et nous a prodigu&#233; tant d'&#339;uvres admirables, s'est donn&#233; pour t&#226;che de faire admettre aux hommes qui l'&#233;coutent. Heureusement pour lui, la post&#233;rit&#233; oubliera le patriarche radoteur de Iasna&#239;a-Poliavna et ce qu'on a qualifi&#233; trop promptement de philosophie pour ne retenir que l'artiste qu'il est demeur&#233; malgr&#233; tout, mais que l'artiste supr&#234;mement vivant, sensible et cr&#233;ateur, dont l'&#339;uvre, marqu&#233;e pour l'&#233;ternit&#233;, vous &#233;treint et vous &#233;meut irr&#233;sistiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ferons, ma foi, comme la post&#233;rit&#233; et nous laisserons le moraliste ha&#239;ssable pour expertiser le litt&#233;rateur qui toujours domine dans le christomane. On peut dire de Tolsto&#239; qu'il est un des romanciers du si&#232;cle le plus fonci&#232;rement humain et le plus &#233;trangement &#233;vocateur. Tr&#232;s proche de nos naturalistes ; dont il compl&#232;te les proc&#233;d&#233;s par un don de psychologie qui n'appartient gu&#232;re qu'&#224; lui, l'auteur d'&lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt; nous a offert des types dessin&#233;s d'un trait d&#233;licat mais s&#251;r, avec leur visage, leur costume, leurs habitudes, leurs manies, leurs tares. Et tous ses personnages en m&#234;me temps qu'ils s'agitent et vivent animalement, pensent, r&#234;vent, souffrent, aiment, agissent, raisonnent. Les foules aussi se meuvent comme les individus. Nul romancier avant Tolsto&#239; n'a donn&#233; &#224; ses personnages une telle totalit&#233; de vie. Tolsto&#239;, en m&#234;me temps qu'il se fait un observateur m&#233;ticuleux et note patiemment jusqu'aux moindres d&#233;tails, se laisse guider par une imagination &#233;tonnante et un sens de la divination qui lui permet de lire jusqu'au fond des &#226;mes. Il n'&#233;tudie et ne cr&#233;e jamais ses personnages pour eux-m&#234;mes, mais toujours par rapport &#224; la vie universelle et les actes humains, avec lui, ne prennent de valeur qu'en regard de l'Id&#233;al et de l'Absolu. Sur tout cela, ce mysticisme &#224; la fois souriant et m&#233;lancolique et cette immense piti&#233; qui s'&#233;tend &#224; toutes les souffrances et embrasse les b&#234;tes et les choses ; cette m&#233;lancolie et cette piti&#233; qu'on retrouve dans toutes ses &#339;uvres, dans ses &lt;i&gt;Souvenirs de S&#233;bastopol&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;R&#233;surrection&lt;/i&gt;, dans&lt;i&gt; Les Cosaques&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque volume de Tolsto&#239; marque une &#233;tape de sa pens&#233;e et dans son ensemble, son &#339;uvre est une autobiographie morale. Cette &#339;uvre immense, il est difficile de l'analyser enti&#232;rement. Ses meilleurs romans resteront &lt;i&gt;La Guerre et la Paix&lt;/i&gt;, sorte d'&#233;pop&#233;e o&#249; il &#233;tudie l'arm&#233;e, la noblesse, les classes dirigeantes russes, les souffrances du peuple, les conflits sociaux ; &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt;, l'histoire douloureuse d'une femme luttant contre la passion, o&#249; l'on trouve une peinture fid&#232;le de la corruption des hautes classes ; &lt;i&gt;R&#233;surrection&lt;/i&gt;, o&#249; il met en sc&#232;ne une lamentable prostitu&#233;e et parcourt les bas-fonds de la soci&#233;t&#233; ; &lt;i&gt;Les Cosaques&lt;/i&gt;, glorification de la vie naturelle. Et dans tous ses romans, le moraliste &#233;vang&#233;lisateur appara&#238;t, se penche sur ses personnages et verse sur eux l'immense bont&#233; et l'amour qui d&#233;bordent de son c&#339;ur d'ap&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout et quoique la r&#233;signation fasse le fond de sa doctrine, on peut y trouver un certain levain de r&#233;volte. Tolsto&#239; n'est pas un chr&#233;tien, au sens moderne du mot. Ses pr&#233;ceptes s'inspirent de l'Evangile, mais il &#233;carte les dogmes officiels : le p&#233;ch&#233; originel, la r&#233;demption, l'immortalit&#233;, l'espoir d'une vie future qui lui semble une l&#226;chet&#233; v&#233;ritable. Il veut enfermer les sentiments dans le cercle de la vie terrestre. Il ne s'occupe pas de la divinit&#233; du Christ. Ses deux principes essentiels sont l'amour du prochain et la non r&#233;sistance au mal. Par l&#224;, comme on peut voir, son christianisme ressemble furieusement au bouddhisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il faut retenir de ces principes contradictoires et d&#233;concertants, c'est la haine que Tolsto&#239; a toujours manifest&#233;e pour le militarisme et l'atrocit&#233; de la guerre. Nul mieux que lui n'a su inspirer l'horreur des charniers humains. Il a &#233;crit sur ces boucheries sanglantes des pages inoubliables qui lui vaudront le pardon pour tant d'absurdes pr&#233;dications dont il a combl&#233; son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tableau, par exemple, d'un champ de bataille :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Des centaines de corps mutil&#233;s, fraichement ensanglant&#233;s qui, deux heures avant, &#233;taient pleins d'esp&#233;rance et de volont&#233;s diverses, sublimes ou mesquines, gisaient, les membres raidis, dans la vall&#233;e fleurie et baign&#233;e de ros&#233;e qui s&#233;pare le bastion de la tranch&#233;e ou sur le sol uni de la petite chapelle des morts de S&#233;bastopol ; les l&#232;vres dess&#233;ch&#233;es de tous ces hommes murmuraient des pri&#232;res, des mal&#233;dictions ou des g&#233;missements ; ils se retournaient sur le flanc, les uns abandonn&#233;s parmi les cadavres de la vall&#233;e en fleur, les autres sur les brancards, les lits et le plancher humide de l'ambulance...&lt;/q&gt; (&lt;i&gt;Souvenirs de S&#233;bastopol&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &lt;i&gt;Guerre et la Paix &lt;/i&gt; de sombres tableaux d&#233;filent qui ne peuvent qu'inspirer l'horreur des massacres. Et dans son aversion pour la guerre, Tolsto&#239; est all&#233; aussi loin que possible. Il a d&#233;nonc&#233; le patriotisme comme la source premi&#232;re des barbaries militaires. Il a dit du drapeau que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;c'&#233;taient des morceaux d'&#233;toffes fix&#233;s &#224; des b&#226;tons&lt;/q&gt;. Malheureusement, l'&#233;crivain se contente de d&#233;crire &#226;prement le mal et ses causes et le moraliste va pr&#234;cher par l&#224;-dessus la r&#233;signation. Et l'on aboutit pu&#233;rilement &#224; la r&#233;sistance passive et aux &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Doukhobors&#034; class=&#034;spip_glossaire&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Doukhobors&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; &#224; Iasna&#239;a-Poliavna (gouvernement de Toula), tout pr&#232;s de Moscou, en 1828 (28 ao&#251;t-9 septembre), L&#233;on-Nikola&#233;vitch, comte Tolsto&#239;, fils d'un colonel en retraite, devint orphelin de bonne heure. Il eut, comme beaucoup de jeunes Russes, un Fran&#231;ais comme pr&#233;cepteur. D&#232;s d&#232;s l'&#226;ge de quinze ans, il lisait nos &#233;crivains du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, particuli&#232;rement Voltaire et Rousseau. A dix-neuf ans il ne croyait plus &#224; l'&#201;glise orthodoxe et s'&#233;cartait de la religion dans laquelle il avait &#233;t&#233; &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Physiquement laid et le sachant, timide, peu communicatif, Tolsto&#239; eut cependant une jeunesse assez orageuse, pleine de duels, d'orgies tapageuses. En 1847, il quittait l'Universit&#233; de Moscou o&#249; il &#233;tait entr&#233; en 1843 et se retirait &#224; Iasna&#239;a-Poliavna, parmi les paysans. Il trouva ses propri&#233;t&#233;s dans un d&#233;sordre affreux et d&#233;j&#224;, apr&#232;s maints froissements d'amour-propre et de menus incidents qui avaient affect&#233; sa sensibilit&#233;, il d&#233;couvrait que la racine du mal gisait dans la mis&#232;re des paysans. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ce mal dispara&#238;tra, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#233;crivait-il, d&#232;s cette &#233;poque, &#224; l'une de ses tantes&lt;/span&gt;, apr&#232;s un long et patient travail. N'est-ce pas alors un devoir, un devoir sacr&#233;, de me d&#233;vouer au bien-&#234;tre de ces sept cents &#226;mes ?&lt;/q&gt; Le futur ap&#244;tre de l'Amour et du Sacrifice se dessinait dans ces quelques phrases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant il ne demeura pas longtemps &#224; Iasna&#239;a-Poliavna, parmi ses paysans. Trois ans plus tard, il partait pour le Caucase o&#249; on le nommait officier d'artillerie. En 1352, il publiait sa premi&#232;re &#339;uvre, &lt;i&gt;Enfance&lt;/i&gt;, sous le pseudonyme L. T., dans la revue &lt;i&gt;Sovremennik&lt;/i&gt;, de Saint-P&#233;tersbourg. Puis il prit part &#224; la guerre de Crim&#233;e et se distingua &#224; S&#233;bastopol. Il fut nomm&#233; commandant de division.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers 1851, alors qu'il &#233;tait au Caucase, que Tolsto&#239; m&#233;dita s&#233;rieusement sur les probl&#232;mes humains. Une voix myst&#233;rieuse lui murmurait &#224; l'oreille : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est maintenant que tu commences &#224; vivre !&lt;/q&gt; Et il sentait en lui un d&#233;sir irr&#233;sistible d'action. Plus tard, alors qu'il &#233;tait officier d'artillerie et prenait part &#224; toutes les exp&#233;ditions militaires, le jeune Tolsto&#239;, vivant au milieu des Cosaques dont il observait les m&#339;urs et admirait la farouche ind&#233;pendance, songeait &#224; son avenir et consid&#233;rait son pass&#233;. Il r&#233;capitulait son existence et se demandait quelle voie il avait jusqu'alors suivi. Il comprenait vaguement que le but de l'homme ici-bas est la recherche du bonheur. Mais lorsqu'il eut &#233;tabli que le bonheur consiste dans l'amour et le d&#233;vouement, sa vie pass&#233;e lui fit horreur. Il r&#233;solut de se renouveler et de se retremper dans le sacrifice. Sa carri&#232;re d'ap&#244;tre commen&#231;ait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, pendant la guerre de S&#233;bastopol, Tolsto&#239; &#233;tait &#233;mu de la souffrance humaine. Au Caucase d&#233;j&#224;, il avait go&#251;t&#233; la beaut&#233; de la nature. Cela le conduisit &#224; chanter la vie simple et sauvage. La civilisation avec ses crimes, ses guerres atroces, lui inspirait une insurmontable horreur. Apr&#232;s avoir visit&#233; des amput&#233;s, des malades, des bless&#233;s, il comprit que jamais la poudre et le sang n'apporteraient une solution aux questions qui se posent entre humains. Et tout en guerroyant, il prenait sa plume et commen&#231;ait &#224; &#233;crire. De cette p&#233;riode datent : &lt;i&gt;Adolescence&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Souvenir de S&#233;bastopol&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Coupe du bois&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; Invasion des Cosaques&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne termin&#233;e, Tolsto&#239; s&#233;journa quelque temps &#224; S&#233;bastopol. Ses convictions de patriote &#233;taient alors fortement &#233;branl&#233;es par ce qu'il avait pu voir de la guerre. Sa r&#233;putation litt&#233;raire &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;tablie et il fut chaleureusement re&#231;u dans la capitale o&#249; il se lia avec quelques &#233;crivains c&#233;l&#232;bres, parmi lesquels Tourgueneff. Mais les discussions purement litt&#233;raires ne lui apportaient aucune satisfaction. Toujours sous l'impression angoissante ressentie sous les murs de S&#233;bastopol et au milieu des Cosaques, il persistait &#224; songer &#224; la loi myst&#233;rieuse de la vie. Il se cherchait. Il croyait alors que sa vocation &#233;tait d'instruire les hommes et se posait cette question : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Que suis-je ? Que dois-je enseigner ?&lt;/q&gt; Bient&#244;t apr&#232;s avoir observ&#233; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les pr&#234;tres de la pens&#233;e et de la parole&lt;/q&gt;, il comprenait que leur croyance n'&#233;tait qu'une supercherie et se s&#233;parait d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, il entreprenait un voyage &#224; l'&#233;tranger, visitait la France o&#249; il fut vivement impressionn&#233;, &#224; Paris, par le spectacle d'une ex&#233;cution capitale, parcourait l'Allemagne o&#249; il suivait des cours scientifiques, l'Italie, la Belgique, l'Angleterre. Il rencontrait Proudhon &#224; Bruxelles et Liszt &#224; Weimar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il revint en Russie un peu avant l'&#233;mancipation des serfs. L'empire &#233;tait alors boulevers&#233; par tin immense espoir dont il se fit l'&#233;cho. Il fonda &#224; Iasna&#239;a une revue et une &#233;cole mod&#232;le qui dur&#232;rent pr&#232;s de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1862, il &#233;pousa la fille d'un docteur de Moscou et commen&#231;a une vie de famille simple et paisible. C'est pendant cette p&#233;riode qu'il a &#233;crite deux de ses chefs-d'&#339;uvre : &lt;i&gt;La Guerre et la Paix &lt;/i&gt; (1864-69) et &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt; (1873-1876).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir de 1874 que le Tolsto&#239; &#233;vang&#233;liste fait son apparition. Le probl&#232;me religieux et moral se posait avec plus de force que jamais et l'absorbait compl&#232;tement. Il cherchait toujours le &#171; pourquoi &#187; de la vie. Il connut alors deux paysans, Souta&#239;ev et Bondarev, fondateurs de deux sectes religieuses qui donnaient le pas &#224; l'Ancien Testament sur le Nouveau et professaient que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la r&#233;novation du monde ne peut se faire que par le travail manuel et individuel&lt;/q&gt;. Tolsto&#239; traversa alors une crise morale qu'il nous a racont&#233;e dans &lt;i&gt;Ma Confession&lt;/i&gt; (1879-1882). Il revint &#224; l'Evangile, renon&#231;a au monde et se mit &#224; labourer la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant il ne renon&#231;ait pas &#224; la litt&#233;rature. Il donnait : &lt;i&gt;Ma&#238;tre et Serviteur&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Sonate de Kreutzer&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Mort d'Ivan Illicht&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;R&#233;surrection&lt;/i&gt;. Il &#233;crivait une pi&#232;ce en quatre actes : &lt;i&gt;La Puissance des T&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;. Il publiait aussi nombre de livres pour l'&#233;ducation du peuple, des &#233;tudes, des contes en style biblique ; &lt;i&gt;Qu'est-ce que l'Art ?&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;En quoi consiste ma foi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'&#201;glise et l'&#201;tat&lt;/i&gt;. Ce dernier livre lui valut d'&#234;tre excommuni&#233; le 24 f&#233;vrier 1901 par le Saint Synode comme h&#233;r&#233;tique et ath&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il prenait, &#224; maintes reprises, la d&#233;fense des paysans. Il soutenait les Doukhobors pers&#233;cut&#233;s. Il protestait contre les horreurs tzaristes par la lettre &lt;i&gt;Tu ne tueras pas&lt;/i&gt; (1900) ; il se d&#233;clarait contre la guerre russo-japonaise, contre les actes des r&#233;volutionnaires pour d&#233;fendre ses id&#233;es de non-r&#233;sistance au mal. Enfin, en 1908, il d&#233;non&#231;ait &#224; nouveau les atrocit&#233;s du r&#233;gime par la lettre :&lt;i&gt; Je ne puis pas me faire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Tolsto&#239;, &#226;g&#233; de 81 ans, est l'&#233;crivain universellement admir&#233;. Depuis sa crise morale et sa conversion, il n'a jamais quitt&#233; ses terres de Iasna&#239;a o&#249;, v&#234;tu de la blouse du paysan, il travaille de ses propres mains. Tous les six mois, on annonce sa mort, mais chaque fois, l'&#233;crivain &#233;chappe &#224; la maladie qui le guette. On sait qu'il a renonc&#233; &#224; ses propri&#233;t&#233;s, mais on sait moins que ses fils les g&#232;rent &#224; sa place et que sa femme administre sa propri&#233;t&#233; litt&#233;raire. Faut-il conclure de cela, comme certains l'ont fait, &#224; l'hypocrisie de l'ap&#244;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, Tolsto&#239; demeurera comme un des &#233;crivains les plus puissants de son si&#232;cle et il aura marqu&#233; fortement son &#233;poque. Tout n'est pas &#224; rejeter dans le fatras de ses conceptions religio-philosophiques. Quand Tolsto&#239; s'adresse &#224; l'&#233;nergie humaine pour acqu&#233;rir la discipline int&#233;rieure, quand il pr&#234;che l'abolition de la mis&#232;re humaine, l'aspiration vers le Bonheur universel ; quand il dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ne tuez pas, n'exploitez pas, purifiez votre vie et votre conscience&lt;/q&gt;, on ne peut que suivre l'ap&#244;tre. Le but nous propose est sublime. Mais les moyens sont discutables. Tolsto&#239; n'a pas su voir que la r&#233;alisation de ses v&#339;ux &#233;tait, h&#233;las, au prix de violences encore et que sa chim&#232;re ne pouvait s'&#233;panouir que dans le sang. De m&#234;me Tolsto&#239; nie la science. Il ram&#232;ne tout &#224; la Morale. Il croit, comme le philosophe de Gen&#232;ve, que la civilisation est l'origine de tous nos maux. Il nie encore l'Art comme l'interpr&#233;tation d'une Beaut&#233; myst&#233;rieuse et &#233;ternelle qu'il ne veut pas conna&#238;tre. Pour lui le Beau ne peut &#234;tre que le Bien. Sa loi se r&#233;sume en deux mots : Aimer, Travailler. En somme, devenir meilleur et par l'exemple inciter les autres &#224; agir dans le sens de la perfection morale. Pu&#233;rilit&#233;s et sophismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'on retiendra de Tolsto&#239;, c'est son &#339;uvre n&#233;gatrice. Il a d&#233;nonc&#233; le mal avec une v&#233;h&#233;mence que nul n'a atteint avant lui. Il a inspir&#233; aux hommes l'horreur de la guerre et des massacres, la haine de l'exploitation et de l'oppression. Il nous a trac&#233; des tableaux &#233;mouvants de la mis&#232;re humaine. Il a fait pleurer sur les douleurs des parias et des vaincus. Il a fl&#233;tri l'hypocrisie des religions et des morales officielles, condamn&#233; l'in&#233;galit&#233; et la richesse. Il peut ensuite conclure &#224; la r&#233;signation et nous inviter &#224; courber la t&#234;te. Il n'a pu, malgr&#233; lui, que cr&#233;er de la r&#233;volte agissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'il est utile de combattre le doctrinaire dont les radotages enfantins agacent parfois, on ne peut que crier son admiration pour l'artiste. Apr&#232;s tout, que Tolsto&#239; ait &#233;t&#233; dupe d'illusions g&#233;n&#233;reuses et &#233;ternelles, il n'en a pas moins, &#224; son encontre, obtenu des r&#233;sultats inesp&#233;r&#233;s. L'Eglise orthodoxe ne s'y est pas tromp&#233;e, elle qui a condamn&#233; l'Ap&#244;tre de l'Amour en qui elle a su d&#233;m&#234;ler parfaitement le p&#232;re intellectuel de la R&#233;volution russe, celui qui a su offrir aux jeunes g&#233;n&#233;rations, dans la gangue des doctrines &#233;mollientes, le m&#233;tal pr&#233;cieux de la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1509 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
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&lt;a href='http://partage-noir.fr/IMG/pdf/les_hommes_du_jour_tolstoi.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 4.7 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH735/pages_de_les_hommes_du_jour_tolstoi-c2451.jpg?1774777557' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Les hommes du jour&lt;/i&gt; - Tolsto&#239;
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		<title>Les hommes du jour - Edouard Vaillant</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Edouard Vaillant</dc:subject>
		<dc:subject>La Commune de Paris (1871)</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Voici l'une des plus nobles et des plus belles figures du monde r&#233;volutionnaire. Cet homme, parvenu aujourd'hui &#224; l'&#226;ge de soixante-huit ans, a consacr&#233; son existence &#224; d&#233;fendre les id&#233;es de libert&#233; et de progr&#232;s. Sa vie s'est d&#233;roul&#233;e, calme et une, au service de la cause dont il est devenu, de bonne heure, un des plus ardents soldats.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://partage-noir.fr/+-les-hommes-du-jour-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1151-74e22.png?1774715028' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voici l'une des plus nobles et des plus belles figures du monde r&#233;volutionnaire. Cet homme, parvenu aujourd'hui &#224; l'&#226;ge de soixante-huit ans, a consacr&#233; son existence &#224; d&#233;fendre les id&#233;es de libert&#233; et de progr&#232;s. Sa vie s'est d&#233;roul&#233;e, calme et une, au service de la cause dont il est devenu, de bonne heure, un des plus ardents soldats. Pour le d&#233;peindre, point n'est besoin de recourir &#224; des artifices litt&#233;raires ; point n'est besoin de le fouiller profond&#233;ment et de remonter, comme dirait Mirbeau, jusqu'aux sources de son atavisme. Il suffit, simplement, de le suivre dans sa longue et glorieuse carri&#232;re de militant. Il suffit de raconter sa vie, de dire comment Edouard Vaillant, fils de bourgeois, homme de science et d'&#233;rudition a su renoncer aux vains triomphes de ce monde, pour se donner enti&#232;rement au Socialisme, &#224; la R&#233;volution, an Peuple, qu'il a toujours aim&#233;, au Peuple pour lequel il a risqu&#233; plus d'une fois et sa peau et sa libert&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edouard Vaillant est venu au monde, d'un p&#232;re notaire, &#224; Vierzon, dans le Cher, mais on peut le consid&#233;rer comme parisien. D&#232;s l'age de deux ans, en effet, il habitait la capitale, o&#249; sa famille &#233;tait venue se fixer. A neuf ans, on le pla&#231;ait au coll&#232;ge Sainte-Barbe, o&#249; il demeurait dix ann&#233;es. Il entrait ensuite &#224; l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures, en 1859. Il en sortait en 1862 avec le dipl&#244;me d'ing&#233;nieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1862 &#224; 1866, il poursuivait ses &#233;tudes scientifiques &#224; la Sorbonne, &#224; l'Ecole de M&#233;decine, au Laboratoire du Mus&#233;um d'Histoire Naturelle. Puis, brusquement, &#224; l'&#226;ge de vingt-six ans, il partait pour l'Allemagne. Il nous faut ici mentionner une erreur du Larousse, Vaillant n'a jamais &#233;t&#233; docteur-&#232;s-sciences. Il n'a subi aucun examen. Il s'est content&#233; de parcourir l'Allemagne, d'&#233;tudier &#224; Heidelberg, &#224; Vienne, &#224; Tuebingen. Ses voyages et ses &#233;tudes dur&#232;rent jusqu'&#224; la guerre de 1870 qui l'obligea &#224; revenir en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, avant de rentrer &#224; Paris, le jeune &#233;tudiant s'&#233;tait familiaris&#233; avec les id&#233;es socialistes, et particuli&#232;rement avec les th&#233;ories de Karl Marx. Il s'&#233;tait affili&#233; &#224; l'Internationale. Signalons, &#224; ce propos, une deuxi&#232;me erreur du Larousse. Vaillant n'a pas adh&#233;r&#233; &#224; l'Internationale &#224; Heidelberg, mais bien &#224; Gen&#232;ve, o&#249; Johan-Philipp Becker lui d&#233;livra sa carte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son retour &#224; Paris, le r&#234;ve de Vaillant fut d'organiser, en France, le parti socialiste dont il avait pu suivre les progr&#232;s et reconna&#238;tre la puissance en Allemagne. Il se voua enti&#232;rement &#224; cette t&#226;che, cette &#233;poque, date sa vie politique,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses premi&#232;res ann&#233;es de militant, pendant la guerre, se partag&#232;rent entre la d&#233;fense nationale et l'agitation politique. A peine la R&#233;publique &#233;tait-elle proclam&#233;e que Vaillant, sachant qu'il ne fallait rien attendre des partis bourgeois, constituait place de la Corderie le fameux Comit&#233; central qui devait &#234;tre un centre d'action r&#233;volutionnaire et de ralliement. Il s'effor&#231;a, par tous les moyens, de donner au peuple parisien la direction de la capitale et la possibilit&#233; de la d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement le parti bourgeois devait triompher. Le gouvernement de trahison, &#224; la t&#234;te duquel se trouvait le fameux Trochu, celui dont le nom, selon Victor Hugo, &#233;tait le participe pass&#233; du verbe &lt;i&gt;trop choir&lt;/i&gt;, devint le ma&#238;tre de la situation apr&#232;s les journ&#233;es des 8 et 31 octobre. La capitulation de Paris &#233;tait in&#233;vitable. Vaillant tenta un dernier effort le 22 janvier, mais une fois encore l'insurrection fut &#233;touff&#233;e. Huit jours apr&#232;s, Paris &#233;tait livr&#233; aux Allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment, Vaillant &#233;tait &#224; Bordeaux avec Tridon, l'apologiste d'H&#233;bert et le vieux Blanqui. Il s'&#233;tait li&#233; avec ce dernier, depuis le 31 octobre et, avec son aide, avait constitu&#233;, &#224; la Corderie, la premi&#232;re organisation r&#233;volutionnaire. Ce fut pendant son absence, alors qu'il cherchait &#224; sauver le pays et &#224; le d&#233;barrasser de l'Assembl&#233;e inf&#226;me, que le 18 mars &#233;clata. Vaillant revint, en h&#226;te, dans la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout de suite, a se vit d&#233;l&#233;gu&#233; par le Comit&#233; central au Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, en compagnie d'Arnaud. Quelques jours apr&#232;s, le VIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement le nommait membre de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaillant, quand il parle aujourd'hui de cette &#233;poque h&#233;ro&#239;que d&#233;plore qu'on ait fait &#233;lire les membres de la Commune par le suffrage universel qui nomma, p&#234;lem&#234;le, des r&#233;publicains et des socialistes. Selon lui le Comit&#233; central aurait d&#251; prendre la direction politique, d&#233;l&#233;guer ses membres et ses partisans au Pouvoir et la tendance socialiste se serait fait sentir plus vigoureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne raconterons pas ici la Commune. On sait que les Versaillais, maitres de Paris, fusill&#232;rent et massacr&#232;rent les travailleurs pendant une semaine. Vaillant fit le possible et l'impossible pour la r&#233;sistance. On le vit avec les combattants, se porter sur tous les points. Le 37 mai, au soir, il cherchait &#224; gagner la mairie du I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; arrondissement et se vit cerner dans une rue. Il put heureusement s'&#233;chapper. Un ami lui offrit un asile s&#251;r jusqu'au lendemain. Apr&#232;s &#231;a, il erra de cachette en cachette, de refuge en refuge. Enfin il put gagner l'Angleterre, gr&#226;ce &#224; un passeport qu'un ami lui procura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre o&#249; il demeura jusqu'&#224; l'amnistie, il se livra enti&#232;rement &#224; l'&#233;tude et au travail. L&#224; il connut Karl Marx. Il devint membre de la Soci&#233;t&#233; des R&#233;fugi&#233;s et du groupe la Commune r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rentra en France en 1880, dix ans apr&#232;s. La Commune &#233;tait presque oubli&#233;e. La R&#233;publique &#233;tait d&#233;finitivement assur&#233;e. Tout de suite, Vaillant se reprit &#224; organiser le parti socialiste. Il fit appel &#224; ses amis pour se grouper autour de Blanqui, le grand r&#233;volutionnaire qui venait justement de sortir de prison, gr&#226;ce aux &#233;lections de Lyon et de Bordeaux. Ils fond&#232;rent ensemble le journal &lt;i&gt;Ni Dieu ni Ma&#238;tre&lt;/i&gt; qui ne dura que peu de temps. A cette '&#233;poque, comme aujourd'hui, les journaux socialistes avaient contre eux les forces coalis&#233;es du capital, du gouvernement et de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s Vaillant contribuait &#224; fonder le Comit&#233; r&#233;volutionnaire central dont il devenait l'un des membres les plus actifs et les plus influents. Enfin, en 1884, il &#233;tait nomm&#233; Conseiller municipal de Paris par les &#233;lecteurs du P&#232;re-la-Chaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on nous permette, &#224; ce sujet, d'ouvrir une parenth&#232;se. Nous avons r&#233;cemment biographi&#233; le citoyen Jules Guesde, pour lequel on nous a reproch&#233; de nous &#234;tre montr&#233; tr&#232;s dur. Pareille aventure nous est arriv&#233;e avec les anarchistes qui n'ont pas su comprendre notre &lt;i&gt;S&#233;bastien Faure&lt;/i&gt; et avec les bourgeois qui ont tr&#232;s bien compris notre &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ral d'Amade&lt;/i&gt;. Eh bien, si nous avons montr&#233;, &#224; l'&#233;gard de Guesde, une certaine acrimonie, c'est uniquement en raison du mal qu'il a fait au parti r&#233;volutionnaire en le lan&#231;ant dans la bagarre &#233;lectorale. Des hommes d'action et de r&#233;volution comme Edouard Vaillant s'y sont laiss&#233;s prendre. La formule de la conqu&#234;te des pouvoirs publics les a s&#233;duits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont cru &#224; la vertu du suffrage universel. Aujourd'hui que le parti radical triomphe dans la personne de Clemenceau et que des transfuges du socialisme sont au gouvernement, on s'aper&#231;oit que la question sociale n'est pas pr&#233;s d'&#234;tre r&#233;solue. On s'aper&#231;oit en m&#234;me temps qu'il y a pr&#232;s de quarante ans qu'on travaille dans le vide. Pr&#232;s de quarante ans d'efforts inutiles, perclus. Si l'on avait employ&#233; ce temps &#224; organiser le parti r&#233;volutionnairement, en utilisant des &#233;nergies comme Vaillant, quels progr&#232;s n'auraient-on pas accomplis ? Mais les socialistes ont pr&#233;f&#233;r&#233; suivre le citoyen Jules Guesde et cette d&#233;viation essentielle a rendu le parti impuissant pour de longues ann&#233;es. C'est l&#224; ce que de v&#233;ritables r&#233;volutionnaires ne sauraient pardonner &#224; l'Ap&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engag&#233; dans la m&#234;l&#233;e &#233;lectorale, Edouard Vaillant a naturellement continu&#233;. Il faut reconnaitre cependant qu'il n'a abandonn&#233; en rien ses convictions et sa foi r&#233;volutionnaires. Mais au Conseil municipal comme la Chambre des d&#233;put&#233;s, il n'a pu faire grand chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une circulaire &#233;lectorale que j'ai sous les yeux lui sait gr&#233; d'avoir transform&#233; radicalement le quartier le plus d&#233;sh&#233;rit&#233; de Paris. Il a demand&#233; et obtenu le percement de l'avenue de la R&#233;publique. Il a, d'accord avec Durand-Claye, &#233;tabli un plan d'assainissement du quartier. Il a obtenu la construction d'&#233;gouts, l'&#233;tablissement de fontaines, la construction d'&#233;coles, de cantines scolaires, de dispensaires scolaires. Tout cela est fort bien, citoyens. Vive la R&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, Vaillant n'a pas fait que cela. Il s'est occup&#233; surtout d'organiser et de fortifier le parti socialiste. Il a, en maintes occasions, affirm&#233; ses convictions socialistes-r&#233;volutionnaires. Il a lutt&#233; contre le pr&#233;fet Andrieux. Il a bataill&#233; contre le boulangisme et contre le ferrysme. Et quoique souvent candidat, il n'a pas oubli&#233; un seul des articles de son programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; &#233;lu d&#233;put&#233; la premi&#232;re fois en 1893, r&#233;&#233;lu en 1898, en 1902 et en 1906.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant toute sa carri&#232;re parlementaire, Vaillant a repr&#233;sent&#233; l'opposition r&#233;volutionnaire sous quelque minist&#232;re que ce soit. Pour lui, le but &#224; poursuivre a toujours &#233;t&#233; le m&#234;me et la tactique a &#224; peine chang&#233;. Cela le diff&#233;rencie de certains arrivistes qui apr&#232;s avoir d&#233;but&#233; dans le socialisme, ont trouv&#233; bon de verser, d'ann&#233;e en ann&#233;e, un peu d'eau r&#233;formiste dans leur vin rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Vaillant vieilli, atteint par l'&#226;ge, offre le rare exemple d'un homme demeur&#233; fid&#232;le &#224; ses id&#233;es. Il est rest&#233; vigoureux d'esprit. Son &#233;nergie ne l'a point abandonn&#233; et il se sent pr&#234;t, comme dans le pass&#233;, &#224; l'action r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des hommes comme Edouard Vaillant sont un r&#233;confort pour les jeunes qui se jettent dans la bataille politique. Ils sont la preuve vivante que les ann&#233;es n'affaiblissent pas fatalement les convictions. A leur suite, on peut marcher avec confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas si longtemps, pour qu'on l'ait oubli&#233;, que la question de l'attitude socialiste, en cas de gr&#232;ve, a &#233;t&#233; pos&#233;e. Les trois quarts des socialistes directeurs du parti pouss&#232;rent des cris d'horreur. Vaillant et ses amis du parti socialiste r&#233;volutionnaire furent parmi les plus cat&#233;goriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien avant Gustave Herv&#233;, et d'une fa&#231;on presque aussi nette, Edouard Vaillant avait pr&#233;cis&#233; la question. Voici un extrait d'un article publi&#233; par le &lt;i&gt;Socialiste &lt;/i&gt; en 1904 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La grandeur du socialisme, c'est que dans son action, quel qu'en soit le motif, il r&#233;sume tout ce qu'il se propose, et que son action contre la guerre se confond avec son action pour l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Aussi ne devons-nous pas h&#233;siter, et d&#232;s maintenant, il nous faut envisager ce que nous pouvons avoir &#224; faire. Et si le prol&#233;tariat international et national par nous appel&#233; ne r&#233;pondait pas suffisamment, et ne savait pas, par sa gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, se d&#233;fendre, d&#233;fendre sa vie, ses revendications, son &#233;mancipation, notre devoir d'agir et de ne reculer devant rien pour le sauver, pour conjurer le danger, pour &#233;viter la guerre, n'en serait que plus grand. Il n'est pas de bien sup&#233;rieur &#224; la paix internationale. Il n'est rien qui ne soit pr&#233;f&#233;rable &#224; la guerre.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Plut&#244;t l'insurrection que la guerre.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, quoique parlementaire et devenu partisan de la conqu&#234;te des pouvoirs publics, Vaillant est demeur&#233; le r&#233;volutionnaire qu'il &#233;tait &#224; ses d&#233;buts. Il croit toujours &#224; l'action d'une minorit&#233; conscience, fomentant l'insurrection &#224; la faveur des &#233;v&#233;nements et entrainant la masse. En cela, il tient de Blanqui. Mais se s&#233;pare du &#171; Vieux &#187;, cependant, sur le terrain patriotique. On sait que Blanqui &#233;tait patriote et il ne faut pas craindre de l'avouer. Cet homme &#233;tait d'une g&#233;n&#233;ration r&#233;publicaine qui consid&#233;rait la France comme le foyer de la R&#233;volution, qui avait grandi parmi les guerres et les invasions. Mais en m&#234;me temps que patriote &#224; la fa&#231;on des r&#233;publicains de 92-93, Blanqui &#233;tait antimilitariste. Il avait l'horreur du sabre, le m&#233;pris pore l'uniforme. Vaillant lui, a pouss&#233; la logique plus loin. Il a affirm&#233;, maintes fois, son internationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un autre terrain, Vaillant a fait preuve de clairvoyance r&#233;volutionnaire. Il s'est prononc&#233; contre l'alliance ou plut&#244;t contre le m&#233;lange du syndicalisme et du socialisme. Il veut l'unit&#233; syndicale comme il veut l'unit&#233; socialiste. Il consid&#232;re que les travailleurs doivent s'organiser, &#224; part, sur le terrain &#233;conomique et sur le terrain politique pour joindre leurs efforts lorsque les circonstances le permettront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'&#224; lire &#224; ce sujet le manifeste du 22 juin 1892, avant le congr&#232;s de Limoges. Ajoutons qu'&#224; plusieurs reprises, Vaillant a pr&#233;conis&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale comme il a admis l'insurrection en cas de guerre. En r&#233;sum&#233; organisation &#233;conomique des travailleurs d'une part, organisation politique d'autre part ; pr&#233;paration &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et &#224; l'insurrection : telles sont les grandes lignes de la politique de ce r&#233;volutionnaire imp&#233;nitent qui, par une inconcevable contradiction demeure en m&#234;me temps partisan de la conqu&#234;te des pouvoirs publics et continue &#224; si&#233;ger au Palais, Bourbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Achevons de le peindre. Il faut voir Vaillant chez lui, dans l'intimit&#233;. L&#224; o&#249; l'on s'attend &#224; trouver un r&#233;volutionnaire f&#233;roce, on est tout &#233;tonn&#233; de rencontrer un brave homme souriant et accueillant, qui vous re&#231;oit dans le d&#233;sordre de ses paperasses et de ses livres. Il habite, &#224; l'est de Paris, une petite rue donnant sur l'avenue de Saint-Mand&#233;. Mais longtemps, bien longtemps, il a habit&#233; la rive gauche, qu'il s'est d&#233;cid&#233; difficilement &#224; abandonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ont entendu Vaillant &#224; la tribune de la Chambre o&#249; dans une r&#233;union publique le connaissent imparfaitement, se font de l'homme une id&#233;e tr&#232;s fausse. C'est que Vaillant n'est pas orateur. Solennel, b&#233;gayant un peu, monotone, il ne sait pas emballer son public. A peine l'int&#233;resse-t-il. Cela r&#233;sulte un peu de sa timidit&#233; et disons-le, de sa na&#239;vet&#233;. Vaillant ignore les hommes. Il a toujours v&#233;cu un peu &#224; l'&#233;cart, dans son r&#234;ve r&#233;volutionnaire, confiant dans la raison humaine, tr&#232;s indulgent et plein de bont&#233;. Il croit fermement au progr&#232;s, &#224; l'&#233;mancipation des travailleurs, &#224; l'&#233;volution de la race humaine&#8230; Mais, s'il n'est pas orateur, ce r&#233;volutionnaire est un causeur exquis et &#233;rudit, remuant les souvenirs, contant aimablement les anecdotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il aime surtout &#224; parler de Georges Sand, le grand &#233;crivain trop oubli&#233;, qu'il lit avec passion. Pourtant il d&#233;teste les romantiques qui lui apparaissent comme des barbares ; il ne veut pas connaitre la jeune po&#233;sie qui l'indiff&#232;re. La po&#233;sie qu'il trouve dans Georges Sand lui parait grandement suffisante et il ne d&#233;laisse son auteur favori que pour la musique dont il est un fervent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est Edouard Vaillant. Certes, cette biographie est incompl&#232;te. Il aurait fallu le suivre pas &#224; pas et noter tous les d&#233;tails de son histoire qui se confond souvent avec l'histoire de ce temps. Mais si br&#232;ve que soit cette esquisse rapidement men&#233;e, on a pu reconnaitre en Vaillant l'homme de droiture, d'&#233;nergie et de conviction. Il serait &#224; souhaiter que le parti socialiste poss&#233;d&#226;t, nombreux, de tels militants devant qui tous les partis s'inclinent et qu'on est unanime &#224; consid&#233;rer, ainsi que nous le disions en d&#233;butant, comme l'une des plus nobles et des plus belles figures du monde r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule querelle que nous chercherons &#224; Edouard Vaillant, ce sera justement de nous avoir mis dans l'impossibilit&#233; d'en dire du mal, ainsi que nous avons pris la d&#233;testable habitude de le faire, chaque fois que nous parlons de nos contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
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